Cabossé : Benoît Philippon

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Titre : Cabossé

Auteur : Benoît Philippon
Édition : Gallimard (2016)

Résumé :
Quand Roy est né, il s’appelait Raymond. C’était à Clermont. Il y a quarante-deux ans. Il avait une sale tronche. Bâti comme un Minotaure, il s’est taillé son chemin dans sa chienne de vie à coups de poing : une vie de boxeur ratée et d’homme de main à peine plus glorieuse. Jusqu’au jour où il rencontre Guillemette, une luciole fêlée qui succombe à son charme, malgré son visage de « tomate écrasée »…

Et jusqu’au soir où il croise Xavier, l’ex jaloux et arrogant de la belle – lequel ne s’en relèvera pas… Roy et Guillemette prennent alors la fuite sur une route sans but.

Une cavale jalonnée de révélations noires, de souvenirs amers, d’obstacles sanglants et de rencontres lumineuses.

vieux-ringCritique :
À ma gauche, un mètre quatre-vingt-quinze de bêtise crasse pour cent dix kilos de vie de merde, triple champion du monde de la lose intégrale, j’ai nommé Roy le Cabossé !

À ma droite, un mètre vingt-deux de vide sous cellophane, trente-trois kilos de viande molle, j’ai nommé Guillemette la Trépassée !

Toujours aussi sympa dans ses présentations, le Martino !

À quoi pourrait-on comparer ce roman noir lumineux ? À l’histoire de la Belle et de la Bête ! Sauf qu’ici, les deux personnages – Roy et Guillemette – se sont rencontrés via un site de rencontre, qu’ils couchent ensemble le premier soir, que leur première nuit est ponctuée d’orgasmes multiples et qu’ensuite, au lieu d’une histoire d’amour banale, ils seront en cavale. Mais toujours avec du sexe ! Bref, pas un Disney !

La petite, c’est une sirène qui lévite autour d’une baleine. Un coup de queue mal géré et la sirène finit en tartare de thon. Enfin un coup de queue, façon de métaphorer.

La Belle, c’est Guillemette, c’est une luciole, une petite femme fragile, que la vie n’a pas épargnée non plus. La Bête, le Minotaure, c’est Roy, encore plus cabossé par la vie, à croire que le Bon Dieu l’a oublié quand il distribuait les jolies tronches de bébé à la naissance.

Et ceux qui lui parlent de sa personnalité pas bien façonnée, il leur explique son parcours d’évolution psychologique à coups de poings dans la gueule et, en général, l’explication fait son chemin. Souvent vers l’hôpital. Mais au moins, ils vont quelque part.

Eux deux, c’est la môme Piaf et son boxeur Marcel Cerdan, sauf que notre ancien boxeur à nous, il fait presque 2 mètres et qu’il est bâti comme une armoire à glace normande, avec le caractère bouillant d’un volcan en éruption.

Roy a tout de suite apprécié la capitale. C’était moche, c’était sale, ça puait la tromperie, le vice et la mort. Il s’y est senti comme sur un ring. Un ring sans règles, avec un adversaire teigneux et sanguinaire. Roy avait dix-neuf ans, il venait de quitter son bled après avoir vécu un drame qui l’avait terrassé et il avait pas pu soulager sa colère. Une cocotte-minute verrouillée, sous pression, qui siffle et qui va finir par exploser. Une bombe à retardement dans les rues de Paris.

Beaucoup d’émotions dans ce livre ! C’est brut de décoffrage, l’auteur a un style qui n’appartiendra qu’à lui, mais dont il a dû emprunter à d’autres, ceux qui écrivent en maniant l’art de la métaphore à la truelle.

Ne cherchez pas de grandes envolées lyriques, vous n’en trouverez point. Ici, on aurait plus un côté Tontons Flingueurs dans les pensées des personnages ou dans les images utilisées par l’auteur pour nous décrire une situation ou une personne. La violence en plus parce qu’ici, messieurs, dames, on ne fait pas de la dentelle non plus.

