L’Arabe du futur – Tome 1 – 1978-1984 : Riad Sattouf

Titre : L’Arabe du futur – Tome 1 – 1978-1984

Scénariste : Riad Sattouf
Dessinateur : Riad Sattouf

Édition : Allary (2014)

Résumé :
Un roman graphique où Riad Sattouf raconte sa jeunesse dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Hafez al-Assad.

Né en 1978 d’un père syrien et d’une mère bretonne, Riad Sattouf grandit d’abord à Tripoli, en Libye, où son père vient d’être nommé professeur.

Issu d’un milieu pauvre, féru de politique et obsédé par le panarabisme, Abdel-Razak Sattouf élève son fils Riad dans le culte des grands dictateurs arabes, symboles de modernité et de puissance virile.

En 1984, la famille déménage en Syrie et rejoint le berceau des Sattouf, un petit village près de Homs. Malmené par ses cousins (il est blond, cela n’aide pas…), le jeune Riad découvre la rudesse de la vie paysanne traditionnelle.

Son père, lui, n’a qu’une idée en tête: que son fils Riad aille à l’école syrienne et devienne un Arabe moderne et éduqué, un Arabe du futur.

Critique :
Cela faisait longtemps que j’entendais parler de cette bédé graphique et j’ai eu envie de découvrir la jeunesse de l’auteur en Lybie avant de se retrouver en Syrie.

Pas facile d’éduquer un enfant lorsque les parents sont issus de cultures différentes. La mère est Française et le père est Syrien.

Libéral, Abdel-Razak Sattouf ne pratique pas la religion mais est pétri de contradiction car il est interdit de manquer de respect à Dieu.

Dans la Lybie de Kadhafi, personne ne meurt de faim, tout le monde a un travail et un toit sur sa tête… Oui, mais à quelles conditions ! Horribles…

Les maisons ne peuvent posséder de serrure et elle appartient au premier qui entre dedans (même si vous y étiez avant), pour la nourriture, ce sont des colis et c’est pas la gloire, quand au travail, on dirait que personne ne bosse sur les chantiers et en plus, demain, on peut vous permuter avec un autre travailleur. Vous étiez prof et demain vous pouvez être paysan. Le paysan fera votre job de prof.

Je ne suis pas fan des dessins, mais ils donnent un petit air amusants aux situations qui ne le sont pas toujours. Les tons monochromes changent selon le pays où se déroule l’histoire et ne m’ont pas dérangés durant la lecture.

Ce qui m’a gêné un peu, ce sont les comportements des différents personnages. La mère de Riad est quasi muette, ne se rebelle jamais, ne donne jamais son avis, elle est aussi transparente qu’une ombre alors qu’il y a des situations où elle aurait dû se rebeller.

Son père est pétri de contradictions, adorateurs des dictateurs, de la guerre (mais il a fait en sorte de ne pas faire son service militaire), beau parleur, rêveur et pense que tous les français sont racistes alors que lui même traite les Africains de Négros.

Quant aux enfants qui croiseront la route du petit Riad en France, ils ont l’air d’être tout droit sorti d’un asile psychiatrique…

Ok, à 4 ans, nous ne devions pas être des enfants intelligents, mais ici, même leurs comportements sont totalement barrés. À la limite de la glauquitude et du malaise. Non, je ne me souviens pas de mes 4 ans, encore moins de mes 6 ans, si je devais les illustrer, je serais bien en peine de le faire, n’ayant plus de souvenirs. Riad Sattouf a, par contre, une excellente mémoire, lui !

Les clichés sont eux aussi de mises. Les années 70/80 étaient un magnifique terreau pour que les commentaires sexistes poussent comme des chiendents et le grand-père du petit Riad a du recevoir de l’engrais à fond !

Je ne sais si l’auteur a voulu illustrer la mentalité de l’époque, la présenter comme il la voyait avec ses yeux d’enfant où si son grand-père maternel était ainsi…

Pareil pour sa grand-mère paternelle et le frère aîné de son père qui réunissent, à eux seuls, bien des clichés, sans pour autant les rendre drôles. Les adultes paraissent toujours bizarres aux yeux des enfants, mais là, ils m’ont paru bizarre à l’adulte que je suis. Et lorsqu’ils arriveront en Syrie, ce sera encore pire !

En tout cas, l’auteur a bien illustré le changement de comportement de son père, une fois de retour dans son pays natal après 17 ans d’exil. La pression de la famille, la peur de ne pas faire comme les autres le pousseront à adopter les comportements, les réflexions, les habitudes vestimentaires des syriens, à répéter leurs idées préconçues, à voir Satan partout, surtout dans les femmes…

En lisant cette bédé, j’ai appris plein de choses sur la vie en Tunisie et en Syrie… À se demander ce que le père du petit Riad trouvait de chouette à vivre là-bas, hormis le gros salaire qu’il touchait en Tunisie, pour le reste, sa vie aurait été meilleure en France, mais jamais il ne fera l’effort de s’y installer, préférant ne voir que ce qui l’arrange. Une mauvaise foi pareille, c’est affligeant ! À tel point que ça devenait lourd au fur et à mesure de ma lecture.

Pour les clichés, je reste dubitative… Étaient-ils réels (et alors, ce n’étaient pas des clichés), était-ce juste les souvenirs brumeux de l’enfant qu’était Riad Sattouf ou sont-ils juste ce que la majorité des occidentaux pensaient des musulmans dans les années 80 ? Je ne le saurai sans doute jamais…

Je n’ai rien contre les stéréotypes quand ils sont utilisés à bon escient pour faire rire (comme dans Astérix), pour piquer ceux qui les utilisent encore et toujours… Ici, c’était un vrai festival et j’étais contente d’arriver à la fin de cette lecture car cela devenait lourd.

Pas tout à fait conquise par cette bédé, malgré tout, je continuerai à lire la suite dès que l’occasion se présentera afin de savoir comment tout cela va finir…

Le père de Riad va-t-il enfin arrêter sa mauvaise foi horripilante et sa conversion religieuse (lui qui ne croyait en rien et mangeait du porc en France) ? Sa mère va-t-elle enfin entrer en révolution ?

Le Prieuré de l’Oranger : Samantha Shannon

Titre : Le Prieuré de l’Oranger

Auteur : Samantha Shannon
Édition : de Saxus Fantasy (31/10/2019) – 958 pages
Édition Originale : The Priory of the Orange Tree (2019)
Traduction : Charlotte Lungstrass-Kapfer

Résumé :
Un monde divisé. Un reinaume sans héritière. Un ancien ennemi s’éveille. La maison Berethnet règne sur l’Inys depuis près de mille ans.

