Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 7 – La Terre promise : Jul & Achdé

Titre : Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 7 – La Terre promise

Scénariste : Jul
Dessinateur : Achdé

Édition : Lucky Comics (04/11/2016)

Résumé :
« Jack la poisse » a un service à demander à son ami Lucky Luke : que celui-ci escorte sa famille de Saint-Louis à Chelm City. La petite troupe quitte la misère de la Pologne pour conquérir sa part du rêve américain.

Bien que le périple doive s’étirer sur 4500 kilomètres, traverser un désert et un territoire indien, le cow-boy justicier accepte sans sourciller.

Jack, dont le véritable patronyme est Jacob Stern, est bien soulagé de ne pas avoir à révéler à ses proches qu’il n’est pas avocat à New York, mais garçon vacher dans le Middle-West.

La mission s’annonce simple et sans encombre. Mais c’est compter sans le fait que Moïshé, Rachel, Hanna et Yankel sont juifs, et que la pratique quotidienne de leur religion est souvent incompatible avec la vie dans l’Ouest sauvage.

Critique :
Je ne pense pas qu’il serait possible, de nos jours, de refaire un film tel que « Rabbi Jacob » et donc, le pari de faire rire avec le judaïsme et l’immigration était un pari osé pour les auteurs.

Rien que pour cela, je saluerai l’idée et la prise de risques, sans compter que les auteurs ont été drôles sans jamais être irrespectueux.

Le judaïsme est décrit dans ses grandes longueurs, dans ce que l’on connait le plus, mais sans jamais être condescendant ou moqueur.

La famille juive des Stern est accompagnée de Lucky Luke comme escorte et c’est tout naturellement qu’ils lui expliquent pourquoi ils ne peuvent pas manger certains aliments ou voyager la nuit de vendredi à samedi.

Si l’humour est présent, c’est hélas par des clins d’oeils à un film connu (Rabbi Jacob) où les auteurs empruntent des répliques célèbres ou alors, des clins d’oeils à d’autre film, comme Star Wars, mais point de calembour maison, comme le faisait le regretté Goscinny, même si Morris ne lui laissait pas trop en faire.

[Lucky Luke] — Quel rêve épouvantable ! Je crois que je ne digère pas la carpe farcie…
[Jolly Jumper] — Méfie-toi du côté obscur de la farce, Luke !

— Comment ? Lucky Luke, vous n’êtes pas juif ?!
— Ben non.
— Lucky Luke n’est pas juif…Ça alors ? Et votre cheval non plus n’est pas juif ?
— Lui non plus, hélas…
— Bon ben, c’est pas grave ! Je vous prend quand même !

Alors oui, on sourit, mais j’aurais préféré des nouveautés, sans pour autant renier les connues, mais bon, on est loin des « Ming Li Foo est voué à la propreté, il vient d’essuyer des coups de feu ! » qui dans le genre, était tout à fait innovant.

Tout comme dans le précédent, « Les Tontons Dalton », cet album n’est qu’un florilège de bons mots connus mais rien de neuf sous le soleil. Dommage.

Je soulignerai juste un calembour d’humour noir fait par Moishé Stern sur les voyages inconfortables que les juifs ont l’habitude de faire… Fallait oser ! Celui sur l’étoile du shérif était plus subtil.

— C’est joli mais euh… tous les juifs d’ici sont-ils obligés de porter une étoile sur leurs vêtements ?
— Ce monsieur est le shérif de la ville, miss Hanna !
— Un juif shérif ?! C’est beau l’Amérique.

Avec des airs d’albums comme « La caravane » (très bon) ou de « La fiancé de Lucky Luke » (très mauvais) nous sommes face à une aventure où, une fois de plus, Lucky Luke doit escorter des gens et les protéger mais sans que l’histoire ne soit trépidante et si l’aventure est plaisante, on attend l’action un peu trop longtemps et elle n’arrive pas vraiment.

Si l’album ne brille pas par sa nouveauté et est très conventionnel, le fait d’avoir placé une famille juive ashkénaze sous la houlette de Lucky Luke est néanmoins neuve et méritait d’être mise en album, j’aurais préféré des nouveaux gags mélangés à des clins d’oeils.

Le juge Roy Bean les accuserait de casus belli, les condamnerait à 50 dollars environ d’amende et les ferait poursuivre par son ours, attachés tous les deux à un arbre, avant de leur faire payer pour qu’ils lui offrent une bière et de les obliger à nous sortir de nouveaux calembours pour l’album suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

 

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Désert solitaire – Edward Abbey

Titre : Désert solitaire

Auteur : Edward Abbey
Édition :

Résumé :
Peu de livres ont autant déchainé les passions que celui que vous tenez entre les mains. Publié pour la première fois en 1968, Désert solitaire est en effet de ces rares livres dont on peut affirmer sans exagérer qu’il « changeait les vies » comme l’écrit Doug Peacock.

À la fin des années 1950, Edward Abbey travaille deux saisons comme ranger dans le parc national des Arches, en plein cœur du désert de l’Utah.

Lorsqu’il y retourne, une dizaine d’années plus tard, il constate avec effroi que le progrès est aussi passé par là. Cette aventure forme la base d’un récit envoûtant, véritable chant d’amour à la sauvagerie du monde, mais aussi formidable coup de colère du légendaire auteur du Gang de la Clef à Molette.

Chef d’œuvre irrévérencieux et tumultueux, Désert solitaire est un classique du Nature Writing et sans conteste l’un des plus beaux textes jamais inspirés par le désert américain.

Critique :
Comme le disait si bien Monsieur Preskovik : « Ça est caustique ».

Si vous êtes un adepte de la voiture pour aller chercher votre pain à 200 mètres, ce livre risque de vous faire mal aux jambes car notre homme préconise le retour à la bipédie, autrement dit « lève-toi et marche » comme disait si bien une autre personne.

Ce qui lui donnait des aigreurs d’estomac, à notre Edward Abbey, c’est que l’on construise des routes dans les parcs nationaux afin que les gens puissent arriver jusqu’aux sites principaux en bagnoles.

Pourquoi ? Afin de gagner plus d’argent puisque ces « fainéants » viendraient visiter le parc, tandis qu’avec des chemins de terre fréquentables uniquement à pied ou à cheval, et bien on vise un moins large public.

La plume est acide, caustique, virulente envers cette Amérique qui ne se déplace qu’avec un engin motorisée, qui veut voir des lieux naturels, mais en accédant bien calé dans leur siège de voiture, la clim’ à fond.

N’ouvrez pas ce roman dans le but d’y lire une histoire rythmée par autres choses que les saisons et le temps qui passe, car ici, hormis les quelques aventures d’explorateurs racontées par Abbey, il ne se passe pas grand-chose d’exceptionnel.

Enfin, rien d’exceptionnel, c’est exagéré car on a entre les mains un véritable roman de nature writing, une ode aux déserts, à la nature brute, le tout dans des décors magnifiques que la main de l’Homme va, une fois de plus, bouleverser avec son « bétonnez-moi tout ça ».

La vallée est belle… et pourtant, on va submerger tout ça avec un lac artificiel, à un autre endroit, on va faire des routes pour que les gros 4×4 des familles en visite puissent passer et aller partout, afin que ces gens puissent visiter la Nature sans descendre de leurs fauteuils confortables.

Abbey sait de quoi il parle et dans son roman, il nous raconte tout simplement son quotidien au sein de l’Arch National Monument, lui qui y fut ranger durant six mois, dans les années 50. Un boulot solitaire, mais pas toujours, car il faut se méfier des prédateurs dangereux que sont l’Homo Erectus !

Mélangeant le nature writing à la philosophie de vie, de pensées, ajoutant une critique amère des religions, ou plutôt de la manière dont les gens la vivent, critique caustique, amère et cynique de la société américaine, ce roman nous transporte dans un autre lieu, un autre monde, un monde que l’on aimerait visiter autrement qu’assis dans son divan… À pieds, par exemple, comme les vrais.

