Drenaï – 10 – Loup Blanc : David Gemmel

Titre : Drenaï – 10 – Loup Blanc

Auteur : David Gemmel
Édition : Milady Fantasy (21/01/2015) – 600 pages
Édition Originale : White Wolf (2004)
Traduction : Rosalie Guillaume

Résumé :
Skilgannon le Damné a disparu des pages de l’histoire. Il a quitté les terres de Naashan, emportant avec lui les légendaires Épées de la Nuit et du Jour. Les assassins envoyés à ses trousses par la Reine Sorcière furent incapables de le retrouver.

Trois ans plus tard, loin de là, une foule déchaînée se rassemble autour d’un monastère. Elle est accueillie par un prêtre désarmé. Mais en quelques terrifiantes secondes, la situation bascule, et la rumeur se répand à travers les terres de l’Est : Skilgannon est de retour.

Il doit maintenant voyager à travers un royaume hanté par les démons en direction d’un temple mystérieux et de la déesse sans âge qui y règne. Toujours poursuivi par des tueurs et une armée d’ennemis face à lui, le Damné se lance dans une quête pour ramener les morts à la vie.

Mais il ne voyage pas seul. L’homme qui marche à ses côtés est Druss la Légende.

Critique :
Dans ce roman, David Gemmel fait du Gemmel, comme d’habitude. Ce n’est pas une critique, juste une constatation.

Je veux dire par-là que la trame ressemble aux autres : un guerrier compétent, torturé par son passé, en rédemption, qui a du sang sur les mains, qui n’a peur de rien.

Olek Skilgannon, qui n’a pas hésité à massacrer tous les habitants d’une ville (femmes et enfants compris), sur les ordres de sa reine, est aussi un homme respectueux des femmes (il ne viole pas les femmes, est respectueux, pas de #metoo avec lui). Hé, il a des valeurs.

Il vivait tranquille, peinard, puis les gens du village ont commencé à accuser les prêtres de tous les maux : famine, maladies et autres trucs. L’effet de meute a commencé et on a assisté à des passages à tabac de prêtres qui avaient soignés les gens durant une épidémie. Même dans la fantasy, l’humain reste le même.

Alternant les récits au présent avec ceux du passé qui éclairent la vie de quelques protagonistes (Skilgannon en tête), on suit nos personnages, fuyant l’avancée des envahisseurs, le récit se portant sur plusieurs d’entre eux.

Outre le guerrier aux épées de légendes, on croisera aussi un vieux guerrier de 50 ans, armé d’une hache mythique, elle aussi : Druss la légende. Comme Skilgannon, il est sans pitié sur un champ de bataille, a du sang sur les mains, mais respecte les femmes. Druss, je l’adore.

Les personnages sont comme souvent dans les romans de Gemmel : des guerriers terribles avec des codes moraux. Uniquement chez les héros, bien entendu, les autres, ce sont des crapules finies.

Autre chose, dans l’univers de Gemmel, on a toujours une quête qui paraît impossible à réussir ou une citadelle à défendre… Ici, ce sera la quête impossible. Comme je vous le disais, Gemmel fait du Gemmel, il y a une marque de fabrique reconnaissable entre toutes. Bizarrement, cela ne m’a jamais dérangé.

La première moitié du récit est assez lente, l’auteur pose ses décors, installe ses héros, les figurants, déroule son récit, nous propose des combats épiques (sa marque de fabrique aussi) et raconte le passé (et le passif) des personnages principaux.

La marque reconnaissable de Gemmel, c’est qu’il est aussi capable de captiver ses lecteurs dès les premières lignes.

Son style d’écriture est sans fioritures, simple, sans être simpliste. Il sait décrire le monde qu’il a créé, les différents peuples qui l’habitent (on retrouve des inspirations du nôtre) et habiller ses personnages, faisant en sorte qu’on ait l’impression de déjà les connaître.

Mélangeant habilement l’action au présent, les escarmouches, les souvenirs du passé, les événements qui se déroulent ailleurs, mettant un brin d’humour, Gemmel nous balade dans son monde imaginaire sans que l’on souffre de l’ennui.

On marche aux côtés de grands hommes, et même si ce sont des guerriers sans pitié et que Skilgannon ait massacré, avec son armé, une ville entière, on sent la rédemption sous la cuirasse, les remords, l’envie de changer les choses.

Nos guerriers, surtout Druss, ne sont pas avares de petites pensées philosophiques. Pas de la grande philosophie, pas de celle de comptoir non plus. Juste des pensées claires, nettes, précises, véridiques, poussant même le vice à se livrer à des discussions plus poussées.

Mon bémol ira pour le Grand Méchant qui est méchant jusqu’au bout des ongles (oups, il aime couper des doigts) : il aime torturer les gens, les faire souffrir longtemps, les faire hurler, mutiler, assassiner, frapper, battre,… Bref, rien pour équilibrer le portrait, ce qui est dommage.

