Une disparition inquiétante [Commandant Avraham Avraham 01] : Dror Mishani

Titre : Une disparition inquiétante [Commandant Avraham Avraham 01]

Auteur : Dror Mishani
Édition : Seuil (2014) / Points Policier (2015/2018)
Édition Originale : Tik N’Edar (2011)
Traducteur : Laurence Sendrowicz

Résumé :
Un adolescent ne disparaît pas comme ça. Il fugue quelques heures, un jour, deux tout au plus, puis réapparaît. Avraham Avraham, commandant de police de la banlieue de Tel-Aviv, le sait.

Les crimes spectaculaires, c’est bon pour la série New York Police District.

Pourtant Ofer Sharabi, seize ans, ne rentre pas. Ni le lendemain, ni le jour d’après. Et si Avraham s’était trompé depuis le début ?

Critique :
La littérature me fait voyager beaucoup, mais je n’avais encore jamais mis les pieds en Israël, hormis en lisant la Bible, c’est vous dire si ça fait un sacré bail !

Le dépaysement n’a pas été trop difficile, la seule chose qui me fasse sans cesse repenser que j’étais en Israël était le fait qu’ils soient en congé le samedi et que la semaine commence le dimanche, sinon, on ne peut pas dire que j’ai vraiment découvert le pays.

Pire, Avi Avraham est venu à Bruxelles durant son enquête, alors là, pour le dépaysement, on repassera, je me suis tapée la Grand-Place, la rue du Midi, le bar joyeux de l’Homo Erectus et autres endroits connus.

Malgré tout, c’était une sacré découverte que ce commandant de police un peu lymphatique qui pense que les crimes spectaculaires, c’est bon pour la littérature, que la plupart des résolutions des polars sont fausses et qu’en plus, en Israël, on n’a même pas de littérature policière tant les crimes sont simples à résoudre.

— Savez-vous pourquoi il n’y a pas de littérature policière écrite en Israël ? lui demanda-t-il soudain.
— Pardon ?
— Oui, pourquoi ? Pourquoi, chez nous, on n’écrit pas de romans comme ceux d’Agatha Christie ou comme La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette ?
— Je ne m’y connais pas tellement en livres.
— Eh bien, je vais vous dire pourquoi. Parce que chez nous on ne commet pas de tels crimes. Chez nous, il n’y a pas de tueurs en série, pas d’enlèvements et quasiment pas de violeurs qui agressent les femmes dans la rue. Chez nous, si quelqu’un est assassiné, c’est en général le fait du voisin, de l’oncle ou du grand-père, pas besoin d’une enquête compliquée pour découvrir le coupable et dissiper le mystère. Oui, chez nous, il n’y a pas de vraies énigmes et la solution est toujours très simple. Bref, tout ça pour vous expliquer que la probabilité qu’il soit arrivé quelque chose de grave à votre fils est infime, et je ne le dis pas pour vous rassurer, c’est une question de statistiques.

Raté mon pote ! Partant d’un mauvais pied, notre commandant ne va pas donner de l’importance à cette disparition et tout le reste de l’enquête, il sera à côté de la plaque, se disant qu’il a raté quelque chose, mais quoi ?

Avi Avraham n’est pas vraiment un personnage de littérature que l’on appréciera du premier coup, on est loin du commissaire Kostas Charitos qui éveille moult sympathies et durant tout le roman, aucun personnage ne viendra me titiller l’empathie ou la sympathie.

Pourtant, ce roman a de la puissance dans ses pages, dans la manière dont l’enquête progresse (du sur place !), dans la manière dont les différents interagissent entre eux et si je ne devais n’en retenir qu’un seul, ce serait le prof d’anglais, Zeev Avni, un être tourmenté, qui se cherche, qui a un passé trouble, d’après les petites infos qui filtrent ou du moins, il semble donner cette idée de par son comportement.

Voilà un personnage secondaire (Zeev) qui devient quasi plus important que le principal, notre commandant dont le prénom est le même que son nom de famille, comme si ses parents avaient bu en le déclarant ou n’avait pas fait preuve d’intelligence sur ce coup là. Avraham Avraham, j’vous d’mande un peu !

Mais revenons à nos moutons, ou à notre ado disparu, sans argent, sans papiers, sans vêtements de rechange et une mère qui est désemparée mais un peu à l’ouest elle aussi…

Des tas de résolutions tournaient dans ma tête, dont une me plaisait bien, une dont j’étais sûre que c’était la bonne… RATÉ ! Loupé royalement et j’ai terminé sur mon cul, avec le dégoût au bord des lèvres, l’envie de vomir…

L’auteur a réussi à me tenir en haleine avec un rythme qui n’a rien de trépidant, juste avec ses personnages hors norme, énigmatiques, qui ne se comportent pas comme on a l’habitude de la voir et avec une résolution d’enquête qui a tout du génie niveau piège tendu.

Un final inattendu, et qui, comme le célèbre Kiss Cool, possède un double effet, un double uppercut, parce que un, ce n’était pas suffisant, ce qui fait que je me suis retrouvée à la fin de mon roman avec la bouche ouverte en cul de poule et ne sachant pas trop à quel saint me vouer pour obtenir le fin mot de l’histoire, bien que je suspecte fort que ma compatriote venue de Bruxelles en vacances nous a donné le fin mot de  l’histoire.

Un roman policier que j’ai pris plaisir à découvrir car il était différent de ceux que j’ai lu, mais pas garanti que je reviendrai au commandant Avraham Avraham car j’en ai encore bien d’autres à découvrir.

PS : un roman que ma copinaute de Lc, Rachel, n’a pas apprécié et qu’elle ne chroniquera pas. Je ne sais pas ce qu’il se passe avec nos quelques LC, mais nous ne sommes jamais raccord ! mdr 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

Touchez pas au grisbi ! : Albert Simonin

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Titre : Touchez pas au grisbi !

Auteur : Albert Simonin
Édition :  Gallimard (12/06/2014)
Édition originale : Nouvelle Revue française (1953) – Série noire N°148 (1953)

Résumé :
Max-le-Menteur pensait se classer parmi les hommes de poids du milieu des malfrats parisiens. Il ne lui manquait pas grand chose. Mais l’assassinat de Fredo vient tout remettre en cause.

Qui a tué ce chef de bande ? Riton, son ennemi héréditaire, et meilleur ami de Max ? En son absence, c’est ce que tout le monde croit. Et pour les lieutenants de Fredo, la vengeance va être simple : tuer Max.

Entre la police qui cherche Riton et les tueurs fous à ses trousses, Max n’aura pas une minute à lui.

