Arrive un vagabond : Robert Goolrick

Titre : Arrive un vagabond

Auteur : Robert Goolrick
Éditions : Anne Carrière (2012) / Pocket (2014) / 10/18 (2016)
Édition Originale : Heading Out to Wonderful (2012)
Traduction : Marie de Prémonville

Résumé :
C’est au cours de l’été 1948 que Charlie Beale arriva à Brownsburg. Il était chargé de deux valises – l’une contenait quelques affaires et des couteaux de boucher, l’autre une importante somme d’argent.

Charlie y tomba deux fois amoureux. D’abord, il s’éprit de cette ville paisible de Virginie dont les habitants semblaient vivre dignement, dans la crainte supportable d’un Dieu qu’ils avaient toutes les raisons de trouver plutôt bienveillant à leur égard.

Une preuve parmi d’autres : il n’y avait encore jamais eu de crime à Brownsburg.

La deuxième fois que Charlie tomba amoureux fut le jour où il rencontra Sylvan Glass.

Critique :
Chronique d’un drame annoncé…

Un jour, en 1948, un inconnu (Charlie Beale) débarque dans une petite ville où tout le monde connaît tout le monde.

Petit à petit, il s’intègre dans cette communauté très pieuse (cela ne veut pas dire qu’ils passent leur vie au lit) où il est obligatoire d’aller à l’église le dimanche, devient ami avec le boucher et son épouse et copain avec Sam, leur gamin.

Deux communautés cohabitent à Brownsburg et évitent de se croiser : les Blancs et les Noirs.

Nous ne sommes pas sur un jeu d’échecs mais je peux vous dire qu’ici, les Noirs sont toujours les perdants, communauté pieuse ou pas, la ségrégation est bien là, comme une sale habitude.

Sans être des gens violents, les Blancs estiment que les Noirs doivent rester à leur place et l’auteur arrive à intégrer cette règle de manière habile dans son récit.

Charlie Beale rencontre Sylvan Glass et c’est l’amour fou et qui dit histoire d’amour dit drame, sinon, ce n’est pas une vraie histoire d’amour.

Et comme le récit a un fond de roman noir (contexte social bien présent), on se doute qu’on devra faire une croix sur le « Ils vécurent heureux et baisèrent comme des lapins »… Quoique, ils ont baisé comme des lapins pendant un temps.

Pas de guimauve dans ce roman, pas de grandes envolées lyriques à la Harlequin, juste un homme dont on ne sait rien de son passé, juste qu’il a de l’argent et face à lui, une jeune fille vendue par sa famille à un homme plus âgé et qui ne peut divorcer sous peine de voir ses parents jetés hors de le leur petite ferme.

Par contre, il y a un poids sur bien des épaules… Sur celles de Charlie qui ne peut dire de qui il est amoureux, sur les épaules frêles de Sylvan qui voudrait vivre comme les stars d’Hollywood et sur celle du petit Sam, 5 ans, qui est témoin de cette idylle et qui ne peut rien dire car il a juré à Charlier qu’il garderait son secret.

Vous pensez bien que dans une communauté plus pieuse que le pape, l’adultère est un péché horrible puni par les flammes de l’enfer, si pas pire.

Nous sommes en 1948, dans l’Amérique rurale, très rurale et on ne plaisante pas avec la moralité, du moins, on ne plaisante pas avec une certaine moralité, pour les choses vraiment amorales, on trouvera bien un arrangement avec sa conscience.

Sans jamais sombrer dans le pathos, l’auteur a réussi à me serrer la gorge dans les dernières pages, alors qu’il venait déjà de m’emporter durant tout son récit, grâce à sa plume qui sait si bien décrire l’Amérique profonde, l’Amérique rurale, pieuse, trop pieuse et qui, même si elle voulait passer l’éponge, ne le pourrait pas car la pression est trop forte.

Le drame, on le sent venir, lentement, insidieusement, on crève de mal aux tripes au tribunal, quand les procureurs viennent avec leur diable, leur enfer et en menace un enfant de 5 ans, victime et témoin involontaire des actes des grandes personnes.

Assurément, une belle histoire tragique qui, comme toute bonne tragédie, qu’elle soit grecque ou américaine, se finit dans les larmes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°32].

Le Mois Américain arrive…

Le soleil rouge du tsar : Violette Cabesos [LC Bianca]

Titre : Le soleil rouge du tsar

Auteur : Violette Cabesos
Édition : Albin Michel (29/02/2020)

Résumé :
Milena, petite-fille de Russes blancs, a une passion : les trésors perdus de la Russie des tsars. Alors qu’elle s’apprête à partir pour Saint-Pétersbourg où une cache datant de 1917 vient d’être découverte, elle apprend que sa maison de Nice a été saccagée.

Sur les murs, d’énigmatiques vers slaves, probablement des références codées à Vladimir le Grand, fondateur de la Sainte Russie.

Un siècle auparavant, Vera, ballerine du théâtre Marrinsky, est déchirée entre les faveurs d’un grand-duc, son amour pour un poète anarchiste, et un brûlant secret d’État dont sa famille est dépositaire.
Au-delà du temps et des frontières, une mystérieuse et terrifiante malédiction semble lier ces deux femmes. Faut-il y croire ? Comment ne pas y succomber ?

Au fil d’un suspense historique, Violette Cabesos nous plonge dans les méandres de la Russie éternelle, sur les traces des Romanov, de Raspoutine et d’obscurs espions du FSB.

Critique :
Sans ma copinaute Bianca pour me le proposer en Lecture Commune, jamais je n’aurais pensé à lire ce roman puisque j’en avais des plus urgents dans ma PAL…

Mais voilà, je n’ai pas résisté plus d’une seconde dès que j’ai vu le titre : nous allions aller en Russie !

La Russie, c’est un pays que j’aime (mais pas ses gouvernants) et en littérature, c’est un péché mignon, surtout si on a un côté politique.

Là, j’ai été plus que servie car l’auteur nous propose un récit ancré dans deux époques : le premier en France, de nos jours et le second en Russie, couvrant la période allant de 1898 à 1919.

Ma préférence est allée directement au récit du journal intime de Vera Semionovna Mychkina, jeune russe, ballerine du théâtre Mariinsky qui a fréquenté Bimbo qui n’est rien de moins que Nicolas Mikhaïlovitch Romanov !

Dès le départ, on plonge dans le mystère, on apprend que la famille Mychkine est gardienne d’un secret qu’il ne faut dévoiler à personne.

Je rassure tout le monde : vu que ce fameux secret, la famille en est la gardienne depuis la mort mystérieuse de l’empereur Alexandre Ier, il n’y a aucune chance que ce soit un secret ayant trait au fait que Anastasia aurait survécu à ses exécuteurs et qu’elle ait ensuite signé un contrat avec Disney ! Ouf.

Les alternances passé/présent sont toujours frustrantes : lorsqu’on est dans la Russie du Tsar Nicolas (qui n’en sortira pas grandi, son épouse non plus), on apprécie le côté historique du récit, même romancé, car on sent que derrière, il a eu du travail, des recherches. C’est intéressant, instructif et l’écriture de l’auteure nous donne l’impression que nous sommes aux côtés de Vera, personnage à laquelle je me suis attachée de suite.

Ensuite, lorsqu’on la quitte pour revenir au présent avec l’enquête de Milena, il y a frustration, bien entendu, vite dissipée par les aventures de notre héroïne qui se trouve face à des énigmes et des problèmes à ne plus en finir.

Addictif ce genre de construction et toujours frustrant. J’adore ce genre de frustration car le mystère reste épais, caché et ça fait travailler mes petites cellules grises (qui, pour le coup, n’ont pas vu venir grand-chose, hormis un traître qui n’en était pas vraiment un et un autre traître qui en fait n’en était pas un).

Oublions mes problèmes de suspicion mal placée et revenons aux personnages… La famille de Milena a toujours un pied dans le passé, ressassant sans cesse les souffrances vécues par l’exil des Russes Blancs ayant quitté la Russie lors de la prise de pouvoir de Lenine et Milena a du mal avec ce postulat tout en ayant un problème avec l’alcool.