David Gemmel applique, une fois de plus, la recette qu’il a mis au point et qu’il reproduit dans tous ses romans. Comme d’autres… Et bizarrement, ça marche à tous les coups ! Ses univers et ses personnages sont riches, c’est ce qui fait toute la différence. Les femmes dans ses romans sont fortes, ce ne sont pas des petits choses fragiles et c’est toujours appréciable.

J’étais resté quelques années sans lire du Gemmel, je m’y étais remise dans le cadre du Mois Anglais en 2020 et à chaque mois de juin, j’ai sorti de ma biblio ses romans que je n’avais pas encore lus. Cela m’a fait un bien fou.

Ce n’est pas de la grande littérature, mais j’apprécie les héros torturés qu’il met en scène, j’aime certaines de leurs valeurs (pas les massacres), leurs pensées, leur philosophie, la psychologie de certains.

Et puis, avec Gemmel, c’est l’évasion et le souffle de la grande aventure assurées.

#MoisAnglais2022
Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book). Dernière fiche…  Et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Sa Majesté mène l’enquête – 02 – Bain de minuit à Buckingham : S.J. Bennett

Titre : Sa Majesté mène l’enquête – 02 – Bain de minuit à Buckingham

Auteur : S.J. Bennett
Édition : Presses de la cité (2022)
Édition Originale : A Three Dog Problem (2021)
Traduction : Mickey Gaboriaud

Résumé :
L’année 2016, marquée par le référendum sur le Brexit, s’annonce difficile pour Elizabeth II : l’un de ses tableaux préférés, mystérieusement disparu de sa collection privée des années plus tôt, réapparaît dans une exposition.

La reine confie à Rozie, sa secrétaire particulière adjointe, la mission de le récupérer, de préférence avec des explications. Pour couronner le tout, l’ambiance au palais de Buckingham est gangrenée par une vague de lettre anonymes.

Lorsque l’une de ses femmes de chambre est retrouvée morte, exsangue, au bord de la piscine, c’en est trop pour la souveraine, qui décide d’intervenir.

Tremblez corbeaux, meurtriers, voleurs et autres pourfendeurs de la royauté : Sa Majesté mène l’enquête !

Critique :
Sherlock Holmes parlait d’un problème à trois pipes, pour Elizabeth II, ce sera un problème à trois chiens (titre V.O : A Three Dog Problem).

Allez hop, direction Buckingham Palace pour un bain de minuit avec Sir Simon.

Sur le bord de la piscine, il découvre quelque chose qui n’a pas à s’y trouver, que la piscine soit chez une reine ou chez une personne lambda : un cadavre ! Shocking _

Accident ou meurtre, c’est ce que Rozie, la secrétaire d’Elizabeth II, va devoir élucider, sans oublier le problème de cette petite toile que la reine a vue dans une expo et déclaré qu’elle était à elle.

Oui, elle lui appartient bien, mais que fout-elle au ministère alors qu’elle était au mur devant la royale chambre ?

Comme pour le premier tome, celui-ci prend aussi son temps. Le temps de présenter rapidement les personnages, mais surtout, le fonctionnement de Buckingham. Alternant les points de vue afin de donner la plus grand vue d’ensemble, l’autrice nous introduira dans les pensées de la reine, de sa secrétaire, des membres du personnel.

Les enquêtes vont aussi à leur rythme, rien ne sert de courir, mais surtout, il faut rester discrète, autant pour la reine qui aime résoudre des énigmes, que pour Rozie, qui semble avoir donné un coup de pied dans une fourmilière.

Évidemment, lorsque l’autrice donne la parole à la reine, qui est limitée dans son rayon d’action et qui, en plus, a du mal à caser quelques minutes de tranquillité dans son agenda plus que surchargé, cela ralentit le rythme, qui n’était déjà pas rapide.

Vous l’aurez compris, on ne lit pas ce roman pour avoir de l’action, en aucun cas la reine de ne sautera en parachute, façon James Bond. Par contre, si vous aimez lire un cosy mystery se déroulant dans un palais royal et côtoyer Lilibeth, il sera parfait pour vous.

Nul besoin d’être plus royaliste que le roi ou la reine, pas besoin d’avoir lu l’intégrale des Points de Vue ou d’avoir participé aux petites sauteries des têtes couronnées pour apprécier les ambiances particulières du palais royal, de la fonction de reine, des potins de couloirs et des misères que tous les membres du personnel peuvent se faire, quel que soit leur employeur.

Le final est un poil tarabiscoté, mais tout compte fait, on s’en moque un peu, le plaisir étant ailleurs.

Les enquêtes de Sa Majesté sont un peu comme un gâteau que l’on apprécie : on sait que l’on ne devrait pas se resservir, que ce n’est pas sérieux que c’est juste de la gourmandise,…

Puisque c’est un plaisir qui est régressif, qu’il fait le job de nous rendre heureuse, on se dit qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien, de temps en temps et de fermer les yeux sur les imperfections.

