Couleurs de l’incendie : Pierre Lemaitre [LC avec Bianca]

Titre : Couleurs de l’incendie

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (2018) / Livre de Poche (2019)

Résumé :
Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement.

Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.

Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie.

Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.

Critique :
Mais qu’est-ce que l’auteur allait bien pouvoir nous raconter alors que le volume précédent semblait mettre fin à tout l’histoire ?

Mais une autre histoire, pardi, avec des personnages qui étaient « secondaires » dans la première, les faisant passer de figurants importants à premiers rôles, notamment Madeleine.

♫ Madeleine c`est mon Noël ♪ C’est mon Amérique à moi ♫ Même qu`elle est trop bien pour moi ♪

Pourtant, ma lecture avait mal commencé, si on peut dire…

Dès le départ, le ton utilisé semblait être burlesque, comme si ce qu’il nous décrivait était une comédie. Hors, devant mes yeux horrifiés se jouait un drame. Un terrible drame qui se joua aussi devant les témoins impuissants de la scène mais ces derniers semblaient se comporter comme des poules, caquetant pour rien, jouant les égoïstes.

STOP ! J’ai fermé les yeux, rassemblé mes deux neurones et imaginé la scène… Naïve que j’étais encore ! Nous étions face à des êtres humains, autrement dit, une belle bande d’égoïstes de tout poil, ne pensant qu’à leur nombril. Comportement hélas des plus réalistes.

Puis, emportée par la foule ♪ qui nous traîne ♪ Nous entraîne, écrasés l’un contre l’autre ♫ Nous ne formons qu’un seul corps ♫ Et le flot sans effort nous pousse, enchaînés l’un et l’autre ♪ Et nous laisse tous deux épanouis, enivrés et heureux ♫

Oui, j’ai été emporté par l’océan furieux de Lemaître, par cette histoire qui m’a permis de faire connaissance avec Madeleine qui était bien en peine, face à des requins qui rôdent autour d’elle, attiré par le fric, par le flouze, pas le pèze. Faut qu’elle le crache.

Flamboyant ! Bordel de nom d’une pipe avalée, j’ai pris mon pied littéraire avec les personnages, qu’ils soient dans le camp des pourris ou de ceux qui tentent de s’en sortir.

La profondeur était là, les portraits étaient réussis, soignés, chacun ayant son rôle dans cette histoire. La pièce se jouait et tous les acteurs étaient parfaitement à leur place.

Vitriol ! Oui, c’est le mot, l’auteur a trempé sa plume dans le fiel et ça casse, ça casse,  sur la bonne société française… Savoureux ! Caustique ! Truculent !

Les puissants, les nantis, les bourgeois, les bien-pensants, les politiciens… Bref, on tape sous la ceinture, mais avec grâce, avec classe et on a envie de se lever pour demander « encore ».

Madeleine n’ira sans doute pas manger des frites chez Eugène mais elle a savouré un autre plat, celui qu’on préconise de savourer froid, même si elle l’a dégusté tiédi. C’était pas du Edmond Dantès mais c’était terriblement bien ficelé quand même.

Lyrique ! À un moment, j’ai pouffé de rire, j’ai failli m’étrangler en retenant cet éclat que j’aurais mieux fait de libérer, mais trop tard.

Je m’en voudrais aussi de ne pas parler des décors, plus vrais que nature et de l’arrière-plan historique, parce que nous sommes dans l’entre deux-guerres, on a le capitalisme, le fascisme, la montée du nazisme avec un certain moustachu de sinistre mémoire qui vient d’arriver Chancelier et qui, d’ici quelques années, fera chanceler l’Europe et le Monde…

Un roman Historique flamboyant, des personnages à leur place, soignés, des détails historiques qui donnent plus de réalisme à l’histoire, un univers riche, un style caustique, ironique et un rythme de narration qui ne laisse jamais le temps de bailler.

Lemaître n’est pas un auteur qui commence sur les chapeaux de roues pour terminer bien avant, sur les jantes. Non, il commence en fanfare et durant tout le concert, jamais il ne faiblit ! Je suis debout et j’applaudis.

Bianca, avec qui je faisait cette LC, applaudit aussi à tout rompre à mes côtés. Nous sommes prêtes pour le troisième tome qui, on l’espère, fera aussi l’objet d’une LC.

Il arrive que des hommes aux idées courtes deviennent grands lorsque les circonstances s’y prêtent.

Pour un banquier, la faillite d’un établissement de crédit, c’est comme un deuil familial.

– Absolument. Tout le monde pense que si on contrôle les riches, ils vont aller mettre leur argent ailleurs. « Et quand la France, je cite, sera un pays de pauvres, qu’est-ce qu’on fera ? »
– Vous commencez à m’emmerder avec vos citations !
– C’est vous qui l’avez écrit, monsieur le président. Pour votre campagne électorale de 1928.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°124.

 

Le garçon en pyjama rayé : John Boyne

Titre : Le garçon en pyjama rayé

Auteur : John Boyne
Édition : Folio Junior (2006) / Gallimard (2009)
Édition Originale : The Boy in the Striped Pajamas (2006)
Traducteur : Catherine Gibert

Résumé :
Vous ne trouverez pas ici le résumé de ce livre car il est important de le découvrir sans savoir de quoi il parle. On dira simplement qu’il s’agit de l’histoire du jeune Bruno que sa curiosité va mener à une rencontre de l’autre côté d’une étrange barrière. Une de ces barrières qui séparent les hommes et qui ne devraient pas exister.

