Kérozène : Adeline Dieudonné

Titre : Kérozène

Auteur : Adeline Dieudonné
Édition : L’Iconoclaste (01/04/2021)

Résumé :
Une station-service, une nuit d’été, dans les Ardennes.

Sous la lumière crue des néons, ils sont douze à se trouver là, en compagnie d’un cheval et d’un macchabée. Juliette, la caissière, et son collègue Sébastien, marié à Mauricio. Alika, la nounou philippine, Chelly, prof de pole dance, Joseph, représentant en acariens… Il est 23h12. Dans une minute tout va basculer.

Chacun d’eux va devenir le héros d’une histoire, entre elles vont se tisser parfois des liens. Un livre protéiforme pour rire et pleurer ou pleurer de rire sur nos vies contemporaines.

Comme dans son premier roman, La Vraie Vie, l’autrice campe des destins délirants, avec humour et férocité.

Les situations surréalistes s’inventent avec naturel, comme ce couple ayant pour animal de compagnie une énorme truie rose, ce fils qui dialogue l’air de rien avec la tombe de sa mère, ou encore ce déjeuner qui vire à l’examen gynécologique parce qu’il faut s’assurer de la fécondité de la future belle-fille.

Elle ne nous épargne rien, Adeline Dieudonné : meurtres, scènes de sexe, larmes et rires. Cependant, derrière le rire et l’inventivité débordante, sa lucidité noire fait toujours mouche. Kérozène interroge le sens de l’existence et fustige ce que notre époque a d’absurde.

Critique :
Ces derniers temps, avec certaines de mes lectures, c’est la Bérézina totale !

Surtout avec les nouveaux romans d’autrices dont j’avais eu des coups de coeur pour leurs précédents romans.

Je m’étais déjà payée une dégelée totale avec « Seule en sa demeure » de Cécile Coulon, alors que j’avais adoré « Une bête au paradis » et voilà qu’avec Kérozène, je remets ça, même si la faillite est moins totale.

Le précédent roman de l’autrice, « La vraie vie », avait été un coup de cœur phénoménal. Pour son petit dernier, je suis le cul entre deux chaises… Et l’écart est tel que j’ai du mal à rester assise. Je m’explique.

Si certaines nouvelles composant ce roman m’ont plu (notamment celle avec le cheval, on ne se refait pas), d’autres m’ont mises très mal à l’aise, comme celle avec le test gynécologique.

Le problème ne vient pas de l’examen en lui-même, mais de la passivité de la femme qui le subit ! Mais putain, pourquoi elle accepte une telle chose lors d’un dîner ? Moi, j’aurais éparpillé les deux zozos façon puzzle…

L’autre chose qui m’a dérangé, c’est que bien que toutes ces petites nouvelles aient des choses intéressantes à dire, qu’elles soient grinçantes, qu’elles fustigent une certaine société, qu’elles soient d’un noir d’encre, il manque tout de même un lien entre elles !

Ok, tout ce petit monde se retrouve ensuite à la pompe d’essence, mais bon, c’est un peu court, un peu trop léger. Déjà rien qu’au niveau des proportionnelles : un tel rassemblement est quasi impossible avec si peu de gens, sauf au cinéma ou en littérature…

Mais bon, autant je sais être bon public et passer sur des incohérences, autant il me faut du carburant pour me faire marcher et ici, nous avions beau être dans une station d’essence, il a manqué du carburant pour faire tourner le moteur et l’étincelle pour rendre le tout explosif. Ou un anneau pour les lier tous…

Le but de ma chronique n’est pas de dire que le roman est mauvais, loin de là, il y a du bon dans ces portraits qui pourraient se lire tous indépendamment les uns des autres.

C’est une critique acide de notre société qui se retrouvent dans ces portraits. C’est dans le vitriol que l’autrice a trempé sa plume pour écrire ces mots. La férocité de sa plume est toujours là, c’est déjà ça…

Manquait juste le liant pour que la transition entre toutes les histoires soit parfaite. Un bouquet final autre que celui qui arrive et qui fait plus pchiiittt que « point de bascule » véritable. Comme si après avoir tout donné pour dresser des portraits farfelus, décalés, grinçants, l’autrice n’avait plus eu assez de kérozène pour finir en beauté ce périple cynique.

Le coup de la panne d’essence, ça n’a jamais marché avec moi…

Va falloir appeler la dépanneuse pour remorquer ce final échoué sur la bande des pneus crevés…

J’aurais aimé qu’il termine dans mes coups de coeur de l’année, hélas, il n’ira pas… Et croyez-moi que ça me désole fortement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°68].

Différentes Saisons : Stephen King

Titre : Différentes Saisons

Auteur : Stephen King
Édition : Livre de Poche (2021) – 735 pages
Édition Originale : Different Seasons (1982)
Traduction : Pierre Alien

Résumé :
Recueil de nouvelles :
« Un innocent condamné à perpétuité cherche à s’évader ; un jeune garçon démasque un ancien nazi dans une petite ville de Californie ; des gamins partent à la recherche d’un cadavre ; un médecin raconte l’histoire d’une jeune femme célibataire et enceinte dans les années 30…

Rien de commun, en apparence, entre ces quatre thèmes. Mais derrière ces héros d’âges et de milieux très différents, c’est la société américaine que dissèque Stephen King, avec le souci du détail et du mot juste, le sens de l’observation, du suspense et de l’humour noir qui le caractérisent.

L’Amérique ne sort pas indemne de cette vivisection. Nous non plus… »

*Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank (Rita Hayworth and Shawshank Redemption)
*Un élève doué (Apt pupil)
*Le Corps (The Body)
*La Méthode respiratoire (The Breathing Method)

Critique :
He oui, je n’ai pas encore tout lu du King ! Il me reste encore des pépites à découvrir et c’est ce que je fais, selon mes envies.

