À table ! : John Wainwrigh

Titre : À table !

Auteur : John Wainwrigh
Édition : Gallimard Série noire (1980)
Édition Originale : Brainwash (1979)
Traducteur : Janine Hérisson

Résumé :
Trois meurtres précédés de viol ont été commis, dans la même région, en Angleterre, dans des circonstances similaires. Les autorités policières sont convaincues qu’il s’agit de l’œuvre d’un seul et même individu.

Les officiers en charge de l’affaire ont convoqué dans leur commissariat un suspect « idéal » (il a notamment découvert le cadavre de la 3ème victime) afin d’élucider certains points de sa déposition.

Les policiers vont tenter de lui faire avouer ses crimes au cours d’un interminable et éprouvant interrogatoire.

À force de provocations et de tentatives de déstabilisation, confronté aux contradictions des réponses qu’il fournit aux enquêteurs, le suspect va être amené à rédiger et signer une déposition dans laquelle il avoue être l’auteur des crimes…

Critique :
Lorsque l’on nous crie « À table ! », c’est une injonction des plus agréables (pour ceux qui aiment manger) et de suite on a envie de s’y mettre, à table. Ici, le fait de se mettre à table implique que l’on va parler, avouer son crime, ou plutôt ses crimes, dans ce roman.

Brainwash… le titre original disait bien ce qu’il voulait dire lui aussi : lavage de cerveau.

Pourtant, l’inspecteur Lyle n’a rien d’un tortionnaire ou d’un Inquisiteur qui serait capable de vous faire avouer n’importe quoi, comme le bris du vase de Soissons ou la participation à l’assassinat de JFK.

Sans en avoir l’air, passant du coq à l’âne, l’inspecteur Lyle ammènera George Barker sur les contradictions de son récit, comme le fait qu’un fox-terrier l’accompagnait, furetait partout et n’a pas senti l’odeur du sang dans le fossé.

— Spot n’a pas découvert le corps, dit Lyle avec douceur.
— Non.
— C’est vous qui l’avez trouvé.
— Oui.
— Avant Spot.
— Oui.
— Ça me paraît bizarre, dit Lyle. C’est une des… euh… contradictions que j’ai relevées. Une des raisons pour lesquelles le sergent Bell vous a demandé de venir ici ce soir.
— Le chien ? fit Barker, déconcerté.
— Que ce chien, surtout un fox-terrier, n’ait pas le premier flairé le corps. Ou peut-être, ajouta Lyle avec un sourire, était-il en laisse.
— Non. Il n’était pas en laisse.

Revenant sur des faits qui semblent anodins, Lyle va jouer une partie de tennis où chacun va se renvoyer la balle, même si l’inspecteur a tout d’un Nadal Djokovic Federer tandis que le suspect hautement suspect a plus l’air de nager dans les tréfonds du classement ATP.

On a envie que Lyle arrive à le faire craquer, il y arrivera, mais la bête n’est pas morte, elle a toujours du venin et leur match continuera jusqu’au bout de la nuit.

La force brute, c’est à la portée de tout le monde. Lyle a réussi son coup sans même porter la main sur lui. Lyle l’a écrabouillé, démoli, foutu par terre, et ce pauvre idiot ne s’en est même pas rendu compte.

Véritable huis-clos étouffant, ce roman est à l’origine du film « Garde à vue » où Lino Ventura, en inspecteur, affronte Michel Serrault, le suspect de crimes à caractère pédophile puisque des petites filles ont été violées et tuées.

Si dans le film, les dialogues étaient d’Audiard, dans le roman, ils sont de l’auteur, ne vous attendez pas donc à des répliques bourrées d’humour mais malgré tout, le face-à-face est un délice de fin gourmet pour qui aime se plonger dans des atmosphères remplies de fumée de cigarettes, de transpiration et de flic qui savent amener les suspects, par la force de leur bagout, à se tromper dans ce qu’ils affirment et à voir les failles dans les détails les plus abscons.

Tout comme dans son autre roman « Une confession », l’auteur maîtrise ses personnages, ne les détaille pas trop, juste ce qu’il faut, mais leur donne une présence importante. Ici, il nous plonge dans le roman d’un coup, sans perdre de temps, car les crimes ont eu lieu et un suspect est aux arrêts sans l’être vraiment.

Jusqu’au bout, l’auteur jouera avec nos nerfs, nos pieds, nos émotions, et même dans le final, il nous réservera encore des surprises. Magnifique !

Le métier de policier ! Il fallait l’avoir exercé pendant vingt-trois ans, – vingt-trois ans de repas sautés, de sommeil en retard – pour acquérir le sang-froid et le cynisme de Lyle. Ça n’était pas facile. Et le prix à payer était élevé ; dans le prix étaient compris les amis et parfois les épouses et la famille. Mais en échange, on acquérait un talent spécial. Pas particulièrement agréable, mais spécial. Le don de prendre un homme et de le dépouiller de toutes ses peaux, l’une après l’autre, comme on épluche un oignon. De ne ressentir aucune souffrance. De ne voir aucune souffrance. De n’éprouver aucune pitié.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

L’Empreinte : Alexandria Marzano-Lesnevich

Titre : L’Empreinte

Auteur : Alexandria Marzano-Lesnevich
Édition : Sonatine (24/01/2019)
Édition Originale : The Fact of a Body (2017)
Traducteur : Héloïse Esquié

Résumé :
Étudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort.

Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions.

Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté.

Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien tout à fait inattendu entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis.

Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable.

Dans la lignée de séries documentaires comme « Making a Murderer », ce récit au croisement du thriller, de l’autobiographie et du journalisme d’investigation, montre clairement combien la loi est quelque chose d’éminemment subjectif, la vérité étant toujours plus complexe et dérangeante que ce que l’on imagine.

Aussi troublant que déchirant.

Critique :
Lorsque j’apprends qu’un enfant a été victime d’un pédophile ou d’un meurtrier (ou les deux combinés), mon sentiment premier est de lui souhaiter la prison à vie et je ne dois pas être la seule…

Mais que se passe-t-il lorsqu’on enquête sur ce crime horrible et que l’on découvre que la vie n’a jamais fait de cadeau à ce meurtrier de la pire espèce ?

Non pas une vie à faire pleurer dans les chaumières, je ne suis pas son avocate de la défense !

Si ces faits ne lui accordent pas l’indulgence du jury et le pardon de la société, ils tendent tout de même à nous dresser un autre portrait de l’assassin… Notre jugement changera-t-il ou pas ? Lui accorderons-nous le fait qu’il n’est pas tout à fait responsable de cette vie qu’il a cueillie de manière abjecte ?

Non, je ne vous demande de me répondre en 3h, je vous donne juste le fond de ma pensée et le fait que l’enquête de l’auteure et avocate (Alexandria Marzano-Lesnevich) m’a poussé à cette réflexion parce que j’ai découvert la vie de merde qu’à eu Ricky Langley. Même si je ne l’excuse pas.

Voilà un roman qui n’est pas facile à lire car on est face à un crime horrible, celui d’un enfant. Doublé d’une possibilité d’abus sexuel sur l’enfant, sans que l’on sache à 100% si ce fut avant ou après son assassinat ou si abus il y a eu par le meurtrier.