La reine Sabran IX qui rechigne à se marier doit absolument donner naissance à une héritière pour protéger son reinaume de la destruction, mais des assassins se rapprochent d’elle…

Ead Duryan est une marginale à la cour. Servante de la reine en apparence, elle appartient à une société secrète de mages.

Sa mission est de protéger Sabran à tout prix, même si l’usage d’une magie interdite s’impose pour cela.

De l’autre côté de l’Abysse, Tané s’est entraînée toute sa vie pour devenir une dragonnière et chevaucher les plus impressionnantes créatures que le monde ait connues.

Elle va cependant devoir faire un choix qui pourrait bouleverser son existence. Pendant que l’Est et l’Ouest continuent de se diviser un peu plus chaque jour, les sombres forces du chaos s’éveillent d’un long sommeil…

Bientôt, l’humanité devra s’unir si elle veut survivre à la plus grande des menaces.

Critique :
♫ La Mère, voici le temps venu, D’aller prier pour notre salut, le Sans-Nom est revenu ♪
♪ Le Saint, tu peux garder ton vin ♪ Ce soir on boira notre chagrin ♪ le Sans-Nom est revenu ♪
♫ Toi la reine Sabran, Tu peux sortir tes dents ♪ Les dragons sont revenus ♪

La première chose qui a attiré mon œil sur ce roman, c’est sa magnifique couverture ! Une œuvre d’art. La 2ème c’est que ce roman était best-seller du New-York Times puis j’ai lu la mention « Mérite d’avoir autant de succès que GOT ». Allez hop, vendu !

N’est pas Georges R.R. Martin qui veut… Si l’univers développé par l’auteurs est riche, si ses personnages sont nombreux, si les femmes sont mises en avant et si on a des intrigues de pouvoir, on est loin tout de même des intrigues étoffées de GOT, de ses personnages marquants et de ses salopards flamboyants !

Le début du roman fut assez laborieux, je ramais entre les différentes régions de l’Est et de l’Ouest, face à tous les personnages et les 300 premières pages ont été lues à la vitesse d’un escargot asthmatique, ce qui est rare chez moi, étant donné que j’ai dévoré des pavés de plus de 600 pages en deux jours à peine.

Pour que je préfère regarder une rediffusion de « Petits meurtres en famille » (que je connais) au lieu de lire ce pavé, est un signe qui ne trompe pas : je m’y ennuie ! Pour que je préfère aller repasser mon linge, moi qui déteste ça, c’est un encore plus un signe qui ne trompe pas : je m’emmerde ! L’introduction est fort longue et sans des moments un peu plus excitants, je pense que j’aurais été voir ailleurs.

Certes, il fallait présenter l’univers dans lequel nous allions évoluer, mettre tout en place, mais il y avait peut-être moyen de le faire moins long ou de mieux incorporer ces moments creux dans le récit général, au fur et à mesure. Le récit est dense, on suit plusieurs trames scénaristiques et au départ, il y a assez bien d’informations à retenir et à digérer.

À l’Est, en Seiiki, on vénère les dragons et des dragonniers chevauches des dragons d’eau, tandis que dans l’Ouest, en Yniss, on chasse et on craint les dragons.

De plus, dans l’Ouest, la religion se nomme Vertu, elle a ses règles très strictes et ceux qui la pratique aimeraient que tout le monde ait cette religion car c’est la Vérité. Ça ne se discute même pas. Dans l’Est, au contraire, on a une autre véritable Vérité et elle remet en cause les textes sacrés et les mythes que cela a créé. Ailleurs, ce sont des autres croyances…

— Ce décret a mille ans, répondit sèchement Sabran. Le Saint a écrit de sa main que toutes les autres croyances ne sont que mensonges.
— Ce n’est pas parce qu’on a toujours fait quelque chose qu’on doit absolument continuer.

Les problèmes entre les religions est un des points que j’ai apprécié dans ce roman car ils avaient des senteurs que nous connaissons bien, quand des gens très pieux considère les croyances des autres comme hérétiques, persuadés qu’ils sont meilleurs que les autres alors qu’ils n’ont aucune tolérance ou courtoisie pour autrui, bien que la tolérance et la courtoisie soient de leurs vertus.

— La piété peut transformer ceux qui ont soif de pouvoir en véritables monstres, prêts à distordre n’importe quel précepte pour justifier leurs actions, affirma Ead.

— En effet. » Elle sirota un peu de son vin. « Je suis sûre que vous apprécieriez énormément la compagnie d’une hérétique.
— Nous ne vous définissons plus de la sorte. Ainsi que je vous l’ai promis dans ma lettre, ces jours sont révolus.
— Je constate qu’il n’a fallu à la maison Berethnet qu’un petit millénaire et une crise majeure pour suivre ses propres enseignements concernant la courtoisie. 

La solidarité ne devient intéressante que lorsque l’on est le dos au mur et que l’on a besoin des autres pour vaincre l’ennemi commun. Pourtant, c’est bien connu que l’union fait la force… C’est plus facile de le prendre comme devise que de l’appliquer, bien entendu.

Une autre chose que j’ai apprécié, c’est que certains personnages ont évolués, passant de « chieurs nés » à « personnage avec ses blessures et ses faiblesses » que l’on arrivait à comprendre et puis à apprécier.

Le reste est de facture classique avec le retour d’un Grand Méchant qui se nomme le Sans Nom, une prophétie, des mensonges racontés depuis des siècles, des élus, des armes magiques pour le terrasser et une alliance entre plusieurs peuples que tout sépare, notamment les croyances…

Sauf en ce qui concerne le féminisme, bien mis en avant, puisque l’on a un reinaume gouverné par des femmes depuis des siècles et que les personnages féminins ne sont pas des créatures apeurées ou stéréotypées. Malgré tout, les femmes sont toujours ramenée à leur but primaire : pondre des enfants !

Un bon point aussi pour le fait que les amours n’étaient pas que Homme/Femme mais aussi homosexuelles (hommes ou femmes). Un petit pas qui pourrait déboucher sur un grand pas… Qui sait ?

Hélas, ce qu’il a manqué le plus, dans ce roman, ce sont les émotions provoquées par le récit et celles que l’on aime ressentir pour certains personnages. Ici, que dalle, nada. Même si j’en ai apprécié quelques uns, ils ne marqueront pas mon esprit comme d’autres le firent, même en ne parlant que du genre fantasy.

La saga de « L’épée de vérité » (Terry Goodking) n’était pas exempte de lourds défauts (dichotomie, manichéisme, violences, tortures, bienséance dans ses rapports H/F et personnages « Mary & Gary Stu »), mais elle avait de la flamboyance et m’avait apportée des émotions à foison. Ce qui a manqué cruellement dans le prieuré, alors qu’il n’avait pas les défauts de la saga de Goodking. Comme quoi…

Il est aussi un équilibre difficile à atteindre dans les finals : trop longs, on n’en voit pas le bout et quand c’est trop court, on a l’impression qu’on s’est tapé des longs préliminaires pour que se retrouver avec un bouquet final qui se termine bien trop vite. Tout ça pour ça ?? 50 pages à tout casser ? J’aurais aimé que cela durât plus longtemps.