Ce roman, c’est plus qu’une ode à la Nature sauvage, c’est aussi un plaidoyer pour elle, un cri de colère contre l’Homme qui détruit tout, qui ne respecte rien, c’est une déclaration d’amour à la solitude, c’est des escapades dans des lieux magiques où l’Homme n’est pas passé souvent et ne l’a donc pas détruit ou altéré.

Un récit qui se déroule tout en langueur, un récit que l’on lit dans le calme, la sérénité, avant d’avoir envie d’exploser devant la connerie humaine et sa propension au bétonnage et aux ordures laissées derrière lui.

Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Le Bon Frère : Chris Offutt

Titre : Le Bon Frère

Auteur : Chris Offutt
Édition : Gallmeister (02/05/2016)

Résumé :
Virgil Caudill a toujours respecté la loi, laissant la rébellion et la violence à son frère Boyd.

Mais Boyd est mort et tout le monde – y compris le shérif et la propre mère de Virgil – s’attend à ce que Virgil, se pliant ainsi au vieux code des collines du Kentucky, venge la mort de son frère.

Virgil ne peut briser ce code, mais, s’il accepte de tuer, il est bien déterminé à stopper la spirale de la vengeance.

Il abandonne ses collines et ses modestes espérances, change d’identité et, comme d’innombrables fugitifs l’ont fait avant lui, il met le cap sur l’Ouest.

Critique :
L’avantage de vivre dans des communautés où tout le monde se connaît, c’est que lorsque vous donnez votre nom à quelqu’un, il peut vous parler de votre arrière-grand-père, des frasques de votre papy, et ainsi de suite…

Inconvénient ? C’est quand les gens n’ont rien de mieux à faire que de s’occuper de vos affaires et de vous dire ce que vous devez faire !

Comme ce fut le cas lors de la mort violente de Boyd, le frère aîné de Virgil : tout le monde sait qui a fait le coup, et tout le monde s’attend à ce que Virgil aille descendre le mec qui a fait ça.

Tout le monde le pousse à le faire, en plus ! De sa mère, en passant par sa sœur, ses collègues, les gens dans la rue, et pire, même le shérif !

Ces gens-là avaient-ils l’idée de ce que cela peut occasionner comme traumatismes de tuer un autre homme ? Ou simplement de savoir que tout le monde attend ça de vous et que personne n’arrive à comprendre que vous n’avez pas envie ?

Personne ne sait que lorsqu’on se venge de quelqu’un, il faut creuser deux tombes ? Une pour lui, une pour vous… La mère avait-elle seulement pensé que si Virgil tuait l’assassin de son frère, elle perdrait son second fils ?

Non, personne n’y avait songé, sans doute… Dans cette partie du Kentucky, dans cette ville paume qu’est Blizzard, les gens pauvres vivent chichement dans les collines, dans des cabanes de rondins ou dans des mobil-home, tout le monde se parle, tout le monde sait tout sur tout le monde et tout le monde s’occupe des affaires des autres.

Sa décision de quitter l’école et de rester aux poubelles avait plongé tout le monde dans la perplexité. Ce qu’appréciait justement Virgil était le fait qu’aucun éboueur ne pouvait prétendre être plus que ce qu’il n’était. Les études, c’était comme une foreuse à piquets, un bel outil, très cher, mais inutile si l’on n’avait pas besoin de planter des piquets.

Voilà un roman qui mêle habillement le roman noir avec tous ces personnages qui vivent dans un contexte social pas facile, le roman politique, parce que nous allons ensuite croiser la route de gens qui pensent que le Gouvernement les espionne, et le nature writing, car dans toute cette misère sociale, dans les fumées des cigarettes et des joints, dans les vapeurs de l’alcool de contrebande, il y a aussi la force de la Nature et le fait de vivre en harmonie avec elle.

Oui, ce roman c’est l’Amérique grandeur nature, avec ses magnifiques paysages et ces gens un peu bas de plafond, des Blancs suprémacistes qui pensent que les autres se sont des macaques (dit texto dans le roman), que le Gouvernement les piste, qui refusent de payer leurs impôts mais n’ont aucun scrupules à utiliser les routes payées par les impôts des autres.

Si j’ai aimé Virgil, sa couardise, ses réflexions, ses peurs, ses questionnements, si j’ai suivi sa vie durant un bon moment, il est des personnages dans le roman avec lesquels j’aurais aimé avoir une conversation et leur expliquer un peu l’Histoire, mais pas sûr qu’ils auraient voulu la comprendre.

— Il y a longtemps que nous sommes ici, à nous battre pour cette terre. Maintenant que nous l’avons domestiquée, le gouvernement réintroduit les ours et les loups. Mon arrière-grand-père a été tué par un grizzly et aujourd’hui, je suis censé les laisser se balader en liberté sur mes terres.
— Je comprends que ça puisse être dur à accepter.
— Si un loup tue un veau, on le laisse en liberté. Si un fermier abat un loup, il va en prison.

Pour certains points, ils n’avaient sans doute pas tort, je sais qu’il existe plus d’argent « numérique » que physique et qui si tout le monde demandait le remboursement de leur $, ce serait impossible, l’argent ne reposant plus sur la valeur or depuis longtemps.

Un roman noir politico-nature-writing sur fond de vengeance non voulue qui prend son temps, qui s’installe à son aise, qui vous pose dans l’environnement et dans la vie de Virgil, qui, comme la nature, va piano, sans rythme fou, avec juste un moment un peu plus chiant, quand Virgil est blessé, sinon, tout le reste (400 pages) se savoure et se digère avec délectation et lenteur.

C’est l’histoire d’un mec qui n’était pas comme son frère, mais qui a sur les épaules l’horrible tâche de le venger, parce que ici, c’est ainsi qu’on fait, et personne ne se soucie de savoir qu’il a collé une tempête dans le crâne de ce pauvre Virgil qui voulait juste vivre en paix.

Virgil se leva et sortit, laissant derrière lui un silence tendu. Le ciel était gris entre les collines. Il se demanda quel genre d’individu sa famille croyait qu’il était. Peut-être ne l’avait-elle jamais bien compris. Il réalisa, avec un nœud terrible dans la poitrine, qu’ils voulaient qu’il ressemble à [son frère décédé] Boyd.

Il se demanda pourquoi les gens se regroupaient en communauté uniquement pour se battre, plutôt que pour se protéger.

Le portrait d’une Amérique profonde, ou les clivages sont importants, que ce soit par race ou par niveau social, où l’appartenance à un clan ou une famille est importante, où tout le monde peut virer paranoïa, le tout porté par une écriture qui oscille entre la poésie brutale ou le brut poétique.

États-Unis, ton univers impitoyable !

La prison est une industrie en pleine croissance aujourd’hui. Nous avons plus de prisons que tous les autres pays réunis. Nous sommes le pays le plus libre de l’histoire et c’est nous qui bouclons le plus de monde derrière les barreaux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Courir au clair de lune avec un chien volé : Callan Wink

Titre : Courir au clair de lune avec un chien volé

Auteur : Callan Wink
Édition : Albin Michel (20/09/2017)

Résumé :
Toutes les nouvelles réunies dans ce recueil se passent dans le Montana ou le Wyoming.

Plus qu’un décor, l’Ouest américain, la Nature et les grands espaces prennent vie dans ces récits, et les hommes que Callan Wink met en scène dans son univers si riche et singulier sont seuls de bien des façons ; pourtant, ça ne les empêche pas d’être drôles, courageux ou insoumis.

On rencontre ainsi un ouvrier du bâtiment poursuivi par deux types un peu louches qu’on appelle Charlie Chaplin et Montana Bob, à qui il a volé leur chien ; un homme marié qui entretient une liaison avec une Indienne alors que sa femme se bat contre un cancer du sein ; ou encore un jeune homme amoureux d’une femme bien plus âgée que lui.

Critique :
Montana ou Wyoming ? Moi je demande ça parce que dans ce recueil de nouvelles, vous aurez le choix entre ces deux états. Lequel préférez-vous ?

