City Hall – Tome 1 : Guérin & Lapeyre

Titre : City Hall, Tome 1                                                          big_3

Scénariste : Rémi Guérin
Dessinateur : Guillaume Lapeyre
Édition : Ankama Editions (2012)

Résumé :
City Hall se déroule dans un univers dépourvu de papier et dans lequel l’écriture manuscrite, interdite depuis des siècles, n’est plus enseignée. La raison en est simple, tout ce que vous écrivez prend vie.

Devenu une arme trop dangereuse, le papier a été à l’origine d’une guerre d’ampleur planétaire destinée à l’éradiquer de la surface du globe qui dura près de deux cent ans.

Après quoi, ce monde a suivi un autre chemin que le nôtre et la technologie s’est développée plus rapidement que la Révolution Industrielle, les dotant déjà de voitures ou d’autres machines de notre siècle.

Nous voici donc dans un environnement mécanique, prônant le travail à la chaîne comme une nouvelle méthode de rentabilité révolutionnaire, mais possédant déjà internet et des écrans LCD.

C’est dans ce contexte qu’un ennemi inattendu va faire son apparition. Il possède du papier, de quoi écrire, a reçu l’éducation nécessaire pour s’en servir et compte bien en tirer profit.

Ce criminel se voit donc propulser au rang d’ennemi public numéro un, mais cela n’y change rien, personne ne sait comment l’arrêter… ou presque.

Car il existe peut-être un homme susceptible de l’appréhender, un écrivain de génie… Jules Verne. Mais acceptera-t-il de se voir confier le dernier carnet présent dans la vieille Albion ? Et risquera-t-il sa vie pour arrêter l’homme au masque de corbeau ?

Ce qui est certain, c’est qu’il n’accomplira pas cette mission seul, et que pour son enquête, il aura certainement besoin des services d’un jeune écrivain numérique encore inconnu, Arthur Conan Doyle…

Critique : 
Ce « manga » français m’avait intrigué lors de sa sortie. Pensez-vous, réunir dans un Londres post victorien (1902) où le papier et l’écriture sont bannis, deux auteurs tels que Jules Verne et Conan Doyle !

Le papier est banni ?? Oui, nous sommes dans un univers dépourvu de papier (même aux chiottes ??) et l’écriture manuscrite est interdite depuis des siècles.

Pourquoi ? Tout ce que vous écrivez prend vie. Le papier et l’écriture sont devenus une arme trop dangereuse. N’allez pas croire qu’on se trouve à l’époque de Neandertal, non, non ! La technologie s’est développée plus rapidement que durant notre Révolution Industrielle, ils possèdent déjà des voitures et les auteurs publient sur des e-book.

Une brillante idée de réunir les deux auteurs dont je vous parlais plus haut. Je l’ai appris ensuite, mais il est dit que c’est en lisant les textes de Jules Verne que Conan Doyle a appris le français.

Nos deux personnages sont jeunes, et Jules, plutôt bôgosse, est un espèce d’inventeur un peu fou. Génial, mais fou. Et avec un volant entre les mains, il devient dangereux !

Quant à Conan Doyle, il est à croquer lui aussi. Tout comme son futur personnage de détective, il est capable d’observer et déduire. Bref, un Sherlock Holmes en puissance !

Arthur Conan Doyle !! Étudiant, écrivain amateur, chimiste débutant… et historien novice !!
Quelqu’un qui a tout à apprendre, en somme…
Vous auriez tort de le penser capitaine !
— Inspecteur !!
— Peu importe… je disais donc qu’il existe un domaine où il nous surpasse tous ! Et croyez-moi sur parole lorsque je vous dis que toutes vos années d’expérience policière risquent de ne pas souffrir la comparaison.
— Je demande à voir…
— De toute évidence, vous êtes un homme soigneux, inspecteur. Votre moustache est taillée impeccablement et vos vêtements repassés avec attention. Néanmoins, la trace de cendre étalée sur l’épaule de votre veste suggère que vous avez été appelé pour une urgence. Urgence suffisamment importante pour que vous ne preniez pas la peine d’être présentable. Si j’en crois la poussière caractéristique que laissent vos empreintes de pas sur la moquette, vous avez emprunté un cab et vous êtes rendu dans le quartier des affaires en centre-ville. Là-bas, à en croire le sang qui tache le bas de votre pantalon, vous avez découvert une victime, agressée il y a peu, ainsi qu’un indice d’une importance capitale que vous vous êtes empressé de ranger dans votre poche. Puis, vous êtes venu ici afin de la présenter au maire Little, car la situation, exceptionnelle et inédite, exigeait que vous ne perdiez pas une seconde, d’où l’aspect un peu cireux de votre teint, trop peu habitué à autant de stress et d’exercices. Je ne m’explique pas, en revanche, ce parfum de poudre qui plane autour de vous…Avez-vous utilisé une arme à feu récemment ??
— Incroyable !! Comment avez-vous su… ??
— Pour le manque de sport ou pour le caractère dramatique de notre affaire ?

Il souffle aussi un petit vent orwellien (« 1984 ») sur le manga puisque l’on a réarrangé l’histoire afin de gommer une guerre et on a manipulé les gens en leur disant que si on n’utilisait plus de papier, c’était pour des raison écologiques et économiques. Sans oublier un certain « Big Eye »…

— Je ne peux pas croire que pour protéger votre vilain petit secret, vous avez rayé de notre histoire une guerre qui a eu pour conséquence l’anéantissement de plusieurs millions d’individus.

J’ai été étonnée de voir que beaucoup d’autres personnages étaient calqués sur des vrais…

Belle idée que de nous dresser le portrait des personnages principaux au fil des chapitres (et nous gratifie de quelques belles citations d’auteurs connus).

« Les contes de fées ne révèlent pas aux enfants que les dragons existent. Les enfants le savent déjà. Les contes de fées révèlent aux enfants qu’on peut tuer les dragons ».

« Un royaume digne de ce nom ne peut exister sans inégalité entre ses habitants. Certains doivent être libres, d’autres servir, certains règnent, d’autres se soumettent ».

En la voyant courte vêtue, jamais je n’aurais pensé que le personnage d’Amelia Earhart avait vraiment existé et qu’elle était la première femme à avoir traverser l’océan Atlantique en avion.

Dans City Hall, on peut dire qu’elle allie la belle paire de loches avec une descente de reins à faire baver (bander ?) Doyle, qu’elle manie les flingues mieux qu’un super héros qui sauve le monde dans un blockbuster américain et qu’elle a un caractère d’ours mal léché.  Caricature quand tu nous tiens.

Quant au maire de Londres, il ressemble beaucoup à Malcom X ! Normal, il se nomme « Malcolm » et ajoute un « X » à son prénom lorsqu’il signe des documents électroniques !

Le méchant a une tête de corbeau… Une sale tête avec son masque. C’est un bon méchant qui veut tout détruire grâce à des papercuts nés du papier qu’il possède, mais il lui manque un poil (une plume) de ce petit truc qui lui donne de l’envergure et qui fait qu’on est fasciné par le méchant (Dark Vador, par exemple).

Le maire de City Hall a-t-il raison de faire appel à Jules Verne pour jouer avec des carnets de papier pour contrer le vilain pas beau qui récite du Poe ?? Ça fait peur parce que Verne est un peu trop sûr de lui… et fou autant le bordel dans la ville que le méchant vilain pas beau, sans se soucier des conséquences. Il est encore un peu enfant, parfois, mais il a de l’humour et de la répartie.

– Excellent ! [Jules Verne]
– Pardon ?
– Vous avez dit un « bon » romancier… Or, il semblerait d’après le City Hall Tribune Of Art que le terme adéquat soit un « excellent » romancier. J’aurais préféré « génial » ou encore « exceptionnel »… Mais mon égo n’aurait  probablement pas survécu à pareils compliments.

Du rythme, un scénario assez bien foutu, des arbres qui cachent la forêt (l’avantage de publier une critique après avoir relu les 3 premiers tomes), des personnages principaux sympathique, une Amélia version « Madame Bellepaire, de Loches », un majordome très typé, un inspecteur-chef bête et impulsif et une myriade de personnages connus un peu détourné de leur véritable vie.

Défauts ? Les onomatopées qui parsème les pages et qui rende le tout un peu trop chargé. Et puis, je rejoindrai les autres chroniqueuses en signalant que l’on aurait pu faire un personnage féminin sans lui coller des obus au niveau de la poitrine !

Malgré tout, j’avais accroché au récit et j’ai poursuivi l’aventure. Je relis la série avec plaisir.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), au Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon), au Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, au Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix du meilleur manga 2012 DLire-Canal BD et celui de la Meilleure BD au style manga 2012 par les lecteurs d’Animeland) et au « Mois anglais III » chez Titine et Lou.