Sans avoir fait sept ans d’études d’anatomie, Roy peut déjà annoncer que Martinot vient de perdre trois côtes et de se déplacer deux vertèbres. Voilà pour le hors-d’œuvre. Le reste du menu arrive, le chef vous a préparé une surprise à sa façon. Il espère qu’elle sera à votre goût.

Certes, on me dira que dans les réparties, ce n’est pas la Comédie Française ! Je le sais, l’auteur l’avoue lui-même dans son roman.

C’est pas non plus la Comédie-Française, Roy et Martinot, mais vu le contexte, leur cerveau en ébullition leur donne de la verve.
— J’ai pas besoin de ma queue pour lui déchirer le cul à ta pétasse. Un bon fer à souder fera très bien l’affaire.
Pas la Comédie-Française, donc.

Sûr que quand un type te dit qu’il peut déchirer le cul de ta femme avec un fer à souder, tu sens bien que pour la politesse, tu repasseras ! Chez les Bisounours, ça détonnerait, ça te scandaliserait la mère ménagère de moins de 30 ans, mais ici, nous sommes avec des truands et il ne sortira pas des papillons arc-en-ciel de leur flingues !

Ici, les répliques, c’est pas du flamby, c’est même pas du Nain Agité, c’est des répliques au cordeau, à la Vlad P., en moins diplomate et en plus pire, c’est te dire que certains ont des flingues de concours et la puissance de feu d’un croiseur.

Mais c’est aussi une histoire d’amour improbable, des rencontres que tu ne ferais pas en une vie, des personnages tellement atypiques et des situations folles que certains pourraient dire que c’est exagéré. Mais non, ça ne l’est pas dans ce roman noir !

Et dans toute cette noirceur, il y a aussi du magique avec Lou, Bobby le prof de boxe homo, Mademoiselle Solange de la biblio, Rita la pute qui faisait dans l’humanitaire du cul, René le niaouké tout ridé, Iris l’aveugle, Berthe dite mamie Luger, sa luciole Guillemette et la petite Lili.

Des rencontres belles, des histoires qui nous font fondre, puis qui étreignent notre petit cœur. Des rencontres qui ont façonnées notre Minotaure Roy tel qu’il est. Des gens qui lui ont tendu la main, faisant fi de sa trogne de tomate écrasée.

Un personnage central de Roy que l’on devrait craindre, que l’on devrait ne pas aimer, un anti-héros total, mais un homme que l’on apprécie au fur et à mesure et que l’on suivrait jusqu’au bout du monde, parce que sous l’armure, bat aussi un cœur, cabossé lui aussi, mais un cœur.

Pour mon dernier livre de l’année 2016, je termine donc sur un méga coup de cœur. Embêtant car j’avais déjà établit ma liste des coups de cœur et là, j’en ai 16 au lieu de 15.

Oui, ce livre fera partie intégrante de mes jouissances littéraires de l’année 2016 ! Je fini l’année en beauté, en orgasme livresque, mais je ne saurais pas vous dire qui m’a fait le plus de bien cette année, qui le faisait le mieux ou qui avait le plus beau roman. Ils et elles l’ont tous et toutes fait à leur manière bien différente.

— Je te mens pas. J’ai encore des restes de spasmes qui me viennent du vagin et qui me secouent jusqu’au cortex reptilien.

Toujours le même instinct compulsif masculin qui fait tourner le monde : qui c’est qu’a la plus grosse ?

Chacun de mes coups de cœur était beau à sa manière. « Cabossé » est beau aussi, mais à sa manière, et c’était pas de la poésie ! Bien que, à certains moments on pourrait dire qu’on a poétisé d’une autre manière…

— Je vais pas juste te dépuceler, mon beau. Cracher ton jus, c’est pas le plus compliqué, tu m’as pas attendue pour ça. D’ailleurs vu que c’est ta première fois, j’imagine même que c’est déjà fait.

Pour une raison physique inexplicable, Roy arrivait plus à respirer alors que c’est sa queue que la main de Rita garrottait et faisait gonfler à l’en éclater. Le choc, sans doute.

