Pierre qui roule [Dortmunder 1] : Donald Westlake

Titre : Pierre qui roule (The Hot Rock)Dortmunder 1      big_3-5

Auteur : Donald Westlake
Édition : Payot et Rivages (2007)

Parution Originale : 1970

Résumé :
À peine sorti de prison, Dortmunder retrouve son vieil ami Andy Kelp qui lui propose un coup fumant : subtiliser, au beau milieu d’une exposition, une émeraude de grand prix appartenant à un petit état africain. Facile !

Il suffit de réunir une bonne équipe et de concocter un plan à toute épreuve. Aussitôt dit, (presque) aussitôt fait.

Mais en dépit d’une implacable préparation, les choses ont comme une fâcheuse tendance à dévier de leur cours.

Il faut dire que l’un des complices de Dortmunder a la brillante idée d’avaler la pierre pour échapper à la police, alors forcément cela complique un peu la tâche.

Critique : 
Le climat automnal vous rend morose ? Les nouvelles à la télé et dans les journaux vous dépriment ?  Votre vie vient de s’écrouler parce que belle-maman a décidé de venir passer une semaine dans vos pieds ?

Un seul conseil : lisez un roman de Donald Westlake ! Son cambrioleur Dormunder devrait vous rendre guilleret.

Voilà un roman qui vous déride les zygomatiques, sans pour autant vous faire hurler de rire, mais qui possède dans son style d’écriture et dans ses personnages de quoi vous faire passer un bon moment de lecture détente.

Dormunder est un cambrioleur pour lequel on se prend d’amitié de suite. Par contre, pour ses plans, on a un peu des doutes quand même…

À peine sortit de taule que notre Dormunder se voit engagé par l’ambassadeur du Talabwo pour voler leur grosse émeraude sacrée qui a échu à leurs rivaux du pays voisin, l’Akinzi.

Ils montent le coup et ensuite, tout partira en couille… Pas possible de posséder une poisse pareille !

Les personnages sont tous une bande de tarés sympathiques et nous voici embarqué dans le cambriolage aux côtés du pessimiste aux plans audacieux qu’est Dortmunder; de l’optimiste Andy Kelp; de Chefwick, l’ouvreur de serrure passionné de petits trains; de Stan Murch, le chauffeur qui teste divers chemins pour aller encore plus vite et d’Allan Greenwood, le joli cœur bellâtre tombeur de ses demoiselles.

Si l’intrigue ne brille pas par sa créativité, on peut dire que le rythme et l’humour sont présent en quantité suffisante pour nous faire sourire de toutes nos dents.

Dormunder arrêta son geste, la cigarette à mi-chemin de sa bouche.
— Les pubs pour le cancer ?
— Ben ouais, à la télévision.
— J’ai pas regardé la télévision depuis quatre ans.
— T’as raté quelque chose.
— Apparemment. Des pubs pour le cancer ?
— Oui. Ça fait méchamment flipper, tu peux me croire. Attends d’en voir une.

— On bossait pour Iko, et il est Noir…
— Ça, personne ne le sait.
— Il suffit de le regarder !
— Je veux dire, personnes ne sait qu’il est derrière tout ça, dit Kelp en secouant la tête.

Ce qui fait le sel de ces histoires, c’est la poisse qui leur colle aux basques, leur côté pas sérieux et les bêtises des acolytes à Dormunder. Ce côté burlesque, c’est tout le contraire de l’autre personnage de Westlake, Parker. D’ailleurs, l’auteur fera un clin d’oeil à son Parker au travers d’une réplique de Greenwood.

Quant au voyage, il se fera en petit train, en bagnole, en hélico, vous passerez d’un musée à un commissariat de police, à un asile de fou pour terminer dans une banque et échouer dans un terminal d’aéroport. Oui, ça bouge dans tous les sens.

Westlake est assurément un auteur à découvrir de toute urgence !

Pour les anciens, rendez-vous au O.J. Bar & Grill (Amsterdam Avenue et 84ème, pour ceux qui se sont perdu dans le Bourbon ou la bière salée).

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre et Le « Challenge US » chez Noctembule.

1972 : « Les Quatre Malfrats », film américain réalisé par Peter Yates d’après le roman « Pierre qui roule » (The Hot Rock), avec Robert Redford, George Segal, Moses Gunn et Zero Mostel.

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Branle-bas au 87 : Ed McBain

Titre : Branle-bas au 87                                               big_3

Auteur : Ed McBain
Édition : Collection Série Noire (n° 2484) Gallimard / Carré noir /Folio n°273

Première parution en 1974 / Nouvelle édition revue et augmentée par Anne-Judith Descombey en 1998

Résumé :
Avec la découverte d’un charnier où gisent six cadavres, on peut dire que les inspecteurs du 87ème commissariat sont particulièrement gâtés.

Carella, Kling, Meyer Meyer et les autres flics ont aussi sur les bras une guerre que se livrent différents gangs de jeunes.

Et là, ça dépasse tout, car, pour imposer une paix durable dans la rue, un certain Randall Nesbitt, un mec complètement givré mais bourré de principes, déclenche un carnage en règle.

Critique : 
Ville d’Isola, 3h du mat, dehors, il fait un froid de canard et pourtant, les flics du 87ème district sont là, à battre le pavé de leurs semelles, frigorifiés, leur petit gris étant rentré depuis longtemps dans la coquille.

Une tranchée dans un chantier et dedans, 6 cadavres raides morts et nus comme au jour de leur naissance. 5 adultes et un bébé…

Ed McBain doit être le roi des surprises car alors que nous en étions à l’enquête préliminaire (déterminer les noms des cadavres et comprendre pourquoi ils se trouvaient là), voilà que nous nous trouvons face à la déposition d’un certain Randall Nesbitt, président d’un « club » et qui avoue être à l’origine du carnage.

Là je vous jure que ça m’en a bouché un coin ! J’ai même pensé durant quelques secondes à une entourloupe d’un éditeur particulièrement sadique qui aurait inséré un chapitre de fin au début. Mais non, c’est un truc de l’auteur.

Vous vous dites « Quel est le plaisir de lire un roman dont on a déjà le nom du coupable ? ». Je vous dirais qu’on a tous regardé avec plaisir les enquêtes du lieutenant Columbo… On avait beau savoir QUI, on voulait comprendre COMMENT Columbo allait le démasquer.

Ici, malgré les chapitres où Nesbitt raconte l’affaire, nous suivons tout de même les policiers qui remontent toute la filière.

Les policiers du 87ème district nous font partager leurs pensées, leur vie, et on a l’impression qu’ils sont nos collègues de travail avec lesquels on va partager un café à la machine.

L’autre bon côté du livre est le fait que Nesbitt est un mec complètement givré, bourré de principes, possédant un langage correct, mais cet homme est d’une froideur absolue qui vous glace les sangs.

Sans parler qu’il est d’une mauvaise foi à vous renverser de votre chaise. Le bébé tué ? Pas responsable, monsieur ! Si ça se trouve, c’est une balle perdue tirée d’un des futurs cadavres qui a tué le môme…

— […] Chingo s’est mit à les canarder, il ne voulait pas toucher le bébé, bien sûr, mais ces choses-là, ça arrive. En pleine action, il y a souvent des accidents. Le bébé était innocent et personne ne voulait buter un bébé innocent. C’est arrivé, tout simplement. D’ailleurs, Chingo dit que le négro a sorti son feu au moment où Chingo défouraillait et c’est peut-être bien des balles perdues de son propre flingue qui ont tué le môme, va savoir… C’est peut-être bien lui qui a tué son propre bébé. Il a vu Chingo avec un feu à la main, il a sorti le sien pour se défendre et il y a eu des balles perdues.