La première nouvelle aurait pu s’intituler « Courir au clair de lune, pieds nus, la quéquette à l’air avec un chien volé »… Mais ça aurait fait un peu long, non ?

Un recueil de nouvelles qui fleurent bon l’Amérique, la profonde, mais pas que…

Dans ces pages qui se dégustent comme un bonbon, nous ne sombrerons pas dans le roman noir, mais plus dans des petites histoires des gens, des histoires qui auraient pu nous arriver.

L’art de la nouvelle est un art difficile, soit on en dit trop, soit pas assez, mais ici, nous nous trouvons face à des histoires qui se suffisent à elles-mêmes.

Tout y est savamment dosé : le scénario, les personnages, les dialogues et lorsque l’on arrive à la fin de l’histoire, même si elle aurait pu continuer, son final ne nous laisse pas trop dans l’expectative ou le cul-de-sac.

Pourtant, durant toute ma lecture j’ai attendu vainement l’étincelle pour mettre vraiment le feu aux poudres de mon plaisir livresque, j’ai espéré le café sombre, fort, épais comme du jus de chique… Et j’ai eu beau ne pas changer de main, jamais ça n’est venu.

Des chouettes petites histoires, certes, plaisantes à lire, sans aucun doute, avec des personnages intéressants et des situations que l’on ne croise pas à tous les coins de romans, mais niveau peps, ça manquait de jus, de bulles, de rhum, de café fort.

Un roman que j’ai apprécié lire mais qui ne m’a pas transporté là où je voulais aller…

Dommage que le roman de la collection « Terre d’Amérique » ne m’ait pas offert ma came attendue, mais je remercie tout de même le dealer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Des clairons dans l’après-midi : Ernest Haycox

Clairons dans l'après-midi, des - Haycox

Titre : Des clairons dans l’après-midi

Auteur : Ernest Haycox
Édition : Actes Sud (2013) – Collection « L’Ouest, le vrai » dirigée par Bertrand Tavernier

Résumé :
Dans un coin perdu du Dakota, la jeune Josephine Russel fait la connaissance de l’énigmatique Kern Shafter, aux allures de gentleman, que ronge un lourd secret et un désir de vengeance. Shafter rejoint comme simple soldat le Septième de cavalerie que commande le général Custer.

Histoire d’amour et de vengeance sur fond de la plus célèbre bataille des guerres Indiennes, Little Big Horn, que Haycox retrace avec une extraordinaire lucidité. Un magnifique roman épique et intime, lyrique et précis.

la-bataille-de-little-big-hornCritique :
— Holà, Tavernier, à boire ! Servez-moi quelque chose de bon, de fort, de puissant, de goûtu. Pas une infâme piquette !

— Alors, madame, je vous conseille de boire à cette bouteille, de poser vos lèvres sur ces clairons de l’après-midi, vous m’en direz des nouvelles. Et puis, je suis Bertrand Tavernier, le directeur de la collection, pas le serveur.

— Excellent ce breuvage, Tavernier… On sent qu’il a pris son temps de murir en fût de chêne et que l’auteur a bien fait son travail, qu’il a su faire décanter son récit et lui additionner tout ce qui fait un grand cru.

— Vous m’avez demandé de vous servir de la qualité, madame, ce que j’ai fait en vous proposant ce grand-cru Western de chez Ernest Haycox, un maître en la matière. Ceci n’est pas un Western de gare. Vous sentez sa longueur en bouche ? Un roman que vous n’oublierez pas de sitôt, croyez-moi !

— En effet ! Il a une odeur de grandes plaines sauvages, un soupçon de Black Hills, de la Frontière, si proche, une odeur de poudre à fusil, de cheval, de sueur, de cuir des selles, de poker, des bagarres dans le saloon, du sang, de la trahison… Oh, des indiens qui galopent dans la bouteille !

— Bien sûr qu’il y a des indiens, sinon, ça manquerait de corps et vous avez sans doute souffert avec tout les corps, sur la fin… Vous remarquerez que les personnages principaux, qui composent de divin nectar, ont été travaillés, taillés avec amour, blessés, aussi, mais cela forge le caractère.

— Oh, j’ai ressenti un gros faible pour le mystérieux Ken Shafter : ses fêlures, ses zones d’ombre, la violence intérieure qu’il trimballe, son passé dont qu’on ne nous dévoilera qu’à petites doses, ses allures de gentleman, ses envies de vengeance.

J’ajouterai aussi que la jeune Josephine Russell est réussie, elle aussi, et à l’opposée des femmes que l’on a tendance à croiser dans des Westerns de mauvaises factures. Joséphine, c’est une jeune femme complexe,  libre et elle n’a rien d’une femme soumise. De plus, ses jugements sur Shafter sont pertinents.

“Vous avez été blessé une fois et vous avez cessé de grandir. Vous avez passé les dernières années de votre vie à rapetisser […]. Vous avez brillamment réussi à vous transformer en homme insignifiant”

— Les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus !

— Que nenni, monsieur Tavernier ! Même les personnages les plus secondaires, que nous ne croiserons qu’une seule fois, sont brillamment mis en place et ils nous dévoilent un véritable pan de la vie à cette époque (les deux tenancières des hôtels en sont des exemples vivants), non loin de cette fameuse Frontière qui recule pendant que les autres avancent.

— Les habitants de la frontière veulent aller vers l’ouest. Ils voient que les Indiens leur barrent le chemin. Alors, ils vont tuer quelques Indiens et les Indiens vont les tuer. Cela provoquera un incident. Les gens d’ici se plaindront au Congrès et le Congrès fera pression sur le ministère de la Guerre. Et c’est nous que l’on enverra.

Même son Méchant de l’histoire est soigné et l’auteur nous brossera un portrait qui n’est ni tout blanc, ni tout noir, mais tout en nuance de gris, comme il le fait pour le général Custer, dont les différents protagonistes nous dresserons un portrait à charge ou à décharge, sans lui trouver des excuses ou tout mettre sur son dos.

Tour à tour indulgent et débordant d’intolérance furieuse, il [Custer] n’avait aucun semblant d’équilibre, et il était tellement aveugle face à son propre caractère qu’il enfreignait inutilement le règlement de l’armée au nom de la vertu absolue, alors qu’il condamnait et punissait instantanément un subordonné à la moindre infraction. Il était toutes ces choses : un ensemble primitif d’émotions, de désirs et de rêves jamais apaisés, jamais maîtrisés, ni raffinés par la maturité, car il n’avait jamais grandi.

Mon dieu, Tavernier, et cette plume ! Elle m’a emportée dans la vie courante de la garnison d’un fort, j’ai vécu avec ses soldats, suivi leurs rituels, eu faim et froid avec eux, ressenti l’épuisement des longues chevauchées et puis, ce climat du Dakota, qu’elle merveilleuse manière qu’a Haycox de le présenter.

[la tempête] brisa les lignes télégraphiques qui partaient vers l’est et arrêta les trains en provenance de Saint Paul. Elle surgit des grands espaces vides au nord, semblable à de grandes vagues indomptables, de plus en plus hautes, de plus en plus violentes, et cette fureur qui tonnait contre les murs de Fargo finit par emporter toutes les choses fragiles, en secouant chaque construction jusque dans ses fondations. Les habitants de la ville se comptaient et dressaient la liste de ceux qui s’étaient laissé surprendre, loin de chez eux, en sachant que la mort rôdait au-dehors.Une corde avait été tendue de l’hôtel au restaurant et du restaurant au saloon, et les gens se déplaçaient en suivant ce chemin borné, à l’aveuglette.

Ce temps qui change constamment, qui passe de la chaleur la plus accablante au vent le plus glacial, sans prévenir. La plume de Haycox nous le démontre bien par des petits épisodes de la vie quotidienne. Niveau décors, il n’est pas en reste non plus. On les voit, on les vit.

En fait, dans ce Western haut de gamme, on peut dire que toute l’action est sur la fin du récit, mais le talent de l’auteur fait que, ce qu’un cinéaste considérerait comme des moments “inutiles” sont absolument essentiels dans le récit et l’auteur ne s’en prive pas, pour notre plus grand plaisir.