Critique :
Nous qui savons, comment aurions-nous perçu les horreurs des camps de concentration de la Seconde Guerre Mondiale si nous avions été des enfants ?

Sûrement pas de la même manière que nous les percevons alors que nous sommes des adultes et que nous avons « vu » les images.

Donc, transposons-nous dans la peau d’un gamin de 9 ans qui voit déambuler, de la fenêtre de sa chambre, des gens qui portent des pyjamas.

C’est cool de passer toute sa journée en pyjama en plus, il y a plein d’autre enfants, de l’autre côté des barbelés et Bruno, il s’embête dans sa nouvelle maison de Hoche Vite… Ah, mon pauvre Bruno, si tu savais…

Voilà un petit livre qui percute et qui tord autant les tripes que si tout était expliqué noir sur blanc.

Aux travers des yeux d’un enfant, le petit Bruno, nous allons percevoir ce que ses yeux de gamin voient au loin, derrière les barbelés.

Au travers de son innocente et de son nombrilisme (il a 9 ans), nous allons comprendre de quoi il s’agit et nos connaissances nous permettrons de traduire le tout avec une facilité déconcertante, mais elle fait encore plus mal car nous sommes face-à-face avec un gamin qui ne comprend pas parce qu’on ne lui a rien expliqué.

Le récit s’inscrit bien dans ce qu’un enfant de cet âge pourrait penser, écrire, dire… Bruno est un petit garçon qui ne s’exprime pas avec des phrases savantes qui ne correspondent pas à son âge. Cette candeur ajoute une dimension tragique au récit qu’il nous fait puisque nous, nous savons.

Pas de violence, mais malgré tout, elle est là, cachée dans le récit de Bruno, alors que lui ne pense que nous conter les banalités de son quotidien. Il a 9 ans et perçoit le monde au travers du prisme de son âge et jamais il ne se rendra compte de ce que Schmuel lui raconte, à mots couverts.

Je n’en dirai pas plus, j’en ai déjà trop dit, parce que ce petit livre, il faut l’ouvrir vierge de tout résumé, de toute chronique, de toute informations.

C’est fort, c’est beau, c’est triste, c’est une toute petite histoire dans l’Histoire mais qui à elle seule résume bien des choses et ne déforme pas la réalité de ces horreurs que des Hommes peuvent faire subir à d’autres, sans même que ça leur pèse, leur coûte, leur remue la conscience…

J’ai refermé ce livre avec un sourire triste tant ce récit était bien écrit, bien pensé, tragique et merveilleux à la fois.

L’adulte que je suis a « compris » depuis longtemps, mais si vous le faites lire à un enfant qui ne « sait pas encore », soyez à ses côtés pour lui expliquer car vu avec leurs yeux d’enfants, ils pourraient, eux aussi, ne pas comprendre, comme le petit Bruno et passer à côté de tout.

Ce roman est une porte d’entrée pour commencer à leur parler ce que certains peuvent faire à leurs semblables et surtout, que ce qui ne devait plus jamais arriver s’est reproduit, encore et encore… Sous nos yeux et nous regardons toujours ailleurs…

 

Détectives – Tome 2 – Richard Monroe, Who killed the fantastic mister Leeds ? : Herik Hanna & Nicolas Sure

Titre : Détectives – Tome 2 – Richard Monroe, Who killed the fantastic mister Leeds ?

Scénariste : Herik Hanna
Dessinateur : Nicolas Sure

Édition : Delcourt (2014)

Résumé :
L.A. 1935. Tout le gratin hollywoodien est réuni pour la première de « Who Killed The Fantastic Mister Leeds ? » associant les étoiles montantes Ava Lamont et James Crowley.

Mais quand James s’écroule sous l’effet d’une balle à blanc plus mortelle que prévu, Ava est immédiatement arrêtée.

Rien ne pourra la soustraire à la justice… si ce n’est un célèbre détective privé prêt à vivre la pire nuit de sa vie.

Critique :
« Ceci n’est pas une pipe ». Voilà comment on pourrait résumer en quelques mots cet album car, tout comme la célèbre toile de Magritte qui représente une pipe, ce n’est pas une pipe.

Juste l’image d’une pipe… Autrement dit, méfions-nous de ce qui pourrait être trop flagrant.

Aimez-vous vous faire mystifier, gruger, vous faire avoir jusqu’au trognon dans une lecture ? Moi, oui. Mais faut que cela soit fin, très fin.

La mère Agatha savait le faire mieux que personne, comme elle le fit dans « Le meurtre de Roger Ackroyd », jouant avec les phrases à double sens que l’on ne comprenait qu’une fois le roman terminé (ou à sa relecture).

Attention, faut pas qu’on ne me sorte pas un lapin d’un chapeau. Trop facile. Ce ne fut pas le cas dans cette enquête où je me suis faite avoir dans les grandes longueurs, revenant même en arrière pour tâcher de comprendre où l’auteur m’avait prise par surprise.

Pas de lapin sorti d’un chapeau, tout était sous mes yeux mais je n’ai pas vu. Enfin, si, j’ai vu mais je n’ai pas observé, me chuchote Sherlock Holmes dans mon oreille.