Le format des nouvelles est bien adapté au King, lui qui peut te faire trembler, t’emporter, te faire tout oublier, avec peu de pages ou avec un gros pavé bien épais.

La première nouvelle, adaptée en film (Shawshank Redemption), ne fout pas les chocottes à proprement parler. Il m’a fallu des années avant de visionner enfin le film et j’avais adoré (me demandez pas pourquoi j’ai mis autant de temps avant de le voir).

Connaissant la fin et le truc, je n’ai pas frémi autant que je l’aurais fait, si j’avais été vierge de toutes révélations, mais malgré tout, cette première nouvelle, c’était le pied ! L’Amérique n’en sort absolument pas grandie, son système carcéral non plus.

La deuxième, pas contre, m’a mise mal à l’aise dans ce face à face entre un gamin de 14 ans et un ancien nazi. Croyez-moi, l’innocence n’est pas là où on pourrait le penser et le tortionnaire n’est pas toujours le nazi vieillissant ! Lorsque l’on contemple l’abyme, l’abyme regarde en nous.

Alors que je m’attendais à ce que le King suive une certaine direction, celui-ci m’a prise par surprise en allant là où je ne m’y attendais pas et mon mal-être a augmenté (pour mon plus grand bonheur de lectrice) au fil de son récit.

Une des grandes forces de Stephen King, c’est d’aller là où ne l’attend pas, de surprendre son lecteur, de le retourner comme une crêpe avant de l’engloutir dans une grande bouchée. J’ai été captivée par cette grande nouvelle, mais j’étais aussi contente de la terminer tant elle m’a donné des sueurs froides. J’en redemande !

La troisième m’a fait un bien fou car elle mettait en scène une bande de quatre gamins partant à l’aventure pour tenter de voir le cadavre.

Le récit est rempli de poésie, de rires, d’aventures un peu folle, d’amitié qui lie ces quatre gamins différents. Le King est très fort lorsqu’il prend pour personnages principaux des enfants. C’est toujours d’une justesse absolue et on se prend souvent en amitié pour ces enfants.

Hélas, tout n’est pas toujours rose dans la vie et il n’oublie jamais de mettre en scène une certaine ruralité, une certaine pauvreté de l’Amérique, aux travers de ses différents personnages.

Comme toujours, cette Amérique blanche n’en sort pas grandie. C’est la triste réalité qui y est décrite, sous le couvert d’une aventure comme on aurait aimé en vivre une, lorsque nous avions leur âge.

La quatrième et dernière nouvelle m’a moins emballée. Elle concerne un club où chacun, à tour de rôle, raconte une histoire terrifiante. J’ai eu du mal à entrer dans le récit et mon attention s’est échappée, partant ailleurs, ce qui fait que j’ai lu le récit sans en profiter vraiment, ramant même à certains moments.

Pourtant, il y avait aussi des vérités criantes dans ce récit, dont le fait qu’à une certaine époque, être mère célibataire était super mal vu.

Malgré tout, elle possédait un putain d’élément fantastique qui m’a fait flipper à fond et donné des frissons d’angoisse lorsque j’imaginais la scène de l’accouchement. Elle serait parfaite pour raconter devant un feu de camp et foutre la trouille à toute une troupe de gamin.

Mon verdict est que j’ai bien aimé ce recueil, même si la dernière m’a moins emballée que les trois autres, sauf pour son élément fantastique horrible.

Cela change aussi de lire du Stephen King dans un élément qui n’était pas habituel à l’époque om fut publié ce recueil car il sortait un peu de récits horrifiques qui était sa marque de fabrique.

Au lieu de jouer avec les monstres sous le lit, il joue avec la psychologie des personnages, nous donne des duels entre un gamin et un ancien nazi (qui foutent sacrément mal à l’aise) ou des morceaux d’amitié pure et dure, avant qu’elle ne se casse, comme cela arrive souvent lorsque les gosses grandissent et que les amis d’hier prennent leurs distances.

Malgré mon petit bémol pour la quatrième histoire (qui n’est qu’une histoire de goût ou d’esprit qui n’accroche pas), ce recueil de quatre nouvelles du King est à découvrir (si ce n’est déjà fait, tout le monde ne peut pas être en retard comme moi) car on est tout de même face à des jolies pépites qui parlent de l’Amérique, de ses travers, de sa société…

Le tout raconté aux travers de récit palpitant, beaux, poétiques ou psychologiquement très fort.

Lu dans sa version Livre de Poche de 735 pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°37] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Toucher le noir : Yvan Fauth et Collectif

Titre : Toucher le noir

Auteurs : Collectif (sous la direction d’Yvan Fauth)
Édition : Belfond (03/06/2021)

Résumé :
Onze grands noms du thriller français nous font toucher le noir, jusqu’au creux de l’âme…

Solène Bakowski, Éric Cherrière, Ghislain Gilberti, Maud Mayeras, Mickaël Mention, Valentin Musso, Benoît Philippon, Jacques Saussey, Laurent Scalèse, Danielle Thiéry, Franck Thilliez.

Ces onze auteurs prestigieux, maîtres incontestés du frisson, nous entraînent dans une exploration sensorielle inédite autour du toucher.

Avec eux, vous plongerez dans les plus sombres abysses, effleurerez la grâce et l’enfer d’un même geste, tutoierez l’horreur du bout des doigts…

Dix nouvelles inédites pour autant d’expériences tactiles, éclectiques, terrifiantes et toujours surprenantes.

Oserez-vous frôler le noir d’aussi près ?

Critique :
Un recueil de nouvelles, c’est comme un ballotin de pralines : on ne sait pas sur quoi on va tomber.

La renommée du chocolatier ne fait pas tout, vous pourriez très bien tomber sur une praline dont le goût ne vous plait pas, même si l’artisan y a mis tout son cœur, toute sa science et qu’il a adoré le goût de sa création.

Ces pralines littéraires avaient toutes un goût de reviens-y !

