Oscar Wilde et les crimes du Vatican : Gyles Brandreth [Saga Oscar Wilde 5]

oscar wilde et les crimes du vatican

Titre : Oscar Wilde et les crimes du Vatican

Auteur : Gyles Brandreth
Édition : 10-18 (2012)

Résumé :
« En 1892, Arthur Conan Doyle, épuisé d’avoir crée son personnage Sherlock Homes, se retire au spa de Bad Homburg, en Allemagne.

Mais sa cure de repos ne se déroule pas comme prévue. La première personne qu’il voit est Oscar Wilde et quand les deux amis font une série de découvertes macabres parmi le courrier des lecteurs auquel Conan Doyle avait prévu de répondre, (un doigt sectionné, une mèche de cheveux et même une main), ils sentent que le jeu ne fait que commencer.

La piste les mène à Rome, au cœur de la cité éternelle, au Vatican. Le Pape Pie IX vient de mourir. Les temps sont incertains.

Pour résoudre le mystère et comprendre pourquoi l’inventeur de Sherlock Homes a été convoqué de la sorte, Oscar et Conan Doyle s’introduisent dans le cercle le plus privé de l’Eglise Catholique, où les sept hommes religieux les plus influents du monde, ont beaucoup à perdre.

Gyles Brandreth est un brillant touche-à-tout à l’excentricité So british, à la fois journaliste, producteur de théâtre, homme d’affaires, acteur…

Inconditionnel d’Oscar Wilde, il a toujours vécu sous le signe du célèbre dandy. Grâce à sa connaissance profonde de l’œuvre et de la vie du poète, il a su restituer le génie du personnage, dont les enquêtes connaissent un franc succès dans le monde. »

sqlg160rome_piazza-san-pietro.400Critique : 
Mon vieil ami Oscar Wilde m’avait donné rendez-vous à Hombourg, une ville d’eau en Allemagne où nous avons, par chance, croisé le docteur Arthur Conan Doyle.

Vu qu’on avait rien à faire dans cette ville, vu que Oscar et moi étions épuisés de ne pas parler et vu qu’on venait d’envoyer une main et un doigt embaumé à Sherlock Holmes, nous mîmes le cap sur Rome avec Doyle pour résoudre cette affaire étrange.

Pourquoi Rome et la citée Vaticane ? Parce que les indices laissaient penser que c’était là qu’il fallait aller, nom de Dieu !

Autant certains tomes commençaient de suite avec une ou plusieurs morts suspectes, ici, les cadavres devront se faire attendre, sauf si la main droite et le doigt embaumés reçus par Holmes au 221b venaient d’assassinats tout frais.

Sherlock Holmes ? Oui, oui, Sherlock Holmes au 221b ! Non, je n’ai pas abusé de mojitos, oui il s’agit bien des aventures d’Oscar Wilde, mais Conan Doyle avait un accord avec la poste de Marylebone qui rassemblait toutes les lettres destinées à Holmes et la poste les transmettait à son éditeur qui faisait suivre à l’ami Arthur puisque la rue s’arrêtait au n°100.

— Non, regardez l’étiquette sur l’emballage. Elle a été adressée à Holmes, 221b, Baker Street, Londres. Évidemment, cela n’existe pas. La numérotation de Baker Street s’arrête à 100. Le bureau de poste du quartier de Marylebone a l’amabilité de rassembler les lettres et de les transmettre à mon éditeur.

Anybref ! Voilà donc Oscar Wilde et Arthur Conan Doyle qui débarquent au Vatican et dans une Rome sous le soleil, exactement.

Pour une fois, ce n’est pas Robert Sherard le narrateur, mais Conan Doyle himself et je vous avoue que ce fut du petit lait de suivre son récit, lui qui est déjà fatigué de son excentrique détective mais qui reconnaissait qu’il lui faisait trèèès bien gagner sa vie.

Certes, moins de cadavres dans cette affaire, d’ailleurs, originalité, on n’est même pas sûr que quelqu’un est mort, qu’il y a là-bas un crime impuni, mais une aura de mystère plane sur la cité et Oscar est bien décidé à faire toute la lumière.

« Fiat Lux » pourrait-il même dire à la fin.

Enquête inhabituelle, mais elle ne fut pas ennuyeuse pour autant car j’ai dévoré les 400 pages en deux seulement tant j’ai pris plaisir à suivre les déambulations de nos deux amis dans la ville éternelle, entrer dans la cité du Vatican, causer avec des cardinaux…

Une fois de plus, les talents de déductions et d’enquêteur d’Oscar Wilde vont se révéler judicieux, Conan Doyle étant là pour être son faire-valoir, ne sachant pas toujours où son ami veut venir, mais cela lui donnera des bonnes idées puisqu’il vient de doter Sherlock d’un frère, Mycroft, copié en partie sur Oscar.