Heureusement que le scénario était à la hauteur, parce qu’il n’est pas évident d’apprécier une bédé lorsque les dessins ne vous reviennent pas, que vous les trouvez trop rigides, les épaules des personnages trop carrées, le trait trop simpliste (les oreilles ne sont même pas détaillées).

Certes, si je devais dessiner, ça ne ressemblerait à rien, je vous l’avoue, mais ce n’est pas mon job.

Le découpage de l’histoire est bien pensé, en commençant pas la scène de la défenestration (du 47ème étage du building) et en suivant ensuite par l’interrogatoire de Richard Monroe, cette ellipse permet de faire monter le suspense et les questionnements de suite.

Nous racontant l’histoire en commençant par le début, Monroe qui s’empêtre souvent dans son récit, nous permet de la vivre après coup, après les meurtres, et durant toute son histoire, je me suis posée des questions à savoir « Qui a vraiment fait ça et pourquoi ? La belle actrice a-t-elle bien tué son partenaire ? ».

Ajoutant dans les dessins de l’histoire la tête bandée de Monroe et la tête de l’agent du FBI, les auteurs ont pu insérer des petites questions et des réponses, des petits piques d’humour et de la suspicion, sans devoir revenir au moment présent par une autre case.

Moins charismatique que Miss Crumble du premier tome, Richard Monroe a une gueule taillée à la serpe, un caractère de cochon, têtu comme une mule, mais au moins il est compétent et il observe au lieu de voir. Sorte de détective à la hard-boiled, il a tout d’un Dick Tracy ou d’un Mickey Spilane.

Commencé en huis clos dans une salle d’interrogation de la police, l’histoire repassera en huis-clos dans l’hôtel où avait lieu la pièce de théâtre et les meurtres avant de se finir en course-poursuite qui fera le bonheur des vitriers tant on cassera des vitrines.

Un bon album, dans la continuité des autres (que j’avais lu pour le Mois Anglais de Juin 2019) mais mes préférés restent Miss Crumble, Frédérick Abstraight, Nathan Else et Ernest Patisson).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°28 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB – Tome 3 – Après la guerre : Jacques Tardi

Titre : Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB – Tome 3 – Après la guerre

Scénariste : Jacques Tardi
Dessinateur : Jacques Tardi

Édition : Casterman (28/11/2018)

Résumé :
Le final du récit le plus intime de Tardi.

Après son retour du Stalag, René Tardi donne naissance à son fils Jacques en 1946, puis, toujours militaire, il est envoyé en Allemagne dans la zone occupée par la France.

Toute la famille va l’y rejoindre, et s’installer dans une caserne. C’est là que le petit Jacques vivra ses premiers souvenirs, entre ruines et camps militaires.

Puis ce sera le retour à la campagne française, près de Valence, ou entre station-service et garage, son père essaie malgré tout de boucler les fins de mois.

Avec ce dernier volume, Tardi boucle le récit paternel et ouvre une porte sur son enfance, sans toutefois tomber vraiment dans l’autobiographie.

Critique :
Voilà le dernier tome qui clôt une trilogie magnifique, remplie d’émotions, d’Histoire et de tacles pour l’imbécilité humaine, surtout quand l’Homme se fait la guerre.

Ici, nous sommes dans l’après-guerre et Tardi continue de frapper sous la ceinture, là où ça fait le plus mal, et il a bien raison de souligner les comportements horribles qui eurent lieu après la fin de la guerre.

Et surtout l’hypocrisie des uns et des autres, dénonçant la paille dans l’oeil de la voisine qui finira tondue au lieu de voir la poutre dans son oeil à lui, le planqué ou le dénonciateur sans scrupules.

Tardi se met toujours en scène aux côtés de son père, qui nous reparle de quelques faits marquants d’avant-guerre (et de son évitement qui aurait pu avoir lieu), de ses quelques faits d’armes durant la drôle de guerre et surtout de son retour dans sa famille, entre une épouse qui ne veut rien entendre de la guerre ou de la politique ou des anciens qui lui rabâchent sans cesse que leur guerre n’en fut pas une, que la Grande Guerre, ça au moins, c’était une guerre et qu’on l’a gagné…

Bref, pas facile de se reconstruire quand on te rabaisse, quand on ne veut pas écouter tes traumatismes et que tu as toi-même du mal à en parler, que tu t’énerves pour un rien et que tu en veux à tout le monde, surtout à ceux qui se sont enrichis durant le conflit.

Une fois arrivé à sa propre naissance, Jacques Tardi laissera sa place à son double, à son lui-même mais en version bébé, puis jeune gamin.

L’occasion était trop belle et l’auteur parle aussi de sa famille, de sa mère qui lui reprochait sans cesse d’avoir tout bousillé à l’intérieur lorsqu’il était né, l’empêchant ensuite d’avoir des enfants ; ses multiples déplacements avec ses parents lorsque son père était basé en Allemagne ; le mépris des uns pour les autres et le fait qu’ensuite ses parents l’aient confié à ses grands-parents et qu’il ait ressenti cela comme un abandon.

Anybref, on a un peu de tout dans ce dernier tome, de l’après-guerre avec les comportements de tout un chacun et le passé de l’auteur qui, selon moi, est très instructif car nous sommes dans les années qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre Mondiale et de tous les événements politiques importants qui eurent lieu à ce moment-là.