— Le bébé, c’était juste un accident, on aurait sans doute essayé de descendre Atkins dans la rue. Il était pas prévu qu’on descende un innocent. […] D’aileurs, comme je vous l’ai déjà dit, Chingo pense que c’est peut-être une balle perdue tirée par Atkins lui-même qui a tué le môme.

Nesbitt possède ce talent qu’on certain pour vous faire dresser les sourcils devant tant de bêtises assénées comme des vérités. Pour avoir la paix, monsieur déclenche la guerre… effectivement, si le clan A et B son décimés, la paix va régner dans le quartier !

Dans ce roman où les balles voleront et les grenades exploseront, vous aurez tout de même le temps de croiser presque toutes les différentes couches de la société américaine.

Je terminerai par une citation d’Einstein qui résume bien : « La paix ne peut être maintenue par la force : elle ne peut être obtenue que par la compréhension mutuelle ». Médite bien dessus, Nesbitt. Si tu es capables de raisonner, bien entendu, ce dont je doute.

Einstein disait aussi : « Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. »

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, le « Mois Américain » chez Titine et Ma PAL « Canigou »… C’est du massif !

CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014

Né sous les coups : Martyn Waites

Titre : Né sous les coups                                            big_5

Auteur : Martyn Waites
Édition : Payot et Rivages (2013)

Résumé :
1984 : Margaret Thatcher est au pouvoir, les mineurs sont en grève. « Deux tribus partent en guerre », pour reprendre un tube célèbre.

À Coldwell, cité minière du Nord, les mineurs ont lutté quasiment jusqu’à la mort, mais ça n’a pas suffi : manipulant l’opinion, recourant à la violence policière, les Tories avaient, à l’époque, méthodiquement cassé les reins du mouvement ouvrier.

Pour les vaincus, le prix de la défaite sera exorbitant : vingt ans plus tard, Coldwell est une ville sinistrée, gangrenée par tous les fléaux sociaux.

Histoire d’un affrontement impitoyable aux conséquences dévastatrices, histoire de criminels qui prospèrent sur la misère, histoires d’amour contrariées, tragiques, mais aussi poignantes, Né sous les coups est la fresque de tout un monde mis à terre qui lutte pour survivre sur deux générations, baignant dans la musique anglaise des années 70 et 80.

Critique : 
Tout comme le chantait Renaud, moi aussi je me changerais bien en chien, et comme réverbère quotidien, je m’offrirais Madame Thatcher. Et je ne serai pas la seule à aller me soulager sur sa tombe, je le sais.

Pourquoi est-ce que je parle de Miss Maggie dans ma chronique ? Parce qu’il est question de son gouvernement dans ce roman noir social.

Ce fut une lecture  dure, âpre, une lecture qui me marquera profondément, un roman dont j’ai dévoré les 200 dernières pages sans pause, restant épuisée à la fin de ma lecture à cause de ma course effrénée dans les rues de la ville, les flics à mes trousses, leurs matraques me chatouillant les côtes et fracassant le sommet de mon crâne, j’ai sauté par-dessus les haies, les chiens policiers à mes trousses, les policiers montés m’ont coursé dans les rues, je me suis faite plaquer contre le mur par les destriers rendu fous par leurs cavaliers, les chevaux redevenant des machines de guerre pour la cause.

Le rapport de force se trouva inversé. Les mineurs étaient quelques centaines, les policiers cinq mille.
Ils attendirent le départ des caméras de télévision, puis ils chargèrent.
La police montée. Les chiens policiers. Ils attaquèrent tout le monde, sans distinction. Quiconque avait un lien avec la grève, homme ou femme, jeune ou vieux, était une cible légitime. Les matraques antiémeutes furent réutilisées pour la première fois depuis dix ans. La dernière fois qu’elles l’avaient été, elles avaient causé la mort d’un manifestant antinazi.
Les gens se firent bastonner, piétiner, mordre.

Il ne faisait pas bon être mineur gréviste en 1984…

« 1984 » n’est pas qu’un roman célèbre d’Orwell… C’est en 1984 que l’Angleterre est entrée dans les temps modernes tels que nous les connaissons. C’est en mai 1984 que la bombe à retardement à été enclenchée et que le compte à rebours fut lancé dans un sinistre « tic-tac ».

Une seul nom : Margaret Thatcher, dite « la dame de fer ». Elle a été réélue pour un second mandat, les gens n’ayant aucune autre alternative crédible. La dame de fer s’est attaqué aux mineurs et les mines ont fermés, entrainant des combats, des tabassages en règle de mineurs et la mort des villes qui vivaient du charbon, pourtant rentable. Les grévistes n’ont pas eu le soutien de la population…

Le succès de ces opérations modifia les mentalités des membres du gouvernement. Il autorisa à penser l’impensable. S’ils pouvaient faire ça impunément, alors ils pouvaient se permettre tout et n’importe quoi.
Les gens ne diraient rien si les mineurs se faisaient démolir. Ils auraient trop peur de perdre leur propre boulot.
On pouvait faire tout et n’importe quoi sans avoir rien à craindre.

Ce roman jongle avec deux périodes, celle de 1984, nommée « avant » et 2001, nommée « maintenant », nous faisant changer d’époque mais avec les mêmes personnages, sans savoir ce qui s’est passé pour eux pendant ces 17 ans (on le saura à la fin).

1984, dans la ville minière de Coldwell, près de Newcastle… Nous sommes  en compagnie de  Tony, un jeune footballeur professionnel qui a du potentiel; de Louise qui cherche l’amour; de Tommy, une jeune brute, bras droit et gauche d’un caïd de la pègre locale; Mick un mineur syndicaliste qui aime la dive bouteille et Stephen Larkin, un journaliste idéaliste.

Tout ce petit monde évolue alors que les mineurs se lancent dans leur ultime combat, certains étant plus impliqués que d’autre.

2001… de la ville de Coldwell en état de siège en 1984 à celle décrépite et moribonde, tout a changé et ♪ « non, non, rien n’a changé » ♫.

Si la révolte semble être morte sous les coups de matraque donné en 1984, la résignation qui a engourdi les mineurs continue de faire son œuvre en 2001. La ville est morte et seule la pègre fait son beurre en vendant de l’herbe.

Ce roman nous montre la manipulation des masses par les médias qui, avec un reportage, peut faire passer le clan A pour des brutes et le clan B pour des victimes. Ici, ce furent les mineurs qui se firent passer pour des brutes sanguinaires et les poulets pour des pôvres petits. Démagogie, quand tu nous tiens.

Le gouvernement Thatcher voulait détruire la classe ouvrière et seuls les mineurs se sont révoltés… Le reste du monde ne comprenait rien et s’en fichait. Ce n’était pas son combat et de toute façon, les médias étaient instrumentalisées, les gens manipulés et les mineurs esseulés.

Les personnages de ce roman sont multiples, certains plus attachants que d’autres. Multiples, mais travaillés ! Ils ont leurs contradictions, ils ont des idéaux, des espoirs de vie meilleure, des envies, du courage mélangé à une part de lâcheté. Et les pire ne sont pas toujours les caïds… N’est-ce pas, Keith ?

Martyn Waites nous balance sans ménagements au milieu de cette population fracassée, moribonde, en état de mort clinique quasi. Il nous jette parmi cette population dépossédée de son travail, privée de son droit à faire bouillir la marmite, amputé de leur fierté et de la solidarité entre camarades mineurs.

