Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 8 – Un cow-boy à Paris : Jul et Achdé

Titre : Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 8 – Un cow-boy à Paris

Scénariste : Jul
Dessinateur : Achdé

Édition : Lucky Comics (02/11/2018)

Résumé :
Le sculpteur français Auguste Bartholdi fait une tournée spectaculaire aux États-Unis pour lever des fonds qui lui permettront d’achever la future Statue de la liberté.

Mais plusieurs incidents visent la statue et même directement Bartholdi. Lucky Luke est missionné pour escorter le Français, et ce, jusqu’à Paris.

C’est un choc culturel pour le cow-boy qui, non content de traverser l’Atlantique pour la première fois, découvre la splendeur de la ville lumière, et le mode de vie de ses autochtones, les parisiens.

Critique :
Et bien voilà, ce n’était pas si compliqué que ça que d’arriver à faire un Lucky Luke post Morris qui tienne la route et qui ait des petits airs de ce que nous avions avant.

Hélas, pas de petits jeux de mots savoureux comme Goscinny savait en faire (même si Morris ne le laissait pas faire, ayant les jeux de mots en horreur et n’en voulant pas dans ses Lucky Luke)…

Malgré tout, on a un comique de situation, des petits travers soulignés, comme avec certains parisiens n’aimant pas les touristes, des personnages connus qui traversent les nouveaux pavés devant la Sorbonne et des petits traits d’humour en droite ligne de notre époque à nous (grève des cheminots, fouilles à l’entrée des prisons,…).

Le voyage de Lucky Luke à Paris ne dure pas tout l’album, avant qu’il ne mette les pieds (et les sabots) dans la ville lumière, il parcourra le far-west avec le sculpteur Bartholdi et la main de la statue de la liberté afin de récupérer des sous pour sa construction.

On reste dans la tradition des Lucky Luke avec les saloons et les types louches, le goudron et les plumes, les danseuses légères, les tirs plus vite que son ombre… Bref, du classique de chez classique, mais ça marche toujours parce que c’est ce qui lui sied le mieux.

Juste une petit interrogation : lorsque Bartholdi et Lucky Luke arrivent à Titusville, célèbre ville de l’album « À l’ombre des derricks » (qui se déroule chronologiquement avant la construction de la statue de la liberté), notre cow-boy explique au sculpteur qu’il s’agit d’une ville qui vit du pétrole mais ne fait aucune allusions au fait qu’il a bien connu la ville !

Pour les puristes, nous sommes loin d’un album Morris/Goscinny au faîte de leur art, mais ne boudons pas notre plaisir lorsque l’album est correct, amusant, drôle, bourré de références en tout genre, de comique de situation et de tout ce qui fait que Lucky Luke est savoureux à lire.

Des comme ça, moi, j’en redemande !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°1XX] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Atom Agency – Tome 2 – Petit hanneton : Yann & Olivier Schwartz

Titre : Atom Agency – Tome 2 – Petit hanneton

Scénariste : Olivier Schwartz
Dessinateur : Yann

Édition : Dupuis (16/10/2020)

Résumé :
Depuis la fin de la guerre, personne n’a revu Annette, la belle ambulancière : une héroïque « Rochambelle », cette unité féminine intégrée à la 2e division blindée du général Leclerc.

Cinq ans plus tard, c’est l’ébullition au 36 Quai des Orfèvres : le commissaire Vercorian est sur le point de coffrer l’ennemi public n°1.

Alors quand un ancien compagnon de la 2e DB vient lui demander son aide pour retrouver Annette, il se débarrasse de l’affaire en vantant les mérites de son fils, le détective privé de l’Atom Agency.

Critique :
Comme j’ai un gros faible pour les séries policières se déroulant dans les années 50-60, j’ai tout de suite matché avec la nouvelle bédé Atom Agency qui, de par ses personnages, a quelques airs de ressemblance avec Gil Jourdan, le rire débile de Libellule et les conneries de l’inspecteur Crouton en moins.

Atom est issu de la diaspora arménienne et les auteurs n’hésitent pas à nous immerger dans les coutumes de ce peuple dont nous savons peu en nous les montrant dans leur vie de tout les jour et en émaillant les dialogues de mots arméniens, certains traduits et d’autres pas car trop insultant (zut, j’aurais aimé).

Atom, fils de Tigran Vercorian, commissaire au 36, a du mal à trouver sa place et ses bons résultats dans l’enquête des bijoux de la Bégum lui ont valu de pouvoir ouvrir une agence de détective privé avec une secrétaire et un ancien catcheur.

Ce deuxième album commence avec des scènes de la seconde guerre mondiale puisque leur enquête sera de découvrir ce qui est arrivé à une infirmière apprécié de tous, Petit Hanneton, qui disparu totalement alors qu’elle conduisait son ambulance.

Les clients de Atom ne sont pas n’importe qui : Jean Gabin et Jean Marais qui ont fait la guerre et ont connu Annette, dite Petit Hanneton. Mais il n’y aura pas que cette enquête car d’autres mystères vont venir se greffer sur celle-ci et se poursuivront dans le tome 3, sans aucun doute.

Les auteurs ont planté le décor d’un Paris en 1950 de plus intrigant : des bouchers pas content qui s’expriment en louchébem, leur argot personnel pas toujours évident à comprendre, hormis « en loucedé » (en douce) que j’utilise souvent et « loufoque » passé dans le langage courant (fou), des sales gueules de bandits sorti du passé de son paternel, des flics qui courent après l’ennemi public n°1…

J’ai vraiment apprécié cette immersion dans une époque où les téléphones étaient à pièces dans les cafés, l’Internet inexistant, les habits différents et où tout le monde fume dans la salle du 36 ! Je suis non fumeuse mais ça ne me dérange pas les personnages de bédé qui fument, ça ne m’a jamais incitée à le faire.

Anybref, une bédé d’ambiance années 50 où les détectives font le boulot à l’ancienne, menant l’enquête, arpentant les trottoirs, cherchant un peu partout les indices et remontant la piste lentement mais sûrement.

Je serai au rendez-vous pour le tome 3, en espérant qu’il soit pré-publié dans mon cher Spirou du mercredi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°123].

