Nous étions libres comme le vent : David Roberts

Titre : Nous étions libres comme le vent

Auteur : David Roberts
Édition : Albin Michel – Terre indienne (1999)
Édition Originale : Once They Moved Like the Wind
Traduction : Alain Deschamps

Résumé :
« À la fin, durant l’été 1886, ils n’étaient plus que trente-quatre, hommes, femmes et enfants, à suivre Géronimo. Le petit groupe d’Apaches Chiricahuas fut la dernière bande d’Indiens libres à poursuivre la guerre contre le gouvernement des Etats-Unis. Cinq mille soldats américains – le quart des effectifs de l’US Army – et trois mille soldats mexicains les traquèrent sans merci. Pourtant, pendant plus de cinq mois, Géronimo et les siens réussirent à échapper à leurs poursuivants. Jusqu’à leur reddition finale, les forces armées de deux nations puissantes ne sont pas parvenues à capturer un seul Chiricahua, pas même un enfant. »

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, le territoire couvert aujourd’hui par le Nouveau-Mexique, l’Arizona et le Nord du Mexique fut le théâtre d’une tragédie marquée par la violence, la perfidie et la cruauté.

Dans cette lutte sans merci, les chefs apaches n’auront de cesse de défendre leur patrie, alors que leurs ennemis n’aspirent qu’à leur mort, leur déportation ou leur parcage sur des réserves.

Peu de chefs indiens auront exercé une aussi grande fascination que les figures désormais légendaires de Cochise et Geronimo.

Critique :
Histoire de la mort d’un peuple fier, libre et nomade annoncée… Une fois que l’Homme Blanc a posé son pied sur le continent du Nouveau-monde, cela a sonné le glas pour bien des peuples.

Bizarrement, alors que l’Anglo-saxon et les autres européens fuyaient les dictatures royales, les famines, les différentes oppressions, qu’ils se voulaient libre, ils n’ont eu de cesse de brider les libertés des autochtones, les Amérindiens.

C’était un peuple nomade, chasseurs et le Blanc voulait en faire un sédentaire agriculteur, du jour au lendemain, alors que dans l’évolution humaine, ce changement radical de mode de vie n’a pas eu lieu du jour au lendemain.

Ce roman n’est pas une fiction, il n’est même pas romancé. C’est l’histoire des guerres indiennes, la vie des grands chefs Indiens, que ce soit Cochise, Geronimo, Juh, Mangas Coloradas et Victorio. Avec des plus grands passages consacrés à Cochise et la rébellion de Geronimo qui ne voulait pas se faire enfermer dans une réserve.

Ce que j’ai apprécié, dans ce roman historique, c’est que l’auteur n’ai pas présenté tous les Hommes Blancs comme des vilains méchants pas beaux et les Amérindiens comme des gentils écolo bobo version Bisounours.

Les exactions ont eu lieu des deux côtés, les Amérindiens ont torturés aussi, pendus, assassinés, violés des victimes innocentes (ou pas) et même tué des Blancs qui étaient leurs amis. S’il est facile de tuer un ennemi, il est bien plus difficile de tuer un ami.

Certains Hommes Blancs ont essayé de les comprendre, même s’ils n’y sont pas toujours arrivé, les barrières de la langue et de la culture étant compliquées à surmonter.

Mais il est un fait certain, c’est que les Blancs avaient la langue fourchue, ne respectaient pas la parole donnée ou les traités signés et que dans le registre des meurtres, les Amérindiens étaient des petits artisans, ils tuaient au détail, tandis que les Blancs massacraient en gros. Ils ne jouaient pas dans la même catégorie.

Hélas, l’être humain de l’époque se révoltait pour chaque mort de son peuple (celui des Blancs) et applaudissait pour 100 assassinats d’Indiens, perpétrés loin de son jardin. De nos jours, des gens s’offusqueront toujours bien plus pour un homme tué que par 6000 décédés sur des chantiers (et loin de chez nous).

Ce roman historique est des plus intéressants, mais il est à réserver à des lecteurs (lectrices) qui sont passionnés par le sujet. Il n’y a pas d’action, l’auteur rapportant des témoignages, se basant sur les études réalisées par d’autres, sur des théories d’historiens, afin de nous éclairer sur cette période des guerres Indiennes.

Le récit pourrait sembler long à quelqu’un qui n’est pas intéressé par le sujet. Il n’est pas toujours aisé à lire, du fait qu’il y a beaucoup de matière à avaler, à digérer, mais dans mon cas, le repas s’est bien déroulé et mon rythme de lecture était correct, le roman n’a pas trainé plus de 48h.

Attention que certaines scènes rapportées dans ce récit pourraient heurter les âmes sensibles, ce n’est pas Tchoupi dans son bac à sable, on parle tout de même de guerres, de massacres, de génocide et d’être humains placés dans des réserves où ils crevaient de faim, de soif, de maladie…

Mon seul bémol sera pour le fait qu’un tel récit est assez froid, il a manqué les émotions brutes, comme celles que j’avais pu ressentir avec d’autres récits historiques sur les Amérindiens.

Les Apaches mènent une vie en fuite, tentant d’échapper aux soldats lancés à leurs trousses, ou dans des campements insalubres, souffrant de tout, et le ton de l’auteur m’a semblé froid, comme s’il énonçait des faits bruts. Je ne demande pas que l’on sombre dans le pathos, mais j’apprécie lorsqu’il y a les tripes qui se serrent, en lisant ce genre de récit.

En ce qui concerne l’instruction, ce livre m’a rassasié ! Les détails dans le récit étaient précis, l’auteur donnant souvent plusieurs versions (les témoins se contredisent souvent, les mémoires flanchent, les égos interdisent de dire la vérité,…), au lecteur de se faire sa propre idée.

Un récit copieux, rempli de détails, de vie de chefs Indiens, de guerriers libres, chevauchant des jours et des jours. Un récit sur la rencontre de deux peuples qui ne se sont jamais compris et sur l’un deux qui voulu asservir l’autre, le parquer, l’empêcher de bouger, de chasser, bref, de vivre, tout simplement.

Le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Publicité

Les bisons de Broken Heart : Dan O’Brien

Titre : Les bisons de Broken Heart

Auteur : Dan O’Brien
Édition : Folio (07/05/2009)
Édition Originale : Buffalo for the Broken Heart (2001)
Traduction : Laura Derajinski

Résumé :
Quand Dian O’Brien s’installe dans le ranch de Broken Heart, il réalise son rêve : vivre au pied des Black Hills, les terres indiennes de Sitting Bull.

Mais les granges plaines du Dakota ont subi le génocide indien et le massacre des bisons, elles sont stérilisées par l’agriculture et l’élevage bovin intensifs.