C’est mitigée que je ressors de cette lecture dont l’équilibre du scénario n’était pas atteint. Trop de langueurs monotones au départ, des personnages agréables mais sans être marquants et un combat final qui se termine bien trop vite.

Des critiques élogieuses de ce roman se trouvent sur Babelio et je vous invite à aller les découvrir. J’aurais aimé ressentir ce que les autres lecteurs/trices ont ressenti en lisant de pavé… Hélas, j’ai pris une toute autre direction.

Lu dans sa version publiée aux éditions De Saxus et faisant 958 pages (qui furent longues).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°05], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°73], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°68] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

1794 : Niklas Natt och Dag

Titre : 1794

Auteur : Niklas Natt och Dag
Édition : Sonatine (06/05/2021)
Édition Originale : 1794 (2019)
Traduction : Rémi Cassaigne

Résumé :
Entre Le Parfum et L’Aliéniste : le nouveau chef d’œuvre du thriller historique !

Stockholm, 1794. Une nouvelle année commence sous le régime autoritaire du baron Reuterholm, conseiller du roi. À l’hôpital de Danviken, un jeune noble se morfond, tourmenté par le crime horrible dont on l’accuse.

Dans une métairie de l’intérieur du pays, une mère pleure sa fille, assassinée lors de sa nuit de noces. L’affaire ne suscitant que peu d’intérêt, elle décide de faire appel à Jean Michael Cardell, un invalide de guerre qui, traumatisé par sa dernière enquête, n’a plus guère de raisons de vivre.

Alors que ses investigations le mènent vers un mystérieux orphelinat, Cardell va bientôt se retrouver aux prises avec une étrange société secrète, les Euménides.

Après 1793, Niklas Natt och Dag nous plonge à nouveau dans le monde grouillant et pourrissant d’une fin de règne suédoise que la Révolution terrifie. D’une écriture toujours aussi évocatrice, noire et puissante, il captive le lecteur dès la première page, pour ne plus le lâcher. Mieux qu’un roman : une expérience fascinante.

Critique :
Blood & Sugar en avait fait sa toile de fond, 1794 en a ajouté une couche en confirmant que le sucre, c’est dangereux pour la santé… des esclaves !

C’est eux qui meurent sur les plantations de cannes afin que les Blancs adoucissent leurs thés ou autres mets à boire ou à manger.

Direction Saint-Barthélemy (Johnny n’y est pas encore enterré) où l’Homme s’est transformé en monstre et en a asservi d’autres.

Ces Noirs, prélevés sur le continent Africain, futurs esclaves, futurs damnés de la Terre, sont vendus aux négriers par leurs frères, contre des verroteries. Leur vies ne vaut maintenant rien de plus qu’un meuble…

Ce polar historique, qui fleure le roman noir à toutes ses pages, est de ceux qui vous foutent un coup de poing dans la gueule, de ceux qui restent dans votre mémoire, même après le passage des ans et d’Alzheimer.

Ce deuxième opus commence avec les déboires de Erik Tre Rosor, jeune fils de noble de quatorze ans qui va découvrir la noirceur du monde, bien que, n’ayant pas les connaissance que nous avons, nous, lecteurs, il ne comprendra pas dans quelle sordide toile d’araignée il vient d’aller s’engluer… Nous, oui.

Pour sa défense, il était tellement en recherche de compréhension de la part des autres, de reconnaissance, qu’il était la victime parfaite pour le Grand Méchant dont le personnage était parfaitement réussi, sadique et retors à souhait. J’en ai eu des frissons. Notre vieille connaissance, Mickel Cardell, arrivera ensuite, fidèle à lui-même.

L’auteur adore torturer ses personnages, leur faire vivre une vie de merde, une vie en enfer, les tordre, les fracasser. Le contexte historique de la Suède n’a rien du monde des Bisounours non plus, il était donc parfait pour monter un thriller noir de chez noir, sans sucre, bien entendu.

La partie historique est copieuse, sans jamais devenir laborieuse ou indigeste, l’auteur ayant le talent nécessaire pour intégrer l’Histoire à son enquête (ou c’est l’enquête qui s’intègre parfaitement dans le contexte historique). En tout cas, l’équilibre est parfait et c’est difficile de s’embêter dans ce roman.

Les décors ne sont pas non plus oublié dans cette grande fresque et l’auteur décrit d’une manière très précise les bas-fonds de Stockholm, nous parle de ses petites gens, les gens de la Suède d’en bas, opposés à ceux de la Suède d’en haut à qui tout est permis. Il ne sert à rien de traverser la route pour trouver mieux, on peut s’élever un peu au-dessus de sa condition, mais jamais très haut.

Un roman historique noir de chez noir, sombre, violent, sanglant, où l’Homme Blanc et riche adore exploiter l’Homme pauvre et l’Homme de couleur (qu’il considère comme un moins que rien).

Un roman où le contexte historique est bien présent, sans jamais être indigeste. Un thriller où les personnages sont réussis, réalistes et où le Méchant n’est pas d’opérette.

Un roman social qui parle de misère, d’esclavage, de politique, de magouilles, de conditions sociales vraiment horribles et où tout est relié par une enquête qui entraînera Mickel Cardell et Emil Winge dans les horreurs de l’humanité, et les lecteurs avec.

Dommage qu’il n’ai pas eu 6 pages de plus pour pouvoir entrer dans le Challenge du Pavé de l’Été 2021.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°315].

La mer éclatée – Intégrale : Joe Abercrombie

Titre : La mer éclatée – Intégrale

Auteur : Joe Abercrombie
Édition : Bragelonne Fantasy (2017) – 864 pages
Éditions Originales : Half a King (2014) / Half the World / Half a War
Traduction : Juliette Parichet

Résumé :
Découvrez les Intégrales Bragelonne ! Cette édition exclusive numérique contient les ouvrages suivants : La Moitié d’un roi ; La Moitié d’un monde ; La Moitié d’une guerre.

« J’ai fait le serment de venger la mort de mon père. Je suis peut-être la moitié d’un homme, mais ce serment était entier. » Né faible aux yeux de son père, le prince Yarvi a juré de récupérer un trône dont il n’a pourtant jamais voulu.

Mais il doit d’abord affronter la cruauté de sa propre famille, les humiliations de l’esclavage, ainsi que les eaux amères de la Mer Éclatée.