L’auteure a fait un véritable travail de fourmi, de forçat, pour arriver à nous livrer un récit expurgé du superflu mais en faisant des parallèles avec sa propre vie et des abus dont elle fut la victime.

Bizarrement, j’ai ressenti plus d’empathie pour Ricky Langley que pour le grand-père de l’auteure car Ricky savait qu’il était malade, il a tenté plusieurs fois de se faire soigner, interner, a demandé qu’on ne le libère jamais, là où le grand-père n’a eu aucun remords d’avoir eu des rapports avec deux de ses petites filles. Comme quoi le monstre n’est pas toujours celui que l’on croit…

Ce roman est comme « De sang-froid » de Truman Capote : une enquête sur une affaire criminelle, le tout raconté de manière romancée car l’auteure a dû imaginer des dialogues ou des situations, n’ayant pas accès aux pensées des gens.

Et heureusement que le tout est romancé car la lectures des kilos de dossiers et des kilomètres de blablas judiciaire auraient été indigeste et c’est Alexandria Marzano-Lesnevich qui les a bouffé pour nous les régurgiter expurgés des choses inutiles.

C’est assez subtil, mais malgré le crime commis, l’auteure n’est pas pour la peine de mort, elle est même contre, même si son jugement évoluera au fil des pages en voyant son grand-père dans Ricky, c’est aussi un roman qui parle de rédemption et d’une chose qui devrait être impossible : la mère de l’enfant assassinée qui ne souhaite pas que le meurtrier de son fils soit exécuté.

C’est puissant, une sorte de vague qui t’emporte et qui te ramène ensuite sur la plage, sans que tu saches vraiment comment tu t’appelles et il m’a fallu plusieurs jours pour pondre une chronique tant j’avais été tourmentée par ma lecture et que mes questions sans réponses m’avaient tourneboulées.

On a beau avoir une opinion précise sur la peine de mort, elle peut changer si l’on est touché de plein fouet par une affaire ou si on fait un parallèle avec ses propres souffrances, comme c’est le cas ici pour l’auteure qui a dû vivre avec ça puisque ses parents avaient mis une chape de plomb sur les agissements de son grand-père, comme si ceux-ci n’avaient pas existé.

Un roman puissant, fort, émouvant, dérangeant, angoissant et des certitudes qui ont tendance à chavirer, à être mise à mal une fois que l’on suit le récit de la vie merdique qui fut celle de Ricky. Au moment où j’écris cette chronique, je n’ai toujours pas trancher et je pense que je n’y arriverai jamais.

Un putain de roman qui mêle un crime réel à la vie de l’auteure qui, tout en cherchant à éclairer cette affaire, a cherché des réponses à ses questions et nous a livré son récit avec passion, mettant à nu ses fêlures, sa fragilité et son impossibilité à vivre en couple, du moins, avec certaines personnes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Les mal-aimés : Jean-Christophe Tixier

Titre : Les mal-aimés

Auteur : Jean-Christophe Tixier
Édition : Albin Michel (27 février 2019)

Résumé :
1884, aux confins des Cévennes. Une maison d’éducation surveillée ferme ses portes. Des adolescents décharnés quittent le bagne sous le regard des paysans qui sont aussi leurs geôliers.

Quinze ans plus tard, l’ombre du bâtiment plane toujours. Les habitants ont beau feindre de l’ignorer, les terribles souvenirs qu’il contient continuent d’étouffer leur communauté.

Aussi, lorsqu’une jument se putréfie ou qu’un troupeau de chèvres est décimé par une maladie, il faut des responsables. Les habitants, tous coupables ou complices de monstruosités, s’accusent du mal qui rôde.

Dans ce chaos, c’est aussi l’itinéraire de Blanche, une jeune-fille abusée par son oncle, qui tente d’échapper au fatalisme et à la violence à laquelle elle est destinée.

Nous sommes aux confins des Cévennes, là où la religion règne en maître. Là où la terre est dure et le climat rude.

Critique :
Voici un rural noir dans lequel je n’ai pas su m’identifier puisqu’en 1901, je n’étais pas née ! Mon grand-père non plus et il n’a pas dû me raconter cette vie-là.

De plus, en ce temps-là, c’était la Troisième République chez vous, celle qui allait instaurer la séparation de l’Église et de l’État, ce qui fait vachement enrager le curé du cru.

Il a beau ne pas se dérouler à mon époque, ce rural noir m’a pris à la gorge et aux tripes tant l’atmosphère était à la fois envoutante et horriblement oppressante.

Dans ce patelin reculé des Cévennes, on croit autant à Dieu qu’au Diable et on a tendance à invoquer plus vite le Malin que le Divin : « Le Diable, le Malin et le Démon », c’est leur sainte trinité, à ces pauvres hères non instruits et qui doivent subir les affres du climat, qu’il soit trop froid, trop chaud, trop sec ou trop humide.

Le diable. Les gens de la campagne ont toujours eu besoin d’attacher un mot ou une présence à chaque acte qui leur échappe. Une vie passée à craindre, à s’en remettre à des forces supérieures, comme des gosses craintifs et immatures qui n’ont pas encore saisi que la vie n’attend que d’être empoignée, fermement, comme une force brute toujours prête à se rebeller, dont il faut tenir la bride au plus court.

La terre est rude et travailler au bagne, cette maison dite « d’éducation », et bien, ça met du beurre dans les épinards pour les habitants de ce patelin, ou du lard sur le morceau de pain sec. Lorsque ce dernier a fermé en 1886, beaucoup ont perdu un statut et des revenus.

Le bagne, parlons-en… L’auteur aurait pu se répandre dans tous les supplices qui furent imposés à ces pauvres gosses, placés là suite à un vol, un braconnage, du vagabondage, des attentats à la pudeur…

L’intelligence a été de ne pas s’appesantir dessus et de nous expliquer en peu de mot, à travers les pensées d’un pensionnaire quittant ce lieu maudit, ce que furent ces années d’horreurs, de brimades, de privations et d’abus en tout genre.

De toute façon, à chaque début de chapitre, l’auteur nous présente un billet d’écrou des pensionnaires, avec leurs noms, leurs condamnation et leur cause de sortie : tous mort dans la première ou deuxième année de leur incarcération. Plus besoin de nous faire de dessins et d’en rajouter, tout est dit.

Je me demande si ce n’est pas encore pire de laisser le lecteur imaginer ce que ces gamins ont subi plutôt que de nous le décrire. En tout cas, ça donne des sueurs froides dans le dos, surtout en calculant leur âge lors de leur jugement, les années auxquelles on les condamnait pour si peu et l’âge de leur décès. La salive est parfois dure à avaler.

Dans ce rural noir que j’ai eu du mal à lâcher, l’auteur nous offre une analyse juste et des portraits réalistes de ces gens habitant la campagne profonde, ceux qui pensent directement à des malédictions au moindre pépin et sont toujours prompt à accuser les autres, surtout si cela peut détourner l’attention de leurs propres fautes à eux.