Je ne lirais pas ça tous les jours, mais une fois par an, ça fait du bien au moral, même si les problèmes de société se retrouvent toujours partout, même à Buckingham, surtout à Buckingham…

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°245] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Vies et mort de Lucy Loveless : Laura Shepherd-Robinson [LC avec Bianca]

Titre : Vies et mort de Lucy Loveless

Auteur : Laura Shepherd-Robinson
Édition : 10/18 (05/05/2022)
Édition Originale : Daughters of night (2021)
Traduction : Pascale Haas

Résumé :
Londres, 1782. Par une nuit d’été, Caroline Corsham tombe sur l’une de ses amies mourante, venue agoniser dans ses bras en lui murmurant un énigmatique « Il sait ».

Caroline comprend bientôt que son amie lui avait menti : Lucy Loveless, de son vrai nom, était la prostituée favorite d’un club d’hommes puissants.

Lorsqu’il apparaît que magistrats et notables ont davantage intérêt à étouffer le crime qu’à le résoudre, Caroline engage un voleur privé, Peregrine Child, pour trouver l’assassin de Lucy. Il fouillera jusqu’aux tréfonds de la société géorgienne, au cœur d’un monde d’artifices, de tromperies et de vies secrètes.

De désillusions en hypocrisies, Caro lèvera le voile sur tout un monde : celui où les hommes peuvent emmener de belles courtisanes au théâtre et coucher leur fils adultérin sur leur testament.

Un monde où les femmes, elles, paient de leur honneur tous les désirs dont elles sont l’objet… Jusqu’à y perdre la vie.

Critique :
Londres, 1782, par une belle nuit d’été… On pourrait penser que tout va bien, hélas, Caroline Corsham vient de trouver une connaissance qui vient de manger son acte de naissance, c’est un meurtre.

Hélas, la dame en question exerçait le plus vieux métier du monde et ça, Caroline ne le savait pas.

Une prostituée qui se fait assassiner, tout le monde s’en moque et on fait bien comprendre à Caro qu’il vaut mieux ne pas enquêter sur son meurtre, qu’elle aurait tout à perdre que la bonne société apprenne qu’elle allait vers la charmille, là où se retrouvent des gens souhaitant s’amuser à batifoler…

L’époque victorienne m’est familière, l’époque Géorgienne moins. C’est donc avec une grande attention que je me suis plongée dans ce polar historique, mâtiné de roman noir et de politique.

Les mœurs de l’époque n’ont rien à envier aux autres, car nous sommes toujours dans cette même dynamique qui existe depuis des siècles : des hommes riches, qui se croient tout permis, au-dessus des lois, qui pensent que les femmes sont des objets, juste là pour leur bon plaisir.

Et si ces messieurs peuvent cocufier leurs épouses, se vautrer dans les minous des pauvres catins, il est bien entendu vachement déconseillé aux dames de la bourgeoisie de faire de même (ou alors, faut être super discrète et ne pas tomber enceinte, sinon, la répudiation vous guette).

Le problème de l’enquête, c’est que malgré qu’elle soit ramassée sur quelques jours, les 544 pages paraissent longues à lire, tant à certains moments il ne se passe rien d’exceptionnel.

Plusieurs fois, j’ai été tentée de sauter des pages tant il me semblait faire du sur place et ne pas avancer. Nos deux protagonistes, Caro et monsieur Peregrine Child interroge souvent les mêmes suspects, qui n’ont rien de neuf à leur apprendre et cela donne l’impression de tourner en rond.

Ma persévérance a été récompensée par quelques retournement de situation qui m’ont fait pousser des « ho » d’étonnement total. Avec l’air de ne pas en avoir l’air, l’autrice a réussi à bien cacher son jeu et à me tacler plusieurs fois.

Le contexte historique est bien réalisé (même s’il manque un peu de description du Londres de 1782), on en apprend un peu plus sur les petites choses de cette époque, mais en plus, l’autrice a réussi sa galerie de personnages, dont un salopard de la pire espèce qui est flamboyant ! Il n’est pas le seul à être flamboyant…

De plus, les nombreux personnages ne sont pas toujours ce que l’on penserait qu’ils sont. Attention, certains sont de véritables  Kinder Surprise avec une surprise cachée dans la surprise (garanti sans salmonelle, dans le roman). Rien n’est tout à fait noir, personne n’est tout à fait blanc, tout est dans des nuances de gris, ce qui rend les personnages très réalistes.

Le côté politique est présent aussi, notamment avec les scandales qu’il faut étouffer, la puissance d’une certaine presse, qui peut envoyer une dame au pilori de la bonne société en dévoilant des ragots (vrais ou pas), les hommes riches qui décident de tout, qui sont protégés, le roi George, déprimé de perdre les colonies américaines, son héritier qui est dépensier…

Tout cela rajoute de l’épaisseur au récit et lui apporte son côté réaliste (des tas d’anecdotes sont tirées de la réalité, les explications se trouvent en fin de roman). De plus, il y a une histoire dans le récit, celle de Pamela, dont on comprendra, plus tard, son implication dans l’histoire.

S’accrocher et ne rien zapper est pourtant conseillé, si les lecteurs veulent en profiter jusqu’au bout et se faire surprendre. D’ailleurs, le final est exceptionnel et il m’a bien secoué. Impossible de le deviner, de le déduire, toutes mes suppositions ont été mises à mal et ont sombré dans l’eau.