Un roman Western fort, bien construit, bien raconté, des personnages travaillés, réalistes, ou le plus insignifiant a son rôle, où aucun n’obéit aux règles immuables du genre et qui nous conte une bataille dont on a entendu beaucoup parler mais dont on ne sait pas grand-chose, au final, et dont il est facile, avec le recul, de juger.

Le régiment avait affronté les Sioux au summum de leur puissance, la plus grande concentration de forces jamais vue dans les plaines. Invaincu et libre, ce pouvoir sioux repartait sans se presser maintenant, tandis que Terry et ses troupes dévastées étaient incapables de le suivre.

Sa description de la bataille de Little Big Horn est des plus réaliste, on s’y croirait, même si nous n’aurons qu’un seul point de vue, celui du groupe de Shafter et pas celui de Custer ou des Sioux.

De plus, si quelqu’un a un jour pensé – ou lu – que la bataille de Little Big Horn avait été un combat rapide, engagé et perdu en fort peu de temps, et bien, il avait tout faux : la bataille a au moins duré un jour et demi (et c’est long quand tu crèves de soif ou de douleur !!).

L’auteur nous décrit aussi, au plus juste, la panique des soldats, dont certains n’avaient jamais été au feu, ainsi que l’indécision dont font preuve certains officiers ou soldats, mais aussi le courage dont certains firent preuve !

— Et bien, si quelqu’un avait encore un doute sur le fait que la Belette a aimé ce western, ses personnages, son histoire, ses combats violents à la fin…
— Hé, au fait, M’sieur Tavernier, tu aurais pu appeler ce roman « Kern le survivant » !
— Tu as regardé trop le Club Dorothée, toi.
— Oui, sans doute…
— Je te ressers un verre de la cuvée « L’Ouest, le Vrai » ?
— Sans hésiter, Bertrand, mais pas tout de suite si tu le permets, laisse un peu celui-ci reposer, c’était du costaud, on n’en boit pas tous les jours au petit déjeuner !
— En effet… Bien que j’ai connu une polonaise qui en buvait au petit-déjeuner !
— Toi, tu as trop regardé les Tontons, toi !

Pour citer une conclusion de Bertrand Tavernier qui résume ce que je voudrais vous dire mais que je n’y arrive pas tant les mots se bousculent dans ma tête : « Portrait magnifique, à la fois mesuré et impitoyable, généreux et lucide. […] Haycox nous restitue une réalité complexe, âpre, déroutante, avec une vérité plus grande que certains historiens qui reconstruisent la réalité de manière abstraite. »

Je dirai plus sobrement « Putain, quel grand roman western qui rend ses lettres de noblesse au genre trop souvent décrié et méprisé ! ».

PS : Mes excuses les plus plates à monsieur Bertrand Tavernier, directeur de cette belle collection « L’Ouest, le vrai » auquel je prête des dialogues imaginaires avec moi pour cette chronique.

— J’y ai réfléchi, murmura Shafter. Le général Terry a divisé ses forces en deux sections, afin d’approcher les Sioux en tenailles. C’était une erreur. Puis Custer a séparé son régiment en trois. Autre erreur. Il devait attendre l’arrivée de Gibbon. Il devait envoyer un éclaireur pour savoir où était Gibbon. Mais il n’a pas envoyé d’éclaireur. Et il n’a pas attendu. Deux autres erreurs. Nous comptions sur Crook, mais Crook n’est jamais venu. Additionnez tous ces éléments.
— Si Terry n’avait pas divisé ses troupes, si Custer avait attendu…

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

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Sécessions : Olivier Sebban

Sécessions - Sebban

Titre : Sécessions

Auteur : Olivier Sebban
Édition : Payot et Rivages (2016)

Résumé :
Savannah (Géorgie), un soir d’été 1840. Elijah fuit après avoir assassiné son frère David. Amos, son père, se jette alors à sa poursuite à travers la nature sauvage du Vieux Sud des États-Unis, comprenant qu’il n’est pas étranger à la rivalité tragique entre ses deux enfants.

On apprendra bientôt que de la liaison adultère qu’Elijah a eue avec la femme de son frère, un fils, Isaac, est né. Il sera élevé par ses grands-parents dans le culte de celui qu’il pense être son père, avant de s’engager au début de la guerre de Sécession du côté des Confédérés.

Mû par un désir de vengeance, il partira sur les traces de l’homme qu’il prend pour son oncle.

Dans cette fresque romanesque couvrant trente ans d’une période décisive de l’histoire des États-Unis, qui nous mène des plaines du Vieux Sud au Chicago et au New York modernes, dont on assiste à la naissance, l’auteur retrace dans une prose vivante et imagée le destin singulier d’une famille juive américaine.

secession12Critique :
Direction le vieux Sud profond de 1840, quand l’Amérique était encore toute jeune après sa guerre d’Indépendance (1775-1783) et où les esclaves avaient juste le droit de ne pas en avoir (de droits).

Savannah, ville de Géorgie où la famille Delmar vient de vivre un drame à la Caïn et Abel puisque Elijah, l’aîné, vient d’assassiner son cadet, David, après avoir fait un enfant à la femme de son frère.

Un fratricide doublé d’un adultère, si ce ne sont pas les ingrédients d’un bon drame familial, je ne m’y connais plus. Sans oublier que l’auteur en rajoute une couche avec les grands-parents qui retirent le jeune enfant à la mère adultérine…

La sécession est double, dans ce roman : celle qu’un père mit en place entre ses deux fils en les élevant dans la rivalité et celle qui déchira les États-Unis entre 1861 et 1865.

Les conséquences seront catastrophiques des deux côtés puisque cela se soldera par du sang coulant en abondance (mais plus dans le cadre de la guerre que du fratricide).

Roman choral passant en revue presque 30 ans de l’Histoire agitée des États-Unis en pleine construction ou en pleine guerre fratricide, qui, dans sa narration, se permettra même des sauts dans le temps, vous faisant passer de 1862 avec Isaac en pleine guerre de Sécession à Elijah, en 1842, qui arrive du côté de Manhattan.

Cela peut-être déconcertant si on n’est pas attentif aux dates signalées en début de chapitre.

Ce que j’ai apprécié dans ce roman, c’est le réalisme saisissant des champs de bataille et des conséquences des razzias menées par des groupes de soldats indépendants, mais j’ai trouvé la narration assez froide et assez empesée même.

J’aurais aimé en savoir plus sur l’enfance des deux frères et ce que leur père, Amos, avait pu bien pu poser comme comportement pour faire naître cette rivalité, j’aurais aimé un Elijah moins « distant » car cela le rend difficile à apprécier et ma foi, plus de dialogues auraient rendu le récit plus facile à ingurgiter.

Ils sont peu nombreux et une grosse partie des dialogues sont présentés de la sorte « Je lui demandais bla-bla-bla et il me répondit que bla-bla-bla » et cela alourdit le récit déjà ponctué d’assez bien de mots qu’on utilise peu dans son vocabulaire courant.

De plus, j’ai sursauté sur deux coquilles énormes. L’auteur parle du cheval d’Elijah, un de race morgan (une race chevaline de selle originaire des États-Unis et qui a la particularité d’être issue d’un seul étalon) et qu’est-ce que je lis ? « Il scellait le morgan » au lieu de « Il sellait le morgan » parce que je pense qu’il n’allait pas le marquer d’un sceau.

Autre horreur pour les yeux, « […] et tira sur les reines de son cheval » parce que c’est bien connu, on dirige son cheval avec la femme du roi… Pourtant, quelques lignes plus loin, c’était bien orthographié « rênes ».

Et puis, cerise sur le gâteau, lorsque le fils retrouve son véritable père, rien, pas plus que « Il demanda à son fils de le suivre dans son bureau ». Cela fait 25 ans qu’Elijah a disparu en tant que fugitif, ils ne se sont jamais vu et on a droit à rien de plus ?? Dommage.

