La terre des Wilson : Lionel Salaün

Terre des Wilson - Lionel Salaün

Titre : La terre des Wilson

Auteur : Lionel Salaün
Édition : Liana Lévi (2016)

Résumé :
Dick Wilson a quitté ce bout de terre misérable au Nord-Ouest de l’Oklahoma avec sa mère alors qu’il était tout juste adolescent.

Quinze ans plus tard, le voici de retour avec chapeau et fine moustache, dans une belle voiture aux pare-chocs chromés.

Retrouver la petite ferme familiale ne va pas de soi, d’autant que des événements déconcertants se sont produits en son absence. Annie Mae, son amie d’enfance, vit à présent avec le vieux Samuel, le père de Dick, un homme rustre et violent dont elle a un enfant.

Dick étouffe sa rancœur derrière des manières affables et des projets ambitieux pour lesquels il embauche Jasper, un pauvre hère du comté.

Qu’espère-t-il trouver dans ce pays désolé ? Peut-être l’or noir dont tout le monde parle. Peut-être l’or jaune – l’alcool – dont il connaît toutes les routes secrètes et qui dans cet état où la prohibition est maintenue, pourrait rapporter gros.

Peut-être quelques réponses à ses propres démons.

Petit Plus : Lionel Salaün renoue avec les paysages de l’Amérique profonde. Celle du début des années 30, de la Grande Dépression et des « dust bowl », ces tornades de poussière qui ont mis à genoux les agriculteurs pendant près d’une décennie. Un monde féroce où seule la fraternité est rédemptrice.

ok_abandoned_farmhouse_hdrCritique : 
Bon sang, qu’elle est âpre et sèche, la terre de l’Oklahoma des années 30 et plus particulièrement celle sur laquelle vécurent cinq fermiers qui, après toutes les sécheresses et les multiples Dust Bowl, s’en sont allé voir ailleurs si l’herbe n’était pas moins jaune et le climat moins hostile.

N’est resté qu’un irréductible, le vieux Samuel Wilson dont sa femme et son fils s’étaient enfuis quelques années auparavant. Le vieux est resté sur cette terre qu’il avait abreuvé de sa sueur et de son sang.

Annie Mae, 14 ans, la fille d’un des voisin, n’a pas voulu partir avec ses parents car elle attendait toujours le retour du fils Wilson, Dick. Alors elle est restée chez Samuel. Et justement, voilà Dick qui s’en revient au pays, mais 15 ans après et dans une belle bagnole.

En peu de pages l’auteur a su insuffler dans son récit toute l’aridité et la dureté de ce petit trou perdu en Oklahoma dans les années 30 – 1935 pour être précise.

La crise financière est passée, les tornades de poussière aussi et le pays est à genou, exsangue, comme ses habitants.

Là aussi, en peu de phrases, l’auteur nous montrera toute la misère des gens qui vivaient des dans camps de fortune, crevant de faim et vivotant avec rien dans des cabanons de fortune.

En peu de mots, en peu de détails, il a su aussi nous montrer combien Samuel Wilson était une brute pour sa femme, son fils et sa mule Jessie, le tout à l’aide de quelques flash-back qui se sont insérés au bon endroit dans le récit, lui donnant encore plus d’émotion et une atmosphère encore plus prononcée.

Chez Samuel Wilson, il n’y a pas que la terre qui est sèche, lui aussi pratique l’âpreté des sentiments envers les siens et quand il a une idée en tête, il ne l’a pas ailleurs.

Sans pour autant donner des circonstances atténuantes à Samuel, le portrait que l’auteur nous brossera de lui ne sera pas non plus tout noir, l’homme a aussi, dans sa vie, morflé et il s’est vengé de la manière la plus salope de son tortionnaire en mettant la main sur sa fille et de ce fait, sur ses terres.

C’est l’histoire d’une vengeance, d’une rédemption, d’une haine larvée, d’un fils qui est devenu plus fort que son père, d’un fils qui voulait retrouver son amour d’enfance, d’un fils qui est devenu une sorte de voyou friqué, d’une fille qui est devenue une femme et une mère de famille et d’un père qui ne veut pas reconnaître ses torts.

Un roman court mais qui m’en a foutu plein la gueule pour moins de 20€, qui m’a emporté sur une terre aride, sous un soleil implacable et m’a fait plonger dans la misère des gens qui avaient tout et qui ont tout perdu à cause des banquiers.

Sans oublier ces pauvres fermiers qui travaillaient sans relâche, du matin au soir, sur une terre qui ne leur donnait pas grand-chose pour la sueur qu’ils y avaient laissée et pour bien souvent tout perdre à cause des Dust Bowl successifs.

Il est court, il est extrêmement bon, mais j’aurais aimé plus de pages tant on aurait pu encore en dire plus sur cette famille éclatée, sur les souffrances de Dick et sur la vie d’errance qu’il a mené après s’être enfui avec sa mère.

Un roman aussi noir que le pétrole qu’on extrayait de certaines terres et qui, en peu de pages, esquisse un portrait peu flatteur des années 30 et d’une partie de ses conséquences.

Étoile 4,5

BILAN - Coup de coeur

Challenge « Coupe d’Europe des Livres » chez Plume de cajou, Le « Challenge US » chez Noctembule« Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et Challenge « Polar Historique » de Sharon.

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Un pied au paradis : Ron Rash

Titre : Un pied au paradis                                    big_4-5

Auteur : Ron Rash
Édition : Le Masque (2009) / Livre de Poche (2014)

Résumé :
Oconee, comté rural des Appalaches du Sud, années 50.

