Le train des orphelins – Tome 5 – Cowpoke Canyon : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 5 – Cowpoke Canyon

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo Edition (07/01/2015)

Résumé :
1990 : Jim a trouvé la paix auprès de Bianca, mais Joey, son frère, reste pétri de haine pour Harvey, celui qui a volé l’identité de Jim, et rien ni personne ne l’en guérira… pas même Lisa, l’amie de toujours.

Pourtant, à la mort de Lisa, Joey annonce qu’il accompagnera Jim pour rendre à Harvey son dossier d’adoption.

1922 : à Cowpoke Canyon, les affaires sont florissantes et la main d’oeuvre bon marché grâce aux orphelins qu’Effron, le maître des lieux, fait venir en grand nombre. Le petit Joey, livré à lui-même, survit tant bien que mal.

Lisa, mariée à Effron, est maman d’un petit garçon et tentent de faire oublier ses origines de fille des rues.

Critique :
Que peuvent se dire deux frères qui se revoient après 70 ans de séparation ?

Joey voulait tant retrouver son frère quand il l’avait perdu, après leur voyage dans le Orphean Train et voilà qu’en 1990, ils se regardent comme deux étrangers.

Personne n’a eu la vie facile dans les orphelins, hormis Harvey la crapule machiavélique et Joey semble être celui qui est le plus rancunier, qui a gardé les blessures les plus profondes, comme s’il ne voulait pas qu’elles cicatrisent.

La page sombre de l’Amérique continue, l’exploitation des enfants, main d’oeuvre bon marché aussi.

Quand on a une ville à construire, à étendre (Cowpoke Canyon) et qu’on est son maire, son shérif et le chef tout puissant, quoi de mieux que de faire venir des orphelins de New-York et de leur offrir le bon air pur de la campagne en leur faisant construire une partie de la ville ? Des Légos grandeur nature…

Harvey continue son petit manège, séduit tout le monde, continue de pousser l’imposture et de manipuler les adultes, faisant chanter les uns, promettant des choses à d’autres, tirant les ficelles dans l’ombre.

L’album alterne toujours l’histoire entre le passé et le présent, l’éclairage commence à se faire, on comprend certaines choses, d’autres sont encore obscures, comme le fait que Lisa s’en veuille pour quelque chose. C’est la première fois qu’elle en parle.

Un 5ème tome qui est toujours dans la lignée des premiers et qui nous montre une partie de ce que fut la vie de Lisa et Joey, à Cowpoke Canyon et ce n’était pas du gâteau.

Anybref, une saga que j’adore et que j’ai bien fait de découvrir !!!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°75] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Le train des orphelins – Tome 4 – Joey : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 4 – Joey

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo Edition (12/03/2014)

Résumé :
Faute d’être bien nés, ils feraient tout pour être bien adoptés.

Après avoir fugué de leur famille d’adoption, Lisa et Joey arrivent à New York dans l’espoir de retrouver leur ami et grand frère, Jim.

Sur place, ils demandent l’aide de M. Coleman, en charge du placement des orphelins à bord du train où ils voyageaient, et aujourd’hui licencié et poursuivi pour trafic d’enfants.

Lorsque ce dernier apprend que Jim serait en ville, il y voit l’occasion de tirer profit du secret du jeune garçon en le faisant chanter.

Jim, qui n’est autre qu’Harvey l’usurpateur, ne voit pas d’un très bon oeil les recherches de Lisa et Joey, et la pression de Coleman, car elles pourraient mettre en péril son identité auprès de ses richissimes parents adoptifs..

Critique :
Qu’aurait été le destin de ces orphelins s’ils avaient grandi à New-York au lieu d’être dispersé dans l’Ouest, offert à des familles qui manquaient de bras ou juste d’enfants ?

Le destin d’Harvey aurait été tout autre, sans la cuillère en argent qu’il a su mettre dans sa bouche, Joey n’aurait pas été séparé de son grand frère mais il n’aurait jamais rencontré Lisa…

Leurs vies auraient-elles été mieux ou pire ? Nul ne le saura jamais, mais une chose est sûre, ce qu’ils ont vécu durant leur enfance leur forgera leur caractère une fois adulte.

Joey, jeune ou vieux, est toujours bougon, tête de mule et nous balance toujours ces « Moi j’aime pas… ».

Alternant les moments du passé (1920) et ceux du présent (1990), ce tome nous fera voyager aussi dans le pays puisque nous serons à New-York avant de repartir ailleurs…

Le périple phénoménal que Joey et Lisa ont réalisé dans le tome précédent leur refera croiser la route d’une vieille connaissance : Harvey.

Ce diable de merdeux joue toujours à cacher ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire un gamin fourbe, manipulateur, menteur, qui sait jouer tout en finesse et manœuvrer sa barque là où il veut qu’elle aille. Plus habile qu’un politicien véreux, cet enfant donne des envies de meurtre.

Machiavélique comme ça, c’est presque pas possible pour un enfant de cet âge… Manipulateur, oui, mais jamais à un tel degré de puissance, du moins, pour un gosse d’à peu près 10 ans… Même à 12. Irréaliste mais ça met pimente l’histoire de fourberie puisque tous les coups sont permis pour ce démon en culottes courtes et à casquette.

