Les harmoniques – Beau Danube Blues : Marcus Malte [Défi CannibElphique]

Titre : Les harmoniques – Beau Danube Blues

Auteur : Marcus Malte
Édition : Gallimard (2013)

Résumé :
Une voiture quitte les rives de l’océan pour Paris à travers la nuit et des nappes de jazz qui s’échappent d’un autoradio.

A son bord, deux hommes. Mister est un pianiste de jazz. Un black amoureux de Trane et de Lady Day. Bob, son complice, son frère de coeur, est un ancien prof de philo reconverti en chauffeur de taxi. Encore plus que Monk ou Getz, lui vénère les classiques grecs et Schopenhauer.

Les deux hommes foncent vers la capitale mus par l’obsession de Mister : Vera, une jeune femme qu’il a récemment rencontrée, vient d’être retrouvée morte, brûlée vive.

Les coupables ont été arrêtés sur le champ, mais Mister ne croit pas à la version officielle. Il décide de mener sa propre enquête. Ses questions et sa curiosité vont les amener à lever le voile sur une histoire qu’il aurait mieux valu garder secrète, et à côtoyer une faune peu recommandable.

Composition virtuose, arpèges narratifs complexes et subtils, envolées lyriques… ce roman éblouissant de Marcus Malte avance, style en avant, sur la corde raide.

Entre l’ombre et la lumière, la violence et la mélancolie, Les harmoniques est un incroyable roman noir – clair-obscur plutôt.

Une mélopée déchirante qui mêle le politique, la passion, la révolte et le sexe. Comme tous les grands standards du blues.

Critique :
On m’avait dit le plus grand bien de ce livre, notamment Domi, la moitié d’Yvan. Collectif Polar aussi. Bref, des gens à qui je fais confiance niveau littérature !

Alors j’avoue que j’ai été un peu désarçonnée lorsque j’entamai ma lecture et que je me retrouvai face à un meurtre à résoudre…

Heu ? Un simple meurtre à résoudre ? Un banal cas de Whodunit ? Un grand black qui cherche à en savoir plus sur l’assassinat violent d’une gentille fille qui venait s’accouder sur son piano ?

Ça commence ainsi, par un truc banal (si un assassinat par le feu peut être considéré comme banal) : le meurtre de la gentille Vera à qui on a fait le coup de Jeanne d’Arc.

Les flics ont même été super rapides et compétents sur le coup puisque trois jours plus tard (non, elle n’est pas ressuscitée comme l’autre) ils ont arrêté les coupables.

Mais Mister, le grand Black pianiste n’y croit pas du tout et aidé de Bob, son pote chauffeur d’un vieux taxi, il va mener l’enquête.

Oui, on commence avec un truc simple, mais j’avais oublié que nous étions avec Marcus Malte et qu’on n’allait pas se retrouver avec le Colonel Moutarde dans le vieux hangar avec l’essence et le briquet !

La petite histoire va s’inscrire dans la Grande… Rien n’est simple, rien n’est facile, rien n’est acquis, surtout pas la vérité que l’on va nous dévoiler au fur et à mesure que nous tournerons les pages.

De plus, l’écriture de Marcus Malte est toujours aussi poétique, lyrique, ses phrases m’emportent souvent très loin et croyez-moi, c’est le petit Jésus en culotte de velours, sa plume, maniant la philosophie et l’humour, même si elle ne se prive pas d’égratigner.

Oui, sa plume m’enchante, et elle chante car ce roman sent bon les airs de jazz et l’auteur a même inclus la play-list pour le cas où nous voudrions écouter les mêmes chansons que nos deux enquêteurs improbables : le grand noir et le petit blanc.

Les deux personnages que sont Mister et Bob sont des gens comme on aimerait avoir dans nos amis, surtout Bob qui est toujours là pour vous aider, lui, son vieux taxi, sa philosophie et ses cassettes audios remplies de vieux chanteurs de jazz.

Un roman qui commence de manière simple et qui devient plus dense ensuite, de par son scénario et de par l’Histoire qu’il nous conte, une que nous n’entendons pas souvent et dont nous ne savons pas grand-chose : l’ex-Yougoslavie.

Un roman bourré d’émotions, une lecture magnifique, dense, belle, émotive, qui ne m’a pas laissée de marbre. J’en ai eu des frissons partout.

Un grand merci à celles qui me l’ont conseillée et à ma binômette de LC qui me l’a fait sortir de mes étagères surchargées !