Tout cela avec une seule main valide. C’est au côté d’une étrange assemblée d’exclus et de marginaux, et non parmi les nobles de son rang, que Yarvi apprendra à être un homme – s’il survit aux épreuves de toutes sortes qui l’attendent…

Critique :
Celui qui cherche la vengeance devrait creuser deux tombes : une pour son ennemi et une pour lui…

Yarvi sait de quoi je parle, lui qui a décidé de venger la mort de son père et de son frère, alors que les deux le méprisaient ouvertement.

Allez savoir pourquoi notre jeune homme, qui ne possède qu’un bras (pas de chocolat ?) valide, l’autre étant une sorte de moignon, qui ne sait pas se battre, à peine tenir une épée, a prononcé ce serment totalement fou.

Yarvi n’avait sans doute pensé que sa vengeance entraînerait d’autres personnes, étrangères à tout cela, à mourir pour sa cause ou à cause de sa vengeance. Des amis, des soldats, des innocents, autrement dit, un bain de sang pour n’avoir qu’une faible satisfaction une fois la vengeance accomplie.

Quand aux serments, ils ont tendance à un peu trop lier les gens qui les prononcent. Enfin, pas toujours, Yarvi en a respecté certains et en a bazardé d’autres. On s’arrange comme on peu avec sa conscience et si on juge que l’acte accompli est un moindre mal, on pourra dormir sur ses deux oreilles.

Voilà dans la fantasy comme je l’aime ! Déjà, les personnages ne sont pas ce que l’on pense, ils changent, cachent leur jeu. Yarvi n’a rien d’un guerrier badass, il est faible, ne sait pas se battre et ne possède que son enseignement de futur ministre, ce qui lui donne une langue acérée et la possibilité de se jouer des autres.

Les dialogues sont soignés, on a de l’humour noir, des vérités à imprimer, à mettre en action, à ne pas oublier et bien que nous soyons dans de la fantasy, le fond du récit est hautement contemporain de notre Histoire : guerres pour le pouvoir, pour être encore plus calife que l’on n’est déjà calife, posséder les autres, les faire plier sous notre joug, leur imposer notre croyance (la déesse unique alors que les autres croient en plusieurs dieux), peur de ce que les autres pourraient faire, peur de leur pouvoir qui est de mettre l’or sur papier (l’invention de la lettre de change ou du chèque), la place des femmes, la possession d’armes de destruction massive…

Si la première partie est consacrée à Yarvi, la suivante (qui est le tome 2) sera pour Épine et Brand et la troisième pour Skara, Raith et Koll (tome 3). Ce n’est pas pour autant que l’auteur laisse tomber les autres, ils sont toujours présent, évoluent, changent et jamais je n’ai réussi à savoir où se situait exactement Yarvi tant il pouvait être sage et tout autant où il aurait pu être un parfait tyran.

L’auteur n’a pas oublié les femmes dans son récit et elles se tailleront une belle place parmi les hommes, en tant que combattantes, forgeronnes, reines, sorcières, navigatrices, esclaves. Vraies salopes, femmes perfides, femmes lucides, femmes de fer ou femmes essayant de ménager la chèvre et le chou (tout en comprenant, un peu tard, qu’il est très difficile à garder l’équilibre), évoluant aussi au fil des pages, prenant de l’ampleur à certains moments ou disparaissant ensuite du récit.

Pas d’édulcorants dans cette histoire, les morts saignent, les tripes sortent, la guerre est sale et le comportement des soldats, mercenaires et autres dirigeants n’a rien de glorieux. C’est sale et monstrueux. Soyez pas dans leur passage, fuyez pauvres fous.

Le ton de l’auteur est cynique, ses personnages aussi, personne n’est tout à fait blanc ou noir, tout le monde étant teinté de gris et comme nous, ont parfois des réactions qui ne les mets pas en valeur, des actes condamnables, des choses qu’ils regretteront ensuite (ou pas) car personne ne connait à l’avance les répercussions que pourraient avoir la pose de l’acte X au jour J.

N’ayant jamais lu les autres romans de l’auteur, je n’ai aucun point de comparaison mais je compte bien remédier à cette erreur et me plonger dans ces autres trilogies afin de voir si son univers est toujours aussi réaliste et cynique (j’espère) ou si, comme d’autres, on retrouve toujours les mêmes recettes cuisinées (Gemmel).

Les manigances des ministres et des dirigeants avaient un goût machiavélique. L’auteur a réussi à tenir la barre de son scénario et à ramer sans jamais faiblir dans son récit que j’ai dévoré très vite (pour un gros pavé). Il est cohérent dans les actions de ses personnages et nous réserve quelques petites surprises durant son histoire.

En attendant, je suis contente d’être repartie dans de la très bonne fantasy (ceci n’est que mon avis, hein), réaliste, cynique, noire, sans concession, sans happy end bisounours (même si je pleure la disparition de certains personnages), où la guerre était vraiment ce qu’elle est (sale et monstrueuse) et où les personnages ne se soucient pas d’être aimé car être craint dure plus longtemps !

Lu dans sa version « Intégrale » papier (864 pages), mais cette intégrale existe aussi en 3 volumes au format poche édités par les éditions Bragelonne. Les couvertures sont super aussi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°314], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°67] et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées – 864 pages.

 

L’épopée de Gengis Khan – 03 – La chevauchée vers l’Empire : Conn Iggulden

Titre : L’épopée de Gengis Khan – 03 – La chevauchée vers l’Empire

Auteur : Conn Iggulden
Édition : Pocket (2011) – 608 pages
Édition Originale : The epic story of the great conqueror : Bones Of The Hills (2008)
Traduction : Jacques Martinache

Résumé :
La conquête des terres chinoises à peine achevée, Gengis Khan se voit contraint d’envoyer ses guerriers dans une autre direction.

Mohammed, le shah du Khwarezm, a en effet torturé et massacré les émissaires que le chef mongol lui avait envoyés, et Gengis se doit de laver cet affront.

Pour le grand khan et ses armées menées par ses frères et ses plus fidèles généraux, c’est le début de la plus longue campagne qu’ils aient jamais entreprise, à l’assaut d’un immense territoire qui s’étend de la mer d’Aral aux rives de la mer Caspienne.

La conquête continue… Mais si Gengis sait se montrer à la hauteur lorsqu’il s’agit de conquérir, sera-t-il capable d’assurer sa succession afin de veiller à la pérennité de son empire et de son peuple ?

Critique :
Pour ma dernière chevauchée aux côtés de Gengis Khan et de ses guerriers Mongols, j’ai été servie en action, sang, violences…

Pourtant, ma soif de conquêtes littéraire n’est pas prête d’être étanchée, tout comme celle de Gengis, sauf que lui, c’était conquérir des territoires.