De quoi se cultiver encore un peu plus, tout en savourant les piques acérées lancées par ses personnages, que ce soit son paternel ou lui-même. Tardi n’est pas tendre et il a raison de taper sous la ceinture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Fatherland : Robert Harris

Titre : Fatherland

Auteur : Robert Harris
Édition : Pocket (16/03/1998)
Édition Originale : Fatherland (1992)
Traducteur : Hubert Galle

Résumé :
Berlin, 1964. Les forces de l’Axe ont gagné la guerre, la paix nazie règne sur l’Europe. L’Amérique a refusé le joug. Mais, dans quelques jours, le président Kennedy viendra conclure une alliance avec le Reich. Ce sera la fin du monde libre.

Deux meurtres viennent perturber les préparatifs. Les victimes sont d’anciens S.S. de haut rang jouissant d’une paisible retraite. Chargé de l’affaire, l’inspecteur March s’interroge.

S’agit-il d’un règlement de comptes entre dignitaires ? Pourquoi la Gestapo s’intéresse-t-elle à l’enquête ? Quelle est cette vérité indicible qui semble menacer les fondations du régime ?

Dans Berlin pavoisé, les bourreaux guettent, prêts à tout pour étouffer les dernières lueurs de la liberté.

Critique :
Purée, le mois d’avril aura été riche en lectures « abandonnées » ! Du jamais vu en 30 malheureux jours.

Ben oui, une fois de plus, voilà un roman que je voulais lire absolument et dont je n’ai pas réussi à franchir le cap.

Ok, j’ai déjà dépassé la page 30, allant même jusque la 111 (le quart), mais que ce fut long et dur !

Pas à cause du fait que les allemands aient gagné la Seconde Guerre, pas du fait que les nazis soient rois, mais à cause du rythme du livre !

Robert Harris, j’avais déjà tenté de le lire avec « Imperium » qui mettait en scène Marcus Cicéron, le brillant avocat et orateur et philosophe célèbre.

Bingo, je n’avais pas réussi à dépasser la page 40 et le roman avait fini dans les dons.

On prend les mêmes et on recommence. Je ne saurai donc jamais qui a tué ces anciens S.S. et entre nous, tant mieux ! Sauf que j’aurais aimé décerner une médaille à leur assassin, moi…

Ou, du moins, savoir dans quel complot ces meurtres bizarres s’inscrivaient et pourquoi on ne voulait pas que l’inspecteur Xavier March, de la Kripo (la Kriminalpolizei de Berlin) poursuive ses investigations.

Là où je me suis arrêtée, on mettait déjà des bâtons dans les roues de ce Sturmbannführer. À vos souhaits.

Mes incursions dans les uchronies ne sont pas toujours couronnées de succès, mais je ne baisserai pas les bras et je reviendrai au genre avec un autre auteur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (Plaisirs à Cultiver) et Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book.

L’Ami retrouvé : Fred Uhlman

Titre : L’Ami retrouvé

Auteur : Fred Uhlman
Édition : Gallimard (1983)
Date de publication originale :  Reunion (1971)

Résumé :
Âgé de seize ans, Hans Schwartz, fils unique d’un médecin juif, fréquente le lycée le plus renommé de Stuttgart.

Il est encore seul et sans ami véritable lorsque l’arrivée dans sa classe d’un garçon d’une famille protestante d’illustre ascendance lui permet de réaliser son exigeant idéal de l’amitié, tel que le lui fait concevoir l’exaltation romantique qui est souvent le propre de l’adolescence.

C’est en 1932 qu’a lieu cette rencontre, qui sera de courte durée, les troubles déclenchés par la venue de Hitler ayant fini par gagner la paisible ville de Stuttgart.

Critique :
J’ai longuement hésité à le lire, me souvenant, avec effroi, du traumatisme que le livre « Mon ami Frédéric » avait causé en moi (j’étais très jeune et n’avais pas encore bien capté la noirceur de l’Humain).

C’est donc avec appréhension que j’ai ouvert cette longue nouvelle, ou ce court roman, au choix, puisque l’on se situe à cheval entre les deux genres.

Je suis ressortie de ma lecture avec les émotions moins chamboulées que je ne m’y attendais car le roman se concentre plus sur l’amitié qui est née entre Hans Schwarz (16 ans), le narrateur, fils d’un médecin juif, et Conrad von Hohenfels, un jeune aristocrate (même âge).

Nous sommes à Stuttgart, en 1932 et je ne dois pas vous rappeler qu’en ce temps là, il y avait la montée en puissance du régime nazi, mené par un moustachu qui aurait mieux fait de s’étrangler durant son enfance ou durant sa gestation…

On sent monter la peste brune, on pourrait presque entendre le bruit des bottes à clous, on entend certains discours, des slogans, des aboiements que l’on connait, mais cela reste assez ténu, c’est vraiment en arrière-plan.

Ce qui est mis en avant, c’est cette amitié improbable entre le fils d’un médecin juif et un fils issu de la haute bourgeoisie. Une amitié hors norme, impensable, contre-nature, diraient certaines mauvaises langues.

Alors oui, le livre n’est guère épais, mais il est puissant de par ce qu’il évoque, de par ce qu’il sous-entend avec peu de mots, peu de phrases, ses références à une partie sombre de l’Histoire humaine.

Les personnages sont attachants, autant Hans qui a de grands idéaux sur l’amitié, et Conrad, qui traine toute une kyrielle d’ancêtres célèbres et qui se fait traiter avec un infini respect par les autres, impressionnés qu’ils sont par son pedigree royal (canin ?).