Malgré la lenteur de certains passages et l’envie de sauter des pages, je suis contente de m’être accroché à ce roman et de l’avoir découvert. Sa construction est intelligente, son final est difficile à déduire et une fois la dernière page tournée, j’étais toujours soufflée.

Pour moi, c’est une LC de réussie avec ma copinaute Bianca ! Même, si, tout comme moi, elle a trouvé des longueurs. Nous nous rejoignons sur les portraits très bien fait des femmes (elles ont de l’audace, du culot, de la bravoure et ce que les mecs n’ont pas) et sur le fait que le final est inattendu ! Suivez le lien pour lire son avis.

#MoisAnglais2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°224] et Le Mois Anglais – Juin 2022 (Chez Titine et My Lou Book).

Condor : Caryl Ferey

Titre : Condor

Auteur : Caryl Ferey
Édition : Gallimard Série noire (2016) / Folio Policier (2018)

Résumé :
Condor, c’est l’histoire d’une enquête qui commence dans les bas-fonds de Santiago, submergés par la pauvreté et la drogue, pour s’achever dans le désert minéral d’Atacama…

Condor, c’est une plongé dans l’histoire du Chili, de la dictature répressive des années 1970 au retour d’une démocratie plombée par l’héritage politique et économique de Pinochet…

Condor, c’est surtout une histoire d’amour entre Gabriela, jeune vidéaste mapuche qui porte l’héritage mystique de son peuple, et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, portant comme une croix d’être issu d’une grande famille à la fortune controversée…

Critique :
Avec l’agence de voyage « Caryl Férey », je suis allée en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud, en Argentine, en Colombie, en Sibérie et maintenant, je suis allée au Chili.

Tous ces voyages ont été éprouvants pour le cœur, épuisants pour les tripes, violents…

Je suis toujours sortie lessivée de ces lectures et malgré l’âme en berne, j’y reviens à chaque fois (en laissant passer un délai afin de me remettre de mes émotions).

Le Chili ne fera pas partie de ma destination de vacances (pardon, ma Rachel), car ce que j’en ai vu, heu, lu, m’a vacciné pour le restant de mes jours.

Le condor n’est pas un titre décerné au type le plus con du mois, mais à un prédateur des Andes, une sorte de charognard qui n’hésite pas à s’attaquer au plus faible, n’attendant pas qu’il soit trépassé, comme tout bon charognard. En toute impunité, bien entendu.

Le condor reste un animal, incapable de faire la différence entre le Bien et le Mal. La Nature est cruelle, ou pas puisqu’elle est incapable d’avoir connaissance de sa cruauté.

L’Homme oui ! Lorsque des puissants mangent sur le dos des plus faibles, le prenant le peu qu’ils ont, faisant tout pour qu’ils restent dans leur misère, traficotant de la drogue et autres saloperies afin de devenir encore plus riches, assassinant les gêneurs, les opposants, ceux qui ne se laissent pas faire, léchant le cul du dictateur afin d’avoir encore plus de puissance, de fric…

Eux ce sont pires que des charognards, ce sont des assassins et nommer leur plan « Condor » était une belle référence à l’animal, même si lui est innocent dans l’affaire. Les sales bestioles que sont la NSA, la CIA et la DEA ne sont pas innocentes, elles, que du contraire.

L’auteur frappe fort, sous la ceinture, là où ça fait mal et il pourrait encore taper plus fort, le crier plus fort, parce que personne n’écoute, personne ne veut entendre, tant que c’est loin de son jardin.

Attention, les sales idées, les plans merdiques, les dictatures, ce sont des concepts et des idées qui s’exportent bien. Et certains sont prêts à tout afin de rester là où ils sont, c’est-à-dire au sommet de la pyramide, là où le fric coule à flot, où la corruption n’est pas un gros mot et où les emmerdeurs finissent au terminus de Saint-Pierre (ou au terminus tout court).

Le récit est porté par des personnages que j’ai apprécié, qui étaient travaillés, pas des anges, ni des redresseurs de torts à la super-héros, mais des gens qui se bougent le cul, qui essaient.

Stefano, le projectionniste (ancien du MIR), Gabriella, la Mapuche, vidéaste passionnée et Estebàn (sans Tao, ni Zia), le fils de famille riche, avocat des causes perdues ont ajouté leur part à ce récit déjà flamboyant. C’est terrible, on n’en sort pas indemne, comme toujours avec ce diable de Caryl.

C’est documenté (l’auteur passe toujours du temps sur place et y revient ensuite, une fois la trame rédigée (merci Le 1 Spécial Polars Étrangers).

On commence doucement, lentement, sans avoir l’air d’y toucher et puis, successivement, l’auteur ajoute ses ingrédients (pimentés, ne manquant jamais de sel, de goût), ouvre les placards de l’Histoire et en sort une partie de ses squelettes.