Lorsque l’Empire Romain s’est étendu et qu’ils ont conquis toute la Gaule (sauf un village peuplé d’irréductibles Gaulois), ils ont construit des routes, des bâtiments, des aqueducs, apporté leur savoir, leur culture (après avoir saigné à blanc les territoires et les populations, bien entendu).

Bref, ils ont joué au parfait petit colonisateur (ironique) venant apporter la lumière aux barbares, ainsi que leur savoir-faire.

Gengis Khan, lui, n’a rien apporté que la désolation, les pillages, la mort… puisqu’il n’a rien construit sur les territoires qu’il a conquis, n’ayant pas assez de guerriers que pour les occuper et n’ayant pas envie de changer de vie, passant de nomade à sédentaire.

D’ailleurs, lui et ses hommes pillaient les richesses, mais sa yourte ne portait pas de signe de richesse extérieure, ni intérieure. Aucun de ses généraux, les chefs des tumans (10.000 guerriers) n’avait de signe extérieur de richesses et n’occupait leurs postes que grâce à leur mérite.

Dans le dernier tome de cette trilogie (les suivants ne sont pas traduits, dommage), on n’aura aucun moment de répit (ou si peu), sans pour autant que la chevauchée devienne fatigante.

Que du contraire, l’auteur atteint même son apogée avec ce troisième opus de la vie de Gengis Khan. Les descriptions de combats et de violences sont parfaitement décrites (sans jamais devenir lourde).

Après avoir suivi les formations militaires des fils du khan, on assistera, impuissants, aux tensions entre les deux fils aînés de Gengis : Djötchi et Djaghataï, sans qu’aucun généraux n’osent dire au khan qu’il exagère dans son mépris pour Djötchi. Hé, c’est que le khan, il en impose et que tout le monde est à ses ordres.

Gengis est un assassin en puissance, il a peut-être uni les différentes tribus de son peuple, mais à quel prix ? Celui de la mort et du sang puisqu’il entraînera tout son peuple derrière lui pour attaquer sans cesse ou faire le siège de différentes cités.

Le khan est inflexible, têtu et ne souffre pas qu’on lui fasse l’affront de tuer ses émissaires, alors, il a envahi et razzié le Khwarezm (l’actuel Ouzbékistan et une petite partie du Turkménistan).

Pourtant, si l’on fait les comptes, vu le nombre de vies perdues (dizaines de milliers), même parmi les femmes et les enfants, cela en valait-il vraiment la peine ? Pas besoin d’y répondre, on connaît la réponse.

Aux travers des yeux de ses généraux ou de ceux de ses ennemis, on comprendra ses stratégies de batailles, mais aussi leur manière de vivre, de penser, d’être. C’est tout un pan de la culture mongole, nomade, qui nous est offert. Et ils vivaient à la dure.

Dans ce dernier tome du règne de Gengis Khan, jamais l’auteur ne fait l’apologie des méthodes du grand khan, il le met en scène, lui, ses généraux, ses guerriers, son peuple, nous parle de leur méthode de vie, de leur pensées, sans jamais prendre parti.

Sa plume virevolte sur les pages mieux qu’un petit cheval mongol et son récit se lit tout seul, les 600 pages passant même trop vite.

Une excellente biographie de Gengis Khan, romancée, tout en restant fidèle à l’Histoire. C’est très instructif à lire, sans jamais devenir redondant, sans jamais être lourd ou chiant à lire. Une fresque historique à découvrir afin de mieux connaître les invasions Mongoles et leur terrible Khan qui fut plus un razzieur, un pilleur, un démolisseur qu’un bâtisseur.

Lu dans son édition Pocket – 608 pages

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°309], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°62], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°67], Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Troie – 03 – La chute des rois : David Gemmell et Stella Gemmell

Titre : Troie – 03 – La chute des rois

Auteurs : David Gemmell et Stella Gemmell
Édition : Milady Fantasy (2016) – 637 pages
Édition Originale : Troy, book 3: Fall of Kings (2007)
Traduction : Rosalie Guillaume

Résumé :
Les ténèbres tombent sur la Grande Verte, et le Monde Ancien est cruellement déchiré.
Sur les champs de batailles autour de Troie, la cité d’or, se réunissent les armées fidèles au roi mycénien, Agamemnon.

Parmi ces troupes se trouve Ulysse, le fameux conteur, devenu leur allié malgré lui. Il sait que rien n’arrêtera Agamemnon pour s’emparer du trésor que renferme la cité,et qu’il devra bientôt affronter ses anciens amis en un combat à mort.

Malade et amer, le roi de Troie attend. Ses espoirs reposent sur deux héros: Hector, son fils préféré, le plus puissant guerrier de son époque, et le redoutable Hélicon, détermine à venger la mort de son épouse aux mains des mycéniens.

La guerre a été déclarée. Même si ces ennemis, qui sont aussi des parents, laissent libre cours à leur soif de violence, ils savent que certains d’entre eux, hommes ou femmes, deviendront des héros, dont les exploits vivront à tout jamais dans un récit transmis à travers les âges…

Critique :
Ces derniers jours, j’ai vécu la guerre de Troie deux fois, chacune étant différente l’une de l’autre puisqu’elles revisitaient la légende et le texte d’Homère (d’alors).

Si avec les Chroniques de St Mary’s 03, j’ai passé plus de temps dans la ville de Troie avant la guerre, j’avais tout de même eu un bel aperçu de quelques batailles, du duel Achille/Hector et apprécié la relecture du coup du cheval de Troie.

Gemmel nous offrira plus de récits de batailles et d’escarmouches, puisque c’est sa spécialité dans ses romans : des combats épiques, au cœur de l’action, au plus près des hommes, respirant leur sueur, sans oublier quelques moments désespérés ou tout semble perdu avant que…

N’y allons pas par quatre chemins, Gemmel fait du Gemmel et, si vous avez lu nombreux de ses romans, vous aurez l’impression de retrouver des situations vues ailleurs, de croiser le même genre de personnages légendaires… Pourtant, si dans certains romans de l’auteur, cela m’a gêné, ici, ce ne fut pas le cas.

Ses personnages sont bien travaillés, ils ont de la profondeur, on s’attache à beaucoup d’entre eux, se demandant quel sort l’auteur va leur réserver, même si on connait certains destins légendaires et que l’on a aucun doute quant à leur mort prochaine.

On peut réécrire une légende, changer le mythe, l’adapter, apporter d’autres théories pour le Cheval de Troie (qui est tout aussi pertinente que celle dans les Chroniques de St Mary’s, même si différente), mais l’on ne peut changer le destin des héros trop profondément ou changer l’issue de la guerre, sinon, on va droit au fossé.