Ils n’ont plus rien et ne peuvent léguer à leurs enfants que le malheur, le renoncement à tout et la haine de soi.

Pour eux et pour la génération suivante commence une longue et pénible descente aux Enfers, une descente bien plus dégradante que celle qui les transformait en rats qui grattaient la terre pour en extraire les pépites noires.

L’échec ne naît pas de la révolte mais de la résignation…

Un roman aussi noir que l’anthracite mais au bout du tunnel, il y a souvent de la lumière…

Photo d’illustration : Ce face-à-face à la mine d’Orgreave, près de Sheffield, a été l’un des tournants de la grève des mineurs de 1984-1985. La police a empêché les manifestants de fermer l’usine et ce fut le début d’une longue et douloureuse débâcle, jusqu’à la défaite finale.

Il y a eu d’autres batailles sanglantes après celle-ci, mais le fait que les mineurs n’aient pu obtenir le soutien d’autres ouvriers lors de la bataille d’Orgreave les a dégoûté et isolé. Bien que les grévistes aient recueilli des dons d’argent importants, la tactique du gouvernement Thatcher — anticiper en stockant du charbon et envoyer des troupes de briseurs de grève remplacer les manifestants — s’est révélée efficace et a marqué la fin de l’époque des puissants syndicats.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

Baiser d’adieu : Allan Guthrie

Titre : Baiser d’adieu                                        big_3

Auteur : Allan Guthrie
Édition : Le Masque (2010)

Résumé :
À Édimbourg, lorsqu’on a besoin d’emprunter de l’argent, on va trouver Cooper. Et si on ne rembourse pas à temps, on reçoit la visite de Joe Hope et de sa batte de base-ball.

Mais maintenant, c’est au tour de Joe d’avoir des problèmes : sa fille adolescente a été retrouvée morte. Un suicide, à première vue, mais il a ses doutes sur la question. Puis sa femme alcoolique est assassinée.

Et il est arrêté pour meurtre. Seulement, pour une fois, Joe est innocent, et apparemment la victime d’un coup monté.

Aidé par un avocat commis d’office mais généreux, et de quelques camarades qui comptent parmi les vrais durs de durs du pays – dont une prostituée au grand cœur – Joe va essayer de découvrir qui l’a mis dans ce mauvais pas, et de se faire justice. À sa manière.

Critique :
Tout le monde le sait, à force de dormir avec les chiens, on se réveille avec des puces ! Joe Hope aurait dû s’en douter.

Lui, dans son travail, il ne connaît pas la crise. Chargé de tabasser à coups de batte de baseball les mauvais payeurs ou les récalcitrants pour le compte de Cooper, son usurier d’employeur dans la riante ville d’Édimbourg, on ne peut pas dire qu’il se soit beaucoup occupé de sa petite famille.

Alors, lorsqu’il apprend que sa fille – qui ne vivait plus chez eux – s’est suicidée, il ne comprend pas pourquoi et frôle même la mauvaise foi. C’est vrai quoi, si sa fille avait des soucis, elle n’avait qu’à venir lui en parler.

— Et lui parler de quoi ? Je ne savais pas, moi, qu’elle voulait parler. Elle m’a jamais rien dit.
— T’as jamais posé la question, lui rétorqua Ruth.
— Mais je savais pas, moi. Putain de merde ! Je savais pas que quelque chose n’allait pas. Pourquoi j’aurais posé la question ?
— Mais putain, si seulement t’avais fait un peu attention, elle serait peut-être pas morte.

Niveau personnage principal, Joe Hope mérite des baffes en raison de sa réaction assez « froide » lorsqu’il apprend le suicide de sa fille, pensant plus à aller casser la gueule du cousin de sa femme qui devait veiller sur sa fille plutôt que de se remettre en question.

Le meurtre de sa femme ne lui causera pas le moindre chagrin, mais le voilà sous une inculpation de meurtre !

Le côté enquête n’est pas très important, tout lecteur un peu éveillé comprenant vite qui a tué l’épouse et qui est visé dans le carnet de la fille. Tout le sel étant dans la manière dont Joe va arriver à prouver qu’il n’est pas coupable mais victime d’un coup monte, aidé seulement par trois bras cassés : le cousin de sa femme (qui a de l’embonpoint), une prostituée et son jeune avocat commis d’office.

Bien que le quatrième de couverture parle de « quelques camarades qui comptent parmi les vrais durs de durs du pays », faut se lever de bonne heure pour les croiser parce qu’ils ne s’y trouvent pas. Sauf si l’on considère un écrivain et un jeune avocat comme des durs de durs… mais il y a peu d’espoir.

Du cynisme, de l’humour, des dialogues qui font souvent mouche, de la rage qui palpite sous les pages et dans les phrases, et un final qui fait monter l’adrénaline.

Émotion aussi lorsqu’il se rend compte, en lisant le journal intime de sa fille, que ce qui n’avait été qu’une banale journée pour lui (la chute des météores), elle avait compté énormément pour sa petite fille. Elle aimait son père et guettait le moindre signe aimant de sa part.

Un bon roman noir à lire en sirotant du thé car il est anglais, mais sans le kilt, bien que nous soyons en Écosse.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (finaliste du Gumshoe Awards et du Shamus), « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, Challenge « Nordique » chez Mes chroniques Littéraires et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

Donnybrook : Frank Bill

Titre : Donnybrook                                             big_5

Auteur : Frank Bill
Édition : Gallimard (2014)

Résumé :
Bienvenue dans l’Amérique profonde d’aujourd’hui, où les jobs syndiqués et les fermes familiales qui alimentaient les revendications sociales des Blancs ont cédé la place aux labos de meth, au trafic d’armes et aux combats de boxe à mains nues.

Les protagonistes de Frank Bill sont des hommes et des femmes acculés au point de rupture – et bien au-delà. Pour un résultat toujours stupéfiant.

Si le sud de l’Indiana dépeint par Frank Bill est hanté par un profond sentiment d’appartenance à une région qui rappelle le meilleur de la littérature du Sud, ses nouvelles vibrent aussi de toute l’énergie urbaine d’un Chuck Palahniuk, et révèlent un sens de l’intrigue décapant, inspiré de l’écriture noire à la Jim Thompson.

Une prose nerveuse, à vif, impitoyable et haletante, qui fait l’effet à la fois d’une douche glacée et d’un coup de poing à l’estomac.

Critique : 
« Chiennes de vie » n’était déjà pas pour les petits n’enfants, ni pour les âmes sensibles… Je vous rassure de suite, « Donnybrook » ne sera pas pour eux non plus !

Amateurs du ♫ pays joyeux des z’enfants heureux, des monstres gentils ♪ , des Bisounours ou de Mon Petit Poney, je ne vous dirai qu’une chose : Fuyez, pauvres fous !

Par contre, pour moi, voilà encore un livre qui va aller poser ses petites fesses au Panthéon de mes romans noirs préférés.

Au départ, je m’attendais à 240 pages consacrées uniquement au Donnybrook – ce tournoi de combats à poing nus qui se déroule dans le sud de l’Indiana et dont le vainqueur remporte cent mille dollars – imaginant un récit à la façon d’un mauvais film de Van Damme, genre « Bloodsport » ou « Kickboxer », le scénario béton en plus, bien entendu !

Vous savez, un genre de roman qui, à l’instar de ses films, mettrait en scène des combattants qui s’affronteraient dans combats « phases finales à élimination directe » afin d’en arriver aux deux derniers vainqueur du tournoi… qui s’affronteraient enfin dans l’arène ! Une sorte de coupe du monde en version « boxe » au lieu du ballon rond…

Il n’en fut rien ! Ce livre, c’est plus que ça ! C’est mieux que ça ! Bien mieux qu’une description de tous les combats éliminatoires qui auraient saoulé le lecteur, à la fin.

