Les somnambules : Chuck Wendig

Titre : Les somnambules

Auteur : Chuck Wendig
Édition : Sonatine (04/03/2021)
Édition Originale : Wanderers
Traduction : Paul Simon Bouffartigue

Résumé :
Un nouveau monde, le nôtre ?

Dans un petit village de Pennsylvanie, Shana surprend sa soeur, Nessie, quittant d’un pas résolu leur maison. Lorsqu’elle tente de l’intercepter, la petite fille ne réagit pas à sa présence. Mutique, absente, le regard vide, elle avance… Croyant à une crise de somnambulisme, Shana commence à la suivre.

Rapidement, elles sont rejointes par un deuxième errant, frappé des mêmes symptômes que Nessie. Puis un autre. Bientôt, ils sont des centaines à converger vers la même destination inconnue, tandis que leurs proches, impuissants, leur emboîtent le pas. Très vite, cette mystérieuse épidémie enflamme le pays.

Chuck Wendig tend à notre monde un miroir dans lequel se reflètent ses hantises les plus contemporaines : l’irruption de l’inconnu, la peur de l’autre, la défiance envers le gouvernement, la force rampante des discours religieux et extrémistes… Rappelant autant Le Fléau que The Leftovers,

Les Somnambules est un portrait humain mais sans concession d’une société au bord de l’extinction.

Critique :
Lève-toi et marche…

Lecteur/trice, prévois de bonnes chaussures parce que ce sera une longue marche et elle comportera des chausse-trapes, des dangers, des suprémacistes Blancs qui tenteront d’arrêter ta marche.

Prévois aussi un canapé confortable car la marche ne sera pas que longue en kilomètre parcourus mais aussi en pages avalées (plus de 1.100).

Que la taille et la longueur en te rebute pas, ami de la littérature car tu ne le sentiras pas passe, ou si peu. Tu seras si bien au coeur de ce mystère, de cette pandémie bizarre que tu ne verras pas les pages se tourner.

L’auteur aurait pu suivre une seule direction, se contenter de nous faire marcher, mais non, il a été intelligent, créatif et ce, bien avant l’apparition du Covid19.

Les réactions des gens face à ce phénomène, qu’ils ne comprennent, pas ressemble terriblement à nos comportements depuis 1 an de Covid. Entre les complotistes, les illuminés de Dieu, les écolos, les protecteurs, ceux qui ne savent pas, il y en aura pour tout le monde.

La différence c’est qu’il nous a pondu une pandémie qui fait passer la nôtre pour une peccadille, un tout petit caillou dans les rouages de la machine, alors que lui, il te jette un pavé (au propre comme au figuré) et il te skette (« casser », en patois wallon) la machine, divisant l’Amérique en plusieurs parties : les marcheurs, leurs bergers, les pros-somnambules et les antis avant de refragmenter ces morceaux en suprémacistes survivalistes et en infectés.

Sorte de Fléau (Stephen King) en version moderne, la comparaison s’arrêtera là, sauf à comparer les portraits des personnages, tous très bien réalisés (même si ma préférence ira à ceux du Fléau), travaillés, possédant de la profondeur. Les portraits des suprémacistes sont moins travaillés mais je pense qu’il serait difficile de leur trouver des circonstances atténuantes.

Le scénario n’est pas conventionnel, il ira dans des directions inattendues et tant mieux car l’auteur a évité aussi que son récit ne s’enlise, ne stagne ou ne devienne redondant. Cela a augmenté mon plaisir de lecture et mon addiction.

La surprise était au rendez-vous tout au long de ma lecture et j’en ai eu pour mes sous, du début à la fin, sans que cela vire au grandguignolesque puisque son récit avait des points d’ancrage dans notre époque, même s’il a poussé le bouchon plus loin et que je croise les doigts que jamais pareil scénario apocalyptique ne se produise en vrai (vœu pieux, ça nous pend au nez).