On pénètre dans du glauque, dans des esprits étroits, dans la petitesse des actes humains, dans leurs envies, leurs jalousies, leurs bassesses pour gagner quelques sous… Sans oublier que les femmes, en ces temps-là, sont soumises à leurs maris, à leurs pères et que dans ces contrées reculées, ils ne sont pas prêts à passer le commandement.

Toutes les filles de la campagne, sans exception, sont ainsi. Soumises à la vie, soumises aux hommes. Elles ne soupçonnent pas le pouvoir incroyable qu’elles exercent sur eux, et sont incapables d’imaginer qu’ailleurs, d’autres filles, parfois moins belles, mais surtout moins mièvres, prennent leur existence en main pour briser le carcan patiemment imposé par la gent masculine au cours des siècles voire des millénaires passés.

Horrifié, on assiste à tout ce qu’ils (ou elles) sont capable de faire à leur prochain, comme si, tout compte fait, ils ne craignaient pas tant que ça ce Dieu qui doit les juger à l’heure de leur mort.

Comme on dit en wallon : Mougneû d’bon Dieu èt dès tchiyeu d’jiale (des mangeurs de bon Dieu et des chieurs de diable = mon orthographe wallonne a toujours été nulle).

Le récit fait la part belle à une multitude de personnages, qui reviendront au fil des pages, tous avec leurs part d’ombre et leurs non-dits, ces secrets qu’ils ont enterrés après la fermeture du bagne, et même avant.

Qu’est-il arrivé au P’tiot, un gamin évadé du bagne ? Pourquoi personne ne veut en parler même 17 ans après la fermeture du bagne ? Pourquoi une telle chape de plomb ?

Seuls Blanche et Étienne, deux jeunes, semblent ne pas porter la trace du péché des autres et pour eux, j’ai ressenti une forte empathie car ils sont bien les seuls à être innocents, comme le simple d’esprit, Géraud. Par contre, ce qu’ils subissent…

Un roman noir rural dont la plume de l’auteur vous happe dès les premières lignes, vous subjugue et dont on a dû mal à reposer le livre, tant le récit nous tient en haleine alors que le rythme est assez lent et les mystères levés dans le dernier tiers du roman.

La justesse des portraits brossés, tout en finesse, même s’ils sont rugueux comme une pierre ponce, le réalisme dans leurs actions et leurs pensées, ce côté religieux poussé chez ces gens où l’instituteur et le curé tiennent la place la plus haute dans le village et cette aura de mystère qui entoure ce bagne vide depuis 17 ans et qui, malgré son abandon, continue à faire de l’ombre à tous ces biens pensants.

Même les tombes du cimetière attenant au bagne sont maudites, évitées comme la peste, tant ce lieu fait peur et est porteur de toute une flopée de malédictions qui pourraient vous tomber dessus, comme si la porte menant aux Enfers se trouvait sous les tombes de ces gamins morts sous les coups, les privations, le travail harassant ou autre.

Elle regarde une nouvelle fois le bagne. Le bâtiment n’a pas changé depuis ce jour. Même le feu n’en viendrait pas à bout, se dit-elle.
— Leurs âmes à ces gosses, elles dormaient tranquillement au cimetière. Elles nous laissaient en paix. Mais l’a bien fallu que quelque chose les réveille, accuse Léon.

En tout cas, je suis heureuse d’avoir reçu ce roman en avant-première grâce à l’opération Masse Critique de Babelio et je les remercie pour cet envoi, ainsi que l’auteur pour les mots qu’il a inscrits sur ces pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Durango – Tome 13 – Sans pitié : Yves Swolfs

Titre : Durango – Tome 13 – Sans pitié

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Yves Swolfs

Édition : Alpen Publishers (1998) / Les Humanoïdes Associés (2006) / Soleil Productions (2008)

Résumé :
À Nortonville, Durango coule des jours heureux auprès de la belle Célia, jusqu’au jour où Louie Holledigger et sa bande de malfrats débarquent en ville. Ils s’attaquent à une ferme et massacrent les membres de la famille qui l’habite.

« Crazy Louie » est recherché, mais seul un homme de l’envergure de Durango serait en mesure de l’arrêter.

Est-ce l’appel du révolver, ou la soif de justice qui le pousse à venger cette famille ? Ignorant les implorations de Célia, Durango se lance à la poursuite du meurtrier…

Critique : 
On aurait pu arrêter la série Durango à l’album précédent, nous laissant sur l’image de notre gaucher préféré coulant des jours heureux à Nortonville dont il venait de liquider la vermine qui la gangrenait.

Et je dis bien « arrêter la série » car l’auteur aurait sans doute vite tourné en rond avec un personnage tel Durango restant dans la même ville. Les scénarios ne sont pas légions pour un homme tel que lui.

Ben pas de bol, l’auteur l’a fait sortir de se torpeur, tout en nous signalant qu’il avait continué à s’entrainer au tir, on ne sait jamais.

Pour faire sortir notre tueur blond sexy, il fallait une bonne raison et l’auteur ne s’est pas foulé à nous en pondre une : un bandit voleur de banques n’était pas assez fort, alors, il a ajouté à Louie Holledigger le fait d’être un tueur sadique d’enfant, doublé d’un pédophile.

Les dessins sont toujours superbes, les couleurs chatoyantes dans des tons jaunes ocres, mais le scénario est banal : une simple chasse à l’homme dans le plus pur style western spaghetti, sans rien de plus.

Louie Holledigger n’a rien de neuf dans le paysage, on en a déjà croisé des comme lui, dans les autres albums, des tueurs avec plus de charisme, plus de présence, plus d’épaisseur.

Ici, on a l’impression de se trouver dans un album « de plus », juste pour faire un de plus, l’album transition qui fera repartir Durango sur les routes à la poursuite d’autres salauds.

J’apprécie toujours autant de retrouver mon tueur sexy blond, mais j’aurais aimé une aventure avec plus de profondeur, en apprendre un peu plus sur ce qui a fait de Durango un tueur impitoyable envers les salauds et pas rien que les quelques cases aperçues dans cet opus.

Alors oui, on ne s’embête pas dans cet album même si le scénario n’est guère épais, on croise des salauds de toute première classe, mais sans épaisseur véritable, on prend plaisir à revoir Durango ressortir sa pétoire pour faire des cartons sur des enfoirés de leurs mères, mais, selon moi, on aurait pu aussi très bien s’arrêter à « L’Héritière ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Surtensions : Olivier Norek

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Titre : Surtensions

Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon (2016)

Résumé :
Cette sœur acceptera-t-elle le marché risqué qu’on lui propose pour faire évader son frère de la prison la plus dangereuse de France ?

De quoi ce père sera-t-il capable pour sauver sa famille des quatre prédateurs qui ont fait irruption dans sa maison et qui comptent y rester ?

Comment cinq criminels – un pédophile, un assassin, un ancien légionnaire serbe, un kidnappeur et un braqueur – se retrouvent-ils dans une même histoire et pourquoi Coste fonce-t-il dans ce nid de vipères, mettant en danger ceux qui comptent le plus pour lui ?