En définitive, malgré les apparences pour le moins trompeuses, cette camionnette rouillée était un temple de l’amour. Sa prêtresse y pratiquait l’élévation de l’esprit et de la queue, afin que ses puceaux excellent dans l’art du cul bien fait. On a la science qu’on peut.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

BILAN - Coup de coeur

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Meurtres à Willow Pond : Ned Crabb

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Titre : Meurtres à Willow Pond

Auteur : Ned Crabb
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
Sur les rives d’un petit lac du Maine, Alicia et Six Godwin coulent une existence paisible, entre la librairie qu’ils ont créée et leur passion commune pour la pêche. Jusqu’au jour où ils décident de passer le week-end dans le luxueux lodge que leur richissime cousine, Iphigene Seldon, dirige d’une main de fer.

Âgée de 77 ans et dotée d’un caractère bien trempé, la vieille femme a justement convoqué ce même week-end ses nombreux héritiers pour leur annoncer qu’elle modifie son testament. Au lodge, l’atmosphère devient électrique. Et tandis qu’un orage d’une extrême violence se prépare, tous les membres de la famille se laissent envahir par des envies de meurtre.

WillowCritique : 
Imaginez un instant qu’Agatha Christie soit une férue de pêche à la ligne et qu’un jour, ayant éclusé quelques verres de bourbon, elle ait décidé de nous créer des personnages colorés, d’ajouter du sexe et de transposer tout ça pour des meurtres à l’Anglaise dans les terres de Stephen King : le Maine !

— Alors, si je comprends bien, tous les ingrédients sont réunis pour que ça tourne au vinaigre.

— Oh, bon sang, répondit Six à Gene, on se croirait dans un roman d’Agatha Christie. Les gens envoient encore des menaces de mort, de nos jours ?

Il y a ici comme une atmosphère de « Dix Petits Nègres » (coupé du monde durant quelques heures) avec des cadavres qu’on pourrait ramasser à la pelle ou au filet de pêche, le tout mélangé avec « Mort sur le Nil » devenu « Morts sur le lac » et un soupçon du « Crime de l’Orient Express » pour le fait que bien du monde souhaiterait voir Iphegene Seldon avaler son acte de naissance de travers.

Attention, ami lecteur, si tu n’as jamais lu du Ned Crabb, ça pourrait te perturber au départ, bien que ce roman-ci soit moins olé-olé que « La bouffe est chouette à Fatchakulla », mais malgré tout, on retrouve la patte ou la plume de l’auteur dans ses personnages assez hauts en couleurs et ses finals assez déroutants.

Connaissant l’animal, je n’ai pas été perturbée le moins du monde car je savais que je devais m’attendre à des trucs un peu fous et je peux comprendre que certains aient été déstabilisé par le final à la James Bond dans ses meilleurs jours, par le trop plein d’enquêteurs avec le couple Godwin engagé et par l’identité de…

— Et merde. Sherlock Holmes.
Caleb pouffa.
— À part la pipe, y a pas grande ressemblance.

L’auteur prendra son temps pour planter le décor de la luxueuse lodge où les amateurs de pêche aux portefeuilles sans rivets se donnent rendez-vous pour pêcher pour l’amour du sport.

Durant les 432 pages, on suit les péripéties de tout nos personnages principaux, on boit beaucoup, on baise aussi et on en profite pour mieux découvrir la tenancière de l’affaire, Iphigene Seldon, sorte de Tatie Danielle et surnommée par ses neveux « Le Duce », ce qui vous situe bien le côté tyrannique de la vieille bique que tout le monde aimerait voir morte.

— C’est Merrill et moi que le Duce détestait. Kipper, elle l’a-do-rait. Son Kiperounet, elle l’a-do-rait. Lui et sa petite fée Clochette en cuisine.

La voir morte ? Ils la détestent tant que ça ? Oh que oui ! Elle règne sur eux tel un tyran, ils touchent de gros salaires mais sont prisonniers chez eux et, bien que ça ne change pas la face du monde si la vieille allait voir six pieds sous terre, pour eux tous, la vie en serait changé merveilleusement bien et tous chanteraient « Libérés, délivrés ».