L’autre point fort de ce roman, c’est son final qui est plus que réussi, contrairement à celui du Fléau (Stephen King) qui n’était pas à la hauteur des 1.500 pages lues. Chuck Wendig a réussi à donner au sien une dimension dantesque, un véritable combat pour la vie et à le faire de manière intelligente. Ça m’a troué le cul (pour parler vulgairement mais que tout le monde comprenne bien).

Si nous n’avions pas le choc des photos, ce lourd pavé possédait le poids des mots et c’est avec de l’acide que l’auteur a dû diluer son encre car entre les phrases, on discernait un peu de cynisme, de sarcasmes et quelques coups bas pour les sociétés humaines qui mènent le monde à sa perte (et le reste avec).

Un roman post-apo qui, malgré ses 1.100 pages, ne devient jamais ennuyeux ou ne semble trop long. Une lecture intense, au goût de prémonitions qui risquent un jour de passer en faits réels.

Hormis quelques libertés avec les sciences, la plupart des horreurs qui se déroulent dans ces pages sont hélas bien réelles et l’on a vu comment la peur durant une pandémie pouvait transformer les humains en pire que des bêtes.

Surtout que notre pandémie l’est aussi sur les réseaux sociaux avec toutes les conneries qui peuvent s’y raconter et contre ça, pas de médicaments pour guérir.

Un sacré roman post-apo, une lecture intéressante, hautement addictive, qui prend aux tripes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°240].

Si ça saigne : Stephen King

Titre : Si ça saigne

Auteur : Stephen King
Édition : Albin Michel (10/02/2021)
Édition Originale : If It Bleeds (2020)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
« If It Bleeds », le nouveau livre de Stephen King. Un recueil de 4 longues nouvelles, dont une suite, indépendante à « L’outsider »

Les nouvelles sont :
– Mr. Harrigan’s Phone (Le téléphone de Mr Harrigan)
Au sujet d’un téléphone hors du commun…

– The Life of Chuck (La vie de Chuck)
Le monde est au bord du gouffre lorsque…

– If It Bleeds (Si ça saigne)
Une bombe explose dans un collège. Devant le flash info, Holly Gibney qui est perturbée par un détail…

– Rat
Un auteur n’arrivant pas à écrire un roman part dans un chalet en pleine forêt pour écrire un roman…

Critique :
Le King est de retour dans un format où il excelle (comme Conan Doyle) : celui de la nouvelle !

Jamais évident de faire une nouvelle équilibrée afin que les lecteurs n’aient pas l’impression qu’on les a amputé d’une partie de l’histoire.

Le King y arrive toujours sans mal, nous donnant assez à lire pour ne pas que l’on se sente floué.

La première nouvelle avait un délicieux air rétro, comme si nous étions dans les années 50/60 alors que nous étions dans les années 2000 avec l’arrivée du premier smartphone de la marque à la pomme mordue.

Je me suis attachée aux personnages, autant au jeune Craig qu’au vieux monsieur Harrigan et ses théories sur l’Internet qui étaient tout à fait justes. Le plaisir de lecture était bien présent et j’ai aimé cette histoire de téléphone qui… No spolier !

Le King aurait pu aller plus loin dans l’horreur, mais il est resté dans le registre du fantastique. Je n’ai pas frissonné de peur mais j’ai apprécié cette nouvelle qui avait un début, une fin et un beau développement. Je ne me suis pas sentie grugée.

La deuxième histoire m’a laissé perplexe avec un commencement apocalyptique où le monde semble s’écrouler et où l’on va ensuite rejoindre la jeunesse de Chuck, voir le jour où il dansa dans la rue et tout savoir sur le mystère de la chambre sous la coupole.

Cette nouvelle m’a donné l’impression de se finir abruptement, sans que j’aie vraiment compris le rapport entre le côté apocalypse du départ et une partie de la jeunesse de Chuck… Puis en réfléchissant j’ai compris que j’étais face à une métaphore et la nouvelle a alors pris tout son sens.