Des âmes perdues, des meurtres par amour, des flics en anges déchus : la rédemption passe parfois par la vengeance…

brigade_anti_criminalite_la_clauCritique : 
J’avais déjà un œuf à peler avec Monsieur Norek, suite à un micro-ondes utilisé de manière sadique dans « Territoires ».

Maintenant, j’en aurai tout un carton à peler suite à la conséquence désastreuse qu’a eu une vengeance…

Sadique comme il est, l’auteur annonçait déjà une partie de la couleur dans l’intro. Et moi, maso, j’ai quand même osé le lire.

« Code 93 » était trèèès bon, « Territoires » était super trèèèès bon de la mort qui tue, c’est donc avec une certains appréhension et le cœur tremblant que j’ai ouvert cette 3ème aventure de Victor Coste.

Pourquoi cette angoisse ? Parce qu’il aurait été très difficile de faire aussi fort que Territoires et que j’avais peur de me trouver face au roman qui annoncerait le chant du cygne.

L’auteur est un petit démon… Plutôt que de tenter de faire mieux ou égal à son précédent opus, il a fait « différent ».

« J’ai changé » comme le disait un p’tit gars à talonnettes. Ici, c’est vrai, le roman est différent de ses deux prédécesseurs.

— Parce que c’est un coup parfait, confirma Coste. Profitez-en, c’est assez rare de se faire aussi bien baiser.

Exit le personnage principal qu’était la Cité, la banlieue et ses habitants seront un peu mis en retrait et welcome à la prison de Marveil qui nous donnera le « la » en intro. C’est du costaud.

Ensuite, une enquête concernant un enlèvement et une autre sur un braquage et nous plongerons au cœur de notre équipe de la brigade criminelle du 93, nous permettant de passer plus de temps avec eux, pour mon plus grand plaisir.

— Une ado qui n’utilise pas son portable pendant quatre-vingt-seize heures, j’aurais tendance à vérifier son pouls, fit remarquer Johanna.

Les enquêtes sont prenantes, on passe des deux côté de la loi niveau narration : enquêteurs et braqueurs, ce qui donne du peps à l’histoire et sa dose d’adrénaline.

La plume m’a, une fois de plus, enchantée et elle griffe toujours autant en disant, noir sur blanc, des vérités que l’on a tendance à oublier, hélas.

Un centre pénitentiaire n’est efficace que s’il reconstitue une société carcérale juste, avait-il dit. Sans prédateurs, sans proies, dans une parfaite équité, sans privilèges ni passe-droits, sans nécessité de violence, sans jalousie de ce que l’autre pourrait avoir de plus ou de mieux. La force devenant inutile, il ne reste plus qu’à vivre ensemble, en bonne société. Malheureusement, il n’existe pas d’endroit plus dangereux, inégal et injuste que la prison. Et au lieu de ressortir équilibré ou cadré, les détenus en sortent plus violents, désabusés, perdus et agressifs, sans aucun projet de réinsertion. Plus venimeux en sorte. La prison comme une école du crime.

Certains pourraient trouver que tout se goupille facilement, mais moi, j’aime quand des bandits ou des assassins tombent à cause d’un grain de sable qui est venu se nicher dans leur mécanique parfaitement huilée ou d’une bêtise faite par un membre de leur entourage. Là, je jouis.

Une fois de plus, l’auteur nous propose une histoire réaliste, sans tests ADN réalisés pour chaque quart de poil de mollet de fourmi trouvé, sans profilage réalisé à l’aide d’une brosse à dent ou de photos de mauvaise qualité qui, une fois agrandie, vous font découvrir une image dans la rétine du gars.

Non, ici, on sent la réalité à plein nez, on sent l’ombre des tours de la Cité, même si elle est moins présente que dans les deux précédents tomes, mais on bouffera le fait que les gens riches peuvent aussi jouer aux salauds finis. On a tendance à l’oublier ou à moins leur en vouloir qu’à la racaille.

Et puis, cette toile d’araignée qu’il est parvenu à tisser dans les pages de son récit… Et ces personnages, travaillés, ni tout bon, ni tout méchant, oscillant dans des nuances de gris, avec leur force, leurs faiblesses, leurs fêlures, leurs codes d’honneur…

Sans compter, cerise sur le gâteau, ces touches d’humour qui parsèment le roman, des émotions à l’état brut (j’ai failli lâcher le roman plusieurs fois), du suspense, de l’adrénaline, de réalisme (je l’ai déjà dit ?) et quelques petits clins d’œil à d’autres auteurs, avec des noms de rues ou un rôle de brute épaisse.

— Il est tombé une fois avec ce play-boy, un certain Michaël Mention, alias Rhinocéros.

Excellent, mais un cran sous Territoires et puis, beaucoup de chagrin en tournant la dernière page… C’est fini ? Passez-moi des kleenex, merci !

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Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix Le Point du polar européen 2016).

CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016

Tant de chiens : Boris Quercia

tant de chiens

Titre : Tant de chiens

Auteur : Boris Quercia
Édition : Asphalte (2015)

Résumé :
Encore une mauvaise période pour Santiago Quiñones, flic à Santiago du Chili. Son partenaire Jiménez vient de mourir au cours d’une fusillade avec des narcotrafiquants. Pire encore, le défunt semble avoir été mêlé à des histoires peu claires, et il avait les Affaires internes sur le dos.

Par curiosité autant que par désœuvrement, Santiago commence à mener l’enquête, et il retrouve une jeune femme qu’il connaît bien, Yesenia. Tous deux ont grandi dans le même quartier avant que leurs chemins se séparent.

Entretemps, Yesenia a connu l’enfer : séquestrée et violée par son beau-père, elle ne vit plus que pour se venger. Au nom de leur amitié passée, elle va demander à Santiago d’abattre son bourreau…

img-2-small580Critique : 
Direction le Chili à la découverte d’un de ses flics : Santiago Quiñones qui se trouve en fâcheuse posture, les balles des narcotrafiquants sifflant au-dessus de sa tête, un rottweiller qui s’en prend à son partenaire, Jiménez…

Plusieurs pistolets mitrailleurs nous tirent dessus et les balles ricochent de partout, je suis planqué dans un cagibi où sont entreposées des bouteilles de gaz et les balles me sifflent aux oreilles.

Quand Quiñones s’en sort sans une égratignures, c’est pour apprendre que son partenaire est mort et qu’il avait les bœufs-carottes des Affaires Internes sur le dos.

Ce petit roman noir est un concentré de noirceur sur la vie au Chili. En peu de mots, de phrases, de réflexions (de Santiago ou d’autres), de pages, l’auteur survole ce qui ne va pas dans son pays et on parle de la corruption, de la misère des gens, de la pédophilie, des trafics de drogues, des gens désabusés, du sort des mapuches, des flics ripoux, des politiciens véreux…

Le style de Boris Quercia ne fait pas dans la dentelle et appelle un chien un chien et ces derniers seront nombreux dans ce court récit, tant les gens ont des vies de chiens.

On était déjà allées au commissariat et ils avaient envoyé le dossier au tribunal, mais il y avait un pont ce week-end là et personne n’avait envie de faire quoi que ce soit. Tout le monde s’en foutait. Je les comprends. Chacun a ses propres blessures, alors pourquoi souffrir en plus pour celles des autres ?