Critique :
L’est déjà con, le Frédo, de dire à voix haute qu’il va filer un coup d’surin à Riton, le chef de la bande rivale…

Lorsqu’on est un petit caïd, vouloir fourrer un cador, c’est le genre d’acte qu’il vaut mieux ne pas claironner sur tous les toits, et encore moins dans un rade !

La vie étant une sacré loterie, notre Frédo a tiré les mauvais numéro et c’est lui qui avale son acte de naissance, d’un coup de lame de rasoir, du genre de celle qui te coupe la gorge…

Principal suspect, je vous le donne en mille : Riton, bien entendu ! Ou du moins, si ce n’est pas lui, c’est sa bande ! Haro sur la bande à Riton, don Max-Le-Menteur fait partie.

Si l’argot vous donne de la chair de poule et des envies folle de lire la Princesse de Clèves de Mme de La Fayette (je n’ai rien contre ce roman, contrairement à certains politiciens), passez votre tour, vous finiriez avec de l’eczéma tant les mots argotiques sont courant dans ce roman.

Le glossaire mis en fin de roman fut très souvent sollicité par mézigue, mais problème c’est que ça vous casse le rythme de la lecture, à force d’aller voir.

Clichy, Notre-Dame de Lorette, place Pigalle, tel est notre ghetto et c’est pas du gâteau !

Dans ce roman, mesdames, nous en prendrons pour notre grade, les femmes qui hantent ces lieux étant le plus souvent occupées à pratiquer le plus vieux métier du monde et pas toujours fréquentables.

Âmes pudibondes s’abstenir aussi car à cette époque, on ne prenait pas des gants et les appellations d’origine raciale non contrôlées sont présentes aussi dans ces pages. Les termes sont crus, racistes, bien entendu, mais à classer dans cette époque où ils étaient autorisés.

N’oublions pas non plus que nous sommes chez les truands, et qu’ici, les additions, on les règle avec des bastos et des pruneaux, qui ne sont pas d’Agen, vous vous en doutez.

Un polar noir argotique, dont tout le monde a entendu parler du film avec Gabin, un polar noir qui ravira les amateurs du genre mais déplaira aux autres.

L’usage de termes argotiques dont je ne connaissais pas la définition m’a énormément ralenti dans la lecture, me faisant parfois perdre le fil de la narration, des notes en bas de page eussent été plus simples et moins chiantes.

À la fin, j’en avais tellement marre d’aller voir en bout de roman, de constater que certaines définitions n’y étaient pas que  j’ai zappé, tant pis pour les mots dont je ne connaissais pas le sens.

Bon, je ne vais pas trop m’épancher dessus, ni trop l’ouvrir, ni trop vous affranchir, j’voudrais pas qu’on pense que je suis une balance alors que je suis du signe du sagittaire !

Méfions-nous des piqueurs qui se faufilent en loucdé dans les ruelles sombres… Et évitons aussi les cognes, ça vaudra mieux pour notre santé de petits truands.

Étoile 3

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), RAT a Week Winter Edition Saison 2 chez Chroniques Littéraires (254 pages) et Le Mois du polar 2017 chez Sharon.

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L’immense obscurité de la mort : Massimo Carlotto

Titre : L’immense obscurité de la mort                                     big_4

Auteur : Massimo Carlotto
Édition : Métailié (2006) / Points (2008)

Résumé :
Il s’est enfui avec le butin, sain et sauf – ça ressemble à miracle. Un miracle cher payé: il laisse derrière lui deux morts innocents et son coéquipier Raffaello, qui écope de la perpétuité.

Quinze ans plus tard, Raffaello formule un recours en grâce et demande le pardon de Silvano, père et mari des victimes.

Ce dernier, fou de douleur, accepte de pardonner pour mieux se venger.

Critique : 
Deux hommes, un braquage d’une bijouterie qui tourne mal. Une femme et son enfant abattus comme des bêtes par un des braqueurs qui carburait à la poudre Blanche.

Un mari et père dévasté par la mort brutale de sa femme, Clara et d’Enrico, son fils de huit ans. Dévasté est encore un faible mot pour un homme qui n’a jamais su se relever.

« Ma vie était enfermée pour toujours dans l’immense obscurité de la mort. Mon présent et mon avenir n’étaient que du temps passé dans l’antichambre à attendre la fin, parce qu’il ne me restait rien d’autre ».

Roman à deux voix, celle de Raffaello, le braqueur qui a pris perpète car il n’a pas donné le nom de son complice et celle de Silvano, l’homme qui a tout perdu. Notre braqueur étant atteint d’un cancer incurable, il a demandé à Silvano d’accepter sa mise en liberté.

Roman 100% ♫ black is black ♪ car il ne reste plus aucun espoir à Silvano sauf la vengeance, qui, comme vous le savez, se déguste froide.

Donc, si Raffaello – qui n’a rien d’une douceur à la noix de coco – sort de cabane, non seulement Silvano pourra se venger de lui, mais aussi mettre la main sur le complice, celui qui a flingué ses deux amours.

L’auteur, qui sait ce que c’est la prison, esquisse le milieu carcéral avec réalisme, sans en faire trop, sans en faire des tonnes. La vérité dans sa nudité toute nue.

Oui, la prison est méritée pour certains, mais elle reste néanmoins inhumaine et n’a rien d’un Club Med comme on pourrait le penser parfois. Les geôliers étant de pires voleurs que ceux qu’ils surveillent.

Durant tout le récit, jamais l’auteur ne se pose comme juge ou comme avocat de la défense. Au lecteur de porter un jugement sur les deux damnés que sont Raffaello et Silvano et moi, je ne m’y risquerai plus.

Sans concession aucune pour ses deux personnages clés, l’auteur les tourmente, nous plongeant dans leurs pensées les plus obscures, secrètes, leurs désirs les plus fous et, tout d’un coup, nous renverse la vapeur en nous démontrant que dans tout homme sommeille la bestialité et que de victime, on passe facilement au statut de bourreau.

— J’ai toujours été pour la peine de mort pour les criminels. Sauf que c’est aux magistrats d’émettre la sentence et à l’État de l’exécuter. On n’est pas au Far West, ici, monsieur Contin, et personne ne vous a accroché l’étoile de shérif sur la poitrine.
— Pourtant, c’est nous autres, les victimes.

Si au départ j’avais pensé que l’histoire allait être téléphonée, je suis vite revenue sur mes pas car le roman part dans un sens totalement inattendu, plongeant même au plus profond de la noirceur humaine.