C’est frais, c’est bourré d’humour et de petites répliques de Wilde qui font que votre journée est meilleure, plus ensoleillée, plus gaie. Tiens, il parle même à trois reprises de « Belette »…

— […] C’est de l’hermine ? Ça ressemble plus à un manchon de dame qu’à une étole pontificale.
— C’est une belette ! annonça Cesare Verdi avec un éclat de rire.

— Dans ce cas, fit mon ami, qui alluma une cigarette, puis souffla l’allumette, contentons-nous de supposer qu’il n’était intéressé que par une belette ou une hermine, comme Breakspear.

— Prenez cette histoire de goûter à toutes les espèces animales. Manger de la belette, de l’hermine et du porc-épic. C’est grotesque.

De plus, le roman est parsemé de références à l’univers holmésien et c’est le pied.

— Je ne l’ai pas « deviné », déclara Oscar, indigné. Je m’autorise de temps en temps un « élan d’imagination », mais jamais je ne « devine ». Comme vous le dirait Holmes, l’ami d’Arthur, élaborer une théorie avant d’avoir réuni les données est une erreur capitale. On se met insensiblement à tordre les faits pour les accorder à la théorie, au lieu de faire l’inverse.

— Ne supposez jamais, Éminence. Comme vous le dirait Sherlock Holmes : c’est une règle d’or.

— « Lorsqu’un fait semble contredire une longue série de déductions, c’est invariablement qu’il possède une autre interprétation. »

Pas de courses-poursuites, pas de suspense tendu comme une corde de violon ou de string, mais une bouffée d’air frais, un plaisir de lecture une fois de plus et mon seul regret est que je n’ai plus qu’un tome à lire dans cette série.

Oscar Wilde va me manquer ensuite, c’est sûr !

— Nous allons entendre une histoire de Sherlock Holmes, n’est-ce pas, Mr Wilde ? C’est ce qui nous a été promis.
— C’est par Sherlock Holmes que tout commence, précisa Oscar pour allécher son auditoire.

— « Que mes amis se partagent ma bibliothèque ! »

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois anglais 2016 (Saison 5) chez My Lou Book et Cryssilda.

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Oscar Wilde et le jeu de la mort : Gyles Brandreth [Saga Oscar Wilde 2]

Titre : Oscar Wilde et le jeu de la mort               big_3-5

Auteur : Gyles Brandreth
Édition : 10-18 (2009)

Résumé :
Facétieux Oscar Wilde ! Après avoir choqué le monde par ses boutades lors de la première triomphale de L’Eventail de Lady Windermere, le voici qui propose à ses amis une curieuse activité pour les distraire : le jeu de la mort.

Chacun inscrit sur une feuille le nom de la victime de son choix et aux participants de deviner qui veut tuer qui. Mais quand la Mort commence à frapper les victimes potentielles dans l’ordre exact où elles ont été tirées, le drame succède à la comédie.

Flanqué de son fidèle ami Robert Sherard, et assisté par Arthur Conan Doyle et par le peintre Wat Sickert, Wilde mène l’enquête avec plus de zèle que jamais. Car son nom et surtout celui de sa femme figurent sur la liste funèbre…

Critique :
Si mon plus grand vice est de suivre Sherlock Holmes dans ses enquêtes, je n’ai jamais dédaigné suivre les pas d’un autre enquêteur.

Tant que meurtre il y a, l’enquête me comblera. Alors, suivre Oscar Wilde dans une enquête, tout en croisant la route de Conan Doyle et de Bram Stoker… What’else ?

De plus, le quatrième de couverture était alléchant : Oscar Wilde propose à ses amis une curieuse activité pour les distraire : « le jeu de la mort ». Chacun inscrit sur une feuille le nom de la victime de son choix et aux participants de deviner qui veut tuer qui.

Quand la Mort commence à frapper les victimes potentielles dans l’ordre exact où elles ont été tirées, le drame succède à la comédie…

Mon impression ? Cette deuxième enquête s’est avérée plus palpitante que la première (qui était bonne, je précise, mais qui durait plus longtemps dans le temps).

La différence, c’est que dans cette aventure, les morts se succèdent à un rythme effréné ! Mais toutes sont-ils d’origine criminelle ? Meurtres  ou bien morts naturelles ? Accident ? Suicide ? Hasard ? Des morts pour en masquer une seule ?