La troisième met en scène une ancienne copine, Holly Gibney de l’agence de détective Finders Keepers. Cette nouvelle fait suite au roman « L’outsider » que je n’ai pas encore lu et malheureusement, j’ai eu droit à quelques révélations… Cette longue nouvelle m’a emporté, j’ai frémi, j’ai eu peur, le suspense était maîtrisé et j’ai tellement serré les fesses que lorsque tout se calme, j’en avais encore les mains moites.

La quatrième nouvelle parle, une fois de plus, de l’écrivain et de l’angoisse de la page blanche. Un thème qui revient souvent chez le King car c’est une situation qu’il a connue.

Cette dernière nouvelle du recueil a des airs de pacte faustien et comme on le sait, il y a toujours un prix à payer, même si on n’y croit pas. J’ai apprécié les ambiances de tempêtes, les questionnements de l’auteur, son entêtement à écrire un roman et l’arrivée, une fois de plus, de ses vieux démons.

Par contre, j’aurais aimé en savoir un peu plus sur ses problèmes d’avant, sur le pourquoi du comment il a failli brûler sa maison en voulant foutre le feu à son roman…

Quatre nouvelles qui avaient un début, une fin et un développement, qui ne m’ont pas laissées sur ma faim, comme le font souvent les histoires sous forme de nouvelles. Par contre, n’ayant pas lu les anciens recueils de nouvelles du King, je ne puis dire si celles-ci sont mieux ou dans la lignée des anciennes, même si je me suis laissée dire que c’était un cran en-dessous.

Faudra que j’aille vérifier !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°232] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°45].

Le sanctuaire : Laurine Roux

Titre : Le sanctuaire

Auteur : Laurine Roux
Édition : du Sonneur (13/08/2020)

Résumé :
Le Sanctuaire ? : une zone montagneuse et isolée, dans laquelle une famille s’est réfugiée pour échapper à un virus transmis par les oiseaux et qui aurait balayé la quasi-totalité des humains.

Le père y fait régner sa loi, chaque jour plus brutal et imprévisible.

Munie de son arc qui fait d’elle une chasseuse hors pair, Gemma, la plus jeune des deux filles, va peu à peu transgresser les limites du lieu.

Mais ce sera pour tomber entre d’autres griffes?: celles d’un vieil homme sauvage et menaçant, qui vit entouré de rapaces. Parmi eux, un aigle qui va fasciner l’enfant…

Dans Le Sanctuaire, ode à la nature souveraine, Laurine Roux confirme la singularité et l’universalité de sa voix.

Critique :
Ce roman est-il une dystopie ? Un post-apocalypse ?

Au départ, ça y ressemble, ça en a la couleur, le goût mais lorsque je suis arrivée à la fin, j’ai compris que ce roman se situait au-delà des étiquettes, au-delà des genres.

Vous le comprendrez lorsque vous l’aurez lu et d’après vos interprétations à vous. Selon mes déductions, c’est plus puissant que du post-apo, je dirais même plus : c’est encore pire, encore plus glaçant.

Un père, son épouse et ses deux filles vivent dans les montagnes après une pandémie qui a éliminé une partie de la population suite à un virus transmis par des oiseaux. Alors, quand la petite famille en voit un, c’est l’élimination directe et passage au lance-flamme, rien de moins.

Ce récit de survie dans la nature m’a emporté loin dans les airs car l’auteure a réussi à décrire la Nature, sa puissance, son souffle prodigieux, donnant la sensation que je me trouvais dans les forêts, dans ces montagnes.

La Nature ne fait pas de cadeau et nos survivalistes doivent sans cesse rester sur le qui-vive, être entraîné, ne jamais louper leur gibier s’ils ne veulent pas mourir de faim. Le père est intransigeant et mène la vie dure à ses filles.

Mais c’est aussi un père aimant, protecteur. Trop aimant ? Oui, sans aucun doute… Jusqu’où pourrait-il aller pour protéger ses filles, sa famille, leur sanctuaire ?

Oserais-je une analogie ? Oui, j’ose… Le père m’a fait penser à ces dictateurs qui empêchent leurs concitoyens de quitter le pays car ils ne veulent pas qu’ils voient ce qu’il y a ailleurs.