Un roman policier historique avec un ancrage dans le présent, des mystères, un peu de « fantastique » avec une tante qui croit à des tas de choses, une malédiction, de l’Histoire, une révolution, des meurtres, des exil qui laissent des blessures profondes, des trahisons, des secrets de famille, du suspense, bref, un cocktail des plus copieux pour qu’on le sirote sans modération mais avec délectation.

Merci à Bianca de m’avoir proposée cette LC imprévue. Elle a eu du flair. Elle connait aussi mes péchés mignons et la Russie en fait partie. Nous avons passé toutes deux un bon moment de lecture, appréciant aussi le récit dans le passé.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°220.

Journal d’un amour perdu : Eric-Emmanuel Schmitt

Titre : Journal d’un amour perdu

Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Édition : Albin Michel (04/09/2019)

Résumé :
« Maman est morte ce matin et c’est la première fois qu’elle me fait de la peine. »

Pendant deux ans, Éric Emmanuel Schmitt tente d’apprivoiser l’inacceptable : la Disparition de la femme qui l’a mis au monde.

Ces pages raconte son « devoir de bonheur » : une longue lutte, acharnée est difficile, contre le chagrin.

Demeurer inconsolable trahirait sa mère, dans cette femme lumineuse et tendre lui a donné le goût de la vie, la passion des arts, le sens de l’humour, le culte de la joie.

Critique :
La perte d’un être cher et adoré est toujours une phase difficile pour tout le monde.

Comment surmonter la peine, le chagrin, le doute, la colère, le déni, la peur, l’angoisse ?

Personne n’a de remède miracle, mais écrire tout cela sur un cahier pourrait-être une solution comme une autre.

C’est ce qu’à fait Eric-Emmanuel Schmitt après le décès de maman avec qui il était très proche.

Une fois de plus, je dois cette lecture à La Grande Librairie (émission du 18/09/2019). L’auteur était venu présenter son livre et j’avais été émue par ce qu’il disait, il avait su me toucher.

J’ai sauté sur l’occasion de découvrir cet auteur autrement que je ne l’avais fait, il y a des années et que, depuis, je refusais de lire alors qu’il n’était en rien responsable (je vous expliquerai plus bas le pourquoi du comment tout ça est arrivé).

Alternant les phases de dépression, de chagrin intense, on sent bien au travers des lignes que l’auteur a plongé fort bas au décès de cette mère qu’il adorait et si je m’attendais à trouver un texte de deuil et puis de remontée vers la lumière, j’ai aussi trouvé que l’auteur nous confiait plus que ça.

Ses pensées vont dans tous les sens, sur tous les sujets, passant de ses chiens à sa nièce, à ses spectacles, qu’il doit continuer, à ses amis, à sa famille, ses voyages, son chagrin, son envie de tout abandonner de la vie et ses réflexions sur bien d’autres sujets.

On pourrait penser que le récit est décousu, mais non, il suit le cheminement de la pensée, des actes d’une personne qui se retrouve plongée dans l’inévitable et qui doit y faire face en passant d’abord par les pompes funèbres et le cimetière.

Il est difficile de parler de ce livre à des gens qui ne l’ont pas lu mais j’ai trouvé que malgré tout, l’auteur restait pudique, même sur ses interrogations sur son père. Malgré le chagrin, il a su aussi offrir des bouffées d’oxygène à ses lecteurs en nous parlant de sa chienne, très majestueuse, et en nous livrant ses pensées canines.

C’est un récit bourré d’émotions, de tristesse aussi, car la mère de l’auteur était quelqu’un d’exceptionnel à ses yeux et même tout court. Une mère qui méritait son statut de mère, quand tant d’autres ne méritent même pas le nom.

C’est un roman que l’on dévore tranquillement, un sourire triste sur les lèvres, mais en se gorgeant de tous les bons mots qui parsèment cet ouvrage et lorsqu’on a terminé, même si on a ressenti une empathie profonde avec l’homme, on sait aussi qu’il a retrouvé le chemin vers le bonheur et vers l’acceptation.

Un roman profond, beau, tendre, triste, mais sans pour autant que l’on se mouche car le récit reste sobre et profond. Plus une mise à l’honneur de sa maman que d’un récit larmoyant. Malgré tout, on est ému, touché car un jour, ce sera à notre tour de dire au revoir à notre maman (là où d’autres l’ont déjà dit).

Une fois de plus, merci à l’émission de François Busnel de m’avoir fait découvrir un auteur qui m’a fait sortir de mes sentiers battus et qui m’a réconcilié avec Eric-Emmanuel Schmitt, ce pauvre auteur qui ne m’avait rien fait mais à qui j’en voulais pour de mauvaises raisons.

De même qu’un jour lointain, tout près d’ici, elle a lâché notre main parce que nous pouvions marcher, elle vient de la lâcher une seconde fois pour que nous continuions le chemin.

Pourquoi cette haine de l’auteur alors qu’il ne m’avait rien fait ? Tout simplement à cause d’un travail que ma petit soeur devait faire sur un de ses romans (Lorsque j’étais une oeuvre d’art).

Nous étions en 2007 (ou 2006), ma frangine me demande de l’aide pour cette fiche de lecture car elle ne savait pas comment la faire, par quel bout la prendre et vu sa dyslexie, il fallait ensuite corriger les fautes.

J’accepte, bien entendu. Mais, une fois de plus, ma sœur avait procrastiné et elle était charrette, comme on dit chez nous (à la limite de la dead line). Elle devait rendre le travail pour le lendemain (bordel de dieu), j’étais claquée de ma journée de travail et il fallait encore suer sur sa fiche de lecture d’un roman que je n’avais pas lu et qu’elle avait lu en diagonale. Bravo !

Laborieusement elle arrive à me donner quelques indications pour rédiger son travail (après que je lui aie sorti les vers hors du nez), je commence à pianoter mais elle m’arrête de suite car les phrases que j’utilisais n’étaient pas les siennes. Le prof allait comprendre… Fallait que j’écrive comme elle ou du moins, pas comme moi !

On y a passé quelques heures, sur ce putain de travail, j’ai sué, elle aussi, je n’en pouvais plus, mais on a réussi à finaliser un brol qu’on a relu, ne tenant plus qu’à la caféine. Il était minuit.

Déjà là, je ne voulais plus entendre prononcer le nom de l’auteur (alors qu’il était innocent) mais lorsqu’elle a eu les résultats de son travail et qu’elle m’annonça que ses points étaient mauvais et que la prof en avait retiré encore à cause des fautes d’orthographes, c’est comme si c’était moi qui avait foiré à l’école.

J’étais fatiguée et ma relecture avait été merdique, laissant des fautes horribles dans le texte. Nous étions busée mais les mauvais points, c’est moi qui me les prenais.

Bref, depuis ce jour, le nom d’Eric-Emmanuel Schmitt me donnait des sueurs froides et des grognements de bêtes enragées. Tout ça pour une putain de fiche de lecture que j’ai dû faire pour ma frangine et dont l’auteur ne pouvait rien.

Le silence entretient le traumatisme. L’individu ne dépasse le traumatisme que lorsqu’il verbalise.

Une mort brusque offre du miel à celui qui se retire, un poison à ceux qui restent.

La vraie sagesse ne revient pas à détenir des certitudes mais à apprivoiser l’incertitude.

On occupe sa jeunesse à se préparer à vivre, sa vieillesse à se souvenir d’avoir vécu. Ce faisant, on rate le présent qui seul existe en tombant dans deux pièges, celui de l’avenir qui n’existe pas, celui du passé qui n’existe plus. Que de temps perdu ! Ou plutôt : que de présent perdu !

L’Amant de lady Chatterley : D.H. Lawrence

Titre : L’Amant de lady Chatterley

Auteur : David Herbert Lawrence
Édition :
Édition Originale : Lady Chatterley’s Lover (1928)
Traducteur : Pierre Nordon

Résumé :
1918…
Un monde s’achève. La vieille Angleterre expire. C’est dans cet univers bouleversé que naissent les amours d’une aristocrate et de son garde-chasse.

La société de l’époque reconnaîtra à Lady Chatterley le droit et le « devoir » de prendre un amant qui lui donnera l’enfant qu’elle n’aura jamais de son mari.

Ce n’est pas l’adultère qui heurte cette société, mais l’insultant bonheur de deux êtres qui n’auraient jamais dû se rencontrer.