Le Loup des Cordeliers : Henri Loevenbruck [LC avec Bianca]

Titre : Le Loup des Cordeliers

Auteur : Henri Loevenbruck
Édition : XO (2019)

Résumé :
Mai 1789, un vent de révolte souffle sur Paris.

Gabriel Joly, jeune provincial ambitieux, monte à la capitale où il rêve de devenir le plus grand journaliste de son temps. un enquêteur déterminé à faire la lumière sur les mystères de cette période tourmentée.

Son premier défi : démasquer le Loup des Cordeliers, cet étrange justicier qui tient un loup en laisse et, la nuit, commet de sanglants assassinats pour protéger des femmes dans les rues de Paris…

Les investigations de Gabriel Joly le conduisent alors sur la route des grands acteurs de la Révolution qui commence : Danton, Desmoulins, Mirabeau, Robespierre, personnages dont on découvre l’ambition, le caractère, les plans secrets.

Alors que, le 14 juillet, un homme s’échappe discrètement de la Bastille, Gabriel Joly va-t-il découvrir l’identité véritable du Loup des Cordeliers, et mettre au jour l’un des plus grands complots de la Révolution française ?

UN ENQUÊTEUR REDOUTABLE

Une fresque magistrale des premiers jours de la révolution.

Critique :
— C’est une révolte ?
— Non, Sire, c’est une révolution !

Évidemment, à ce moment-là, personne ne pensait que Louis XVI et Marie-Antoinette perdraient un jour la tête (comme bien d’autres).

Le loup des Cordeliers m’a pris dans ses crocs directement, après quelques lignes. J’étais dans le roman, accrochée aux pages, la bouche ouverte de contentement (honni soit qui mal y pense).

Génial, me suis-je dis, j’allais pouvoir vivre la Révolution de 1789 de l’intérieur ! C’est tout de même assez violent de faire la révolution, la nôtre, en 1830, fut plus calme.

L’auteur a évité tout manichéisme en faisant du peuple qui se révolte le Bon, les Nobles les Méchants et la royauté les Truands… Vous aurez sans doute constaté, tout comme moi, que les révoltés se comportent très vite aussi mal que ceux qui étaient au pouvoir et qu’il ne faut pas beaucoup de temps pour qu’ils copient tous leurs travers.

Ce que j’ai aimé, dans ce récit, c’est que le côté Historique ne bouffe pas le côté enquête mais y soit intégré de manière harmonieuse. J’ai appris des choses, j’ai fait la révolution et cela ne m’a pas semblé insipide ou assommant comme un cours d’Histoire, mais vivant.

Les personnages sont bien campés, réalistes, les fictifs croisant les réels et notre jeune journaliste enquêteur, Gabriel (♫ tu brûles mon esprit, ton amour étrangle ma vie ♪ – je n’ai pas pu résister), doit être un ascendant de Sherlock Holmes car il possède, comme lui, des dons de déduction. Très utile dans la vie et pour son enquête aux côtés d’un ancien pirate (que j’ai adoré aussi).

Notre Gabriel Joly aimerait faire de vrai journalisme et non s’occuper des programmes des spectacles. Lui rêve de raconter les faits depuis l’intérieur de la révolution, dire ce qu’il se passe sans mentir, mais ça fake news de tous les côtés alors qu’il n’y a pas réseaux sociaux, juste des gens qui parlent sans savoir. ♫ Non, non, rien n’a changé ♪

Un polar historique qui mélange habillement l’Histoire et une enquête, sans jamais être rébarbatif ou donneur de leçons, qui vous fait vivre la révolution de l’intérieur, comme si vous aviez le pouvoir d’être avec le peuple mais aussi en compagnie des autres, les nobles et tout ce qui gravite autour de la personne du roi.

Un roman qui vous décrit les rues de Paris comme si vous y étiez, les petits estaminets, les bouges infâmes, les ruelles pavées. Un roman qui vous fera côtoyer les brigands, les pirates et puis le beau linge de la France d’en haut, vous faisant passer de l’un à l’autre sans que cela ne vous choque.

Un excellent roman qui se dévore, bourré de mystères et de suspense, le tout porté par une écriture simple mais jamais simpliste. Une belle réussite, tout simplement.

Une LC réussie avec ma copinaute Bianca qui a adoré ce récit d’aventure révolutionnaire autant que moi.

PS : Ce roman est à suivre, je ne le savais pas en le commençant. Pas un gros problème pour nous deux puisque la suite arrivera bientôt, mais je trouve ça un peu cavalier que la maison d’édition XO n’ait pas signalé sur le roman que c’était en deux tomes… La surprise est de taille lorsqu’on arrive au bout et qu’on ne le sait pas, c’est frustrant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°101].

Le bal des folles : Victoria Mas

Titre : Le bal des folles

Auteur : Victoria Mas
Édition : Albin Michel (21/08/2019)

Résumé :
Chaque année, à la mi-carême, se tient un très étrange Bal des Folles. Le temps d’une soirée, le Tout-Paris s’encanaille sur des airs de valse et de polka en compagnie de femmes déguisées en colombines, gitanes, zouaves et autres mousquetaires.

Réparti sur deux salles – d’un côté les idiotes et les épileptiques ; de l’autre les hystériques, les folles et les maniaques – ce bal est en réalité l’une des dernières expérimentations de Charcot, désireux de faire des malades de la Salpêtrière des femmes comme les autres.

Parmi elles, Eugénie, Louise et Geneviève, dont Victoria Mas retrace le parcours heurté, dans ce premier roman qui met à nu la condition féminine au XIXe siècle.

Critique :
Avant, lorsqu’on voulait se débarrasser d’une femme, c’était très facile : on l’emmenait à la Salpêtrière et on la faisait déclarer folle.

Même pas besoin de soudoyer un médecin pour un faux certificat médical, la parole d’un homme suffisait puisque les possesseurs de bananes-kiwis avaient le pouvoir absolu.

Nous les femmes, nous avions juste le droit de fermer notre gueule, de ne pas marcher hors des sentiers délimités pour notre sexe, fallait éviter à tout prix les envies de révoltes et même en restant dans le carcan étroit qui nous était dévolu, le mâle (père, mari) ou une belle-mère pouvait nous faire interner.