Dan connaît la dure vie des cow-boys, ruinés par les emprunts et les fluctuations du marché. Le cœur brisé de Broken Heart, c’est lui, ce fermier amoureux de la vie sauvage qui souffre pour rétablir l’écosystème originel de ce pays sans fin, ce cow-boy devenu professeur de littérature et d’écologie pour payer les traites de son ranch.

Ce livre est son histoire, celle d’un homme qui, pour redonner vie à la prairie, a rendu aux bisons leurs terres ancestrales.

Critique :
Dan O’Brien sait trouver les mots pour parler nature, écologie, développement durable, agriculture… En tout cas, j’avais l’impression qu’il me parlait directement.

Le surpâturage n’est jamais bon. Très tôt, mon père avait créé des parcelles pour les vaches de mon grand-père et ensuite pour nos chevaux. Papy faisait déjà des tournantes dans ses semis.

L’auteur, dans son roman autobiographique, met le doigt sur un autre problème que le surpâturage dans les Grandes Plaines des États-Unis : la présence des vaches, animal qui ne s’y trouvait pas avant et qui n’a rien à y faire, surtout dans des prairies clôturées, où elles gaspillent l’herbe (les animaux gaspillent souvent quand il y a trop à manger) et détruisent les biotopes qui s’y trouvaient avant, du temps où les bisons marchaient sur les plaines, avant l’arrivée des génocidaires Blancs.

Bien que les Amérindiens pensaient que les bisons seraient éternels, jamais ils n’ont réussi à mettre l’animal en voie de disparition. Bien que parfois, ils les tuaient uniquement pour les langues (donnant la mauvaise idée aux Blancs), jamais les bisons ne se retrouvèrent aussi peu sur le territoire.

Puisque les vaches ne sont pas adaptées au climat rude des grandes plaines, puisqu’elle n’a rien à y foutre, puisque l’agriculture se casse la gueule et que plus personne ne sait rembourser ses emprunts, notre auteur a eu l’idée de revenir à la grosse bêbête noble qui passaient sur ces terres : les bisons (à ne pas confondre avec Le Bison qui arpente les terres du site Babelio et que je salue).

Oui, j’ai apprécié la plume de Dan O’Brien, cela faisait longtemps que je souhaitais lire ce roman de nature writing et j’ai mis du temps à le trouver. Il n’a même pas eu le temps de dire ouf qu’il était dévoré.

Attention, ne cherchez pas un récit trépident ou bourré de suspense, bien qu’il soit angoissant pour un éleveur de savoir s’il réussira, ou pas, à rembourser la banque, si ses bêtes vivront, s’il arrivera à manger à sa faim… Ok, suspense présent !

Dans ces pages, vous trouverez surtout le récit d’une conversion, des récits de nature, d’élevage (bovins ou de bisons), de montage de clôture, ainsi que d’un morceau de l’Histoire des États-Unis, des Amérindiens et d’un homme qui aimerait que la nature retrouve son état d’avant, celui d’avant qu’on ne foute tout en l’air.

O’Brien est un conteur qui m’a envouté, comme je vous le disais, j’avais l’impression qu’il me parlait personnellement.

Son récit a trouvé des échos en moi, du temps où j’étais gamine et que je suivais mon grand-père partout, dans sa ferme. Certes, je ne suis pas passionnée d’élevage bovin (pas du tout, même), mais maintenant, j’aurais bien envie de goûter du bison, élevé par l’auteur, et tué à la carabine, dans sa prairie, sans le stress des abattoirs et l’engraissement dans des paddock où les bisons sont malheureux.

C’est un roman de nature writing, mais pas que… c’est aussi une charge sur le capitalisme effréné qui nous pousse à moult conneries, à bien des hypocrises, à bien des horreurs sur les animaux, la nature et les hommes.

C’est aussi une ode à la nature, à une vie plus saine, une vie faite de petites choses, du travail acharné, du respect des autres êtres vivants et une ode à la liberté. Le but ne doit pas être la course aux rendements, mais au bien-être personnel (celui qui n’est pas monnayable).

Un excellent roman, même si vous y connaissez que pouic à l’élevage de vaches ou de bisons, car la Nature, ça devrait parler à la majorité d’entre nous… Non ?

Le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Le cercle brisé – Meurtres en pays Navajo : Rodney Barker

Titre : Le cercle brisé – Meurtres en pays Navajo

Auteur : Rodney Barker
Édition : du Rocher Nuage rouge (1995)
Édition Originale : The Broken Circle – A True story of Murder and Magic in Indian Country (1992)
Traduction : Marie-France Girod

Résumé :
Meurtres et magie en pays Navajo.

Dans les années 1980, un journaliste, l’auteur, enquête, revient sur une affaire dans laquelle il était  »tombé » en 1974 à Farmington, Nouveau-Mexique près de la réserve du Dineh (Navajo).

Des Navajos sont donc trouvés assassinés, nus ayant subi des sévices et tortures de toutes sortes. Les auteurs de ces atrocités sont trois jeunes gens blancs de la High School de Farmington.

L’affaire fait grand bruit. Le verdict est clément pour les meurtriers. Par la Voie navajo, le Dineh demandera réparation, rétablissement de l’équilibre rompu.

Une plongée dans les âmes ou la mystique navajo, un portrait de l’américain contemporain.

Critique :
« De sang-froid » de Truman Capote reprenait un faits divers et en faisait un roman en reconstruisant les faits, avant, pendant, après, ainsi que les conséquences qu’avaient eu ces meurtres sauvages sur les habitants de la petite ville de Holcomb.

Cela s’appelle un true crime.

« Le cercle brisé » en est un aussi puisque l’auteur, Rodney Barker, revient sur une affaire dans laquelle il était « tombée » en 1974 à Farmington, Nouveau-Mexique près de la réserve du Dineh où des Navajos avaient été sauvagement assassinés et il enquête.

Les coupables avaient été trouvé, c’étaient trois jeunes gens blancs de la High School de Farmington et ils avaient été jugés et condamnés à des travaux d’intérêt général… Oui, pour des meurtres ! Moi aussi, comme les Navajos j’aurais la haine.

Puis, les coupables qui avaient repris leur petites vies tranquilles ont des bricoles qui leur tombe sur la tête… comme la mort, par exemple. Les Navajos auraient-ils jetés des sorts sur ces meurtriers non condamnés ??

La culture Navajo me passionne dans les enquêtes de Leaphorn et Chee, donc, ce roman ne pouvait que me plaire.

Big badaboum, comme le dit si bien Leeloo dans « Le cinquième élément » car je me suis ennuyée durant ma lecture, mes petits yeux se fermant régulièrement alors que je n’étais absolument pas en manque de sommeil.