Critique :
Le poète et écrivain Philip Larkin résume à sa façon le procès et les conséquences de son verdict : On a commencé à faire l’amour en 1963, entre la fin de la « censure Chatterley » et le premier disque des Beatles.

Et bien, c’était pas folichon, le cul, chez les Anglais !

Ils Brexitaient déjà dans le lit conjugal, ces satanés Rosbeef.

Tout est histoire de savoir quand il faut se retirer (ni trop vite, ni trop tard) de ne pas laisser des factures impayées, ou des femmes insatisfaites sexuellement parce que leur Jules la joue à la Chirac (deux minutes, préliminaires comprises).

Et à ceux qui diraient que les femmes sont frigides, je leur répondrai qu’ils sont des mauvaises langues.

Je suppose, mesdames et mesdemoiselles qui lisez ma bafouille, que des amants merdiques, vous avez connu ça vous aussi. Le mec qui tire son coup et puis se vautre à côté pour ronfler, vous laissant sans jouissance, on a toutes connu ça (et les hommes qui aiment les hommes aussi, je ne suis pas sectaire).

Lady Constance Chatterley n’a pas de bol, après avoir été déniaisée dans sa jeunesse, elle a épousée Clifford Chatterley, un intellectuel avec un titre mais ce dernier a perdu l’usage de ses jambes et de tout ce qui se trouvait sous sa ceinture dans les tranchées de 14-18.

Pour la bagatelle, Constance est priée d’aller voir ailleurs – oui, elle a sa permission – et elle a même le droit de choisir un étalon reproducteur, puisque, en 1920, la banque du sperme n’avait pas encore de guichet spécial prévu pour les retraits en liquide.

À ceux qui voudraient lire de la gaudriole, du porno ou autre terme, ma foi, il perd son temps car ce qui était considéré comme pornographique en 1928 ne l’est plus en 2019.

On pourrait dire que le roman est érotique car rien n’est suggéré, on parle de phallus, de con et il parait que dans la V.O, Lawrence utilisait volontiers le mot « FUCK ». Voyez, je le note en majuscule et personne ne va s’émouvoir ou perdre connaissance. Juste ma mère qui me fera les gros yeux. Et encore, s’il elle le voit (risque zéro).

Là où les dents ont dû grincer, c’est que Lawrence frappe aussi sous la ceinture et ne se prive pas de dresser un portrait peu flatteur des classes non laborieuses, celle qui a des dents, du fric, qui est allée à l’école, qui a des biens, qui ne bosse pas, qui fait bosser les autres, anybref, celle qui a des titres de noblesses et des noms à rallonge.

Il [Mellors] avait trouvé chez les gens de la classe moyenne ou des hautes classes une dureté, une sécheresse empesée, une absence de vie réfrigérante, et qui lui faisaient éprouver combien il était différent. Il était donc revenu vers ceux de sa classe. Il y avait retrouvé ce qu’il avait oublié au cours des années: une mesquinerie et une vulgarité absolument détestables. Il avait fini par admettre à quel point les bonnes manières étaient importantes.

— Mais l’inégalité ?
— C’est le destin. Pourquoi Jupiter est-il plus gros que Neptune ? On ne peut pas changer la nature des choses.

L’Angleterre des riches propriétaires qui ont fait leur fortune sur le dos des mineurs s’en prend plein la gueule aussi.

Parlant du déclin de cette Angleterre rurale pour une industrielle, de ces manoirs, châteaux, trop chers à l’entretien, qui se font abattre l’un après l’autre, l’auteur tape une nouvelle fois sous la ceinture, alors que les parties étaient déjà douloureuses. Certains ne veulent pas voir la vérité en face.

C’est cela l’histoire. Une Angleterre en efface une autre. Les mines avaient fait la richesse des châteaux. Maintenant on les effaçait, comme on avait déjà fait pour les cottages. L’Angleterre industrielle efface l’Angleterre agricole. Une signification en efface une autre. La nouvelle Angleterre efface la vieille Angleterre. Faisant partie des classes aisées, Connie s’était accrochée aux débris de la vieille Angleterre. Il lui avait fallu des années pour comprendre que celle-ci était en voie de disparition sous la terrible pression de la hideuse Angleterre nouvelle, et que le processus se poursuivrait jusqu’à son terme.

Revenons maintenant à notre Clifford qui va autoriser sa femme Constance à aller se faire monter par un autre et se faire engrosser, aussi. Mais attention, faut qu’elle continue de l’aimer, son Clifford, faudrait pas qu’elle y prenne du plaisir.

De plus, môsieur Clifford est persuadé qu’un jour, sa machinerie recommencera à fonctionner et là, il pourra lui faire des enfants. C’est beau de rêver.

S’il vous plait, pourrait-on faire un accident de chasse pour Clifford ? Ce personnage n’a rien pour lui et j’ai eu plus souvent envie de pousser sa chaise d’infirme du haut de la colline que je n’ai eu d’empathie pour lui.

— Non, reprit Clifford, si l’on sait s’y prendre, il n’y aura plus de grèves.
— Et pourquoi ?
— Parce qu’on rendra les grèves presque impossibles.
— Mais les ouvriers vous laisseront-ils faire ?
— On ne leur demandera pas leur avis. Cela se fera sans qu’ils y prennent garde : pour leur bien, et pour sauver l’industrie.
— Pour votre bien aussi.
— Bien sûr ! Pour le bien de tous. Mais pour leur bien, encore davantage que pour la mine. Je peux vivre sans les puits. Pas eux. Sans les puits ils meurent de faim. Moi, j’ai d’autres ressources.

Sir Clifford est hautain, égoïste, tyrannique, est pour la persistance des classes sociales, des apparences et pense que c’est lui qui sacrifie son existence pour sa femme et que c’est elle l’insensible. À se demander s’il l’a aimé un jour, Pitié, offrez-lui des lunettes de chez Afflelou ou baffez-le pour qu’il ouvre enfin les yeux.

Ou mieux, payons un tueur à gages pour lui régler son compte, même si, parfois, dans ses discours, il analyse correctement la société et que l’auteur avait besoin de créer un personnage tel que lui pour délivrer son fiel sur la société et son analyse, aussi.

Il lui sacrifiait son existence et elle était insensible. Seules comptaient ses exigences. « Madame et son bon plaisir. » Maintenant l’idée d’avoir un bébé l’obsédait. Quelque chose qui serait à elle, rien qu’à elle, et pas à lui !

Mais maintenant, il pouvait sonner Mrs Bolton. Elle accourait toujours, et c’était un grand réconfort. Elle arrivait en robe de chambre, une natte de cheveux dans le dos, virginale et effacée, bien que la tresse brune fût mêlée de gris. Elle préparait du café ou de la camomille, et faisait avec lui une partie d’échecs ou de piquet. Elle possédait cette étrange aptitude qu’ont les femmes de jouer aux échecs en étant aux trois quarts endormie, et ce, de façon suffisamment convenable pour que l’on prît plaisir à la battre.

Pas de bol pour le Clifford, c’est avec le garde chasse, Oliver Mellors, que sa femme va fauter. Pire, elle va y trouver du plaisir et en tomber amoureuse. Et ça, c’est pas permis.

C’est ça, le grand scandale du roman ! Pas tellement le fait que madame aille voir à côté, puisque le petit oiseau de monsieur son époux ne siffle plus, mais c’est le fait qu’elle jouisse avec son garde-chasse, qu’elle y prenne du plaisir, qu’elle en tombe amoureuse. Et ça, la société bien pensante anglaise ne le tolérait pas.

En 2019, ce roman n’a plus rien de sulfureux, plus rien de porno, plus rien de licencieux, personne ne se choquera du garde-chasse qui tire son coup dans une chasse gardée et qui nomme son pénis « Thomas » et le sexe de sa lady, son con.

Pourtant, cet homme a de l’éducation, a lu des livres, a étudié, a fréquenté des officiers, mais les circonstances de la vie l’ont rendu amer, nihiliste et il a abandonné son beau parler pour reprendre le patois du coin.

À notre époque, on ne s’émouvra même pas de la critique de l’Angleterre de l’après-guerre, on a lu pire, on a lu plus cinglant dans le cynisme, on est allé voter, on a vu les résultats…

Donc, de nos jours, on haussera juste un sourcil là où, il y a 90 ans, on reniflait des sels pour se remettre de ses émotions tout en hurlant à la fatwa sur la tête de D.H. Lawrence avant d’enfermer son roman durant 40 ans dans les jupons de fer de Dame censure.