Ce tome 4 joue avec nos émotions et ne manque pas de rythme vu les rebondissements et le fait que tous les sales coups sont permis… L’arrivée d’un nouveau personnage énigmatique ouvre aussi d’autres possibilités et on se demande ce que le tome 5 va nous réserver, maintenant que le sort en est jeté.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°62] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Nickel Boys : Colson Whitehead

Titre : Nickel Boys

Auteur : Colson Whitehead
Édition : Albin Michel (18/08/2020)
Édition Originale : The Nickel Boys (2019)
Traduction : Charles Recoursé

Résumé :
Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à coeur le message de paix de Martin Luther King.

Prêt à intégrer l’université pour y faire de brillantes études, il voit s’évanouir ses rêves d’avenir lorsque, à la suite d’une erreur judiciaire, on l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s’engage à faire des délinquants des « hommes honnêtes et honorables ».

Sauf qu’il s’agit en réalité d’un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d’amitié.

Mais l’idéalisme de l’un et le scepticisme de l’autre auront des conséquences déchirantes.

Critique :
Tant que l’on n’a pas vécu la ségrégation raciale, on ne peut pas vraiment ressentir les choses.

Pourtant, certains auteurs arrivent à nous la faire ressentir dans nos tripes rien qu’avec la puissance de leurs mots, de leurs personnages, de leurs phrases.

Heureusement, une fois terminé le roman, je retrouve mon statut de Blanche et mes tripes ne se noueront pas si je croise une patrouille de police aux States…

Une fois de plus, Colson Whitehead m’a tordu les intestins et noué la gorge, sans pour autant en faire des tonnes ou sombrer dans les descriptions atroces.

Non, juste quelques mots glissés ça et là, des allusions et tout était dit, tout était compris. Malgré tout, il nous décrira quelques scènes qui glaceront les sangs (mais sans jamais déborder) et que ne donnerons pas foi dans l’Humain lorsque celui-ci a le pouvoir absolu et qu’il sait qu’il ne risque rien.

Ce roman bouleversant, c’est ce qui arrive lorsqu’on se trouve dans une sociétés où les injustices sont légions, où les flics sont rois, où une partie de la population a tous les droits quand l’autre n’en a aucun, où l’on se fiche de ce qui vous arrivera, juste parce que vous n’avez pas la bonne couleur de peau.

1962. Notre personnage principal, Elwood Curtis, est un jeune homme simple, vivant avec sa grand-mère, travaillant bien à l’école, ayant de bonnes notes. Il peut entrer à l’université pour les Noirs, c’est gratuit et il est assez intelligent que pour y arriver.

On s’attache facilement à lui, même si dans votre carrière scolaire vous n’avez jamais eu d’aussi bonnes notes que lui…

Hélas, Elwood aura le tort d’être monté dans une voiture qui a été volée. Il ne le savait pas, il est innocent, mais la justice rouleau-compresseur s’en branle totalement et l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui soit-disant s’engage à en faire des hommes honnêtes et à leur prodiguer de l’enseignement. Tu parles !

Tiré d’une histoire vraie que l’auteur a changé afin de nous parler du racisme crasse, de la ségrégation, des maltraitances, de ces jeunes Noirs que l’on enfermait pour des motifs débiles (comme dans le roman « Les Mal-Aimés »), futiles, arbitraires et que l’on cassait avec professionnalisme alors qu’on était plus indulgent avec les Blancs de la même maison de correction.

On pourrait nommer ce roman « Chronique d’une ségrégation ordinaire » tant elle est ancrée dans l’esprit des Blancs, les pères l’expliquant à leurs fils, qui reproduisent les mêmes mécanismes et tant elle est ancrée aussi dans l’esprit de certains Noirs qui préfèrent faire profil bas que de s’attirer les regards.

J’avais apprécié son précédent roman « Underground railroad » mais il possédait quelques longueurs qui n’existent pas ici. De plus, je me suis attachée fortement à ce cher Elwood qui aimerait changer les choses et à son pote, Turner, plus cynique, plus réaliste.

Sans jamais sombrer dans le pathos ou le larmoyant, sans jamais exagérer dans les scènes de violences, préférant la suggestion plutôt que la démonstration, l’auteur nous démontre toute l’imbécillité de la ségrégation, du racisme, de la violence et de l’enfermement des jeunes pour les redresser alors qu’ils ne font que les casser, les briser définitivement.

Un roman puissant qui nous parle de la cruauté humaine qui peut se cacher aussi dans des petites choses et pas que dans des coups de ceinture. L’Humain est cruel et adore rabaisser les autres…

Un roman puissant qui laisse le lecteur/trice avec la gorge nouée, surtout lorsque l’on voit les dernières horreurs qui ont lieu et qu’un président compare ça à un coup raté au golf. Il reste beaucoup de chemin à faire, vraiment beaucoup !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°53] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

 

Le train des orphelins – Tome 3 – Lisa : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 3 – Lisa

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo Edition (12/06/2013)

Résumé :
1990. Jim habite désormais une ferme au coeur du Kansas avec sa femme.

Mais ce nouveau bonheur n’apaise pas pour autant les blessures du passé, et ses interrogations sur son frère Joey ne cessent de le hanter : qu’est-il devenu ? Où est-il ?

Est-il toujours en vie ? De son côté, Joey, qui a été adopté par un couple de Mexicains et vit toujours dans la petite ville de Cowpoke Canyon, se pose les mêmes questions.

Un nouveau cycle tout aussi rythmé et touchant que le précédent pour parler de la fraternité après plus de sept décennies de séparation.

Critique :
J’avais découvert cette bédé l’année dernière, pour le Mois Américain (septembre 2019) et malgré le fait que j’avais apprécié découvrir cette page très sombre de l’histoire américaine, je n’avais pas continué avec le deuxième cycle, shame on me.