Un drame familial horrible, une belle fresque américaine qui couvre plus de 25 ans d’Histoire trouble, tourmentée, on voyage énormément puisque l’on passera des plaines du Vieux Sud aux villes de New-York et de Chicago, en passant par les champs de bataille de la guerre de Sécession. Hélas, j’ai trouvé le style un peu trop chargé, trop lourd à lire et à un moment donné, j’ai même décroché un peu.

Certes, on pourra me rétorquer que le style empesé va comme un gant à la solennité que l’auteur donne à l’intrigue, mais cela ne rend pas la lecture facile.

Un roman exigeant, une ambiance lourde qui sent le drame, la poudre des fusils, l’odeur métallique du sang, des cadavres en décomposition et qui plaira sans nul doute aux amateurs de littérature un peu pointue.

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US » chez Noctembule, Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et Challenge « Coupe d’Europe des Livres » chez Plume de cajou.

coupe europe livres 2016 bis

Sept Pistoleros : Chauvel, Ayala & Sarchione

Sept Pistoleros

Titre : Sept Pistoleros

Scénariste : David Chauvel & Bastien Ayala
Dessinateur : Antonio Sarchione
Édition : Delcourt (2012)

Résumé :
Texas, 1899. Sept tireurs d’élites, véritables légendes vivantes, coulent une retraite paisible près de la frontière du Mexique.

Hélas pour eux, depuis la côte Est, les plus grands capitaines d’industrie du pays décident de mettre leur tête à prix.

Leur stratégie : opposer aux sept pistoleros tout ce que la région compte de bandits et desperados, afin qu’ils se massacrent entre eux. 

7 Pistoleros extrait 4Critique : 
Voilà une bédé qui rend hommage aux grands noms et aux films western par le biais de sept pistoleros qui ressemblent un peu, de par leur légende, aux 7 mercenaires.

Nous sommes au tournant du changement de siècle, le monde des cow-boys et des légendes vivantes du tir recule pendant que la civilisation avance. Et si quand toi tu avances, moi je recule, comment veux-tu… comment veux-tu… que tu capitules !

Comme dans « Le tireur » de Glendon Swarthout, ces légendes du six-coups ont vu leur terrain de jeu s’amenuiser à petit feu. On dirait même qu’ils ont tous disparus…

Tous ? Non, un petit groupe résiste encore et toujours… non pas à l’envahisseur, mais à l’avancée du progrès puisqu’ils vivent retranchés et retirés du monde dans une messa, en bordure d’une réserve indienne.

Hors, je ne vous apprendrai rien, mais quand des riches industriels se regroupent pour éradiquer un problème, ça éradique sa race ! Et là, Wilton, le petit journaliste auquel ils ont fait appel a un plan diabolique.

Oui, cette bédé est un hommage aux westerns spaghetti, avec une touche de parmesan et beaucoup de sauce bolo.

Dans les pistoleros, il y en a un qui a le regard terrible du truand Lee Van Cleef, j’ai aperçu le pancho du Blondin, puis un dessin qui avait tout de la scène d’ouverture dans « Once Upon A Time In The West » (celle du quai de gare) et le révolutionnaire européen à tout de James Coburn, celui de « A Fistful of Dynamite ».

Tiens, on a même un chef de guerre mexicain qui nous parle à la Raoul Volfoni avec une réplique des « Tontons flingueurs » mis à la sauce fajita.

— Mais je vais leur montrer qui c’est, le Diable Rouge !! Aux quatre coins du Texas qu’on va les retrouver !! Éclatés en petits morceaux façon tortilla !! Moi, quand on m’en fait trop, je ne me contente plus de tuer, je massacre, j’étripe… À la mexicaine !!

Les dessins sont précis, réalistes, et j’ai apprécié la couleur sépia lors des flash-back nous présentant les 7 pistoleros ainsi que le retour vers le futur, avec le jeune Wilton, vieux, sur son lit de mort.

C’est violent – la fin ayant justifié les moyens – mais c’est jubilatoire parce c’est du bon western que les auteurs nous ont présenté là.

Lorsqu’on referme l’album, on a les tripes serrées parce que même si ces 7 pistoleros n’étaient pas des enfants de cœur, ils étaient tous retirés du circuit et vivaient paisiblement.

Mais rien ni personne ne doit arrêter le progrès et les industriels… Même pas des vies humaines.

Nous sommes si peu de choses…

Étoile 4

Challenge « Victorien » chez Camille, Le « Challenge US » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (64 pages – 680 pages déjà lues pour le Challenge).

CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

Arizona Tom : Norman Ginzberg

Titre : Arizona Tom                                                                       big_3

Auteur : Norman Ginzberg
Édition : Livre de Poche (2015)

Résumé :
À la fin de sa vie, Ocean Miller revient sur son itinéraire improbable de shérif : il raconte d’abord comment, lui, Juif d’Europe centrale, né sur un paquebot qui ralliait l’Amérique, a atterri dans une bourgade perdue d’Arizona.

Puis il se souvient de l’affaire la plus marquante de sa carrière, celle de Tom, sourd-muet de douze ans à peine, qui a débarqué à Brewsterville en traînant un cadavre dépecé sur ses talons.

Pour le maire et ses acolytes, le garçon est assurément coupable du meurtre.

Mais pour Miller, sur le déclin et porté sur le bourbon, l’innocence de ce petit bonhomme ne fait aucun doute. Pour sauver Tom de la potence, et prouver qu’il a encore un rôle à jouer, Miller se lance dans une enquête haletante pour débusquer le tueur.

La rumeur d’un coffre rempli d’or enterré en plein désert le mènera de pièges sanglants en aventures poussiéreuses jusqu à découvrir l’identité des véritables coupables.

2963171349_1_3_aW61hS5qCritique : 
Ocean Miller, 55 ans, est le shérif d’une petite bourgade paumée non loin du désert de Mojave, au fin fond du trou du cul de l’Arizona.

Brewsterville, que ça s’appelle, ce cloaque qui devait être desservi par le chemin de fer mais qui ne le fut pas.

Niveau représentant de la loi et de l’ordre, ce shérif ne fait pas peur. Il boit, monte une vieille carne de cheval et peut-être émotif au possible.

Ah, il a aussi besoin de se décharger son colt personnel plusieurs fois par semaine, chez une dame de sa connaissance.

Bref, on peut dire qu’Ocean ne fait pas de vagues. Il est shérif comme d’autres sont croquemorts. Parce qu’il faut bien exercer un métier et manger.

Je suis le shérif de ce bled. Un shérif placide et discret, ni bégueule ni fiérot. Pas un de ces paltoquets qui bombent le torse devant les voleurs de poule, une main sur l’étoile, l’autre sur la crosse de leur colt. Je suis shérif comme d’autres sont putains ou croquemorts, parce qu’il en faut.

Il faut un shérif, et c’est moi qui m’y colle. Le monde tient debout parce qu’il y a des putes qui évitent aux vachers priapiques de devenir mabouls, des croquemorts pour empêcher que les humeurs des cadavres ne nous empoisonnent l’air et des shérifs pour retenir ce petit monde tout de guingois de passer cul par-dessus tête.

Son enquête ? Trouver qui a tué et démembré le cadavre que tirait un jeune garçon, sourd et muet, prénommé Tom.

Ce ne sera pas de tout repos parce que la bourgade voit dans le jeune gamin malicieux le coupable idéal.

Tout en menant son enquête et en ayant troqué sa vieille carne de jument contre un hongre fringant, Ocean Miller nous raconte sa vie, nous fait rencontrer des personnages haut en couleur, nous explique les injustices commises envers les indiens et nous montre les braves habitants de son trou du cul d’Arizona faire un caca nerveux lorsque ces mêmes indiens spoliés demandent à manger.

Je vous ferai grâce de ma jeunesse. Pas tant par pudeur, surtout parce que ma mémoire est défaillante.

Ceci est un western, mais un western qui fout en l’air les codes habituels, avec un shérif qui a plus l’air d’une épave échouée dans l’Océan et qui, à chaque sourire du gosse, est prêt à fondre en larmes.