La lecture était plaisante mais on a tout de même beaucoup de blablas sur la fin et ça commençait à devenir un peu lourd, surtout quand la lady Chatterley nous la jouait petite fille amoureuse avec ses « dis-moi que tu me gardes. Dis que tu vas me garder, que tu ne me laisseras pas te quitter pour aller ailleurs ou avec quelqu’un d’autre. »

Une oeuvre classique sur laquelle j’aurais dû me pencher un peu plus tôt mais, voyez-vous, il n’est jamais trop tard pour bien faire et se mettre à jour dans ses lectures érotico-classiques (bon, ce n’est pas les « Les onze mille verges » non plus).

Un roman que j’ai apprécié, même si les blablas sur la fin m’ont plus fait soupirer qu’autre chose.

Challenge « British Mysteries 2019 » chez MyLouBook.

Madame Bovary : Gustave Flaubert [Fiche de lecture pas très académique par Dame Ida]

Titre : Madame Bovary

Auteur : Gustave Flaubert
Édition : Michel Lévy (1857) / Folio Classique (2017)

Résumé :
Pour son malheur, Emma Bovary est née femme et vit en province. Mère de famille contrainte de demeurer au foyer, elle mène une existence médiocre auprès d’un mari insignifiant.

Pourtant, Emma est nourrie de lectures romantiques et rêve d’aventures, de liberté et surtout de passion. L’ennui qui la ronge n’en est que plus violent, au point de la pousser à l’adultère.

Critique :
Le petit Charles était un petit gars de la campagne qui aimait bien se balader dans la nature et observer les travaux des champs d’autant que son paternel avait autre chose à faire avec son blé que de l’envoyer à l’école.

Sauf que sa daronne avait d’autres ambitions pour lui. Elle voulait en faire un docteur.

Alors on l’a balancé au collège où il ne fit pas d’étincelles, puis faire sa médecine même si sa première année était laborieuse.

Bon an, mal an, il fit par décrocher son parchemin et sa daronne arriva même à lui trouver une clientèle à reprendre et une veuve prétendument riche et certainement ménopausée à marier pas très loin de chez elle. Sauf que la vioque n’était pas si riche que ça et tellement animée de jalousie maladive qu’elle a fini par en clamser.

Voilà qui tombait vachement bien parce que le p’tit Charles Bovary il la trouvait pas si mal que sa la p’tite Emma, toute fraîche, que son père, paysan à l’aise à qui il était allé réparer une jambe, avait fait revenir du couvent auprès de lui.

V’là que le p’tit Charles lui fait sa cour en se pointant chez le paysan tous les jours pour un oui ou un non… Et que tout de même que c’est pas bien sain qu’un docteur il reste célibataire.

Alors il demande sa main à la p’tite Emma, que son père accepte vivement de lui céder bien volontiers. Evidemment la mère Bovary fait la tronche parce qu’elle n’avait pas choisi la nouvelle femme de son fils…

Après des noces paysannes plouques à souhait, avec cortège de dames endimanchées et de messieurs si bien rasés qu’on se demandait s’ils avaient pas essayé de violer leur chat vu leurs balafres… repas interminable où tous les cochons et tous les poulets du coin auront été bouffés et toutes les bouteilles de pinard et de gnôle auront été vidées, la p’tite Emma arrive chez elle et essaie d’être une épouse parfaite.

Sauf qu’elle s’emmerde un peu parce que son docteur de mari n’est pas trop là… Une invitation va tout de même tromper son ennui !

Le vicomte (mazette ! Un noble ! Un vrai aristobourge !) du coin les invite à un bal à son château et à passer la nuit. Voilà qu’ils chargent leur petite voiture à cheval pour s’y rendre, qu’Emma a pris ses plus belles robes… Révisé ses pas de danse…

Et tout ce weekend n’est qu’un émerveillement permanent à la lueur des chandelles, des cristaux des lustres, des verres délicats, des reflets de l’argenterie que Conchita elle a frottée et frottée tout la journée au sous-sol…

Les porcelaines délicates de la vaisselle seront remplies de mets délicats et raffinés, les vins et le champagne lui donneront du rouge au joue, mais pas mal à la tête ou à l’estomac comme la gnôle du père Machin…

Et toutes ces belles robes… Ces beaux meubles… Ces beaux tableaux… Ces belles manières… Ces gens si distingués… Et même le vicomte lui offrira une valse… Heureusement, Emma aura réussi à convaincre son mari de ne surtout pas danser et de se faire oublier dans un coin pour ne pas lui coller la honte. Ben ouais…

C’est qu’il est un peu lourdaud le Charles !

Bref, la p’tite Emma vivra l’année qui suivra dans le souvenir de cette soirée, guettant une nouvelle invitation en vain… Mais comme elle ne reviendra pas elle en tombera littéralement malade parce que bordel à cul de pompe à merde ! Qu’est-ce qu’on se fait chier avec Charlot ! Il est nul quoi !

Et v’là que la p’tite Emma veut jouer les parisiennes, v’là qu’elle s’invente une vie,  lit des livres pour faire croire qu’elle est cultivée s’achète des fringues, des fanfreluches, des breloques…

Monsieur Lheureux, son fournisseur officiel et à crédit la laisse s’endetter peu à peu… Elle néglige sa fille qui n’est franchement pas très intéressante…  Elle dragouille le clerc de notaire mais qui se barre pour finir son droit à la ville avant de conclure avec elle…

Alors elle se rabat sur un autre nobliot du coin réputé pour être un coureur… Et l’adultère longtemps imaginé sera enfin consommé…

Elle envisagera de se barrer avec mais il la plantera au dernier moment… Et retombera sur son ancien béguin (le clerc du notaire) lors d’une petite virée en ville à l’opéra avec son mari et s’inventera des leçons de piano en ville pour retourner trouver son p’tit jeune avec qui elle s’envoie en l’air dans une calèche qu’on voit partir dans tous les sens…

Pendant ce temps, les dettes s’accumulent et ça commence à craindre sévère car le Monsieur Lheureux revend une partie de sa dette à une sorte d’agent de recouvrement qui se fait pressant…

Et puis ces dettes ça craint d’autant plus que le père Charles s’est lancée dans une opération calamiteuse de pieds bot qui s’est soldée par une amputation jusqu’à la cuisse ce qui n’a pas arrangé sa réputation et lui a occasionné quelques dédommagements…

Bref c’est la grosse merdasse, et entre deux parties de jambe en l’air avec son jeunot, Emma cherche des moyens idiots pour ré échelonner ses dettes en continuant à dépenser parce que tout de même… elle n’est pas trop dans la réalité la gourdasse… jusqu’au jour où le jugement de saisie des biens du ménage est prononcé…

La cougar crétine s’affole… supplie… est presque sur le point de se prostituer… Mais ça ne marche plus ! Les dents du piège se referment et la broient…

Avec son sens du courage habituel qui l’a conduite à jouer l’autruche en se collant la tête dans le sable où elle retrouvait ses rêves de grandeur… Emma ne veut surtout pas voir les conséquences atrocifiantes de sa connerie, et pipotte l’aide du pharmacien pour aller bouffer en douce de l’arsenic dans sa réserve. Rien ne nous sera épargné de sa longue et douloureuse agonie…

Elle a péché, qu’elle expie… et qu’elle expire !

Son pauvre benêt de Charles mourra de chagrin à petit feu, ravagé en retrouvant les lettres d’amour de sa gourgandine de femme, preuve absolue de la hauteur de ses cornes…

Et leur fille finira dans une usine parce que tout de même sa tante n’allait pas entretenir une orpheline à ne rien faire !

Flaubert ne le dira pas, mais il est certain qu’elle finra fille mère engrossée par le contremaitre, devra se prostituer, chopper la tuberculose et se trouvera un mac alcoolique et violent qui lui refilera aussi la syphilis, la peste et le choléra avant qu’une voiture à cheval ne lui roule dessus la laissant agoniser en deux morceaux pendant trois semaines.

Voilà à quoi conduit la luxure, les rêves de grandeur,et la dilapidation désinvolte de ses biens ! Au malheur, au déshonneur, à la ruine et à la malédiction sur les générations qui suivent ! Epicétou !