Le pire, ou le plus touchant, c’est le père de Hans qui pense que ses compatriotes vont se réveiller et comprendre que le nazisme est une grosse pustule qu’il faut écraser et que d’ici peu de temps, la patrie de Goethe et consorts va virer cette foutaise qu’est Hitler et son nazisme.

Croyez vous vraiment que les compatriotes de Goethe et de Schiller, de Kant et de Beethoven, se laisseront prendre à cette foutaise ?

Mon père détestait le sionisme. L’idée même lui paraissait insensée. Réclamer la Palestine après 2000 ans n’avait pas pour lui plus de sens que si les Italiens revendiquaient l’Allemagne parce qu’elle avait jadis été occupée par les Romains. Cela ne pouvait mener qu’à d’incessantes effusions de sang car les Juifs auraient à lutter contre tout le monde arabe.

Un roman fort, mais avec moins d’émotions que dans « Mon ami Frédéric » qui nous expliquait les pogroms, tandis qu’ici, tout est en arrière-plan, on s’en doute parce qu’on connait ce qu’il s’est passé.

Et puis, à la dernière ligne, on se prend un V2 dans la gueule, une rafale de mitraillette dans le plexus, on chancelle, on reprend son souffle et là, bizarrement, les yeux se mouillent.

Un roman qui se dévore en peu de temps, mais qui marque l’esprit, même s’il se ne sera pas au fer rouge sur ma peau en plus (ça, c’est réservé aux romans traumatisants qui finissent au freezer).

Le Challenge « A year in England – 2017-2018 » chez Titine (auteur anglais)  et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°5 – Un scandale en Bohême).

Swastika night : Katharine Burdekin

Titre : Swastika night

Auteur : Katharine Burdekin
Édition : Piranha (21/10/2016)
Édition originale : Swastika night – 1937 (sous le pseudonyme de Murray Constantine)

Résumé :
Sept cents ans après la victoire d’Hitler, l’Europe est soumise à l’idéologie nazie.

Les étrangers servent de main-d’œuvre servile, les femmes de bétail reproducteur, le progrès technique est interdit dans une société exclusivement agraire.

Alfred, un jeune anglais en pèlerinage, est mis au courant par le chevalier von Hess de l’existence d’une chronique retraçant l’histoire de l’ancien monde…

Critique :
Il fallait avoir une sacrée paire de couilles pour publier une uchronie dystopique (une dystopie uchronique ?) sur les dangers du nazisme en 1937, alors que la Seconde Guerre Mondiale n’avait pas encore commencé et que certains pensaient toujours qu’elle n’aurait pas lieu.

Des couilles et une sacrée vision des choses qui pourraient se produire si cette idéologie gagnait toute l’Europe.

La guerre n’est pas encore déclarée que l’auteure avait déjà imaginé un conflit terrible, basant son récit sur une victoire des allemands.

Pire, ayant connaissance des faits, je reste sans voix devant la clairvoyance de la dame qui, même si elle remplace les Juifs par des chrétiens, parle déjà d’extermination totale. Et en plus, dans son récit, les Juifs n’existent quasi plus… Exterminés qu’ils furent par les allemands.

C’est là que le roman prend toute sa force car il ne s’agit pas ici d’une 36ème version parlant d’une fin alternative de la Seconde Guerre mondiale mais bien d’une anticipation terrible sur l’avenir de l’Europe et du monde si le nazisme triomphait.

Le roman fait froid dans le dos… Nous sommes 700 ans après Hitler (oui, le vilain moustachu a remis à zéro le compteur de Jésus-Christ), le saint empire hitlérien domine toute l’Europe, et quand je dis toute, c’est toute, même pas un village gaulois pour résister.

Nous sommes face à une dictature impitoyable où les femmes ont autant de droit que les chiens et dont leur rôle est celui de poules pondeuses, juste bonne à se faire engrosser par les hommes et à mettre au monde des garçons, qui leur seront enlevés à l’âge de 18 mois.

Parqués dans des camps, nous sommes soumises au bon vouloir des mâles et le viol n’est plus un crime depuis longtemps. Nous n’avons plus de pensées, plus de vie, plus d’allant, plus rien…

L’art et la culture n’existent plus, les livres c’est pareil, hormis la Bible d’Hitler et les manuels techniques, les gens ne savent plus lire, lire ne sert à rien. Ne reste que la musique, mais tous les grands compositeurs que nous connaissons sont devenus allemands ou autrichiens, sans exception.

De plus, on a beau être 700 plus tard, les technologies ne sont pas très avancées, comme si les Hommes en avaient peur, comme s’ils vivaient toujours à l’époque de 1940 avec ses aéroplanes et ses vieux camions de l’époque.

L’univers qui est décrit dans ses pages est tout bonnement impitoyable, horrible, donnant des sueurs dans le dos car tout le monde a oublié ce qu’il y avait avant l’avènement du nain de jardin moustachu et on a fait de ce dernier un Dieu, limite un Jésus puisqu’il a donné naissance à une religion, la sienne.

La religion hitlérienne a remplacé la pensée. Hitler est Dieu sauf pour les parias chrétiens qui ne font pourtant pas preuve de plus d’intelligence avec leur propre culte : la religion quelle qu’elle soit ne sert qu’à fabriquer du prêt-à-penser qui annihile l’intelligence.