Le récit est lent et je n’ai jamais réussi à me fixer dessus le temps nécessaire, ce qui fait que j’ai fait une avance rapide, comme sur une K7 audio et j’ai sauté des pages, et des pages, et des pages…

Moralité ? Je l’ai quand même comprise : le cercle ne doit pas être brisé, dans la culture Navajo et s’il est, il faut une réparation juste et équitable. Quand elle ne l’est pas, alors, ils demanderont réparation par leur voie à eux…

Dommage que je n’ai pas accroché. Mais c’est ainsi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°98].

The Big Sky – Tome 1 – La Captive aux yeux clairs : Alfred Bertram Guthrie

Titre : The Big Sky – Tome 1 – La Captive aux yeux clairs

Auteur : Alfred Bertram Guthrie
Éditions : Actes Sud L’Ouest, le vrai (2014) / Babel (2016)
Édition Originale : The Big Sky (1947)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
En 1832, Boone Caudill et ses amis trappeurs rejoignent une expédition vers le Haut-Missouri, vaste région sauvage où vivent les Indiens Blackfeet.

Teal Eye, une jeune Blackfoot, fait partie du voyage. Va-t-elle pouvoir servir de “cadeau” pour les Indiens qui défendent farouchement leur territoire ?

Critique :
La conquête de l’Ouest comme si nous y étions, mais au lieu d’aller de l’Est en Ouest en chariot et de faire le cercle lors des attaques, on va voguer sur le Missouri.

Nous sommes en 1830, toujours avec des fusils à silex, les six-coups qui peuplent nos films western ne sont pas encore inventés.

Le territoire est dangereux, peuplés d’Indiens, de bisons, de castors…

Les paysages sont décrits de façon majestueuse et mon seul regret sera de ne pas les voir en vrai, tant l’auteur les décrit avec force et passion. Mon imagination a fait le travail.

Chez Guthrie, tout est fait avec justesse, sans dichotomie aucune entre les pionniers qui seraient tous gentils et les Indiens tous méchants. Non, non, avec l’auteur, on ne mange pas de ce pain-là et tout est réaliste dans les portraits de chacun qu’il dresse avec finesse.

Je suis juste restée étonnée que les Indiens, dans le roman, ne se soient pas plus inquiétés que ça des massacres de bisons que l’on accomplissait déjà à cette époque. Pensaient-ils aussi que les bisons étaient inépuisables et que l’on pouvait en décimer des tonnes sans que cela ait un impact dans le futur ?

Anybref, dans ce roman dense, l’auteur fait parler sa plume comme d’autres font parler la poudre : ça claque. Les paysages sont grandioses, bien décrits, les trappeurs sont sauvages comme le gibier qu’ils chassent, tout le monde pue le chacal mouillé, les territoires Indiens ne sont pas encore envahis comme ils le seront ensuite…

Comme Boone, on s’en désole à l’avance, on a le coeur serré. C’est la fin d’une époque, le début d’une nouvelle ère et les colons sont tout fous à l’idée de prendre et d’exploiter à mort ces territoires sauvages sur lesquels les Indiens vivent et se déplacent.

Ça commence à sentir mauvais pour les prochaines années…

Un grand roman sur la conquête de l’Ouest où tout est authentique.

Le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

La véritable histoire de la mort d’Hendry Jones : Charles Neider

Titre : La véritable histoire de la mort d’Hendry Jones

Auteur : Charles Neider
Édition : Passage du Nord-Ouest (06/05/2014)
Édition Originale : The Authentic Death of Hendry Jones (1956)
Traducteurs : Marguerite Capelle et Morgane Saysana

Résumé :
Pour Doc Baker, le shérif Longworth est un menteur et son livre une infamie. Parce qu’il fut son dernier compadre, lui connaît la vérité de la bouche même du Kid.

La « guerre du comté de Lincoln », l’évasion spectaculaire de la prison de Monterey, mais aussi la raison pour laquelle le môme reprit la piste du nord, vers son destin.

Quant à ce qui s’est vraiment passé le soir de son exécution la véritable histoire de la mort d’Hendry Jones, seul le Doc peut le raconter.

Critique :
Personne était plus rapide que lui… Ben faut croire que si puisque le Kid est mort, tué par un ancien compadre à lui, devenu shérif, Dad Longworth.

Le Kid visé ici – si je puis me permettre ce mauvais jeu de mot – n’est pas Billy The Kid, même si, en réalité, c’est une allégorie de ce bandit qui aimait voler les bonbons rouges chez l’épicier.

Oups, on me signale dans l’oreillette que je confonds avec le sale gamin dans Lucky Luke…

Anybref, le jeune desperados Hendry Jones de ce roman est bien le double fictif de Billy the Kid – même si le narrateur nous signale qu’ils n’ont rien à voir l’un avec l’autre, même si Hendry se fait appeler Le Kid – et son ancien compadre (devenu rival) Samuel « Dad » Longworth est l’allégorie de Pat Garrett, le shérif qui a tué Billy The Kid (pas celui de Lucky Luke) et rédigé « La Véritable Histoire de Billy the Kid » qui, d’après l’auteur, est un tissu de mensonges.

En tout cas une chose est sûre, c’est qu’il ne serait jamais plus vieux que demain.

L’auteur Charles Neider se confond avec le narrateur, Doc Baker, un ancien de la bande au Kid, qui était là lorsque ce dernier s’est fait descendre, le seul, quasi, qui sache tout de l’histoire, le seul capable de rétablir la vérité historique dans toutes les légendes les plus folles qui courent sur la mort du Kid et sur sa vie.

On l’aimait pour tout un tas de raisons. Certains parce qu’ils le craignaient, d’autres parce qu’ils l’admiraient, d’autres encore parce qu’ils le haïssaient. Mais je crois que la plupart étaient attirés par son incroyable bonne fortune. On ne pouvait pas s’empêcher de se demander comment c’était possible d’avoir autant de veine. J’ai entendu des gens dire que ce genre de chance ça n’arrivait qu’une fois tous les cent ans, et que quand ça arrivait, il n’y avait rien qui puisse en infléchir le cours. D’autres disaient qu’il n’y a que les enfants pour être aussi vernis, et c’était les mêmes qui plus tard diraient que le Kid n’était plus un gamin.

L’inconvénient, lorsqu’on est une Légende, c’est qu’il faut nourrir la légende et les gens aiment bien broder, inventer des faits, les exagérer, dire qu’ils étaient présent, dire qu’ils savent… Entre le fait que le Kid est toujours vivant et le fait qu’on l’ait enterré après avoir coupé son index qui pressait la gâchette, il va falloir rétablir la vérité et elle est moins belle que la légende.

De nos jours, à ce qu’on dit, les touristes parcourent des kilomètres jusqu’à la Pointe du Diable pour voir la tombe d’Hendry Jones et débattre si oui ou non ses ossements y sont ; et certains prétendent que son doigt – celui qui pressait la détente – ne s’y trouve pas, et d’autres, que c’est son crâne qui aurait disparu ; certains affirment aussi que sa tombe ne se trouve pas à cet endroit et que ce qu’ils ont sous les yeux n’est rien d’autre qu’un petit tas de coques d’ormeaux. Libre à vous de croire ce que vous voudrez.