Bref ! On ne trompe pas son mari et on ne dépense pas plus qu’on ne gagne ! Et on évite de se prendre pour ce qu’on est pas ! C’est compris ?

Vous me le copierez 100 fois par jour de découvert à la banque !

Mon désir le plus ardent : Pete Fromm

Titre : Mon désir le plus ardent

Auteur : Pete Fromm
Édition : Gallmeister (05/04/2018)
Édition Originale : If Not for This (2014)
Traducteur : Juliane Nivelt

Résumé :
Maddy s’était juré de ne jamais sortir avec un garçon du même âge qu’elle, encore moins avec un guide de rivière. Mais voilà Dalt, et il est parfait.

À vingt ans, Maddy et Dalt s’embarquent dans une histoire d’amour qui durera toute leur vie. Mariés sur les berges de la Buffalo Fork, dans le Wyoming, devenus tous deux guides de pêche, ils vivent leur passion à cent à l’heure et fondent leur entreprise de rafting dans l’Oregon.

Mais lorsque Maddy, frappée de vertiges, apprend qu’elle est enceinte et se voit en même temps diagnostiquer une sclérose en plaques, le couple se rend compte que l’aventure ne fait que commencer.

Mon désir le plus ardent est le portrait d’un couple ancré dans le temps présent qui affronte avec courage et humour les épreuves de la vie.

Avec sa voix pleine d’énergie, tout à la fois drôle et romantique, Pete Fromm nous offre une histoire d’amour inoubliable.

Critique :
Pourquoi dire, lors de la cérémonie du mariage « Je le veux » alors que « C’est mon désir le plus ardent » est foutrement plus beau ?

Pourquoi se marier de manière conventionnelle alors qu’on peut le faire sur les berges de la Buffalo Fork (non, pas les berges du ravin !) et ensuite se faire une lune de miel sur la rivière ?

Lorsque j’ai commencé à lire ce roman, je n’avais pas lu le résumé et je me suis demandé qui était cette femme avachie sur une chaise roulante qui avait l’air d’avoir 110 ans, surtout que le chapitre suivant, je me retrouvais avec des jeunes qui venaient de s’envoyer en l’air…

Le rapport (pas le sexuel), je l’ai vite compris, mais je me suis laissée porter par les flots à la fois tumultueux et doux de cette histoire d’amour comme on en voit peu en littérature (« Nos âmes la nuit » de Kent Haruf m’avait fait le même effet).

Maddy et Dalton sont un jeune couple non conventionnel, épris de la nature sauvage et surtout des rivières que l’on descend. Maddy et Dalton, c’est le couple improbable, celui que l’on pense trop jeune pour arriver à s’en sortir, ceux que l’on dit qu’ils vont casser rapidement.

Pourtant, si Dalt a l’air un peu fantasque, un peu doux rêveur, qu’il ne veut pas toujours voir ce que Maddy essaie de lui faire comprendre, on peut dire que ce jeune homme a non seulement des couilles, mais aussi du cœur parce que peu de maris auraient fait ce que lui a fait : rester avec son épouse malade.

Pour certains, un SP, c’est génial car c’est un livre gratuit envoyé par un quelconque Service Presse d’une quelconque maison d’édition. Mais pour Maddy, SP veut dire Sclérose en Plaques, et là, on ne rigole plus.

Sans jamais sombrer dans le pathos ou le récit neuneu à la guimauve, Pete Fromm nous entraîne dans le quotidien pas facile de ce jeune couple qui tire le diable par la queue, alors que Maddy et Dalton auraient plus envie de jouer à la bêbête à deux dos…

Maddy est une battante, elle ne se laisse jamais aller, préférant s’enfermer toute seule dans sa maladie plutôt que de se lamenter devant les autres, préférant même que son mari ne prenne pas de disposition pour faire face à la dégénérescence qui ne manquera pas de se produire au fil du temps.

Un livre beau, profond, lumineux, malgré la maladie, malgré leurs soucis, sans jamais sombrer dans voyeurisme, Maddy va nous raconter son quotidien avec la SP et ses soucis avec l’assurance santé qu’elle ne possède pas…

Même dans le final bouleversant, l’auteur ne choisit jamais la solution de la facilité qui consisterait à sombrer dans le voyeurisme de bas étage juste pour faire pleurer les lecteurs.

C’est beau, c’est poignant, c’est bien écrit, c’est bourré d’espoir, d’amour, de vie pas facile et de courage.

J’ai terminé cette lecture avec le coeur en larmes et les yeux en vrac… Ou le contraire.

Héloïse, ouille ! : Jean Teulé

Titre : Héloïse, ouille !

Auteur : Jean Teulé
Édition : Julliard (05/03/2015)

Intro (par Ida) :
C’est avec sa prose enlevée, piquante et poétique que Jean Teulé, écrivain qui aime à revisiter l’histoire à travers certaines de ses grandes figures romanesques, nous livre ici sa vision du couple mythique formé par la belle Héloïse et le docte Abélard.

Couple mythique… qui a bel et bien existé cela étant, et qui est passé à la postérité grâce à la correspondance quelque peu salée qu’il a laissé derrière lui, laissant supposer que l’amour courtois dont ils seraient les précurseurs, n’a absolument rien de platonique.

Ce qui n’a visiblement pas échappé à Jean Teulé !

Résumé (par Ida) :
Nièce d’un Chanoine dont l’histoire dit qu’il avait ses entrées à la cour de France, Héloïse est une belle jeune femme d’une exceptionnelle érudition.

Son oncle décide de parfaire son éducation en la confiant au Maître à penser de l’époque, celui aux cours desquels on se presse dans les universités, Jean Abélard.

Bien que sortant du couvent d’Argenteuil, Dame Héloïse est une femme libre qui a déjà vu le loup et sa meute… Et pas qu’un peu.

Ce qu’Abélard découvrira rapidement en croyant l’avoir initiée à d’autres savoir nettement moins académiques.

Et bien oui, que voulez-vous ! Un homme dans la force de l’âge et une jeune femme d’une beauté exceptionnelle enfermés dans une pièce toute la sainte journée… N’était-il pas un brin naïf et imprudent l’Oncle Chanoine ?

Alors… et bien ça fornique dans tous les sens…

Jusqu’au jour où le pot aux roses sera découvert et où les amours du couple se trouveront alors quelque peu contrariées…

Je n’en dirai pas davantage, vous laissant découvrir ce roman qui a sa manière toute particulière tente de nous rendre compte du mythe et de ses vérités.

Critique (encore Ida – MDR :
Si vous n’avez pas aimé 50 nuance de Grey, probablement n’aimerez vous pas ce livre-là !

Certes Teulé sait écrire et rendre poétique ce qui sous la plume d’un autre sombrerait dans la trivialité.

Certes, Teulé a ce talent qui lui permet de retranscrire dans la langue de notre époque, la langue magnifique des autres époques qu’il nous fait visiter et dans lesquelles il nous guide avec délice…

Mais… Teulé… et bien… il aime le cul ! Il aime la bite ! Le sexe et le stupre ! Et si vous ne l’avez pas compris en tournant la dernière page de ce livre… et bien c’est que vous n’avez rien compris de la délectation complaisante avec laquelle il nous décrit longuement les ébats des deux amants.

Certes, Héloïse et Abélard, précurseurs de l’amour courtois de par leur correspondance passée à la postérité sont devenus ensuite le couple iconique des amoureux contrariés qui ont à leur suite alimenté la littérature !

Certes, il convient de ne pas confondre amour courtois et amour platonique (sa mère !)… Mais tout de même !

S’attendait-on à trouver là un kamasutra médiéval ???

Au bout d’un moment c’est assez répétitif sur le fond et ça fatigue ! D’ailleurs je dois avouer que dans certains de ses autres romans, son recours trop systématique aux passages érotiques m’avait d’autant plus lassée qu’il n’apportait rien à l’affaire…

Là, le sujet s’y prêtait certes davantage… Et Teulé s’est lâché. Mais trop c’est trop !

D’ailleurs retirez les passages ayant trait à la gaudriole de ce texte, que le livre s’en trouverait considérablement aminci !

Voilà un livre que je ne laisserai pour rien au monde traîner dans mon salon de peur que ma belle-mère ne fasse une attaque en tentant de le lire, ou que mes ados ne me le piquent pour ricaner avec leurs copains sur ce que leur mère lit !