Rassurez-vous, Gemmel n’est pas un imbécile : il a gardé les grandes lignes initiales et a apporté son génie imaginatif pour changer certaines parties, les interpréter à sa sauce, y apporter son grain de sel, son souffle épique (dommage qu’il fut son derner souffle).

L’histoire originale à beau être dans notre mémoire, malgré tout, on ne peut s’empêcher d’espérer que les personnages que l’on apprécie, tels les guerriers Banoclès et Calliadès, Hélicon le Bienheureux (Énée), Andromaque, Xander l’infirmier, Ulysse le conteur ou Hector le guerrier de survivre à cette guerre débile, provoquée sur un motif vieux comme le monde : l’envie de s’approprier les richesses des autres.

Les méchants resteront foncièrement méchants jusqu’au bout, tel Agamemnon, cruel, arrogant, sans cervelle parfois, buté jusqu’au bout, ne voulant pas croire ceux qui lui disaient que le trésor de Priam serait vide puisqu’il a dû le dépenser pour défendre sa ville, acheter des mercenaires, des armes…

Si cette dichotomie est présente pour les grands méchants, elle n’a pas lieu pour les autres personnages qui, bien qu’on les considère comme des amis, n’en sont pas moins des tueurs, des assassins, des pilleurs, comme les autres. Et pourtant, on les aime. Paradoxe, quand tu nous tiens.

Dans ce récit, ne chercher pas l’élément fantastique, il ne s’y trouve pas. Vous ne croiserez pas la route d’un Dieu de l’Olympe, ni même celle d’un demi-dieu tel le Minotaure. Les gens y croient, le moindre phénomène naturel, pour eux, provient des dieux, mais nous, lecteurs, ne nous y tromperons pas et nous ne verront qu’une éruption volcanique, un tsunami, une tempête…

La construction du récit est bien pensée, les moments plus calmes alternent avec des batailles. On vivra l’attente, l’angoisse, la douleur, le stress avant de partir au combat, l’exaltation de la victoire et les émotions seront au rendez-vous, sans pour autant que cela vire à la guimauve à deux balles.

Tous les personnages sont engagés dans une tragédie et hormis le salopard d’Agamemnon que l’on détestera d’emblée, il sera fort difficile de choisir son camp car bien des personnages appréciés se trouveront face à face et pas dans le même camp.

Mon voyage à Troie est terminé et j’ai quitté les murs de cette cité mythique, en ruine, avec le coeur lourd car j’aurais souhaité poursuivre cette aventure avec ces personnages qui m’avaient emportés dans leur quête.

Une saga épique qui monte en puissance au fil des tomes et qui emporte les lecteurs sur son passage, tel un tsunami rempli d’émotions, d’aventures, d’action, de bravoure, de combats, de drames, de tragédies, d’amour, de légende et d’hommes valeureux.

Lu l’édition Milady Fantasy faisant 637 pages (pavé de l’été 2021).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°302], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°55], Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Acadie : Dave Hutchinson

Titre : Acadie

Auteur : Dave Hutchinson
Édition : Le Bélial’ Une Heure Lumière (29/08/2019)
Édition Originale : Acadie (2017)
Traduction : Mathieu Prioux

Résumé :
Parce qu’il était précisément le type qui avait le moins envie du poste, Duke a été désigné Président de la Colonie. La Colonie, c’est cet ensemble d’habitats spatiaux cachés dans un système stellaire isolé et sans grand intérêt.

Le boulot de Duke, purement honorifique, lui permet de se la couler douce… sauf dans les situations de crise comme celle qui se présente. Car voilà qu’une sonde en provenance de la Terre arrive aux frontières du système.

Pour les résidents de la Colonie, il n’y a pas pire nouvelle. Cela fait cinq siècles qu’ils fuient l’autorité terrienne : sous la houlette de la généticienne Isabel Potter, ils ont établi une véritable utopie itinérante où une frange toute particulière de la population, les Ecrivains et les Gamins, peut laisser libre cours à sa créativité en matière de reprogrammation génétique.

Etre rattrapés est tout simplement inenvisageable : pour avoir violé les strictes lois bioéthiques terriennes, même il y a plusieurs siècles, c’est la peine capitale qu’ils encourent. Heureusement, Duke est l’homme de la situation… non ?

Court roman roublard mené à cent à l’heure, Acadie questionne avec humour et acuité les dérives d’une science sans conscience.

Critique :
Bienvenue dans le fin fond du fin fond du fin fond de la galaxie.

Après le trou du cul de cette même galaxie, tournez à gauche et continuez la route durant quelques années lumières et vous arriverez sans doute directement sur La Colonie.

Sauf que, elle vous aura détecté avant votre arrivée et aura déjà plié bagage.

Duke est le président de La Colonie, mais le titre est honorifique et refourgué à celui qui en veut le moins, qui s’en fiche le plus. Bref, le plus blasé et Duke est un grand blasé.

Si d’aventure en aventure (♫) vous passiez les systèmes de défense, qui, comme les voies du Seigneur, sont dit impénétrables, c’est à lui que reviendra de donner l’ordre à La Colonie de jouer les filles de l’air.

Le vocabulaire est assez technique, fait de mots en novlangue pour donner l’impression que depuis le fil à couper le beurre, on a inventé des trucs super géniaux pour voguer dans l’espace, mais entre nous, ces nouveaux mots cassent un peu le rythme de lecture, déjà qu’il faut s’y retrouver dans les différents flash-back et que, en si peu de pages, l’auteur doit aller droit au but, ce qui a rendu mes débuts de lecture assez difficile.

Isabel Potter (qui n’est pas parente avec Harry) a fait des expériences génétiques sur Terre et comme on voulait la passer par la case pertes plus que profits, elle s’est barrée dans un vaisseau, emportant avec elle d’autres humains qui, depuis des siècles, vivent dans l’espace, dans La Colonie. Les passages avec les Écrivains sont assez spéciaux et à la limite du questionnement.

Ma préférence ira pour la seconde moitié du roman, lors de la rencontre avec un autre vaisseau et le twist final qui, bien que je l’ai senti arriver, m’a fait sourire car il expliquait bien des choses, dont celles que nous avions eu en commençant notre lecture.

Avec un début de lecture difficile, le twist final n’a pas réussi à faire remonter mon sentiment général et c’est donc mitigée que je suis ressortie de cette lecture, même si elle a occupée mon esprit encore longtemps puisque je réfléchissais sur ce que j’avais lu, analysant les différentes choses que ce roman mettait en avant pour les dénoncer.

Ne prenez rien pour acquis !

Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°28], et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

La ferme des animaux : George Orwell

Titre : La ferme des animaux

Auteur : George Orwell
Édition : Livre de Poche Jeunesse (2021)
Édition Originale : Animal farm (1945)
Traduction : Stéphane Labbe

Résumé :
Un beau jour, dans une ferme anglaise, les animaux décident de prendre le contrôle et chassent leur propriétaire.