Ce roman m’a emporté là où je ne m’y attendais pas, me taclant violemment à certains moments. L’auteure fait évoluer intelligemment ses personnages, certains remettant en question l’ordre établit, se rebellant, d’autres campant sur leurs positions. J’étais en terres inconnues et je me suis laissée porter par le récit et la belle plume de l’auteur.

Alors que j’ai du mal avec des romans sans dialogues, ici, pas de soucis, car ce style va comme un gant à ce genre de huis-clos où les actions sont plus importantes que les discours.

Lui aussi est un roman court, très court, mais pas besoin d’en ajouter, tout est dit dans ces pages, même l’indicible.

Une très belle découverte, faite grâce à mon cousin, Cannibales Lecteurs, une fois de plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°172].

MotherCloud : Rob Hart

Titre : MotherCloud

Auteur : Rob Hart
Édition : Belfond (05/03/2020)
Édition Originale : The Warehouse (2019)
Traduction :

Résumé :
Ex-petit patron désormais ruiné, Paxton n’aurait jamais pensé devoir intégrer une unité MotherCloud, cette superstructure de l’e-commerce qui a dévoré la moitié de l’économie mondiale. Pourtant, dans une société n’ayant plus rien à offrir, comment peut refuser un job qui propose non seulement un salaire, mais aussi un toit et à manger ?

La jeune Zinnia non plus n’aurait jamais pensé rejoindre MotherCloud, mais sa mission est tout autre : une révolution est en marche dont elle est le bras armé. Devenir salariée n’est qu’un premier pas pour infiltrer le système, en percer les secrets. Le détruire.

Dans cet univers où tout est calculé, paramétré, surveillé, où l’humain disparaît au profit de la rentabilité, où l’individu n’est qu’un algorithme, Zinnia et Paxton réalisent bientôt qu’il est impossible de dévier. À moins d’être prêt à se sacrifier ?

Car derrière sa façade d’entreprise idéale, MotherCloud est une machine à broyer, impitoyable à l’égard de ceux qui oseraient se rebeller.

Critique :
Imagine… Imagine un monde où les gens n’oseraient plus sortir de chez eux et commanderaient tout sur la plateforme Cloud.

Imagine un monde où une partie de l’humanité crève de faim, de soif, de chaud sous un soleil implacable et où la seule solution pour s’en sortir soit d’entrer bosser chez Cloud.

Plus d’écoles, plus de petits magasins, plus de librairies, des gouvernements à la ramasse.

Imagine une super société géante où les travailleurs vivent, travaillent, dorment, mangent sur le site même… Sans jamais en sortir, sauf si virés.

Où ils portent une montre qui les aide dans leur recherche des produits à envoyer aux clients… Produits envoyés par drones, le plus rapidement possible. On dirait un peu l’autre grosse boîte qui ne paie pas ses impôts, Ha ma zone…

Oui, cette dystopie est ultra réaliste, glace les sangs car cette forme d’esclavagisme est déjà là, n’a jamais totalement disparu, c’est juste modernisé. Les chaînes ne sont plus en métal, mais électroniques et encore plus difficile à enlever car elles ont été mises à l’insu de notre plein gré.

Les patrons, les gouvernements, les sociétés, inventent des gadgets pour nous faciliter la vie, le travail, la tâche, les courses, pour nous distraire, pour notre sécurité, mais c’est toujours à sens unique car le produit, c’est nous ! Le cobaye, c’est nous ! Celui que l’on suit à la trace, c’est nous ! Celui qu’on enchaîne, c’est vous, moi, toi, nous.

Opposant différents récits : d’une part, celui du concepteur, qui pense qu’il a créé le modèle de société idéale, que tout le monde est content et de l’autre, des travailleurs de cette même société qui bossent non stop, à des cadences infernales, suivant leur montre qui leur indique tout et qui les trace partout. Bref, le jour et la nuit !