Faute réparée, je viens de lire la saga en entier, à la chaîne, afin de ne plus rester sans savoir ce qu’il est advenu de certains personnages du train des orphelins, cette horreur qui distribuait des enfants dans l’Ouest, pensant offrir à ces gamins orphelins une nouvelle vie loin des rues de New-York.

Que sont devenus Lisa, la jeune fille plus âgée qui s’occupait des enfants et Joey, le petit frère de Jim qui dit tout le temps « Moi j’aime pas… » tel un Schtroumpf grognon ?

Bien que le tome se concentre sur le destin de Lisa, les autres personnages ne sont pas mis sur le côté puisque Joey va retrouver Lisa dans le saloon, propriété de l’homme qui l’a adoptée et qui veut faire d’elle sa femme.

Une fois de plus, l’album se construit sur deux périodes : celle des années 1990 où nos protagonistes sont âgés et celle de 1920, où leurs vies ont pris un tournant radical et où peu d’orphelins tombèrent dans des familles aimantes et attentionnées.

Dans le présent, Jim cherche toujours son petit frère Joey et c’est nous, lecteurs, qui croisons sa route, dans un vieux bar, en compagnie d’une vieille femme nommée Lisa…

Le personnage de Joey m’a un peu agacée, quand il était gamin, car il est bougon, boudeur, ne fait que des conneries et c’est Lisa qui en paie les conséquences, ou eux deux en même temps.

Lisa est trop tolérante, elle aurait dû le secouer un peu plus, lui coller une fessée (pas interdite en 1920) et lui demander de fermer sa bouche, qu’il ouvre trop souvent, balançant des vérités qu’il ne faut pas toujours dire, ne sachant pas garder un secret et les foutant dans la merde par la même occasion.

Ce qui va donner un périple assez phénoménal…

Les dessins sont toujours de la même facture, agréables à l’oeil, même si certains visages sont assez pointus vers le menton. Les cases ne sont pas pauvres en détails, ce qui leur donne une autre dimension lorsque nous sommes en 1920.

Jusqu’à présent, cette série me comble en tout. Le scénario peut parfois être un peu rocambolesque, surtout dans le périple qu’effectueront Lisa & Joey, mais il permet aussi à l’auteur de présenter d’autres visage de l’Amérique, notamment avec les vagabonds du rails.

Une bande dessinée assez sombre de par le sujet traité car même si les couleurs sont chaudes, le cœur des Hommes est noir de suie et tout ça ne nous réconciliera pas avec le genre humain qui aime le pouvoir, qui aime dominer, qui aime maltraiter et transformer des orphelins en animaux corvéables et taillables à merci.

Ou pire, si affinités…. Ce qui peut laisser des traumatismes durables que tous ne pourront pas surmonter.

Heureusement que je ne dois pas attendre la publication du tome suivant… L’avantage de lire des séries lorsqu’elles sont terminées.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°47] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Les miracles du bazar Namiya : Keigo Higashino

Titre : Les miracles du bazar Namiya

Auteur : Keigo Higashino
Édition : Actes Sud Exofictions (Janvier 2020)
Édition Originale : Namiya Zakkaten no Kiseki (2012)
Traduction : Sophie Refle

Résumé :
En 2012, après avoir commis un méfait, trois jeunes hommes se réfugient dans une vieille boutique abandonnée dans l’intention d’y rester jusqu’au lendemain.

Mais tard dans la nuit, l’un d’eux découvre une lettre, écrite 32 ans plus tôt et adressée à l’ancien propriétaire.

La boîte aux lettres semble étrangement connectée aux années 1980. Les trois garçons décident d’écrire une réponse à cette mystérieuse demande de conseil. Bientôt, d’autres lettres arrivent du passé.

L’espace d’une nuit, d’un voyage dans le temps, les trois garçons vont changer le destin de plusieurs personnes, et peut-être aussi bouleverser le leur.

Un miracle de roman fantastique, émouvant et profondément humaniste.

Critique :
À l’attention du bazar Namiya,

Il y a 8 ans, je vous avais demandé quel blog littéraire vous me conseilleriez de suivre, sur la Toile et vous m’aviez donné le conseil suivant :

« Suivez plusieurs blogs littéraires dont les rédacteurs/rédactrices sont d’un style différent de vos goûts littéraires afin d’agrandir vos horizons de lecture, d’augmenter votre capital découverte et d’exploser au maximum votre PAL ».

J’ai pris des abonnements à différents blogs, dont l’un était un blog qui se nommait ÉmOtionS, tenu par un certain Gruz qui avait Garfield en avatar.

C’est pour ce conseil judicieux que je voulais vous remercier car sans la chronique de ce Gruz, jamais de ma vie je n’aurais lu cette petite pépite littéraire qui conte l’histoire étrange de monsieur Namiya Yūji et de son bazar qui offre une réponse à tous les soucis qu’on lui exprime. Rigueur et discrétion assurées.

Mais ? Ne serait-ce pas votre histoire, ça, monsieur Namiya ? Vous que les crapuleux de votre strotje (« rue » en patois) nommaient « nayami » (qui veut dire « soucis » en japonais) ? (*) Quelle coïncidence…

Putain, quel roman mes aïeux ! Quelle pépite humaniste ! Quel roman fantastique qui joue avec le temps et les voyages que l’on peut faire dedans… Quel roman choral où tout se tient, où tout se rejoint, telle une Toile où tous les fils mènent au centre.