Nos différents protagonistes, avant d’arriver au Donnybrook – de leur plein gré ou pas – vivront quelques aventures assez mouvementées. Et une fois sur place, faudra pas croire qu’ils pourront s’affaler pour manger un hamburger à la viande d’écureuil garantie sans équidé !

« Les spectateurs avaient sorti leurs chaises pliantes, leurs glacières. […] Les feux de camp au-dessus desquels grillaient les poulets, les quartiers de chevreuil, les chèvres, les écureuils, lapins et autres ratons laveurs empestaient l’atmosphère. Il en serait ainsi pendant trois jours. Ils vendraient leur nourriture, accompagneraient les cachetons et la came de grandes rasades de bourbon ou d’alcools de contrebande. Ils regarderaient un vingtaine d’hommes pénétrer sur le ring de cent mètres carrés délimité par du fil barbelé, puis combattre jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un. Ensuite, on appellerait les vingts suivants. Dimanche, les vainqueurs de chaque groupe s’affronteraient. Seul le gagnant demeurerait debout. La gueule en sang, édenté, il attendrait de récupérer son dû en espèces ».

L’écriture est sèche comme un muscle de combattant, nerveuse comme un chien de combat qui sent le sang sans cesse, piquante comme si vous embrassiez un hérisson (et pas sur le ventre !), le tout sur un fond de crise économique agrémenté de quelques métaphores choc ou de philosophie très particulière.

« Il se répandit au sol comme le liquide amniotique d’entre les jambes d’une femme enceinte ».

— Pas le temps de philosopher sur ta conception tordue des rapports humains. Certains ont la bite de traviole, d’autres l’ont bien droite, mais tout le monde l’utilise pour baiser.

Le tout nous donnera une couleur aussi joyeuse que le costume d’un croque-mort dans Lucky Luke.

« Le rêve américain avait vécu, puis il s’était perdu. A présent, travailler aux États-Unis signifiait juste que vous étiez un numéro qui essayait de gagner un peu plus de fric pour ceux d’en haut. Et si vous en étiez incapable, il existait d’autres numéros pour prendre votre place ».

Nous sommes face à un roman noir, sans complaisance aucune…

— Mettez-lui une balle dans la tête, ordonna McGill. On la donnera à bouffer aux cochons. De toute façon, elle est foutue.

Niveau personnages, on pourrait faire un grand trou et les mettre tous dedans pour les recouvrir ensuite, vivants, de terre ! Même le shérif m’a donné envie de vomir, alors que je le trouvais sympa. Le personnage de Gravier m’a fortement touché, par contre…

Quant à Johnny « Marine » Earl, il est un des personnages un peu moins « sordide » que les autres.

Du moins, dans la masse des autres, il y a encore un peu d’espoir pour ce père de famille qui aime ses gosses et sa femme et veut leur offrir une vie meilleure. À n’importe quel prix : la fin justifiant l’utilisation de moyens pas réglos du tout !

Ce que les personnages vivront ressemblera plus à une descente en enfer qu’à un voyage de plaisance. Nous sommes à mille lieues de l’excursion d’Antoine Maréchal (Bourvil) qui emmenait, de Naples à Bordeaux, la Cadillac remplie d’héroïne de Saroyan (de Funès).

À propos d’héroïne, vous aurez tous les ingrédients qui entrent dans la fabrication de la meth. Admirez l’enchainement… Vous aurez même une héroïne bad girl qui a un réchaud Butagaz entre le jambes et que ne sent bien qu’avec une merguez là où je pense (et où vous pensez aussi).

« Le pharmacien l’avait ramenée dans sa maison style ranch […] Liz l’avait baisé à fond. Eldon [le pharmacien] avait été obligé de s’asseoir pour pisser pendant une semaine. Il avait peur de se réveiller avec la gaule depuis que Liz lui avait mis le dard à vif ».

« Tout ce qu’elle voulait dans la vie, c’était avoir assez de meth, de cigarettes et de Bud pour passer la journée. Et puis une bite bien raide pour satisfaire sa soif de contact humain ».

Quand je vous disais que ce n’était pas pour les gosses ou les âmes sensibles !

Ici, ça bastonne, ça flingue, ça trucide, ça torture, ça plante le frangin, ça baise à tout va, ça arnaque ou plus, si affinités, le tout sans foi, ni loi, ni morale : manger ou être mangé ! Tuer ou être tué…

Un auteur que je vais suivre à la trace, guettant sa prochaine publication…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Le « Challenge US » chez Noctembule, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, « La coupe du monde des livres » chez Plume de Cajou (un de mes gardiens de but) et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence »..

BIBLIO - Pedigree PAL

Satan dans le désert : Boston Teran

Titre : Satan dans le désert                    big_3-5

Auteur : Boston Teran
Édition : Folio (2005)

Résumé :
Bienvenue en Californie comme au Nouveau-Mexique ! Vous y trouverez des folles sans identité, isolées en plein désert dans des caravanes en ruine, des bandes non identifiées, insaisissables, menées par des gourous en quête de gibier, des taulards cuits et recuits par le soleil, surveillés par des flics improbables et des hommes prospères protégés par les murs de leurs villas discrètes…

Vous y trouverez l’enfer sur terre. Parce que son ex-femme a été massacrée et que sa fille a disparu, le flic Bob Hightower sort enfin de sa léthargie. Ce qu’il découvrira au bout du chemin dépasse l’entendement.

« Les mots de Boston Teran vous hantent longtemps après que vous avez refermé son livre. Je suis encore sous le choc » (Harlan Coben).

Petit Plus : Boston Teran, auteur sous pseudonyme, dit seulement de lui qu’il est né dans le Bronx de parents italiens et qu’il vit aujourd’hui en Californie.

« Satan dans le désert » a reçu le prix Creasey Dagger du premier roman en Angleterre ainsi que le prix Calibre 38 du meilleur roman policier 2004 en France.

Critique : 
Ça, c’est ce qui s’appelle une lecture « coup de poing uppercut »… Assurément, âmes sensibles, abstenez-vous d’ouvrir pareil livre, vous le refermeriez bien vite. Ce roman est donc à ne pas mettre entre toutes les mains, c’est pour cela que je ne le conseillerai qu’aux lecteurs avertis.

Comment vous expliquer cette lecture très sombre, cette violence qui suite de toutes les pages, tout en vous expliquant que « Satan dans le désert » est un roman hallucinant et que je l’ai apprécié ?

Sur le toit de goudron noir, la pluie génère une multitude de ruisseaux irréguliers qui s’évacuent vers les gouttières oxydées. Mais elle ne lave rien. Elle ne l’a jamais fait. La crasse qui est le lot quotidien de chacun est bien trop importante.

Le pitch : Bob Hightower est ce qu’on appelle un flic « pépère », assis derrière son bureau, dans un bled proche de Los Angeles, à la frontière du désert.

Il est divorcé, adore sa fille et tout irait bien dans sa vie si on n’avait pas retrouvé son ex-femme et son nouveau mari plus que sauvagement assassinés… Et quand je dis « sauvagement », je suis encore gentille… Le chien et le cheval sont dans le même état et Gabi, sa fille chérie de quatorze ans, est introuvable parce qu’enlevée.

Bob est dépourvu de moyen, il n’a pas de piste, contrairement au lecteur, puisque nous savons déjà « qui » est le commanditaire de toute cette sauvagerie, nous savons « qui » l’a perpétré, mais nous ignorons le « pourquoi ».

C’est une ancienne toxico, Case, qui va donner une piste à Bob. Lorsqu’elle a lu le fait divers qui se rapportait à la tuerie, elle a reconnu la marque de Cyrus : un mec taré, violeur, assassin, dealer, nihiliste, maquereau, tortionnaire… La totale, quoi. Un type qui prend plaisir à détruire l’innocence, à faire plonger des enfants dans la dépendance et à leur faire subir les pires perversions sexuelles ou tortures de malade. Il pratique aussi son art de la torture sur des adultes, juste pour le plaisir.

Tétanisé par la peur, le gosse se met à trembler. Cyrus se campe devant l’autre, examine longuement son membre et le prend en main.
– C’est une vraie queue de diable que tu as là, toi.
Terrifié, le gamin refuse de le regarder dans les yeux.
– Une vraie queue de diable, répète Cyrus en soupesant, appréciateur.

Comment elle le sait ? À votre avis ? Case a fait partie de sa bande, enfin le mot « secte niant Dieu » serait plus adapté. Elle a réussi à s’en sortir, plus morte que vivante et elle accepte d’aider Hightower, le « mouton » qui veut s’attaquer à des « loups », trouvant ainsi une occasion de se venger de ce qu’elle a subit. Et puis, Case, c’est aussi un loup…

Road movie d’enfer, traque sans pitié où tous les coups sont permis, où les chasseurs prennent le risque de devenir gibier et où notre flic pépère va devoir se transformer en loup pour faire couleur locale et tenter de se frayer un passage entre les crocs du diable sans y laisser trop de plumes.

– C’est pas à l’Amérique propre et puritaine que vous avez affaire, sur ce coup-là. Cette merde, c’est l’enfer. Une histoire de drogue, de sang et de foutre, déjanté, à un point que vous n’avez pas idée. C’est pas comme si vous entriez dans une librairie ésotérique de Hollywood Boulevard pour acheter quelques babioles sataniques. Ces types-là prennent leur pied en foutant en l’air les gens normaux comme… votre ex-femme et son mari.

Et puis, parfois, les braves gens peuvent cacher une face sombre qui est aussi tordue que les pires psychopathes avec lesquels ils font affaire…

De toute façon, on sait que s’ils sortent gagnant de leur cavale contre Cyrus, personne n’en ressortira indemne psychologiquement parlant.

Bien que la prose de l’auteur ne soit pas toujours d’une grande finesse (c’est pas Lehane), j’ai été emporté par cet espèce de road-movie, cette course vers la mort qui se déroule dans la chaleur suffocante du Nouveau Mexique et il me fut impossible de lâcher le bouquin avant d’être arrivé à la fin ! J’étais excité comme une puce au salon de la moquette.

Aux blanches étendues salines de l’est répond, comme un écho, le « terrible désert » de l’ouest évoqué par John Steinbeck. Un enfer de sel et de sécheresse au-dessus duquel les montagnes miroitent tels des corbeaux d’ébène.

Niveau dialogues, ils sont percutants, très crus et imbibé de discours sur la religion, le Bien, le Mal, Dieu… et autres imprécations démentes. Bref, ça clashe souvent.

– On a tous besoin d’appartenir à un club. Le club de Dieu ou le club des Hurlements. Dans le même pâté de maison, chacun son groupe. Mais les morceaux de musique qu’ils jouent ont été empruntés à d’autres et noyés dans les conneries. Et de toute façon le prix d’entrée est bien trop élevé dans les deux. Tu veux la vérité Coyote ? Va frapper aux cercueils.

Si la prose de Bostan Teran n’est pas « exceptionnelle »,  ses mots ont tous été des coups de poings dans ma face, ses phrases sont tranchantes comme la lame affûtée du couteau de Jack l’Éventreur et quand je pensais qu’il m’avait amené au bout de l’horreur, et bien non, il est allé encore plus loin. Simple mais incisif et saisissant.

Au final, une sacrée descente en enfer de plus de quatre cent pages qui se dévorent  la rage aux tripes, sans pouvoir lâcher le bouquin, tant on a envie de savoir si Bob et Case vont arriver victorieux au bout de leur voyage dans les entrailles du Mal et si Gabi, la fille de Bob, en ressortira vivante. Savoir dans quelle mesure ce voyage les aura changé, aura changé leur vision des choses.

– Il va charger cette petite mignonne et, bien vite, elle se retrouvera à quatre pattes dans un bouge, à se faire enculer par un camé sidaïque. Il prendra des photos, ou peut-être qu’il filmera tout ça. Il la forcera à le sucer pendant qu’il lui montrera le film. Il s’amusera avec elle tout le temps de la projection et, quand le générique de fin défilera, il parachèvera son œuvre en la pendant par les pieds et en l’ouvrant du clito au…
Case ne peut en dire d’avantage. Et Anne est trop choquée pour parler.

Niveau des personnages, j’ai eu un gros faible pour Case, sans cesse en lutte avec ses vieux démons qui sont « cocaïne » et « souvenirs horribles ».

Elle et Bob forment un duo détonnant qui ne se serait jamais croisé sans la tuerie et l’envie de Case d’en finir avec son passé. Ils sont plausibles et l’auteur ne brûle pas les étapes dans le récit de leur animosité qui se transforme petit à petit en respect profond, la confiance s’installant au fur et à mesure. De plus, nos deux amis ne sont pas des héros tout blanc… Ils ont leur part d’ombre.

Niveau du Méchant et de sa bande, ils sont abominables, sans pitié, sans coeur, sans empathie, ayant eu, eux aussi, leurs traumatismes. On aurait d’ailleurs tort de considérer Cyrus comme « juste » un dingue ou juste un « simple » psychopathe. Ce sadique possède de multiples talents et l’intelligence ne lui fait pas défaut. Un expert dans la propagation du Mal : la peur est un bonheur pour lui, la souffrance une plénitude, la violence un véritable orgasme ou une thérapie à l’hypocrisie de ce monde.

Rien ne sera épargné aux personnages : des morts violentes, du sang, des scènes de tortures, des viols, un petit shoot,… Bref, ils peuvent déposer plainte de suite contre l’auteur !

Niveau rythme de l’histoire, je ne savais pas à quoi m’attendre, pestant un peu que, dès le départ, on sache « qui » a commandité la tuerie et qui l’a exécuté…

C’était sans compter sur le talent de l’auteur pour me réserver quelques belles surprises durant ma lecture et pour m’emmener dans un voyage apocalyptique où quand on pense que tout est fini, ben non, il en reste encore dans le moteur !

On peut dire que Boston Teran a porté son polar à des sommets de violence que je n’avais pas encore rencontrés… sans jamais se départir d’un style d’écriture étonnant (simple mais percutant). Assurément, « Satan dans le désert » ne m’a pas laissée indifférente et j’en suis sortie groggy.

Alors, si vous adorez les cocktails « violence » mélangés à la poudre de fusil, additionné de drogues-sang-viols-tortures, le tout macérant dans du mezcal  avec une touche de tabasco pimenté, foncez !

« Satan dans le désert » a reçu le prix Creasey Dagger du premier roman en Angleterre ainsi que le prix Calibre 38 du meilleur roman policier 2004 en France.

Livre participant au Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), au « Challenge US » chez Noctembule et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle.

L’assassin qui est en moi (The killer inside me) : Jim Thompson

Titre : L’assassin qui est en moi (Le démon dans ma peau) – The killer inside me

Auteur : Jim Thompson                                                                     big_4
Édition : Rivages Noir (2002 – Nouvelle traduction intégrale) / Paru aussi en Folio sous le titre « Le démon dans ma peau » mais sans la traduction intégrale !

Résumé :
Adjoint du shérif de Central City, Lou apprend que le fils Conway, cet idiot d’Elmer, s’est amouraché de Joyce, une prostituée installée à l’orée du canton.

La bourgade texane est sous la coupe du père Conway, patron d’une grosse entreprise du bâtiment. Lou garde une dent contre lui : il le soupçonne d’avoir ordonné la mort de son frère Mike et maquillé le meurtre en accident.

Aussi lorsque le vieux Conway le charge de faire déguerpir Joyce moyennant 10 000 dollars, Lou a en tête un tout autre plan : il confie à Elmer cette besogne pour les éliminer ensuite tous les deux sur place, en faisant croire qu’ils se sont entretués.

Ambiance glauque d’un village perdu, personnages retors et pervers, rapports à double tranchant où personne n’est dupe et où chacun essaie d’abuser son prochain, toutes les obsessions de Jim Thompson se retrouvent dans ce livre à l’âme plus noire que le pétrole texan. Un Thompson au sommet de son art : implacable, machiavélique, brutal.

«L’histoire la plus crédible et la plus effrayante jamais écrite à la première personne concernant un esprit criminel».  Stanley Kubrick.

Critique :
Ne voulant pas avoir l’impression d’escalader l’Evrest en espadrilles et sans entraînement (1), j’ai donc suivi le conseil de l’ami Jeranjou (de Babelio) et lu quelques polars noirs avant de m’attaquer à ce monument (que j’ai acheté dans sa première traduction intégrale – autant faire les choses correctement !) de la littérature noire.

Munie d’un solide entraînement avec ces messieurs Winslow, Himes, Hammet, Hansen, Williams, Block, Lehane, Johnson… j’ai chaussé mes crampons et escaladé ce monument du grand Jim Thompson.

Alors, chocolat noir ou chocolat au lait ? (2) Nous allons l’analyser…

Tout le sel de cette intrigue se trouve dans le fait que c’est Lou Ford, l’adjoint du shériff, qui nous raconte ses tribulations… Nous sommes dans sa tête et notre narrateur à l’art et la manière de nous tenir en haleine.

Lou, il a l’air un peu simplet, un peu plouc sur les bords, on lui donnerait le bon Dieu sans confession…

Il m’arrive, parfois, de traîner en ville, adossé à la devanture d’un magasin, mon chapeau repoussé en arrière, une botte passée derrière la cheville de l’autre jambe – ma foi, vous m’avez sans doute vu si vos pas vous ont mené dans cette direction -, et, de rester comme ça, avec la tête d’un gars gentil, sympa, stupide, un type qui n’oserait jamais pisser dans on pantalon si celui-ci prenait feu. Et pendant tout ce temps où je reste là, intérieurement, je hurle de rire – rien qu’en regardant passer les gens.

Heu ? Son âme est plus noire que du goudron !

Lou ne fait rien à moitié, d’ailleurs, monsieur a même deux gonzesses : Amy Stanton, « l’officielle » et  Joyce Lakeland « une jolie pute ». C’est d’ailleurs à cause de cette pute – qu’il saute allégrement – que son assassin s’est réveillé. Lou Ford a beau faire tout ce qu’il peut pour cacher sa véritable nature, les morts étranges s’accumulent autour de lui comme des mouches sur un étron fumant.

De plus, notre ami Ford possède déjà quelques cadavres dans son placard : un crime commis dès son plus jeune âge; son demi-frère, Mike, fut accusé et emprisonné à sa place. Ce qui le fiche en l’air, c’est la mort « accidentelle ? » du demi-frangin, après sa libération. Ajoutez à cela des relations assez difficiles (euphémisme) avec son père médecin (qui est mort) et vous avez presque cerné l’animal.

Niveau « traumatismes », on ne peut pas dire qu’il soit en manque.

Lou Ford a donc la rage envers Chester Conway, le magnat local de la construction. Pourquoi ?  Parce qu’il le  suspecte d’être responsable de la mort de son demi-frère. Sans compter qu’un syndicaliste lui fait comprendre que Conway n’était pas en règle dans le chantier que son demi-frère inspectait… À croire qu’il voulait que Ford déchaîne son p’tit killer !

Noir, ce polar ? Oh, pas tant que ça… Cinq morts : les deux premiers pour la vengeance et les trois autres pour se couvrir. On pouvait faire pire, non ? *air innocent*

Et puis, Lou est un personnage merveilleux : un assassin cynique, hypocrite, possédant une certaine propension à nier l’évidence, faisant preuve d’une froideur dans la préparation de ses crimes, possédant une assurance à toute épreuve, un certaine propension à baratiner tout le monde, le tout mâtiné d’un sentiment de puissance et d’impunité.

Tout ça parce que j’étais dans les parages lorsque certaines personnes se sont fait assassiner; parce que le hasard a voulu que je me trouve là.

Monsieur sème la mort avec délectation car il a le sentiment d’être dans son bon droit.

Ben quoi, c’est pas sa faute, non, si tout le monde se met en travers de sa route ? Non, mais, allo quoi ? Sont-ils tous aussi cons d’aller poser leur cou sur le billot alors que Lou a une hache en main ?

Alors, vraiment un chocolat noir au-delà de 65%, ce roman ? Stop ! Avant de me faire descendre par Jeranjou qui pointe un révolver sur ma tempe, je peux vous l’avouer : ce polar, c’est « noir de chez noir » et garantit pur cacao à des hautes teneurs.

Le personnage de Lou Ford est magnifique de cynisme, plusieurs fois ses pensées m’ont fait osciller entre le rire nerveux ou l’effroi pur et simple.

[…] Je me rappelle ce qu’il a fait, et j’arrête de rire, et j’enrage – je deviens furieux.
– Espèce d’ordure ! J’étais sur le point de l’épouser, cette pauvre petite. On allait partir tous les deux, et elle t’a surpris à fouiner dans la maison, et tu as essayé de la…
Je me tais parce qu’il n’a rien fait du tout. Mais il aurait pu. Il aurait pu faire ce que je viens de dire, il en est parfaitement capable.
Ce salopard aurait pu le faire, mais il est comme tout le monde. Bien trop gentil-gentil et trop hypocrite pour faire quoique ce soit de vraiment éprouvant.

La ville de Central City, la seule que Ford ait jamais vu de sa vie, est remplie de canailles, elle aussi : tout le monde sait que les notables de la ville se tapent la pute, mais tout le monde la ferme; les syndicats sont plus pourris que la bouche d’un vieil édenté; c’est Conway qui dirige la ville et tout le monde est à ses bottes, quant au procureur, il ne vaut pas mieux.

Notre assassin n’est que le reflet de ce que cette ville peut produire de mieux…

« Qu’est-ce que tu pourrais bien dire quand tu te noies dans ta propre merde, et qu’ils t’empêchent d’en sortir en te repoussant à coups de pied ? Quand tous les hurlements dont retentit l’enfer feraient moins de bruit que ceux qui cherchent à sortir de ta gorge ? »

Ce n’est que sur la fin du récit que nous aurons tous les détails du « traumatisme » enfantin de Lou et le pourquoi il se sent obliger de tuer des femmes.

L’écriture est incisive, sans temps mort, suspense garantit, vous sentez la tension qui monte dans votre corps et vous ne savez pas ce que vous préféreriez comme final : la victoire de la police ou celle de Lou Ford…

Pris au premier degré, ce livre vous glace les sangs. Au second, ça va un peu mieux… Mais je termine tout de même glacée car à un moment donné, mon second degré s’est fait la malle (sur le final).