Tout est effacé, on a réécrit l’Histoire, les faits ont été changés, tout est à la gloire des allemands et des nazis, les religions éradiquées et ce qui les remplace est une horreur sans nom, les chrétiens étant même considéré comme moins que des rats !

Ah, et le petit homme ventripotent que nous connaissons, moustachu, moche, avec du bide et une mèche de cheveux gras est devenu – propagande oblige – un grand blond magnifique (2,10m) aux yeux bleus, avec des cheveux blonds et longs digne d’une pub de chez l’Oréal, un être quasi divin, et pas sorti du ventre d’une femme.

On lui a écrit une légende, il fait l’objet de culte, on visite les lieux saints en Allemagne et les seuls à ne pas avoir été envahis sont les japonais, qui eux, tiennent sous leur coupe les américains.

L’histoire gravite autour d’Alfred, un anglais, le personnage principal avec Herman, l’ouvrier agricole l’allemand et Von Hess, le chevalier.

Malgré leurs différences et leurs divergences, ces trois là vont discuter ensemble et le chevalier fera de terrible révélations à nos deux hommes, plongeant dans le désarroi le plus total l’allemand qui voit ses croyances s’effondrer.

Trois personnages attachants, réalistes, avec leurs pensées conformes à ce qu’ils ont toujours vu et vécu, la rébellion étant à proscrire chez les soumis, d’ailleurs, ils n’y penseraient même pas. Pourtant, comme le personnage d’Orwell dans 1984, Alfred a déjà conscience qu’on lui a menti cherche à déjouer la supercherie.

On ne peut pas dire qu’il se passe des tas de choses importantes, dans ce roman, mais on s’en moque, la narration étant tellement forte que l’on blêmit lors des conversations entre Alfred et le chevalier (haut grade chez les allemands), en découvrant la vie des gens, la condition de la femme, de l’enfant, les pensées qui sont celles des humains de tout bord.

Loin d’être indigeste, ce petit roman de 230 pages est limpide, facile à lire, même s’il a tendance à vous foutre des claques régulièrement, et pas des petites.

Il y a un réalisme effroyable, dont des faits qui se remarquent depuis quelques temps chez les Chinois avec leur règle de l’enfant unique (plus de garçons que de filles et un déséquilibre, comme dans notre roman).

Ceci est plus qu’un roman, c’était une vraie mise en garde en son temps, et elle vaut toujours pour notre époque ! Qui voudrait d’une telle société où les gens ne pensent pas par eux-même ?

Glaçant !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Challenge « Polar Historique » de Sharon.

Block 46 : Johana Gustawsson

Titre : Block 46

Auteur : Johana Gustawsson
Édition : Bragelonne (23/10/2015)

Résumé :
Falkenberg, Suède. Le commissaire Bergström découvre le cadavre terriblement mutilé d’une femme.

Londres. Profileuse de renom, la ténébreuse Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants dont les corps présentent les mêmes blessures que la victime suédoise : trachée sectionnée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras.

Étrange serial killer, qui change de lieu de chasse et de type de proie…

En Suède, Emily retrouve une vieille connaissance : Alexis Castells, une écrivaine pleine de charme spécialisée dans les tueurs en série. Ensemble, ces deux personnalités discordantes se lancent dans une traque qui va les conduire jusqu’aux atrocités du camp de Buchenwald, en 1944.

Critique :
Cela faisait quelques temps que ce roman traînait sur mes étagères, comme des tas d’autres, mais Yvan a su se montrer persuasif pour que je le sorte de suite de ma terrible PAL (avec des menaces, oui – MDR).

Un thriller qui mélange des scènes de crimes sorties toutes droit du cerveau dérangé d’un serial killer et des scènes tirées du camp de concentration de Buchenwald, ça ne court pas les rues.

Le mélange est osé, fallait-il encore que la sauce prenne ! Que ce mélange des deux donne une symphonie sans couacs ou fausses notes qui déchireraient les tympans.

Avant tout, je signale aux âmes sensibles qu’elles peuvent lire ma chronique, mais peut-être pas le roman… Sauf si elles veulent défaillir !

Autant j’ai aimé la justesse des récits dans le camp de concentration (l’auteur, sans édulcorer le récit, ne sombre pas dans du gore gratuit), autant j’ai aimé les scènes de crimes bien gores, elles, autant j’ai eu du mal avec les personnages féminins que sont Alexis Castells, écrivaine spécialisée dans les tueurs en série, et Emily Roy, la profileuse.

Oui, au départ, je ne les sentais pas… Aucune empathie pour elles, ni pour Emily qui avait tout d’une frofileuse dure et antipathique, ni pour Alexis qui avait le passé de Stéphane Bourgoin en version féminine (son compagnon tué par un serial killer et elle qui écrit des livres sur eux) et à laquelle je n’accrochais vraiment pas.

Ça commençait mal entre nous… Mais je ne suis pas du genre à baisser les bras pour si peu et bien m’en pris parce que j’ai appris à apprécier les personnages féminins au fur et à mesure de ma lecture  !

L’écriture est agréable, facile à lire, sans fioritures, elle coule toute seule et une fois qu’on est entré dans le roman, on n’a plus envie de le lâcher, à tel point que j’ai lu dans mon lit avant de m’endormir (chose que je fais JAMAIS), à la lampe de poche pour ne pas déranger Chouchou.