— Eh bien, moi, j’ai essayé plein de fois de me représenter ce que ça ferait de prendre un flingue pour la descendre… la descendre… au moment où elle me cassait les couilles. (Il eut à nouveau un sourire tordu pour Tom.) Lieutenant, on m’a souvent castré, mais ça repousse toujours.

Pas eu le temps de m’endormir, l’auteur manie l’humour au travers de ses dialogues et de ses personnages qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ne sont pas figé dans leur identité, c’est à dire qu’il évoluent et que les salauds pourraient bien être pas si salauds que ça…

Et que si la plupart des membres qui compose la famille Seldon (au sens large) a envie de voir la vioque mourir, ou de la tuer, ce n’est pour autant qu’ils danseront la mazurka lorsque ça arrivera.

Merrill avait cordialement détesté sa tante, elle avait souhaité sa mort, avait prié pour que Gene meure. Mais à présent, oh Seigneur, à présent, elle voyait avec effroi le grand abyme séparant l’envie de tuer et le meurtre réel, un abyme sans pont qui permette de revenir en arrière […].

Un roman qui tire vers le nature writing, le roman policier, le thriller sur la fin, et une ambiance que n’aurait pas renié la Grande Dame du Polar, les références au sexe et à la pratique de la bête à deux dos en moins pour elle (shocking !).

Cela n’empêcha pas le câlin de la cuisine de susciter chez cet Orphée dégingandé une réaction physiologique qui poussa son Eurydice à glousser et à baisser les yeux pour admirer cette ardeur soudaine.
— Doux Jésus, s’exclama-t-elle, n’as-tu pas été rassasié dans notre lit de stupre ? — La bête sort du bois.
— Ça m’en a tout l’air.
— Reviens-t’en dans notre antre, douce amie.

Des personnages bien typés, hauts en couleurs, qui peuvent révéler des surprises, bonnes comme mauvaises,  une plume qui manie l’humour et qui sait si bien nous décrire un lac paisible, une tempête ou des scènes de pêches même si on ne pratique pas à tel point qu’on aurait envie d’y être (mais sans les meurtres !).

Si on ne peut pas s’installer sur le ponton le soir avec ses nichons à l’air, à quoi bon être au bord d’un lac ?

Et la tension qui monte, qui monte… Comme la libido de tous nos protagonistes !

Rien qu’à s’imaginer se pavanant dans le casino, habillée comme Eva Green dans Casino Royale avec Daniel Craig, un vague désir commença à l’échauffer.

— Ça vous chauffe les tripes.
— C’est ça qu’on appelle un café au corps généreux ? demanda Alicia.
— Je pensais que “au corps généreux” signifiait “gros seins et hanches larges”. […]
— Enfin, concernant cette histoire de… femme aux formes généreuses. Si cela indique une ardeur naissante de ta part, et crois-moi je ne suis absolument pas hostile à un peu d’ardeur, pourrais-tu s’il te plaît te retenir jusqu’à cet après-midi ? J’ai envie d’aller à la pêche d’abord.

Pour moi, un excellent moment de lecture avec de l’humour et des rebondissements, le tout dans un cadre merveilleux.

Qui a dit que la pêche était un sport calme ??

— Un gentleman ne boit jamais de bon whisky au goulot.

— Il y a autre chose.
— Ouais ?
— Renee expose entièrement aux regards la féminité de son buste.
— Caleb, ta façon de t’exprimer m’étonne parfois.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US » chez Noctembule, Challenge « Coupe d’Europe des Livres » chez Plume de cajou, RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

CHALLENGE - Gallmeister 10 ans

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Retour à Oakpine : Ron Carlson

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Titre : Retour à Oakpine

Auteur : Ron Carlson
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
La petite ville d’Oakpine, au cœur des magnifiques paysages du Wyoming, offre une vie paisible à ses habitants. Et c’est à cela qu’aspire Jimmy, 50 ans, atteint du sida.

Devenu un écrivain renommé à New York, il souhaite désormais retrouver sa ville natale pour y passer les derniers mois de sa vie, et renouer avec ses parents.

Il découvre que le destin vient de réunir à Oakpine ses trois meilleurs amis d’enfance : Craig, Frank et Mason. Chacun a fait son chemin, construit une vie, mais tous se trouvent aujourd’hui à un tournant de leur existence.