C’est horrible à dire mais les personnages des desperados sont attachants, même si le Kid aurait mérité quelques baffes pour son comportement insolent, sa manière de se moquer de tout, de sourire et de ne jamais s’en faire.

On vivait comme si on avait l’éternité devant nous et quand l’un d’entre nous se faisait descendre, il tombait des nues.

Doc Baker a plus la tête sur les épaules, mais ce que je lui reprocherai c’est sa manière de narrer les choses parce que les dialogues m’ont hérissés les poils sur les bras avec ses inversions entre le nom du personnage et son action.

Au lieu d’écrire « Et qui est ce type ? s’est interrogé Webb », le narrateur nous balance des « Et c’est qui, ce type ? Webb s’est interrogé » ou des « Harvey French, Dad l’a renseigné » en lieu et place d’un « Harvey French, l’a renseigné Dad. »

— Et c’est qui, ce type ? Webb s’est interrogé.
— Harvey French, Dad l’a renseigné.

— J’étais persuadé que c’était le Kid, Longworth s’est justifié.
— Ça change quoi, de toute façon ? Carlyle a demandé.

Certes, un desperados de cette époque s’exprime sans doute de cette manière mais dans le roman, cela donne lieu à des dialogues qu’il faut parfois relire pour comprendre si on a affaire à la personne qui parle ou si le dialogue continue. J’ai détesté ça et c’est ce qui me fait mettre une si mauvaise cotation car cela m’a gêné dans ma lecture.

Par contre, il y a une chose que je ne pourrai pas reprocher à ce roman western : son manque de réalisme car il est réaliste ! Oui, l’histoire est remodelée, changée, puisque c’est celle du Kid sans être celle de Billy The Kid, mais autant les décors que les actions sont réalistes. On est immergé dans ce réalisme, on s’y baigne, même.

D’ailleurs, dans les notes de fin d’ouvrage, il est dit que l’auteur a marché durant des journées entières avec un colt à la hanche pour connaître les sensations lorsqu’on le retirait, il s’est entraîné à dégainer tant de fois qu’il a eu la main en sang.

Dans La Véritable Histoire de la mort d’Hendry Jones, Charles Neider avait fait vœu de réalisme, un réalisme auquel il voulait tendre par la plus extrême précision documentaire.

La cotation est sévère, mais cette manière de présenter les dialogues m’a couru sur le haricot, ce qui est dommage parce que l’histoire était bonne, on avait de l’action, mais pas trop, la vie des desperados, leurs longues chevauchées fatigantes, leur puanteur, leurs craintes, leurs états d’âmes ou leur absence…

Un western profond, ne manquant pas de réalisme, même si l’histoire est déformée et contant une superbe épopée qui fait écho à celle d’un célèbre hors-la-loi bien connu, mais bardaf, je suis passée à côté à cause de ce truc avec les dialogues.

Pour se coucher moins bête : le roman aurait dû être porté à l’écran par Sam Peckinpah, avant que Marlon Brando ne reprenne le flambeau, réalisant ainsi le seul film de sa carrière (La vengeance aux deux visages – One-eyed Jacks, 1961) qui n’a rien à voir avec le roman. J’ai vu le film et je vous jure que Brando a tout réécrit ! Il voulait Stanley Kubrick mais ce dernier est parti aussi et Brando a réalisé le film lui-même, donnant des incohérences comme un magnifique cheval noir, brossé, à la robe luisante alors que jamais un outlaw n’aurait pris autant de soin de sa monture. On ne parlera même pas du pistolet mis dans le pantalon et du risque de s’assassiner une couille en dégainant.

Le film brode abondamment – ainsi, la fille désirée par le Kid n’est plus une chica qui l’a trahi mais la propre fille de Longworth, que Brando déshonore par soif de vengeance puis finit par aimer.

Mais il est fidèle à certains passages du roman, comme la façon hasardeuse dont se constitue une bande de hors-la-loi et les tensions qui naissent au sein du groupe, agacements inexpliqués, jalousies, peurs. L’arrestation du Kid, son séjour en prison, minutieusement contés par Neider, sont aussi assez fidèles, même si l’évasion de Brando est assez rocambolesque…

Au final, il serait regrettable de jeter le film au nom du livre. Il faut plutôt souligner à quel point un ouvrage remarquable et peu connu donne, peut-être involontairement, un film qui s’affranchit du matériau d’origine, comme il s’affranchit des conventions d’un genre.

Deux œuvres d’art face à face, comme un duel ; mais à la différence des lois de l’ouest – et du western traditionnel –, on s’abstiendra ici de désigner un vainqueur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°68, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Le Passage du canyon : Ernest Haycox

Titre : Le Passage du canyon

Auteur : Ernest Haycox
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (02/03/2015)
Édition Originale : Canyon passage (1945)
Traducteur : Jean Esch

Résumé :
Oregon, 1850. Quand Logan Stuart, aventurier et homme d’affaires, arrive à Jacksonville, il découvre une bourgade sur laquelle plane la menace des Indiens… mais aussi les rivalités qui opposent prospecteurs, paysans et autres émigrants. Logan va se trouver au cœur de tous ces conflits.

Une bagarre qui éclate, un joueur qui est prêt à tuer pour dissimuler ses dettes, des rumeurs qui courent, des colons soudainement massacrés, et voilà que toute une société animée par la passion de l’argent ou du jeu, l’amitié profonde ou l’amour caché, est sur le point d’exploser.

Critique :
Un western sans cow-boys, sans troupeaux de vaches, la recette a beau être inhabituelle, elle est correctement respectée et bien présentée car l’auteur est un grand cuisinier du western.

Il ne faut pas s’attendre à de l’action pure et dure car l’auteur nous présente de manière réaliste la vie en 1850 dans une petite ville dominée par les chercheurs d’or, les paysans éparpillés un peu partout et les commerçants.

Aux travers différents portraits d’hommes allant du bon à la brute épaisse, en passant par le truand qui triche aux cartes pour plumer les autres et le truand cynique qui se sert dans la poussière d’or confiée par les orpailleurs à sa société « bancaire », sans oublier les femmes qui ont des cojones sous leurs jupons, l’auteur nous présente un petit monde où, une fois qu’on y a mis les pieds, il est difficile de repartir.

Le trou du cul de l’Oregon, ça pourrait être ici. Le Cheval de Fer ne passe pas ici, donc, tous les convois se font à dos de mules et Logan Stuart a développé un commerce florissant.

Logan, c’est le Bon et nous pourrions faire un portrait croisé de lui et de son ami Georges Camrose à la manière de la série Amicalement Vôtre, où Camrose jouerait le rôle d’un Daniel Wilde plus cynique et moins réglo en amitié.