Bref… Un livre à ne pas laisser entre toutes les mains !

PS : Oui, Ida rédige quelques articles pour mon blog, mais je ne la paie toujours pas, ni en argent, ni en nature, ni en thé, ni en bouffe, ni en rien ! Juste mes respect et mes salutations distinguées !

Le garçon : Marcus Malte

LeVieuxJardinAW+

Titre : Le garçon

Auteur : Marcus Malte
Édition : Zulma (2016)

Résumé :
Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin, d’instinct.

Alors commence l’épreuve du monde : la rencontre avec les hommes – les habitants d’un hameau perdu, Brabek, l’ogre des Carpates, lutteur de foire philosophe, Emma, mélomane et si vive, à la fois sœur, amante et mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. »

Puis la guerre, l’abominable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.

Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience, émaillé d’expériences tantôt tragiques, tantôt cocasses, et ponctué comme par interférences des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est l’immense roman de la condition humaine.

32bdbd04d5b1e5b437524900b4c52a01Critique :
Si vous connaissez la musique du film « 2001, l’odyssée de l’espace », passez-le vous dans votre tête car je publie enfin ma chronique tant attendue sur ce roman !

Enfin, elle était juste attendue par Yvan (GruzBlog Émotions) !

J’avoue qu’il m’a imploré, supplié – même menacé des pires représailles – si je ne lisais pas ce roman (je ne vous dirai pas les tortures qu’il m’avait promises, elles sont trop horribles ! Même à Guantánamo ils n’oseraient pas vous torturer avec du Barbara Cartland).

Jubile, Yvan, le voici ma chronique !

Alors, Marcus, ton roman… Un sacré roman que tu nous as écrit là, Marcus ! Oui, je me permets de t’appeler par ton prénom et de te tutoyer, j’espère que tu ne m’en voudras pas parce que c’est un peu de ta faute aussi : tu viens de présenter une sacré histoire, toi.

Déjà, Marcus, fallait oser mettre en scène un personnage principal qui est muet (mais pas sourd).

Je dirais même qu’il fallait une sacrée paire de cojones pour nous le faire évoluer sur 544 pages, sans que jamais il n’ait une ligne de dialogue, sans que jamais l’on ne sache son prénom exact, ni des circonstances qui avaient amené sa mère là où elle était.

Même l’invisible et l’immatériel ont un nom, mais lui n’en a pas. Du moins n’est-il inscrit nulle part, sur aucun registre ni aucun acte officiel que ce soit. Pas davantage au fond de la mémoire d’un curé d’une quelconque paroisse. Son véritable nom. Son patronyme initial. Il n’est pas dit qu’il en ait jamais possédé un.

Brillante l’idée ! Mais elle aurait pu devenir casse-gueule. Maintenant, le prochain qui nous proposera un garçon muet, on pensera directement au tien.

J’avoue tout de même que j’ai eu un peu de mal à m’attacher au garçon, au départ. Je suivais sa route, son chemin, mais sans savoir vraiment si j’allais me plaire à faire cette longue route avec lui.

Tu sais où j’ai commencé à l’aimer, le garçon ? Non ? Et bien, quand Brabek est entré en scène… Parce que nom de dieu, Brabek, lui, je l’ai adoré ! Et en l’aimant, j’ai commencé à ressentir de la profonde affection pour ce garçon sans nom.

— In God We Trust sur chaque pièce et sur chaque billet. Estampille officielle. Parole d’évangile. La seule et unique religion de l’Amérique.

À ce propos, si je gardais un chien de ma chienne pour Olivier Norek et son utilisation horrible d’un four micro-ondes, j’en gardera aussi un pour toi, mais pour mon ogre adoré…

Anybref, une fois que le garçon fit partie de ma vie, j’ai cheminé avec lui sans plus lui lâcher la main, découvrant le monde, les hommes, avec lui, à ses côtés, partageant ses peines et ses espoirs, rencontrant avec lui les autres spécimens Humains, toute cette galerie de personnages bien typés que tu nous fais croiser dans ton œuvre.

Il y en avait des plus attachants que d’autres, et pas besoin d’en faire des tonnes pour que l’on apprécie plus un tel qu’un autre. Ils avaient leurs qualités, leurs défauts, leur vie, leur histoires et je les ai trouvées bigrement réalistes.

Sinon, Marcus, j’ai pris du plaisir aussi avec tes petites introductions « Cette année là » et si je pouvais ne fus-ce qu’en retenir 5%, je pourrais briller à « Questions pour du pognon ». Si j’en été étonnée au départ, elles m’ont vite plu et ma foi, j’en aurais bien demandé un second tour.

Autre chose que j’ai aimé, Marcus, c’est ta manière d’écrire. On ne peut pas dire qu’elle est simple ou simpliste, loin de là ! Elle est élaborée, costaude, plaisante, déroutante, imaginative, et il y avait même des tas de mots dont je ne connaissais pas la définition.

C’est cette plume qui m’a fait plaisir lorsque tu utilisas de la métaphore dans l’acte sexuel et de brillants jeux de mots comme je les adore ! À ce petit jeu là, d’ailleurs, je ne suis pas la dernière…

C’est là-dessus, par crainte des grincements du sommier, que se joue l’hymne à l’hymen. Soupirs et point d’orgue.

Et Marcus, cette scène de sexe émaillée de mots italien… Oh mon coquin ! Tu sais y faire sans devoir trop en faire. D’ailleurs, ne le répète pas à mon homme – il se demande encore ce qui m’a pris de poser brutalement le roman que je lisais pour le… Non, celle là, il ne l’avait pas vu venir. Qu’il ne sache jamais que tu étais le responsable avec tes écrits.

Passons maintenant au contraire de l’amour : la guerre, Marcus, cette saloperie de Grande Guerre…

Les combats sont épiques, les combattants héroïques. Ils sont vaillants, ils sont pugnaces, ils sont intrépides, ils sont courageux, ils sont valeureux, ils sont tués. On leur érigera des mausolées. On y gravera leurs noms. On commémorera. Puis on oubliera.

Cette manière que tu as eue d’en parler dans ton roman, avec, dans un paragraphe, ces phrases tirées de la Marseillaise, j’ai adoré.

Oui, Marcus, tu nous as parlé de la Guerre d’une autre manière, tu l’as abordée par un autre côté, par un autre front (si je puis me permettre ce mauvais jeu de mots), et j’ai ressenti des moments de grandes tristesses, surtout lorsque tu nous parlais de la future mort des homme du régiment…

C’est violent, cette manière que tu as eue de faire. Poétique aussi, vu la manière dont tu l’as écrite. Ça m’a dressé les poils sur les bras, ça m’a collé une boule au fond de la gorge, alors que je ne les connaissais pas et qu’ils n’étaient que personnage de fiction…

Et Krestorsky, le Polonais. Mineur de fond. La sape il connaît. Bon chrétien. Il prie, il embrasse son crucifix avant de charger. Notre-Dame-de-Lorette aura raison de lui. Un coup de grisou comme jamais il n’en aurait imaginé. C’est en vapeur qu’il montera au ciel. Sublimé. Va, Polak, va. Dieu recollera les morceaux.

Mais la fiction suit la réalité (jamais elle ne la dépasse) et rien que d’y repenser, à cette grande boucherie, j’ai le cœur au bords des lèvres.

Oui, Marcus, tout était d’une triste justesse, sans oublier que ton roman est bourré de vérités, de choses justes, de réflexions non dénuées de bon sens, et Emma, cette jeune fille que j’ai apprécié de suite, avait de la suite dans ses idées dans ses lettres. Plus que les militaires, plus que les dirigeants… (Ok, ce n’est pas difficile d’en avoir plus qu’eux).

Plus que Gustave, son père qui… Dieu que j’ai eu de la peine pour lui, que j’ai souffert avec lui de cette erreur qu’il commit et que bien d’autres que lui commirent aussi en ces temps là.

Marcus, Marcus, tu ne m’as pas épargnée ! Tu m’as fait vivre des pages lumineuses de vie, de découverte du monde, d’amour et se sexe, et ensuite, tu m’as plongé dans les affres de la guerre avec tout son cortège de misères. C’est violent, ça, Marcus.