Cette addiction est la même qu’avec la boîte de chocolat, le ballotin de pralines : vous vous jurez que c’est la dernière, qu’ensuite, vous arrêterez jusqu’à demain matin et puis, bizarrement, vous vous dites que vous en prendriez bien une dernière pour la route, puis une autre…

Avant de pousser plus loin ce recueil et d’aller enfin au lit afin de savoir vous lever demain matin.

8118 est la nouvelle qui ouvre le bal, la première praline qui vous explose en bouche et vous donne envie de replonger pour ressentir ce même effet avec les suivantes. Raconter l’histoire à rebours était une riche idée. C’était diabolique ! (5/5)

Le Retour de Soirée était comme j’aime les nouvelles : inattendue, celle qui vous tacle, qui vous fait ouvrir la bouche, béate de surprise. Putain, Valentin Musso m’a scotché au canapé. C’était machiavélique ! (5/5)

L’ange de la Vallée (de Solène Bakowski) qui, en plus de nous offrir un voyage dans le temps, nous a plongé dans l’obscurantisme, la folie religieuse, dans les pulsions humaines les plus abjectes, dans la cupidité, la recherche du profit à tout prix. J’ai fermé les yeux quelques instants à la fin de la lecture tellement j’avais été secouée. C’était horrifique ! (5/5)

Signé de Benoît Philippon nous fera toucher l’art du bout des doigts tout en nous mettant le cœur au bord des lèvres. Le film « Le tatoué » était drôle, sa nouvelle, par contre, ne l’est pas du tout. Elle est bien noire et retorse, comme je les aime. Parce que pour marquer durablement les lecteurs, un twist final est toujours ce qui marche le mieux. C’était sadique ! (5/5)

Mer Carnage de Éric Cherrière m’a un peu moins emballée. La vengeance est un plat qui se mange froid et pour se venger, l’Homme est prêt à traverser tout. Finalement, c’est à se demander qui est le plus monstre des deux entre le vengeur ou le coupable. Je pencherais pour le vengeur qui ne réfléchit à rien et qui pourrait priver bien des gens du talent de celui qu’il veut abattre. C’était trop classique. (3/5)

No smoking de Michael Mention est la plus longue des nouvelles. Même sans sa signature, on reconnaît entre mille la patte de l’auteur qui va nous entraîner dans un huis-clos entre deux personnages coincés dans un ascenseur. ♫ Deux étrangers qui se rencontrent ♪ Dans l’ascenseur déjà le désir monte ♪… Le désir de fumer(en 1971, il était, hélas, permis de fumer partout). Désir de s’énerver sur cette panne… Leur échange verbal sera des plus intéressants et une fois de plus, j’ai été mise au sol violemment. C’était magnifique ! (5/5)

Doigts d’honneur de Danielle Thiéry nous prouve que l’on peut faire du policier avec peu de pages, que l’on peut parler de la noirceur de l’Homme sans que cela fasse l’épaisseur d’un pavé et qu’avec peu, on peut faire beaucoup. La musique n’adoucit pas les mœurs, sans doute adoucit-elle les meurtres. C’était la musique, oui la musique ♫ (4/5)

L’ombre de la proie de Ghislain Gilberti avait un goût de nouvelle fantastique. J’ai apprécié le récit, le final que je n’ai absolument pas vu venir mais il m’aura manqué les émotions durant la lecture de son récit. Je n’ai pas vibré comme avec les autres, ni comme l’auteur a déjà su me faire vibrer dans ses romans. C’était vampirique. (3,5/5)

Une main en or de Jacques Saussey ressemble à une nouvelle tout ce qu’il y a de plus normale, au début. Une prison, une envie d’évasion… On s’évade et puis là, tu te prends l’équivalent d’une porte de prison dans la gueule. C’était clinique. (4/5)

Zeru Zeru de Maud Mayeras nous entraînera dans un village africain où ont lieu des pratiques d’un autre âge mais qui ont toujours court de nos jours. Son histoire est terriblement noire, horrible, inhumaine, violente. C’était tragique ! (4/5)

Et on terminera avec 8118 à nouveau, la première nouvelle auto-reverse, comme nos bons vieux lecteurs de K7 audio du siècle dernier.

L’art de la nouvelle n’est pas facile, mais une fois de plus, les auteurs ont réussi le challenge sans que l’on ait une sensation de trop peu à la fin de notre lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°07].

Les aventures du fils de Sherlock Holmes racontées par le Dr. Watson : Dr Watson

Titre : Les aventures du fils de Sherlock Holmes racontées par le Dr. Watson

Auteur : Dr Watson
Édition : PRNG (2019) / De Varly (01/03/2020)
Édition Originale : The Adventures of the Son of Sherlock Holmes (1910)
Traduction :

Résumé :
Quel est le lecteur qui ne se souvienne d’avoir suivi avec un intérêt parfois passionné le récit des aventures du célèbre Sherlock Holmes ? Mais voici plus de dix ans que le génial policier a cessé d’étonner les deux mondes par ses exploits prodigieux.

Hâtons-nous de les rassurer : Sherlock Holmes n’est pas mort. Il a eu la bonne fortune d’entrer en possession d’un héritage qui en fit, presque du jour au lendemain, un des plus riches propriétaires du Royaume-Uni.

Depuis lors, son existence se passa dans son manoir, au milieu de ses vastes domaines dans le Comté de Devon, où il goûte un repos bien gagné, après tant d’années d’une existence aventureuse, où sa vie fut si souvent à la merci du moindre incident.

Il y mène l’existence du gentilhomme, partagé entre la gestion de son bien et l’éducation de ses enfants.

Son fils aîné, qui porte le nom de Sherlock, comme son père, vient d’atteindre sa vingt-sixième année . il est sorti depuis trois ans du Collège of Physicians und Surgeons avec le grade de docteur en médecine.