La dictature, les Chicago Boys, les privatisations à tout va, le libéralisme effréné, l’assassinat d’Allende (coup d’état du 11 septembre 1973), la surexploitation des sous-sols, même dans les zones protégées, les trafics de drogues, Nixon…

Bref, le plat est copieux, bien servi, mais nous n’auriez pas eu envie de faire partie des gens qui ont vécus ces années horribles. Ni d’y vivre maintenant, dans des bidonvilles ou autre endroits où règne la misère, pendant que d’autres nagent dans le fric.

Les romans de Caryl Férey sont souvent brutaux, ils envoient du lourd, du très lourd et ils sont toujours bien fait (jusqu’à présent), car la violence n’est pas gratuite, juste pour faire bien, elle est juste celle qui existe (ou à existé), qui est la triste réalité de certains pays où l’on peut se faire assassiner en toute impunité et où personne n’a envie d’aller déposer plainte chez les poulets du coin.

Encore un roman coup de poing… Mais c’est un coup de poing comme je les aime.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°214] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°38).

Le fourgon des fous : Carlos Liscano

Titre : Le fourgon des fous

Auteur : Carlos Liscano 🇺🇾
Édition : 10/18 Domaine étranger (2008)
Édition Originale : El furgon de los locos (2001)
Traduction : Jean-Marie Saint-Lu

Résumé :
Uruguay, 1973. Carlos Liscano a 23 ans quand les soldats viennent l’arrêter. Condamné pour raisons politiques par le régime militaire, il va passer treize ans à l’ombre des cachots. Treize ans d’enfer, d’humiliations et de torture avant d’être relâché avec d’autres compagnons de cellule par le ‘fourgon des fous’.

Des années après l’horreur, Carlos Liscano se raconte, sans cri, sans fureur : le retour jour après jour de la souffrance physique et du combat mental pour survivre, la solitude, la peur, la nécessité de comprendre l’inimaginable. Ni voyeurisme, ni sensationnalisme.

Juste les souvenirs crus, épars, d’un homme en lutte pour conserver ce qu’il a de plus précieux : sa dignité.

Critique :
Une fois de plus, me voici plongée en milieu carcéral.

Pas avec des prisonniers de droit commun, mais avec des prisonniers politiques, en Uruguay. Croyez-moi, vous n’avez pas envie de vous  retrouver dans leurs prisons.

Au menu : tortures, brimades, privations, tortures, perte de sa liberté, de ses droits, de tous ses droits, tortures et, pour ceux qui n’auraient pas encore compris : TORTURES !

Ce roman autobiographique commence par un chapitre dédié à son enfance, puis par quelques instants de prison, avant de passer à la libération et ensuite, de revenir vers ces douze années que l’auteur, Carlos Liscano, passa enfermé au Pénitencier de Libertad, à subir les tortures du grand baril de deux cents litres, en métal, coupé en deux et rempli d’eau.

Le texte est intense, sans pour autant sombrer dans le pathos ou la violence gratuite. À la manière d’un Soljenitsyne, l’auteur nous raconte les comportements de ses tortionnaires, mais sans les charger, en se mettant à leur place, sachant que de toute façon, ils n’ont pas vraiment le choix.

Oui, il parlera des souffrances physiques, des souffrances morales, de l’absence de contacts avec la famille, des infos qu’il faut lâcher avec précision, pour éviter de trop grandes douleurs, du fait qu’il faut crier plus fort que ce que l’on ressent vraiment, pour ne pas leur donner l’impression que l’on s’en fout, que l’on ne ressent rien… Il vaut mieux ne pas jouer à la forte-tête.

Bref, tout est affaire de subtil dosage et son roman pourrait être un guide de « Comment survivre dans une prison en tant que prisonnier politique : trucs et astuces ».

Dans ce roman autobiographique, les hommes, les vrais, sont les prisonniers que l’on torture, tandis que les tortionnaires se sont abaissés tellement bas qu’ils ont perdu leur humanité, dans tous les sens du terme.

L’auteur se demande même ce qu’ils racontent à leurs femmes, leurs enfants, lorsqu’ils rentrent à la maison, après leur sale boulot.

Un roman poignant, qui ne sombre jamais dans le pathos ou le larmoyant. L’auteur parle aussi de la reconstruction, une fois libre et de ce grand choc qu’est la remise en liberté, après autant d’années de réclusion.

Un récit humain, jamais à charge.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°34).

 

Batman – Année 100 : Paul Pope et Jose Villarrubia

Titre : Batman – Année 100

Scénariste : Paul Pope
Dessinateur : Jose Villarrubia 🇪🇸
Traduction : Thomas Davier

Édition : Urban Comics – DC Classiques (2016)

Résumé :
Gotham City, 2039. Batman, une icône oubliée du passé, est recherché pour meurtre. Lancés à la poursuite d’une légende, le commissaire Gordon, petit fils de l’original, prend rapidement conscience des ramifications de l’affaire lorsque ses hommes se trouvent secondés sur le terrain par une unité d’élite, débarquée de Washington.

Critique :
Je ne vais pas y aller par quatre chemins : les dessins sont moches !