On peut dire que George Camrose a un côté truand sympathique, du moins, au début, mais ses pertes au poker et ses emprunts d’or dans les sacs des orpailleurs signeront son passage du côté obscur de la Force et sa descente aux Enfers.

Logan défendra son ami jusqu’au bout, démontrant par là son sens de l’amitié, mais il y un bémol car à un moment donné, lorsqu’on sait que les autres ont raison et que son ami a commis l’indicible, il ne mérite pas que l’on prenne des risques pour lui ou que l’on mette potentiellement en danger la vie des autres, or George est le genre de type qui ne changera jamais.

La petite ville de Jacksonville est comme toute les petites villes du monde : couarde devant le caïd local mais meute déchaînée face à un homme qu’elle n’apprécie pas et qui n’a pas la force bestiale de la Brute. On est à deux doigts d’un lynchage en bonne et due forme après un procès qui n’en est pas vraiment un.

Comme toujours, on joue au dur mais on file la queue entre les jambes face à la Brute sauf si la Brute est par terre, alors là, on devient courageux. Enfin, on devient courageux lorsqu’on est sûr que la Brute ne pourra plus rien nous faire de mal, sinon, on courbe l’échine devant elle comme on a toujours fait.

L’auteur a toujours su dresser des portraits peu flatteurs et assez vils de l’Humain, même s’il le contrebalance par des portraits plus avantageux pour d’autres qui reçoivent la droiture, l’honnêteté et le sens de l’amitié. Pour les femmes, elles sont toujours indépendantes, fortes et on est loin des femmes faibles.

La grande action se situera sur la fin, lorsque la Brute, de par son action stupide (comme toujours), fera s’abattre la foudre sur les maisons isolées.

Une fois de plus, l’auteur nous démontrera que les grandes gueules du début jappent ensuite comme des chiots apeurés lorsqu’ils risquent de se retrouver nez-à-nez avec des Indiens déchaînés, tandis que les taiseux, eux, ne s’encombrent pas de palabres mais agissent.

Un western bien servi, bien écrit, possédant des personnages disparates mais jamais éloignés de ceux que l’on connait. Un western qui dresse un triangle amoureux sans jamais verser dans la mièvrerie.

Un western qui s’attache à nous montrer la vie dans une petite ville de prospecteurs sans que jamais le lecteur ne s’ennuie car leur vie n’avait rien d’ennuyeuse et la plume de l’auteur a su nous rendre cela de la plus belle des manières.

L’obscurité était une cape jetée négligemment sur les montagnes et les prairies, les aboiements des chiens d’Anselm réveillaient des échos lointains dans les collines sillonnées de crêtes. L’haleine du canyon était humide et froide. La piste montait et la poussière molle absorbait le bruit des pas des chevaux. Un ruisseau fougueux longeait la piste et affrontait musicalement les pierres de son lit.

L’Amérique n’avait aucune limite, hormis celles qu’un homme s’imposait. Le passé que Clenchfield aimait tant n’existait pas ici. Le présent qu’il s’efforçait de maintenir équilibré et exact, au prix de gros efforts, serait bientôt un lendemain mort. Quand un homme s’attachait à une époque, celle-ci, qui ne cessait de reculer dans la nuit des temps, l’entraînait avec lui jusqu’à ce que l’un et l’autre soient morts et oubliés.

La raison est la lueur pâle et tremblotante d’une bougie que brandit un homme pour guider ses pas quand le feu qui brûlait en lui s’est éteint.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°67, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Les Fugitifs de l’Alder Gulch : Ernest Haycox

Titre : Les Fugitifs de l’Alder Gulch

Auteur : Ernest Haycox
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (02/06/2016)
Édition Originale : Alder Gulch (1942)
Traducteur :

Résumé :
Au milieu des années 1800, un couple improbable s’enfuit pour rejoindre le nouvel eldorado de la vallée de l’Alder Gulch, dans le Montana, où des milliers de chercheurs d’or s’aventurent pour faire fortune.

Jeff Pierce est traqué par le frère de l’homme qu’il a tué. Sa compagne de route, Diana Castle, cherche à échapper à un mariage arrangé. Quel avenir y aura-t-il pour eux dans cet Ouest sauvage où la loi est piétinée ?

Avec ce portrait d’une communauté d’orpailleurs dans les contrées les plus sauvages du Montana (l’endroit est historique : l’Alder Gulch et Virginia City ont véritablement existé), Haycox déploie à merveille son art romanesque et sa connaissance de la nature humaine.

Son roman est nourri de cette authenticité lyrique qu’on lui connaît depuis Des clairons dans l’après-midi (Actes Sud, 2013) et Le Passage du canyon (Actes Sud, 2015).

Critique :
Bienvenue dans la communauté des orpailleurs, dans le Montana. Ici, l’or est là, il suffit de se pencher pour le prendre.

Bon, faudra creuser tout de même et tamiser avant de trouver des pépites que vous irez dépenser au saloon du coin, vous encanaillant avec les prostituées, dépensant vos pépètes au poker avant de retourner tamiser la terre afin de vous refaire.

Le cercle vicieux.

Mais si vous gardez toutes vos pépites, tel un écureuil, lorsque vous mettrez les voiles, attendez-vous à ce que les bandits du coin vous les chipe et ne laisse votre cadavre pourrir sur le sol.

La communauté des orpailleurs, je l’avais suivie dans des bédés, mais pas vraiment dans un roman (ou alors, ma mémoire me fait défaut, ce qui serait normal, vu tout ce que je lis et tout ce que j’ai déjà lu).

Tous les ingrédients d’un bon western sont réunis, même si nous commençons l’aventure sur le pont d’un navire que nous quitterons bientôt à la nage. Ensuite, ce sera la fuite avec une jolie fille qui fuit sa famille et l’arrivée dans une citée de chercheurs d’or, avec tout ce que ça comporte comme dangers.

Jeff Pierce est celui qui s’est enfui du bateau où il n’avait pas souhaité monter et Diana Castle est celle qui l’aidera à fuir, profitant de lui pour fuir aussi sans attirer l’attention, car il est plus facile pour un couple de passe inaperçu que pour un fugitif et une femme seule de voyager.

Direction l’Alder Gulch et Virginia City. Une ville champignon qui a poussé après une ruée vers l’or, ça attise bien des convoitises et tout ce que le pays comptait de méchants s’est réuni dans une bande qui fait la loi et dont personne n’ose contrecarrer les mauvaises actions.

Une fois de plus, comme dans les Lucky Luke, on a une foule qui en a marre des meurtres, qui voudrait un peu plus de sécurité, qui souhaiterait que l’on mette fin aux exactions des bandits, mais qui n’est pas soudée, qui a besoin d’un meneur et d’une goutte d’eau pour faire déborder le vase.