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City Hall – Tome 3 : Lapeyre & Guérin

Titre : City Hall – Tome 3

Scénariste : Guillaume Lapeyre
Dessinateur : Rémi Guérin
Édition : Ankama Editions (2013)   

Résumé :
La terrifiante vérité que la police de City Hall espérait étouffer se révèle au grand jour lorsque Lord Black Fowl déverse une pluie de papier sur la foule réunie à l’inauguration de l’Exposition universelle. Le dispositif de surveillance Big Eye a été réactivé ; Jules Verne et son père occupent désormais la tête du classement des ennemis de la couronne : l’avenir n’a jamais semblé aussi sombre…

Pourquoi Black Fowl se laisse-t-il si facilement intercepter ? Quel lien obscur l’unit à Jules Verne ? Quel horrible souvenir est dissimulé dans la mémoire brumeuse de l’écrivain…?

Découvrez enfin qui se cache sous le masque du corbeau et pour quel enjeu il est prêt à mettre Londres à feu et à sang ! Fin de la mission et révélations fracassantes pour ce tome 3 au rythme effréné.

Critique :
Le concept du départ m’avait bien plu : Londres, époque victorienne… pas de livres, pas de papier, RIEN ! Mais alors, comment font-ils pour lire ? Ben, facile, sur des e-books ! Heu, on a pas parlé d’époque victorienne, là ?

Bienvenue dans l’univers du steampunk (1) ! Ici, l’écriture manuscrite est interdite depuis des siècles, elle n’est même plus enseignée et la population ne sait même plus qu’un jour le papier a existé (je ne sais pas comment ils font quand ils vont aux toilettes).

La raison de l’interdiction est simple : tout ce que vous écrivez prend vie. On les appelle les Papercuts et ça a dégénéré en guerre, il y a longtemps. Vous comprenez la bannissement des livres !

Le mélange d’un environnement mécanique (on prône le travail à la chaîne comme une nouvelle méthode de rentabilité révolutionnaire) et avec des écrans LCD m’a déstabilisé les premiers instants (dans le tome 1). Dans ce contexte particulier, la technologie s’est développée plus rapidement que la Révolution Industrielle et c’est étrange de voir deux époques différentes cohabiter : époque victorienne et machine modernes.

Jules Verne et Arthur Conan Doyle, les personnages principaux, sont deux jeunes plein de dynamisme et ils sont toujours à la poursuite de Black Fowl pour tenter de l’arrêter. Amélia Earhart, qui les aide, est une jeune fille dynamique et elle le prouvera encore dans ce tome 3. A eux trois, ils forment une bonne équipe et Conan Doyle a un faible pour Amélia.

Le méchant est à la hauteur de tout les bons méchants, ce qui donne un bon récit. Black Fowl, on ne sait pas qui il est, il possède du papier, de quoi écrire, il sait comment bien s’en servir et veut en tirer profit.

En plus, le méchant est aidé dans sa tâche par un nouvel allié. Un écrivain capable de créer des papercuts comme personne d’autre n’en a le pouvoir. C’est chaud !

Alors ce tome 3 ? Ça bouge dans tous les sens, sans une minute de répit, les personnages connus font leur apparition : Abraham Lincoln, Mary Sheilley, Houdini, Lovecraft, George Orwell, le professeur Bell et un certain dispositif nommé « Big Eye » qui a été réactivé et qui fait curieusement penser à Big Brothers.

Bref, le final laissait présager un certain nombre de rebondissements et je n’ai pas été trompée sur la marchandise : il y a de la révélation dans l’air et c’est canon !

Oh non, il n’y a pas qu’une révélation ! Une donnée et une offerte : deux pour le prix d’une. J’ai eu mon quota de coup de pied aux fesses avec cette clôture du premier cycle. Violent !

A savoir que nous avons droit à la suite du second cycle… de quoi vous accrocher au cas où vous auriez décidé de vous arrêter à ce premier cycle. Encore un coup de pied dans le cul !

A lire si vous n’êtes pas allergique au steampunk et si l’utilisation de manière détournée de personnages ayant réellement existé  ne vous rebute pas!

(1) Terme inventé pour qualifier un genre de la littérature de science-fiction né à la fin du XXème siècle, dont l’action se déroule dans l’atmosphère de la société industrielle du XIXème siècle.

Lu dans le cadre des Challenges « Thrillers et polars » de Liliba,  « I Love London » de Maggie, le challenge « Victorien » chez Arieste et critique postée trop tard pour le « Mois anglais » de Titine (mais lu durant).

CHALLENGE - Faire fondre la PAL CHALLENGE - DEstination la PAL