Maniant l’humour et les bons mots, ce roman se lit rapidement, le sourire aux lèvres.

« À quoi bon se justifier auprès d’un fumier qui aurait été capable de partager son souper avec une confrérie de scorpions ? »

Au menu de cette enquête sous un cagnard d’enfer : des bagarres, des balles qui sifflent, des coups de couteaux dans le dos, des lâchetés et autres traitrises et coups bas, des putes, un saloon qui sert des boissons alcoolisées, des bons petits citoyens avec le cul serré, des illuminés qui vivent reclus, des tueurs, des salauds, quelques indiens hualapais qui crèvent la dalle, sans oublier un hypothétique trésor.

Ça bouge, l’histoire connaîtra des rebondissements, la plume est drôle, sans pour autant vous faire hurler de rire, mais on sent aussi la critique envers un gouvernement qui ne tint jamais ses promesses envers les indiens.

Y’a du cynisme et des vérités, dans ce roman western qui ne fait rien comme les autres.

Mon nouveau cheval ne supportait pas de se tenir derrière ma vieille jument. Pour lui, comme pour beaucoup de types par ici, la place du mâle est devant la femelle. Toujours.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le « Le Mois Américain » chez Titine.

CHALLENGE - Thrillers Polars 2015-2016 CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014CHALLENGE - XIXè siècleCHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

3 Heures 10 pour Yuma – Intégrale des nouvelles Western – Tome 2 : Elmore Leonard

ACH002094384.1367364257.580x580Titre : 3h10 pour Yuma – Intégrale des nouvelles Western –  T2  big_3-5

Auteur : Elmore Leonard
Édition : Payot et Rivages (2008)

Résumé : Dans les déserts d’Arizona se croisent toutes sortes de tribus, dont les plus sauvages et les plus étranges ne sont pas forcément celles que l’on croit : apaches, bien sûr, mais aussi mexicains, bandits de grand chemin, soldats en uniforme ou de fortune.

Tous, à leur manière, écument cet ouest âpre et grandiose en quête d’argent, de nourriture, d’alcool, de bétail ou simplement d’avenir. Après médecine apache, rivages poursuit la publication de l’intégrale des nouvelles western d’Elmore Leonard.

48951Critique :
Me voici une nouvelle fois de plus plongée dans du western, chevauchant dans le couchant sur mon fidèle destrier, mon colt balançant élégamment contre ma cuisse ferme et garantie sans cellulite ou peau d’orange.

Pour la première nouvelle, celle qui donne le titre au recueil, oubliez le film avec le beau Christian Bale et le terrifiant Russel Crowe.

Le film est tiré de la nouvelle, mais vu que cette dernière fait 20 pages à tout casser, vous vous doutez bien qu’entre elle et le film, il y a eu des ajouts.

Pourtant, toute l’intensité est concentrée dans cette vingtaine de pages, les dialogues sont acérés, sans blablas inutiles.

Tout comme dans « Contrée indiennes » de Dorothy Marie Johnson, en peu de pages, l’auteur arrive à vous donner la situation, vous présenter les personnages en peu de mots et déblatérer son récit.

Ici, pas de gras non plus sur les histoires, c’est brut de décoffrage, en peu de mots, il t’en dit beaucoup même si, souvent, tu en aurais voulu un peu plus. C’est comme un nectar, pour le savourer, tu dois être rationné.

J’ai convoyé un bandit, j’ai tué des bisons, les ai dépecés, tanné leur pelisse, j’ai tiré sur des bandits, chevauché dans les grands espaces, bu du whisky à même la gourde, j’ai bouffé de la poussière et je suis toute contente.

Oui, il est possible, en peu de pages ou de mots, de dire beaucoup de chose et Elmore Leonard y excelle aussi, même si j’ai plus vibré avec « Contrée indienne ».

Malgré tout, j’y ai passé un super moment car malgré la concision des récits, la profondeur des personnages y était, l’ambiance et l’atmosphère western était présente.

Bandits, truands, âmes nobles, vengeance, poussière, chevauchées, vaches, balles qui sifflent… Tout est là.

À réserver tout de même à des lecteurs qui aiment le western et l’Ouest Américain dans tout ce qu’il a de trouble et de sombre.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année »chez Lukea Livre et « Le Mois Américain » chez Titine.

Prod DB © Relativity Media / DR 3H10 POUR YUMA (3:10 TO YUMA) de James Mangold 2007 USA avec Christian Bale et Ben Petry et Logan Lerman remake, western,

Il était une fois dans l’Ouest – Once Upon A Time In The West [FILMS]

Pour moi, ce film reste un film culte avec « Le bon, la brute et le truand » ou « Et pour quelques dollars de plus ». Ce sont des films que je ne me lasse pas de regarder, dont certaines scènes sont gravées dans ma mémoire jusqu’à ce qu’Alzheimer nous sépare…

La musique joue aussi un rôle important dans ces films et le talent d’Enio Morricone n’y est pas étranger. La bande originale resta très longtemps en tête des hit-parades. Dans ma tête, l’Homme à l’harmonica joue souvent et me donne toujours des frissons.

La musique était jouée sur le plateau pendant le tournage durant le tournage afin de mieux imprégner les acteurs. Cette partition légendaire a obtenu un succès discographique de la même ampleur que le film qu’elle accompagnait, demeurant classée dans les hit-parades français pendant plus de trois ans.

Pour le Challenge du Mois Américain 2015, je vais vous parler de « Il était une fois dans l’Ouest » (C’era una volta il West en italien dans le texte) qui est un film de Sergio Leone sorti en 1968.

Comme je vous le disais (et je le pensais), ce film est considéré comme le chef-d’œuvre du western spaghetti avec « Le Bon, la Brute et le Truand ». Il a permis aussi un renouveau du western. Ce qui n’est pas rien, avouez !

En 2009, le film est entré dans le National Film Registry pour conservation à la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis.

Il était une fois dans l’Ouest est un film dont l’action se passe lors de la conquête de l’Ouest américain. Il évoque l’âpre rivalité des intérêts pour l’appropriation des terres que traverse la construction du chemin de fer et met en scène différents personnages représentatifs des westerns classiques pour mieux les détourner.

Ainsi, le film se trouve être le pont au départ improbable entre western américain et western spaghetti.

Sergio Leone en fait une œuvre imposante et personnelle, ce qui serait la raison de son échec commercial aux États-Unis (où le film fut amputé de plusieurs scènes à sa sortie), contrairement à l‘Europe qui lui a fait un triomphe.

Certains spécialistes du cinéma ont également avancé que ce rejet du public américain était dû au refus de voir Henry Fonda dans un rôle de tueur d’enfant. Henry joue une crapule embauchée par le patron du chemin de fer pour hâter sa construction, à n’importe quel prix, même celui de morts innocents.

J’avoue que voir les beaux yeux bleus de Fonda, dans lesquels je me noierais bien, avoir un rôle aussi immonde, peut traumatiser l’Américain. Moi, je m’en suis remise, ce n’est qu’un rôle.

C’est la belle Claudia Cardinale qui hérita du rôle d’une jeune veuve au grand cœur, seul personnage féminin du film (et que tous les hommes aimeraient se faire) Jason Robards celui de l’aventurier sans scrupule qui trouvera la rédemption.

Charles Bronson interprète un vengeur silencieux… Bronson n’est pas un loquace dans ce film, ses regards parlant mieux que tout le reste.

Ce film, le premier volet de la trilogie Il était une fois…, permet à Leone de revisiter le mythe de l’Ouest américain et, au nom d’un plus grand souci de réalisme, de lui rendre une vérité altérée par les conventions du cinéma américain.

Leone s’est toujours étonné, entre autres reproches qu’il adressait aux westerns classiques, qu’on ne montre pas, par exemple, la réalité de l’impact d’une balle qui faisait un trou énorme dans le corps de la victime.

Ou encore qu’on atténue la violence extrême de cette époque qui voyait pourtant un tueur exhiber les oreilles coupées de ses ennemis pour imposer le respect (voir William Quantrill).