Un roman court, bref, intense, plus fort qu’un expresso dont la cuillère n’oserait pas descendre, de peur de se perdre dans ce noir 100% remplit de sombritude (néologisme).

Corsé, âpre, avec un récit taillé au scalpel, une plume acide et une autopsie de l’humain sans concession aucune pour le lecteur.

Un récit de rédemption, de folie et une vengeance qui fait froid dans le dos. Les personnages qui gravitent dans ce petit univers ne sont ni tout noir, ni tout blanc, ni tout à fait bon, ni tout à fait méchant. Ils sont gris.

Ici, en plus d’un récit noir, on a plein de nuances de gris et croyez-moi, il y en a plus que 50…

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Challenge « À tous prix » (grand prix festival Cognac 2007) chez Asphodèle et le « Mois Italien » chez Eimelle.

CHALLENGE - Thrillers Polars 2015-2016CHALLENGE - Mois Italien

La Mouche du coche : Donald Westlake

Titre : La Mouche du coche                                      big_4

Auteur : Donald Westlake
Édition : Payot et Rivages (2004) pour la nouvelle traduction intégral
Première publication : The Busy Body (1966)
Publié en français sous : Les Cordons du poêle – Série noire n°1068 (1966)

Résumé :
Aloysius Eugene Engel est entré dans la mafia pour suivre les traces de son père et en révolte contre sa mère qui voulait lui faire faire des études.

Par accident, il est devenu le bras droit du caïd Nick Rovito. Ce qui implique des besognes souvent terre à terre, comme porter le cercueil d’un collègue nommé Charlie.

Mais la journée n’est pas finie que Nick ordonne à Aloysius d’aller déterrer Charlie. En effet, ce dernier a été enseveli avec sa veste bleue, dont les coutures regorgent… d’héroïne !

Violer un cimetière en pleine nuit n’est pas une partie de plaisir. D’autant plus que le cercueil est vide et que le cadavre s’est envolé…

Petit Plus : Publié à la Série noire sous le titre Les cordons du poêle dans une version tronquée, ce cocktail d’action et d’humour est aujourd’hui disponible dans une traduction révisée et complétée.

Critique : 
Lire un Westlake est toujours un plaisir, même si ce n’est pas un avec le cambrioleur malchanceux Dortmunder.

New-York, années 60. Nous voici dans une Organisation qui a tout de la Mafia…

Alyosius Engel est devenu le bras droit du patron de l’organisation, Nick Rovito. C’est un peu par accident qu’Al est devenu le bras droit parce qu’il a tout du bras gauche.

Voilà que notre pauvre Al est chargé par son boss d’aller déterrer le corps d’un membre de l’organisation, Charlie Brody. Pourquoi ? Parce que ce passeur a été enterré dans son complet bleu, celui dont les doublures contiennent pour 250.000$ de Blanche !

Pas de bol, le cercueil est vide ! Plus de corps, plus de complet, plus de Blanche et les emmerdes vont commencer pour ce pauvre Al qui va avoir des journées fort chargées !

Si vous aimez l’humour noir et les situations cocasses, ce roman est fait pour vous car Al Engel a tout d’un Dortmunder : il ne tue pas, il lui arrive des tas de trucs, il se retrouve dans des situations qu’il n’a pas voulu et à l’impression que tout va de travers.

Il a beau être un truand, Al est un personnage que l’on aime d’entrée de jeu. Le pauvre, il a été un peu trop étouffé par sa mère, limite castratrice et s’il a tout fait pour entrer dans l’Organisation, c’était pour faire plaisir à son père et aller contre sa mère. Maintenant, la voilà toute fière que son gamin soit un homme important de l’Organisation.

Al Engel a beau n’avoir rien d’un Sherlock Holmes lorsqu’il mène son enquête sur le cercueil vide, il arrivera tout de même à remonter la piste du cadavre et du gros soucis qui lui est tombé dessus en prime.

La plume de Westlake fait mouche, une fois de plus, nous donnant des petits traits d’humour durant le déroulement du récit et nous proposant des personnages bien campés.

De plus, c’est une version non caviardée que nous propose Payot & Rivages, au contraire de la version de la Série Noire qui était tronquée (et parue sous le titre de « Les cordons du poêle »).

Tout ça pour vous dire que c’était un pur moment de jouissance littéraire. Comme toujours avec Westlake.

La minute de culture : Autrefois, tenir les cordons du poêle, c’était tenir les cordons reliés au drap funéraire qui recouvrait le cercueil. Car le « poêle », entre autres significations, désigne aussi le drap mortuaire ou la grande pièce de tissu noir ou blanc dont on couvrait le cercueil pendant les cérémonies funèbres. Il disposait auparavant de cordons généralement cousus aux coins et sur les bords, cordons qui, alors que le cercueil était amené à l’autel pour la cérémonie funèbre, étaient tenus par des proches ou membres de la famille, ou des personnes de haut rang, selon le défunt.

Aujourd’hui, même si on ne tient plus les cordons, on dit toujours de ceux qui marchent près du cercueil qu’ils tiennent les cordons du poêle.

La mouche du coche désigne quelqu’un qui s’agite beaucoup sans rendre de réels services ou qui est empressé inutilement.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et « Le Mois Américain » chez Titine.

CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016 CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014

1974 : David Peace

Titre : 1974                                                                                big_2-5

Auteur : David Peace
Édition : Payot et Rivages (2003)

Résumé :
Après Jeanette Garland et Susan Ridyard, la jeune Clare Kemplay vient de disparaître sur le chemin de l’école. Son cadavre sera bientôt retrouvé dans une tranchée sur un chantier.

Nous sommes en 1974, dans la région de Leeds. Noël approche. Edward Dunford, reporter à l’Evening Post, est encore un néophyte qui fait ses premières armes dans l’ombre du journaliste vedette de la rédaction, Jack Whitehead.

Au volant de la vieille voiture de son père, il sillonne les routes de l’Ouest du Yorkshire à la recherche d’indices susceptibles d’éclairer les meurtres de ces trois fillettes.

Au début, il croit seulement chasser le scoop, mais plus il enquête, plus il découvre que bien des choses sont pourries au royaume du Yorkshire: policiers corrompus, entrepreneurs véreux, élus complices…

Petit plus : Depuis ce premier volume de la tétralogie que David Peace a consacrée au Yorkshire, la réputation de l’auteur n’a cessé de grandir. Dès la parution de 1974, la presse avait été quasi unanime : « On ne saurait échapper à la musique d’une telle douleur », lisait-on dans le New York Times, tandis que Michel Abescat parlait dans Télérama d’un « requiem bouleversant d’humanité et de compassion ».