Nous sommes face à des gens qui ont peur, qui voudraient que cela s’arrête mais ne savent pas comment faire, n’osent pas le faire, sans oublier qu’ils ont peur des représailles et sont limite fleur bleue car ils ont hurlé pour qu’on ne pende pas certains des assassins car ils s’étaient laissé attendrir.

Ce sont des pleutres et ils ne diffèrent pas vraiment de nous, qui, à notre époque, avons encore les mêmes peurs face à des racketteurs, des dealers, des gangs, des petits merdeux de gamins,…

L’auteur nous décrit avec détail la vie dans une ville qui ne vit que grâce aux chercheurs d’or, décrivant les privations, le dur labeur, les conditions météo hostiles, l’éloignement, la solitude, la peur de l’autre et l’individualisme car ici, tout le monde veille jalousement sur sa matière jaune et espère qu’un autre fera le ménage à sa place.

On pourrait résumer le livre par deux mots : authenticité et réalisme. L’action n’est pas toujours présente, Haycox prenant le temps à un moment donné de nous faire vivre ce qui pouvait se passer dans ce genre de ville, nous présentant différents personnages secondaires qui, contrairement aux hors-la-loi, seront moins étiqueté « irrécupérables ».

Si les bandits sont tous catalogués dans les Méchants, l’un d’entre eux se distinguera par son côté jovial et amitieux, le genre de personne que l’on voudrait pour ami et qu’on n’hésiterait pas à tenter de sauver s’il passait du côté obscur de la Force.

Mêmes notre Pierce n’est pas tout blanc, mais au moins, il est honnête. Et dans le milieu des orpailleurs, un honnête homme, ça a de l’importance. C’est même en voie de disparition. Un bien rare étant cher, un homme honnête, c’est cher.

Ce western qui a tout du Roman Noir possède des émotions, de l’action, du suspense, du mystère, de la justice, qui peut faire défaut ou être expéditive, et des hommes prêts à tout pour s’enrichir. Des hommes qui doivent survivre face à une Nature hostile et un climat peut propice au bikini en hiver, sans compter qu’il faut faire face à l’envie, la jalousie, le vol.

Un western où la sauvagerie des lieux déteint sur les Hommes mais où brille un espoir, tout de même, celui de voir les gens se serrer les coudes pour faire face à ceux qui se pensaient tout puissant et à l’abri de tout danger.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°58, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Terreur apache : William Riley Burnett

Titre : Terreur apache

Auteur : William Riley Burnett
Édition : Actes Sud – L’Ouest, le vrai (2013)
Édition Originale : Adobe Walls (1953)
Traducteur : Fabienne Duvigneau

Résumé :
1886. Arizona. Un chef apache, Toriano, s’enfuit de la Réserve et sème la terreur chez les colons.

Les tactiques des Apaches rendent impossible de les combattre sans l’aide d’éclaireurs. Walter Grein, dont la ténacité est légendaire, est le meilleur d’entre eux.

Accompagné de sa troupe d’anciens soldats et d’Indiens, il devra capturer Toriano avant qu’il ne mette le pays à feu et à sang. Mais les Apaches sont des guerriers hors pair aux ressources insoupçonnées.

Commence alors une poursuite haletante, traitée au scalpel, truffée de détails fascinants, historiquement justes, jamais politiquement corrects. Et Burnett n’a pas son pareil pour saisir la beauté des canyons, l’angoisse qui sourd de ces paysages rocailleux, la mélancolie des villages en pisé.

Transposé à l’écran (Le Sorcier du Rio Grande) et source d’inspiration du chef-d’oeuvre de Robert Aldrich (Fureur apache), ce dernier combat contre les Apaches s’appuie sur des faits historiques.

Mais surtout, ici tout est vrai, tout est humain, chaque personnage bouleversant dans son courage, ses faiblesses et ses contradictions. Un « western » qui honore le genre, au style impeccable.

Critique :
S’ils eussent été plus, nous aurions eu des problèmes ! Enfin, les nouveaux habitants des États-Unis eussent eu des problèmes si les Apaches eurent été 200.000 au lieu de 6.000 (par un prompt renfort, ils auraient pu…).

Oui, si les terribles guerriers Apaches avaient été plus, sûr qu’ils auraient bouté les colons Blancs hors du territoire.

Ils étaient sans pitié, attaquaient par surprise, évitaient les batailles rangées et fichaient le camp aussi vite, après avoir pillé tout ce qui pouvait se voler. Des guerriers fantômes, presque.

La cavalerie régulière pouvait à peine lutter contre les Apaches. Sans les éclaireurs, rouges et blancs, aucune de ces bandes de maraudeurs n’aurait jamais été mise au pas. Il ne s’agissait pas tant de les combattre que de les trouver. Ils attaquaient, puis s’enfuyaient. Ils évitaient toute bataille rangée. Leurs tactiques étaient l’embuscade et la fuite. Ils vivaient dans le désert comme des lézards. Ils se déplaçaient à pied plus rapidement qu’un soldat à cheval. Ils furent probablement les meilleurs guerriers qu’on ait jamais vus sur cette terre.

Durant tout le récit, nous allons courir après ses fantômes, une petite trouve d’une vingtaine de jeunes guerriers qui ont rejoint Toriano et qui mettent cette partie de l’Arizona et de la frontière avec le Mexique à feu et à sang.

De vrais fantômes car jamais nous ne connaîtrons leur motivations ou leurs aspirations car jamais l’auteur ne leur donnera la parole. Nous suivrons le groupe constitué par Walter Grein, le chef des éclaireurs (bourru, ne souriant jamais et misanthrope) et ses hommes, des marginaux constitués d’un ancien soldat Sudiste alcoolo et d’éclaireurs Indiens, métissés ou que l’on a « civilisés » dans nos écoles de Blancs.

Grein a plus de respect pour ces hommes que pour les bureaucrates de Washington qui pensent beaucoup mais qui ne font pas grand-chose, à part pérorer sur des sujets qu’ils ne connaissent pas (c’est toujours le même de nos jours, dans tous les pays).

♫ Sous le soleil, exactement ♪ Oui, le soleil est implacable et la poursuite impitoyable car la politique et l’administration vont venir s’en mêler, sans oublier les braves gens qui pensent que l’on peut discuter avec Toriano.

Ben non, on ne discute pas, on ne montre pas ses faiblesses, on ne fait pas preuve d’indulgence, sinon, les Apaches se gausseront de vous et cela en sera fini pour vous. Walter Grein le sait, mais certains biens pensants de Washington ne veulent pas le croire, malgré les preuves sous leurs yeux. Ce sont des bureaucrates et ne connaissent rien à la réalité du terrain.