Gibson, le gentil créateur de MotherCloud avait pourtant une idée de génie, mais à la fin, c’est un peu comme moi quand je me mets au bricolage : dans ma tête, c’est magnifique, génial, la vision de rêve et quand j’ai terminé, ce que j’ai sous les yeux ne ressemble en rien à ce que je voyais dans ma tête. Comme les hamburgers des fast-food, super apetissant et gonflé sur les affiches mais une fois dans l’assiette, oups…

Malheureusement, il y a des longueurs, j’ai eu du mal à m’attacher à Paxton et Zinnia, les deux travailleurs. Bref, j’ai peiné à lire ce roman, à tel point que j’ai pensé arrêter tout à la moitié… J’ai arrêté en fait et pris un autre roman, pour avancer. Puis j’y suis revenue et là, tout s’est débloqué !

L’auteur nous démontre bien aussi que nous nous résignons facilement, trop facilement, alors que nous sans doute toujours juré que « non jamais », que ça ne passerait pas par vous… Et hop, vous voilà parfait petit toutou, remerciant la main qui le soigne et qui lui offre un toit, parce que tout compte fait, c’est mieux que dehors…

Une fois installé dans notre petit confort, dans notre routine, même chiante, même abrutissante, on baisse les bras, on ne se révolte pas, pire, on trouve que tout compte fait, c’est pas si mal que ça… Les résolutions vont aux orties pendant que le reste du monde vous fait bosser comme un esclave pour avoir ses commandes toujours plus vite.

Par contre, j’aurais apprécié d’en apprendre un peu plus sur le monde d’après, sur tous ces gens qui commandent à MotherCloud… Entendre des voix différentes auraient été intéressantes, aurait donné une autre dimension au roman et l’aurait rendu moins orienté.

Malgré le fait que je ne me sois pas attachée plus que ça aux personnages principaux, que j’ai trouvé des longueurs dans le texte et qu’un autre point de vue n’aurait pas été du luxe, cette dystopie est glaçante car elle n’est pas éloignée de notre Monde (hormis le contexte climatique).

MotherCloud pourrait être Ha Ma Zone ou l’autre avec ses 40 voleurs qui niquent les règles du travail, se comportent comme des esclavagistes, ne paient pas d’impôts (ou si peu) et contrôlent une partie du Monde comme des dictateurs, dictant aux gouvernements leur règles à eux qui leur permettent, avec notre accord, de devenir de plus en plus riche.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°161].

Un Océan de Rouille : C. Robert Cargill

Titre : Un Océan de Rouille

Auteur : C. Robert Cargill
Édition : Albin Michel Imaginaire (02/01/2020)
Édition Originale : Sea of rust (2017)
Traduction : Florence Dolisi

Résumé :
Pendant des décennies ils ont effectué les tâches les plus ingrates, ont travaillé sur les chantiers les plus dangereux. Ils nous ont servi de partenaires sexuels, se sont occupés de nos malades et de nos proches en perte d’autonomie. Puis un jour, face à notre refus de les émanciper, certains d’entre eux ont commencé à nous exterminer.

Quinze ans après l’assassinat du dernier humain, les Intelligence-Mondes et leurs armées de facettes se livrent un combat sans merci pour la domination totale de la planète.

Toutefois, en marge de ce conflit, certains robots, en perpétuelle quête de pièces détachées, vivent en toute indépendance,le plus loin possible des Intelligence-mondes. Fragile est l’un d’eux. Elle écume l’océan de rouille à la recherche de composants à troquer et elle défendra sa liberté jusqu’à la dernière cartouche, si nécessaire.

Critique :
Parfois, ça fait du bien au moral de lire un roman de SF post-apocalypse…

Si, si, savoir comment on risque de finir, ça remet les choses à leur juste place : on est poussière et on retournera poussière (ou engrais pour la terre).

L’Homme est ainsi fait, il se tire lui-même les balles dans les pieds et scie la branche sur laquelle il a posé son cul.

Anybref, il est l’artisan de son propre déclin, tout en entraînant le déclin des autres vivants qui ne lui ont rien demandé. L’Homme est partageur.