Très répandu dans la société élégante de New-York, où le grand renom de son père et sa fortune, et les manières affables du jeune homme lui ont valu le meilleur accueil, il va y trouver matière à d’intéressantes études et les aventures ne vont pas lui manquer.

Ce sont quelques-unes de ces aventures, racontées par le docteur Watson — qui se fait l’historiographe du fils après avoir été celui du père — que le lecteur va lire.

Il pourra se convaincre que, si Sherlock Holmes a disparu de la scène, son génie, comme son nom, va revivre dans son fils, en qui s’annoncent déjà toutes les qualités qui font les grands détectives…

Critique :
Ce roman de 200 pages comporte trois nouvelles. C’est le format qui convient le mieux aux enquêtes de Sherlock Holmes qui sont plus rapides que celle d’Hercule Poirot.

Ici, le Sherlock qui enquête est le fils du célèbre détective du 221b Baker Street.

S’il possède l’intelligence de son père, il lui manque malheureusement son charisme et sa prestance. Là, j’ai souvent eu l’impression d’être face à un gamin riche et gâté qui aurait peut-être eu besoin d’une bonne fessée de temps en temps.

Quant à ce pauvre Watson, il n’a pas le plus beau rôle car il fait figure de l’homme qui doute de tout, même de l’innocence du fils de son meilleur ami.

Sans compter que dans la première affaire, il n’a pas été très futé, notre brave docteur Watson ! J’avais compris le truc bien avant lui, il était tellement flagrant qu’il m’avait sauté à la gueule et mordu le nez.

Avant d’aller plus loin, je tiens tout de même à m’insurger contre l’édition lue qui était bourrée de coquilles en tout genre : faute de frappe, oubli de lettre, erreur d’espacements au niveau de la ponctuation (oubli d’un espace après la virgule, oubli de l’espace après le point, oubli de l’espace avant le point d’exclamation – et souvent dans les dialogues, un espace entre le mot et la virgule,…) ou présence de point final au milieu d’une phrase et j’ai même eu un S majuscule fait avec le sigle $ (dollar) et ce n’était pas un jeu de mot. Sur un clavier AZERTY, ils ne sont pas l’un près de l’autre, pourtant.

À une moyenne de 2 à 3 coquilles par pages, multiplié par 200 pages, ça en fait beaucoup. Alors oui, nous faisons tous des fautes d’inattention dans nos chroniques, j’en retrouve toujours dans les miennes, même après relecture, j’en loupe des tonnes aussi, mais le prix de cet ouvrage étant de 17€, je l’ai trouvée saumâtre !

Passons au point plus agréable maintenant que l’abcès est percé : les trois nouvelles sont bien conçues point de vue enquête et résolution. On ne cassera pas la baraque, mais elles étaient bien fichues.

Rien d’exceptionnel, des enquêtes de bonne facture, correctes, sans jamais posséder des résolutions qui déchirent puisque j’ai vu venir bien des trucs et astuces, contrairement à Watson. Hors ce dernier ne doit jamais être plus bête que le lecteur, mais à son niveau !

Se déroulant en Amérique, à New-York pour être plus précise, ces nouvelles manquaient des épices anglais traditionnels, ceux dans lesquels ont baigné Holmes et Watson, formant un duo complémentaire et équilibré.

Le fiston, bien que très intelligent et fougueux, n’atteint jamais le charisme de son père (dont on ne saura rien, même pas le nom de son épouse), semble être une pâle copie. Son immigration aux États-Unis n’apporte rien, à mon sens, aux récits des enquêtes qui auraient eu plus d’ancrage, de poids, de sel, si elles avaient été en Angleterre.

Pas tout à fait une réussite, pas tout à fait un échec, c’est le cul entre deux chaises que j’ai terminé ce recueil de nouvelles qui dataient de l’an 1910…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°313].

Si ça saigne : Stephen King

Titre : Si ça saigne

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (10/02/2021)
Édition Originale : If It Bleeds (2020)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
« If It Bleeds », le nouveau livre de Stephen King. Un recueil de 4 longues nouvelles, dont une suite, indépendante à « L’outsider »

Les nouvelles sont :
– Mr. Harrigan’s Phone (Le téléphone de Mr Harrigan)
Au sujet d’un téléphone hors du commun…

– The Life of Chuck (La vie de Chuck)
Le monde est au bord du gouffre lorsque…

– If It Bleeds (Si ça saigne)
Une bombe explose dans un collège. Devant le flash info, Holly Gibney qui est perturbée par un détail…

– Rat
Un auteur n’arrivant pas à écrire un roman part dans un chalet en pleine forêt pour écrire un roman…

Critique :
Le King est de retour dans un format où il excelle (comme Conan Doyle) : celui de la nouvelle !

Jamais évident de faire une nouvelle équilibrée afin que les lecteurs n’aient pas l’impression qu’on les a amputé d’une partie de l’histoire.

Le King y arrive toujours sans mal, nous donnant assez à lire pour ne pas que l’on se sente floué.

La première nouvelle avait un délicieux air rétro, comme si nous étions dans les années 50/60 alors que nous étions dans les années 2000 avec l’arrivée du premier smartphone de la marque à la pomme mordue.

Je me suis attachée aux personnages, autant au jeune Craig qu’au vieux monsieur Harrigan et ses théories sur l’Internet qui étaient tout à fait justes. Le plaisir de lecture était bien présent et j’ai aimé cette histoire de téléphone qui… No spolier !

Le King aurait pu aller plus loin dans l’horreur, mais il est resté dans le registre du fantastique. Je n’ai pas frissonné de peur mais j’ai apprécié cette nouvelle qui avait un début, une fin et un beau développement. Je ne me suis pas sentie grugée.

La deuxième histoire m’a laissé perplexe avec un commencement apocalyptique où le monde semble s’écrouler et où l’on va ensuite rejoindre la jeunesse de Chuck, voir le jour où il dansa dans la rue et tout savoir sur le mystère de la chambre sous la coupole.