Comme je suis une lectrice qui doute, j’ai cru à un moment que tout le roman allait tourner autour de ses trois voyous qui, après un casse, se sont réfugiés dans le bazar Namiya, vide depuis des décennies et qui vont répondre aux lettres qu’on leur soumet, du passé.

L’auteur est confirmé, ce n’est pas un débutant, il sait très bien comment mener son bateau et à un moment, j’ai été plongée dans d’autres vies à tel point que j’ai réussi à oublier tout, même les 3 ados voyous du début.

Passer à un roman choral était une riche idée et petit à petit, j’ai commencé à entrevoir la toile tissée avec professionnalisme, rigueur, inventivité et humanisme. Il fallait que tout se tienne, que tout se recoupe et l’auteur y est arrivé avec brio.

Ce roman fantastique, il est magique, il fait un bien fou, c’est une pépite délicieuse, un bonbon acidulé qui pique à certains moments mais qui dégage ensuite un festival de goût qui explose dans la bouche.

Une lecture que j’ai regretté d’avoir terminé car je n’aurais rien eu contre un peu de rab… Une petite pépite que j’ai décidée de lire suite au billet de Gruz, sur son site ÉmOtionS parce que sans ce billet, jamais je n’aurais inscrit ce roman dans ma PAL.

(*) PS : certains pourraient se demander pourquoi je parle de crapuleux et de strotje,  dans ma chronique, mais c’est juste un petit hommage à madame Chapeau et à sa réplique célèbre dans la pièce de théâtre « Bossemans et Coppenolle » dont j’ai revu une partie l’autre jour. C’est une pièce bruxelloise dont les dialogues sont du patois de la capitale, le Brusseleir.

Une des répliques célèbres de Madame Chapeau (son surnom) dans la pièce est « Ça est les crapuleux de ma strotje qui m’ont appelée comme ça parce que je suis trop distinguée pour sortir en cheveux ! ». Amélie Van Beneden, de son nom, a été surnommée « Madame Chapeau » par les voyous de sa rue. Cette réplique comporte deux mots de Brusseleer, crapuleux (voyou) et strotje (rue). Madame Chapeau est toujours jouée par un homme travestit en femme.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°06].

Madame Chapeau jouée par Jérôme De Warzée

Le club des prédateurs – Tome 2 – The party : Valérie Mangin et Steven Dupré

Titre : Le club des prédateurs – Tome 2 – The party

Scénariste : Valérie Mangin
Dessinateur : Steven Dupré

Édition : Casterman (24/05/2017)

Résumé :
Le Bogeyman, l’ogre mangeur d’enfants, travaille au service de gentlemen réunis à Londres au Club des prédateurs. Liz sait que son père dirige ce cercle très fermé.

Quant à Jack doit sauver ses amis retenus prisonniers par le Bogeyman.

Critique :
Le premier tome m’avait dégoûté, horrifié de pas la thématique abordée, celle du capitalisme dévorant, celle des riches qui bouffent les pauvres, qui les exploitent, qui en abusent et qui s’engraissent sur leur dos.

Ceux qui ont lu la bédé sauront donner tout le sens à ces phrases et comprendront que cette thématique est dure à digérer.

On reste dans le glauque et les fonds de page en noir rendent encore un peu plus l’atmosphère oppressante.

La misère humaine est toujours représentée, mais moins que dans le premier tome puisque dans ce dernier album, on clôt l’histoire et il fallait se concentrer sur le fameux club des prédateurs.

On est loin des clubs que l’on voit dans Sherlock Holmes (Diogene Club) ou le Centaur Club de Blake et Mortimer… C’est select mais une fois entré dedans, on n’en sort plus jamais…

Les dessins sont toujours harmonieux, le tout dans des couleurs sépias, beiges, sombres… Normal, nous ne sommes pas dans un pays de licornes et de Bisounours, loin de là.

Deux réclamations déposée au bureau du même nom. La première sera pour la résolution que j’ai trouvée un peu trop précipitée. Pour la première partie, nous avions 56 pages tandis que la seconde ne comporte que 46 planches, ce qui corsète l’histoire, l’empêchant de s’étoffer, de s’épanouir tout à fait puisque tout doit aller très vite.

Dommage, la résolution aurait mérité mieux. Quand c’est trop court, c’est trop court. Oui, je fais de la philosophie à deux balles.

La seconde réclamation sera pour le fait qu’on en saura pas plus sur le pourquoi du comment du Club des Prédateurs. Zéro explication sur le pourquoi ils font ça toutes les semaines. D’accord, ils sont pété de thunes, ils ont le pouvoir, personne ne viendra leur demander des comptes, mais bon, de là à manger ÇA toutes les semaines…

Nous aurions été face à un club de pédophiles, les explications n’auraient pas été nécessaires, mais un club de… Je pense que cela aurait mérité quelques explications, surtout qu’à ce rythme là, c’est vachement mauvais pour la santé, Creutzfeldt-Jakob n’est pas loin… Donc, des explications n’auraient pas été du luxe.

Par contre, j’ai adoré les personnages qui sont toujours le cul entre deux chaises, l’auteur n’ayant pas sombré dans la dichotomie des riches tous pas gentils et des pauvres tous gentils.

Jack (pauvre) doit basculer du côté obscur, se résoudre à un crève-cœur effroyable pour mettre fin au Club, le père de Liz (riche) a beau être un salopard de la pire espèce, il tient à sa fille et même le cuisinier du Club aime sa fille, handicapée mentale. Et pourtant, ce qu’ils font au Club dépasse l’entendement.