Batman est trapu, avec une bouche proéminente (toutes les bouches étaient horribles à voir), pas sexy pour deux sous et les coloris étaient fort sombres, tendant les détails plus difficiles à discerner.

Ce n’est pas un Batman en pleine forme que nous retrouvons, mais un Batman essoufflé après la course, blessé, grimaçant sous l’effort.

Nous sommes en 2039, dans un Gotham qui a bien changé… Ça pue le fascisme et le totalitarisme, ainsi que la mort des libertés individuelles.

Pour ceux qui le poursuive, Batman était une légende urbaine, il n’a jamais existé, ils ne savent donc pas après qui ils courent. Juste une sorte de terroriste, sans doute. Le genre de chose qu’il faut éliminer du système bien huilé de la dictature totalitaire, comme on expulserait un déchet.

L’homme Chauve-Souris est accusé de meurtre, mais ce que les flics ne savent pas, c’est qu’il en fut le témoin et que le policier a été assassiné par un autre policier.

Votre mission, si vous l’acceptez, bien entendu : trouver l’identité d’une mystérieuse entité et un désamorcer un complot. Le scénario était des plus correct et des plus intéressants. La criminalité existe toujours à Gotham et le justicier masqué aussi.

L’action est omniprésente, dès le départ, mais les dessins ont freinés ma lecture, ainsi que les tons sombres… Franchement, je n’ai absolument pas aimé cette vision alternative de l’univers Batman.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°24).

Captain America – Steve Rogers – T02 – Le procès de Maria Hill : Nick Spencer, Jesús Saiz, Javier Piña et Szymon Kudranski

Titre : Captain America – Steve Rogers – T02 – Le procès de Maria Hill

Scénariste : Nick Spencer
Dessinateurs : Jesús Saiz 🇪🇸, Javier Piña 🇪🇸 et Szymon Kudranski

Édition : Panini Comics Marvel Now ! (2018)

Résumé :
Steve Rogers est un agent de l’Hydra au service de Crâne Rouge. Aucun héros ne se doute que Captain America agit dans l’ombre pour prendre le pouvoir.

Contient Captain America: Steve Rogers (2016) #7-11 et Civil War II: The Oath (2017). En fin de recueil, galerie de couvertures de 9 pages.

Critique :
Cela faisait 1 an que j’avais lu le tome 1 de cette série et que depuis, les autres albums dormaient dans une biblio.

Je comble aujourd’hui mon retard et le manque de temps qui m’a fait reporter à demain ce que j’aurais pu faire il y a 1 an : lire la suite !

Le Cap est un héros gentil, assez lisse, contrairement à d’autres dans l’univers Marvel et ici, nous le retrouvons à l’opposé de ce que nous avions l’habitude, puisque notre Captain est un agent de l’Hydra.

L’espionnage n’est pas mon genre de prédilection, pourtant, j’ai apprécié le double-jeu que Captain America joue avec les autres. Il y a beaucoup de mensonges entre les personnages, chacun tentant de tirer la couverture à soi et de manipuler tout le monde, quitte à laisser gagner son ennemi pour mieux piéger le SHIELD ensuite.

Dans ce deuxième album, personne n’est tout à fait blanc ou tout à fait noir, tout est en nuance de gris et il y en beaucoup ! D’ailleurs, je me demandais si certains personnages ne jouaient pas triple jeu ou juste un jeu afin de servir leurs intérêts propres.

Le captain est à la fois agent d’Hydra, mais aussi au service du Red Skull et il poursuit ses propres objectifs…

Finalement, je ne savais pas si je me faisais manipuler par les auteurs ou si tout l’arc narratif était « véridique » et tel qu’on me le montrait. Cela a ajouté du piment à ma lecture de ne pas savoir qui baisait qui et de me douter que je me faisais avoir aussi). En littérature, j’adore, dans la vie réelle, je déteste !

Une partie des dessins sont bien exécutés, vraiment très beaux à regarder, tandis que d’autres semblent avoir été un peu bâclé, comme si le dessinateur avait dû aller vite et ne pas fignoler les détails des visages. Dans un autre épisode, ce sont les coloriages qui rendent les personnages figés.

Ce n’est pas un album facile à suivre, il vaut mieux être concentré sur ce que l’on fait. De nombreux flash-back sur la jeunesse de Steve Rogers sont présents, ainsi que quelques retours en arrière dans le fil narratif, lorsque le scénariste revient sur un épisode dont nous n’avons pas connaissance.

En fouinant un peu afin d’en apprendre plus sur cette saga, j’ai appris que l’auteur Nick Spencer devait mettre en place les pièces nécessaires pour le crossover Marvel.

Si je ne l’avais pas lu dans une chronique (merci à Presence, membre sur Babelio), il m’aurait été impossible de la comprendre en lisant cet album.

Le récit n’est pas dénué de profondeur, le scénario est réfléchi, retors, travaillé, comprenant des retournements et pas manichéen du tout. On a de quoi lire pour occuper nos longues soirées de printemps.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°208] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°14).