Cette nouvelle m’a donné l’impression de se finir abruptement, sans que j’aie vraiment compris le rapport entre le côté apocalypse du départ et une partie de la jeunesse de Chuck… Puis en réfléchissant j’ai compris que j’étais face à une métaphore et la nouvelle a alors pris tout son sens.

La troisième met en scène une ancienne copine, Holly Gibney de l’agence de détective Finders Keepers. Cette nouvelle fait suite au roman « L’outsider » que je n’ai pas encore lu et malheureusement, j’ai eu droit à quelques révélations… Cette longue nouvelle m’a emporté, j’ai frémi, j’ai eu peur, le suspense était maîtrisé et j’ai tellement serré les fesses que lorsque tout se calme, j’en avais encore les mains moites.

La quatrième nouvelle parle, une fois de plus, de l’écrivain et de l’angoisse de la page blanche. Un thème qui revient souvent chez le King car c’est une situation qu’il a connue.

Cette dernière nouvelle du recueil a des airs de pacte faustien et comme on le sait, il y a toujours un prix à payer, même si on n’y croit pas. J’ai apprécié les ambiances de tempêtes, les questionnements de l’auteur, son entêtement à écrire un roman et l’arrivée, une fois de plus, de ses vieux démons.

Par contre, j’aurais aimé en savoir un peu plus sur ses problèmes d’avant, sur le pourquoi du comment il a failli brûler sa maison en voulant foutre le feu à son roman…

Quatre nouvelles qui avaient un début, une fin et un développement, qui ne m’ont pas laissées sur ma faim, comme le font souvent les histoires sous forme de nouvelles. Par contre, n’ayant pas lu les anciens recueils de nouvelles du King, je ne puis dire si celles-ci sont mieux ou dans la lignée des anciennes, même si je me suis laissée dire que c’était un cran en-dessous.

Faudra que j’aille vérifier !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°232] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°45].

La dénonciation : Bandi

Titre : La dénonciation

Auteur : Bandi
Édition : Philippe Picquier Poche (2018)
Édition Originale : Gobal (2014)
Traduction : Lim Yeong-hee et Mélanie Basnel

Résumé :
Bandi, qui signifie « luciole », est le pseudonyme d’un écrivain qui vit en Corée du Nord. Après bien des péripéties, dissimulés dans des livres de propagande communistes, ses manuscrits ont franchi la frontière interdite pour être publiés en Corée du sud.

Mais pas leur auteur. Bandi a choisi de rester, lui qui se veut le porte-parole de ses concitoyens réduits au silence.

Ses récits où s’expriment son émotion et sa révolte dévoilent le quotidien de gens ordinaires dans une société où règnent la faim, l’arbitraire, la persécution et le mensonge, mais aussi l’entraide, la solidarité, et l’espoir, chez ceux qui souffrent.

Des récits d’une grande humanité, et l’ouvre d’un authentique écrivain.

« Je vis en Corée du nord depuis cinquante ans,
Comme un automate qui parle,
Comme un homme attelé à un joug.
J’ai écrit ses histoires,
Poussé non par le talent,
Mais par l’indignation,
Et je ne me suis pas servi d’une plume et d’encre,
Mais de mes os et de mes larmes de sang. »

Critique :
Les auteurs Nord-Coréen ne sont pas légion ! Ceux qui ont publié des livres qui expliquent ce qu’il se passe dans leur pays encore moins…

Pour savoir ce qu’il se passe dans ce pays, il faut se lever très tôt le matin ou alors, bouffer la propagande mise en place et accepter d’avaler que tout va pour le mieux dans cette dictature.

À l’aide de courts récits, Bandi nous explique le destin tragique des habitants de Corée du Nord, là où il vit toujours. Pas sous le joug du gros poussa de maintenant, mais dans les années 80/90, sous le règne de Kim Il-sung.

Voilà, dans quel monde il vivait. La loi exigeait du peule qu’il rit malgré ses souffrances et qu’il avale malgré l’amertume.

Nous râlons pour le moment des petites libertés qui nous sont retirées pour cause de pandémie, mais imaginez-vous vivre dans un pays où, 50 ans après un mot de trop de votre père et grand-père, vous êtes blacklisté de partout ! Même si vous n’avez que 5 ans.

Article 149… Il permet de vous persécuter jusqu’à la fin de temps et on l’inscrit même sur vos papiers afin que tout le monde sache l’infamie qui vous touche tous. Et lorsque l’on parle d’infamie, elle n’est infâme que dans la tête des tarés qui gouvernent et de ceux qui appliquent les sentences.

Nous pouvons nous moquer de nos politiciens, nous pouvons les brocarder, eux doivent s’incliner et honorer leurs portraits et surtout ne pas tirer les tentures afin que votre petit enfant ne soit plus terrorisé par le portrait de Marx ou du dictateur qui a fait de vous des pantins, capable de faire venir 1.000.000 de personnes dans la rue en 45 minutes top chrono.

J’ai apprécié l’écriture de Bandi, assez simple mais jamais simpliste dans ses petites histoires qui nous mettent face à l’horreur d’un peuple condamné à jouer un rôle, à rire quand il voudrait pleurer, à pleurer toutes les larmes de leur corps devant la dépouille du tyran qui a assassiné leur père, emprisonné leur mari…

Une vie honnête ne peut se construire que dans un monde libre. Plus on étouffe les gens, plus on les opprime, et plus ils jouent la comédie.

Après la folie de Lénine, Staline et leurs goulags, je viens de plonger dans une dictature où l’arbitraire règne, où les dénonciations sont légions, où ceux qui lèchent le parti comme des braves petits toutous sont mieux considérés que ceux qui triment sans rien demander et qui seront de parfaits boucs émissaires pour tout et n’importe quoi.