Nom de dieu, on peut dire que l’auteur a su jouer avec mes nerfs et me pondant une enquête addictive et où je me suis prise quelques coups dans le plexus. Et j’adore ça.

Comme je le disais, si les personnages féminins ne m’emballaient pas tant que ça au départ, les personnages masculins, eux, oui car je les trouvais plus réalistes, surtout le flic macho et crétin congénital. Un réussite, celui-là, du genre qu’on aurait envie d’encastrer dans le mur.

L’auteur a su jouer avec mes nerfs, le suspense, le mystère, le glauque, le sang, les cadavres et le récit d’un rescapé de Buchenwald et au final, la symphonie était réussie.

De plus, même si certains passages sont durs, éprouvants, horribles car ils ont traits à ce que l’Homme a de plus sombre en lui, jamais l’auteur ne sombrera dans le glauque gratuit. Ce qu’elle nous raconte est véridique (Buchenwald) et fait toujours aussi froid dans le dos (sauf pour les nazis nostalgiques, bien entendu).

Un thriller au mélange étonnant mais réussi, une symphonie sur l’Homme qui, dans le pire, reste incontestablement le meilleur ! Hélas…

PS : ce roman se déroulant pour moitié à Londres et pour l’autre en Suède, je couvre plusieurs challenges littéraires, ce qui double mon plaisir.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),   « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017), Challenge British Mysteries chez My Lou Book et le Challenge Nordique Édition Scandinavie chez Chroniques Littéraires.

La Montagne rouge : Olivier Truc [Enquêteurs Klemet et Nina 3]

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Titre : La Montagne rouge

Auteur : Olivier Truc
Édition : Métailié Noir (2016)

Résumé :
Une pluie continue épuise les hommes et les bêtes.

Alors que les éleveurs du clan Balva procèdent à l’abattage annuel des rennes, des ossements humains sont retrouvés dans l’enclos, au pied de la Montagne rouge.

Or, le clan est opposé à un groupement de forestiers et de fermiers dans un procès exceptionnel à la Cour suprême de Stockholm. L’enjeu – le droit à la terre – est déterminant pour tous les éleveurs de rennes du pays : qui était là le premier ?

ob_90356d_olivier-truc-la-montagne-rouge-carteCritique :
Durant l’abatage de leurs rennes, les éleveurs sont tombés sur un squelette… Ben elle est où, sa tête ??

Le cavalier sans tête aurait-il quitté Sleepy Hollow pour le pays Sapmi ou bien serait-ce l’œuvre d’un règlement de compte à O.K Corral ?

Pour une fois, Klemet et Nina, les agents de la patrouille P9, ont affaire à un corps qui reposerait là depuis plus de 300 ans. Pas vraiment une affaire où on va se casser le cul et les méninges, a priori.

Et bien, détrompez-vous ! Ce squelette sans tête pourrait peut-être résoudre bien des problèmes de territoire, ce perpétuel conflit entre les Suédois et les Sami : qui était là le premier ??

Et quand on sait que l’État Suédois a tout faire pour spolier les Sami de leur territoire, leur faisant signer des papiers qu’ils étaient incapables de lire, qu’on les a traité comme des sous-hommes, des sous-merde, on se dit que l’État est un sacré fils de… sa mère, mais qu’accuser l’État revient à n’accuser personne en chair et en os.

Si ce tome prend plus de temps à se mettre en place, est lent de par son enquête qui ne sait pas trop dans quel sens elle doit aller, il est profond de par les thèmes qu’il exploite et grâce à sa brochette de personnages bien travaillés et dont certains sont plus attachants que d’autres.

Entre ces éleveurs de rennes, Sami, qui veulent que leurs bêtes puissent paître le lichen partout, entre ces forestiers qui eux veulent couper le bois et se foutent des bestioles des autres, entre les policiers qui ne savent plus à quel saint se vouer, entre ces archéologues et universitaires dont certains sont d’un racisme crasse, avec ce procureur un peu zinzin et ces vieilles dames qui arpentent la ville avec leurs pointes d’acier, on a une belle palette de personnages tourmentés, tracassés, jovials, au passé mystérieux.

Même nos policiers sont affectés par ce climat délétère, surtout Nango Klemet qui est tiraillé entre ses origines Sami, considéré comme un collabo chez les siens et comme un sous-homme chez les Suédois ou les Norvégiens car d’origine Sami.

Quand à Nina, ses soucis avec son père qui perd la boule font d’elle une personne aigre et souvent agressive envers Klemet. Ils sont torturés, nos policiers.

De plus, durant l’enquête et les tiraillements de nos deux enquêteurs préférés, nous aurons droit aux pages sombres de la Suède, des pages très sombres, même. À se demander si ce pays que nous admirons n’est pas qu’une belle façade cachant des horreurs… On a planqué la merde dans un joli bas de soie.

Au lieu de nous livrer un truc indigeste, l’auteur a choisi de nous expliquer tout cela aux travers de différents portraits, distillant les infos à son aise, faisant monter le suspense, les questions, le mystère, l’horreur. Tout le monde n’étant pas toujours ce qu’il veut nous faire croire, ici.

Dans ces pages, il y a des relents de racisme, de nazisme, d’eugénisme, du rejet de l’autre que l’on considère comme un frein à l’expansion du pays, de l’autre dont on a tout volé, tout pris, tout spolié et que l’on se permet encore de conspuer.