Petit à petit, au gré de ces retrouvailles, les quatre hommes vont se rendre compte que leur amitié est la meilleure arme pour effacer les fantômes du passé et affronter les obstacles du présent.

Avec pour décor des images lumineuses et émouvantes de l’Ouest américain, Ron Carlson dépeint toute l’humanité de ses personnages et offre un portrait bouleversant de l’amitié, dans un nouveau roman qui confirme son infini talent à sonder les âmes.

wyomingCritique : 
♫ C’est un beau roman, c’est une belle histoire… ♪

Oui, voilà comment on pourrait résumer ce roman qui ne comporte pas de meurtres, de cadavres ou de tout autre ingrédients qui font monter mon plaisir habituellement.

Ici, c’est une vieille histoire d’amitié entre 4 garçons qui, après la mort du frère aîné de l’un d’eux, se sont séparés, chacun sa route, chacun son destin…

Et puis, un jour, l’un d’eux fait son grand retour à Oakpine : malade du SIDA, Jimmy s’en revient chez ses parents qu’il avait quitté un peu brutalement lorsqu’il était jeune et son père refuse toujours de lui adresser la parole.

Lorsqu’il entendit la voix de son père, il sentit quelque chose se déchirer dans son cœur, comme une feuille de papier qu’on déchire, qu’on déchire lentement, la page d’un livre, mais la déchirure était si ancienne.

Puis, quelques jours auparavant, c’est Mason, avocat, un autre du groupe qui est revenu pour vendre la maison de ses parents… Lui aussi a des vieilles blessures mal refermées et l’impression qu’il est passé à côté des choses essentielles de la vie.

C’est fou comme les grandes amitiés de notre jeunesse résistent souvent peu au passage à l’âge adulte.

Craig, Frank, Jimmy et Mason. De vieux potes qui répétaient dans le garage de l’un, chacun a suivi sa route et ils se sont un peu perdu de vue, totalement, même, pour certains. Ne sont resté à Oakpine que Craig et Frank.

L’écriture est belle, sans pour autant être pompeuse ou « pompante ». Elle est joyeuse, gaie, triste parfois, remplie de souvenirs que ces gamins ont partagés un jour dans cette petite ville du beau Wyoming.

Traversant les magnifiques mesas dans les étranges lueurs du jour naissant pour franchir la frontière du Wyoming, Mason sut que c’était précisément ce qu’il cherchait : un changement, une fin, un nouveau chapitre de sa vieille existence. Il commencerait par un mois de travail sur une vieille maison. Il n’était pas perdu. Ce n’était pas une quête ; c’était un voyage empreint de gravité.

La plume de l’auteur vous prend par la main afin de vous montrer cette belle et vieille amitié qui renaît tout doucement de ses cendres, tel le Phoenix, il vous parlera aussi de l’amour qui peut aussi prendre des tournants inattendus ainsi que des espoirs que certains avaient en sortant de Terminale et qui se sont mués en désillusions.

Ce roman n’est pas à lire en espérant qu’il se passera un truc de fou, c’est juste l’histoire de 4 mecs, de leur famille, leurs enfants (quand ils en ont) qui aspirent, eux aussi, à une autre vie, comme leurs parents en leurs temps; ces 4 garçons dans le vent qui, un jour, montèrent leur groupe de musique sans jamais se prendre pour les Rolling Stones.

Ces garçons, qui, comme nous en sortant de notre dernière année, la Terminale (ou la Rétho, en Belgique), avaient de grands projets, de grandes ambitions et qui sont passé à côté de bien des choses.

C’est plus qu’un roman sur l’amitié qui a tout de même perduré, malgré le temps, ce sont aussi des personnages empreints d’une humanité, des gens qui, même sans s’identifier à eux (j’ai jamais joué de la musique dans un groupe), arrivent à vous faire sentir bien dans leurs pages.