Critique : 
Si on devait coller une chanson sur ce roman, ce ne serait sûrement pas « Love is in the air » de Paul Young ou « All you need is love » des Beatles, mais bien « Paint it black » et « Sympathy for the devil » des Rolling Stones parce qu’on ne nage pas vraiment dans l’allégresse et les Bisounours !

Oui, qui dit roman noir anglais dit aussi chanteurs anglais. Of course. Restons dans le ton.

Edward Dunford est un jeune journaliste et pour être plus précise, c’est LE nouveau reporter criminel à l’Evening Post, dans la région de Leeds.

Débutant, pas encore au fait de tout ce qui s’est passé dans cette région, pas toujours très futé, un peu borné, mal poli, bref, le genre de personnage pour qui je n’ai eu aucune sympathie.

Quand je vous disait qu’on était dans du sombre, je ne plaisantais pas. d’entrée de jeu, on commence fort : la jeune Clare Kemplay vient de disparaître sur le chemin de l’école. Son cadavre sera retrouvé dans une tranchée sur un chantier. Avant elle, il y a eu Jeanette Garland et Susan Ridyard en 1969 et en 1972.

Ceci est un roman noir, le premier de la quadrilogie « Red Riding Quartet ».

L’avenir, comme le passé, est écrit. On ne peut le changer, mais il peut contribuer à guérir les plaies du présent.

Pendant ses petites investigations, Edward va déterrer des choses qui auraient mieux fait de rester enterrées car certaines personnes n’aiment pas que l’on vienne fourrer son nez de journaleux dans leurs petites magouilles en tout genre.

Ceci devait être un grand moment de lecture et le résultat est que je suis mitigée.

J’ai aimé le portrait au vitriol de cette Angleterre raciste au possible, de ces flics corrompus jusqu’à la moelle et qui utilisent des méthodes ressemblant plus à de la torture qu’à des interrogatoires en présence de votre avocat.

A cinq heures du matin, dix policiers, sous les ordres du superintendant Noble défoncèrent la porte de la maison de ma mère à coup de masse, la giflèrent quand elle sortit du couloir et la repoussèrent dans le couloir,se précipitèrent dans l’escalier le fusil à la main, me tirèrent hors du lit, m’arrachèrent des poignées de cheveux, me donnèrent des coups de pieds qui me firent rouler dans l’escalier, me rouèrent de coups de poing quand j’arrivai en bas (…) A l’arrière de la camionnette ils me tabassèrent jusqu’à ce que je perde connaissance puis me giflèrent et urinèrent sur moi jusqu’au moment où je repris conscience.

La scène de l’attaque du camp des gitans par des flics est horrible à souhait et on en tremble de dégoût devant cette injustice et cette violence gratuite dont font preuve les flics véreux. À ce niveau là, on est gâté.

Ce qui m’a déplu dans ce roman, c’est le style littéraire constitué de phrases très courtes qui donne l’impression d’un texte décousu dû à cette brièveté, sans parler des dialogues qui sont dépouillé de tout.

Aucun détail dans ce que font les personnages durant leur conversation, c’est nu, c’est chiant, on perd le fil de « qui parle » et j’ai détesté le fait qu’Edward, narrateur, nous balance des multitudes de « je dis : » avant sa réponse.

De plus, Edward est un couillon, il n’a rien dans les tripes, il se fait tabasser sans rendre un seul coup (enfin, presque) et il est d’une vulgarité et d’une violence dans ses paroles… Je l’ai détesté.

Entre nous, si j’avais eu 5 cents à chaque fois qu’il a prononcé le mot de Cambronne, je serais en train de vous écrire d’une villa aux Maldives !

Tout ça mis ensemble durant presque 400 pages, et bien, c’est usant et épuisant. L’auteur aurait dû les utiliser à bon escient. Et je ne vous parle même pas des incessants rappel de son père, décédé en début de roman, avec les 36.000 « la montre de mon père ».

Putains de chiens.
Je versai le reste du scotch dans le verre et me souvins de l’époque où j’avais effectivement voulu devenir flic, mais avais eu une telle chiasse que je n’avais même pas essayé.
Putains de poulets.
Je bu la moitié du verre et me souvins de tous les romans que j’avais voulu écrire, et que j’avais eu une telle chiasse que je n’avais même pas essayé.
Putain de rat de bibliothèque.
Je ramassai un poil de chat sur mon pantalon, un pantalon que mon père avait fait, un pantalon qui nous enterrerait tous.

Quant au final, il est « trop »… trop de sang, trop de gore, trop de tabassages, trop d’horreur, le cortège est tellement « trop » que je l’ai lu comme dans un état second, la tête déjà ailleurs. C’est violent ad nauseam.

Un roman noir à la fois répulsif et attractif puisque je n’ai pas stoppé ma lecture.

Malgré cet avis en demi-teinte (ou demi-pinte), je poursuivrai ma tétralogie parce que, hormis ce style d’écriture merdique, le reste était sombre à souhait. Un vrai noir de chez noir.

Edward Dunford… J’espère ne plus suivre ce personnage étrange, mal dans sa peau, qui est devenu une créature fort sombre sur la fin, comme s’il avait tout peint en noir…

♫ I wanna see it painted black, painted black
♪ Black as night, black as coal ♪
♪ I wanna see the sun, blotted out from the sky
♫ I wanna see it painted, painted, painted, painted black ♪

♪ Pleased to meet you hope you guess my name. Oh yeah ♪
♪ Ah what’s puzzling you is the nature of my game. Oh yeah ♫

BILAN - Minion M'attendais à mieuxChallenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et le Mois Anglais (Juin 2015) chez Titine, Lou et Cryssilda.

CHALLENGE - Mois Anglais 2015 Minions - OKCHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1)

Montana 1948 : Larry Watson

Titre : Montana 1948                                                                 big_5

Auteur : Larry Watson
Édition : Gallmeister (2010)

Résumé :
« De l’été de mes douze ans, je garde les images les plus saisissantes et les plus tenaces de toute mon enfance, que le temps passant n’a pu chasser ni même estomper ».

Ainsi s’ouvre le récit du jeune David Hayden. Cet été 1948, une jeune femme sioux porte de lourdes accusations à l’encontre de l’oncle du garçon, charismatique héros de guerre et médecin respecté.

Le père de David, shérif d’une petite ville du Montana, doit alors affronter son frère aîné. Impuissant, David assistera au déchirement des deux frères et découvrira la difficulté d’avoir à choisir entre la loyauté à sa famille et la justice.