Ça se lit avec un arrière goût métallique dans la gorge car on sait que ceci n’est pas de la fiction, hélas.

Ceci n’est pas qu’un roman policier, loin de là ! Comme ces deux romans précédant, Olivier Truc va plus loin qu’un Whodunit, plus loin qu’un thriller, plus loin qu’un polar : il entre dans le roman noir, explore le contexte social, l’Histoire d’un pays et nous en sort ses plus belles horreurs, celles qui furent commises avec le sentiment du devoir accompli et d’avoir agit pour le bien de tous.

Un excellent roman noir qui ne vous laissera pas indifférent(e), sauf si vous êtes comme certains personnages abominables qui fraient dans ces pages…

Ne laissez pas passer ce roman où le travail de recherche est phénoménal et où un auteur donne la voix à ceux qui n’en ont pas, ou si peu.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge Nordique Édition Scandinavie Saison 2 (2017) chez Chroniques Littéraires.

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Maus – Intégrale : Art Spiegelman

Maus - Intégrale

Titre : Maus – Intégrale

Scénariste : Art Spiegelman
Dessinateur : Art Spiegelman

Édition :Flammarion (1998)

Résumé :
Art Spiegelman retrace le destin de ses parents, juifs polonais déportés par les nazis, entre 1939 et 1945.

Maus, auquel l’auteur a consacré treize ans de sa vie, est aussi le récit de retrouvailles entre un père et un fils après des années d’incompréhension.

Bande dessinée exceptionnelle par son sujet, Maus l’est aussi par son audience.

Petit Plus : Récompensée par le prestigieux Prix Pulitzer en 1992, l’œuvre de Spiegelman a séduit le public au-delà des amateurs de BD en apportant la preuve de la capacité du genre à s’emparer des thèmes les plus ardus.

Ce volume comprend « Mon père saigne l’histoire » et « C’est là que mes ennuis ont commencé ».

Maus04Critique :
Voilà un album que je voulais découvrir depuis longtemps mais je n’osais pas, ayant trop lu sur les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale…

Peur aussi de ne retrouver qu’une resucée de ce que je connaissais déjà (tout en sachant que l’on ne saura jamais tout).

Peur de replonger dans les cauchemars qui naquirent lors d’anciennes lectures qui furent traumatisantes, peur de me redemander « Qu’est-ce que moi j’aurais fait ? » et peur en imaginant que tout pourrait recommencer un jour…

Mes craintes étaient justifiées ET injustifiées…

Injustifiées car l’auteur réussi un tour de force en nous parlant avec justesse d’un épisode terrible de notre époque tout en lui donnant une autre vision, si je puis m’exprimer de la sorte.

Par autre vision, j’entends bien entendu le fait qu’il ait dessiné les nazis sous les traits de chats et les juifs sous les traits de souris, ce qui donne au récit une autre dimension, sans en enlever l’horreur, mais avec une autre approche puisqu’il raconte l’histoire d’un fils (l’auteur), arrachant le récit de la bouche de son père, rescapé d’un camp.

Un récit dans le récit qui permet de reprendre un peu d’oxygène dans cette enquête qui est terriblement émouvante mais qui jamais ne sombre dans le pathos.

Vladek, le père d’Artie est un personnage à part, un homme qui a gardé ses manies de tout récupérer qu’il avait acquises au camp, ainsi que celle de faire des économies de tout. Il est exaspérant, son fils en à marre et ne sait plus comment faire avec lui.

Le récit du père comprendra sa rencontre avec la future mère d’Artie, la montée du nazisme, les privations, la spoliation, les séparations, les soi-disant « mise au vert » des plus âgés…

Quand aux craintes, elles furent justifiées dans le sens où on a beau connaître l’Histoire, on la redécouvre toujours sous un autre jour, avec tout son cortège d’horreurs, dont celui de devenir bien souvent égoïste, de ne penser qu’à sauver sa peau et de laisser tomber ses anciens amis, ses voisins, ses membres de sa famille…

Malgré tout, certains font preuve de courage et d’abnégation pour aider les autres ou bien peuvent évoluer dans le bon ou le mauvais sens durant les années de privation (d’où mon éternelle question sur ce que moi j’aurais fait moi, sur mon comportement en de pareilles circonstances)…

Tout cela est bien décrit dans cet album et le fait d’utiliser l’anthropomorphisme donne une certaine atmosphère au récit et le rend encore plus fort, je trouve.

L’auteur nous raconte l’histoire de son père, sans fustiger les uns, sans excuser les autres. Son père explique, il excuse même certains, leur pardonnant leurs abandon. C’est grand…

Et au travers de l’histoire que Vladek raconte à son fils, c’est aussi une histoire vraie qui se déroule sous nos yeux, celle des horreurs qui ont eu lieu, cette déshumanisation d’un peuple et de million d’êtres humains qui ne s’en sont pas sorti.

Une histoire forte, émouvante, un autre regard, et une mise en image de l’indicible. Un album que je relirai dans quelques temps afin de bien n’imprégner du récit et de vérifier que je n’ai rien raté.

« Zahkor » ! (souviens-toi, en hébreu) parce que ce genre d’horreur s’est encore déroulée après (Staline, Mao, dans un autre registre) et continuera encore et encore.

Étoile 5

Le « Challenge US » chez Noctembule, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Pulitzer – 1992) et RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

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CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Eagle+flag