Les Apaches aussi ont un code. Le voici : le plus fort, c’est celui qui tue le plus de monde. Après lui vient le plus grand voleur. Et en troisième position ― mais c’est aussi une force ―, le plus grand menteur. Vous me suivez ? Comment voulez-vous qu’un homme comme Busby puisse traiter avec des gens pareils ? Son indulgence, ils en rient. Ils la voient comme une faiblesse. Ils ne comprennent qu’une seule chose : la force.

Ici, pas de duels, mais une poursuite, dans les montagnes, dans des reliefs accidentés, sous une chaleur d’enfer, avec des chevaux qui n’en peuvent plus, qui souffrent du manque de nourriture, d’eau et de fatigue et les hommes de même.

La mauvaise humeur gronde car le manque de sommeil (et de café chaud) aigri l’humeur de tous. L’auteur a réussi à nous décrire les paysages grandioses et le climat rude et dur. Non, on ne court pas, on se hâte lentement car la vitesse est impossible et il faut faire gaffe à ce qui pourrait surgir de partout.

Les personnages des poursuivants étaient bien détaillés, Walter Grein, le cynique, est capable de faire preuve de bons sentiments… Par contre, son caractère effronté lui jouera des tours, permetant à l’auteur de parler des différences de points de vues entre les habitants de l’Est, bien protégés, civilisés et ceux de l’Ouest, plus bruts de décoffrage et violents.

Dommage que ce roman, qui ne manque pas de rythme ni d’action, ne donne pas une place plus importantes aux Indiens rebelles, que l’on en sache un peu plus de leur mode de vie, de leur fuite, de leurs attaques.

Tout le récit est tourné vers les Blancs, qu’ils soient soldats, officiers, éclaireurs ou petites gens qui ont peur. Nous aurons juste l’intervention d’un Indien, mais un pacifiste, lui. Je saluerai quand même que l’auteur ne fait jamais preuve de manichéisme. Rendons à César ce qui est à César (Burnett a écrit « Little Caesar », au fait).

Un bon western, âpre, noir, sec, qui ne prend pas de pincettes et appelle un chien un chien, qui ne se voile pas la face et qui balance le politiquement correct aux cactus (pas d’orties dans le désert).

— Vous dites « les Indiens ». Mais il ne s’agit pas juste des Indiens. Il s’agit des Apaches. De nombreux Indiens répondent à la gentillesse : les Pueblos, par exemple, ce sont des gens très aimables ; ou même les Navajos, qui ont renoncé à leurs mauvaises coutumes. Mais pas les Apaches. Savez-vous ce que veut dire « Apache » ? C’est un mot zuni qui signifie « ennemi ». Les autres Indiens les ont désignés ainsi ― eux-mêmes se nomment les « N’De ». En réalité, « ennemis » est bien le terme qui convient : ennemis de la race humaine et de tout ce qui est vivant.

Mais il a manqué une petite touche Indienne dans le récit afin de mettre tout le monde à égalité et de donner la possibilité au lecteur d’avoir de l’empathie (ou pas) pour ces féroces guerriers qui ont semé la mort sur leur passage.

Pas de panique, on enfourche de nouveau son canasson et on poursuit son exploration du western en roman avec la collection L’Ouest, Le Vrai parce que ici, c’était pas du cinéma ! On pue le sueur, on sent pire qu’un chacal et on a mal son cul à force de chevaucher. La belle vie, en quelque sorte.

En bien des manières, avant qu’ils ne s’inclinent devant les Blancs, les Apaches ressemblaient beaucoup aux Spartiates. L’anecdote de l’enfant au renard, qui symbolise la rigueur Spartiate, pourrait bien être une légende apache. Soyons reconnaissants qu’il n’y ait jamais eu plus de six mille Apaches. S’ils avaient été deux cent mille, ils auraient chassé tous les Blancs du Sud-Ouest, y compris la cavalerie régulière.

Pour se coucher moins con au soir : Le personnage de Walter Grein s’inspire en partie du célèbre chef des éclaireurs durant les guerres indiennes, Al Sieber.

Dutchy joue son propre rôle. Cet Indien extraordinaire fut le plus grand traqueur de tout le Sud-Ouest, autant parmi les Rouges que les Blancs. “Celui-qui-marche-dans-la-montagne” était surnommé Coyote Jaune par son propre peuple. Les Blancs l’appelaient Dutchy. C’était un génie.

Toriano fait revivre le grand chef de guerre apache Victorio. Les noms de lieux sont fictifs.

Transposé à l’écran (Le Sorcier du Rio Grande) et source d’inspiration du chef-d’oeuvre de Robert Aldrich (Fureur apache), ce dernier combat contre les Apaches s’appuie sur des faits historiques.

En fait la véritable adaptation cinématographique d’Adobe Walls titre V.O du roman), celle qui capture l’opacité, la narration au scalpel, le refus des clichés, s’intitule Ulzana’s Raid (Fureur apache), un des chefs-d’œuvre de Robert Aldrich et le plus grand western des années 1970 (et merdouille, je ne le possède pas).

Un film rendant palpable ce combat entre l’idéalisme et la réalité brute qui est au cœur des romans de Burnett, ce mélange de grâce épurée et de précision impitoyable, cette vision nette, décapante, qui nous fait regarder le monde autrement (putain, je le veux !).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°32, Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.


Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 7 – La Terre promise : Jul & Achdé

Titre : Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 7 – La Terre promise

Scénariste : Jul
Dessinateur : Achdé

Édition : Lucky Comics (04/11/2016)

Résumé :
« Jack la poisse » a un service à demander à son ami Lucky Luke : que celui-ci escorte sa famille de Saint-Louis à Chelm City. La petite troupe quitte la misère de la Pologne pour conquérir sa part du rêve américain.

Bien que le périple doive s’étirer sur 4500 kilomètres, traverser un désert et un territoire indien, le cow-boy justicier accepte sans sourciller.

Jack, dont le véritable patronyme est Jacob Stern, est bien soulagé de ne pas avoir à révéler à ses proches qu’il n’est pas avocat à New York, mais garçon vacher dans le Middle-West.

La mission s’annonce simple et sans encombre. Mais c’est compter sans le fait que Moïshé, Rachel, Hanna et Yankel sont juifs, et que la pratique quotidienne de leur religion est souvent incompatible avec la vie dans l’Ouest sauvage.

Critique :
Je ne pense pas qu’il serait possible, de nos jours, de refaire un film tel que « Rabbi Jacob » et donc, le pari de faire rire avec le judaïsme et l’immigration était un pari osé pour les auteurs.

Rien que pour cela, je saluerai l’idée et la prise de risques, sans compter que les auteurs ont été drôles sans jamais être irrespectueux.

Le judaïsme est décrit dans ses grandes longueurs, dans ce que l’on connait le plus, mais sans jamais être condescendant ou moqueur.

La famille juive des Stern est accompagnée de Lucky Luke comme escorte et c’est tout naturellement qu’ils lui expliquent pourquoi ils ne peuvent pas manger certains aliments ou voyager la nuit de vendredi à samedi.