Tapas nocturnes – Diego Martín 00 : Marc Fernandez

Titre : Tapas nocturnes – Diego Martín 00

Auteur : Marc Fernandez
Édition : Livre de Poche (30/03/2022)

Résumé :
Tandis que Diego Martín, journaliste reporter police/justice, cherche à rencontrer le fameux Don Fernando, dit El Matador, chef d’un puissant cartel de la drogue au Mexique, Carolina, sa compagne, professeure de droit spécialisée dans les affaires criminelles à l’université de Madrid, reçoit des menaces de mort, de plus en plus pressantes et insistantes.

Le quotidien de la jeune femme devient un véritable cauchemar. Les narcos, dérangés dans leurs trafics, oseront-ils s’en prendre à elle ? Carolina attend avec impatience le retour de Diego…

On retrouve ici Diego, Ana, Carlos et les autres, tous ces personnages audacieux et courageux que l’on a découverts dans la trilogie « Mala vida », « Guérilla Social Club » et « Bandidos ».

Sans relâche et avec détermination, ils ont révélé des secrets d’État et lutté contre la corruption et les narcotrafiquants.

L’intrigue de « Tapas nocturnes » se situe avant Mala vida mais peut être lue indépendamment de la trilogie.

Critique :
Avant de lire le dernier tome de la trilogie, je me suis penchée sur le préquel, sorti après les autres.

Ce préquel nous présente les personnages que nous croiserons dans les romans suivants, posera les bases.

Moins drôle, il nous fera vivre l’assassinat d’un personnage, dont nous avions déjà après la disparition brutale dans les romans suivants.

Diego Martín est un journaliste comme on en fait encore peu : il ne cherche pas le scoop, croise ses données, ne s’occupe pas des potins, du menu fretin, mais adore soulever les tapis, ouvrir les placards, pour aller chercher les cadavres en dessous. Politiciens véreux, gare à vous. Dictateurs, pareil. Vous aussi, les narcos.

Ici, il vise Don Fernando, le patron d’un cartel mexicain qui se cache derrière une activité d’entrepreneur très clean. Diego est parti l’interviewer à Ciudad Juarez et il en est revenu assez vite, le numéro deux ayant montré les dents.

Ce roman est très court, mais lui aussi est percutant. Autant par son scénario qui ne laissera rien au hasard, que par ses personnages attachants (pas les narcos, hein !).

Diego est libre dans sa tête (oui, elle était facile), Ana, une amie à lui, était un homme avant et à fuit la dictature au Chili, le patron du bar a fui celle d’Argentine. Ils sont amis, se serrent les coudes, se soutiennent.

Ce roman noir, très noir, est aussi la preuve que lorsqu’on ne respecte pas les règles, quand on prend une décision sans l’aval du grand chef, on court à sa perte. Comme une pièce chutant dans un domino et entrainant les autres, lentement au départ, puis de plus en plus vite ensuite.

Ou comment on peut se tirer une balle de pied et se rendre compte, trop tard, qu’on a déconné grave et que maintenant, les cognes corrompus ne rigolent plus. Y a rire et rire, mais leur pisser dans le dos et dire qu’ils transpirent, les flics n’appellent plus ça rire.

Un roman noir fort, percutant, violent, sans concessions, avec beaucoup de chagrin et qui pose les bases de ce que sera Diego dans les autres romans, qui expliquera son caractère, sa personnalité, sa ténacité.

Un préquel qui se lit tout seul et peut être lu indépendamment des trois autres. Entre nous, ne vous contentez pas que de celui-ci, lisez les autres, ils sont super bons.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°210]Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°07).

Ils ont fait l’Histoire – 06 – Gengis Khan : Denis-Pierre Filippi et Manuel Garcia

Titre : Ils ont fait l’Histoire – 06 – Gengis Khan

Scénariste : Denis-Pierre Filippi
Dessinateur : Manuel Garcia 🇪🇸

Édition : Glénat / Fayard – Ils ont fait l’Histoire (2019)

Résumé :
Au XIIIe siècle, Gengis Khan et ses hordes de cavaliers mongols ont semé la terreur. De la Chine à l’Europe, en passant par le Moyen-Orient, ils ont mis à genou les plus grandes puissances de l’époque…

Mais avant de devenir ce grand conquérant que le monde entier connait, Gengis Khan se faisait appeler Temüdjin. Né au coeur des arides steppes d’Asie centrale, c’était le fils d’un chef de clan assassiné par les siens. Un jeune garçon en exil, condamné à errer avec sa mère et à lutter pour sa survie.

Comment, de cette jeunesse difficile, Temüdjin a-t-il finalement réussi à unir les tribus d’un pays déchiré par les guerres intestines et à constituer le plus vaste empire de tous les temps ?Gengis Khan est entré dans l’Histoire comme l’un des plus redoutables maîtres de guerre que la Terre ait porté.

Son nom est synonyme de conquêtes sanglantes et de pouvoir absolu, mais peu connaissent sa véritable histoire. Découvrez l’homme qui se cache derrière la légende…

Critique :
Gengis Khan est mort. Son convoi funéraire traverse la steppe.