Pire, on pensait Jack en chevalier redresseur de tort, voulant venger la mort de son père, tué par le Bogeyman (croque-mitaine) mais on en apprendra un peu plus sur son père et apparemment, ça ne dérageait pas trop Jack, à cette époque là. Ça ne le dérange même pas de venir manger dans la cuisine de celui qui est chargé de préparer les plats spéciaux de ces messieurs du Club… Gloups.

Si sur le premier tome, la couverture laissait présager un prédateur (en effet, il en était un, mais pas sexuel) donnant la main à une jeune fille, on a un changement d’image sur le tome 2 avec la même fille, dans un lit, la bouche barbouillée de sang et un homme gisant au pied du lit. Prédateur sexuel ? Vampirisme ? Moi je le sais mais je ne vous le dirai pas, na !

Un diptyque glauque, sombre, noir, horrible. Une belle description de la société victorienne dans ce qu’elle avait de plus horrible (exploitation des enfants et de l’Homme par l’Homme), belle illustration du capitalisme dévorant, au sens propre et figuré.

Dommage que la fin soit un peu trop précipité, laissant en bouche un arrière-goût d’inachevé, comme si un troisième album devait suivre, mais non, la série est close.

Les lecteurs/trices auraient mérité 10 pages de plus pour étoffer ce final et donner une fin qui ne nous laisse pas sur notre faim. Un comble, vu le sujet traité.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°259 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Un mot de l’auteure, pris sur le Net : Valérie Mangin (V. M.) : Le « Club » est le résultat de pas mal d’influences. La première est celle de l’histoire de la révolution industrielle anglaise. Le cliché veut qu’elle a dévoré ses enfants au sens où le miracle économique n’a été possible qu’en sacrifiant les groupes sociaux les plus faibles : les ouvriers, les plus jeunes… J’ai voulu exploiter ce cliché au sens propre pour en montrer toute l’horreur. Bien sûr, je me place aussi dans une tradition littéraire. On ne peut pas penser un récit avec un héros enfant dans le Londres du XIXè siècle sans penser à Dickens, ni faire une histoire de cannibalisme en oubliant l’Humble proposition de Swift [Note de la Belette : pamphlet ironique où l’auteur trouve LA solution permettant de réduire la misère et la surpopulation qui touchent alors l’Irlande : se servir des nourrissons comme source d’alimentation !]. Mais j’ai aussi été influencée par tous ces contes de fée qui montrent des enfants aux prises avec des ogres qui veulent les manger. L’enfant doit vaincre les monstres pour devenir adulte mais, parfois, les monstres sont trop forts pour lui, comme mon Bogeyman

V. M. : « Oui, l’Angleterre est le berceau de la littérature gothique. Je lui devais bien cet hommage. Et puis, c’est aussi le pays dans lequel la révolution industrielle a été la plus dure et les conditions de travail les plus mortifères. À 9 ans, les enfants y travaillent déjà 9 heures par jours avec seulement 1 heure de pause pour le déjeuner. Les grandes luttes qui déboucheront sur le droit du travail et la protection sociale n’ont pas encore eu lieu. Karl Marx, qui est à Londres à ce moment-là, publiera d’ailleurs « Le Capital » deux ans plus tard. »

Le club des prédateurs – Tome 1 – The Bogeyman : Valérie Mangin et Steven Dupré

Titre : Le club des prédateurs – Tome 1 – The Bogeyman

Scénariste : Valérie Mangin
Dessinateur : Steven Dupré

Édition : Casterman (27/01/2016)

Résumé :
Londres 1865.

Tandis que dans leurs clubs les gentlemen font bonne chère, dans leurs usines les enfants des pauvres se tuent au travail.

Tout autour, le brouillard dissimule mal les monstres et les criminels. Jack, un petit ramoneur insoumis, voudrait combattre tous ces prédateurs, et en particulier l’effrayant Bogeyman (croque-mitaine), le meurtrier de son père.

Le hasard va le rapprocher d’une très jeune héritière, Liz, qui pourrait changer sa vie.

Mais des rues mal famées jusqu’au Club le plus select, leur innocence va laisser place à la pure terreur.

Critique :
Une fois de plus, sans le Mois Anglais, jamais je n’aurais sélectionné cette bédé, je ne la connaissais même pas avant (merci le Net).

Sans lire le résumé, je me suis plongée dedans, appréciant directement les dessins, fourmillant de détails, notamment entre les pauvres et les bourgeois.

Tout le monde assiste à la pendaison d’une gamine qui a assassiné le poissonnier qui l’avait surprise en train de voler des déchets pour les manger.

La bonne société palabre sur les pauvres, sur leur intelligence à peine plus haute que celle d’animaux ou d’indigènes de la Nouvelle-Calédonie, sans même être choqué que pour survivre, certains doivent bouffer des déchets. Eux se bâfrent de sandwich pendant la pendaison, alors que les autres crèvent la dalle sous leurs yeux.

La conscience tranquille parce qu’ils visitent les pauvres, en tant que lecteur/trice, on ne peut que s’indigner de la pensée de ses personnages imbus d’eux-même et de leur pouvoir. Et puis, les enfants que ces femmes pauvres pondent, ça fait de la main-d’oeuvre bon marché pour la filature du mari de mâdâme.

Il y a bon nombre de bédés qui m’ont fait des effets monstres, notamment en terme d’humour, de scénario, de profondeur, de dessins… J’ai déjà lu des bédés noires, mais là, j’ai rarement été dans de l’aussi glauque, de l’aussi dérangeant, à tel point que je n’avais plus très faim à la fin de ma lecture.