Montana 1948 raconte la perte des illusions de l’enfance et la découverte du monde adulte dans une écriture superbe digne des plus grands classiques américains.

Critique : 
Montana, c’est… Comment vous dire ? C’est fort ! La sauce à l’air d’avoir un goût de déjà-lu, mais une fois en bouche, c’est âpre, piquant, corsé, rude, poignant… C’est pas pour les minets.

David Hayden est le narrateur, il a douze ans en cet été 1948. Direction le Nord-Est du trou du cul du Montana, en l’occurrence la petite ville de Bentrock. La famille Hayden sont des notables et cela a toute son importance.

Julian, le grand-père a été le shérif du comté avant de faire de son fils cadet, Wesley – père de David – être le calife à la place du calife.

Quant à Frank, le frère aîné, c’est un homme admiré de tous, à la fois pour son statut de héros de guerre et  parce qu’il est docteur. Jusqu’au jour où le cadet apprend que son aîné n’est pas tout blanc…

Les secrets de famille dont tout le monde a connaissance mais dont personne ne veut être celui qui le déterre, c’est vieux comme le monde. Des tas d’auteurs l’ont traité, mais malgré tout, Larry Watson arrive à nous donner des sueurs froides tant le sentiment d’étouffement est grand durant la lecture.

De l’été de mes douze ans, je garde les images les plus saisissantes et les plus tenaces de toute mon enfance, que le temps passant n’a pu ni chasser ni même estomper.

Au travers le récit d’un homme qui se souviens de l’été de ses 12 ans, nous suivons tout ce qui découlera du fait que Wesley Hayden, shérif, enquêtera sur son frère, Franck, qui aurait eu les mains et la queue baladeuse avec les indiennes qu’il auscultait contre leur gré.

Oui, monsieur est médecin et il aimait jouer au docteur et mettre les doigts ailleurs que dans les oreilles. Ce sont, du moins, les accusations de Mary Little Soldier, l’indienne sioux et nurse de David.

Faut-il se taire ou dénoncer son frère ? Wesleyy aura-t-il le courage d’inculper son frère, le chouchou de papa ? Peut-on ruiner le vie de son frangin, héros de la guerre et respecté de tous ou laisser pisser le mérinos ? Après tout, ce ne sont que des indiennes…

— Pourquoi mentirait-elle, Wesley ?
Mon père ne répondit pas mais je devinais ce qu’il pensait: « C’est une Indienne, pourquoi dirait-elle la vérité? »

En 1948, le racisme est loin d’être éradiqué et la société à l’air d’avoir encore des relents de far-west non civilisé. Les paysages sont arides, comme les gens qui vivent là-bas.

La douleur intérieure que vont ressentir certains personnages est latente, évoluant petit à petit. C’est un peu comme une rage de dent. Au début, ça dérange, mais on supporte quand même la douleur, pensant que ça va passer.

Mais ça ne passe pas et la douleur devient de plus en plus forte, elle pulse, l’abcès suinte, ça nous lance et même lorsqu’il est crevé, on souffre toujours.

Dans ce roman noir, même après avoir extrait la dent pourrie, la gencive saigne toujours et le trou ne cicatrise jamais.

Alors, jeune David, tu avais des illusions sur le monde des adultes ? Ben tiens, elles viennent de sombrer aussi profond que le Titanic, entrainant ton innocence en même temps.

D’ailleurs, comme tu le dis si bien, si ton père se dispute avec ton grand-père, tu n’iras plus chez eux et tu devras faire une croix sur ton poney… À 12 ans, on a des pensées très égoïstes.

160 pages, c’est court, mais qu’est-ce que c’était intense !!

BILAN - Coup de coeurChallenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule et « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Les Temps Sauvages : Ian Manook [Yeruldelgger 2]

Temps sauvages - Ian Manook [NUM]Titre : Les Temps Sauvages                                                          big_4-5

Auteur : Ian Manook
Édition : Albin Michel (2015)

Résumé :
Après le sujet des terres rares, ce nouvel opus des aventures de Yeruldelgger aborde la question des relations troubles de la Mongolie avec les pays voisins, ses affaires d’état, d’espionnage et de contrebande internationale.

Afin d’échapper à un complot dont il est la cible, Yeruldelgger enquête sur la mort d’une prostituée et la disparition de son fils adoptif, tandis que ses équipiers cherchent à élucider deux morts très étranges.

POLAR - Mongolie-114Critique : 
Ayant lu le premier opus des aventures du commissaire Yeruldelgger (Yerul pour les intimes), c’est avec une joie mêlée de crainte que j’ai ouvert la suite.

Plaisir de retrouver des personnages que j’apprécie car ils sont bien travaillés et possèdent une présence physique, mais crainte que le second volet ne soit pas aussi bien que le premier. Crainte aussi parce que j’avais lu qu’une partie de l’action se déroulerait en France.

Quoi, notre commissaire bourru en France ? Non, je le voyais mal débarquer dans le pays voisin du mien. C’est là que réside un des multiples talents de l’auteur : oui, nous avons un volet français, mais notre sale caractère de Yerul ne viendra pas admirer votre Tour Eiffel mais tout cela sera cohérent et amené avec minutie.

Si on prend la même casserole pour préparer la « soupe » d’aïrag (lait de jument fermenté) en utilisant les personnages connus, le résultat n’est pas le même : si la soupe est toujours aussi bonne, l’auteur a pris soin de renouveler la préparation.

Yerul se retrouve avec des cadavres qui n’ont, de prime abord, aucun lien ensemble. Entre un alpiniste mort ♫ là-haut sur la montagne ♪, un cavalier mongol écrasé, avec sa monture, par un yack femelle semblant venir tout droit du ciel et une prostituée égorgée comme un goret dans une chambre d’hôtel, il n’y a pas de concordances. Impossible de faire le rapprochement.

Notre commissaire, durant son enquête, promènera sa grande carcasse dans le pays Mongol et en Russie, trainant son caractère de chien durant toutes les pages, passant même allégrement du côté Obscur de la Force. Je l’aurais bien baffé, parfois.

Solongo (le médecin légiste) restera la personne la plus sensée du groupe tandis qu’Oyun, partenaire flic de Yerul, aura le feu au minou et tentera de se le faire éteindre, non pas par un pompier, mais par un beau militaire qui sent bon la neige froide (pas de sable chaud dans l’hiver Mongol). Elle aussi, je l’aurais bien baffée !