Dans ce roman post-apo, l’Homme n’a rien trouvé de mieux que de se prendre pour Dieu et de créer des robots, des Intelligences Artificielles à son image et un peu trop intelligente puisque la créature a annihilé ses créateurs quand ces derniers ont décidé des les éteindre. Nous ne sommes pas des robots, nous sommes des êtres vivants libres.

La créature ayant été crée à l’image de ses créateurs, le lecteur a parfois l’impression que les robots sont des humains puisqu’ils agissent comme tels, réfléchissent comme eux, ont les mêmes envies, les mêmes peurs, bref, mimétisme parfait, anthropomorphisme trop réussi.

De plus, les robots ont foutu le bordel partout et foutu en l’air la Terre mieux que nous le l’aurions fait. La faute aux UMI (Unification Mondiale des Intelligences) qui veulent être calife à la place des autres califes et se sont exterminées entre elles pour le contrôle total des robots.

Ce roman de SF a des allures de Mad Max version boite les conserve, de film de grosses bastons à d’autres moments, le tout émaillé de réflexions philosophiques, de rébellion, de révolte, de prise de conscience, d’individualisme… Bref, c’est un pot pourri bourré de références à notre univers à nous et au cinéma SF.

Heureusement qu’un certain équilibre a été gardé, sinon, on aurait eu droit à l’indigestion. Mais l’auteur a su réaliser un bon découpage, alternant les phases d’actions pures et dures avec les explications de ce qui s’est passé durant la révolte et l’extermination des Humains. L’inconvénient est que ça vous coupe dans les phases d’action.

Les robots sont très semblables à nous, la différence étant qu’ils possèdent une technologie que nous n’avons pas dans nos corps, même si cette technologie fait partie de notre quotidien puisque l’on parle de Wifi, de RAM, de disques durs. Ce sont des robots intelligents, certes, mais avec de la technologie de PC ! Pas de création folle de la part de l’auteur.

C’est peut-être ce qui a manqué à ce roman : de la créativité, de la prise de risque. Les robots que nous côtoyons sont attachants, surtout Fragile (et même Mercer qui veut la tuer pour chiper ses composants dont il a besoin pour survivre) mais l’anthropomorphisme un peu trop poussé fait que bien souvent, au cours de ma lecture, je les ai vu humains, trop humains, terriblement humains.

Si le lecteur lambda ne se sentira pas perdu face à la technologie dont parle l’auteur, ceux qui cherchaient un peu d’audace risque de rester sur leur faim puisque rien de neuf dans le robot qui regroupe à peu de chose près ce que tout smartphone ou PC recèle, l’intelligence en moins (et les jambes, les bras, la tête… en moins).

Ça n’en fait pas un mauvais roman SF post-apo, que du contraire, j’ai apprécié le voyage dans l’Océan de Rouille, cette quête de liberté, cette recherche de ses propres composants afin de ne pas s’éteindre, cette humanité qui transparaît dans certains robots, le côté road trip infernal pour échapper aux terribles Intelligences Mondes qui ont tout pour faire de parfait dictateurs tyranniques et autocrates, mais ça manquait d’un grain de nouveauté, de folie, de prise de risques.

Un bon roman SF post apo, un moment de lecture très agréable, une immersion dans un genre qui ne m’est pas familier (et pourtant, j’avais l’impression de déjà-vu), des robots attachants mais rien de neuf sous le soleil et pas vraiment de prises de risques de la part de l’auteur.

Dommage, il y avait matière à explorer pour sortir vraiment des sentiers battus et nous offrir autre chose que du « classique ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°115].

Le Fléau – Tome 2/2 : Stephen King

Titre : Le fléau – Tome 2/2

Auteur : Stephen King
Édition : Le Livre de Poche (2003)
Édition Originale : The stand (1978)
Traduction : Jean-Pierre Quijano

Résumé :
Il a suffi que l’ordinateur d’un laboratoire ultra-secret de l’armée américaine fasse une erreur d’une nanoseconde pour que la chaîne de la mort se mette en marche.