C’est un poison toxique qui circule dans les veines de ceux qui accusent, qui punissent, qui tuent. C’est l’iniquité qui est reine, c’est l’illogisme qui est roi et c’est le peuple qui crève de faim, mais bon, faut pas parler de famine, juste de pénurie alimentaire…

Un roman qu’il faut lire, juste pour comprendre que nous sommes des coqs en pâte, même si tout n’est pas rose dans nos pays et que personne ne me tiendra rigueur si mon père a un jour, foiré une caisse de plants de riz en serre car c’était le début et que personne ne savait comment faire.

Quand une mère met un enfant au monde, tout ce qu’elle souhaite, c’est que cet enfant soit heureux. Il n’existe aucune mère sur terre qui veuille accoucher d’un être dont elle sait d’avance qu’il devra passer sa vie entière à se frayer un chemin dans des buissons de ronces. Si une telle femme existe, alors avant d’être une mère, c’est une criminelle, la plus cruelle d’entre tous.

Un livre coup de poing !!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°190] et Le Mois du Polar – Février 2021 – chez Sharon [Fiche N°16].

Les contes du whisky : Jean Ray

Titre : Les contes du whisky

Auteur : Jean Ray
Édition : Marabout Fantastique (1971) / L’Atalante (1946) / Espace Nord (2019)

Résumé :
Le « Site enchanteur » est une taverne bondée et enfumée des docks de Londres où gravitent d’étranges personnages, emportés par le whisky « au goût de sang et de larmes ». Ils partagent un festin funeste de pitoyables et effroyables aventures d’errants de la mer.

Au rythme des hallucinations et des fabulations, le whisky – feu purificateur – permet de dialoguer avec l’ombre et d’en finir avec l’éteignoir d’existences mornes et répétitives. Ici règne le principe de l’anamorphose : le regard sur les choses et sur soi en sort radicalement changé.

Ce premier recueil de contes (1925) a signé l’entrée de Jean Ray en littérature. Il est ici rendu dans sa version originale et intégrale (éditions Espace Nord – 2019).

Critique :
Tremblez misérables mortels, car le fog de Londres vous suit, vous enveloppe…

Dans ce recueil de conte de Jean Ray, se côtoient des marins qui chantent les rêves qui les hantent, des marins qui meurent pleins de bière et de drames…

Mais on a aussi des prostituées de Whitechapel, des rôdeurs, des mendiants, des voleurs, bref, la lie de Londres et d’ailleurs.

C’est sombre, c’est un puits sans fond, ce sont des âmes en perdition, des gens qui se noient dans le whisky pour oublier ou pour nous conter leur histoires, comme si nous étions leur confident privilégié.

Mon édition n’est pas celle qui a été réédité de manière complète mais ce n’est pas grave… J’avais entre les mains un vieux livre qui crisse, du papier qui sent le vieux papier, un livre qui a vécu et qui finira ses jours dans ma biblio, jusqu’à ce qu’il recommence une nouvelle vie à la fin de la mienne.

Peut-être que s’il avaient bu des mojitos, tous ces personnages qui hantent ces pages auraient été plus gais, avec des récits colorés, joyeux, amusants.

Le whisky fait broyer du noir et les histoires racontées sont sombres mais inégales en plaisir littéraire comme en pages.

J’ai aimé la première, avec l’homme hanté par les fantômes des marins morts et qui se transforme, petit à petit en… [No spolier], j’ai frémi avec « Minuit vingt », j’ai été horrifiée par « Le singe » mais j’ai eu aussi beaucoup de mal avec le style d’écriture de Jean Ray, fort lyrique, parfois un peu brouillon dans le « qui dit quoi » et répétitif dans ses récits.

Par contre, ses descriptions de l’Angleterre brumeuse, sale, crasseuse et de ses quartiers peu recommandable, étaient d’un réalisme tel que je n’aurais pas été étonnée de voir surgir du fog en pleine journée ensoleillée ou d’entendre la pendule sonner minuit alors qu’on était l’après-midi.

Le fait de lire quelques récits sur la journée et d’étaler cette lecture sur plusieurs jours, en la coupant d’autres, m’a permis de mieux l’apprécier que si j’avais cherché à tout lire le même jour.

Un recueil de nouvelles pour les amateurs de récits fantastiques, d’âmes tourmentées, de personnages louches, de marins qui ne sont pas d’eau douce, de vagabonds, de péripatéticiennes, de voleurs sans cols blancs, d’assassins à la petite semaine, de bandits, de prêteurs sur gage, ainsi que d’ivrognes qui hantent les bars, et qui boivent et reboivent et qui reboivent encore. Ils boivent à la santé des putains d’Angleterre…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°12].

Regarder le noir : Collectif (sous la direction d’Yvan Fauth)

Titre : Regarder le noir

Auteurs : Collectif (sous la direction d’Yvan Fauth)
Édition : Belfond Noir (11/06/2020)

Résumé :
Douze auteurs prestigieux de noir sont ici réunis et, si chacun a son mode opératoire, le mot d’ordre est le même pour tous : que l’on ouvre grand les yeux au fil de récits qui jouent avec les différentes interprétations de la vision.

Dans ces nouvelles, ils ont donné libre cours à leur noire imagination pour créer une atmosphère, des personnages inoubliables et une tension qui vous happeront dès les premiers mots… et jusqu’à la chute. Electrique et surprenant, ce recueil renferme onze expériences exceptionnelles de lecture.

N’ayez pas froid aux yeux, venez Regarder le noir.

Critique :
Les auteurs qui écrivent des nouvelles dansent sur une corde raide car l’exercice n’est jamais facile.

Le format de la nouvelle est frustrant et les lecteurs en voudraient toujours plus.

Il faut donc, en peu de pages, présenter, développer et finir son histoire, si possible sur un twist qui glace ou fige ses lecteurs.