On  ne peut pas dire que tu laisses ton lecteur gambader gentiment dans tes pages, non, tu le malmènes, tu le mets en situation de confort pour mieux le martyriser ensuite. Tu le fais si bien, en plus…

Par contre, Marcus, désolée, mais lorsque tu citais tout ces noms de soldats morts à la bataille de Souain, je n’ai pas su aller jusqu’au bout. Trop dur. Et ce n’était qu’un bataillon de la Légion… Horrible. Alors j’ai passé des pages car j’étais trop lessivée que pour en supporter plus. Que ces morts me pardonnent.

Par contre, Marcus, j’ai eu besoin de deux tubes d’aspirine après avoir lu ton immense paragraphe (sans point final pour reprendre mon souffle) avec les liens familiaux qui unissaient toutes les familles régnantes d’Europe (étendue à la Russie) en 1914.

C’est donc une affaire de famille. On lave son linge sale : dix-neuf millions de morts.Et l’on se demande encore de quoi est venu se mêler Poincaré !

J’ai essayé de dresser l’arbre généalogique, mais je me suis rendue compte que tout le monde était parent avec tout le monde et que les branches s’entremêlaient.  Même « Point De Vue » ne s’y retrouverait pas, dans tout ces rois qui nous gouvernaient en 14, tous parents ensemble, des tas d’alliances ayant été crées artificiellement par des mariages (et notre futur roi Léopold I a bien instigué de ce côté-là aussi !).

Les rois. Les empereurs. Comment cela peut-il encore exister de nos jours ? Les « Sire », les « Majesté », les « Monseigneur ». Comment peut-on encore l’accepter ? Comment peut-on nous faire avaler cette énorme couleuvre ? La couronne et tout ce qui va avec. Des rois ! Et au nom de quoi, tu peux me dire ? Au nom du sang.

J’aimerais te dire encore bien d’autres choses, Marcus, sur ton roman époustouflant, mais les mots me manquent.

Je te dirai juste que j’aurais aimé avoir encore plus de pages, plus de détails sur les autres voyages du garçon devenu homme et que je me suis trouvée fort dépourvue lorsque la fin de l’histoire fut venue.

Ah, Marcus, je te remercie d’avoir écrit pareil roman, pareille fresque, de m’avoir plongé dans la France de 1900, dans sa manière de vivre campagnarde, avec tout ces gens qui, vu d’ici, ne sont pas si différents de nous puisqu’ils accusaient déjà l’étranger d’être le responsable de tous leurs maux.

Je te dis merci de nous avoir mis en scène un garçon sans nom, sans passé, sans paroles et de l’avoir fait mouvoir avec tes mots, tes belles phrases, ton talent de conteur. De m’avoir mis sous les yeux cette belle symphonie, cette ode, cette fresque, ce concert majestueux qui vibre encore dans mes veines, dans mon cœur, dans mes tripes.

Merci aussi, au passage, à Yvan (GruzBlog Émotions) de m’avoir mis le canon du fusil sur la tempe pour que je lise ton dernier roman.

Bon, j’exagère un peu, je sais, mais j’aime l’entendre me supplier (via ma boite mail) de lire tel ou tel livre car jamais je ne suis déçue.

Et de grâce faites que le mystère perdure. L’indéchiffrable et l’indicible. Que nul ne sache jamais d’où provient l’émotion qui nous étreint devant la beauté d’un chant, d’un récit, d’un vers.

Oh que j’aimerais ne jamais avoir lu ce roman afin de pouvoir le recommencer, vierge de tout savoir…

♫ C’est un beau roman, c’est une belle histoire ♪

Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Femina – 2016).

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Anna Karénine – Joe Wright (2012) [#LeFilmDeLaSemaine2016 – 13/52]

Anna Karénine (Anna Karenina) est un film dramatique et historique britannico-français réalisé par Joe Wright, sorti en décembre 2012.

1. Synopsis :
Le film est une adaptation du roman Anna Karénine de Léon Tolstoï. Nous plongeons dans la haute société russe de la fin du XIXe siècle. Anna Karénine est une jeune femme mariée à Alexis Karénine, un important homme d’État.

Cependant, elle entretient une liaison secrète avec le Comte Vronsky, malgré les risques d’une telle relation dans cette sphère de la société.

Mais leur relation est bientôt connue de tous à la cour. Anna, hésitant entre son cœur et sa raison, décide de quitter son mari et son fils pour suivre son amant.

2. Distribution :

  • Keira Knightley : Anna Karénine
  • Jude Law : Alexis Karénine
  • Aaron Taylor-Johnson : le comte Vronsky, amant d’Anna
  • Kelly Macdonald : Dolly Oblonsky, femme d’Oblonsky
  • Domhnall Gleeson : Lévine
  • Matthew Macfadyen : Oblonsky, frère d’Anna
  • Alicia Vikander : Kitty, sœur de Dolly
  • David Wilmot : Nikolai

Ce que j’en ai pensé :
De l’étonnement, dès le départ… Oui, un grand étonnement parce que la première scène se passe comme dans un théâtre.

Et il en sera ainsi tout au long du film : comme si les personnages évoluaient dans un théâtre où les décors changent selon la scène, où ils passent dans les coulisses, sous la scène pour en rejoindre une autre.

Apparemment, le réalisateur a décidé de situer toutes les scènes citadines de l’histoire d’Anna Karenine (Keira Knightley), de son amant le comte Vronski (Aaron Taylor-Johnson) et de son mari (Jude Law) dans un décor à l’artificialité revendiquée. J’ai pas trop aimé et j’ai eu du mal à m’y faire.

Attention, tout le film ne se déroule pas dans des décors théâtraux puisque toutes les scènes de campagne avec Lévine (Domhnall Gleeson), se déroulent, elles, au grand air, donnant par là une césure avec les scènes des autres.

La dichotomie entre la ruralité et la vie citadine…

Lévine, c’est la campagne, la ruralité, le dur travail de la terre et Lévine est un personnage tout en opposition avec la bourgeoisie, c’est un homme qui veut la fin des clivages entre les gens, il est cultivé et aime d’amour pur la belle Kitty, qui elle, n’a d’yeux que pour le comte Vronski… Emmerdant, ça !

Rien de tel pour vous pimenter un roman ou un film qu’une histoire d’amour à un seul côté. Pendant que l’un lorgne sur l’une, celle-ci bave devant un autre, tel un dogue devant un os. Aimerait-elle suçoter son os, la coquine ???

Hem ! Revenons au film : regardé en VOSTRF je n’ai pas eu l’impression que les dialogues étaient du Tolstoï dans le texte car ils avaient un goût contemporain, sans pour autant verser dans le parler vulgaire ou le plat.

Non, c’était bien l’aristocratie, la bourgeoisie, les gens aisés de la Russie fin 19ème, mais les dialogues n’étaient pas empesés et jamais ils n’ont donné l’impression d’être hermétiques pour le spectateur lambda.

Anna Karénine, c’est une histoire d’amour totalement folle d’une femme mariée  – à Alexis Alexandrovich Karénine, un ministre et mère d’un garçon – avec un jeune officier jeune et beau : le jeune comte Alexis Wronsky

Anna trouve son mari froid et incapable de sentiments, une « machine » comme elle aime l’appeler. Notre homme est plus chrétien que le pape, plus religieux que le Bon Dieu et n’a dû honorer sa femme que de très rares fois, juste pour procréer. C’est pas tous les soirs que le biscuit est trempé dans la tasse de café et quand ça se fait, la passion folle est au abonné absent…

Dans le rôle du mari froid comme un glaçon, il y avait l’excellentissime Jude Law méconnaissable. On est loin du dandy des pubs pour Dior Homme ou du beau et sexy John Watson. C’est bien simple, au départ, je ne l’avais point reconnu tant il était raide comme la justice !

Ah, si Anna Karénine ne s’était pas rendue à Moscou chez son frère Stiva Oblonski (Matthew Macfadyen de Ripper Street), jamais, en descendant du train, elle n’aurait croisé le comte Vronski !

Si son frère n’avait pas trempé sa paille dans un autre verre de vodka que celui de sa légitime épouse, jamais Anna n’aurait dû se rendre chez lui pour calmer l’épouse cocue et pas contente.

Anna tombe amoureuse de Vronski, cet officier brillant, mais frivole et on ne peut lui donner tort tant il est mignon, le blondin.