Venant d’un petit patelin, moi aussi je me suis exilée ailleurs parce qu’il n’y avait aucun avenir à rester là, tout comme beaucoup de jeunes d’Oakpine firent et feront. La désertion sociale, ça me connait…

C’est un beau roman, c’est une belle histoire…

Ou comment passer un moment de grâce dans un roman…

Étoile 4,5

Le « Challenge US » chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

CHALLENGE - Gallmeister 10 ans

(Article écrit avant les attentats qui ont eu lieu, ce matin, dans ma ville de Bruxelles).

Le roi en jaune : Robert William Chambers

Titre : Le roi en jaune

Auteur : Robert William Chambers
Édition : Le Livre de Poche (2014)

Résumé : De Paris à New York, de jeunes artistes voient leur vie bouleversée par un étrange livre interdit, Le Roi en jaune. À travers celui-ci, c’est un univers de folie et de cauchemar qui fait irruption dans notre monde : celui de Hastur et de Carcosa, celui sur lequel règne le terrifiant Roi en jaune.

Publié pour la première fois en 1895, Le Roi en jaune est un chef-d’œuvre du fantastique décadent, salué par les plus grand critiques, et qui a exercé une profonde influence sur des auteurs aussi importants que H-P Lovecraft et Marion Zimmer Bradley. Il est aujourd’hui édité en français dans sa forme originale pour la première fois.

Critique :
On disait de ce roman qu’il avait exercé une profonde influence sur Lovercraft, le bandeau-titre disait « le livre culte qui a insipré la série « True Detective », un autre affichait « le livre qui rend fou » puisque tout ceux qui ont lu le fameux livre sont devenus fous…

Ce devait être vrai puisque Hildred Castaigne, le personnage de la première nouvelle est fou à lier – bien qu’il dise qu’il ne le soit pas et que son comportement ait l’air normal en société.

Oui, j’ai aimé la première nouvelle, « Restaurateur de Réputations ». La tension était palpable, les personnages bien barrés, là, j’étais enchantée.

Ensuite, pour la suivante, je fus comme la chanson de Mylène – Micotton – Farmer : désenchantée ! J’ai soupiré, je n’avançais plus, tout me semblait fade, insipide et je cherchais à comprendre ce qui avait bien pu ficher la trouille à Lovercraft !

Ou c’est une fausse accroche ou je suis passée à côté parce que dès la 3ème nouvelle, je me suis endormie comme un bébé après le rot.

Je peux donc dire que pour s’endormir, ce livre est parfait ! Vos paupières se feront lourdes, vos yeux se fermeront et en quelques minutes, vous ronflerez de tout votre soûl !

Pourtant, d’après Chambers, dès que quelqu’un lit, intégralement ou non, cette fameuse pièce de théâtre « The King In Yellow », il/elle devient à jamais obsédé par son héros et son univers.

Tu parles, Charles ! Pour moi, c’est loupé… Il n’y a que les personnages des nouvelles qui deviennent zinzins. Le lecteur, lui, il soupirera d’ennui sur les nouvelles.

Peut-être que l’ancienne version, celle avec la couverture superbement macabre de chez Marabout, j’aurais frissonné ou passé un bon moment. Qui sait ??

Dommage… Ce roman avait tout pour plaire dès le départ : une accroche intrigante, une couverture rigide, du papier tellement doux qu’il n’irriterait pas vos petites fesses roses de bébé si d’emblée, vous l’utilisiez à autre chose que la lecture et le calage d’un meuble…

Bref, ça ressemble furieusement à une accroche publicitaire pour ceux et celles qui ont vu True Detective… Et je me suis laissée avoir ! La peine n’est pas grande, il venait d’une bouquinerie et ne m’a pas ruiné.

Pour terminer, le Chambers que je préfère, c’est Sidney, celui de la série Grantchester.

Quant au roman, il donnera une touche colorée dans la biblio à défaut de m’avoir fait passer un bon moment lecture.

Mais pour la sieste, je vous le recommande !! Un truc de fou de tomber endormie aussi vite alors que je n’avais pas sommeil !

« Le Mois Américain » chez Titine.

Le Portrait de Dorian Gray : Oscar Wilde

Titre : Le Portrait de Dorian Gray

Auteur : Oscar Wilde
Édition: Livre de Poche (2005)

Résumé :
Par la magie d’un voeu, Dorian Gray conserve la grâce et la beauté de la jeunesse. Seul son portrait vieillira.