Ma lecture précédente, « De mort lente » de Michaël Mention m’avait glacée jusqu’aux os et j’aurais peut-être dû lire un ancien « Oui-Oui va à la plage » avant d’ouvrir ce recueil de nouvelles Noires parce que l’histoire qui ouvre le bal (Regarder les voitures s’envoler), écrite par Olivier Norek, m’a retournée les tripes, glacée d’effroi et figée, le livre en main.

Monsieur Norek, il faudra un jour qu’on parle de cette sale habitude que vous avez prise avec les chats. Un félin vous aurait-il pissé dessus que vous les assassiniez de si cruelle manière dans vos récits ?? Dans ma kill-list, vous êtes en fluo, maintenant ! Mais je saurai reconnaître que votre histoire ne m’a pas frustrée car elle a un début, un développement et une fin excellente.

Déjà bien ébranlée, je me suis faite de nouveau secouer par l’histoire de Julie Ewa (Nuit d’acide)… J’avais vu venir le final, mais jusqu’au bout, j’avais espéré m’être trompée… Hélas, mon cynisme m’avait fait deviner juste et comme ceci n’est pas un recueil de nouvelles Bisounours, on va oublier les happy end qui seraient des plus malvenus.

Ma petite incursion dans une boîte de libertinage m’a fait sourire. Fred Mars nous offre une douceur bienvenue avec The Ox. Rassurez-vous, il y a du sang, un meurtre horrible mais à la fin, on a un grand sourire. Claire Favan, quant à elle, m’a surprise dans un univers où je ne l’attendais pas… Le post-apocalyptique.

Pour les autres nouvelles, si le noir est omniprésent, elles étaient moins glaçantes que les deux premières. L’art de la nouvelle étant dans la chute, les auteur(e)s ne se sont pas privés pour nous faire tomber, parfois de haut et toujours en traître. En littérature, c’est un sentiment puissant qu’on aime ressentir, qu’on recherche.

Mention spéciale à la nouvelle de Johana Gustawsson qui m’a prise par surprise, encore plus en traître. Je n’ai pas vu venir le coup… Joli ! Inattendu. À tel point que je l’ai relue pour voir si j’avais raté quelques chose dans le texte. Je n’avais rien raté mais on m’a fait voir ce que l’on voulait que je voie…

Autre mention aussi à la nouvelle écrite par Barbara Abel et Karine Giebel car je me suis creusée les méninges comme une folle pour tenter de trouver la solution et, si à un moment, un sourire béat s’est affiché sur ma face car « Héhéhé, mesdames, j’ai trouvé » et bien en fait, non, je n’avais rien capté et je me suis faite tacler une fois de plus. C’était vachard mais j’en reprendrais bien un peu.

Ellory, c’est toujours mon Amérique à moi même s’il est Anglais. Vicieuse, sa nouvelle et même si j’ai senti venir l’oignon, ce fut un régal à lire.

Des nouvelles glaçantes, noires, où la vision est à l’honneur, même si, les auteur(e)s ne se priveront pas de jouer avec votre vue et de vous faire voir, grâce à leur écriture, leurs mots, leur manière de raconter les histoires, ce qu’ils/elles veulent que vous voyiez, vous masquant la pointe effilée de la face cachée de l’iceberg, celui qui vous fera trébucher ou qui vous déchirera les entrailles.

Des histoires qui taclent. Préparez-vous à chuter, victime d’un coup en schmet que vous n’aurez pas vu venir car ici, tout le monde se coupe en quatre pour vous brouiller la vue et jouer avec elle.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°02].

O. Norek – Regarder Les Voitures Voler : 5
J. Ewa – Nuit D’Acide : 5
F. Mars – The OX : 4.5
C. Favan – Le Mur : 3.5
R. Manzor – Demain : 4
A. Antoine – Transparente : 3,5
F. Papillon – Anaïs : 3,5
G. Perrin-Guillet – La Tache : 4
R.J. Ellory – Private Eye : 4,5
J. Gustawsson – Tout Contre Moi : 4,5
B. Abel & K. Giebel – Darkness : 4,5

Belek, une chasse dans le Haut Altaï : Galsan Tschinag

Titre : Belek, une chasse dans le Haut Altaï

Auteur : Galsan Tschinag
Édition : Philippe Picquier Poche (2007)
Édition Originale : ?
Traducteur : Dominique Vuathier

Résumé :
Un journaliste apprend la mort de Belek, un homme simple qui, parvenu au crépuscule de sa vie, tua un loup sans autre arme qu’un gourdin. De retour dans son village natal, il découvre que, sous des dehors anecdotiques, se cache l’un de ces drames qui tissent la vie des petites gens.

A l’orée du village, vit solitairement le vieux Dshaniwek, en butte à l’hostilité générale. C’est pourtant lui que choisit le narrateur pour aller traquer le loup.

Surpris par un orage, tous deux s’abritent dans un ancien campement d’hiver. Interrogé sur le passé des lieux, le vieillard taciturne devient soudain loquace et raconte la déchirante histoire du fils qu’il n’osa jamais reconnaître.

Critique :
160 pages, c’est court, mais il n’a pas fallu deux lignes pour que je parte en voyage dans le pays Touva, extrême sud de la Sibérie (j’y étais déjà avec Sylvain Tesson).

Deux histoires, avec un début et une fin, le genre d’histoire qu’on aurait eu envie d’écouter un soir, devant un feu de camp, tant elles auraient été belles, dites à voix haute.

Deux histoires tragiques, bien entendu.

La première est celle de Belek, un pauvre bougre, un berger qui a été puni alors que les responsables étaient les p’tites bit** qui avaient des armes et voulaient chasser le loup en s’en prenant à des louveteaux sans défense.

Vous situez le genre de pleutres qu’étaient ces quatre kékés ? Des porteurs d’emmerdes et les emmerdes, ça vole toujours en escadrilles. Belek ne le savait pas et il l’a payé cher sans que les autres fussent inquiétés.

C’est une histoire émouvante, une histoire tendre aussi, celle d’une vengeance, celle d’un homme chassé du clan pour une erreur qui ne lui était pas imputable, une histoire de malédiction car dans ces terres, elle règne en maître.