Il y a ce chien enragé de la malchance qui m’a sauté à la gorge et qui ne me lâche plus.

Les phrases sont courtes, sèches, mordantes comme les canines acérées d’un chien, piquantes comme des épines de cactus.

Je cherche mes cigarettes et lui en offre une. Il ne fume pas, c’est ce genre-là.

« Tire-toi », je lui demande. Mais elle, loin de m’obéir, dégrafe sa robe et reste en face de moi, en petite culotte et talons hauts. « C’est gratuit », elle me dit, mais la vie m’a appris que rien n’est gratuit, et ça encore moins.

L’enquête de Santiago Quiñones est courte, rythmée, remplie de chausse-trappes, de pièges, de drogues, de saloperie, le tout distillé à la goutte près, de la came pure, non coupée, en somme.

Quant à notre flic, il est comme je les aime : ténébreux, pas toujours réglo, qui boit sans virer à l’alcoolo, qui ne crache pas sur une ligne de coke à l’occasion ou à se faire tailler une pipe dans des toilettes sales.

Un portrait noir mais pourvu de quelques lumières car s’il n’est pas tout noir, il n’est pas tout blanc non plus, notre flic. En tout cas, Santiago est lucide et le regard qu’il porte sur la société est servi dans sa vérité toute nue.

Si on apprend une chose en étant flic, c’est que les pères sont de vraies merdes dans ce pays. Ils fourrent leur bite et disparaissent. L’autre chose, c’est qu’ici personne ne paie pour ses fautes, à moins d’être pauvre. Mais ça ne compte pas, les pauvres payent toujours, ici comme ailleurs.

Une fillette qui vit dans la rue, dit Ricardo, a au moins son groupe de copains, des enfants comme elle qui vivent sous les ponts et sniffent de la colle. Ce sont des bandes urbaines avec des liens d’amitié très forts. Dans les foyers, l’amitié n’existe pas. Ce sont de petites prisons où tout dépend du sens moral de celui qui exerce le pouvoir, et l’histoire de l’humanité nous a suffisamment montré quel niveau d’abjection peut atteindre l’être humain.

La ville est aussi un personnage principal avec ses rues, ses habitants, sa pollution, ses salauds, ses pédophiles, ses trafics en tout genre. Une ville qui charrie encore son poison dans ses rues, elle qui a du mal à se remettre de la dictature.

C’est un grand type chauve, un peu voûté, comme souvent chez les gens grands au Chili. C’est un pays qui punit ceux qui dépassent la moyenne, les grands essayent de passer inaperçus et les très grands, comme ce type, se voûtent pour entrer dans le rang.

J’ai apprécié aussi que l’histoire ne parte pas dans le sens où je l’avais cru et qu’à un moment donné, tout en gardant ses protagonistes, elle bascule vers autre chose dont nous n’aurons le fin mot que dans les dernières pages, celles qui arrivent trop vite tant on aurait aimé prolonger le voyage.

Un petit roman noir corsé, une enquête qui sert de trame à présenter ce qui ne va pas dans le pays, à nous en brosser un portrait peu flatteur, une enquête rythmée, sans temps mort, avec quelques scènes de sexe pour faire passer tout cela.

Elle mord mon dos au travers de la chemise. Ça ressemble à une attaque cannibale. Je m’excite de plus en plus et j’ai du mal à me retenir, j’ai envie de la pénétrer, mais elle ne se laisse pas faire, elle continue à me travailler et à faire pression sur mon dos avec ses seins.

Une plume sèche, qui va droit au but et qui nous emporte directement au Chili.

Des personnages haut en couleur, des femmes fatales, des balles qui sifflent, une situation sociale de merde, des flics ripoux, de la violence non gratuite, de la drogue, des pipes, du sexe, des coups de pieds dans la fourmilière, des coups dans la gueule, des embrouilles, des magouilles, de l’horreur abjecte, des vérités vraies, …

Une fois qu’on t’a mis en taule, tu n’en sors plus, même si tu sors. C’est « l’université du crime », pour reprendre l’expression à la mode dans l’émission du Flaco Fuenzalida.

C’est du costaud, cette came de 199 pages concentrée et non coupée.

Bref, du hardboiled comme on l’aime : intelligent, brutal, sans fioritures et servi, cette fois-ci, avec une petite sauce chilienne bien piquante. Et on avale tout et on en redemande.

Un flic n’est pas là pour faire respecter la loi. Un flic est là, comme presque tout le monde, pour exécuter des ordres, des mandats. Arrêtez tel type. Enquêtez sur tel autre. Suivez cette dame, découvrez qui a envoyé ce mail. Si on ne supportait pas les injustices dans ce monde, on ne pourrait plus allumer la télé et regarder les informations. En fait, ce qui nous préoccupe vraiment, c’est arriver à la fin du mois, en vie d’une part, avec un peu d’argent de côté si possible d’autre part. Car être vivant sans un rond, ce n’est pas être vivant.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

1974 : David Peace

Titre : 1974                                                                                big_2-5

Auteur : David Peace
Édition : Payot et Rivages (2003)

Résumé :
Après Jeanette Garland et Susan Ridyard, la jeune Clare Kemplay vient de disparaître sur le chemin de l’école. Son cadavre sera bientôt retrouvé dans une tranchée sur un chantier.

Nous sommes en 1974, dans la région de Leeds. Noël approche. Edward Dunford, reporter à l’Evening Post, est encore un néophyte qui fait ses premières armes dans l’ombre du journaliste vedette de la rédaction, Jack Whitehead.

Au volant de la vieille voiture de son père, il sillonne les routes de l’Ouest du Yorkshire à la recherche d’indices susceptibles d’éclairer les meurtres de ces trois fillettes.

Au début, il croit seulement chasser le scoop, mais plus il enquête, plus il découvre que bien des choses sont pourries au royaume du Yorkshire: policiers corrompus, entrepreneurs véreux, élus complices…

Petit plus : Depuis ce premier volume de la tétralogie que David Peace a consacrée au Yorkshire, la réputation de l’auteur n’a cessé de grandir. Dès la parution de 1974, la presse avait été quasi unanime : « On ne saurait échapper à la musique d’une telle douleur », lisait-on dans le New York Times, tandis que Michel Abescat parlait dans Télérama d’un « requiem bouleversant d’humanité et de compassion ».

Critique : 
Si on devait coller une chanson sur ce roman, ce ne serait sûrement pas « Love is in the air » de Paul Young ou « All you need is love » des Beatles, mais bien « Paint it black » et « Sympathy for the devil » des Rolling Stones parce qu’on ne nage pas vraiment dans l’allégresse et les Bisounours !

Oui, qui dit roman noir anglais dit aussi chanteurs anglais. Of course. Restons dans le ton.

Edward Dunford est un jeune journaliste et pour être plus précise, c’est LE nouveau reporter criminel à l’Evening Post, dans la région de Leeds.

Débutant, pas encore au fait de tout ce qui s’est passé dans cette région, pas toujours très futé, un peu borné, mal poli, bref, le genre de personnage pour qui je n’ai eu aucune sympathie.

Quand je vous disait qu’on était dans du sombre, je ne plaisantais pas. d’entrée de jeu, on commence fort : la jeune Clare Kemplay vient de disparaître sur le chemin de l’école. Son cadavre sera retrouvé dans une tranchée sur un chantier. Avant elle, il y a eu Jeanette Garland et Susan Ridyard en 1969 et en 1972.

Ceci est un roman noir, le premier de la quadrilogie « Red Riding Quartet ».

L’avenir, comme le passé, est écrit. On ne peut le changer, mais il peut contribuer à guérir les plaies du présent.

Pendant ses petites investigations, Edward va déterrer des choses qui auraient mieux fait de rester enterrées car certaines personnes n’aiment pas que l’on vienne fourrer son nez de journaleux dans leurs petites magouilles en tout genre.

Ceci devait être un grand moment de lecture et le résultat est que je suis mitigée.

J’ai aimé le portrait au vitriol de cette Angleterre raciste au possible, de ces flics corrompus jusqu’à la moelle et qui utilisent des méthodes ressemblant plus à de la torture qu’à des interrogatoires en présence de votre avocat.

A cinq heures du matin, dix policiers, sous les ordres du superintendant Noble défoncèrent la porte de la maison de ma mère à coup de masse, la giflèrent quand elle sortit du couloir et la repoussèrent dans le couloir,se précipitèrent dans l’escalier le fusil à la main, me tirèrent hors du lit, m’arrachèrent des poignées de cheveux, me donnèrent des coups de pieds qui me firent rouler dans l’escalier, me rouèrent de coups de poing quand j’arrivai en bas (…) A l’arrière de la camionnette ils me tabassèrent jusqu’à ce que je perde connaissance puis me giflèrent et urinèrent sur moi jusqu’au moment où je repris conscience.

La scène de l’attaque du camp des gitans par des flics est horrible à souhait et on en tremble de dégoût devant cette injustice et cette violence gratuite dont font preuve les flics véreux. À ce niveau là, on est gâté.

Ce qui m’a déplu dans ce roman, c’est le style littéraire constitué de phrases très courtes qui donne l’impression d’un texte décousu dû à cette brièveté, sans parler des dialogues qui sont dépouillé de tout.

Aucun détail dans ce que font les personnages durant leur conversation, c’est nu, c’est chiant, on perd le fil de « qui parle » et j’ai détesté le fait qu’Edward, narrateur, nous balance des multitudes de « je dis : » avant sa réponse.

De plus, Edward est un couillon, il n’a rien dans les tripes, il se fait tabasser sans rendre un seul coup (enfin, presque) et il est d’une vulgarité et d’une violence dans ses paroles… Je l’ai détesté.

Entre nous, si j’avais eu 5 cents à chaque fois qu’il a prononcé le mot de Cambronne, je serais en train de vous écrire d’une villa aux Maldives !

Tout ça mis ensemble durant presque 400 pages, et bien, c’est usant et épuisant. L’auteur aurait dû les utiliser à bon escient. Et je ne vous parle même pas des incessants rappel de son père, décédé en début de roman, avec les 36.000 « la montre de mon père ».

Putains de chiens.
Je versai le reste du scotch dans le verre et me souvins de l’époque où j’avais effectivement voulu devenir flic, mais avais eu une telle chiasse que je n’avais même pas essayé.
Putains de poulets.
Je bu la moitié du verre et me souvins de tous les romans que j’avais voulu écrire, et que j’avais eu une telle chiasse que je n’avais même pas essayé.
Putain de rat de bibliothèque.
Je ramassai un poil de chat sur mon pantalon, un pantalon que mon père avait fait, un pantalon qui nous enterrerait tous.

Quant au final, il est « trop »… trop de sang, trop de gore, trop de tabassages, trop d’horreur, le cortège est tellement « trop » que je l’ai lu comme dans un état second, la tête déjà ailleurs. C’est violent ad nauseam.

Un roman noir à la fois répulsif et attractif puisque je n’ai pas stoppé ma lecture.

Malgré cet avis en demi-teinte (ou demi-pinte), je poursuivrai ma tétralogie parce que, hormis ce style d’écriture merdique, le reste était sombre à souhait. Un vrai noir de chez noir.

Edward Dunford… J’espère ne plus suivre ce personnage étrange, mal dans sa peau, qui est devenu une créature fort sombre sur la fin, comme s’il avait tout peint en noir…

♫ I wanna see it painted black, painted black
♪ Black as night, black as coal ♪
♪ I wanna see the sun, blotted out from the sky
♫ I wanna see it painted, painted, painted, painted black ♪

♪ Pleased to meet you hope you guess my name. Oh yeah ♪
♪ Ah what’s puzzling you is the nature of my game. Oh yeah ♫

BILAN - Minion M'attendais à mieuxChallenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

CHALLENGE - Mois Anglais 2015 Minions - OKCHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1)

W3 – Le sourire des pendus : Jérôme Camut & Nathalie Hug

Titre : W3 : Le sourire des pendus                               big_4

Auteurs : Jérôme Camut & Nathalie Hug
Édition : Télémaque (2013) / LP (2014)

Résumé :
Lara Mendès, jeune chroniqueuse télé, enquête sur le marché du sexe et ses déviances. Elle disparaît sur un parking d’autoroute…

Désemparés par la lenteur de l’enquête, ses proches reçoivent le soutien de Léon Castel, fondateur d’une association de victimes.

Sa fille Sookie, policière hors norme, a enquêté sur une triple pendaison qui semble liée à cette affaire.

Qui a enlevé Lara ? Pourquoi ? Où sont passés ces enfants et ces jeunes femmes dont les portraits s’affichent depuis des mois, parfois des années, sur les murs des gares et des commissariats ? Réseaux criminels ou tueurs isolés ?

Partout, le destin d’innocents est broyé sans pitié. Ils auront bientôt une voix : W3.

Critique : 
880 pages avalées en trois jours… C’est ce qu’on peut appeler un thriller addictif !

Je devrais arrêter de lire les quatrièmes de couverture, où ils en disent trop, où ils magouillent la vérité ou alors, ils sont réducteurs et synthétisent un peu trop le roman…

Bref, après avoir lu le résumé, je m’attendais à une certaine ligne de conduite mais les auteurs – petits sadiques – m’ont emmenés sur un tout autre chemin.

Chemin tellement inattendu (et non indiqué sur le quatrième) que je me suis même inquiétée devant certaines tournures de l’affaire, me demandant comment ils allaient rebondir…

Le récit, c’est comme une balle magique, ça démarre fort, ça part dans tous les sens, rebondit partout, vous met les nerfs à vifs et vous laisse pantelante.

La profusion des personnages auraient pu être un frein, mais vu qu’ils étaient tous bien décrits et travaillés, impossible de faire un amalgame ou de les confondre.

Même s’ils frôlent parfois la caricature et que le ton se fait parfois léger dans les dialogues, il n’en reste pas moins que toute cette palette d’acteurs sont à leur place et nous divertissent parfaitement.

« Quarante ans de cotisation et trois jours de retraite ! Si tous les contribuables pouvaient avoir ce sens civique, les problèmes de dettes disparaitraient en six mois ! »

Certains sont attachants, intrigants, d’autres sont carrément bizarres, telle Sookie Castel, la policière qui met tout le monde dans des boites.

Elle, c’est un pitt bull, quand elle tient un morceau d’os, elle ne lâche rien. Quant à son père, c’est un sacré lascar lui aussi.

Tout ce petit monde est travaillé, chacun en profondeur, n’étant ni jamais tout à fait blanc, ni tout à fait noir, possédant leurs qualités, leurs défauts, leurs points fort ou faible, faisant des erreurs, des folies… Et vu que les auteurs sont des sadiques, ils ont bien brouillés leurs pistes avec les personnages.

Du rythme, de l’action, du suspense, des personnages multiples et bien distincts, des rebondissements, de l’amitié et des souffrances… voilà le programme, en gros, de ce thriller qui ne m’a pas lâché.

Sans oublier quelques réflexions sur les institutions françaises (qui n’ont rien à envier aux belges), sur les médias qui sont prêtes à jouer aux vautours afin d’avoir le scoop les premiers, sur les magouilles en arrière-plan, les copinages dans les mairies et les dépravations de certaines personnes.

« … souviens-toi que dans le monde, plus de 40 millions de gosses sont prostitués, et calcule le nombre de cinglés de clients que ça fait ! L’offre et la demande, tu connais, non ? »

La République est une couille molle et les Français lui cirent la couenne.

C’est un pays de merde, habité par une nation de merde qui a les politiques et les médias qu’elle mérite !

J’ai bien fait d’attendre avant de le lire, ainsi, je ne devrai pas attendre trop longtemps pour le volet suivant.

Comme au resto, c’est en trois plats. L’entrée était copieuse et je me suis régalée. Vivement le plat principal et le dessert s’ils sont du même acabit.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015),  Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Prix des lecteurs 2014 dans la catégorie Polar) et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

CHALLENGE - À tous prixCHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1) BIBLIO - Pedigree PAL

Les cafards – Une enquête de l’inspecteur Harry Hole : Jo Nesbø

Titre : Les cafards – Une enquête de l’inspecteur Harry Hole

Auteur : Jo Nesbø                                            big_3-5
Édition : Folio Policier (2006)

Résumé :
Un somptueux couteau thaïlandais enduit de graisse norvégienne est retrouvé planté dans le dos d’un ambassadeur scandinave.

L’homme est mort dans une chambre de passe à Bangkok. Près de lui, une valise au contenu sulfureux de quoi nuire, de quoi faire très mal…

A peine revenu d’Australie, Harry Hole repart pour l’Asie, ses usages millénaires, ses secrets et sa criminalité dont il ignore tout.

Toujours aussi cynique, intimement blessé, l’inspecteur venu d’Oslo va se heurter de plein fouet à cette culture ancestrale en pleine mutation. Un tueur local monstrueux le traque sans relâche.

L’affaire se complique au-delà de la raison. Bangkok reste une ville à part.

Un mystère pour celui qui s’y arrête.

Hole ira jusqu’au bout, au plus profond du cœur d’un homme, jusqu’à l’invraisemblable…

Critique :
Et bien, avec ce deuxième tome de Jo Nesbø, je viens de me réconcilier avec l’auteur ainsi qu’avec son inspecteur Harry Hole !

Si le premier ne m’avait pas convaincu à 100%, c’était en raison de l’amour immodéré qu’avait l’inspecteur Harry pour les boissons alcoolisées et qui faisait de lui une éponge imbibée, mais pas Bob (en Belgique, « Bob », c’est celui qui ne boit pas et qui reconduit ses potes avant d’être l’éponge du même nom). Ça le rendait chiant et très con.

Ici, bien qu’il ait continué de se biturer grave après ses heures de service à la police d’Oslo, il deviendra sobre comme un moineau une fois sur l’enquête Thaïlandaise.

« Il ne buvait pas pendant le service. Pas encore. Même s’il l’avait déjà fait, et même si le docteur Aune prétendait que chaque fissure prend naissance là où la précédente s’est arrêtée ».

Oui, l’ambassadeur de Norvège en poste à Bangkok s’est fait poignarder dans le dos pas un couteau thaïlandais enduit de graisse norvégienne… et dans son attaché-caisse, des photos compromettantes avec un homme adulte en train de faire des choses interdites avec un garçon mineur d’âge.

Harry Hole sobre, ça va beaucoup mieux, il fait des erreurs, mais il n’est plus le crétin fini qu’il était lors de son enquête en Australie.

Bon point aussi, le récit est plus captivant que le premier, l’auteur passant plus de temps à nous parler de l’enquête qu’à nous jouer le guide du voyageur comme il le fit en Australie.

On apprend des choses sur la Thaïlande, mais le pan « roman policier » est majoritaire sur le côté « guide du routard historique ». C’est bien simple, je n’ai pas vu le temps passer ni les pages se tourner.

Par contre, l’appellation « thriller » noté sur la couverture est usurpée. Nous ne sommes pas dans un thriller où l’on court dans tous les sens, mais dans un roman policier, tout simplement.

Harry est toujours aussi « je broie du noir du matin au soir » mais il semble moins s’apitoyer sur lui-même et le personnage de l’inspecteur gagne des galons dans mon estime. Son cynisme me plaît toujours aussi bien.

— Parle-moi un peu du trafic des filles, dit Harry.
— Il est à peu près aussi dense que la circulation.

— Tu ne dois pas sous-estimer la part d’irrationnel dans la nature humaine…
— Quand tu vises un clou et que tu te tapes sur le pouce, qu’est-ce que tu balances contre le mur ?
— Le marteau ?
— Bien, ca fait quel effet, d’être un marteau ?

J’ai bien aimé comment l’auteur a mené son histoire, sans tout dévoiler, cachant bien ses fausses pistes, ses vraies et mettant à notre disposition une palette de personnages assez bien colorés, le tout imbibé de culture thaïlandaise sans tomber dans l’excès.

Une enquête pas facile pour Harry qui devra ménager la chèvre et le chou, le pédophile et la diplomatie, manier la politique de la langue de bois et tenter de résoudre cette affaire assez obscure.

Un bon polar qui m’a fait passer un agréable moment de lecture dans la chaleur étouffante de la ville de Bangkok en proie au tourisme sexuel.

— Ils [les américains] les amenaient par avion de Saïgon, pour les permissions de deux jours. Aujourd’hui il n’y aurait pas d’industrie du sexe ici sans l’intervention de l’armée américaine. L’une des rues, ici, a même reçu officiellement le nom de Soi Cowboy.
— Alors pourquoi ne restaient-ils pas là-bas ? Ici, c’est pratiquement la cambrousse…
— Les soldats qui souffraient le plus du mal du pays voulaient par-dessus tout baiser à l’américaine, c’est-à-dire dans des voitures ou des chambres de motel. Ils avaient même la bière américaine dans les minis-bars des chambres.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le Challenge « Nordique » chez Mes chroniques Littéraires, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !

Mais c’est à toi que je pense : Gary A. Braunbeck [E-Book et papier]

Titre : Mais c’est à toi que je pense                                big_5

Auteur : Gary A. Braunbeck
Édition : Bragelonne (2010)

Résumé :
Pour Thomas, Arnold, Rebecca et Christopher, c’est la fin du supplice. Ils viennent d’échapper à leur tortionnaire, un tueur en série pédophile qui les séquestrait depuis des années.

Mais une nouvelle épreuve les attend : et si on les avait oubliés ? Et si on ne les aimait plus ?

Horriblement défigurés et mutilés, ils ont besoin d’un adulte pour les ramener à leurs parents, que certains n’ont pas vus depuis dix ans… et ils ont choisi Mark.

Critique : 
« Donnybrook » de Franck Bill était sombre et pas pour les enfants… Ce roman mériterait lui aussi un bandeau-titre « À ne pas mettre dans toutes les mains – Âmes sensibles, cassez-vous ! »

Pourtant, au départ, on ne dirait pas que l’on va plonger dans l’horreur.

Déjà, le titre, est à chier (merci les traducteurs « Prodigal blues » méritait mieux que ce titre). Quant à la couverture, elle deviendra magnifique lorsqu’elle prendra tout son sens un peu plus tard dans le récit…

Mark Sieber, agent d’entretien dans un lycée, casse la gueule d’un ado à cause d’une blague d’un mauvais goût.

Un pédophile se promène dans les bois, la nuit, avec un gosse de six ans. Le gamin regarde autour de lui et chuchote: « Il fait vraiment noir ici. J’ai peur. » Le type le dévisage et répond : « Plains-toi ! Ce n’est pas toi qui vas devoir rentrer tout seul ! »

Ok, elle était d’un goût douteux, mais de là à lui massacrer sa gueule ! Sa femme ne le reconnait plus depuis qu’il est revenu du Kansas, il y a quelques jours. Qu’est-ce qui s’est passé, là-bas durant ces quelques jours ??

Alors quoi ? Mark va alors lui raconter toute l’histoire qu’il a vécu…

Tout à commencé quand il revenait de chez sa mère, décédée.

Sur l’autoroute, la voiture prêtée par son beauf tombe en panne, il se fait dépanner, sourit de voir passer plusieurs fois un Minibus Volkswagen argenté tirant une Airstream argentée elle aussi. S’il avait su…

Mark n’a rien d’un héros, pourtant, il a été choisi par 4 enfants pour mener à bien une mission… Les ramener chez leurs parents, eux qui ont disparu depuis des années, séquestrés qu’ils étaient par un pédophile. Une mission importante dont Mark ressortira ébranlé, cassé, laminé, lessivé et en larmes. Le lecteur aussi.

Voilà un roman noir qui vous prendra aux tripes – si vous en avez au départ – et qui vous laissera les tripes vidées ou nouées à la fin.

Sans jamais sombrer dans le pathos ou dans les descriptions horribles et gratuites, l’auteur nous racontera, au travers de ces quatre enfants, les supplices et le calvaire qu’ils ont vécu durant leur captivité chez Grendel, leur tortionnaire pédophile.

L’odeur me frappa de plein fouet, pas uniquement les exhalaisons habituelles d’un être humain, bien que l’odeur de pisse et de merde se suffise à elle-même. La puanteur des corps était insoutenable – des effluves de viandes avariée, moite, une présence invisible, presque physique, du genre qui pénètre chaque couche de l’épiderme, refuse de partir au lavage pendant au moins un mois et s’incruste à jamais dans les narines.

Pour la première scène vidéo, je me doutais que j’allais lire des choses horribles – tout comme Mark se doutait qu’il allait les voir – et j’ai pu blinder mon esprit.

Mais ensuite, je ne me suis pas méfiée et j’ai morflé grave. « Respire, me suis-je dit, ne pense plus à rien, faisons le vide dans mon esprit et »… Non, pas moyen de faire sortir les images de ma tête.

Les enfants ne demandent pas la pitié de Mark, mais juste son aide… La pitié ne servirait à rien : admirons plutôt leur courage et pleurons avec eux les imbécilités de la vie et sur la pâte à modeler (ceux qui l’ont lu comprendront).

La pâte à modeler qui sera la cause d’un grand malheur, mais d’une délivrance aussi. À quoi la vie tient, tout de même.

Un roman sombre, mais prenant, une écriture mêlant adroitement les moments les plus horribles, les plus intenses, avec une note d’humour, qui, croyez-moi, est souvent la bienvenue !

« Grand Dieu. Je me tenais au bord de la route, à quatre heures et demie du matin, débattant tranquillement de la meilleure technique pour contenir la puanteur de corps en décomposition à l’intérieur d’une caravane. Tout marchait comme sur des roulettes ».

« Il donna un brusque coup de volant à gauche afin d’éviter le raton-laveur le plus gras et le plus lent que la terre ait porté (et qui venait apparemment de décider que le milieu de la route était l’endroit parfait pour une petite pause consacrée au léchage de ses parties), mais nous roulions beaucoup trop vite ».

Des personnages tellement attachants qu’on voudrait ne jamais quitter le Minibus Volkswagen. Des enfants déjà si adultes, mais toujours des enfants tout de même, se taquinant, se chamaillant, veillant l’un sur l’autre.

Un méchant – Grendel – qui est présent psychologiquement, son ombre maléfique planant sur le Minibus. Un homme que l’on ne voudrait pas croiser la route. Si semblable à tant d’autres pédophiles sur terre qui sèment le malheur chez les enfants. Bien que lui sois d’un niveau assez élevé point de vue tortures et sadisme.

Ah, qu’il serait agréable de mettre les pédophiles, les prédateurs sexuels, les grands sadiques ou les serial-killer dans la catégorie « Monstres »…

Pourtant, ce sont des humains comme nous. Et c’est là que le bât blesse dans notre conscience : l’idée qu’ils fassent partie de la même espèce que nous ne nous enchante guère. Mais faire d’eux des « monstres » leur donnerait des excuses et nous rassurerait un peu trop sur le genre humain.

— Tu penses réellement que je m’apprête à prendre la vie d’un autre humain ? Ces gras-là ne sont pas humains. Ils ne l’ont jamais été !
— Bien sûr que si ! L’idée de faire partie de la même espèce ne nous enchante peut-être pas, mais ce sont des hommes !

Alors, n’oublions jamais que se sont des êtres humains comme nous et qu’ils sont capables de commettre les pires atrocités. Et ça, ça donne vraiment des sueurs froides.

Je ne sais pas si vous avez déjà eu l’occasion d’observer des photographies de tueurs en série ou de violeurs, mais tous semblent avoir le même regard éteint, froid et détaché, figé sur un ailleurs qui n’appartient qu’à eux, comme s’ils avaient renoncé à vous faire comprendre la logique de leurs actes et se satisfaisaient de contempler une ambition dont vous resterez à jamais indigne.

Si vous avez des tripes, ouvrez ce roman et lisez-le…

Une fois dedans, on ne le lâche plus, on frémit avec eux, on hurle avec eux, on pleure et en n’en ressort pas le même car, même si ceci est une fiction, ces abominations se passent dans le monde réel et ça fait mal.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015),  « Challenge US » chez Noctembule et « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore.