Le brouillard tombe sur Deptford : Ann Granger [Lizzie Martin & Ben Ross – Tome 6] – Par Dame Ida

Titre : Le brouillard tombe sur Deptford [Lizzie Martin & Ben Ross – Tome 6]

Auteur : Ann Granger
Édition : 10-18 (04/05/2017)

Intro (par Ida): Une bourgeoise est retrouvée le crâne défoncé et accessoirement morte dans un terrain vague et forcément immonde du quartier de Deptford.

Ce n’est pas ce soir que l’inspecteur Benjamin Ross et son adjoint Moriss pourront rentrer chez eux, après une longue journée passé à Cambridge pour une autre affaire !!!

Parce que le chef de la police de Deptford soi-disant en sous-effectif avait d’autant plus besoin que quelqu’un se coltine ce boulot à sa place qu’il promettait d’être délicat et casse-gueule…

Ne croyez pas que son épouse, Lizzie Martin épouse Ross soit en reste… Ann Granger a fait ce qu’il fallait pour que l’un et l’autre courent après le même lièvre comme à l’accoutumée.

Résumé (par Ida) :
Or donc Ben Ross qui se réjouissait de pouvoir enfin rentrer dîner avec sa femme après sa longue journée de procédure à Cambridge, se voit réquisitionné au moment de partir pour aller sur les lieux de la découverte d’un cadavre, celui d’une femme bien nourrie, bien habillée gisant dans la boue d’un terrain vague.

Un peu plus tôt dans la journée Lizzie était allée prendre le thé avec son obèse tante Parry que son médecin a refilé à un confrère pour qu’il la mette au régime. Un véritable drame victorien au cours de laquelle, Lizzie va croiser la fiancée d’un neveu de Tante Parry, devenu représentant à la Chambre…

Or le frère de la dite fiancée semble s’enfoncer dans de sombres affaires de dettes de jeux qui risquent d’embarrasser la réputation de son futur époux qui doit rester sans tâche.

Et dieu sait qu’avoir un beau-frère qui a des dettes de jeux est le genre de scandale qui doit contraindre un homme politique à la démission…

La fiancée implore l’aide de Lizzie pour convaincre son frère d’aller humblement demander de l’aide à leur père afin qu’il règle ses dettes et que son frère cesse de lorgner sur son héritage…

Or, le lendemain, la bonne d’une certaine usurière de Deptford vient annoncer la disparition de celle-ci au poste de police, et reconnaît de cadavre la veille comme celui de sa patronne… et le frère de la fiancée du neveu de tante Perry comme le dernier visiteur de sa maîtresse !

Évidemment le gandin proteste de son innocence ! Et voilà, bingo la boucle est bouclée !

Voici Lizzie et Ben à nouveau réunis dans une ténébreuse affaire. L’un devant trouver le coupable d’un meurtre et l’autre veiller à protéger la fiancée du neveu de sa marraine d’un scandale qui pourrait empêcher le mariage tant attendu !

Critique (réalisée par Ida) :
J’ai eu un drôle de pré-sentiment en découvrant le volume, ou du moins le titre de celui-ci. En effet, j’étais habituée à des titres plus mystérieux et poétiques de la part de l’auteur.

Depuis « Un intérêt particulier pour les morts », et avec « La curiosité est un défaut mortel », j’avais toujours apprécié l’originalité des titres des romans de cette série.

Et là… Ce titre qui relève de la simple banalité d’un communiqué météo m’a paru tomber un peu à plat…Bof…

Je n’allais pas m’arrêter à si peu ! Les aventures de Lizzie et Ben, personnages sympathiques, dans une atmosphère victorienne par ailleurs toujours bien rendue par l’auteur devaient suffirent à mon ravissement…

La magie a presque opéré cette fois ci encore… Oui… je dis bien presque.

Parce que cette fois ci le roman me semble pécher quelque peu…

D’une part, parce qu’il peine à se mettre en route. L’intrigue n’est clairement posée qu’au terme du premier tiers du roman, ce qui dans un roman de 260 pages confine à un démarrage plutôt poussif.

Et généralement qui dit démarrage longuet dit souvent dénouement (proportionnellement) précipité…

Ensuite… Une chose m’a profondément gênée.

Ce roman a un parfum de déjà lu assez entêtant qui vous assaille dès les trente premières pages et reste là, bien tenace, jusqu’à ce l’affaire soit déjà très avancée, c’est à dire suffisamment pour que soient définitivement écartés les soupçons de plagiat que ne pouvait manquer d’avoir une lectrice de la série d’Anne Perry mettant en scène le couple Pitt, lui-même également composé d’une jeune femme de bonne famille mariée à un inspecteur de la police londonienne.

Car en effet, l’une des premières aventures du duo Pitt d’Anne Perry porte justement sur une affaire de meurtre d’usurier qui aime à faire chanter ses clients, dont un proche du couple…

Et si le fait qu’Ann Granger se soit inspirée d’Anne Perry pour créer un duo assez similaire échappait au parfum du plagiat parce que sa narration y était plus légère, je trouve extrêmement maladroit qu’Ann Granger ait également réutilisé comme intrigue de roman, une intrigue déjà utilisée par Anne Perry pour son jeune couple victorien.

Je dois avouer que cela m’a profondément perturbée et dérangée pendant toute ma lecture.

Si le Londres victorien est toujours au rendez-vous, et si Lizzie et Ben me sont toujours aussi sympathiques…

C’est leur créatrice qui l’est aujourd’hui nettement moins à mes yeux.

Si elle veut faire du couple Ross une copie du couple Pitt… le mieux serait tout de même qu’elle évite de leur écrire des aventures qui se ressemblent ne serait-ce qu’un peu ! Elle évolue avec ce couple là, sur une crête instable qui mériterait plus de prudence.

Impossible pour moi de noter les qualités intrinsèques de ce roman. Pas de cotation « sherlocks » aujourd’hui…

Juste un carton rouge. Parce que là, il y a faute… Et pas qu’un peu.

PS : La tenancière du blog rappelle à ses aimables abonnés ou autres, que l’inestimable Ida n’est pas rémunérée pour la rédaction de ses chroniques littéraires chez Cannibal Lecteur. Ni en argent, ni en nature, ni en poste de travail hautement rémunéré pour ne rien faire !!

Code 1879 – Les enquêtes du généalogiste : Dan Waddel

code-1879-dan-waddel-rouergue-noir

Titre : Code 1879 – Les enquêtes du généalogiste

Auteur : Dan Waddell
Édition : Actes Sud Babel Noir (2012) / Rouergue Noir

Résumé :
Le cadavre d’un homme poignardé et amputé des deux mains vient d’être découvert, abandonné dans un cimetière de l’ouest londonien.

Lors de l’autopsie, l’inspecteur Grant Foster remarque, gravée au couteau dans la peau de la victime, une inscription énigmatique pour l’interprétation de laquelle il fait appel à Nigel Barnes, généalogiste professionnel.

Alors qu’un deuxième corps est identifié comme étant l’œuvre du même assassin, leurs recherches vont les plonger dans les bas-fonds du Londres victorien et les conduire dans les méandres obscurs d’une affaire criminelle de la fin du XIXe siècle qui semble liée aux meurtres. Si leur intuition se confirme, d’autres victimes sont à redouter…

Atmosphère brumeuse, suspense et humour assurent la réussite de ce premier volet d’une série originale qui interroge le passé pour mieux démasquer les monstres de notre temps.

code-1879-dan-waddel-babel-noirCritique :
Qui suis-je ? Où vais-je ? D’où viens-je ?

Certes, on vient tous et toutes du ventre de notre mère, mais si nous voulons en savoir plus sur nous-même, nous devrons peut-être nous pencher sur nos ancêtres et de ce fait, s’intéresser à la généalogie.

La généalogie est un passe-temps très populaire. Le troisième sur Internet. Après le porno et les placements privés.

Mais qui aurait pu croire que pour résoudre des meurtres, il allait falloir s’y plonger de très près ?

Sûrement pas l’inspecteur Grant Foster ! Et pourtant, s’il veut résoudre ses meurtres du présent, il va devoir plonger dans le passé et remonter, sans la DeLorean, en 1879.

Si le départ est un peu lent, ensuite, on attrape sa vitesse de croisière et on alterne les chapitres avec les policiers chargés de l’enquête (Foster et sa jolie collègue Heather Jenkins) ou avec le généalogiste Nigel Barnes, chargé par Foster de trouver la signification de l’inscription gravée au couteau dans la peau des cadavres retrouvés.

Pénétrer à pas feutrés dans l’univers des généalogistes est très intéressant, même si vous ne devez pas faire de bruit dans la grande salle des recherches et manipuler certaines anciennes éditions avec prudence, sans mouiller le bout de vos doigts (manie que je ne possède pas, ouf).

Une fois dans la salle de lecture, Nigel fut assailli par l’odeur familière, riche, presque écœurante, du papier fatigué et vieillissant. S’immerger dans les recueils des journaux lui donnait l’impression d’emprunter un passage vers le passé.

L’écriture est classique, rien de neuf sous le soleil, mais l’enquête qui a un pied dans le présent et dans le passé est remplie de mystère et de suspense, sans oublier de vieilles ruelles des bas-fonds londoniens pleines de fog.

Il avait emprunté les escaliers de Baker Street, la peur au ventre. L’arrivée et le rugissement du train, le fracas de la vapeur lorsqu’il s’était arrêté, tout cela avait failli lui faire remonter les marches à toutes jambes ; mais il avait résisté.

Bien avant l’ami Jack, il y avait eu un autre qui maniait le couteau à la sortie des pubs et vous le suivrez avec prudence lors de ses maraudes sanglantes… Qui était-il et qui le copie de nos jours, ça, faudra attendre un petit peu…

En plus de passer du bon temps avec des personnages intéressants et travaillés, d’avoir une enquête qui chevauche deux époques, un scénario qui se tient, on apprend des petites choses sur la généalogie et sur l’origine de certains noms de familles.

Sans doute pas le roman de l’année, mais un bon moment de lecture, du plaisir, du fog, du sang, des cadavres et du mystère. What’else ?

Ce n’est pas le premier Dan Waddel que je lis et « La moisson des innocents », avec l’inspecteur Foster, était un roman noir profond.

Ici, nous sommes face à du roman noir aussi en raison du contexte social du Londres de 1879 dans ce qu’il avait de plus misérable comme quartiers. Mais la profondeur en moins.

Une très agréable lecture et un final qui m’a fait serrer les dents, les fesses et tout ce que je pouvais serrer !

« Quiconque essaie d’oublier le passé a un cadavre enterré à la cave ».

Étoile 3,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

La liste des sept : Mark Frost [LC avec Stelphique et Ju Lit Les Mots]

Liste des Sept - Mark Frost

Titre : La liste des sept

Auteur : Mark Frost
Édition : Pocket (1999) / 10-18 (2016)

Résumé :
Un jour de Noël 1884, à Londres, un jeune médecin nommé Arthur Conan Doyle est convoqué à une séance de spiritisme.

Il est lui-même un spécialiste de l’occulte, ayant écrit un roman sur le sujet, inspiré des écrits très mystiques de Madame Blavatsky. À la suite de cette séance, Doyle est en danger de mort, son appartement est incendié, sa voisine russe assassinée !…

Un agent très spécial de la Reine vient à son secours et lui explique que son propre frère, qui a tué père et mère, s’est ligué avec quelques personnages éminents pour placer sur le trône d’Angleterre une réincarnation du diable.

Or ces 7 conjurés sont les membres du conseil d’administration de la maison d’édition qui doit publier le roman de Doyle. Une histoire ébouriffante, pleine de violence, de visions effrayantes, de suspense, de rebondissements où l’auteur introduit le lecteur dans l’univers sombre du crime de l’Angleterre victorienne.

Petit Plus : Mystère, action, suspense, amour et amitié, ce roman, à la manière des aventures de Sherlock Holmes avec un zeste d’Umberto Eco, est un grand divertissement.

The list of seven - Mark FrostCritique :
Pour cette LC en triumvirat, on s’était laissée tenter par la proposition de Collectif Poalr. Alors, verdict ?

Je ne suis pas opposée au fait que l’on réécrive le canon holmésien dans un roman et que l’on change des points importants comme la personne qui inspira le personnage de Sherlock Holmes.

Ma foi, on peut violer le canon holmésien si c’est pour lui faire de beaux enfants (citation de Dumas mise à la sauce adéquate).

Hors, ici, j’ai l’impression que le canon holmésien s’est fait monter dessus par le Da Vinci Code, Harry Potter, Indiana Jones et James Bond. Après, d’autres lui sont passé dessus en long, en large et en travers, notamment la Malédiction de la Momie en version Walking Dead pour ne citer qu’eux.

De cette partouze livresque, il n’est sorti rien de bon.

Pour résumer, on a du sous Da Vinci Code avec ses réflexions ésotériques, ses pensées philosophiques à deux balles et un rapide procès à charge sur la religion catho qui n’a même pas droit à un avocat pour assurer sa défense (les droits de l’accusé sont bafoués).

De notre Harry Potter, il n’est resté que la locomotive de la voie 9 3/4 et les gardiens d’Azkaban en version moins éthérée.

Quand à Indiana Jones (sans fouet et sans chapeau) on a un truc qui ressemblerait aux Aventuriers du Canon Holmésien Perdu dans le Temple Maudit de la Dernière Croisade Au Service Secret de Sa Majesté.

Que ce Conan Doyle de fiction ait pris pour modèle un certain Jack Sparks pour nous inventer son Sherlock Holmes, je suis pour. Sparks en a la force de caractère, il traque les criminels et possède des fiches sur eux, a un certain sens de la déduction, sait se déguiser, se pique à la cocaïne et joue du violon (en fait, on pourrait dire que c’est l’auteur qui s’est inspiré du personnage de Holmes pour son Sparks).

Qu’il lui arrive des tas d’aventures mélangeant du Indiana Jones et du Bond, le tout servi à la sauce fantastique, ça commence à coincer grave (surtout sans vaseline)… Au Grand Complot Satanique, là, j’ai sauté du train en marche.

Aucune cohérence, des événements fantastiques qui n’ont pas l’air d’émouvoir notre Conan Doyle, même après la dévastation de son appart par une explosion ectoplasmique.

Nos personnages, poursuivis par des créatures non vivantes, découvrent un passage secret et une locomotive en état de marche sous terre, qui les ramènera à Londres, mais pas sur la voie 9 3/4… Et j’en passe des bien pires.

Niveau Graaand Méchant, il n’a pas l’étoffe d’un salopard genre Ramsay Snow-Bolton (GOT, pour les absents) mais on se doute qu’il donnera naissance au personnage littéraire de Moriarty.

Et à la fin, on croise un bébé qu’on aurait envie de jeter dans les chutes de Reichenbach mais qui à l’avantage de « clore » l’affaire car nous savons QUI il est et ce qu’il fera. Mais de cette manière, on l’absout des horreurs qu’il mettra en place au siècle suivant et là, je coince encore plus.

Anybref… On a mélangé des ingrédients fantastiques, policiers, des personnages réels (Conan Doyle et Bram Stoker) et de fictions, des tas de trucs disparates qui donnent au final une soupe indigeste qu’on avale parce qu’il faut bien étant donné que les copines de la LC boive le même vin jusqu’à la lie.

Un vrai ragoût insipide aux relents fantastiques un peu trop exagérés pour être crédibles, le tout assorti d’une sauce hollywoodienne avec des retournements de situation toutes les dix pages et des créatures des enfers tous les chapitres pour nous donner un Gros Complot Mondial ET Satanique. Bla-bla-bla…

Chez Harry Potter, ça passe, dans Indiana Jones aussi, chez James Bond pareil, mais faut dire aussi que l’écriture et les scénarios étaient plus relevés que ce qu’on tente de nous faire avaler ici.

Le créateur de Twin Peaks a voulu mélanger les genres et trop d’imagination tue l’imagination et surtout le roman.

Si j’ai un meuble à caler…

Étoile 1

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, Le « Challenge US » chez Noctembule, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, Challenge British Mysteries chez My Lou Book, RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et « A year in England«  chez Titine.

cropped-feec-saupoudre1

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :
Nous avions vu l’article chez Collectif Polar, qui en vantait les mérites, et au vu de ses impressions et son synopsis, j’étais vraiment tentée, mais là, petite proposition de LC de la part de Ju, qui veut faire un plan à 3, et Belette d’accepter…

Voilà comment on se retrouve sur cette lecture, après beaucoup de MP en coulisses, et d’organisations journalières en LC Trinominale….*Ouais je sais, il existe même pas ce mot !!!! Mais Est-ce important ?*

Synopsis :
Qui veut la peau d’Arthur Conan Doyle ? En quelques jours son appartement est dévasté par une explosion ectoplasmique, sa voisine est assassinée et lui-même manque de se faire dévorer par une espèce de gargouille gothique ! Voilà qui dépasse l’entendement du brave Claude Leboux, un inspecteur de Scotland Yard peu habitué à combattre les puissances des ténèbres. Pour Jack Sparks, en revanche, tout ceci est très clair, élémentaire même…

Mais peut-on faire confiance à un individu qui sort d’un asile d’aliénés, consomme de la cocaïne et affirme recevoir ses ordres de la reine Victoria ?

Mystère, action, suspense, amour et amitié, ce roman, à la manière des aventures de Sherlock Holmes avec un zeste d’Umberto Eco, est un grand divertissement.

Les personnages :
Je ne pourrais tous les nommer, tellement il y en a une pelletée…. Tous oubliés d’ailleurs, à la fermeture de ce livre….

Ce que j’ai ressenti:….Un ennui, mais un Ennui d’une force……
Je tenais à dire que ce genre de livres c’est vraiment mon petit plaisir, habituellement… Tout ce qui touche à l’ésotérisme, au fantastique, la Magie, c’est vraiment un petit péché mignon que j’aime à lire à l’occasion avec plaisir….

Mais là, je ne sais pas ce qu’il s’est passé ou pas passé d’ailleurs, je suis restée à coté, mais, TOUT le long… Je me disais « Allez force toi un peu, tes collègues l’ont déjà fini » (ah oui, parce que dans le genre escargot, je les ai fait attendre, peuchère :()….

Et comme on ne dévoile pas nos impressions « en cours » pour ne pas s’influencer, je croyais qu’elles étaient à fond, vu la vitesse à laquelle elles l’ont lu….. (pfff, je me marre maintenant…).

« Il vaut mieux passer pour un imbécile en se taisant que de dissiper le doute en ouvrant la bouche. »

On va dire que tant que ce n’était que Doyle, et sa vie réinventée, ça allait….. Mais c’est dans la suite des évènements que j’ai décroché… Trop de rebondissements et de situations non vraisemblables…

Trop de personnages qui viennent se greffer, (et je crois que j’ai failli vomir en voyant arriver le Bram Stoker)…. Trop, c’est trop…. Faut arrêter au bout d’un moment…

Déjà qu’il faut ingérer le coté fantastique, la touche d’époque et les agissements malsains, en plus on nous colle de la philosophie à deux francs, qui sorties de leur contexte pourraient être intéressantes, mais là, comme elles interviennent, ça va pas…. Enfin, c’est trop pour moi….

« Nous n’avons pas conscience que nos idées, nos sentiments ne sont pas réellement les nôtres, sinon comment pourrions nous jour après jour répéter des simulacres, nous plier à des rites qui nous stérilise au lieu de nous vivifier? »

J’ai mis une plombe à le finir, je me suis vraiment forcée car je suis en LC, mais sinon sans cet impératif, dès les premières pages je l’aurai laissé tomber…

J’ai bien conscience que ce livre pourrait plaire à certains lecteurs, mais moi, je suis complètement passée à coté. C’est le genre de livres qu’on aime ou qu’on déteste, le mieux c’est que chacun s’en fasse son propre avis…

« Il est plus facile d’éviter le premier pas sur le chemin de la ruine que de résister aux milliers d’autres qui suivent inéluctablement. »

fee clochette fachee

Ju lit les motsAvis de Ju Lit Les Mots : J’ai repéré ce bouquin, sur le blog de Collectif Polar qui en parlait tellement bien que j’ai immédiatement eu envie de le lire et comme Stelphique en avait envie et que chez le Cannibal lecteur le bouquin prenait la poussière, j’ai émis une drôle d’idée !

A force de voir le plaisir (haha) livresque qu’elles prenaient à faire leur lecture commune, je me suis dis que moi aussi j’avais envie de goûter à ce plaisir !

*********  Avis   *********

Malgré un début prometteur, au bout de 60 pages j’ai vraiment commencé à m’ennuyer ferme, mais je me disais « Na » c’est juste une mauvaise impression ça va décoller…

Trop d’imagination tue l’imagination. Tout est dans l’excès…

« N’oubliez pas ceci : quand le chemin vous semblera impraticable, quand vos espoirs seront anéantis, quand la mort elle*même paraîtra imminente, vous n’aurez d’autre solution que de raser la montagne. C’est ainsi, et ainsi seulement, que vous pénétrerez dans le nouveau pays… »

Au départ je pensais lire un roman d’aventure de Sherlock Holmes, je me suis retrouvée dans un mélange entre l’exagération du film Alice aux pays des Merveilles et les aventures de Harry Potter ! Bref, trop de rebondissements qui n’apportent rien, qui brouillent les pistes et embrouillent le lecteur…

Un rebondissement, toutes les  trois pages avec des meurtres, des morts vivants, un complot contre la royauté, des adorateurs d’une créature des Ténèbres, qui ne demande qu’à revenir dans le monde des vivants… On entre là dans une fiction complètement tarabiscotée (yes j’ai réussi à placer ce mot ).

« Un complot exige le secret; or la nature humaine étant ce qu’elle est, plus de gens s’en mêlent, moins le secret est préservé. »

Euhhh y a même une locomotive, en parfait état de marche ??? !!!! Grâce à laquelle les personnages se déplacent aussi facilement que si les voitures modernes existaient ! Et j’exagère à peine …

Désolée Geneviève, mais je me suis noyée dans un océan d’incompréhension ! Trop tiré par les cheveux pour moi…

 » L’enseignement spiritualiste est de la foutaise. Nous devons assumer dans ce monde la personnalité que nous possédons en naissant… »

J’ai bien failli laisser tomber ma lecture à plusieurs reprises, avec cette sensation que plusieurs écrivains s’étaient glissés dans la peau de l’unique auteur de ce roman, une surenchère d’évènements jalonnent la route de ces apprentis aventuriers qui ne savent même pas où ils vont.

Bizarrement, la toute fin amène une « certaine cohérence » à l’ensemble… dommage que ce livre soit aussi fouillis.

« Le génie du mal rôde dans ce monde et j’avais vécu sous son ombre. »

Dommage que cette fin « cohérente » donne une justification à une horreur historique qui pourrait en choquer plus d’un puisqu’on « donne » à cet homme une « excuse » pour les crimes de masse qu’il fera commettre au nom de son idéologie !

« Alors même que nous nous congratulons de notre raffinement, la misère et la souffrance accablent les hommes à un jet de pierre de ces fenêtres. Comment ne pas s’interroger ? Nos réussites comptent-elles pour rien si tant d’hommes ne peuvent encore en bénéficier ? Quelle valeur accorder à notre passage dans cette vie ? Quel héritage – si héritage il y a – notre époque lèguera-t-elle aux générations futures ? »

Bon j’ai pris mon pied avec avec cette lecture commune et bien rigolé aussi.

 

 

Toutes les vagues de l’océan : Víctor Del Árbol

Titre : Toutes les vagues de l’océan                                         big_5

Auteur : Víctor del Árbol
Édition : Actes Sud (2015)

Résumé :
Gonzalo Gil reçoit un message qui bouleverse son existence : sa soeur, de qui il est sans nouvelles depuis de nombreuses années, a mis fin à ses jours dans des circonstances tragiques. Et la police la soupçonne d’avoir auparavant assassiné un mafieux russe pour venger la mort de son jeune fils.

Ce qui ne semble alors qu’ un sombre règlement de comptes ouvre une voie tortueuse sur les secrets de l’histoire familiale et de la figure mythique du père, nimbée de non-dits et de silences.

Cet homme idéaliste, parti servir la révolution dans la Russie stalinienne, a connu dans l’enfer de Nazino l’incarnation du mal absolu, avec l’implacable Igor, et de l’amour fou avec l’incandescente Irina.

La violence des sentiments qui se font jour dans cette maudite “île aux cannibales” marque à jamais le destin des trois protagonistes et celui de leurs descendants.

Révolution communiste, guerre civile espagnole, Seconde Guerre mondiale, c’est toujours du côté de la résistance, de la probité, de l’abnégation que ce parangon de vertu, mort à la fleur de l’âge, a traversé le siècle dernier. Sur fond de pression immobilière et de mafia russe, l’enquête qui s’ouvre aujourd’hui à Barcelone rebat les cartes du passé.

La chance tant attendue, pour Gonzalo, d’ébranler la statue du commandeur, de connaître l’homme pour pouvoir enfin aimer le père.

Toutes les vagues de l’océan déferlent dans cette admirable fresque d’un xxe siècle dantesque porteur de toutes les utopies et de toutes les abjections humaines.

Critique : 
♫ Je vais et je viens entre… ♪

Non pas « entre tes reins » bande de coquins, mais « entre différentes époques » !

C’est cette phrase qui vient de tourner dans ma tête au moment de prendre le clavier pour pondre une critique pas évidente sur un roman qui m’a boulversifiée (néologisme offert).

Putain de roman ! Putain de fresque historique qui, comme une toile d’araignée, est vaste, ramifiée, mais où tout ramène en un seul point : Elías Gil, figure mythique du père, nimbée de non-dits et de silences.

Par contre, il vous faudra attendre la fin pour découvrir la toile dans son entièreté et savoir ce qui s’est passé en juin 1967, jour de la disparition d’Elías Gil, ancienne figure importante du communisme.

Le roman n’est pas résumable, trop dense, sachez juste que vous allez voyager dans les époques troubles, voguant entre les années 30 et 2002.

Vous suivrez Elías Gil, jeune espagnol, et ses trois compagnons dans la Russie des années 30, vous serez torturé et déporté avec d’autres prisonniers, qui, comme vous, ne seront coupables que d’avoir été au mauvais endroit ou d’avoir critiqué le pouvoir.

Violez, tuez, tant que vous le faites avec patriotisme. Mais ne dites pas du mal du pouvoir ou de la mère à Staline…

Pourquoi étaient-ils tous ici ? À cause des mines d’uranium, des exploitations minières, de la folie de quelques bureaucrates qui avaient besoin d’une grosse quantité d’esclaves pour coloniser la Sibérie. Le prétexte qui l’avait enchaîné à cette terre était sans importance.

Le pouvoir communiste a besoin de main-d’œuvre pour creuser un grand canal ou pour coloniser la Sibérie. Allez hop, déporté, affamé, humilié, vous serez. Le passage sur l’île de Nazino, surnommée ensuite « Cannibal Island » est un des plus terribles.

Ce qu’un humain est capable de faire pour survivre… Jusqu’à devenir comme celui que vous haïssez…

Parfois, il ne pouvait s’empêcher d’établir une comparaison avec Igor Stern et sa meute, et il pressentait qu’il était devenu tout ce qu’il haïssait.

Vous assisterez à l’arrivée de Franco au pouvoir en Espagne et vous ferez la guerre du côté des Russes, avant de revenir dans votre Espagne natale.

On voyage dans les époques, mais aussi dans les pays : Espagne, Russie, Sibérie et France.

Les personnages sont travaillés minutieusement : entre Gonzalo Gil, avocat et fils d’Elías, qui cherche à enquêter sur le suicide de sa sœur, son père, Elías, disparu quand le fils avait 5 ans, et dont il n’a plus beaucoup de souvenirs, sinon ceux qu’on lui a fait.

L’homme est-il bien comme son fils l’a toujours cru ? Sa soeur n’avait-elle pas raison lorsqu’elle avait dressé de lui un portrait au vitriol, se faisant répudier par sa père en même temps.

Le flic véreux, les truands, le pédophile, le salaud, la mafia russe… Tout ça s’imbrique avec un réalisme qui donne des sueurs froides. De plus, il est des silence tout aussi meurtriers, aussi lâches, aussi violents que certains actes innommables. Surtout lorsqu’on ne veut pas voir la vérité.

On ne s’ennuie pas, on frissonne, on a peur, on tremble devant les pages sombres de l’Histoire (une de celles dont on parle trop peu) et on se rend compte que les plus salauds ne sont pas toujours ceux désignés comme tels.

— Tu en appelais à l’éthique pour torturer et tuer, lui, il appelait cela simplement du pragmatisme. Il était convaincu de l’inévitable nature corrompue de l’être humain et toi tu cachais tout cela sous la répugnante théorie de l’idéalisme.

Au final, on est sonné, estomaqué, lessivé, lavé ! On a beau critiquer nos politiciens, les trouver véreux, se plaindre du système qui est mal foutu, mais ce n’est rien comparé au communisme de Staline. Rien au regard de ce qu’un système politique peut faire à ses compatriotes. Rien à côté de cet illogisme qu’était la pensée de ces hommes qui en ont déshumanisés d’autre.

[…] Il a été condamné pour trahison et envoyé dans un goulag en Sibérie. D’après les autorités russes, il ne s’était pas battu avec assez de conviction. Qu’il soit encore en vie était la preuve irréfutable de sa lâcheté. Il est resté onze ans en Sibérie.

Un tout grand roman noir qu’il vaut mieux aborder en toute connaissance de cause car il ne vous laissera ni de marbre, ni indemne. Gardez tout de même un Tchoupi à côté pour lire ensuite. On n’est jamais trop prudent…

— Ce qui les rend méprisables, ce n’est pas ce qu’ils font, c’est leur façon de faire, leur répugnant échafaudage de mots et de concepts absurdes, qui justifie et nettoie leur conscience. Voilà pourquoi derrière leur bureau et leurs rapports, ils peuvent devenir des tueurs.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015) et le mois Espagnol de Sharon.

BILAN - Minion Les bras m'en tombe - un putain de livre 2 OK

Au lieu-dit Noir-Etang… : Thomas H. Cook

Titre : Au lieu-dit Noir-Etang…                                  big_4

Auteur : Thomas H. Cook
Édition : Seuil (2012) / Points (2013)

Résumé :
Dans une petite ville de Nouvelle-Angleterre, en 1926, le jeune Henry découvre la relation adultérine qu’entretiennent deux de ses professeurs.

La solitude de M. Reed, marié et père de famille, l’intrigue ; tout comme le fascinent la beauté et le caractère passionné de Mlle Channing.

Henry va être le témoin complice et muet de la tragédie qui se noue au lieu maudit appelé Noir-Étang. Du coup, l’idéal de vie digne et conventionnelle que prône son père lui semble être un carcan.

« Peut-être que nous sommes tous limités,aussi tourmentés les uns que les autres par des amours conflictuelles, essayant, du mieux que nous le pouvons de trouver une place entre la passion et l’ennui, l’extase et le désespoir, la vie à laquelle nous ne pouvons que rêver et celle qui nous est insupportable ».

Il voit en eux « deux figures romantiques, des versions modernes de Catherine et de Heathcliff « . Mais l’adultère est mal vu à l’époque, et après le drame qui entraine la chute de Chatham School, le lecteur ne peut que se demander, tout comme le procureur : « Que s’est-il réellement passé au Noir-Etang ce jour-là ? »

Critique :
« Le mal contre lui-même se retourne » est une expression qui illustre bien ce roman noir que je viens de terminer, toute retournée. Sherlock Holmes avait raison, les sentiments, ça ne donne rien de bon !

Au départ, j’ai eu un peu de mal avec le roman, n’arrivant pas à m’immerger dans son histoire qui était aussi calme que la surface d’un étang… Mais tout le monde sait qu’il n’y a rien de plus traître que la surface calme d’un plan d’eau.

La surface de l’eau a commencé à clapoter, l’eau s’est agitée, comme si un monstre nageait sous sa surface, elle a commencé à bouillonner, se transformant en torrent boueux, nous donnant à la fin un tsunami qui balaiera tout sur son passage, nous laissant sans oxygène.

« Avec le temps, on oublie la douce exaltation qui nous saisit la première fois que l’on s’adresse à vous comme à un adulte. Moi, ce fut ce que je ressentis à cet instant-là : une douce exaltation, la sensation qu’une partie de mon enfance venait d’être arrachée et mise de côté, que l’homme en dessous recevait la permission de commencer à respirer tant bien que mal ».

Oui, le début du roman est lent, à tel point j’aurais presque souhaité qu’un cadavre tombe du ciel afin de réveiller tout le monde. Mais l’histoire prendra le temps de se mettre en place, nous présentant les différents protagonistes, les laissant se renifler, faire connaissance…

L’auteur est un malin, il sait comment capter l’attention et la curiosité de son lecteur en mélangeant le passé avec le présent : Henry, en 1926, qui nous raconte en direct ce qu’il voit dans la ville de Chatham; Henry, adulte, qui se souvient de toute l’affaire et Henry, vieux, toujours en train de ressasser cette histoire. Sans compter les extraits des minutes du procès…

Quel procès ? C’est ce que nous découvrirons durant la lecture, passant sans cesse d’une époque à l’autre.

Au bout d’une cinquantaine de pages, tel un poisson voyant un ver se trémousser au bout de son hameçon, j’ai été captivée, me demandant ce qui avait bien pu se passer dans cette foutue boite de cassoulet la nuit du 5 au 6… Pardon, je m’égare ! Qu’est-ce qui avait bien pu se passer dans cette foutue ville de Chatham ? Pourquoi un procès ?

Que s’est-il donc déroulé de si grave ? Henry a vu deux de ses professeurs se rapprocher un peu trop selon les convenances de cette époque et il fut un complice, témoin muet de ce qui ressemble fort à une future tragédie en devenir… Une sorte d’histoire dont on sent qu’elle sera plus tragique que celle de Catherine et Roméo ou d’Heathcliff et Juliette (vous composez les couples que vous voulez !).

« Ce fut à cet instant que je mesurai pour la première fois la profondeur de ce qu’ils en étaient venus à éprouver l’un pour l’autre. ça avait émergé lentement, graduellement, ça s’était construit de jour en jour, de parole en parole, de regard en regard jusqu’à ce que, finalement, ça brise la surface de leur éternel respect des convenances et flamboie irrésistiblement entre eux, transformant la moindre démonstration d’amitié en ruse d’amants ».

Pas moyen de le savoir avant d’aborder la page 300. C’est là que toute l’horreur va se mettre en branle, et lorsqu’on découvre quelle chose « insignifiante » cette tragédie est partie, on a envie de pleurer devant ce terrible gâchis.

L’enfer était pavé de bonnes et de mauvaises intentions… J’en ai eu des frissons alors que je lisait au soleil.

Un roman dont la fin est aussi sombre que son étang…

Une phrase me frappa à jamais : « La vie ne vaut d’être vécue qu’au bord de la folie ». Je me souviens qu’une exaltation farouche gonflait mon cœur à mesure que je lisais et relisais cette phrase dans ma chambre, et qu’il me semblait qu’elle illuminait tout ce que j’avais ressenti jusqu’alors. Aujourd’hui encore, je suis frappé de constater que nulles ténèbres n’avaient jamais surgi d’une flamme aussi vive.

« Au cours de toutes les années qui se sont écoulées depuis, j’ai connu mon lot de peurs, d’incertitudes et de peines, mais je ne crois pas les avoir jamais revues si entremêlées, la terreur si délicatement combinée à la douleur, la douleur si inséparablement liée à la détresse que, au final, l’impression donnée était celle d’être au comble de la peur, de l’angoisse et de la confusion. C’était ce que je percevais sur [son] visage. C’est ce que je vois toujours quand je repense à elle. C’était clair et éclatant. Elle portait toute la misère du monde sur ses épaules. N’importe qui l’aurait compris. Cela sautait aux yeux. Le seul mystère, c’était de savoir pourquoi son désespoir, si profond, si terrible, ne m’émouvait absolument pas ».

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), Le « Challenge US » chez Noctembule et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle. (Prix Edgar Allan Poe 1996 -Prix du meilleur polar des lecteurs de Points 2013)

Oscar Wilde et le cadavre souriant : Gyles Brandreth [Saga Oscar Wilde 3]

Titre : Oscar Wilde et le cadavre souriant                big_3

Auteur : Gyles Brandreth
Édition : 10-18 (2010)

Résumé :
En 1883, Sarah Bernhardt et Edmond La Grange dominent le théâtre mondial.

Déterminé à faire fructifier sa renommée naissante après sa triomphale tournée américaine, le jeune Oscar Wilde se rapproche de ces deux monstres sacrés.

Installé à Paris, il travaille avec La Grange à une nouvelle traduction d’Hamlet qui promet de faire des étincelles. Mais pour l’heure, elle fait surtout des victimes…

La compagnie La Grange est frappée par une série de disparitions mystérieuses, et Oscar Wilde est bien décidé à en trouver le responsable.

Entre jalousies artistiques, vices cachés et secrets de famille, le poète dandy découvre l’envers peu reluisant du décor flamboyant du Paris fin-de-siècle.

Critique :
Oscar Wilde a trouvé un cadeau original pour l’anniversaire de Conan Doyle : un manuscrit. Et pas n’importe lequel… Un récit racontant sa « première enquête » avec, à la clé, des meurtres à élucider !

– Comme je l’ai dit, Arthur, c’est un cadeau de Noël. L’an passé, vous m’avez offert « Le Signe des Quatre ». Voici mon présent pour cette année. C’est un manuscrit… et un défi. Cette histoire date de ma jeunesse. Il s’agit d’un compte-rendu d’un an et demi de mon existence, il y a de ça bien longtemps maintenant. […]

Oscar lui offre donc le récit de son escapade aux États-Unis entre décembre 1881 et décembre 1882, ainsi que le compte-rendu du séjour qu’il effectua ensuite à Paris, lorsqu’il travailla avec Edmond La Grange sur une nouvelle traduction d’Hamlet qui promettait de faire des étincelles.

Elle fit des étincelles, en effet, mais elle fit surtout des victimes !

La compagnie La Grange se retrouve confrontée à trois morts violentes : Suicides ? Accidents ? Meurtres ? En tout cas, Wilde est bien décidé à en trouver le responsable, si elles ne sont pas accidentelles.

Le manuscrit se terminera par les explications de Wilde quand aux quatre morts suspectes (oui, une de plus).

– Il s’agit d’une histoire vraie, Arthur. J’imagine que vous pourriez la qualifier d’énigme criminelle. Il est impossible de la publier, du moins de mon vivant. De nombreux passages sont diffamatoires, d’autres licencieux, et le texte est pour l’instant incomplet. Le manuscrit est inachevé : il manque le dernier chapitre. J’aimerais que vous le lisiez, Arthur. N’omettez aucun mot, même si certains vous choquent. Si vous le souhaitez, vous pouvez le montrer à votre ami Sherlock Holmes. Il est d’une autre trempe. Puis, une fois que vous l’aurez lu et que vous y aurez longuement réfléchi, j’aimerais que vous me disiez ce que devra révéler selon vous le dernier chapitre.

Mais est-ce bien là toute la vérité sur ces morts étranges, monsieur Doyle ? Votre perspicacité nous sera bien utile afin de découvrir si votre ami Oscar n’a pas camouflé une partie de ses conclusions.

– J’ai été négligent, mais pensez à ce que je suis, Robert, et essayez de me comprendre. Je suis un conteur, un auteur dramatique. Il me faut garder mes lecteurs en haleine jusqu’à la dernière page, tenir mon public sur le bord de son siège jusqu’au baisser de rideau. J’ai besoin d’un dénouement. Ne me privez pas de mon coup de théâtre.

Ce troisième opus nous montre un autre pan de la vie de Wilde, nous faisant découvrir son voyage en Amérique, sa vie à Paris alors qu’il n’a que 27 ans et sa rencontre avec son ami et biographe : Robert Sherard. Sans oublier d’autres personnages importants, telle Sarah Bernhardt.

Par contre, comparé au deuxième tome qui avait une mort violente quasi dans les premières pages et un rythme assez relevé, ici, il faut attendre la page 136 pour la première mort « humaine », la toute première de la page 68 étant animale.

Les suivantes ne se produiront que dans le début des pages 300…

Le style d’écriture est agréable, ni gnangnan, ni alambiqué; les personnages sont attachants, surtout Wilde; on a de l’humour, des bons mots; de la fiction mélangée à beaucoup de vérité et quelques rebondissements à la fin : je viens de passer un bon moment de lecture.

– Pardonnez-moi ce retard, s’excusa le docteur en se dégageant des bras d’Oscar. Le train de Southsea a été arrêté. Un corps sur la voie. Regrettable accident.
– Certains feraient n’importe quoi pour éviter de passer Noël en famille, murmura Oscar.

Par contre, le livre est déconseillé aux lecteurs qui sont à la recherche d’un rythme trépidant… La lenteur de l’histoire pourrait les faire soupirer, bien que moi, je ne me sois pas embêtée…

Effectivement, pour les lecteurs qui veulent suivre les pas de Wilde aux États-Unis et à Paris, boire de l’absinthe avec lui, pénétrer dans les coulisses du théâtre La Grange, arpenter les petits caberdouches de Paris, tel « Le Chat Noir » ou manger une salade de homard en compagnie de Conan Doyle, au Baker Street Bazaar de Madame Tussaud, juste après la visite de la Chambre des Horreurs, c’est du pain béni.

En soixante ans d’existence, le Baker Street Bazaar n’avait sans doute jamais connu une telle affluence qu’en cette journée. Trente mille personnes avaient fait la queue pour découvrir la dernière attraction de Madame Tussaud : la réplique exacte du petit salon dans lequel, à peine dix semaines auparavant, Mary Eleanor Pearcey avait battu à mort la femme de son amant et le bébé de cette dernière.
Elle avait entassé les corps de ses malheureuses victimes sur le landau du nourrisson et les avait abandonnés sur un terrain vague de Kentish Town, non loin de son domicile.
John Tussaud avait dépensé deux cent livres, soit le prix d’une petite maison, pour acquérir la voiture d’enfant et d’autres souvenirs du crime, parmi lesquels le gilet taché de sang de la meurtrière et le bonbon que suçotait l’enfant au moment de sa mort.
Cet investissement se révéla fort fructueux. À cette époque, l’entrée du Baker Street Bazaar s’élevait à un shilling par personne.

L’auteur est un inconditionnel d’Oscar Wilde et on le ressent dans ses romans qu’il connaît très bien le célèbre dandy. Grâce à sa connaissance profonde de l’œuvre et de la vie du poète, il nous restitue le génie du personnage avec brio et nous entraîne sur ses pas, dans des enquêtes hors du commun.

Quant à la figure de cire au musée de Madame Tussaud, représentant un criminel qui sourit en dévoilant les dents du bas, il est clair que vous devez vous en méfier !

Ne faites jamais confiance à un homme dont le sourire dévoile les dents inférieures, même si c’est une figure de cire ! Elle est tout de même exécutée d’après nature ou à partir du cadavre…

C’est Oscar qui nous le dit et il avait raison !

Livre participant aux Challenges « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), « Polar Historique »de Sharon (reprise du challenge de Samlor)« I Love London 2 » de Maggie et Titine,  « Victorien » chez Arieste et  « XIXème siècle » chez Netherfield Park.

Le Mystère du Hansom Cab : Fergus Hume

Titre : Le Mystère du Hansom Cab                                 big_3-5

Auteur : Fergus Hume
Édition : Payot et Rivages (2006)

Résumé :
Un soir, Malcolm Royston, conducteur de fiacre à Melbourne, découvre qu’il transporte le corps d’un homme qui a manifestement été assassiné.

Hormis un étui à cigarettes en cuir de Russie et le mouchoir de soie qui a servi a à chloroformer la victime, aucun papier ni signe distinctif ne permettent de l’identifier.

Samuel Gorby, détective de la police de Melbourne, va mener une enquête pleine de surprises, qui l’entrainera dans les beaux quartiers de la ville comme dans ses bas fonds les plus sordides.

Publié en 1886, « Le mystère du Hansom cab » est l’une des œuvres les plus célèbres de la littérature policière. Premier roman criminel à accéder au statut de best-seller, il surpassa en ventes les aventures de Sherlock Holmes.

« Le mystère du Hansom cab », derrière d’apparentes facilités, est avant tout le roman des tensions sociales contemporaines et l’on sera surpris ici du dénouement d’une incroyable immoralité.

Critique :
« Le Mystère du Hansom Cab » est considéré comme l’un des premiers classiques du roman policier, son auteur l’ayant publié en 1886, sa rédaction tenant plus du hasard que d’autre chose…

En effet, Hume s’était enquis auprès d’un libraire de Melbourne sur le type d’ouvrages qui se vendaient le plus : « Les romans judiciaires de Gaboriau se vendent fort bien », lui fut-il répondu et Hume fit l’acquisition de toutes ses œuvres (11) qu’il lu avec attention.

Je ne pouvais donc pas lire un autre roman après « L’affaire Lerouge » de Gaboriau… Je voulais comprendre aussi comment cette œuvre était devenue la plus célèbre de la littérature policière, avait accédé au statut de best-seller et avait surpassé en ventes « Les aventures de Sherlock Holmes » ! (d’après le quatrième)

Amis lecteurs, si vous êtes à la recherche d’un policier trépidant, oubliez celui-ci !

En effet, bien que le meurtre ait lieu de suite (après quelques lignes), l’auteur prend le temps de décrire l’atmosphère de l’époque et d’entretenir le suspense, il se permet des tas de digressions en nous introduisant dans la vie des divers protagonistes, introduit deux logeuses hautes en couleur dont une est à flinguer, nous sort une jeune fille amoureuse qui fait confiance aveuglément à son fiancé accusé,…

Mais malgré tout cela, l’intrigue suit son cours et le tout est savamment dosé pour entretenir le suspense et nous mener sur des fausses-pistes (ou pas).

Le pitch ? La nuit, dans le fiacre de Melbourne, le client transporté est retrouvé chloroformé par le cocher et n’ayant pas de papiers sur lui, impossible de dire qui il est…

Le détective Gorby va devoir mettre toute sa science en œuvre afin de trouver l’identité de ce gus qui, avant d’être mort, était ivre et qu’un gentleman soutenait tout en appelant un fiacre.

Tout à coup, celui qui le soutenait le laisse choir en criant « C’est vous ? » et se casse, laissant le cocher fort dépourvu. Ce gentleman fera ensuite demi-tour pour monter dans le fiacre – avec le futur mort – pour en descendre ensuite, sans préciser que le voyageur ivre a déjà mangé son extrait de naissance.

Voilà tout ce que le cocher peut dire, mais il arrive tout de même à décrire vestimentairement l’homme ainsi qu’à indiquer qu’il porte une moustache blonde.

Tout ça à l’air bien simple, mais en réalité, ça ne l’est pas et rien, je dis bien « rien » ne sera évident dans cette enquête.

La logeuse du défunt s’inquiétant de la disparition de son locataire, cela permettra au détective Gorby de trouver son identité et ensuite de chercher celui qui aurait pu le rayer de la carte des vivants…

Une fois le coupable arrêté, on pourrait penser que tout est terminé… Étrange alors que la moitié du livre n’est pas encore lue.

Comme par hasard, le jeune homme arrêté clame son innocence mais refuse de dire où il se trouvait au moment du meurtre. Une femme serait-elle cachée là-dessous ?

– Quelles drôles de créatures que les femmes ! Je suis de l’avis de Balzac : comment l’homme comprendrait-il la femme puisque Dieu, qui l’a créée, ne la comprend pas lui-même ?

Il voudrait que sa fiancée ne l’apprenne pas ? Protecteur ? Ou bête, très bête !

Là, c’est son avocat qui va jouer au Perry Mason et enquêter avec la ténacité d’un bouledogue ne voulant pas lâcher son os. Aidé dans son enquête par un autre détective, Kilsip. Le procès aura lieu et je ne donnerai pas le résultat de la délibération des jurés.

L’avocat Calton et le détective Kilsip… Un sacré duo ! Des milieux huppés aux bas-fonds sordides de Melbourne, plongeant dans la misère ou en côtoyant les bourgeois riches, ce sont eux qui vont réussir à remonter le fil de la soirée et à résoudre le mystère de la mort dans le Hansom Cab.

Scotchée durant le roman, m’étant attachée à certains personnages, j’étais sûre d’avoir trouvé le coupable, mais peste soit de l’auteur, il m’a bien eu et je me suis retrouvée à la fin, la bouche ouverte, devant le nom du coupable.

En effet, le dénouement est d’une immoralité crasse.

L’ancêtre du roman policier s’est révélé une bonne lecture, une sorte de roman noir avant l’heure, mais je lui préférerai toujours Sherlock Holmes (ok, je ne suis pas impartiale !).

Lu dans le cadre du Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).

L’Affaire Nicolas Le Floch : Jean-François Parot [Nicolas Le Floch 4]

Titre : L’Affaire Nicolas Le Floch

Auteur : J-F Parot
Édition: 10-18 (2004)

Résumé :
En ce mois de janvier 1774, Nicolas Le Floch, le célèbre commissaire au Châtelet, est d’humeur sombre.

Sa maîtresse, la belle et capricieuse Julie de Lastérieux, est retrouvée empoisonnée et tous les indices le désignent comme coupable.

Qui cherche à compromettre le protégé du roi et du lieutenant général Sartine ?

Pour prouver son innocence et démêler les écheveaux de cette affaire qui met directement en péril la sûreté de l’Etat, Nicolas doit se cacher.

Au service du Secret du roi, il découvrira les cruelles subtilités des complots de cour.

Avec l’aide du fidèle inspecteur Bourdeau, tandis qu’entre Londres, Versailles et Paris les factions rivales s’affrontent, il devra déjouer bien des pièges.

Après « Le Fantôme de la rue Royale », c’est avec le même plaisir que nous retrouvons l’intrépide et talentueux Nicolas Le Floch dans une aventure sur fond de fin de règne, alors que la colère du peuple commence à gronder.

Critique :

Ouh, il l’a mauvaise, le Nicolas ! Colère noire, même. Jalousie ? Oui, un peu. On lui pardonne, voir sa maîtresse minauder auprès d’une espèce d’éphèbe alors qu’elle l’avait sois disant invité pour un dîner en tête à tête… ça la fou mal. Il claque la porte.

Pour les ignorants du fond de la classe, je parle de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet (Paris – nous sommes en 1774) et pas du lutin dont la femme chante à voix basse !

Ah, mon Nico, tu n’aurais pas dû retourner chez cette pouffiasse en pensant que tu allais te réconcilier… Tu l’as bien vu, elle faisait la fête bien que tu sois parti. Et cette bouteille de vin, cet excellent Tokay, tu aurais mieux fait de l’oublier au lieu d’aller le récupérer dans la cuisine.

Gênant lorsque, à votre réveil, on vous annonce que votre maîtresse est plus raide que la Justice et plus morte que morte. Empoisonnée, la bougresse.

Qui c’est qui est soupçonné ?? Nicolas ! Toutes les preuves convergent (un mot que j’adore) vers lui. Toutes ? Oui, toutes. Un peu louche, non ?

Nicolas sur la sellette, c’était inattendu. Sartine qui l’envoie au vert, encore plus, bien qu’il le soutienne et croit en son innocence. Quant à l’inspecteur Bourdeau, il fait en sorte de grimer Nicolas pour qu’il enquête lui-même sur son affaire.

Je m’attendais à une plus forte cabale contre Nicolas, mais elle ne prend pas beaucoup de pages sur les 393 que compte le livre.

L’enquête avance et puis, bardaf, plus haut, on leur met des bâtons dans les roues pour qu’ils arrêtent d’enquêter. Le pouvoir était aussi corrompu que celui de maintenant, pas d’Internet pour propager les rumeurs, mais malgré tout, la populace gronde de plus en plus contre son roi, le numéro XV.

Là-dessus, l’enquête est mise en veilleuse et le roman prend une autre tournure, Nicolas Le Floch se transformant en James Bond – l’Aston Martin et les gadgets en moins – et le voilà parti jouer l’espion à Londres, chevalier d’Eon et tentatives de meurtres comprises dans le prix.

A ce moment là, je ne comprenais pas très bien où l’auteur voulait en venir… La fin vous l’expliquera.

Les personnages sont fidèles, ils évoluent et on voit que les liens qui les unissent sont plus fort que lors de la première enquête. 14 ans ont passé et Le Floch a prouvé sa valeur en tant que commissaire incorruptible.

Sartine, le lieutenant général m’étonnera toujours. Derrière ses manières bourrues, on sent bien qu’il a de l’estime pour son commissaire. Il lui fera comprendre par petites touches, sans pour autant ôter sa carapace. Je l’aime bien, lui.

Le Paris de l’époque est bien rendu, le langage utilisé est d’époque, subjonctif imparfait usité (dont celui du verbe « recevoir »), tournures de phrase dont nous n’avons pas l’habitude, descriptions de recettes de cuisine, des bons mots, la vie de parisiens – avec ses petites misères – nous est décrite et on a même le droit de rentrer dans le Versailles de cette fin du XVIIIème siècle…

Tout cela vous fait voyager dans le temps plus vrai que nature.

Par contre, un passage que j’ai moins aimé, c’est la lente et looongue agonie de Louis XV, tué par la petite vérole. J’ai zappé quelques lignes et je ne lui ai pas tenu la main (risque de contagion !).

Bon, je veux bien que je suis dans un « polar historique » et que de ce fait, je sais que je vais manger de l’Histoire, mais faudrait pas oublier le côté « polar » ! Je n’ai rien contre le reste, mais l’auteur aurait pu faire agoniser le roi en moins de pages.

Ah ben tiens, l’enquête principale redémarra grâce à la mort du Roi. Surtout à cause du changement de pouvoir, parce que le roi avait Le Floch a la bonne.

Enfin, ça bouge un peu, du côté de nos policiers, ça complote, ça tend des pièges, ça fait des filatures et « fiat lux » !

Quand Nicolas explique tout, on comprend mieux…

Le livre est agréable, historiquement bien foutu, mais il souffre d’un essoufflement au moment du voyage de Nicolas à Londres et lors de la mort du roi.

Comme je vous le disait, au début de ma lecture, je pensais que Nicolas serait mit plus à mal par les accusations d’empoisonnement.

Heureusement que non, parce quand on apprend, durant notre lecture, ce que l’on faisait aux suspects et à quel genre de simulacre de procès ils avaient droit, on en frémit ! On intruisait uniquement à charge…

3 étoiles, 1 de perdue à cause des passages plus lent. Oui, je chicane, mais j’ai hâte de retrouver mon commissaire et sa nouvelle assistante féline, sans parler de son… Je sens que je ne vais pas m’embêter !

Livre participant aux Challenges « Thrillers et polars » de Liliba, « Polar Historique » de Samlor, à l’Objectif « PAL Noire à Zéro » de George et « Vingt Mille Lieues Sous Mes Étagères » by The Cannibal Lecteur.