Si on voulait choquer, c’est réussi !

Le scénario est travaillé, les décors encore plus et les différents personnages nous entraîneront dans deux divers univers aux antipodes l’un de l’autre : une famille pauvre qui crève de faim, une famille riche qui ne manque de rien. Le travail des gosses dans les filatures face à l’oisiveté d’une épouse qui ne désire qu’une chose, que sa fille Elizabeth fasse plus tard un beau mariage.

Les paroles prononcées par les bourgeois font mal au bide, mais elles ne sont que le reflets des pensées de l’époque, faudra les avaler, les digérer (si c’est possible) et ne pas les oublier car même de nos jours, j’entends encore des conneries aussi énormes que celles présentes dans l’album.

Les personnages de Jack, jeune voleur déguisé en ramoneur et d’Elizabeth, la jeune fille riche, sont sympathiques car notre demoiselle, bien qu’ayant une cuillère en or dans la bouche, a un coeur et pense à la charité chrétienne, la vraie, celle qui ne rejette personne, celle qui accepte tout le monde, surtout le plus faible qu’elle doit protéger.

On sent qu’il y un truc pas net avec le fameux Bogeyman, ce croque-mitaine qui fait peur à tous les gosses mais sincèrement, je ne m’attendais pas à une telle révélation en fin d’album. Sciée j’ai été, dégoûtée aussi. Jack The Ripper peut aller se rhabiller car la scène tout aussi terrible que celle présente dans le manga Black Butler, quand Ciel est enlevé (mais différente)…

Là, c’est ce qui s’appelle un tacle. Je vais laisser passer quelques jours et ensuite, je lirai le tome 2 pour voir si quelqu’un va mettre fin aux agissements du Bogeyman et de ces riches bourgeois qui se croient au-dessus des lois et de l’Humanité.

Une bédé sombre, très noire, qui, cyniquement, nous portraitiste l’Angleterre victorienne dans ce qu’elle a de plus honteux : l’exploitation des pauvres, l’exploitation de l’Homme par l’Homme, le capitalisme dévorant, la misère humaine, les pendaisons publiques, les esprits étriqués de ceux qui avaient de l’argent et la débauche de ces costumes cravates bourrés de fric mais sans aucun état d’âme, conscience…

Une bédé qui me reste sur l’estomac, même si elle est très bien faite. Ceux qui l’ont lue sauront pourquoi…

PS : à noter que la couverture donne déjà le ton avec une jeune gamine qui donne la main à un homme adulte portant un masque de loup. Sachant que dans les contes pour enfants, le loup représente le prédateur sexuel (pauvre animal), on se doutait que si la référence n’était pas pédophile, elle impliquerait sans aucun doute un autre truc pas net.

— Elizabeth, elle est gentille même si elle ne croit pas au Bogeyman…
— Ça ! Personne n’y croit ! Mais c’est bien cette ordure qui a tué mon père ! Si seulement on pouvait attirer les bobbies dans sa tanière ! Mais le quartiers est trop pauvre pour eux : ils risqueraient de se salir !
— Ils finiront bien par le trouver Jack : tous les méchants sont punis un jour ou l’autre.
— Tu parles ! Ce qui arrive au peuple tout le monde s’en fiche. Il n’y a pas de justice pour nous! La justice c’est seulement pour les bourgeois !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°258 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Basil et Victoria – Tome 1 – Sâti : Edith Grattery et Yann

Titre : Basil et Victoria – Tome 1 – Sâti

Scénariste : Yann
Dessinateur : Edith Grattery

Édition : Les Humanoïdes Associés (1990/2003)

Résumé :
Dans un Londres à la Dickens, deux orphelins dépenaillés maraudent à la recherche du bon coup qui va leur permettre de survivre un jour de plus.

Il y a tout d’abord Basil, qui chasse le rat en compagnie de son fidèle Cromwell. Rêveur patenté, c’est un grand amateur de pintes de bigorneaux.

Et puis il y a Victoria, grande raconteuse d’histoires qui jure qu’enfant, elle fut volée à la cour par un odieux gitan.

Si Basil et Victoria ont de multiples sujets de dispute, à commencer par les autres filles qui tournent dans le secteur, leur amitié les conduira surtout à vivre des aventures qui les mèneront jusqu’au bout du monde.

Critique :
Grâce au Mois Anglais, je fais des découvertes que jamais je n’aurais faites si je n’avais pas poussé mes recherches sur le thème « bédés se déroulant en Angleterre ».

Pourtant, j’ai failli refermer cet album après l’avoir ouvert, tant les dessins ne me plaisaient pas. Mais puisque le vin était tiré… Et puis, qui sait, je pouvais avoir une belle surprise.

Disons-le de suite, les coloris monochromes ne sont pas ma tasse de thé.

Tant qu’ils restaient dans les tons sépias, beiges, marrons, ça allait, mais nom de Zeus, lorsque l’on colorie plusieurs pages dans des tons sombres oscillant sur le bleu nuit, on ne voit plus grand-chose ! Idem pour un incendie avec des cases dans les tons rouges…

Dommage que les dessins et les coloris aient nuit à l’album car il y a du bon dans ce scénario qui n’est clairement pas pour les enfants !

Basil, le copain de Victoria, sans doute guère plus de 10 ans, a toujours un morceau de cigarette aux lèvres et ne le lâche jamais car il est présent à toutes les cases. Nos deux mômes, qui vivent dans les bas-fonds de Londres, sont en couple, divorcent souvent, se disputent et rien ne leur est épargné. Ou presque…

Si vous vouliez une visite des quartiers mal famés sous la reine Victoria, vous allez être servi ! Si vous chercher des personnages bien campés, vous en aurez et ne croyez pas que la petite Victoria soit une jeune fille frêle. Les culottes, c’est elle qui est les porte, n’a pas d’empathie, même pour son chien, qu’elle fera combattre contre une nuée de rats afin d’obtenir de l’argent pour sauver son grand frère de la pendaison…

Basil est le gentil du couple, celui qui a des émotions, celui qui veut sauver Sâti, la jeune Hindoue qui a disparu. Cela donnera même un grand moment entre Watson et Victoria, cette chasse à la gamine perdue.

Non, clairement, ce n’est pas pour les enfants ! On est dans une bande dessinée qui a tout d’un roman noir tant le côté social est présent, tant la misère des plus pauvres qui essaient de survivre comme ils peuvent, côtoie la richesse et la décadence des riches qui vont aux pendaisons comme on irait à un spectacle.

Le rythme est soutenu, les dialogues assez cru, mais ils font mouche et appellent un chat un chat.

Non seulement la bédé est une critique acide de la société victorienne, où, au moment de son jubilé, Victoria régnait sur un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais et où l’Angleterre, à son apogée, avait des milliers de gens qui crevaient de faim, de froid, de misère…

Mais en plus, les auteurs ne se privent pas non plus pour nous parler d’une tradition de la société Hindoue, pourtant interdite depuis plus d’un siècle, mais qui a toujours cours puisque la femme n’a aucun droit ou nous faire assister à une pendaison, à des combats entre chiens et rats…

Une découverte en demi-teinte : si j’ai aimé le scénario qui ne s’embarrasse pas du politiquement correct, si j’ai retrouvé dans ces pages ce que j’avais lu dans « Les bas-fonds de Londres » de Chesney, si j’ai aimé les personnages de deux gamins, si j’ai aimé le portrait cynique de la société victorienne, je n’ai pas aimé les dessins sous forme de crayonnés et j’ai détesté les coloriages monochromes.

Malgré tout, j’aimerais lire la suite des albums pour voir ce qui va arriver à nos deux gosses et au chien Cromwell qui est un très grand chasseur de rats.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°249, Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°12] et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Le soleil des rebelles : Luca Di Fulvio

Titre : Le soleil des rebelles

Auteur : Luca Di Fulvio
Édition : Slatkine (2018) / Pocket (2019)
Édition Originale : Il bambino che trovo il sole di notte
Traduction : Françoise Brun

Résumé :
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu’il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.

Marcus ne doit son salut qu’à la jeune Eloisa, fille d’Agnete, la lavandière du village qui l’accueillera sous son toit pour l’élever comme s’il était son fils.

Luca di Fulvio retrace l’ascension paradoxale d’un petit prince qui va devoir apprendre dans la douleur comment devenir un homme.

Critique :
Marcus est un jeune prince, appelé à régner (araignée, quel drôle de nom) un jour sur le petit royaume de son père.

La convoitise étant mère de bien des vices et des crimes, le voisin, attiré par l’odeur alléchée des richesses qu’il convoite, fit massacrer tout le monde afin d’annexer ce territoire au sien.

Tout le monde est tué ? Non, le jeune héritier, Marcus, a échappé au massacre et il résiste encore et toujours à la mort, caché dans le sol, sous une trappe, chez une sage-femme et on l’a renommé Mikael.

Cela ne vous fait pas penser à une histoire universelle et bien connue, même si l’oncle assassin est remplacé par un seigneur voisin ? L’histoire d’un héritier qui, à un moment donné, va comprendre qu’il doit récupérer son royaume et ne pas oublier qui il est ?

Bingo ! Le roi lion ! Quoi, vous pensiez à autre chose ? Qu’il y avait quelque chose de pourri au royaume de Saxe ?

Si l’histoire racontée est universelle, c’est le talent de conteur de l’auteur qu’il faut mettre en avant car, grâce à sa plume, il va nous transporter en l’an de grâce 1407 mieux que si vous étiez réellement. Le froid mordra votre peau, les manches des outils déchireront vos mains délicates, la pluie ruissellera sur vos épaules frêles et votre estomac connaîtra la faim.

Les injustices vous tomberont dessus pire qu’une invasion de sauterelles et puisque vous appartenez à votre seigneur et maître et que ce dernier est un sale type capricieux, sadique, méchant, assoiffé d’argent, têtu, tyrannique, il se repaîtra de votre souffrance.

Si le réalisme ne manque pas du côté des décors et de la dure vie des serfs, je mettrai un petit carton rouge pour les personnages un peu trop manichéen à mon goût. Que les gentils soient bons, ça passe encore car Di Fulvio nous a créé des personnages attachants, bourrus, mais auxquels il est difficile de ne pas adhérer.

Le bât blesse au niveau des méchants… Autant où Scar était méchant mais emblématique, autant il a manqué d’épaisseur au seigneur d’Ojsternik.

Qu’il soit sadique et tyrannique, je n’en doute pas un seul instant, à cette époque, la vie n’a aucune valeur. Mais l’auteur aurait dû mettre un peu plus de profondeur à ce personnage central pour en faire un Méchant qui marque les esprits, tels un Scar ou un Geoffrey dans Game Of Thrones.

Le grand méchant de cette histoire m’a simplement agacée (au départ, il m’avait m’horrifiée).

Un autre petit bémol sera pour la longueur… Non pas celle des pages, mais des brimades subies par les petites gens de la Raühnvahl, où Marcus/Mikael a trouvé refuge.

Certes, je ne nierai pas que ces gens étaient à la merci de leur seigneur et que si ce dernier était cruel, ils allaient en baver, mais à force qu’il leur arrive trop d’horreurs, ça perd de sa puissance, le cerveau se déconnecte et on n’attend qu’une chose, que Marcus/Mikael arrive enfin à sa vengeance pour éliminer cet enculé de méchant qui n’a même pas entièrement l’étoffe d’un grand, même si, lui au moins n’est pas un cruel trouillard, comme Geoffrey Barathéon (GOT).

Le final est prévisible, de ce côté là, pas de surprise à attendre de la part de l’auteur. Je ne dirai rien là-dessus, un peu de douceur après toutes ces brutalités, ces horreurs, ces privations, ces brimades, ces assassinats, ça fait du bien.

Ce ne sera pas un coup de coeur total, mais n’allez pas non plus croire que je me sois embêtée durant ma lecture, loin de là ! Je l’ai appréciée, vraiment, mais quelques détails m’ont fait tiquer et si chez les autres, c’est passé comme une lettre à la poste, ça passera peut-être muscade chez vous aussi.

Il me reste encore deux pavés de cet auteur et je les lirai aussi car les aventures sont belles et les personnages « gentils » sont attachants, du genre de ceux qu’on aimerait croiser dans sa vie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°210 et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (17 mars – 15 avril ?) chez Mez Brizées [Lecture N°02 – 640 pages].

La police des fleurs, des arbres et des forêts : Romain Puértolas

Titre : La police des fleurs, des arbres et des forêts

Auteur : Romain Puértolas
Édition : Albin Michel (02/10/2019)

Résumé :
Une fleur que tout le monde recherche pourrait être la clef du mystère qui s’est emparé du petit village de P. durant la canicule de l’été 1961.

Insolite et surprenante, cette enquête littéraire jubilatoire de Romain Puértolas déjoue tous les codes.

Critique :
Mais pourquoi prendre la peine d’expliquer, au début du livre qu’à la fin du roman, il y aura un coup de théâtre final époustouflant qui remettra tout le récit en cause ??

Ça fout tout en l’air… Soit la surprise attendue ne sera pas à la hauteur de ce que l’on attendait, soit nous allons être tellement sur nos gardes qu’on verra venir ce que l’on tente par tous les moyens de nous éviter de voir.

Bardaf, l’embardée, j’avais compris tout que nous étions à un dixième du récit. Certes, au départ, je me suis trompée d’un poil, mais j’ai vite éclaté d’un rire cynique peu de temps après.

Fatalement, j’étais sur mes gardes, attentive, alors que si on ne m’avait rien dit, on m’aurait fait le même coup qu’avec le film « Le sixième sens » ou que le roman « Le meurtre de Roger Ackroyd ».

Bon, n’est pas Agatha Christie qui veut (elle savait nous égarer mieux que personne), ni M. Night Shyamalan qui m’avait troué le cul dans son film.

J’étais donc à un gros dixième de lecture que j’avais déjà pigé et je me suis demandée si ça valait la peine de continuer ma lecture, puisque j’avais décroché la floche. C’est alors qu’une petite voix m’a dit :

— Tu regardes bien les Columbo alors que dès le départ tu sais QUI a tué et pourquoi ! Même ceux dont tu souviens de comment Columbo piège le coupable, tu les regardes toujours avec avidité… Donc, tu pourrais continuer ce roman, même si tu as compris le principal, non ?
— Oui, c’est pas faux… Mais bon, Columbo, c’est Columbo !
— D’accord, alors, tu n’as pas envie de savoir le mobile du crime et de connaître le nom de l’assassin ?
— Si, parce que ça, je n’ai pas encore trouvé… Nous n’avons pas fait le tour des suspects.
— Tu n’as pas envie de passer encore un peu de temps avec ces sympathiques villageois qui fleurent bon la ruralité ? Dans cette époque bénie qu’étaient les années 60 ?
— Si, j’ai envie d’arpenter les ruelles de ce village et de boire un coup avec ses habitants. Les portraits sont fleuris.
— T’as pas envie de te gausser de l’inspecteur qui enquête sur ce crime horrible ??
— Oh putain, si, j’ai envie de me foutre de lui. C’est bon, je continue ma lecture.

J’ai donc continué, sachant que la douche froide ne serait pas pour moi, mais pour l’inspecteur, me demandant comment il pouvait être aussi obtus.

Et puis, je suis devenue humble car lui ne savait pas, comme moi, par la trop grande langue de l’auteur, qu’il y avait une couille dans le pâté. Au moins, on n’a pas gâché la surprise à l’inspecteur.

Dommage que le trompe-l’œil était mal déguisé, mal fagoté, trop flagrant (pour moi), alors que d’autres ont réussi à m’avoir, sans que je m’en rende compte une seule seconde (Nymphéas Noirs).

Anybref, si ce n’est pas le polar du siècle, si les indices étaient trop gros pour mon œil acéré, si l’introduction était de trop (faut jamais annoncer ça dans son livre), j’ai tout de même passé un agréable moment bucolique à la campagne, plongée en 1961, sans smartphone, sans Internet, avec des gens simples, des gens vrais et cette petite fleur a été une jolie parenthèse après des lectures forts sombres.

Si le décor et les personnages avaient été moins bien réalisés, ce roman aurait terminé avec une cotation plus basse car l’introduction est un véritable divulgâchage.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°104.