Le jeune dandy s’adonne alors à toutes les expériences, s’enivre de sensations et recherche les plaisirs secrets et raffinés. « Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais », « il faut guérir l’âme par les sens, guérir les sens par l’âme ».

Oscar Wilde voulut libérer l’homme en lui donnant comme modèle l’artiste. Pour se réaliser, il doit rechercher le plaisir et la beauté, sous toutes ses formes, bien ou mal.

Petit plus : L’art n’a rien à voir avec la morale. Dans une langue raffinée, l’auteur remet en question la société, le mariage, la morale et l’art. Ses propos sont incisifs et humoristiques.

Ce livre scandalisa l’Angleterre victorienne, Oscar Wilde fut mis en prison pour avoir vécu ce qu’il écrivait.

Au siècle suivant, Proust, Gide, Montherlant, Malraux ont contribué à la célébrité du génial écrivain.

Critique :
Dialogue imaginaire :
– Belzébuth ? Méphisto ? Hadès ? Est-ce que quelqu’un pourrait me répondre ? Y a quelqu’un ? demanda Dorian Gray.

– Que veux-tu, petit homme ? répondit une voix sépulcrale.

– Je souhaiterais vivre longtemps mais sans vieillir… Pouvez-vous m’aider, monsieur le Seigneur des Ténèbres ?

– Nous avons des excellentes crèmes anti-rides : de l’Huile Ofolaz, de l’Oré-Al de chez Bête En Cours ou de la Diader Mine. Au choix.

– Maître des Ténèbres, je ne suis pas prêt à vous vendre mon âme pour une quelconque crème anti rides ! Je refuse de vieillir, point !

– Tu rigoles ou quoi ? s’esclaffa le diable. Jane Fonda semble avoir 20 ans dans ses spots publicitaire !

– S’il vous plaît, Votre Ténébreuse majesté ? Qui est cette Jane Fonda ?

– Oublie, c’est dans le futur ! Fais-toi tirer le portrait, mon cher Dorian et laisse-moi faire le reste ! rugit le diable dans un rire démentiel.

Et voilà comment, par la magie d’un voeu (ou d’un pacte avec le Diable, nul le sait), Dorian Gray conservera la grâce et la beauté de sa jeunesse. Seul son portrait vieillira.

Mais à tout pacte, il y a une contrepartie et Dorian laissera plus que son âme dans ce petit arrangement !

Durant tout le roman, nous le voyons s’avilir, à défaut de vieillir, n’hésitant pas à tuer pour que son petit secret soit aussi bien conservé que sa jeunesse. Et point de vue conservateur, c’était du costaud !

Au départ, je n’avais pas l’intention de lire ce roman d’Oscar Wilde, même en sachant que c’était CE livre qu’il avait écrit tandis que Conan Doyle écrivait « Le signe des quatre ».

Nos deux auteurs avaient reçu une avance d’un américain nommé Joseph Marshall Stoddart, qui venait d’être nommé directeur du Lippincott’s Monthly Magazine, publié simultanément à Londres et à Philadelphie.

Une avance pour quoi ? Pour écrire chacun un roman…

Wilde, écrivit « The picture of Dorian Gray » qui allait scandaliser le Londres littéraire et mondain et Conan Doyle, lui, s’était vu réclamer, non pas un roman historique, mais une autre aventure de Sherlock Holmes ! Ce fut « Le signe des quatre ».

Honte à moi… Si une connaissance ne m’avait pas conseillé, séance tenante, de me procurer ce livre et de le lire, je ne l’aurais jamais lu. Et je serais passée à côté d’un grand moment de lecture !

La descente de Dorian dans un abîme de noirceur est tout simplement magnifique. On lit et on est impuissant devant ce qui se trame.

Excellent !

Lu dans le cadre du challenge « La littérature fait son cinéma » de Kabaret Kulturel, du challenge « Romans Cultes » de Métaphore et « I Love London » de Maggie et TitineParticipe aussi au challenge « Les 100 livres à avoir lu au moins une fois » chez Bianca.

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