C’est cependant dans un cercle final, l’arène de la vie, que Leone réunit et enferme ses personnages essentiels et exprime le moment de vérité du film qui se conclut, de façon la plus classique, par le duel inhérent à tout western.

Mais bon, je vous dirai ce que j’en ai pensé un peu plus bas, après la fiche technique et la distribution.

Sans oublier des petites anecdotes du tournage et les quelques petits anachronisme du film.

Résumé : Alors qu’il prépare une fête pour sa femme, Bet McBain est tué avec ses trois enfants. Jill McBain hérite alors des terres de son mari, terres que convoite Morton, le commanditaire du crime (celles-ci ont de la valeur maintenant que le chemin de fer doit y passer). Mais les soupçons se portent sur un aventurier, Cheyenne…

Fiche technique :

  • Titre : Il était une fois dans l’Ouest
  • Titre original : C’era una volta il West
  • Titre anglais : Once Upon a Time in the West
  • Réalisation : Sergio Leone
  • Scénario : Dario Argento, Bernardo Bertolucci, Sergio Donati, Sergio Leone
  • Photographie : Tonino Delli Colli
  • Musique : Ennio Morricone, bande originale du film
  • Production : Fulvio Morsella
  • Distribution : Paramount C.I.C.
  • Pays d’origine :  Italie et  États-Unis
  • Langue originale : tourné en anglais, post-synchronisé en italien.
  • Format : Couleurs Technicolor – 2,35:1 (Techniscope) – 35 mm
  • Budget : $5 000 000 (estimation)
  • Genre : drame, western
  • Durée : 180 minutes
  • Film interdit aux moins de 13 ans à sa sortie en France, en accord parental de nos jours.
  • Dates de sortie :
    •  Italie : 21 décembre 1968
    •  États-Unis : 28 mai 1969
    •  Royaume-Uni : 6 juin 1969
    •  France : 27 août 1969

Distribution :

  • Charles Bronson (VF : Claude Bertrand) : L’homme à l’Harmonica
  • Claudia Cardinale (VF : Michelle Bardollet) : Jill McBain
  • Henry Fonda (VF : Raymond Loyer) : Frank
  • Jason Robards (VF : René Arrieu) : Manuel Gutierrez dit « le Cheyenne »
  • Gabriele Ferzetti (VF : Jean-Henri Chambois) : Morton (patron du chemin de fer)
  • Frank Wolff (VF : Henri Poirier) : Peter McBain
  • Lionel Stander (VF : Gérard Darrieu) : Le barman
  • Keenan Wynn (VF : Louis Arbessier) : Le shérif de Flagstone
  • Paolo Stoppa (VF : Jean Clarieux) : Sam, le cocher
  • Jack Elam (VF : Pierre Collet) : Snaky (membre du gang de Frank)
  • Woody Strode : Stony (membre du gang de Frank)
  • Al Mulloch : Knuckles (membre du gang de Frank)
  • John Frederick : Jim (membre du gang de Frank)
  • Aldo Berti (VF : André Valmy) : Un joueur de poker (membre du gang de Frank)
  • Benito Stefanelli : Un joueur de poker (membre du gang de Frank)
  • Michael Harvey : Le lieutenant de Frank jouant au poker
  • Aldo Sambrell (VF : Gérard Hernandez) : Le lieutenant de Cheyenne
  • Enzo Santaniello : Timmy McBain (l’enfant assassiné par Frank)
  • Gaetano Santaniello (VF : Patrick Dewaere) : Patrick McBain
  • Simonetta Santaniello : Maureen McBain

Ce que j’en pense : Mais que du bien ! Ce film est révolutionnaire pour des tas de petits trucs qui sont toujours ancrés dans ma mémoire.

Ne parlons que de l’intro du film… Une gare perdue au fin fond d’une ville qui a tout du trou du cul de l’Amérique. Un quai branlant et dessus, trois tueurs qui attendent le train…

Tous trois sont vêtus de longs manteaux poussiéreux (« long dusty coats«  en amerloque dans le texte).

Qu’attendent-ils ? Le train ? Oui… le train qui amène un mystérieux joueur d’harmonica.

Nos trois tueurs sont envoyés par Frank (Henry Fonda) et ils attendent à la gare sous la chaleur.

Là où la scène devient culte c’est qu’elle fait 11 minutes et que le seul dialogue est le chef de gare dans la 1ère minute. Le reste ne sera que des gros plans sur des regards, des craquements de doigts entendus, la mouche tournant autour de Snaky (Jack Elam, dont le strabisme sert magnifiquement la scène), les gouttes d’eau tombant sur le chapeau ou encore la roue grinçante de l’éolienne.

Voilà une des plus longues scènes de silence du cinéma. Cette séquence constituera aussi le plus long générique de l’histoire du cinéma. Magnifique !

Anecdote : Leone aurait aimé la faire jouer, cette scène, pas les trois protagonistes de « Le bon, la brute et le truand » (à savoir : Lee Van Cleef, Eli Wallach et Clint Eastwood). Je vous en dis plus en bas, dans les anecdotes sur les acteurs.

Un film magnifique, en effet. Pourtant, nous sommes aussi face à un film ultra violent… La pauvre Jill McBain (Caludia Cardinale) qui, descendant du train à Flagstone, ne trouve personne pour venir l’accueillir… et pour cause, l’homme qu’elle avait épousée à La Nouvelle-Orléans est mort, abattu comme un chien avec ses trois enfants par Franck et ses tueurs.

Dans le but faire accuser du meurtre un dénommé Cheyenne (Jason Robards), Franck et sa bande s’était vêtu de cache-poussière. Pour bien signer le forfait et en rajouter un peu, il en laisse un morceau sur les lieux de son quadruple meurtre.

Au début, on ne comprend pas pourquoi McBain est venu construire une ferme dans ce trou perdu. Mais au fur et à mesure de l’enquête, on comprendra pourquoi il s’est établit là et pourquoi il avait tout le matériel pour construire une gare !

McBain a construit sa maison près de la seule source d’eau du coin et vu que le chemin de fer va passer non loin, il devra faire halte pour reprendre de l’eau, d’où un potentiel bénéfice.

Intelligent, le McBain, mais il est tombé sur des margoulins sans âmes et sans conscience qui voulaient ce qu’il avait. À n’importe quel prix, même celui du sang parce que l’odeur des dollars attire les salauds comme une merde attire les mouches.

La construction de la ligne de chemin de fer symbolise en fait le passage entre les deux époques car le train va relier non seulement deux espaces, l’Est et l’Ouest, mais aussi deux époques, celui des pionniers du Far West qui s’efface peu à peu devant celui de la civilisation moderne.

Le propos de Leone se veut prophétique. L’Amérique fondée sur la conquête et la survie se transforme ainsi en une Amérique fondée sur la loi et l’égalité des droits.

Le Grand Méchant du film est Morton, l’employeur de Franck le tueur. Morton est atteint d’une tuberculose des os, infirmité qui le rend fragile face à des hommes déterminés tels que Franck. Morton se déplace dans son train spécial, que pour lui. Un méchant qui ne se salit jamais les mains puisque le sang qui coule l’est de par son homme à tout faire, Franck. Lui, il ne fait que donner les ordres. Pour moi, il est aussi salaud que Franck.

Ce que j’aime aussi dans le film, en plus de l’ambiance, des silences, des dialogues taillés au cordeau, ce sont les flash-back que Harmonica (Branson) revoit…

Nous, spectateurs, devrons attendre la fin du film pour comprendre l’origine de son harmonica et le but de sa vengeance envers Franck. la scène finale du duel et l’entièreté du flash-back vous font dresser les poils sur les bras. Franck était vraiment un homme sans foi ni loi.

L’amitié distante entre Harmonica et Cheyenne est aussi un point fort du film. Notre Charles Branson l’avait croisé, lui et sa bande, dans une auberge sur le chemin de Sweetwater.

Il l’avait même pris pour un membre de la bande de Frank à cause des cache-poussière qu’il portait, lui et ses sbires. Cheyenne avait démenti que les tueurs aient été envoyés par lui.

C’est Harmonica qui avait expliqué à Cheyenne que Jill perdrait ses droits sur Sweetwater si la gare n’est pas construite quand le train arriverait. Cheyenne mit alors ses hommes au travail pour construire les bâtiments à partir des matériaux disponibles achetés par Mc Bain.

Les dernières images sont belles aussi. Harmonica, vengé, s’éloigne de la nouvelle gare construite, emportant avec lui Cheyenne, mortellement blessé, pendant que Claudia Cardinale sert de l’eau aux ouvriers du chemin de fer.

Jill, elle, était prête à tout pour survivre. Ce sera la seule à réussir le passage entre l’ancien et le nouveau monde. Cette séquence finale, qui la montre donnant de l’eau aux ouvriers, signifie la fidélité à ses origines, car elle choisit les ouvriers exploités et humiliés comme elle. Tout en prouvant son adaptabilité puisque nous sommes face à des ouvriers construisant l’avenir. Oui, le personnage féminin de Jill est d’une importance capitale dans ce film. J’aime le côté battant de Jill.

Lors de mon premier visionnage, il y a fort fort longtemps, j’avais espéré une historie d’amour entre Jill et Harmonica, mais ces deux là ne sont pas de la même trempe du tout. Elle veut vivre dans son temps et passer à la modernité, lui ne rêve que de solitude et il devra partir loin, très loin, pour la retrouver, l’Ouest étant en train de se conquérir à vitesse grand V.

Ce qui donne aussi tout le poids au film, c’est la manière dont il est filmé : nous avons souvent de fréquentes plongées ou contre-plongées, des caméras placées sous des angles insolites qui allongent les silhouettes ou remplit l’écran d’yeux présentés en très gros plans.

Les combats sont filmés en deux temps comme autant de ballets : d’abord, une lente montée de l’attente qui accroît la tension avant que l’exaspération des nerfs n’explose dans les coups de feu.

L’un des intérêts du scénario, écrit, entre autres, par Bernardo Bertolucci et Dario Argento, est d’en montrer les répercussions sur les personnages eux-mêmes qui n’ont d’autre choix que de disparaître ou de s’adapter.

Trois d’entre eux ne s’intègrent pas et sont appelés à s’effacer.

C’est d’abord Frank, hors-la-loi, chef de bande et rebelle à toute légalité, qui représente une époque révolue car, désormais, la loi se généralise.

Le bandit généreux, Cheyenne, dont le romantisme n’a plus sa place dans une société devenue mercantile, disparaît également.

C’est enfin Harmonica dont le mode de vie fondé sur le sens de la justice et le goût pour la solitude ne peut s’accommoder d’un monde de plus en plus organisé et fondé sur la collectivité.

On songe, à son propos, au beau mouvement de caméra qui, par un travelling circulaire, donne à voir, en un plan de plus en plus général, le chantier du chemin de fer, puis les dizaines d’ouvriers au travail et le personnage d’Harmonica qui s’y fond comme s’il disparaissait en tant qu’individu, comme s’il s’agissait de la fin de l’individu.

Putain, quel grand film ! Sans en faire trop il dit tout. Le jeu des acteurs est superbe, les scènes, les décors, tout est transcendé. Mais je perds toute objectivité lorsque je parle de ce monument du cinéma western.

Acteurs :

  • Sergio Leone, qui avait essayé d’engager Charles Bronson dans les films Pour une poignée de dollars et Le Bon, la Brute et le Truand, obtint enfin son accord pour interpréter Harmonica, un Mexicain obnubilé par le désir de venger son frère assassiné par Frank.
  • Pour le rôle de Frank, Leone tenait absolument à Henry Fonda, en contre-emploi des rôles de braves types honnêtes, nobles et positifs qui firent sa renommée : il joue ici un tueur ignoble n’hésitant pas à massacrer des innocents et des enfants et crachant à tout bout de champ. Eli Wallach, qui interprétait Tuco dans Le Bon, la Brute et le Truand, persuada Fonda d’accepter le rôle. Ce dernier se fit projeter tous les films de Leone, qu’il ne connaissait pas, avant de se décider. Au tout début du tournage, Leone, voyant Fonda avec des lentilles de couleur marron et une moustache, voulut immédiatement le remplacer. Mais après avoir été maquillé et habillé, celui-ci convainquit le réalisateur sans avoir dit un seul mot. Sa performance est remarquable, car né en 1905, il avait 63 ans lors du tournage du film, dans lequel il semble beaucoup plus jeune, surtout dans le flash-back final qui révèle le motif de la vengeance d’Harmonica.
  • C’est à Robert Hossein qu’on proposa d’abord le rôle de Morton avant de le confier à Gabriele Ferzetti.
  • Le premier jour, Jason Robards jouant Cheyenne, arriva complètement ivre. Sergio Leone menaça de l’exclure du tournage s’il recommençait. Par la suite, il ne causa pas de problèmes, sauf le jour de l’annonce de l’assassinat de Robert « Bobby » Kennedy (le frère cadet de JFK). Il obligea alors Leone à arrêter le tournage pour le reste de la journée.
  • Pour la scène d’ouverture avec les trois tueurs (Stony, Snaky et Knuckles), Sergio Leone désirait, en forme de clin d’œil, les faire jouer par les trois protagonistes du Bon, la brute et le truand : Lee Van Cleef, Eli Wallach et Clint Eastwood. Mais ce dernier, dont la notoriété commençait à grandir, refusa car son personnage mourrait dès le début du film. L’un de ces gredins est joué par Jack Elam, second couteau dont le strabisme sert admirablement la scène. L’acteur noir est Woody Strode, devenu célèbre dans le monde du western pour avoir joué le Sergent noir de John Ford. Le dernier larron, Al Mulock, a interprété un chasseur de primes manchot dans Le Bon, la Brute et le Truand.

Tournage :

  • Le tournage s’est déroulé d’avril à juillet 1968.
  • Le film a été tourné à Monument Valley en Arizona, dans la région de Moab dans l’Utah ainsi qu’à La Calahorra et à Tabernas (à Western Leone) en Andalousie.
  • Les scènes d’intérieur de l’établissement de Lionel Stander, situé dans Monument Valley, ont été filmées à Rome aux studios de Cinecitta. Lorsque les hommes de Cheyenne y pénètrent, on aperçoit un nuage de poussière rouge. Celle-ci a été apportée de Monument Valley afin de donner plus de réalisme à la scène.
  • La demeure des McBain est le reste du décor d’un village médiéval construit pour le film Falstaff d’Orson Welles en 1965 dans la région d’Alméria. Leone l’a racheté puis restauré.
  • Dans ce film, Claudia Cardinale et Paolo Stoppa font la plus « longue » randonnée de buggy de l’histoire du cinéma. Elle commence en Espagne, passe par Monument Valley dans l’Utah et se termine à la ferme des McBain en Espagne.

Anachronismes ou petites erreurs :

  • Lors de la préparation de la fête du mariage, la fille de McBain chante quelques lignes de Danny Boy, une chanson écrite en 1910.
  • Le conducteur qui emmène Claudia cardinale à la ferme cite Charles E. Stenton, « La Fayette nous voilà » (1917).
  • À l’arrivée de Jill, le cadran de l’horloge de la gare est montré à deux reprises : visiblement dans un plan il est neuf, dans un autre il est abîmé.
  • Lorsqu’Harmonica rencontre Jill dans le ranch McBain, il a une estafilade à la pommette gauche. Le lendemain lorsqu’il va à la rencontre de Franck, sa pommette est intacte.
  • Dans la scène de la pendaison, Franck met un harmonica écrasé sur la tranche dans la bouche d’Harmonica. Dans les plans suivants le même harmonica est intact, pour apparaître de nouveau écrasé (par les dents qui le serrent) au moment où Harmonica tombe à terre.

Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Le Mois Américain » chez Titine.