Sherlock Holmes a raison : « Raison et émotions ne font pas bon ménage » et si Oyun avait gardé l’esprit froid au lieu d’avoir la chatte chaude, son esprit aurait additionné deux et deux, qui font quatre, comme moi. Mais ça aurait enlevé de l’humanité au personnage si elle avait été parfaite.

Deux fois déjà, lovés l’un contre l’autre, lui dans son dos après l’amour, il avait essayé de glisser son sexe encore bandé entre ses fesses. Deux fois elle avait détourné son geste en se retournant.

Malgré toutes les paires de baffes que j’aurais bien distribué, j’ai pris un pied fou durant ma lecture, me gavant de manière littéraire de la cuisine mongole (parce que la tête de chèvre bouillie, ce sera sans moi), bouffant de l’Histoire et apprenant des tas de petites choses sur le Grand Frère Russe d’à côté.

J’ai même arpenté les rues de la ville la plus radioactive : Krasnokamensk (à vos souhaits), celle dont la prison a hébergé l’oligarque russe, Khodorkovski. Ça vous fait froid dans le dos, des villes pareilles ainsi que le pouvoir des dirigeants russes et de leurs services secrets.

— Autour de la mine, à vingt kilomètres d’ici, la teneur en radon est cent fois plus élevée que les normes admises. En ville, on ne mesure plus depuis vingt ans, histoire de ne pas savoir. Mais je peux te dire qu’ici, on mange de l’uranium, on boit de l’uranium, et on respire de l’uranium. Et je ne te parle pas des métaux lourds et des boues toxiques dans laquelle tu patauges dès que tu descends du trottoir.

— Nous sommes la seule cité russe où le cimetière est plus grand que la ville.

La partie qui se déroule en France est bien amenée, j’ai pris plaisir à découvrir d’autres personnages, à suivre leur enquête et à manger des bons petits plats au Havre.

Il n’y a pas qu’une simple enquête policière dans les romans de Ian Manook, il y a aussi une dimension humaine, des faits de société, la découverte d’un pays mal connu (ses mœurs, son Histoire, sa cuisine, sa culture, ses habitants, ses légendes, ses croyances, son hospitalité, sa misère, son dépouillement de l’uranium par les russes).

— La puissance soviétique a été capable, tu te rends compte ? Construire toute une ville et deux cents bornes de voies ferrées pour y amener jusqu’à cinquante mille Russes. Tu vois ce qu’il a fallu d’immeubles, de commerces, d’infrastructures pour exploiter cette putain de mine et leur piller leur uranium ? Enfin, je veux dire, ton uranium. Garder cette zone secrète, en virer les Mongols, l’effacer des cartes, l’interdire aux voyageurs. Pas étonnant qu’en retour, vous ayez été capables de vous venger comme ça.

Et puis, dans ce roman, il y a aussi, comme disait le philosophe belge JCVD : « du spirit ». De la spiritualité, quoi.

Sans oublier des bons mots, de l’humour noir, de la violence, de l’amour et une forte personnalité qui ressort dans toutes les pages.

Attention, ce roman se déroule en plein hiver mongol, sous les moins 30° au minimum, les fourrures sont de mises, alors, afin d’en profiter un max, évitez, comme moi, de le lire alors qu’il y a un beau soleil dehors. Ça fou une partie de l’ambiance en l’air.

Hâte de découvrir le troisième opus pour savoir comment vont évoluer les personnages que j’ai eu un peu de mal à quitter (j’ai eu peur, même, à un moment).

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015).

911 : Shannon Burke

Titre : 911 [NUM]                                                                        big_4

Auteur : Shannon Burke
Édition : Sonatine (2014)

Résumé :
Lorsqu’il devient ambulancier dans l’un des quartiers les plus difficiles de New York, Ollie Cross est loin d’imaginer qu’il vient d’entrer dans un monde fait d’horreur, de folie et de mort. Scènes de crime, blessures par balles, crises de manque, violences et détresses, le combat est permanent, l’enfer quotidien.

Alors que tous ses collègues semblent au mieux résignés, au pire cyniques face à cette misère omniprésente, Ollie commet une erreur fatale : succomber à l’empathie, à la compassion, faire preuve d’humanité dans un univers inhumain et essayer, dans la mesure de ses moyens, d’aider les victimes auxquelles il a affaire. C’est le début d’une spirale infernale qui le conduira à un geste aux conséquences tragiques.

Petit Plus : Dans un style viscéral, Shannon Burke prend littéralement le lecteur à la gorge et nous livre un portrait de la condition humaine digne d’Hubert Selby Jr ou de Richard Price.

Critique : 
911, Nine-one-one est un numéro que nous connaissons tous et toutes. C’est celui des urgences. Les urgences américaines, bien entendu.

New-York, années 90… Un groupe d’ambulanciers urgentistes que nous allons accompagner durant des interventions.

De grâce, laissez de côté vos souvenirs de la série Urgences ! Ici, pas de beau George ClooNescafé pour vous prendre en charge avec gentillesse tout en vous servant un ristretto.

Ici, le seul Noir que vous pourrez prendre, ce sera celui que vous chargerez – ou non – dans votre ambulance. Et si vous êtes un peu sadique sur les bords ou brisé par votre travail, vous le prendrez avec votre ambulance, mais au sens propre… Oui, « boum » dans un être humain.

Je vous avais dit que nous étions à New-York, mais dans le quartier de Harlem !

La misère humaine est celle de Zola, les êtres décharnés qui louvoient dans les rues ont tous une aiguille fichée dans le bras, ou presque. Le quartier est gangréné et l’amputation ne résoudrait rien. Des immeubles sont laissés à l’abandon et la population aussi. Ce qui ne la rend pas aimable, vous en conviendrez.

Vous intervenez pour essayer de sauver des vies et vous vous prenez des insultes ou des parpaing sur la tronche. Bienvenue à Harlem !

Nos voisins de Manhattan ont des boulots, ils votent, ils paient leurs impôts. Les gens qu’on a ici, c’est de la racaille. Des parasites. Et dès que quelqu’un essaie de les aider, ils se mettent à hurler, jamais un merci. Je leur souhaite tous de crever. Je leur souhaite tous de se prendre une putain de balle dans le foie et de crever de la mort la plus douloureuse qui soit. Mais s’ils souffrent, s’ils sont mes patients, je les soignerai mieux que Verdis. […] Ma façon de voir les choses, c’est que, pour préserver l’objectivité et la distance

C’est dans cette atmosphère particulière que travaille notre unité d’ambulanciers : des anciens, des vieux de la vieille, des altruistes, des sadiques, des blasés et notre Ollie, jeune bleu qui fait ambulancier afin d’avoir de l’expérience pour entamer des études de médecine.

Il est jeune et rempli d’empathie, l’amertume ne l’a pas encore contaminé, lui. D’autres sont déjà passé du côté obscur, se donnant pour mission d’éradiquer les drogués en les laissant crever (sorry pour le terme, mais c’est celui qui convient vu la manière dont c’est fait).

Il est difficile d’expliquer cette transition à quelqu’un qui n’a pas vécu çà, mais lorsque vous n’arrivez plus à dormir, lorsque votre vie vous semble complètement vide, que vous croisez la mort tellement de fois qu’elle en devient banale, que vous êtes dévoré par la culpabilité d’être vivant parmi les morts, alors vous finissez par devenir parfaitement insensible, immunisé contre les sentiments qu’éprouvent habituellement les gens, le genre de personne qui peut trébucher sr le corps mutilé d’un ado ou le cadavre pourrissant d’une vieille dame.

Chaque personnage est bien campé, a son caractère bien à lui, sa manière de bosser. Ollie est en apprentissage et son coéquipier est important. Nous verrons comment notre Olivier va basculer lentement du côté obscur de la Force. L’indifférence, ça te tue à petit feu.

De cette indifférence, qui n’est qu’une protection, découle un risque bien particulier du métier. Lorsque plus rien n’a de sens, y compris la vie ou la mort d’autrui, vous n’êtes plus qu’à un pas du mal. Et ce putain de pas est terriblement facile à franchir.

Si ceci est une œuvre de fiction, l’auteur, qui fut ambulancier, sait de quoi il parle et chaque intervention est tintée d’un réalisme qui frôle la perfusion… non, pardon, la perfection !

Sans jamais tomber dans l’excès de voyeurisme, sans temps mort, sans jamais gaver son lectorat de termes médicaux en tout genre qui ferait ressembler le roman à un syllabus médical, l’auteur a mis en place toute une histoire derrière et on s’attache à certains personnages, on les voit sombrer, se raccrocher, s’en sortir ou péter les plombs.

Attention, c’est sombre, c’est du p’tit roman noir serré et vos tripes vont se remuer parce que l’auteur a dû mettre les siennes pour l’écrire. C’est sans concession aucune.

Si le 911 a changé notre jeune Ollie en 11 mois, le 911 vous changera en 200 pages. Ensuite, comme eux, vous ressentirez un grand vide.

Excellent !

BILAN - Coup de coeurChallenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et Le « Challenge US » chez Noctembule.

Jeudi noir : Michaël Mention

Titre : Jeudi noir                                                                 big_4

Auteur : Michaël Mention
Édition : Ombres Noires (2014)

Résumé :
8 juillet 1982, Séville. Coupe du monde de football, demi-finale France-R.F.A.L’ambition contre l’expérience. L’espoir porté par Mitterrand contre le fatalisme du mur de Berlin. Et pour les deux équipes, une même obsession : gagner sa place en finale.

Face aux puissants Allemands, Platini, Rocheteau, Giresse : une équipe de France redoutable.

Mais le pire s’invite : les coups pleuvent, le sport devient guerre, et la mort arbitre.Pour la première fois, le match mythique vécu en direct, sur le terrain.

Une expérience radicale, entre exaltation et violence.

Critique : 
Le foot et moi, ça fait 2. Hormis quelques matchs lors des coupes du Monde ou d’Europe, je ne le regarde pas.

D’ailleurs, il a fallu que ma petite sœur suive le Coupe du Monde en 1998 pour que nous regardions pour la première fois du foot ensemble, ma sœur, ma mère et moi. Mais pas notre père…

Malgré tout, je ne sais toujours pas reconnaître un hors-jeu quand il y en a un et je ne suis jamais devenue une fana de ce sport où l’argent fait sa loi.

Alors vous pensez bien qu’un roman relatant le match France/RFA lors de la demi-finale de la Coupe du Monde à Séville en 1982, ça ne m’intéressait pas du tout.

Sauf que l’auteur ne m’est pas inconnu, qu’il m’a enchanté avec un autre roman et que des copains/ines sur la Toile m’ont donné l’envie de le lire.

Heureusement d’ailleurs, parce que j’aurais fait l’erreur stupide de passer à côté d’un excellent roman.

Certes, il relate de manière précise ce match de foot que je n’ai jamais vu et qui fut hard, mais il ne fait pas que ça !

Derrière la narration d’un joueur fictif, une sorte de douzième homme sur le terrain, il y a toute une réflexion profonde sur la France, l’Europe, l’Allemagne de l’après-guerre, la montée du racisme et les valeurs qui à une époque, avait fait la grandeur de la France.

Sans parler d’un gros tacle dans les tibias d’une certaine presse… celle qui joue aux vautours.

À ma droite, des journalistes jouent des coudes en vue d’obtenir la meilleure photo. Avec l’évacuation de Patrick, ils n’ont pas raté leur soirée. Ces hyènes ne vivent que pour le scoop, si possible le plus macabre. Ce sont eux qui ont tué Romy. Notre meilleure actrice, la femme ultime. Son gosse empalé sur la grille, ça ne suffisait pas, alors ils ont poussé le vice jusqu’à se déguiser en infirmiers pour le photographier sur son lit de mort. Pourritures.

Et puis, ce match de foot, ce n’est pas un match, c’est une bataille, une guerre larvée qui va atteindre son paroxysme après l’agression… La tension est palpable à tel point qu’on pourrait la couper au couteau.

On a beau connaître l’issue du match, savoir pour qui sera Waterloo, malgré tout, on espère voir gagner l’équipe de France. On tremble même à chaque tir cadré vers les buts.

Jamais je n’aurais cru possible que le récit d’un match de foot puisse me prendre aux tripes ainsi. Ni que le récit puisse atteindre autant de profondeur.

L’auteur arrive à nous décrire la haine et la rage qui monte dans l’esprit des joueurs et dans les gradins, à nous raconter du foot qui avait tout du pugilat.

Rien à dire, on sent le travail de documentation derrière tout cela ainsi que le talent de l’auteur pour mettre tout cela en phrases cohérentes et donner du suspense à un match que l’on sait plié d’avance.

Une Mention « très bien » aussi à l’auteur pour ses petites intro musicales en début de chaque chapitre… Phrases d’intro qui se retrouvaient ensuite dans les premières phrases du chapitre. Là, je tire mon chapeau.

Bref, vous l’aurez compris, pas besoin d’aimer le ballon rond pour le lire, même pas besoin d’avoir vécu le match en direct (bien que cela doit donner une autre saveur au roman) ou de le visionner sur You Tube.

Moi, je me suis juste contentée de voir la fameuse charge de Schumacher « Bison » sur Battiston. Là, on comprend que cela ait failli mettre le feu au stade, et pas dans le bon sens. On se demande même pourquoi l’arbitre regardait ailleurs.

Cette vidéo m’a aussi appris qu’en 82, les maillots n’étaient pas floqués du noms des joueurs et que leurs shorts étaient à la limite de faire dépasser leurs service trois-pièces.

Des shorts aussi riquiqui que les esprits de certains bas-de-plafonds qui pensaient (et pensent toujours) qu’une équipe de foot nationale doit être composée à sang pour sang de joueurs du pays… Vous savez, des vrais, pas des produits d’importation…

Moi, tout ça me débecte car qui peut dire qu’il est plus Français/Belge/Italien…. que son voisin ?

Être Français, ça veut dire quoi ? Qu’on est né en France, c’est tout ? Je refuse de croire que ça se résume à un droit du sol, bassement territorial. Le sol, ce n’est que de la matière. Moi, je parle d’identité, l’essence même de ma personne.

L’important n’est pas d’être français, mais de s’accepter comme tel. S’accepter pour mieux accepter l’autre, qu’il soit allemand, malien ou je ne sais quoi. En finir avec ces barrières inutiles que sont le racisme, les religions, l’exclusion. Noirs, Blancs, catholiques, musulmans, juifs, hétéros, homos… on est pareils. Tous mortels. Alors, qu’on arrête nos conneries et qu’on profite de la vie, ensemble.

Une belle découverte que ce roman et je m’en serais voulue d’être passée à côté.

« Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

BIBLIO - Pedigree PAL

Filles : Frederick Busch

Titre : Filles                                                                                        big_3

Auteur : Frederick Busch
Édition : Gallimard (2010) / Folio Policiers (2013)

Résumé :
Dans l’interminable hiver nord-américain, Jack, flic déchu au rang de vigile pour campus chic, ne pense qu’aux filles : adolescentes heureuses disparues sans laisser de traces, dont les portraits le dévisagent et le cernent ; et puis ce bébé mort accidentellement, à peine une fillette, dont son couple ne finit plus de faire le deuil.

Rongé par la perte et de silence, Jack cherche à se racheter en retrouvant ses réflexes d’enquêteur : consoler des parents en découvrant la vérité sur leur fille. Mais l’enquête tourne à l’obsession. Et sa liaison impossible avec une jeune enseignante ravive en lui un désir qui va le sauver ou le détruire.

La peinture du microcosme provincial et universitaire dessine un portrait saisissant des hantises d’une Amérique à la fois bien-pensante et ravagée par le ressentiment social, la guerre des sexes et les pulsions obscures.

Sur un argument aux échos dérangeants, Frederick Busch réussit miraculeusement, par un mélange de pudeur et de franchise, un roman aussi digne que poignant.

Critique : 
Me voici devant une critique fort peu aisée à faire. J’ai aimé le roman, mais… Ben oui, il y a un « mais ».

Qu’est-ce qui m’a empêché de savourer le roman alors que les autres l’ont adorés ?

Serait-ce le manque d’action ? Non, pas vraiment. Le récit prend son temps, certes, ce qui nous laisse tout le loisir de faire plus ample connaissance avec Jack, un ancien flic devenu vigile dans une université fréquentée par des gosses de riches.

Les personnages seraient-ils mal travaillés, alors ? Non, pas du tout ! Que du contraire ! Notre Jack est un homme blessé par la mort de sa petite fille et lui et sa femme, Fanny, ont bien du mal à communiquer entre eux.

Leur souffrance est latente, comme prête à exploser. Ils s’aiment mais chacun vit sa vie de son côté, lui travaillant la journée, elle la nuit. Leur couple ne tient que pas habitude, la souffrance vécue étant leur ciment. Ciment qui a tendance à foutre le camp…

Durant toute la lecture, j’ai tenté de deviner ce qu’il s’était passé avec leur enfant, de comprendre pourquoi Fanny avait l’air de reporter toute la culpabilité sur son mari. Comme si c’était lui qui faisait tout à l’envers, comme s’il ne souffrait pas assez, comme si Fanny était la seule à avoir du chagrin…

Comme si le couple voulait oublier les causes de la mort de leur enfant : accident, fatalité, meurtre, omission… Chape de plomb coulée sur la chose.

En tout cas, de ce point de vue là, je ne peux pas reprocher à l’auteur de ne pas avoir su me faire ressentir toute la souffrance de ce couple et de ne pas m’avoir démontré que la perte d’un enfant, dans un couple, pouvait le dévaster profondément. Ici, c’est à petit feu que tout se désagrège.

Alors quoi ? Le fait que ce polar tienne plus du drame psychologique que d’une enquête dite « classique » ? Non, pas vraiment… Cela ne m’a pas trop dérangé que l’enquête sur la disparition de Janice Tanner passe un peu au second plan.

Jack n’est pas le meilleur enquêteur de cette petite ville de l’Amérique du Nord, il part parfois dans tous les sens, cassant la gueule à un petit dealer, omettant de fouiller aussi la chambre de la gamine, mais bon, ce n’est pas son job et il a accepté de s’occuper de l’affaire un peu à contrecœur.

Le temps démoralisant m’aurait-il tapé sur les nerfs ? Non plus, la neige, tombant quasi sans discontinuer, donne un faux air de huis clos à ce récit et le rend même oppressant à force d’étaler tant de blancheur sur tant de noir.

En fait, mon problème est venu du style d’écriture de l’auteur auquel je n’ai pas accroché. Jack, le narrateur, du fait de sa souffrance intérieure, a une manière de nous raconter les choses et c’est là que le bât à blessé entre lui et moi.

Bon, vers la moitié, ça allait mieux, m’étant habituée…

Voilà pourquoi je râle en écrivant ma chronique : ce roman avait tout pour me plaire de par sa psychologie des personnages poussée très loin, leurs blessures profondes, un couple déchiré, un environnement sombre, noir, de la neige pour rendre l’affaire plus complexe et ajouter une note dramatique à une partition qui l’était déjà.

Et moi, je bloque sur le style et la manière de construire le texte…

Y’a des jours comme ça où un grain de sable fait dérailler toute une belle machinerie bien huilée. Malgré tout, no regrets, quand on aime les récits psychologiques, avec un tel roman, on est bien servi.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (New York Times Notable Book en 1997) et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !