Maudit sois-tu – Tome 1 – Zaroff : Philippe Pelaez et Carlos Puerta

Titre : Maudit sois-tu – Tome 1 – Zaroff

Scénariste : Philippe Pelaez
Dessinateur : Carlos Puerta

Édition : Ankama Éditions (13/09/2019)

Résumé :
2017, un homme est retrouvé mort dans les égouts de Londres. L’enquête se dirige rapidement vers la petite amie du défunt, car leur liaison a été arrangée par leur employeur commun, Nicholas Zaroff.

Ce mystérieux oligarque russe n’a en fait qu’un seul but : se venger de ceux qui, 170 ans auparavant, ont causé la perte de son aïeul.

Pour y parvenir, il va réunir leurs quatre descendants et les traquer dans une vaste chasse à l’homme…

Critique :
Encore une découverte que je viens de faire grâce au Mois Anglais (à force de chercher dans les bédés que je n’ai pas lues et dont l’action se déroule en Angleterre) et une fois de plus, il y a du bon et du moins bon.

Comme par hasard, ce sont les dessins qui m’ont déroutées, ainsi que les couleurs fort sombres, lorsqu’ils sont dans les égouts, que ce soit pour la chasse à l’homme que lorsque les enquêteurs sont sur place.

Les visages se mélangeaient et j’ai dû faire quelques retours en arrière afin de bien enregistrer qui avait la tronche de qui.

Nous sommes clairement dans une bédé fantastique, à mi chemin entre du Shelley pour le mélange de parties humaine et le côte « science sans conscience », de l’île du Docteur Moreau pour les mélanges animaliers et le film tiré du roman « Les Chasses du comte Zaroff » (The Most Dangerous Game) puisque le gibier est humain.

Nous sommes dans les égouts de Londres, un cadavre est retrouvé, il était le gibier…

Nous, lecteurs, nous avons assisté à tout mais pour les enquêteurs, c’est un peu le fouillis, surtout qu’une journaliste vient d’arriver sur la scène du crime et que l’on comprend peu à peu que autant l’enquêteur que le médecin ont des casseroles à leur cul.

Moi aussi j’ai pataugé dans ce bourbier de récit aux couleurs sombres et aux dessins styles « images vraies mises en bédé » et il m’a fallu quelques pages avant de trouver mon rythme dans cette bédé.

D’ailleurs, c’est vraiment une fois arrivée à la fin que l’oeuvre totale s’est inscrite dans mon petit cerveau. Quand on manque de caféine, ça prend plus de temps. Une relecture d’ici quelques temps ne me fera pas de mal.

C’est une bédé amorale, les flics sont aussi délicats que des éléphants dans un magasin de porcelaine, font des réflexions sexistes à l’ex-copine du défunt, sont alcoolos, violents, ripoux.

La journaliste est droguée et l’ex-copine suicidaire. Le conte Zaroff est un chasseur exécuteur d’être humains et son éminence grise, un certain docteur Moreau, joue à Dieu. Anybref, aucun personnage n’est à sauver et j’ai eu zéro sympathie pour eux, hormis pour le médecin alcoolo (qui est violent avec sa femme, pardon).

Si j’ai eu du mal au début, j’ai adoré le final qui a du rythme, qui pulse, où toutes les révélations sont faites, les filiations établies et le mobile dévoilé aux victimes.

Grâce à ce final surprenant, inattendu, je compte être au rendez-vous pour le tome 2 afin d’avoir des réponses aux quelques questions restées en suspens dans ce premier album.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°282, Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9) et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°19].

Dracula, Dracul, Vlad ?, Bah.. : Alberto Breccia

Titre : Dracula, Dracul, Vlad ?, Bah..

Scénariste : Alberto Breccia
Dessinateur : Alberto Breccia

Édition : Les Humanoïdes Associés (1993)

Résumé :
Bien plus qu’une adaptation, Dracula est une interprétation en clé grotesque du personnage créé par Bram Stocker. Breccia y développe tout son savoir aire en termes de découpage, cadrage et construction de la page : une véritable « leçon » de bande dessinée.

Cette nouvelle édition présente en appendice l’intégralité des croquis préparatoires réalisés par Breccia.

Critique :
J’ai eu du mal, au départ, d’apprécier cet ouvrage, car j’ai détesté les dessins ! Ils sont horribles, comme les couleurs…

Le personnage de Dracula est grotesque, drôle, amusant… Loin de ce que l’on connaît. Je me suis même surprise à rire à la fin des différents récits qui composent cette bédé sans paroles.

Mais ce n’est pas vraiment le vampire de Stoker qui est visé, il sert plus d’avatar à l’auteur pour parler de la dictature et des disparitions (30.000 morts) qui eurent lieu durant les heures sombres en Argentine.

Évidemment, il vaut mieux le savoir au départ, et heureusement, dans la préface, c’est expliqué, sinon, sans ces données, le lecteur ne comprendrait pas l’analogie qui est faite entre ce vampire suceur de sang (et donc, assassin) et ceux qui firent régner la terreur.

Dracula sortant de son château, suivi par sa bande de loups, a sans doute aussi sa signification et les loups ne sont pas que les mammifères, que le Canis Lupus, mais les sbires des dirigeants, ceux qui faisaient le sale boulot…

Si les dessins sont moches, ils sont, en revanche, riches de détails funèbres et macabres, notamment dans le château du vampire.

Les nouvelles intitulées « La dernière nuit du carnaval », « Latrans canis non admortet », « Un coeur doux et éploré » et « Poe ?… Puaf !? » sont burlesques, amusantes, on sourit, on pouffe.

Par contre, changement de ton dans « Je ne suis plus une légende » car là, plus de doute, les despotes sont dessinés et le sang coule car ce sont eux qui tuent les gens et Dracula qui se retrouve couvert de sang. Les rôles sont inversés…

Il y a même une scène de torture, des corps entassés, des veuves pleurant au cimetierre, une scène de pédophilie, la famine règne, le tout sous la banderole qui proclame que « Todo va mejor con Coca Cola ». On ne rigole plus.

Lorsque j’ai ouvert cette bédé et découvert ces dessins horribles et sans paroles, je pensais la lire et faire une chronique vite fait bien fait, persuadée qu’elle serait lapidaire… Ben non.

Oui, c’est horriblement mal dessiné (pas dans mes goûts) mais bordel de dieu, c’est profond et fallait être couillu pour réaliser cela en pleine dictature.

Une revisite du mythe Dracula avec humour car on découvre un Dracula amoureux, luttant contre un Superman, chez le dentiste, devenant chrétien… Mais sous le couvert de l’humour, il y a de la profondeur et une attaque contre tous les dictateurs, despotes, tyrans, du monde.

Le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 10].

 

 

Les visages : Jesse Kellerman [LC avec Bianca]

Titre : Les visages

Auteur : Jesse Kellerman
Édition : Sonatine (15/10/2009)

Résumé :
La plus grande œuvre d’art jamais créée dort dans les cartons d’un appartement miteux. Ethan Muller, un galeriste new-yorkais, décide aussitôt d’exposer ces étranges tableaux, qui mêlent à un décor torturé, d’innocents visages d’enfants.

Le succès est immédiat, le monde crie au génie. Mais un policier à la retraite croit reconnaître certains visages : ceux d’enfants victimes de meurtres irrésolus…

Critique :
Si nous écoutons le 4ème de couverture, nous devrions être face au thriller de l’année !

Donc, qui dit thriller, dit sueurs froides, ou du moins, une tension à son comble, un suspense à couper au couteau et des mains moites serrant le roman.

Hem, les 4ème ne sont pas toujours vrais et racontent souvent des « Cracke » (jeu de mots pour les lecteurs du roman).

Attention, je ne dis pas que ce « thriller » est mauvais, loin de là… Il est plaisant, mais on est tout de même loin d’une lecture avec une tension oscillant au-dessus de 18 et pourvue d’un suspense insoutenable.

Pourtant, il y a tout de même un truc dans ce roman, qui a plus du policier pépère que du thriller survolté (ou de l’année) : j’ai lu les 100 premières pages d’une traite, parce que je voulais savoir où tout cela allait m’emmener, puis j’ai fait les 100 suivantes le lendemain et le surlendemain, j’ai avalé les 274 pages restantes.

Alors quoi ? Il y a un charme dissimulé dans ces pages qui fait que l’on a envie de les dévorer d’un coup ? Ou alors, on est tellement à la recherche de ce qui a fait de lui le thriller de l’année qu’on le dévore afin de trouver cette pépite cachée, telle une fève dans un gâteau…

Sans doute ai-je ressenti une sorte d’alchimie avec le narrateur, Ethan Muller, le galeriste qui a mis au jour cette étrange collection de dessins.

Ethan ne se mouche pas du coude, car ce jeune trentenaire est le dernier rejeton d’une famille de New-Yorkais pétés de thunes. Il déteste son père, à raison ou à tort, et, ma foi, il aurait besoin d’une thérapie chez un psy pour vider l’abcès de ce pus purulent.

Son enquête est intéressante car, partant de rien il remonte petit à petit la piste du dessinateur, mais rien de transcendant, une enquête tranquille, entrecoupée de petits flashback pour nous éclairer sur la famille Muller, parfaite incarnation du rêve américain, mais pas de suspense non plus car à un moment donné, j’ai eu le tilt qui a déclenché dans ma tête.

Alors ? Et bien, malgré le fait que ce n’est pas le thriller de l’année (pour moi), ni du mois, la lecture a été agréable et j’ai tracé dans les 274 dernières pages.

Intrigant, quand on y pense bien, pour un thriller qui n’a rien du nom.

Malgré tout, ce roman sera vite oublié dans ma mémoire et je n’en garderai pas un souvenir ému. Si j’arrive déjà à garder un souvenir de lui…

À lire éventuellement si votre médecin vous a diagnostiqué cardiaque et qu’il vous a prescrit des lectures calmes.

Je m’estime heureuse, car Bianca, ma binôme de LC, n’a pas aimé du tout et m’a confié que sans notre LC, elle aurait abandonné le roman. Vous ne me croyez pas ? Allez lire sa chronique, alors !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le challenge US (2017-2018) chez NoctembuleetLe Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°30 – L’Entrepreneur de Norwood – un livre se passant dans une grande ville, avec beaucoup d’immeubles ).