Effectivement, ce roman met à nu les conditions de la femme à la fin du 19ème siècle (1885) et force est de constater, une fois de plus, que nous revenons de loin et qu’il y a un peu plus de 100 ans, il était possible de faire disparaître une femme dans un asile d’aliéné sans qu’un bilan de santé soit établi.

La Salpêtrière, ce n’est pas Bedlam (Bethlem Royal Hospital à Londres) mais tout de même, les droits n’existent pas.

Au travers de différents regards, que ce soit des patientes ou d’une infirmière, l’auteure nous fait déambuler dans les couloirs, à quelques semaines du fameux bal des folles où la bourgeoisie va venir voir les aliénées danser, en espérant qu’une fera une crise, afin d’avoir des sujets de conversations jusqu’à la fin de l’année.

Si je regrette un peu que le portrait dressé de Charcot soit minime, les portrait des femmes croisées sont des plus réussis.

Que ce soit Eugénie, jeune fille d’une bonne famille qui voit et entend les morts, ou Louise, qui rêve de son amoureux, persuadée qu’elle va sortir de là et Geneviève, infirmière aussi rigide qu’un corset métallique qui va se réchauffer un peu, ces femmes ont une histoire que l’auteure va mettre en scène et nous les faire aimer.

Une fois de plus, je suis tombée sur une petite pépite littéraire qui bien que mettant en scène un sujet lourd, grave et ayant existé, ne sombre pas dans le pathos ou le larmoyant.

On ne rigole pas, certes, mais  c’est addictif, on veut connaître le destin de nos différentes femmes et les émotions sont perpétuellement en voyage, dans cette lecture puisque l’on passe de l’indignation à la tendresse, avant d’avoir envie de hurler devant l’étroitesse d’esprit de certains personnages face à ce qui est autre que leurs croyances ancrées.

Un peu plus de pages n’auraient pas nui à l’histoire car l’épisode du fameux bal est assez court. De plus, quand on aime un roman, on a toujours envie d’en avoir un peu plus.

Un roman historique qui lève le voile sur ce qu’on appelait la folie en 1885 et où la majorité des patientes n’étaient pas folles du tout. Un roman humaniste, une petite pépite qu’on lit avec gourmandise en pestant sur nos sociétés phallocratiques (la banane) où tout le pouvoir était dans les mains des hommes.

C’est bouleversant.

L’homme aux lèvres de saphir : Hervé Le Corre [LC avec Bianca]

Titre : L’homme aux lèvres de saphir

Auteur : Hervé Le Corre
Édition : Rivages Noir (2004)

Résumé :
Paris, 1870. Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfie la police, fort dépourvue face à ces crimes d’un genre nouveau.

Le meurtrier, lui, se veut « artiste » : il fait de la poésie concrète, il rend hommage à celui qu’il considère comme le plus grand écrivain du XIXème siècle, Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie inconnu.

Dans le labyrinthe d’une ville grouillante de vie et de misère, entre l’espoir de lendemains meilleurs et la violence d’un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que l’a vie n’a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l’assassin.

Nul ne sortira indemne de cette rencontre.

Ce livre a reçu le grand prix du roman noir français au festival de Cognac 2005 et le prix mystère de la critique 2005.

Critique :
— Gamin ! Gamin ! Reviens gamin, c’est pour rire ! (C’est arrivé près de chez vous – extrait)

Moi j’aurais tendance à dire « Cours, gamin, cours » (Forrest Gump) car l’homme qui arrive derrière toi va te tuer parce que tu es blond…

Un assassin qui tue les blonds ? Gad Elmaleh, sans aucun doute.

Paris, en 1870, une époque trouble, des grèves, des ouvriers qui grognent, des socialistes – des vrais ! – qui émergent et un tueur en série qui joue du couteau sur les blondins, les éventrant et mettant en scène leur mort.

Ne cherchez plus l’identité du coupable, c’est Hervé Pujols. Poirot et Holmes peuvent aller se rhabiller car nous sommes dans un scénario à la Columbo : nous connaissons l’identité du coupable dès le départ, le but sera de mettre la main dessus (ou pas ?).

Copiant l’oeuvre non publiée de son ami Isidore Ducasse, les “Chants de Maldoror” que ce dernier à écrite sous le nom du Comte de Lautréamont, l’assassin sème des cadavres à tous vents et si la police est sur les dents, en fait, elle n’est nulle part car pour un inspecteur qui se casse le cul, les autres s’en foutent royalement car la police est corrompue jusqu’à la moelle (ou la bite, pour certains).

Connaître l’identité du tueur ne fut pas une entrave au suspense ou au mystère car c’est avant tout le portrait de la ville de Paris en 1870 qui est tiré et il n’est pas joli à voir. Oublions les cartes postales, on patauge dans le prolétariat, ici.

Ce roman policier historique est aussi un roman noir puisque le côté social est présent. La société ouvrière est mise en avant, bien décrite dans ses misères, ses rêves, ses combats, on a la montée du socialisme, le ras-le-bol de Napoléon III et l’envie folle d’une République.

Oublions les beaux quartiers, nous allons nous encanailler dans les caboulots (caberdouches si nous étions à Bruxelles), éclusant des bock de mauvaise bière, nous arpenterons les ruelles sombres, celles des bas-fonds, nous mettrons aussi les pieds dans un bordel avec tout son cortège de pauvres filles tenues de rembourser des dettes à leur proxénète ou à la mère maquerelle.

L’exploitation de l’Homme par l’Homme, une fois de plus. Profitant de la misère et du besoin impérieux d’argent de tous ces crèves-la-faim qui sont venus à Paris et qui ont une famille à nourrir, les patrons ne se privent pas d’exploiter ces esclaves taillables et corvéables à merci.

Dans ce roman qui se dévore, le lecteur aura le plaisir de suivre plusieurs personnages dont certains seront des plus sympathiques.

Autant où j’ai bien aimé l’inspecteur basque (celui qui est intègre et qui bosse), autant où j’ai eu le coup de cœur pour Étienne et Fernand, ces deux ouvriers que la vie n’a pas épargnée. Leurs portraits sont des plus réalistes et il est difficile de ne pas s’attacher à eux.

Un roman policier noir et historique très bien construit, qui a du Zola dans ses pages ainsi que du Victor Hugo tant la misère des prolétaires est présente et que Paris a des airs d’une ville moyenâgeuse.

Un polar avec un serial-killer datant d’avant Jack The Ripper et qui est tout aussi violent que lui. Un polar noir, sombre, sanglant mais la plume gouailleuse de l’auteur, qui mêle l’argot de Paris dans les dialogues pour leur donner plus de vie, emporte le lecteur dans une autre époque et le voyage, s’il n’est pas de tout repos, est instructif et addictif.

Anybref, que les amateurs de Bisounours passent leur chemin…

Merci à ma copinaute Bianca qui m’a proposé cette LC. Le roman traînait dans ma biblio depuis novembre 2013, ticket de caisse coincé dedans comme preuve. Comme moi, elle a aimé sa lecture.

Extraits des Chants de Maldoror pour comprendre le titre et le coup du crabe tourteau :

Pour ne pas être reconnu, l’archange avait pris la forme d’un crabe tourteau, grand comme une vigogne. Il se tenait sur la pointe d’un écueil, au milieu de la mer, et attendait le favorable moment de la marée, pour opérer sa descente sur le rivage.

Mais, l’homme aux lèvres de saphir a calculé longtemps à l’avance un perfide coup. Son bâton est lancé avec force ; après maints ricochets sur les vagues, il va frapper à la tête l’archange bienfaiteur. Le crabe, mortellement atteint, tombe dans l’eau. La marée porte sur le rivage l’épave flottante. Il attendait la marée pour opérer plus facilement sa descente. Eh bien, la marée est venue ; elle l’a bercé de ses chants, et l’a mollement déposé sur la plage : le crabe n’est-il pas content ? Que lui faut-il de plus. Et Maldoror, penché sur le sable des grèves, reçoit dans ses bras deux amis, inséparablement réunis par les hasards de la lame : le cadavre du crabe tourteau et le bâton homicide !

 

Comme il est changé ! Les mains liées derrière le dos, il marche devant lui, comme s’il allait à l’échafaud, et, cependant, il n’est coupable d’aucun forfait. Ils sont arrivés dans l’enceinte circulaire de la place Vendôme. Sur l’entablement de la colonne massive, appuyé contre la balustrade carrée, à plus de cinquante mètres de hauteur du sol, un homme a lancé et déroulé un câble, qui tombe jusqu’à terre, à quelques pas d’Aghone.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°09].

 

Ratatouille – La Bd du Film : Walt Disney

Titre : Ratatouille – La Bd du Film

Scénariste : Indéterminé
Dessinateur : Indéterminé

Édition : Paperview Europe Ltd (2011)

Résumé :
Rémy est un rat très spécial. Doté d’un palais et d’un sens olfactif exceptionnels, c’est un expert en dégustation et le meilleur chef.

Séparé de son clan par accident, il aboutit au hasard de son voyage dans la cuisine d’un restaurant de première classe. Le rat errant décide alors de profiter de la présence d’un pauvre commis de cuisine, Linguini, pour tenter sa chance comme cuisinier …

Ainsi commence une aventure qui changera le cours de sa vie pour toujours !

Critique :
Après un roman/enquête expliquant comment le gang Mara Salvatrucha 13 a été créé, j’avais dit en boutade, à la fin de ma chronique, que je me lirais bien Ratatouille.

Vu la noirceur du récit, je voulais lire ensuite du léger, du très léger.

Je ne veux pas sous-entendre par-là que l’histoire est légère comme un ticket de métro car non étoffée. Loin de là.

Je veux juste dire que c’est reposant de lire un récit avec un méchant qui perd à la fin et une belle histoire d’amitié entre un humain et un rat.

Les souris, ça marche toujours, chez Disney, que ce soit Mickey ou Basil.

Les rats, c’est tout de suite moins mignons… Sauf Ratatouille qui est mignon, choupinou et en plus, bon cuisinier ! De plus, il croit encore en l’Humain. La preuve, il va aider Linguini, piètre cuisinier, qui a commencé comme marmiton chez Gusteau, le célèbre restaurateur qui vient de décéder. What’else ?

Problème dans la bédé : c’est très court, on va à l’essentiel et donc, ça va trop vite dans le développement. Au bout de deux soupes, des ris de veau et une lettre écrite par sa mère, Linguini accède au poste de directeur avant de se retrouver seul car son équipe est partie en apprenant qui étaient aux commandes des plats.

Linguini, tu pensais vraiment qu’ils allaient accepter qu’un rat cuisine ? Ces animaux ont beau être très propre, on les considère comme très sales puisqu’ils mangent les déchets.

Une fois de plus, pas de vrais grands méchants dans cette histoire, juste Skinner, le boss de Linguini, qui voudrait rester calife à la place du calife. Linguini, lui, est assez fade dans la version bande dessinée. Si je l’avais découvert dans la version bédé, je n’aurais pas aimé le personnage.

Remy, lui, il s’en sort avec les honneurs, même si, lui aussi, à un moment donné, est un peu trop dans l’ombre pour cause de format limité.

Il vaut mieux, pour se faire plaisir, regardé le dessin animé plutôt que de lire la bande dessinée car le format court oblige à des coupures drastiques de scènes qui étaient importantes dans le film. Ici, certains scènes sont réduites à leur plus simple expression.

Bon, où-je rangé le DVD, moi ?

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°05].

Pour un instant d’éternité : Gilles Legardinier

Titre : Pour un instant d’éternité

Auteur : Gilles Legardinier
Édition : Flammarion (02/10/2019)

Résumé :
Vincent sait mieux que personne ce qu’est un secret. Spécialiste des passages dérobés, c’est à lui que les riches et les puissants font discrètement appel pour dissimuler leurs trésors ou s’aménager des issues indétectables.

Alors que Paris célèbre l’Exposition universelle et sa phénoménale tour Eiffel, Vincent et son équipe deviennent soudain la cible de tentatives d’assassinat.

La mort rôde désormais autour d’eux. Un de leurs clients cherche-t-il à effacer ce qu’ils savent de lui ? Sont-ils traqués par des pouvoirs occultes ? Quelle est cette ombre qui peut les frapper n’importe où, n’importe quand ?