Une terre jadis arrachée aux Indiens Cherokee et qui bientôt sera définitivement enlevée à ses habitants : la compagnie d’électricité Carolina Power rachète peu à peu tous les terrains de la vallée pour construire une retenue d’eau, un immense lac qui va recouvrir les fermes et les champs.

Ironie du sort: une sécheresse terrible règne cet été-là, maïs et tabac grillent sur pied dans les champs arides.

Le shérif Will Alexander est le seul à avoir fréquenté l’université, mais à quoi bon, quand il s’agit de retrouver un corps astucieusement dissimulé ?

Car Holland Winchester a disparu. Il est mort, sa mère en est sûre, qui a entendu le coup de feu chez leur voisin. L’évidence et la conviction n’y font rien: pas de cadavre, pas de meurtre.

Sur fond de pays voué à la disparition, une histoire de jalousie et de vengeance, très noire et intense, sous forme d’un récit à cinq voix: le shérif, le voisin, la voisine, le fils et l’adjoint.

Critique : 
Un pied au paradis ou un pied en enfer ? Telle est la question….

« Paradis » si l’on considère ce petit coin perdu des Appalaches vis-à-vis de sa tranquillité.

Mais « Enfer » en sachant que cette terre ne vous donne rien ou si peu, qu’une sécheresse règne à tel point que les cultures grillent sur pied, que les gens sont aussi arides que la terre sous le soleil de Satan, le caractère toujours prompt aux ragots, aux jugements.

Comble de tout ça, l’Enfer sera un jour noyé sous des tonnes de litres d’eau, la compagnie d’électricité  » Carolina Power » rachetant peu à peu tous les terrains de la vallée pour construire un immense lac qui va recouvrir les fermes et les champs.

« Vous autres, les péquenauds, vous serez chassés de cette vallée jusqu’au dernier comme de la merde d’une cuvette de chiottes ».

Un paradis qui va devenir un enfer pour certains, un enfer qui sera un paradis pour d’autres, et pour moi, c’était « le pied » tout court, la lecture.

Que s’est-il passé ? Et bien, Holland a disparu ! Si, je vous jure… Sa maman est persuadée qu’il est mort, ayant entendu un coup de feu chez ses plus proches voisins, Billy Holcombe.

Le shérif mène l’enquête, apprenant aussi au passage que le dénommé Holland aurait p’têt ben trempé son biscuit dans la tasse de café de l’épouse du voisin ! Et pas qu’une fois, si vous voyez ce que je veux dire.

Je vous arrête de suite, je parle, bien entendu, de Holland Winchester et pas d’un autre. Entre nous, avec un nom et un prénom pareil, je me serais suicidée, moi ! Holland Winchester, ça claque comme un coup de fusil.

« Les yeux peuvent mentir, mais au bout du compte ils vous diront la vérité. Quand Billy a répondu non, il a jeté un coup d’oeil à sa main droite qu’il tenait fermée. Je savais ce que cela signifiait pour en avoir vu plus d’un réagir de la même façon dans la même situation. Cette main droite avait servi à sortir de son champ des cailloux gros comme des pastèques. Elle avait servi à abattre des chênes dont on ne faisait pas le tour avec les bras. Et peut-être, simplement peut-être, cette main avait-elle servi à tenir un fusil avec assez d’assurance pour tuer un homme ».

La particularité de ce roman, en plus de la plume aiguisée de l’auteur, c’est qu’il ne se contente pas d’être un simple roman policier.

Non, il va plus loin dans la psychologie des personnages et des événements qui iront de l’imbécilité de la guerre aux superstitions les plus bêtes, en passant par la jalousie, le désir de maternité, le reniement de parole d’une université…

C’est vous dire si on va ratisser large – sans tomber dans l’ennui – variant et mixant le tout pour donner un cocktail détonnant et rafraichissant, avec une pointe d’émotion pour assaisonner le tout et une grosse paille d’inventivité pour aspirer le tout.

Roman à cinq voix, l’auteur vous propose l’histoire racontée sous différent points de vue, donnant ainsi au lecteur la possibilité de biberonner les mystères de cette vallée au compte-gouttes et au travers le récit de différents personnages, changeant même d’époque avec le récit d’Isaac.

La force du récit est dans ces personnages qui vous racontent l’histoire, personnages que l’on suit dans leurs pensées, leurs emmerdes, leur passé. Le tout avec un langage digne des Redneck.

Par contre, j’aurais bien aimé en apprendre un peu plus sur ce qui avait coupé le shérif de son frère.

« Autrefois, nous avions été bien plus proches que je ne l’ai jamais été de mon autre frère et de ma sœur ».

Une histoire très noire, un roman intense, sombre, brossant le portrait peu brillant d’une Amérique des années 50, mais possédant des personnages hors du commun.

« Chaque homme doit mordre la poussière avant de mourir, m’avait assuré papa un jour. Moi j’avais l’impression de la mordre par pelletées entières ».

Rien à dire, cet auteur m’emmène dans des abîmes bien plus abyssaux que le lac le plus profond. J’adore !

« La connaissance est l’unique bien dont personne ne peut te dépouiller ».

« Mais rien n’est solide ni permanent. Nos existences sont élevées sur les fondations les plus précaires. Inutile de lire des manuels d’histoire pour le savoir. Il suffit de connaître l’histoire de sa propre existence ».

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix des Lecteurs Sélection 2011), « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence »chez The Cannibal Lecteur, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Challenge « Le Mois Américain » chez Titine.