— Qu’est-ce qu’il raconte, le centenaire ? siffla le barman.
— Lui, il dit que ours craindre le morsure de la belette, intervint Milosav.
— La belette ?… La belette !… La belette…
Renato testa le mot sur tous les modes, comme un acteur cherchant le ton juste.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur]  sur le forum de Livraddict (N° 48-  Son dernier coup d’archet – Livre où la musique tient une place importante).

Pourquoi je l’ai choisi :

Avec l’énorme coup de cœur pour Le Garçon du même auteur, j’ai voulu découvrir ses précédents romans… Et, bon, j’adore toujours autant déstabiliser le planning de ma binômette, et lui proposer des « oldies » en Lecture Commune…

Synopsis :

Vera est morte assassinée. Brûlée vive. Mister, le pianiste, l’aimait, comme elle aimait sa musique. Il veut comprendre : qui l’a tuée ? Pourquoi ? Avec son ami Bob, chauffeur de taxi philosophe et polyglotte, il cherche, tâtonne, interroge et remonte peu à peu le fil de la jeune vie de Vera, jusqu’aux rives lointaines du Danube, jusqu’aux charniers des Balkans… Rythmée par les grands standards du jazz, l’enquête des deux hommes fera ressurgir les notes cachées de ces crimes dont personne ne veut parler. Plus qu’un roman, c’est une ballade qui se joue ici. Un long blues nostalgique et envoûtant en même temps qu’un poignant chant d’amour et de rage. 

Ce que j’ai ressenti:…Comme le doux son d’un coup de CŒUR….

« Où se niche le génie? Où se niche la sagesse? Où se niche le merveilleux? »

Jazzy, ou comment la musique envahit l’espace d’écriture, fait des Harmoniques derrière le contexte d’un conflit européen, se retrouve entre les lignes d’une poésie noire envolée dans les esquisses d’un corbeau, se mêle au lent ronronnement d’un moteur lancé sur l’asphalte, se perd dans les arpèges d’une passion platonique…

Tu l’entends ce Jazz qui se nourrit de nostalgie, de violence et de beauté ?  Marcus Malte nous ballade sur des notes obscures, réveille des douleurs dissimulées et sublime son polar de lyrisme philosophique.

« Ensuite pour se persuader que l’humanité n’a pas engendré que des porcs et bouchers et ogres barbares, mais aussi quelques fées ou enchanteurs dotés du pouvoir de transformer le bruit en son, les cris en notes, les rafales en arpèges, les plaintes en mélodies, les sanglots longs en violons- la vie en harmonie. Pour continuer à croire qu’il existe autre chose, autre part. »

Cette enquête atypique menée par deux personnages « Black and White » dans une guimbarde jaune est un moment de lecture intense entre humour et drame.

Le temps d’une playlist enivrante et de quelques jolies références littéraires, on se plaît à démêler une affaire sombre de meurtre impuni, d’une victime qui aurait pu disparaître de la surface de la terre sans bruit, mais la  passion de Vera pour la musique et l’adoration d’un homme  en voyant ses yeux, aura suffit à lui rendre un peu de son identité et mettre en lumière le temps de 400 pages, les accents slaves.

« Nul autre don que le don de soi. »

Plus que tout, j’adore l’écriture de cet auteur ! Je la trouve expressive, sensorielle, magnifique… Elle s’embrase avec panache jusqu’au bouquet final… Encore une fois, je suis totalement conquise…

Au delà de son intrigue menée admirablement jusqu’à la dernière note, on sent une volonté dans le style : la force des mots, le plaisir de rendre hommage à la musique et à l’Art. L’intensité qu’il met dans ses descriptions rend cette lecture bouleversante.

Comme un air de musique, elle tourne dans ta tête, cette poésie, et tu lis et relis les passages, te délectant de tant de beauté d’écriture et tu t’envoles vers des courants de pensées essentielles…

Marcus Malte, en grand géant, orchestre son histoire avec passion,  jouant des basses violentes des canons, d’un tempo plaintif d’un saxophone en mal d’amour, de l’harmonie d’une amitié infaillible…

Flambant Coup de Cœur.

Ma note Plaisir de Lecture  10/10

Sombre vallée : Thomas Willmann

Sombre Vallée - Thomas Willmann

Titre : Sombre vallée

Auteur : Thomas Willmann
Édition : Belfond (2016)

Résumé :
« C’est ainsi que l’homme et l’animal sortirent de l’étroit et sombre goulet qui, entaillant jusqu’à mi-hauteur la paroi désolée du massif montagneux, débouchait sur une immense plaine entourée d’une suite de sommets, havre insoupçonné de calme, asile de fertile solitude. C’était un endroit qui se suffisait à lui-même et ne tolérait la présence d’aucun élément extérieur. Il ne se défendait pas contre les intrus, mais se refermait aussitôt derrière eux, interdisant tout retour à un autre monde. »

Alpes bavaroises, fin XIXe siècle.