Dans une époque bouleversée, confronté à des mystères surgis d’un autre temps, Vincent va tout faire pour déjouer la menace et sauver les siens. Ce qu’il s’apprête à découvrir va faire voler en éclats tout ce qu’il croyait savoir du monde…

Critique :
Paris à l’époque de son Exposition Universelle ! Quelle folie cela devait être ! 96 hectares…

J’aurais aimé y faire un tour, même si certains pavillons étaient du plus mauvais goût.

N’ayant pas de machine à remonter le temps, j’ai pris un ticket de voyage instantané en ouvrant ce roman et même si nous n’avons pas tout exploré, le voyage était plus que génial.

Attention, l’Expo Universelle n’est pas la destination première de ce livre, mais puisqu’elle en est en partie le cadre, cela aurait bête de ne pas y aller faire un tour.

Une chose m’a toujours fasciné, étant gosse (et adulte aussi), ce sont les passages secrets ! Là, j’en ai eu pour mes sous à tel point que j’avais mes yeux qui brillaient.

Si le roman avait été plus court (tel le nez de Cléopâtre) d’une cinquantaine de pages, il aurait gardé tout son peps. Il y avait des passages qui étaient plus introspectifs, plus détaillés et cela lui a fait perdre un peu de rythme, mais pas au détriment de son histoire.

Il fallait sans doute prendre un peu de repos, de recul et laisser au personnages le temps de souffler, ainsi qu’au lecteur car à un moment donné, ça bouge beaucoup et dans tous les sens.

Ne cherchez rien de plus que le souffle de la grande Aventure, ne cherchez rien de plus qu’un roman de littérature populaire (et ce n’est pas au sens péjoratif), ne cherchez rien de plus qu’un bon moment de lecture, aux côtés de personnages sympathiques dont on aimerait faire partie de l’équipe.

Moins d’humour que dans ses autres romans, normal, le cadre de l’histoire s’y prête moins, mais avec des petites pépites sur la nature humaine, des petites phrases toujours justes et qui sont un plaisir à lire et à faire rouler sous la langue tant elles sont vraies.

Autre talent de l’auteur : nous immerger de suite dans le décor grandeur nature qu’était Montmartre lors de la construction de sa Basilique, mais aussi du quartier avant qu’il ne prenne de l’ampleur grâce/ à cause de ce chantier.

Idem pour Paris… Les décors sont plantés très vite et où que nos yeux se posent, ils ne voient que le Paris de 1889. Manquait plus que le bruit et les odeurs et nous y étions, dans ce Paris de 1889 qui changeait de visage, notamment avec une grande tour en fer.

Un grand roman d’aventures, de mystères mystiques, de passages secrets, de souterrains piégés ou non, d’amitié, de solidarité et d’un trésor qui n’est pas toujours constitué d’argent car la plus grande richesse n’est pas le fric mais…

Non, je ne vous dirai rien de plus si ce n’est : lisez-le, nom de Dieu, car même si ce n’est pas de la matière à Goncourt, on s’en fiche ! C’est de la matière à une grande aventure sous les pavés de Paris, à des faits qui semblent fous ou extravagants mais qui sont réels, à de l’humanité et de l’amitié et ça, ça n’a pas de prix !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°113.

 

Agatha Raisin enquête – Numéro Spécial – Le Noël d’Agatha – Gare au pudding [Par Dame Ida, Spécialiste Mondiale Très Reconnue de la fiction Agathienne Contributrice Bénévole]

Les Enquêtes d’Agatha Raisin – Numéro Spécial : LE NOEL D’AGATHA – GARE AU PUDDING

Par Dame Ida, Spécialiste Mondiale Très Reconnue de la fiction Agathienne

Contributrice Bénévole

INTRO : Agatha Raisin, notre détective privée bien connue, n’a pas de projet de voyage au bout du monde pour échapper aux fêtes de Noël qui ont la fâcheuse habitude de renvoyer les célibataires à leur solitude, même lorsqu’ils sont invités quelque part !

Voilà qu’elle se pique de l’idée saugrenue de devenir Dame Patronnesse et d’inviter toutes les personnes âges seules de Carsely pour un Noël qui va évidemment s’avérer tragique, puisque chaque aventure d’Agatha Raisin est inaugurée par le refroidissement définitif d’un habitant de son village qui détient le record mondial de mort violente/habitant …

RÉSUMÉ : Agatha est d’humeur pensive en l’approche des fêtes de fin d’année et en discute avec sa bonne amie, Mrs Bloxby, la femme du pasteur qui lui, malgré son devoir de charité chrétienne ne cache jamais rien de son acrimonie à l’adresse de notre héroïne préférée.

Voilà que devant l’incontournable tasse de thé qui se doit d’occuper les mains quand on papote outre-Manche, Agatha est prise d’une illumination et imagine pour une fois de ne pas s’exiler très loin du monde occidental et de ses traditions en attendant que Noël soit passé, mais d’affronter ces fêtes en faisant le bien !

La voilà décidée à organiser un réveillon chez elle, et d’y inviter toutes les personnes âgées isolées de Carsely dont Mrs Bloxby l’aide à dresser la liste. Il y en a six au total… Plus ou moins valides, plus ou moins sympathiques… Mais ça n’est pas grave, Agatha s’y connaît en personne pas sympathiques et sait ne pas s’en laisser conter et les remettre à leur place si besoin.

Mrs Bloxby prendra la précaution cependant de lui rappeler qu’elle est peut être une bonne organisatrice d’événements de com’ mais que côté organisation de repas, elle est parfois à côté de la plaque, notamment lorsqu’il s’agit de cuisiner autrement qu’en réchauffant une barquette au micro-onde !

Evidemment, Agatha reste Agatha… Et s’accroche à l’idée qu’elle n’est pas moins capable qu’une autre, mais… reconnaissant qu’elle pourrait se laisser déborder en devant gérer ses inviter et la cuisine en même temps, elle admettra l’idée de faire appel à un traiteur…

Sauf pour l’inévitable Christmas Pudding flambé qu’elle se fait un point d’honneur à confectionner elle-même avec l’aide de son ancien collaborateur Roy Silver célibataire lui-même et qui s’est invité chez Agatha pour les fêtes.