Et l’homme a su y faire pour la charmer, la poursuivant de ses assiduités, ne la laissant pas tranquille un moment. Ma foi, on aimerait se faire harceler par un beau blond de la sorte.

Anna lutte contre cette passion et le jeu de l’actrice est super, mais, le cœur a ses raisons que la raison ignore et bardaf,  elle finit par s‘abandonner avec un bonheur coupable aux émotions qui l’envoient dans les bras – et le lit – de ce beau comte au sourire charmeur.

On ne peut pas dire que notre Anna est discrète dans sa folle passion… et c’est ce qui la perdra ! Personne autour d’elle n’est dupe et se doute qu’il y a anguille sous roche, ou quéquette dans la touffe.

Son caractère sera changeant tout au long du film, finissant par me donner envie de la flinguer moi-même.

Son mari, le moche Jude Law, a mis du temps avant de comprendre que sa femme le trompait, pourtant, on l’avait déjà mis en garde, mais il avait une confiance absolue en madame. Raté mon ami. Sherlock te l’aurait bien dit, my dear Watson. Anybref !

Pourtant, cet homme qu’on aurait envie de détester (puisqu’il se met en travers de la route d’Anne et de son amant), on ne peut que l’admirer lorsqu’il pardonne à son épouse et adresse même la parole à son jeune et beau rival.

Putain, ça c’est du pardon chrétien ou je ne ne m’y connais pas ! L’homme mérite mon respect.

Dans sa passion folle, Anna finira par vivre avec son amant avant de se faire dévorer par une jalousie galopante, pensant sens cesse que le jeune comte la trompe avec d’autres femmes.

Un des passages les plus éloquent est sans contexte la scène de l’opéra : Anna a exigé que son amant l’y emmène, lui ne veut pas, car il sait que l’on va murmurer lors de l’arrivée d’Anna, séparée alors de son mari.

Elle y va, seule, et se rend compte combien elle est méprisée par les dames, regardée avec envie et concupiscence par les hommes et ensuite, cette pouffiasse d’Anna hurlera sur son amant qui ne l’a pas empêché d’y aller.

Heu, elle devait avoir ses règles, là… Ronchonne de cette manière, c’est les ours, à ne pas en douter.

Petite parenthèse : leur couple est tout en contradiction avec celui que va former Lévine et Kitty – calme et sagesse, eux – et d’ailleurs, la scène de la déclaration d’amour codée sera un instant d’une grâce infinie qui évitera l’écueil qui aurait pu faire sombrer cette scène dans le neu-neu. Fin de la parenthèse romantique.

L’idylle entre nos deux amants prendra l’eau de la faute d’Anna, jalouse comme un pet, changeant sans cesse d’avis, hurlant et pestant contre son bel Alexis Vronski.

Là, en voyant la fin, je me suis dit que Leonardo Di Caprio avait bien fait de mourir gelé après le naufrage du Titanic parce que sa relation avec Rose aurait sans doute fini en eau de boudin comme celle d’Anna et de Vronski.

« Les familles heureuses se ressemblent toutes; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à sa façon. »

Ne souffrant pas de temps morts, ce film met en lumière plusieurs couples : celui d’Anna et de son mari Alexis; celui que formera Lévine avec Kitty, l’ancienne fiancée abandonnée par le compte Vronski ainsi que celui de Daria et Oblonski, le frère d’Anna, le mari volage.

Le portrait de la société russe de cette fin de 19ème est mis en lumière. Rempli de dames bien pensantes, offusquées par le comportement d’Anna (ou jalouses qu’elle ait franchi le pas tandis que leur vie ne sont que misère sexuelle – je suppute), des hommes qui la prennent pour une femme facile, une pute et les chuchotis sur son passage.

J’ai bien aimé les jeux d’acteurs, surtout celui d’Anna Karénine (Keira Knightley) : passant de dame bien sous tout rapports à jeune ado dévorée par la passion et qui ne pense pas une seule seconde au mal qu’elle fait à son époux.

Jude est excellent en mari raide comme un piquet et donnant l’impression qu’il a peu d’émotions.

Quant au joli cœur du comte Vronski, on peut dire qu’il est à l’origine de la chute d’Anna car s’il ne l’avait pas poursuivie et fait la cour, elle aurait juste gardé cette émotion dans son cœur et c’est tout.

Un bon film qui se laisse regarder avec l’impression que la fin ne sera pas « happy » car si elle l’était, cela perdrait de sa crédibilité. 

Là seule chose que j’aie détesté, ce sont les décors « théâtre ».

Anna Karénine (film et livre) traite donc des ravages que cause une passion illégitime : Anna, qui quitte tout pour vivre une relation extraconjugale avec Vronsky, un bel officier, renonçant ainsi à son rôle d’épouse et de mère..

Et à l’opposé, l’amour légitime qui unit Kitty et Lévine offre un exemple à suivre, donnant un sentiment de sérénité et d’harmonie naturelle.

Étoile 3,5

Le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « A year in England » chez Titine et le Challenge #LeFilmDeLaSemaine2016.

 

Châtié par le feu : Jeffery Deaver

Châtié par le feu - Deaver

Titre : Châtié par le feu

Auteur : Jeffery Deaver
Édition : Ombres Noires (2015)

Résumé :
Hermosillo, Mexique. Alonso Maria Carillo, dit aussi Cuchillo, « le Couteau », jouit d’une réputation de parrain cruel et très efficace. On ne lui connaît qu’un seul vice : une passion pour les livres rares. Il en possède des milliers, qu’il collectionne compulsivement et conserve avec amour.

Aussi, lorsque Carillo est visé par un contrat, les deux hommes chargés de l’assassiner, Evans et Diaz, pensent que ce sera un jeu d’enfant. Un bel autodafé devrait remettre Cuchillo dans le droit chemin.

Biblio romanCritique : 
Voici donc la preuve que l’on peut faire de bonnes nouvelles avec un début, une fin non ouverte et un développement au milieu !

Ceci est la troisième nouvelle écrite sur commande « autour du monde de la littérature » et éditée chez « Ombres Noires » que je lis.

Si « La Cavale de l’Étranger » m’avait déçue sur le fait que l’histoire promettait beaucoup et que le final avait été décevant, ici, ce ne sera pas le cas car nous sommes face à une nouvelle d’une efficacité redoutable !

Court, mais bon, rempli d’interrogations durant toute la lecture : est-ce que Diaz et Evans, les deux hommes chargés de liquider l’homme à la tête du cartel – Alonso Maria Carillo – ne sont pas en train de se tromper de cible ??

Où est le vrai ? Ou est le faux ? Pas de meurtres sanglants, entre ces pages, mais plus un suspense à la Alfred Hitchcock, la musique de « Psychose » en moins. Quoique, vu mon emballement cardiaque, elle devait résonner dans le fond de ma tête.

En peu de pages, tout est dit, tout y est, les personnages sont attachants, travaillés en peu de mots, pas de développements inutiles, pas de fin où on se demande si l’auteur n’est pas en train de se foutre de notre gueule ou a fait face à une pénurie de papier subite pour ne pas avoir mis plus de pages.

Suspense, mystère, interrogations, odeur des livres rares (aah, la bibliothèque d’Alonso Maria Carillo…), vraies ou fausses pistes, adrénaline, tensions palpables, chaleur mexicaine perceptible et jeu de jambes magistral de la part de certains personnages.

— Il fait toujours une chaleur pareille, ici ? demanda P. Z. Evans en plissant les yeux à cause du soleil.
Ses Ray-Ban aux verres teintés ne lui étaient d’aucune utilité.
— Non.
— Heureusement.
— En général, il fait encore plus chaud, répondit Alejo Diaz avec un accent chantant.
— Sans déconner.
C’était le mois de mai et il faisait trente-six degrés. Ils se trouvaient sur Zaragoza Plaza, une place pittoresque où trônaient les statues de deux hommes austères ; des généraux, avait appris Evans. Il y avait aussi une cathédrale.
Et puis ce soleil… brûlant comme une nappe de pétrole en feu.

Excellent ! 128 pages de plaisir pur qu’on referme avec regret car c’est déjà fini.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (128 pages – 708 pages lues sur le Challenge).

BILAN - Coup de coeur

rat-a-week Mois du Polar - Février - Sharon