En filigrane, nous aurons aussi de la politique, celle du Parti, des Rouges, mais pas des socialistes comme nous avons maintenant… Non ! Ici, ce sont ceux avec qui il ne faut pas trop discuter et où il ne fait pas bon avoir des biens.

La seconde histoire est celle d’un père qui n’osa jamais reconnaître son fils, qui se pensait voleur alors qu’il ne l’était pas, et celle aussi des Rouges, plus présente, puisque notre vieux Dshaniwek a été un membre important du parti.

La première histoire m’avait emportée loin de Bruxelles, donné des émotions et c’était un peu groggy que j’avais commencé la seconde, pensant, à tort qu’elle serait moins belle.

Elle a tout explosé. Le pays m’a apparu encore plus dur, encore plus violent, surtout ses paysages, ses montagnes, son climat. Une fois de plus, les personnages sont marquants, même les seconds rôles.

Bajak, que l’on regarde jeune garçon, avec l’envie de le fesser va se révéler être un homme de bien, un grand homme, un homme qui voulait juste vivre sans faire de bruit, sans déranger personne, en faisant le bien autour de lui. Mais…

Oedipe à l’envers… Dark Vador et Skylwalker avec plus de brio, de bravoure, de folie, de haine. On devrait détester son père, Dshaniwek, mais c’est impossible. On aimerait agir, intervenir, hurler « non » mais tel un témoin impuissant, les drames vont se jouer sous nos yeux.

J’ai refermé ce petit roman en soupirant car il était déjà terminé… Entre nous, je ne sais pas si j’aurais survécu à une autre histoire de la trempe de ces deux-là.

Une fois de plus, un roman où la Nature est très présente, où les Hommes doivent faire corps avec elle s’ils ne veulent pas mourir.

Deux histoires tragiques dans un pays magnifique pour celui qui le voit dans un reportage, mais en vrai, c’est un pays et un peuple aussi âpre l’un que l’autre car façonné par les vents et le climat rude.

Pour les Nuls et pour se coucher moins bête : La république de Touva est située dans l’extrême sud de la Sibérie. C’est le vingt-quatrième sujet fédéral de Russie en superficie, avec 168 604 km.

Elle est limitée au nord par le kraï de Krasnoïarsk et l’oblast d’Irkoutsk, à l’est par les républiques de Khakassie et Bouriatie, au sud par la Mongolie et à l’ouest par la république de l’Altaï.

En 1944, le Tannou-Touva intègre l’Union soviétique comme oblast autonome de Touva, puis, en 1961, celui-ci devient une république autonome au sein de la république socialiste fédérative soviétique de Russie, appelée république socialiste soviétique autonome de Touva.

La Nuit sous le pont de pierre : Léo Perutz

Titre : La Nuit sous le pont de pierre

Auteur : Léo Perutz
Édition : Le Livre de Poche Biblio (1990)
Édition Originale : Nachts unter der steinernen brücke (1953)
Traducteur : Jean-Claude Capèle

Résumé :
« La belle Esther, l’épouse de Mordechai Meisl, s’éveilla dans sa maison de la place des Trois-Fontaines. La lumière du soleil matinal tombait sur son visage et donnait à ses cheveux des reflets rougeâtres… C’était un rêve ! murmura-t-elle. Et nuit après nuit, c’est toujours le même ! Quel beau rêve ! Mais, loué soit le Créateur, ce n’est qu’un rêve. »

Roman des amours irréelles, roman d’une ville disparue, roman d’une société enchanteresse : dans « La Nuit sous le pont de pierre », Leo Perutz ressuscite, avec une maestria digne des kabbalistes qu’il met en scène, la Prague du XVIIe siècle.

Quatorze tableaux pour peindre les amours merveilleuses de la belle Esther et de l’Empereur, et pour magnifier un monde extravagant, empli de bouffons, d’astrologues, d’alchimistes et de courtisans fébriles, où s’entrelacent les passions.

Critique :
Les nouvelles ne sont pas mon genre littéraire préféré car elles me laissent souvent un goût de trop peu, mais je ne pourrai pas me plaindre de cette frustration dans ce roman.

Un début, une fin, du développement et pas cette sensation de vide lorsqu’on arrive à la dernière ligne de l’histoire.

Non seulement l’auteur a réussi ce tour de force, mais en plus, toutes les histoires s’entremêlent…

Donc, au fil des pages, on retrouve certains des personnages, avec toujours, au centre de tout, le banquier usurier Mordechai Meisl et l’empereur Rodolphe II, roi de Bohème, souverain du Saint-Empire romain germanique.

Rodolphe… L’empereur fantasque qui ne paie pas ses dettes et qui dépense sans compter pour acquérir des tableaux. Bref, le genre de souverain qu’on n’a pas envie d’avoir. Dépensier, mais aussi colérique et qui n’assume pas sa tâche. Encore un qui est payé à ne rien foutre.

Dans les rues de Prague, on entre souvent dans le quartier Juif, de nuit comme de jour et s’il n’est pas question d’argent, d’or ou de cuivre, il est question de magie, de fantastique, de kabbale, de rites secrets et de mysticisme.

Les nouvelles s’enchaînent et hormis quelques unes, sur la fin, que j’ai moins aimé, tout le reste est passé comme une lettre à la poste, un jour où elle bosse, la Poste, bien entendu.

Si la lecture de la première nouvelle laisse le lecteur un peu perdu, ne comprenant pas tout, la lecture des suivantes lui apportera les éclairages nécessaires, mais toujours avec des touches de fantastiques.

Une lecture dont je n’attendais rien, mais qui m’a donné plus que prévu. Une atmosphère délicieusement gothique, fantastique, et une visite de la Prague du XVIème siècle, nous faisant arpenter le quartier Juif, qui fut détruit pour cause d’insalubrité.