Munie du livre de cuisine le plus facile à suivre qui soit du Royaume Uni et de tous les ingrédients requis, les acheter n’étant pas un problème pour Agatha, la voilà partie dans un massacre pâtissier en règle, puisque notre détective n’a pas appris que la pâtisserie, c’est de la chimie et que ça suppose de suivre les étapes à la lettre, et de respecter les proportions au gramme près, sans parler des temps et mode de cuisson, ou les temps de refroidissement…

Et pourquoi réduire en poudre ou en morceau un ingrédient dont on imagine qu’il pourrait « fondre » tout seul comme par magie ? Bref, vous l’aurez deviné ce pudding promet d’être immonde, et le coup d’insecticide passé dessus pour chasser les mouches qui l’ont attaqué n’a certainement rien arrangé…

Roy essaie de rattraper le coup et de cacher la misère en le recouvrant d’un glaçage caramel qu’il maîtrise, et au terme d’un réveillon bien arrosé au cours duquel les esprits de nos chers aînés se sont un peu échauffés, voilà que le moment où les employés du traiteur s’en vont et que l’instant d’apporter le dessert arrive…

Or, tandis qu’Agatha adopte une position improbable pour essayer de flamber son « œuvre » selon l’usage, l’un des petits vieux, pervers notoire qui lui avait offert un string en remerciement de son invitation, lui passe la main sous la jupe pour lui tripoter les fesses.

Allez savoir pourquoi, mais Agatha n’a pas trop apprécié, et le pudding dégoulinant a fini sur la tête de l’obsédé, qui s’écroula raide mort sur le coup…

Evidemment, l’une des invitées crie au meurtre alors que les autres témoins de la scène voulaient protéger Agatha… Mais il fallait bien faire venir la police, l’ambulance etc… Bill Wong prend les choses en main…

Mon avis : Les amateurs de séries anglaises connaissent la tradition qui courre outre-Manche et selon laquelle chaque producteur fait un épisode « spécial » pour Noël.

En général ces épisodes sont l’occasion de retrouver les personnages qui ont accompagné les spectateurs tout au long de l’année, autour d’un épisode ayant sa propre trame scénaristique détachée de la trame habituelle de la série.

Le plus souvent il est question de Noël également. Il s’agit d’une parenthèse, d’un trêve des confiseurs…

Souvenez-vous ! Ils nous ont fait le coup entre les saisons 3 et 4 de Sherlock avec l’Effroyable Fiancée… Et Même Downton Abbey nous avait gratifiés d’un épisode à l’humour tout sauf victorien (qui n’est d’ailleurs pas inclus au coffret)…

Anybref, et bien, cette aventure d’Agatha Raisin est à considérer comme étant dans cette veine. D’autant qu’il ne s’agit pas d’un roman mais d’une courte nouvelle qui n’atteint pas la quarantaine de pages. Autant dire que c’est vite lu… Et que c’est loin de ressembler à un Agatha Raisin habituel.

Mais rassurez-vous, c’est gratuit ! C’est en effet un petit cadeau offerts aux amis d’Agatha, lors de l’achat d’un autre volume… Et pour tromper le couillon en épaississant d’avantage le volume du livre, on rajoute autant de page en vous mettant le début du premier tome des enquêtes d’Agatha…

Bref, le petit cadeau à faire circuler aux amis pour leur donner envie d’en savoir plus sur la détective la plus gaffeuse du Commonwealth !

Comme c’est court, on retrouve assez peu de personnages secondaires habituels… Mrs Bloxby au début… Bill Wong assez brièvement…

Et Roy qui va partager le réveillon avec elle. Exit Sir Charles et James Lacey ! Les six invités d’Agatha sont de parfaits inconnus…

Comme l’ensemble ne fait que quelques pages, difficile de ne pas spoiler pour vous donner mon avis. Donc… ne lisez pas la suite si vous ne voulez pas en savoir trop…

Quoi que dans ces quelques pages, le style et la description des situations abracadabrantes brillent plus que l’intrigue qui elle est d’une platitude parfaite. En fait il n’y en a pas vraiment.

Personne n’aura évidemment la gougeâterie de faire le lien entre le fait qu’Agatha se sente vieillir et son soudain intérêt pour les personnes âgées… Ni entre l’âge de l’auteur et le plaisir qu’elle a pris pour brosser rapidement les portraits de six petits vieux…

On aura deux morts et un mariage en 40 pages… Mais pas l’ombre d’un assassin. L’innocence d’Agatha triomphant assez rapidement après une autopsie la mettant hors de cause : son pudding n’avait pas tué son invité obsédé…

Cela étant, elle aurait probablement eu huit morts par empoisonnement s’il avait été mangé… Mais bon… Un mariage et deux enterrements… ça me rappelle un film anglais tiens…

Mon impression de l’aventure 17 n’avait pas été très engageante et j’avais dit attendre l’auteur au tournant.

Evidemment, cette brève nouvelle gratuite n’est pas à considérer comme étant la 18e aventure… et je n’exigerai pas le même traitement d’une intrigue en 40 ou 150 pages…

Donc… Je réserve encore ma décision sur la nécessité de confier d’autorité et en urgence la franchise Agatha à quelqu’un de plus doué que l’auteure actuelle.

PS du Cannibal Lecteur : dans 4 mois, c’est Noël !!! (maintenant que j’ai foutu le bordel, je me casse).

 

Agatha Raisin enquête – Tome 17 – Cache-Cache à l’Hôtel : M.C Beaton [Par Dame Ida, Pigiste bénévole Experte en Agathologie]

Titre : Agatha Raisin enquête – Tome 17 – Cache-Cache à l’Hôtel – Le soleil, la mer et la taule…

Auteur : M.C Beaton
Édition : Albin Michel (05/06/2019)
Édition Originale : Agatha Raisin, book 17: Love, Lies and Liquor (2006)
Traducteur : Esther Ménévis

Présentation Babelio

Entre son agence de détective qui tourne au ralenti et les réunions des dames de Carsely, Agatha s’ennuie. Aussi, est-elle enchantée lorsque son ex-mari James Lacey l’invite pour des vacances mais – horreur ! – sa conception d’un séjour idyllique est le petit hôtel décrépit de Burryhill-on-Sea* où enfant, il passait ses étés.

Et tout va de mal en pis : quand un autre client de l’hôtel est assassiné, Agatha est la principale suspecte et est obligée de résoudre l’affaire depuis sa cellule de prison !

*NDLR : Dans mon exemplaire du roman, Burryhill (que je ne sais comment traduire: la vallée enterrée?  la vallée où on enterre?…) est remplacé par Snoth (Morve)… Bref… le lieu de vacances de James et d’Agatha s’appelle en français Trou sur Mer ou Morve sur Mer… z’avez le choix ! A moins que Babelio se soit grave gouré ?

Résumé :
Désolée les filles mais là on commence par un spoiler (annoncé par la présentation tout de même) ! Je ne peux pas faire autrement…

À la toute fin du volume précédent de  ses enquêtes, James Lacey, l’homme autour duquel elle avait tourné autour pendant pratiquement dix romans avant de l’épouser et d’en divorcer aussi rapidement…

L’homme qui s’était retiré dans un monastère et qu’elle s’était péniblement efforcée d’oublier dans d’autres bras, puis en se lançant dans la création de son agence de détectives… sonne à sa porte.

En ce début de volume 17, vous ne savez pas ce qu’il a bien pu lui dire… Mais vous apprenez en quelques phrases qu’il a réintégré son ancien cottage comme si de rien n’était, et qu’Agatha et lui se fréquentent vaguement.

Assez pour partir ensemble à un barbecue calamiteux à la fin duquel James essaie de se faire pardonner en proposant des vacances surprises à Agatha qui dit banco.

Ben oui, on ne sait jamais… Sur la base d’un malentendu comme dirait Jean-Claude Duss, elle pourrait peut-être à nouveau conclure !

James veut l’emmener dans le Palace d’une station balnéaire merveilleuse de son enfance… enfance qui date suffisamment pour que cette station soit devenue immonde et le Palace une ruine décatie ressemblant à l’hôtel de Shining et à la cuisine infecte et au service désastreux.

En même temps que peut-on s’attendre à trouver dans un bled qui littéralement se nomme « Morve sur Mer » ?

Et c’est sans parler de la clientèle vulgaire à souhait avec qui notre grande gueule d’Agatha se prend le bec dès le premier soir avant que James ne commence à organiser un plan B salutaire pour une exfiltration vers le sud de la France.

Mais à peine repartis en direction du premier port pour nos beaux rivages, James et Agatha sont rattrapés par la police qui accuse Agatha de meurtre et l’assigne à résidence dans ce prétendu hôtel où de nouveaux cadavres sont au programme…

Mon avis (qui est celui de dame Ida !) :
L’auteure me prendrait-elle pour une conne, moi et les lecteurs qui la font vivre en abusant de notre attachement pour Agatha ?

Elle fait surgir James comme un diable de sa boîte en deux lignes à la toute fin du précédent bouquin, nous donnant envie de nous précipiter sur le suivant pour avoir droit à LA grande explication qui s’impose, et qui nous aurait permis de comprendre comment Agatha pleine de ressentiments à son égard et James allaient solder leurs comptes…

Permis de savoir ce qu’était devenu James pendant tout ce temps… De savoir pourquoi il revient là et comment il s’est remis de la crise mystique qui l’avait éloigné d’Agatha…

Le truc incontournable pour donner un peu de crédibilité et de logique temporelle à la suite…

Et ben non ! Vous ne saurez rien ! Rien de rien ! C’est comme dans Dallas… Bobby meurt… et à la saison d’après sa femme le retrouve vivant dans la douche comme si de rien n’était et tout ce qui s’est passé entre temps n’était qu’un rêve entrecoupé de spots publicitaires !

On vous dit juste avant la cinquième page qu’Agatha a l’impression d’être revenue à la case départ ! Tu m’étonnes ! Et son premier mari décédé ? Ils vont nous le ressusciter aussi ??? Et elle reprend son agence de communication quand tant qu’on y est ?

D’autant que James se barre à la page 40 pour être remplacé par… Sir Charles dont les antennes vibrent à chaque fois qu’Agatha renoue avec James ou qu’elle se trouve dans la mouise pour la lâcher 50 pages plus loin !

Mais c’est même pas grave puisqu’un bellâtre vénéneux apparaît 5 pages après…

Et ouais ! Le vaudeville recommence ! Pourquoi ai-je une telle impression de déjà-vu ? Pourquoi ai-je soudainement l’impression de me retrouver devant la rediffusion d’une série médiocre des chaînes de la TNT que personne ne regarde jamais ?

Merde quoi ! Agatha avait enfin cessé de tourner en rond depuis quelques temps avec son agence de détectives et son personnage semblait enfin évoluer et… patatras ! On annule tout et on recommence ! Quelle honte !

Bref, vous l’aurez compris, je suis verte de rage et il s’en est fallu de peu pour que je n’apprenne au livre à s’envoler par la fenêtre !

Forcément c’est toute la bibliothèque de ma liseuse qui aurait suivi…

Je suis allée au bout par conscience professionnelle et toussa toussa… Mais j’avoue que dès les premières pages j’étais tellement remontée que s’il y a eu quelque chose de franchement top dans le livre et bien je n’ai pu que passer à côté !

En plus… Le coup d’Agatha suspectée de meurtre pendant ses vacances et qui se voit obligée d’enquêter pour laver son honneur… On nous l’avait JAMAIS fait celle-là ! Hou là là ! Que d’originalité ! Vais-je m’en remettre ? Pas certain…

L’énigme est pas mal certes… Mais même si l’écologie est une préoccupation vitale aujourd’hui, ça n’est pas une raison pour recycler sans cesse les mêmes ficelles moisies.

D’autant que les portraits des personnages secondaires sont brossés à l’arrache et ressemblent à s’y méprendre à ceux qu’Agatha a déjà croisés lors de ses enquêtes précédentes. Et oui ! Même les portraits sont recyclés !

Là c’est juste plus possible le coup du vase-clos pendant des vacances qui tournent mal et tous ces flics idiots qui veulent toujours coffrer la pauvre Agatha !

À sa place je deviendrais parano ! Avant je me disais juste que le taux de mortalité était effroyable dans son village, mais maintenant c’est établi ! C’est juste Agatha qui a la poisse, un peu comme Princesse Sarah ou Caliméro ! C’est too much !

Même le style laisse à désirer ! Ok… Je ne m’attends pas à lire du Proust quand j’ouvre un Agatha Raisin, mais le style est ici tellement pauvre et aseptisé que dès les premières pages ça fait plus résumé de bouquin écrit à la hâte qu’autre chose.

Genre l’auteur est à la bourre pour rendre sa copie à son éditeur et se dépêche de taper le manuscrit pendant son voyage en train jusqu’à la maison d’édition.

Oui… Agatha et son mauvais caractère… et ben ça reste Agatha… et elle et moi on est potes pour la vie… Mais il faut d’urgence qu’elle se trouve une autre scénariste, parce que là, je sature !  Agatha mérite mieux que ça.

Il faudra que le volume 18 soit à la hauteur car ça risque d’être ma dernière fiche sur la série si ça continue ainsi.

… et encore… je suis gentille ! Il y en a au moins un en souvenir du bon vieux temps.

Dans la brume écarlate : Nicolas Lebel

Titre : Dans la brume écarlate – Capitaine Mehrlicht 5

Auteur : Nicolas Lebel
Édition : Marabout Black Lab (20/03/2019)

Résumé :
Une femme se présente au commissariat du XIIe et demande à voir le capitaine Mehrlicht en personne.. Sa fille Lucie, étudiante, majeure, n’est pas rentrée de la nuit. Rien ne justifie une enquête à ce stade mais sait-on jamais…

Le groupe de Mehrlicht est alors appelé au cimetière du Père Lachaise où des gardiens ont découvert une large mare de sang. Ils ne trouvent cependant ni corps, ni trace alentour.

Lorsque, quelques heures plus tard, deux pêcheurs remontent le corps nu d’une jeune femme des profondeurs de la Seine, les enquêteurs craignent d’avoir retrouvé Lucie.

Mais il s’agit d’une autre femme dont le corps exsangue a été jeté dans le fleuve. Exsangue ? Serait-ce donc le sang de cette femme que l’on a retrouvé plus tôt au Père Lachaise ?

La police scientifique répond bientôt à cette question : le sang trouvé au cimetière n’est pas celui de cette jeune femme, mais celui de Lucie…

Un roman gothique dans un Paris recouvert de brouillard à l’heure où un vampire enlève des femmes et les vide de leur sang.

Un roman choral qui laisse la parole à plusieurs protagonistes : à ceux qui perdent ou ont perdu, à ceux qui cherchent, à ceux qui trouvent ou pensent trouver.

Un roman qui est l’histoire de six hommes qui aiment ou croient aimer chacun une femme : celui qui la cherche, celui qui l’aime de loin, celui qui veut la venger, celui qui la bat, celui qui la veut éternelle, et celui qui parle à ses cendres.

Un roman parle des femmes comme premières victimes de la folie des hommes, même de ceux qui croient les aimer.

Critique :
Kermit la grenouille est de retour ! Ses Gitanes sans filtre, son franc parler, son argot, ses jurons sans fins, son caractère de dogue allemand qui viendrait de se prendre les roubignoles dans une porte est en forme.

Il tousse bien un peu, il est mis à l’amende s’il dit le mot « putain » mais pour le reste, il est resté fidèle à lui-même : exécrable.

Oui, le capitaine Daniel Mehrlicht est imbuvable mais on l’adore, surtout nous, les lecteurs, ses collègues de travail, c’est une autre paire de manches.

Si dans le dernier Norek nous avions peu de contexte social, dans le dernier Lebel, on en bouffe à toutes les sauces et si ce n’était pas aussi grave, on saucerait son morceau de pain pour ne pas en laisser une miette.

Jamais moralisateur, l’auteur nous balance des coups de pieds dans les tibias afin de nous réveiller un peu, de nous agiter les sangs avant que le vampire ne nous suce jusqu’à la moelle. Et on ne parle pas ici du Fisc ou autre organisme spécialisé dans le pompage et la tonte de la laine sur notre dos.

Tremblez, lectrices, un vampire semble arpenter les ruelles emplies de fog de Paris et, sélectionnant des jeunes filles, il les laisse exsangue. Vrai vampire sorti du roman de Bram Stoker ou vampire moderne se livrant à dieu sait quel trafic pas catholique ?

Si vous croyez que je vais vous le dire ! Lisez le dernier de Lebel et vous saurez tout.

Mélangeant l’écriture humoristique et la sérieuse pour traiter les sujets graves, le roux flamboyant qu’est Lebel nous entraine dans un Paris loin des lumières et des flonflons, loin des touristes, mais nous plonge la gueule dans la misère noire des camps de migrants, des femmes battues qui protègent leurs maris, de la France raciste et des vengeances qui ne sont pas éteintes, même des années plus tard.

Tuant au passage Michel Sardou et Alain Delon, l’auteur nous fait pénétrer dans le cimetière du Père Lachaise et de ses légendes urbaines qui font dresser les poils sur les bras (sauf si vous êtes épilée, bien entendu) et qui nous accroche un peu plus aux pages du roman qui, sombre complot, sont pourvues de colle forte pour ne pas que vous reposiez le roman.

Aidé de personnages qui sont aux antipodes des habituels de la littérature policière, Lebel nous balance une intrigue réaliste, aux relents fantastique, faisant écho aux romans de Mary Shelley, de Bram Stoker et à la phrase de Rabelais qui disait que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Et il avait tout à fait raison.

On frôle le fantastique, mais tout le reste est réaliste, même si on se doute que l’on aura jamais pareil tueur dans les rues de Paris (faut espérer), ni pareille équipe pour enquêter (on ne souhaite Mehrlicht à personne).

Sans sombrer dans le pathos, ou la morale à deux balles qui fait fuir, Lebel nous offre un 5ème roman des plus réussi (comme les 4 autres), développe un peu plus le côté sombre de certains de ses personnages, nous démontre qu’il faut parfois manger à la table du diable sans longue cuillère pour arriver à ses fins et nous laisse dans un petit suspense insoutenable, le saligaud !

Attention, mon ami, j’ai des contentieux chat et cheval avec tes collègues écrivains, ne vient pas ajouter ton nom à ma Kill Liste ! Réfléchis bien, tes lecteurs•trices ne te le pardonneront jamais…

Un excellent thriller policier, une fois de plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – Fiche N°1.