Toutes les hypothèses sont permises autour de ses morts ou disparitions plus qu’inquiétantes.

Pour l’un deux, j’avais eu de gros soupçons sur un auteur potentiel, mais ne voulant pas me gâcher le plaisir, j’ai fait semblant de rien.

Ensuite, un détail dans une attitude a allumé les feux d’alarme. Malgré tout, je ne voyais pas bien les implications avec tout le reste et je pensais que la solution serait bien plus complexe qu’une tentative de « noyer le poisson ».

« Mais qu’est-ce qui pourrait pousser les lecteurs à avoir envie de découvrir cet auteur ? », me demandez-vous…

Et bien, l’auteur a du talent, un certain talent et un talent certain, même, pour :

1. Ne pas m’avoir ennuyé durant les 460 pages, bien que l’enquête avance à son rythme;

2. Mélanger avec maestria la fiction des crimes avec la réalité de trois auteurs ayant existé (Wilde, Doyle et Stoker), d’un peintre (Wat Sickert qui fut accusé d’être l’Éventreur par certains), sans que l’on ait l’impression que tout cela n’est qu’un roman;

– Vous vous souvenez comment il y a un an ou deux j’ai été poursuivi dans les ruelles de King’s Cross par une horde de prostituées hurlant « Jack l’Éventreur » ? demanda Sickert en époussetant son pantalon du revers de la main.
– Je m’en souviens. Vous m’avez raconté cette histoire.
– Et je ne suis pas Jack l’Éventreur.
– Je sais.
– Tout ce que je veux dire, c’est qu’il ne faut pas tirer de conclusions hâtives sur la foi de présomptions.
– Je suis tout à fait d’accord, se défendit Oscar. Ce n’est pas ce que j’ai fait, ce que je ferais ou ce que je compte faire, je vous assure.

3. Me faire apprécier Oscar Wilde au-delà de tout. Il est pétillant, énergique, dispensateur de bons mots, fantasque, et excellent enquêteur. Oui, l’auteur l’a étudié et il nous le restitue d’une brillante manière;

4. Glisser des références au canon holmésien, tout n’en mettant pas trop afin d’éviter d’encombrer le néophyte, mais assez pour gâter les holmésiens. Oui, l’auteur connait Holmes aussi et nous donne l’impression que Wilde a soufflé beaucoup de choses à Doyle;

– Quoi qu’il en soit, conclut Conan Doyle en saisissant la théière, le sort de Sherlock Holmes est scellé. Quand le moment sera venu, j’emmènerai mon héros en Suisse et je le précipiterai au bas d’un précipice alpestre. Holmes tirera sa révérence et disparaîtra sans laisser de traces.

******

– Est-il apparu un élément d’importance sur lequel vous souhaiteriez attirer mon attention ?
– Uniquement concernant le curieux incident survenu à Capitain Flint [un perroquet] le matin du jour où il a trouvé la mort, Arthur.
– À ce que j’en sais, le perroquet n’a rien fait de particulier ce matin-là.
Oscar eu un sourire rusé.
– C’est ça le curieux incident.

5. Nous faire croire que tout est plié, que la pièce est jouée, que le rideau vient de tomber sur un sacré coup de théâtre et  nous sortir un lapin de son chapeau afin de nous émerveiller une seconde fois… « PAF », tu l’avais pas vu venir, celle-là, hein, Belette ? Non, j’avoue…

Bref, une lecture des plus agréables, dans une époque qui m’est chère (la victorienne), dans le Londres de Holmes, mais aussi de son père littéraire, du père de Dracula et dans le monde fantastique d’Oscar Wilde.

Un livre que l’on referme avec un sourire de satisfaction en raison du bon moment passé, mais aussi avec une pointe au cœur parce qu’on serait bien restée un peu plus en leur compagnie.

Livre participant aux Challenges « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), « Polar Historique » de Samlor,  « I Love London 2 » de Maggie et Titine,  « Victorien » chez Arieste et  « XIXème siècle » chez Netherfield Park.

CHALLENGE - victorien-2013 CHALLENGE - Polar historique CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2)

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles : Gyles Brandreth [Saga Oscar Wilde 1]

Titre : Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles

Auteur : Gyles Brandreth

Édition : 10-18 (2009)

Résumé :

En cette fin de siècle trépidante, Oscar Wilde, dandy éclairé, virevolte de mondanités en rendez-vous discrets, lorsqu’un drame vient bouleverser sa vie.