Verdict ? Un livre aussi bon, aussi fort et brassé avec autant de talent ne se déguste qu’avec sagesse.

(1) Jeranjou avait utilisé cette image qui m’avait fait beaucoup rire et je l’ai reprise (sa phrase était « Sauter d’un Agatha Christie à un Jim Thompson relève de l’ascension de l’Everest, en espadrille et sans entrainement »).

(2) Jeranjou, toujours lui, avait écrit une belle critique en comparant ce livre à du chocolat noir (« au-delà de 65 % de cacao, amer et long en bouche, à déguster à petite dose, [ce qui] correspond évidemment à notre fameux polar »).

Livre participant aux Challenges « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), à « La littérature fait son cinéma – 3ème année » de Kabaret Kulturel et au « Challenge US » chez Noctembule.

« The Killer Inside Me » est un film américano-britannico-canado-suédois réalisé par Michael Winterbottom, basé sur le livre du même nom de Jim Thompson. Il est sorti en salles en 2010. Avec Casey Affleck et Jessica Alba.

Autres couvertures :

Moisson Rouge : Dashiell Hammet

Titre : Moisson Rouge

Auteur : Dashiell Hammet
Édition : Folio Policier

Résumé :
Depuis quarante ans, Elihu Willsson règne en maître absolu sur Personville, petite cité minière du Montana. Pour contrer l’agitation syndicale, il a fait appel à des gangsters qui ont pris le contrôle de la ville.

Scandalisé par cette situation, son fils Donald engage un détective, le Continental Op, mais est assassiné peu avant l’arrivée du privé. Celui-ci, après avoir démasqué le meurtrier, décide par loyauté envers son client, de « nettoyer » la ville.

Premier du genre, ce livre, publié d’abord en feuilleton dès 1927, constitue l’archétype du roman noir.

Hammett impose une nouvelle forme d’écriture objective et traite de la vie sociale avec une extrême violence. Personville – et son alliance entre les hommes de pouvoir et la pègre – est un microcosme des États-Unis à l’époque de la prohibition.

Créant un thème repris depuis par de nombreux romanciers, le Continental Op, enquêteur anonyme favori de l’auteur, se retrouve seul contre tous. Une expérience dont il sortira brisé.

Critique :
« La Moisson rouge » ? Une nouvelle méthode pour vendanger ? Non, nous sommes dans la mythique « Série Noire », faut du crime… à moins qu’on n’ait moissonné les vendangeurs dans la foulée. Oh, j’y suis : le livre parle un carnage lors d’une réunion des caciques du parti socialiste Belge ! Non ?  Alors, qu’est-ce que c’est que cette moisson rouge ?

Oh, ça y est ! Le Standard de Liège qui a raflé toutes les compétitions de foot ? Oups, impossible, la « Série Noire » ne s’occupe pas de science-fiction… (seuls les Belges comprendront la blague mais je peux l’expliquer par MP).

Alors, quoi-t’est-ce ?

C’est l’histoire démente d’un détective privé qui est appelé dans la charmante et plaisante Poisonville, gangrénée par la pègre parce que Elihu Wilsson, qui détenait, entre autre, les industries minières et une banque,  a engagé des briseurs de grève pour faire rentrer son personnel dans le rang.

Hélas pour lui, il n’était plus le chef, les gunmen régnaient sur la ville, l’ayant dépouillé de son titre de calife. Le fils étant scandalisé par le comportement de son géniteur, a fait venir un privé. Pas de chance, le fiston est refroidi.

Alors notre détective de l’agence Continental de San-Fransisco va quand même jouer au Monsieur Propre et tenter de nettoyer les écuries d’Augias en montant, non pas les chevaux, mais les truands les uns contre les autres.

Faut les aspirines, parce que les ramifications sont nombreuses, vu que tout le monde mange à tous les râteliers et que chacun retourne sa veste. La police ? Tous des vendus ! Notre privé à du pain sur la planche et va devoir ruser, manipuler, mentir, jouer avec les égos afin que tout le monde s’entretue. Sans qu’il ne s’en émeuve, en plus.

Cette immersion dans les États-Unis des années vingt où les bootleggers sont les rois (suite à la prohibition de l’alcool) ne vous laissera pas indifférent. Jusqu’où peut-on aller pour faire régner la justice ? Peut-on utiliser ce genre de méthode un peu borderline pour liquider les truands ?

La violence est omniprésente, bien que sans trop de détails, mais on termine la lecture avec sacré un tas de cadavres. C’est le moment d’acheter des actions dans les pompes funèbres. Le seul secteur qui ne dépérit pas…

Et comment fait-on le nettoyage ? On commence avec un prélavage et les premières saletés tombent comme des mouches, on injecte le produit de lavage qui commence à effacer un bon nombre de taches, le rinçage n’est pas triste, le sang coule à flot… Pour ce qui est de l’essorage, la sulfateuse entre en action et ça dézingue de partout.

Un truc de fou ! Allez, je vais compter les cadavres… Un, deux, trois, oh, arrêtez de bouger,… seize ! Non, l’empilement est trop important, on ne s’y retrouve plus. Il doit y en avoir beaucoup plus.

Notre privé, c’était lui aussi le fiston de Machiavel, « divisez-les pour les séparer afin qu’ils s’annihilent eux-mêmes », par contre, il devait avoir un sacré bon ange gardien pour s’en sortir sans une égratignure.

A découvrir…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).

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Sacré : Dennis Lehane [Kenzie & Gennaro 3]

Titre : Sacré                                                        big_5

Auteur : Dennis Lehane
Édition : Payot et Rivages (2003)

Résumé :
Des détectives privés kidnappés en plein jour, voilà qui n’est pas banal ! C’est pourtant la mésaventure dont sont victimes Patrick Kenzie et Angela Gennaro dans une rue de Boston.

Deux costauds patibulaires, vite surnommés Culbuto et Le Zombie les ayant pris en filature, le tandem se sépare pour les piéger et… se fait surprendre. Leurs ravisseurs les conduisent chez Trevor Stone, un nanti dont le cynisme n’a d’égal que la fortune colossale : plus de deux milliards de dollars !

Pourtant, rien ne va plus. Sa femme a été assassinée il y a quelques mois, lui-même est atteint d’un cancer et sa fille, la ravissante Desiree, reste introuvable.

Déjà, un premier enquêteur, parti à sa recherche, n’a plus donné signe de vie. Pour contraindre Patrick et Angela de s’y coller, Stone leur propose une forte somme.

De premiers indices les conduisent dans les bureaux du centre de SOS Détresse, mais ils devront aller jusqu’en Floride pour débrouiller l’écheveau des relations familiales de la famille Stone.

Petit plus : Un peu moins noir que « Un dernier verre avant la guerre » et « Ténèbres, prenez-moi la main », ce troisième épisode des aventures du tandem Kenzie-Gennaro ravira tous ceux qui adorent les histoires de privés.

Action, mystère, rebondissements, poursuites, plongée au cœur d’associations qui plument les gogos, chasse au trésor, tout y est, avec une bonne dose d’humour et quelques cadavres pour corser le menu.

Critique :

Les Grands Manitous de Babelio sont incorruptibles ! Malgré les millions d’euros posés sur la table, ils ont refusé mon changement de pseudo sous prétexte que celui que je voulais prendre était déjà pris : « Lehane-Fan » est indisponible et je ne puis le prendre, ce pseudo.

– N’insistez pas, m’ont-ils répondu sans même baver devant les liasses de billets de 500€ qui débordaient de la table, s’entassant à même le sol.
– « Lehane-Addict », je peux ? Ou « Lehane-Ma-Came », c’est toléré ? leur demandai-je fébrilement tandis que mon Parrain récupérait l’argent.
– Absolument.

Et oui, je suis devenue une inconditionnelle de Denis Lehane (je sens que Jeranjou est en train de danser la gigue), de son style d’écriture, de ses atmosphères et surtout de ses deux détectives, Patrick Kenzie et Angie Gennaro.

Bien des passages m’ont fait sourire, rire, pouffer de rire, les réparties ou les pensées de Kenzie étant un must pour ceux qui aiment l’humour qui ne vole pas toujours très haut. J’aurais pu vous en citer plein sur Babelio, mais bon, j’en aurais eu beaucoup trop…

De plus, cette enquête, c’était coup de pied ou cul sur coup de pied au cul. Waw.

Au moment ou vous pensez « blanc », et bien, c’est « noir », paf, coup de pied au cul. Le haut est en bas, le bas est en haut et comme disait mon médecin préféré, le Docteur House « Tout le monde ment ! ».

Bon, on est en bien dans le vrai, là ? Re-paf, coup de pied dans les fesses. Et encore un, et tiens, prends-le.

400 pages de pur bonheur et de rebondissements, le roman étant moins sombre que « Un dernier verre avant la guerre » et « Ténèbres, prenez-moi la main » (qui viennent tout deux avant celui-ci).

Les personnages sont au top, que ce soit du côté de nos deux détectives, avec Angie qui ne va pas bien, ou du côté des autres. Trévor Stone mérite une médaille et sa fille, la pauvre petite qui a disparu, et bien, on remuerait bien la terre pour elle.

Surtout que sa fille, elle est bêêêlle ! Vachement bêêêêlle. Belle comment ? Et bien, je dirai comme avait écrit Frédéric Dard « Elle était belle à faire tourner la tête d’un intégriste musulman à l’heure de la prière ». C’est vous dire.

Autre atout du livre ? Les salauds sont des vrais salauds et qui dit « méchants » réussis, dit « livre super » parce que un mauvais qui est raté, ben, c’est toute la sauce qui tourne à l’aigre et qui ne prend pas.

De ce point de vue là, Lehane nous soigne au petit poil, on boit son petit lait et on déguste la volée de pruneaux qui part parfois dans tous les sens.

Le scénario est béton et on va de surprise en surprise. Le couple de détectives aussi.

Bon, je dois réparer mon erreur et lire le tome 2 ! Quant à vous, lisez Lehane, si ce n’est déjà fait.

Titre participant au challenge « Thrillers et polars » de Liliba.

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Zulu : Caryl Férey

Titre : Zulu                                                                big_4

Auteur : Caryl Férey
Édition : Folio Policier

Résumé :
Enfant, Ali Neuman a fui le bantoustan du KwaZulu pour échapper aux milices de l’Inkatha, en guerre contre l’ANC, alors clandestin. Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu’elles lui ont fait…

Aujourd’hui chef de la police criminelle de Cape Town, vitrine de l’Afrique du Sud, Neuman doit composer avec deux fléaux majeurs : la violence et le sida, dont le pays, première démocratie d’Afrique, bat tous les records.

Les choses s’enveniment lorsqu’on retrouve la fille d’un ancien champion du monde de rugby cruellement assassinée dans le jardin botanique de Kirstenbosch.

Une drogue à la composition inconnue semble être la cause du massacre. Neuman qui, suite à l’agression de sa mère, enquête en parallèle dans les townships, envoie son bras droit, Brian Epkeen, et le jeune Fletcher sur la piste du tueur, sans savoir où ils mettent les pieds…

Si l’apartheid a disparu de la scène politique, de vieux ennemis agissent toujours dans l’ombre de la réconciliation nationale…

Critique :

Ma petite virée en Afrique du Sud avec l’agence de voyage Férey s’est soldée par une envie folle de ne jamais y mettre les pieds,‭ ‬comme en Nouvelle-Zélande,‭ ‬d’ailleurs.‭ ‬Grâce à lui,‭ ‬je raye des pays entiers de la carte.

Une fois de plus,‭ ‬grâce à cet auteur,‭ ‬je termine une lecture exsangue,‭ ‬essoufflée,‭ ‬dégoûtée‭ (‬pas de l’auteur‭) ‬et avec l’impression que je suis seule,‭ ‬tout le monde étant raide mort tout autour de moi…

Férey,‭ ‬c’est la lecture coup de poing ou coup de pied au cul;‭ ‬Férey,‭ ‬ce sont les cadavres disséminés un peu partout dans les pages;‭ ‬Férey,‭ ‬se sont les policiers un peu borderline dont les veines et tout le corps charrient la souffrance à l’état brut, Ali Neuman étant le parfait prototype, lui qui a fui le bantoustan du KwaZulu pour échapper aux milices de l’Inkatha, en guerre contre l’ANC, alors clandestin.

Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu’elles lui ont fait… C’est vous dire toute l’horreur !

Férey,‭ ‬c’est une entrée en matière canon,‭ ‬directement dans le bain…‭ ‬de sang.‭ ‬Violences,‭ ‬assassinats,‭ ‬tortures,‭ ‬bref,‭ ‬tout ce que l’homme peut offrir de pire,‭ ‬tout ce qu’un régime totalitaire ou des mercenaires ont à vous offrir ‭ ‬:‭ ‬la mort dans d’atroces souffrances et si vous vivez,‭ ‬c’est dans un état… infernal.

Férey,‭ ‬il nous parle des ethnies,‭ ‬des minorités,‭ ‬qu’elles soient maories ou zoulous.‭ ‬Une visite d’un pays comme vous n’en auriez jamais fait de votre vie.

Férey,‭ ‬il ne survole pas les personnages ou les lieux,‭ ‬il les pénètre et vous le suivez dans l’enfer.

Bien que j’ai une nette préférence pour‭ « ‬Haka »‬,‭ ‬j’ai passé un bon moment de lecture avec Zulu‭ (‬si on peut dire ça ainsi‭)‬. D’ailleurs, j’ai dû réviser mon Histoire de l’Afrique du Sud, sinon, j’aurais été perdue.

Quel livre,‭ ‬quelle descente en enfer.‭ ‬On a beau se dire que c’est une fiction,‭ ‬les faits ne sont pas inventés,‭ ‬les problèmes politiques, ethniques, sécuritaires,… de l’Afrique du Sud sont réels et on nous met le nez dedans.

Sueurs froides garanties…‭ « ‬Plus jamais ça ‭ ! » ‬qu’ils disaient.‭ ‬Tu parles ‭ !

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » ‬et on ne le répétera jamais assez.

Il ne me reste plus qu’à m’envoler pour l’Argentine avec lui…‭ ‬non,‭ ‬pas tout de suite,‭ ‬un peu de lecture jeunesse me fera le plus grand bien.

Si tu aimes les romans noirs très noirs‭‬,‭ ‬lis « Zulu ».‭ ‬

Si tu n’as pas peur de ce que tu pourrais découvrir sur l’être humain…‭ ‬Lis Zulu !

Si tu n’as pas peur de t’immiscer dans une Afrique du Sud post Mandala, post apartheid, post guerre des Boers, totalement corrompue et plus qu’infectée par la violence, la drogue, les meurtres, le sida, plus d’autres trucs louches… Lis Zulu !

Sinon,‭ ‬voilons-nous la face.

Critique publiée dans le cadre du challenge « Thrillers et polars » organisé par Liliba.

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