Quand l’étranger est arrivé sur sa mule un soir, les villageois se sont interrogés. Greider est-il vraiment peintre, comme il le prétend ? Ou est-il guidé par de plus sombres desseins ? Et puis un mort, un fils du clan Brenner, les fermiers qui règnent en maîtres sur la communauté. Et bientôt la mort d’un autre fils. Et d’autres encore…

Ceux qui dirigeaient jusque-là le village seraient-ils devenus des proies ? Tous les regards se tournent vers lui, Greider. L’étranger connaît-il les lourds secrets de la sombre vallée ? Et s’il était revenu pour mettre à exécution une vengeance ourdie de très longue date ?

Au cœur des montagnes bavaroises se noue un drame aux conséquences dévastatrices. Porté par une écriture puissamment évocatrice, un premier roman impressionnant, un suspense oppressant au service d’une histoire de haine et de revanche.

Mountain+darknessCritique :
« La montagne, ça vous gagne », qu’ils disaient. Tu parles ! Vu d’ici, on a envie de fuir à toutes berzingue de leur foutue montagne et surtout de leur trou du cul de village perdu dans une vallée des Alpes Bavaroises.

Ce roman porte bien son nom en français, la vallée est sombre et pas uniquement parce que nous sommes en hiver et que le soleil se couche avec les poules.

Non, ici, la sombritude (néologisme gratuit) elle est dans le cœur des gens, dans leurs âmes, dans l’acceptation de la domination d’une famille, le clan Brenner, comme si nous étions encore au Moyen-Âge ou dans en Sicile, sous la coupe de la Mafia.

Pourtant, que la montagne pourrait être belle dans cette vallée à la terre fertile s’il n’y avait pas ces foutus fils Brenner qui y font la loi. Ils sont six et bientôt, il ne seront plus que quatre, puis cinq… Une sorte de « Dix Petits Nègres » d’Agatha Christie rebaptisé « Six Fils Brenner ».

Le récit est oppressant car même si nous sommes dans une vallée, avec l’hiver qui arrive, ça devient un huis clos. L’auteur nous fait bien sentir qu’il y a un truc louche dans la venue dans ce village paumé du peintre Greider, mais au départ, on ne voit pas le lien.

C’est petit à petit aussi que l’on découvre que tout le village est sous tutelle de la famille Brenner et à un moment donné, en analysant les angoisses d’un personnage, j’ai compris jusqu’où cette main mise pouvait aller et là, ce fut l’horreur absolue lorsque l’auteur a confirmé mes pires craintes.

Les personnages sont taillés à la serpe, on n’en saura pas beaucoup sur eux, mais ce sera suffisant pour qu’on s’attache à certains, dont Greider, la veuve Gader, Luzi et Lukas tandis que les autres nous feront trembler de par leur morgue, leur froideur, leur façon d’être.

Le style d’écriture n’est pas trépidant, mais les pages se tournent toutes seules, car on veut savoir ce que Greider fout dans ce trou du cul paumé des alpes bavaroises, hormis dessiner les paysages et les maisons au fusain. Il n’y a pas que ça…

On voudrait aussi en savoir plus sur le clan qui règne telle la famille Ewing dans cet univers impitoyable et qui font montre de toute leur puissance, leur hégémonie ou de leur testostérone lorsqu’ils déambulent dans le village pour accompagner Greider chez la veuve Gader.

Comme dans le roman « Sécessions », les dialogues sont assez rares, mais ici, grâce à la plume de l’auteur, ça passe comme une lettre à la poste car certaines scènes sont puissantes, violentes, mais on en veut toujours plus car on veut savoir.

Vers la page 190, deux récits vont d’entremêler, deux récits du passé, mais qui auraient pu concerner aussi le présent (je l’ai pensé à un moment donné), deux récits violents, âpres, prenant, deux  histoires tragiques qui, dans le roman, sont séparées par un espace mais sont sœurs de par la violence sans borne qui les caractérisent.

Je quittais un récit la mort dans l’âme pour me replonger dans l’autre que j’étais contente de retrouver car je voulais connaître le fin mot et au moment où… boum, on revenait au premier, et l’auteur a ainsi joué avec le suspense et l’envie de tout savoir durant de nombreuses pages, faisant monter mon rythme cardiaque.

Niveau ambiance western, elle s’y trouve bel et bien dans ce côté d’un Clint Eastwood qui jouerait le rôle de Preacher (Pale Rider) ou à la manière d’un Henry Fonda (Mon nom est Personne) et bien entendu, dans le final, mais sans les mouches, vu la climat.

Le seul bémol sera pour quelques phrases en allemand non traduites en annexe ou en bas de page.

Un roman sombre, un nature writing mâtiné de roman noir, une histoire d’hégémonie suprême d’un homme et de ses fils sur un village, leurs pleins pouvoirs, et devant eux, un troupeau de dominés courbant l’échine et un peintre inconnu armé de ses fusains.

C’est lent, poétique, avec de la psychologie dans les personnages et dans l’analyse de ala position de Greider, à la fin, sans oublier de la rédemption. Et lorsque l’on tourne les pages, on frémit de ce qui pourrait nous attendre au détour de l’une comme au détour des forêts sombres et couvertes de neige de ce coin perdu où il ne fait pas bon y échouer.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Coupe d’Europe des Livres » chez Plume de cajou et le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires (337 pages).

coupe europe livres 2016 bis

 

Le roi en jaune : Robert William Chambers

Titre : Le roi en jaune

Auteur : Robert William Chambers
Édition : Le Livre de Poche (2014)

Résumé : De Paris à New York, de jeunes artistes voient leur vie bouleversée par un étrange livre interdit, Le Roi en jaune. À travers celui-ci, c’est un univers de folie et de cauchemar qui fait irruption dans notre monde : celui de Hastur et de Carcosa, celui sur lequel règne le terrifiant Roi en jaune.

Publié pour la première fois en 1895, Le Roi en jaune est un chef-d’œuvre du fantastique décadent, salué par les plus grand critiques, et qui a exercé une profonde influence sur des auteurs aussi importants que H-P Lovecraft et Marion Zimmer Bradley. Il est aujourd’hui édité en français dans sa forme originale pour la première fois.

Critique :
On disait de ce roman qu’il avait exercé une profonde influence sur Lovercraft, le bandeau-titre disait « le livre culte qui a insipré la série « True Detective », un autre affichait « le livre qui rend fou » puisque tout ceux qui ont lu le fameux livre sont devenus fous…

Ce devait être vrai puisque Hildred Castaigne, le personnage de la première nouvelle est fou à lier – bien qu’il dise qu’il ne le soit pas et que son comportement ait l’air normal en société.

Oui, j’ai aimé la première nouvelle, « Restaurateur de Réputations ». La tension était palpable, les personnages bien barrés, là, j’étais enchantée.

Ensuite, pour la suivante, je fus comme la chanson de Mylène – Micotton – Farmer : désenchantée ! J’ai soupiré, je n’avançais plus, tout me semblait fade, insipide et je cherchais à comprendre ce qui avait bien pu ficher la trouille à Lovercraft !

Ou c’est une fausse accroche ou je suis passée à côté parce que dès la 3ème nouvelle, je me suis endormie comme un bébé après le rot.

Je peux donc dire que pour s’endormir, ce livre est parfait ! Vos paupières se feront lourdes, vos yeux se fermeront et en quelques minutes, vous ronflerez de tout votre soûl !

Pourtant, d’après Chambers, dès que quelqu’un lit, intégralement ou non, cette fameuse pièce de théâtre « The King In Yellow », il/elle devient à jamais obsédé par son héros et son univers.

Tu parles, Charles ! Pour moi, c’est loupé… Il n’y a que les personnages des nouvelles qui deviennent zinzins. Le lecteur, lui, il soupirera d’ennui sur les nouvelles.

Peut-être que l’ancienne version, celle avec la couverture superbement macabre de chez Marabout, j’aurais frissonné ou passé un bon moment. Qui sait ??

Dommage… Ce roman avait tout pour plaire dès le départ : une accroche intrigante, une couverture rigide, du papier tellement doux qu’il n’irriterait pas vos petites fesses roses de bébé si d’emblée, vous l’utilisiez à autre chose que la lecture et le calage d’un meuble…

Bref, ça ressemble furieusement à une accroche publicitaire pour ceux et celles qui ont vu True Detective… Et je me suis laissée avoir ! La peine n’est pas grande, il venait d’une bouquinerie et ne m’a pas ruiné.

Pour terminer, le Chambers que je préfère, c’est Sidney, celui de la série Grantchester.

Quant au roman, il donnera une touche colorée dans la biblio à défaut de m’avoir fait passer un bon moment lecture.

Mais pour la sieste, je vous le recommande !! Un truc de fou de tomber endormie aussi vite alors que je n’avais pas sommeil !

« Le Mois Américain » chez Titine.