Un jeune moine du monastère chinois de T’ien-Ch’ang Kuan vient l’annoncer à un vieux moine et lui pose la question de savoir s’il doit se réjouir ou s’inquiéter du décès du Khan.

La réponse n’est pas simple, aucune des solutions n’étant vraiment bonne. C’était un leader qui a uni les peuples, mais à quel prix ? Massacres…

Le patriarche va alors lui raconter le vie du jeune Temüdjin… Comprendre ce qu’il était peut aider à cerner celui qu’il est devenu.

C’est donc l’enfance de Temüdjin que les auteurs ont choisi de nous raconter, celle qui a forgé l’homme qu’il est devenu. Effectivement, sans tous ces événements, on pourrait se demander s’il serait devenu ce qu’il est devenu ensuite.

Le portrait est nuancé, il n’est pas tout à fait noir, ni tout à fait blanc. Le personnage de Gengis Khan n’est pas simple, celui de Temüdjin non plus. Si vous voulez en apprendre plus, ce ne sera pas avec cette bédé de 48 pages que vous aurez une biographie complète et détaillée.

Néanmoins, les choses importantes s’y retrouvent. Notamment le décès de son père, leur exclusion des clans, sa captivité, l’enlèvement de son épouse, son ascension au sein des clans, son amitié avec Djamuqa puis leur rivalité et les premières batailles de Temüdjin en tant que Khan.

Les dessins sont jolis, les couleurs aussi, cela donne un air solennel aux visages. Par contre, les chevaux, ce n’est pas tout à fait ça.

C’est un album intéressant pour ceux ou celles qui voudraient en savoir plus sur l’enfance et les débuts de ce grand conquérant que fut Gengis Khan. Personnage intriguant, intéressant, déroutant, il savait se montrer inflexible et tuer ou bien incorporer les prisonniers dans son armée, faisant d’eux des hommes de confiance.

La dernière planche est bien pensée, bien trouvée et magnifique avec ce loup bleu montant la garde devant la tombe de Gengis Khan (on ne sait pas où elle se trouve).

En fin d’album, il y a tout un dossier historique sur Gengis Khan, les Mongols, leurs conquêtes. Pour les passionnés d’histoire qui veulent en savoir un peu plus.

Une bédé très intéressante, instructive, résumant les grandes lignes de la jeunesse de Temüdjin.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°04).

Mafalda – 04 – La bande à Mafalda : Quino

Titre : Mafalda – 04 – La bande à Mafalda

Scénariste : Quino 🇦🇷
Dessinateur : Quino
Traduction : Josette et Anne-Marie Meunier

Édition : Glénat (1981 / 2010)

Résumé :
On ne présente plus Mafalda, petite fille vive qui découvre la vie, ses joies, ses absurdités et ses horreurs. À travers l’éveil d’un enfant Quino nous livre sa réflexion sur le monde et sur l’étrange animal qui le peuple : l’être humain.

Critique :
Un coup de barre ? Mafalda et ça repart !

Ou pas, parce que si l’on rit des réflexions de la gamine, vu leur pertinence, même à l’heure actuelle, c’est parfois plus des piques qu’autre chose.

Non, non, rien n’a changé !

Mafalda était déjà éclairée à l’époque et depuis, les problèmes sont toujours les mêmes, notamment avec les risques nucléaires puisque nous sommes en pleine Guerre Froide.

Ses amis ajoutent du piment à ses réflexions, à sa vie. Le blond Miguelito, avec ses cheveux en bataille, ses envies d’être trompettiste, ses réflexions pleines de bon sens et sa mère qui lui crie dessus. L’orgueil ne quitte jamais Susanita, qui ne rêve que de mariage, d’enfants, de richesse, le tout en étant égoïste, bien entendu.

Le capitaliste est toujours Manolito. Il parle business, fait de la pub pour l’épicerie de son père, déteste les Beatles et n’est pas intelligent. Le rêveur, c’est Felipe, qui aime se déguiser en cow-boys et faire des mots croisés.

Comme les enfants, ils aiment les vacances, pleurent à la rentrée des classes, n’aiment pas l’école, la soupe, écoutent les disques des Beatles (sauf Manolito), jouent au parc et parlent du monde, du quartier, de leurs rêves d’adultes ou de gosses.

Ils abordent aussi la politique, la société, l’économie. Du haut de leur âge (5 ou 6 ans), ils sont totalement décalés et on aurait presque envie de leur dire de jouer sans s’inquiéter de la santé du Monde, qu’il sera temps pour eux de faire du mauvais sang une fois adulte.

Lire un album de Mafalda, c’est faire un bon dans le temps. Le petit goût rétro qui s’échappe des gags a tout de même encore un goût de présent, comme s’ils étaient intemporels.

Le Monde et l’Homme ne changent pas, Mafalda est donc toujours aussi pertinente, toujours aussi lucide, caustique, de nos jours, qu’elle ne l’était à son époque (1964 à 1973 pour l’Argentine).

Un plaisir à lire, mais les adultes comprendront mieux que les jeunes enfants…

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°03) et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 46 pages).