Les cochons dirigent la ferme comme une mini société et bientôt des lois sont établies proscrivant de près ou de loin tout ce qui pourrait ressembler ou faire agir les animaux comme des humains.

De fil en aiguille, ce microcosme évolue jusqu’à ce qu’on puisse lire parmi les commandements : « Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d’autres. »

Le parallèle avec l’URSS est inévitable quand on lit cette fable animalière. À travers cette société, c’est une véritable critique du totalitarisme d’état que développe Orwell.

Critique :
Cette fable animale, qui pourrait sembler simpliste, ne l’est pas du tout.

Un enfant la prendrait au premier degré, pour ce qu’elle est : des animaux se sont révoltés, ont chassé le fermier, pris possession de la ferme et veulent bosser pour leur propre compte.

L’enfer étant pavé de bonnes intentions, si au départ, tout est bien, après quelques temps, ça part en couille puisque les cochons s’arrogent le pouvoir, mais les autres animaux ne s’en rendent pas compte (ou ne veulent pas s’en rendre compte).

L’adulte, lui, lira entre les lignes et y verra (le cas de le dire, puisque l’on parle de cochons) une fable animalière dénonçant le communisme à la Staline ou tout autre régime totalitaire.

Au départ, les intentions sont bonnes puis une certaine élite se dégage, s’arroge des droits (sans les devoirs qui vont avec), des passe-droits, des rations supplémentaires, donne des ordres, considère les autres comme des esclaves, réécrit l’histoire et puisque l’on a réchauffé l’eau doucement, puisque l’on avait un police violente, personne n’a rien senti, personne n’a osé l’ouvrir et ceux qui l’ont ouvert sont morts.

C’est aussi une fable qui parle de toutes les révolutions qui furent confisquées ensuite par certaines personnes qui n’ont eu de cesse, ensuite, de se comporter comme les tyrans qu’ils dénonçaient autrefois et qu’ils avaient renversés, arrivant même à se comporter d’une plus vile manière qu’eux.

J’y ai aussi lu une dénonciation du capitalisme avec la force ouvrière qui est exploitée par une élite intellectuelle et qui malgré qu’elle bosse plus, reçoit de moins en moins de ration alimentaire, tandis que ceux qui ne produisent rien bouffent à s’en faire péter la panse (oui, c’est dit sans les pincettes). Travailler plus pour gagner moins !

Puisque les animaux bossent pour eux (qu’ils croient), ils sont prêt à tous les sacrifices, oubliant que ce ne seront pas eux qui tireront les bénéfices de leur force de travail et qu’au final, ils sont esclaves de quelqu’un, sauf que ce n’est plus du fermier (qui les faisait bosser moins, même si c’était pour son bénef à lui) mais des cochons.

La descente aux enfers commencera doucement pour nos animaux, sans qu’ils ne s’en rendent vraiment compte au départ puisque tout leur est expliqué simplement : c’est pour leur bien ! Et on avale, pardon, et ils avalent. Et puis, ceux qui n’avalent pas n’auront plus jamais l’occasion de remettre en question les ordres du cochon Napoléon, le chef.

Orwell va droit au but et s’inspire aussi des animaux pour leur donner leur caractère propre et habituel : les moutons bêlent ce qu’on leur dit de bêler, les chiens sont agressifs, les chevaux forts, l’âne intelligent… Chacun est parfaitement à sa place dans son rôle et il ne faut pas franchir des fossés pour assimiler les animaux à des humains, vu leur comportement.

Orwell frappe sous la ceinture, ça fait mal, ce petit livre. Il en ressort qu’en fait, tout le monde peut devenir un libérateur, il suffit juste d’être un bon orateur et la foule de moutons suivra !

Mais une fois le premier tyran éliminé, il faut avoir le pieds sur terre pour ne pas virer dictateur soi-même. Pas besoin de franchir des fossés non plus, la frontière est mince et si facilement franchie… Trop facilement…

Ensuite, le reste vient tout seul, un pas après l’autre, une règle après l’autre, une restriction après l’autre.

Une fable intelligente qui démontre que le totalitarisme n’est jamais loin, qu’il se trouve sous nos yeux, partout et pas que dans les états dictatoriaux, les républiques bananières…

Le totalitarisme ne se trouve pas que dans le passé et que ce salopard peut revenir au galop sans que l’on ne s’en rende compte ou alors, trop tard.

La liberté n’est pas un du, ce n’est pas non plus un droit, c’est un devoir. Mais il n’est pas toujours facile de voir le totalitarisme se mettre en place et encore moins de se rebeller contre des autorités toutes puissantes qui peuvent vous broyer comme on écrase une noisette avec l’outil adéquat.

Et puis, il est souvent plus facile de faire semblant de rien, de se raconter des histoires, de laisser couler, de baisser les bras. Parce que s’opposer de manière intelligente, c’est épuisant, dangereux et bien souvent, on est seul.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°60], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°18] et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

1984 (BD) : George Orwell et Fido Nesti

Titre : 1984 (BD)

Scénariste : George Orwell
Dessinateur : Fido Nesti

Édition : Grasset (04/11/2020)

Résumé :
1984, le chef-d’œuvre de George Orwell, fait partie des plus grands textes du XXème siècle. Les lecteurs de tous âges connaissent Big Brother et Winston Smith, car plus qu’un roman politique et dystopique, 1984 a nourri notre imaginaire sans jamais perdre de son actualité.

L’atmosphère envoûtante et le dessin aux teintes fantastiques de l’illustrateur brésilien Fido Nesti, alliés à la modernité de la traduction de Josée Kamoun, nous offrent aujourd’hui une somptueuse édition de 1984, la première version graphique du texte mythique d’Orwell.

Il s’agit d’un des événements éditoriaux les plus attendus de l’année à travers le monde.

Critique :
J’avais découvert le roman en 2013 et malgré le fait que j’avais pris un uppercut dans ma gueule avec la description d’une société totalitaire poussant l’absurde jusqu’à réécrire l’Histoire ou les faits, certains passages de cette dystopie m’avaient ennuyés.

Ma cotation avait été très bonne parce que le K.O (chaos ?) était parfait et j’avais eu du mal à me relever.

L’adaptation en roman graphique était donc l’occasion de voir si j’allais encore éprouver des grands moments de solitude durant les soliloques de Winston Smith…

Une fois de plus, je suis au tapis, la gueule qui fait mal et durant ma lecture de ce roman graphique, je n’ai pas vécu l’ennui qu’une partie du roman m’avait procurée. Les sueurs froides étaient toujours au rendez-vous, par contre.