Tandis qu’il s’apprête à écrire « Le Portrait de Dorian Gray », il découvre dans un meublé le corps d’un jeune garçon de sa connaissance. Tout semble indiquer un meurtre rituel.

Et en ami fidèle, Oscar Wilde s’est juré de ne pas trouver le repos tant que justice n’aura pas été faite pour Billy Wood.

Critique :

Tout simplement jouissif de découvrir Oscar Wilde mener l’enquête aux côtés de son Watson : Sherard Robert.

Nous sommes en 1889 et bien que l’enquête ne soit pas « trépidante » au sens premier du terme, je n’ai pas vu le temps passer pendant que je suivais Wilde au cours de ses investigations pour découvrir qui avait bien pu assassiner le jeune et joli Billy Wood.

Il est de ces livres qui, en peu de temps de lecture, nous font arriver à la page cent sans même qu’on le sente. Ici, pas de ça. Le roman se lit plus lentement, on s’imprègne des lieux, des personnages, de la société de l’époque que nous découvrons aux travers des yeux et du récit de Robert Sherard.

Le plat est consistant, rien à voir avec du fast-food déjà prémâché.

Non, pas de course poursuite, même si suivre Wilde est fatiguant tant il est magnifique et très prolixe. Pas à dire, avec un ami pareil, on ne s’ennuie pas.

Ce qui m’a fait jouir dans cette lecture, c’est dû au fait que Conan Doyle soit lui aussi présent. Pas beaucoup, ses apparitions étant trop peu nombreuses à mon goût, mais sa présence se fait surtout sentir parce que Wilde admire son détective…

En 1889, Conan Doyle a déjà publié « Une étude en rouge » (novembre 1887, dans « The Beeton’s Christmas Annual ») et là, il vient de se faire commander une autre aventure de Sherlock Holmes par Stoddart, l’éditeur américain. Oui, Wilde nous parle de ce fameux dîner avec monsieur Stoddart…

Pour ceux qui ne le sauraient pas, Conan Doyle écrira « Le signe des quatre » (publié en février 1890 dans le « Lippincott’s ») et Wilde, de son côté, nous livrera « Le portrait de Dorian Gray ». Les amateurs de Sherlock Holmes disent merci à qui ? A monsieur Stoddart, of course !

Le récit de la naissance de leurs romans respectifs ne change pas par rapport à ce que j’ai toujours lu : Stoddart leur a commandé à chacun une histoire en insistant sur le fait qu’il voulait du Sherlock Holmes chez Conan Doyle. Le livre reste fidèle à cet épisode auquel j’aurais aimé assister…

Comme je le disais plus haut, l’enquête n’est pas trépidante, il n’y a pas trop d’empressement, Wilde va à son aise, comme Mycroft Holmes le ferait, avec indolence.

Avec indolence, oui, mais s’il donne l’impression d’aller à son aise, Wilde remarque de nombreux détails sans nous en faire part.

En fait, l’ombre de Sherlock et de son fidèle Watson planera tout au long du roman, Wilde étant fan des déductions du détective, nous gratifiant même de certaines déductions que n’aurait pas renié le locataire terrible du 221b.

De plus, les quelques apparitions de Conan Doyle nous donneront quelques dialogues jubilatoires entre lui et Wilde. Instructifs aussi.

D’accord, c’est du roman, mais suivre des personnages ayant réellement existé, c’est très enivrant et très inhabituel pour moi.

L’auteur connaît son sujet, l’a potassé, ce qui fait que tout est réaliste. On a l’impression de lire une partie de l’autobiographie deWilde. Je ne connaissais pas bien Oscar et là, j’ai fait connaissance avec lui de manière très agréable. Ma lecture fut réjouissante tout au long des 374 pages.

Bien que j’aie entrevu assez tôt l’identité du coupable, je n’avais pas aperçu la partie immergée de l’iceberg.

Moi qui me targuait d’avoir trouvé la solution, je n’avais soulevé qu’un coin du voile, ce qui me fit suffoquer lorsque je compris ma légère méprise… Ma terrible méprise et ma grande omission.

Je n’étais pas tout à fait dans le faux, mais j’aurais tout de même fait une grosse faute. Oh le joli coup de pied lorsque je compris…

Heureusement que je n’appartiens pas à la maison poulaga ! Sinon, j’aurais quelques erreurs judiciaires à mon compte…

Lu dans le cadre des challenges « I Love London » de Titine et Maggie, de « Polar Historique » de Samlor et de « Thrillers et polars » de Liliba.