Si l’humour est présent, c’est hélas par des clins d’oeils à un film connu (Rabbi Jacob) où les auteurs empruntent des répliques célèbres ou alors, des clins d’oeils à d’autre film, comme Star Wars, mais point de calembour maison, comme le faisait le regretté Goscinny, même si Morris ne lui laissait pas trop en faire.

[Lucky Luke] — Quel rêve épouvantable ! Je crois que je ne digère pas la carpe farcie…
[Jolly Jumper] — Méfie-toi du côté obscur de la farce, Luke !

— Comment ? Lucky Luke, vous n’êtes pas juif ?!
— Ben non.
— Lucky Luke n’est pas juif…Ça alors ? Et votre cheval non plus n’est pas juif ?
— Lui non plus, hélas…
— Bon ben, c’est pas grave ! Je vous prend quand même !

Alors oui, on sourit, mais j’aurais préféré des nouveautés, sans pour autant renier les connues, mais bon, on est loin des « Ming Li Foo est voué à la propreté, il vient d’essuyer des coups de feu ! » qui dans le genre, était tout à fait innovant.

Tout comme dans le précédent, « Les Tontons Dalton », cet album n’est qu’un florilège de bons mots connus mais rien de neuf sous le soleil. Dommage.

Je soulignerai juste un calembour d’humour noir fait par Moishé Stern sur les voyages inconfortables que les juifs ont l’habitude de faire… Fallait oser ! Celui sur l’étoile du shérif était plus subtil.

— C’est joli mais euh… tous les juifs d’ici sont-ils obligés de porter une étoile sur leurs vêtements ?
— Ce monsieur est le shérif de la ville, miss Hanna !
— Un juif shérif ?! C’est beau l’Amérique.

Avec des airs d’albums comme « La caravane » (très bon) ou de « La fiancé de Lucky Luke » (très mauvais) nous sommes face à une aventure où, une fois de plus, Lucky Luke doit escorter des gens et les protéger mais sans que l’histoire ne soit trépidante et si l’aventure est plaisante, on attend l’action un peu trop longtemps et elle n’arrive pas vraiment.

Si l’album ne brille pas par sa nouveauté et est très conventionnel, le fait d’avoir placé une famille juive ashkénaze sous la houlette de Lucky Luke est néanmoins neuve et méritait d’être mise en album, j’aurais préféré des nouveaux gags mélangés à des clins d’oeils.

Le juge Roy Bean les accuserait de casus belli, les condamnerait à 50 dollars environ d’amende et les ferait poursuivre par son ours, attachés tous les deux à un arbre, avant de leur faire payer pour qu’ils lui offrent une bière et de les obliger à nous sortir de nouveaux calembours pour l’album suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

 

Désert solitaire – Edward Abbey

Titre : Désert solitaire

Auteur : Edward Abbey
Édition :

Résumé :
Peu de livres ont autant déchainé les passions que celui que vous tenez entre les mains. Publié pour la première fois en 1968, Désert solitaire est en effet de ces rares livres dont on peut affirmer sans exagérer qu’il « changeait les vies » comme l’écrit Doug Peacock.

À la fin des années 1950, Edward Abbey travaille deux saisons comme ranger dans le parc national des Arches, en plein cœur du désert de l’Utah.

Lorsqu’il y retourne, une dizaine d’années plus tard, il constate avec effroi que le progrès est aussi passé par là. Cette aventure forme la base d’un récit envoûtant, véritable chant d’amour à la sauvagerie du monde, mais aussi formidable coup de colère du légendaire auteur du Gang de la Clef à Molette.

Chef d’œuvre irrévérencieux et tumultueux, Désert solitaire est un classique du Nature Writing et sans conteste l’un des plus beaux textes jamais inspirés par le désert américain.

Critique :
Comme le disait si bien Monsieur Preskovik : « Ça est caustique ».

Si vous êtes un adepte de la voiture pour aller chercher votre pain à 200 mètres, ce livre risque de vous faire mal aux jambes car notre homme préconise le retour à la bipédie, autrement dit « lève-toi et marche » comme disait si bien une autre personne.

Ce qui lui donnait des aigreurs d’estomac, à notre Edward Abbey, c’est que l’on construise des routes dans les parcs nationaux afin que les gens puissent arriver jusqu’aux sites principaux en bagnoles.

Pourquoi ? Afin de gagner plus d’argent puisque ces « fainéants » viendraient visiter le parc, tandis qu’avec des chemins de terre fréquentables uniquement à pied ou à cheval, et bien on vise un moins large public.

La plume est acide, caustique, virulente envers cette Amérique qui ne se déplace qu’avec un engin motorisée, qui veut voir des lieux naturels, mais en accédant bien calé dans leur siège de voiture, la clim’ à fond.

N’ouvrez pas ce roman dans le but d’y lire une histoire rythmée par autres choses que les saisons et le temps qui passe, car ici, hormis les quelques aventures d’explorateurs racontées par Abbey, il ne se passe pas grand-chose d’exceptionnel.

Enfin, rien d’exceptionnel, c’est exagéré car on a entre les mains un véritable roman de nature writing, une ode aux déserts, à la nature brute, le tout dans des décors magnifiques que la main de l’Homme va, une fois de plus, bouleverser avec son « bétonnez-moi tout ça ».

La vallée est belle… et pourtant, on va submerger tout ça avec un lac artificiel, à un autre endroit, on va faire des routes pour que les gros 4×4 des familles en visite puissent passer et aller partout, afin que ces gens puissent visiter la Nature sans descendre de leurs fauteuils confortables.

Abbey sait de quoi il parle et dans son roman, il nous raconte tout simplement son quotidien au sein de l’Arch National Monument, lui qui y fut ranger durant six mois, dans les années 50. Un boulot solitaire, mais pas toujours, car il faut se méfier des prédateurs dangereux que sont l’Homo Erectus !

Mélangeant le nature writing à la philosophie de vie, de pensées, ajoutant une critique amère des religions, ou plutôt de la manière dont les gens la vivent, critique caustique, amère et cynique de la société américaine, ce roman nous transporte dans un autre lieu, un autre monde, un monde que l’on aimerait visiter autrement qu’assis dans son divan… À pieds, par exemple, comme les vrais.

Ce roman, c’est plus qu’une ode à la Nature sauvage, c’est aussi un plaidoyer pour elle, un cri de colère contre l’Homme qui détruit tout, qui ne respecte rien, c’est une déclaration d’amour à la solitude, c’est des escapades dans des lieux magiques où l’Homme n’est pas passé souvent et ne l’a donc pas détruit ou altéré.

Un récit qui se déroule tout en langueur, un récit que l’on lit dans le calme, la sérénité, avant d’avoir envie d’exploser devant la connerie humaine et sa propension au bétonnage et aux ordures laissées derrière lui.

Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.