Si je n’ai pas été conquise par les dessins, les couleurs illustraient bien l’atmosphère de l’Angleterre sous ce régime totalitaire, dictatorial, stalinien…

D’ailleurs, j’ai même eu un regain de sueurs froides en revoyant les épisodes où les employés doivent réécrire l’Histoire, les faits, les journaux et gommer ce qui doit être gommer car depuis quelques temps, certains illuminés du bocal aimeraient que l’on efface certaines mots des romans, effaçant par là même l’Histoire et ses horreurs.

« Un peuple qui ne connait pas son passé, ses origines et sa culture ressemble à un arbre sans racines » (Marcus Garvey). Pire ! « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre » (Winston Churchill, Karl Marx et plein d’autres).

Comme le disait si bien Abraham Lincoln : Le problème avec les citations sur Internet, c’est qu’il est difficile de déterminer si elles sont authentiques ou non.

Orwell s’inspire, bien entendu, des sociétés totalitaires comme furent celles du communisme sous Staline (on réécrivait la réalité, on truquait les chiffres, on montrait l’opulence mais ce n’était que du carton pâte) et du nazisme. Bref, toutes les sociétés totalitaires peuvent se retrouver dans ses pages.

Anybref, cette adaptation graphique du célèbre roman d’Orwell est excellente car les dessins sont en harmonie parfaite avec le ton de la narration de Winston Smith qui nous explique le monde dans lequel il vit, dans cette société qui contrôle tout, même l’écran qui est dans votre domicile, celui que l’on ne peut pas éteindre.

Ceux ou celles qui ne voudraient pas lire le roman peuvent se rabattre dans soucis sur cette adaptation car elle est fidèle au roman.

La présence de dessins, dans des tons gris et rouges, qui illustrent eux-mêmes ces ambiances de désespoir, de morosité, de suspicion, de mal-être, plongent encore mieux le lecteur dans ce monde horrible, lui donnant l’impression qu’il se trouve dedans, à arpenter ces rues grises d’un Londres que personne ne voudrais connaître.

Si dans la deuxième partie, on a un peu de répit, d’amour, la troisième, elle, est implacable et les tripes qui étaient déjà nouées vont se tordre encore plus devant tant d’inhumanité, de folie car ce qu’il se passe dans ces pages, ça va encore plus loin dans la négation de la mémoire que le stalinisme ou que le nazisme.

Avec Big Brother, c’est comme si vous n’aviez jamais existé, vous ne deviendrez jamais un martyr, un témoin gênant. Vous serez un rien du tout, réduit à néant, aussi bien dans le passé que dans l’avenir.

1984, c’est plus qu’une claque dans la gueule, c’est une balle dans la tête. À lire et à relire, sans oublier que Big Brother est là, à nous regarder, derrière nos écrans. Heureusement, nous n’en sommes pas encore arrivé à ce qui se déroule dans cette dystopie glaçante mais ce totalitarisme a existé (pas aussi poussé) et il n’est jamais mort car on ne peut pas tuer des idées.

— Si tu veux une image du futur, figure-toi une botte qui écrase un visage humain. Indéfiniment.

Le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021 [32ème et dernière fiche], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°12] et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Guerilla social club : Marc Fernandez

Titre : Guerilla social club

Auteur : Marc Fernandez
Éditions : Préludes (2017) / LP (2018)

Résumé :
Deux hommes disparaissent à Madrid. Un autre à Paris et une femme à Buenos Aires. Chaque fois, le même scénario : les victimes sont enlevées et leur cadavre retrouvé mutilé. Toutes ont aussi un passé commun : leur combat contre les dictatures d’Amérique latine dans les années 1970 et 1980.

Parmi ces disparus figure l’un des amis du journaliste madrilène Diego Martín. Il décide de se pencher sur cette affaire pour son émission de radio, aidé par la détective Ana Durán, sa complice de toujours, et par l’avocate Isabel Ferrer.

Une enquête de tous les dangers qui va les mener de l’Espagne à l’Argentine en passant par le Chili, et les obliger à se confronter aux fantômes de l’Histoire. Ce qu’ils découvriront fait froid dans le dos, car, quarante ans après l’opération Condor, le rapace continue de voler.

L’auteur de l’acclamé Mala Vida, finaliste du Grand Prix des lectrices de Elle, revient avec un nouvel opus, plus haletant que jamais, à cheval entre l’Europe et l’Amérique latine, où le passé vient frapper à la porte d’anciens guérilleros… Ennemis un jour, ennemis toujours.

Critique :
Lorsqu’un roman noir de politique-fiction est bien mené, il instruit son lecteur, le rend moins bête.

Ce fut le cas avec ce deuxième tome de l’auteur, où j’ai retrouvé les personnages de Mala Vida, sauf que je connaissais une partie de l’histoire.

Quelle histoire ? Les dictatures sud-américaines des années 70-80 et leurs exactions (tortures, enlèvements, disparitions, meurtres, assassinats,…). Attention, je ne connais pas tout mais les grandes lignes oui, vu que ce mois de mai, j’ai lu assez bien de romans noirs se déroulant en Amérique du Sud.

Cette fois-ci, notre journaliste Diego Martín ne va pas enquêter, comme dans le premier, sur les assassinats d’ancien guérilleros, retrouvés morts, après avoir été torturé et ce, 30 ans après les faits.

Non, Diego Martín ne va pas rester les bras croisés et muet, loin de là, mais ce sera surtout Isabel et Léa en Argentine qui vont mettre à jour des dossiers et au fur et à mesure que chacun apportera sa pierre à l’édifice, la solution apparaîtra dans toute son horreur.

Une fois de plus, le récit est glaçant car même si en l’état, c’est une fiction, on sait que ce qui est développé dans le récit à notre époque s’est déjà passé et se passera encore car il est un excellent moyen pour manipuler les gens et les faire accepter ce que vous proposez pour leur sécurité.

L’auteur est habile pour mêler le vrai et le faux, la réalité et la fiction, cette dernière servant de liant pour parler du passé et des horreurs des dictatures militaires sud-américaines.

Comme nous repartons avec la même équipe, nous sommes en terrain connu, mais cela n’empêche pas l’auteur de continuer de soigner les portraits de ses personnages, de les rendre réalistes à tel point qu’on aurait envie d’aller boire un verre avec eux à la Casa Pepe (en terrasse, bien entendu). En tous les cas, Ana reste ma préférée.

C’est comme toujours percutant et comme le roman est assez court, l’auteur va directement à l’essentiel et ne perd pas de temps, allant droit au but. Peut-être qu’un peu plus de pages n’auraient pas fait de tort et auraient données encore plus de poids au récit, même s’il pèse déjà lourd dans mon esprit.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°262] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021 [31ème et avant-dernière fiche].