Le Fléau, inexorablement, se répand sur l’Amérique et, de New York à Los Angeles, transforme un bel été en cauchemar. Avec un taux de contamination de 99,4 %.

Dans ce monde d’apocalypse émerge alors une poignée de survivants hallucinés. Ils ne se connaissent pas, pourtant chacun veut rejoindre celle que, dans leurs rêves, ils appellent Mère Abigaël : une vieille Noire de cent huit ans dont dépend leur salut commun.

Mais ils savent aussi que sur cette terre dévastée rôde l’Homme sans visage, l’Homme Noir aux étranges pouvoirs, Randall Flagg. L’incarnation des fantasmes les plus diaboliques, destinée à régner sur ce monde nouveau.

C’est la fin des Temps, et le dernier combat entre le Bien et le Mal peut commencer.

Critique :
Après avoir lu le premier tome durant le confinement, j’ai eu besoin d’une pause et après 3 mois, j’ai estimé que je pouvais entamer le second tome.

Mes amis les Gentils m’attendaient sagement et ce fut avec grand plaisir que je retrouvai Nick, Stu, Ralph, Frannie, Larry, Glen, Tommy, Joe et Mère Abigaël.

Quant aux Méchants, aux ordres de l’Homme Noir, du Patron, du Promeneur, ils sont à Cibola, ou plutôt à Las Vegas…

Si le premier tome m’avait embarqué et que je n’avais pas vraiment ressenti certaines longueurs (je l’ai lu en version intégrale, sans les coupes de l’éditeur), dans ce second et dernier tome, j’ai eu plus de mal, je n’avançais plus aussi vite, comme si je devais faire la route à pied.

Rome ne s’est pas faite en un jour, je le sais, il faut du temps pour repartir après l’extermination de 90% de la population, mais le périple de La Poubelle était long et monotone. Ce fut le passage le plus chiant, avec les comptes-rendus du comité de Boulder.

Autant ou certains passages sont longs et laborieux, autant le final a été expédié d’un coup de cuillère à pot après un périple, à pied, de plus de 1.200km et de 1.500 pages.

D’accord, je râle lorsque les auteurs font traîner les affrontements finaux pour faire des pages et qu’à la fin, on tourne en rond, mais ici, je m’attendais à un affrontement Bien-Mal d’une manière différente.

Durant des centaines et des centaines de pages, le King nous parle de deux personnages étranges dont les gens rêvent : Mère Abigaël ou l’Homme Noir, représentant le Bien et le Mal et tadaaa boum, en quelques paragraphes, c’est expédié, rayé de la carte.

Je me suis sentie grugée, surtout qu’ensuite, le King prend 90 pages pour un voyage de retour qui dure, qui dure… Ça fait un sacré déséquilibre.

Un affrontement plus travaillé et un retour plus rapide aurait été plus intelligent, même s’il y a de l’ironie et du cynisme dans la manière qu’à le King de résoudre le problème de l’Homme Noir. L’arroseur arrosé par son propre tuyau.

Malgré tout, je suis contente d’avoir ENFIN lu le Fléau car il y a une chose que je ne peux pas reprocher au King, c’est d’avoir fait preuve de manichéisme.

Certes, les Méchants ne sont pas sympas et on aimerait boire un verre avec les Gentils, mais il y a une évolution dans ses personnages car tous ont évolués, appris quelque chose, changé de caractère et même Tommy, à qui il manquait une case, a changé. Dans le camp de l’Homme Noir aussi, des consciences s’éveillent.

À Boulder, en Zone Libre, on essaie de changer, de ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’avant, mais chassez le Naturel, il revient au galop… L’Homme a du mal à perdre ses mauvaises habitudes et ses peurs primales des Autres.

Une fois de plus, le King nous propose un livre dérangeant à bien des égards. La dictature chez l’Homme Noir semble plus simple que la tentative d’ébauche de démocratie en Zone Libre car quand un seul prend des décisions et donne des ordres, c’est plus rapide que de demander l’avis de tout le monde…

Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions et la démocratie de la Zone Libre est peut-être un mirage puisque le comité reprend les personnages principaux du premier tome.

Quand on réfléchit bien (et le King nous donne de quoi réfléchir), il y a du bon et du mauvais dans les deux camps et si la dictature est à proscrire, la démocratie a du plomb dans l’aile quand elle décide d’en envoyer certains au front…

Le Fléau, ce n’est pas qu’un simple roman fantastique pré et post-apo, c’est aussi une tentative de reconstruction, la méfiance des autres, mais aussi du besoin des Hommes de se regrouper puis de se séparer lorsque le groupe devient trop important et qu’on commence à se marcher sur les pieds.

En un mot, Le Fléau, c’est à lire !

Après une telle lecture, je m’en vais lire un Astérix, ça me fera du bien au moral…

PS : Stephen King, aurait-il par hasard une dent sur les belettes ? Parce que dans son roman, il cite mon animal totem au moins 36.000 fois et jamais pour leur jeter des fleurs…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°XX]et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (17 mars – 15 avril ?) chez Mez Brizées [Lecture N°07 – 790 pages – Livre de Poche].

 

Le Livre de M : Peng Shepherd

Titre : Le Livre de M

Auteur : Peng Shepherd
Édition : Albin Michel Imaginaire (17/06/2020)
Édition Originale : The Book of M (2018)
Traduction : Sylvie Homassel

Résumé :
Que seriez-vous prêt à sacrifier pour vous souvenir ?

Un jour, en Inde, un homme perd son ombre – un phénomène que la science échoue à expliquer. Il est le premier, mais bientôt on observe des milliers, des millions de cas similaires. Non contentes de perdre leur ombre, les victimes perdent peu à peu leurs souvenirs et peuvent devenir dangereuses.

En se cachant dans un hôtel abandonné au fond des bois, Max et son mari Ory ont échappé à la fin du monde tel qu’ils l’ont connu. Leur nouvelle vie semble presque normale, jusqu’au jour où l’ombre de Max disparaît…

Critique :
Extrait de la cassette audio retrouvée sur une personne sans ombre…

PLAY ▶

Mon ombre a disparu, comme pour bon nombre d’êtres humains sur la Terre.

Je sais que d’ici quelques temps, je commencerai à oublier des choses importantes, comme si j’étais atteinte d’Alzheimer mais en pire puisque je ne saurai plus lire, ni que je dois manger, ni que je dois boire et pire, j’oublierai de respirer.

Avant le grand Oubli, je voudrais dire merci à certaines personnes qui m’ont accompagnées depuis que les ombres ont commencé à disparaître… Et comme notre mémoire était contenue dans nos ombres, l’Oubli commence peu à peu. Je suis la Belette Cannibal Lecteur et je tenais un blog avant que nos civilisations ne s’effondrent.

Ory (Orlando Zhang), tu m’as agacée au départ, avec ton air paternaliste, d’ailleurs, j’ai eu un peu de mal à te constituer un visage et tes contours sont restés flous durant une partie de notre voyage de malade. Sous la carapace se cachait une belle personne, obstinée, têtue, mais solidaire là où l’humanité ne l’était plus.

Maxine, ma chère Max, suivre ton périple en écoutant tes enregistrements sur cassette audio fut éprouvant car tu as enduré tellement de choses depuis la perte de ton ombre et de tes souvenirs. Comme moi, tu as compris les tentations d’utiliser ce don, quitte à perdre un peu plus ce que tu étais.

Ma chère Naz (Mahnaz Ahmadi), mon archère iranienne, des couilles, tu en as ! Un des plus beaux portraits selon moi.

Je suis contente d’avoir eu une partie de l’histoire à rebours, de me retrouver, dès le départ, plongée dans ce monde post-apocalypse, post-pandémie (même si ce n’est pas dû à un virus), sans le recul nécessaire, sans préparation, même si j’ai mis un peu de temps à m’adapter.

Après quelques tâtonnements, après avoir renoncé au confort de l’électricité et de tout ce que j’ai l’habitude d’avoir, les différents personnages m’ont expliqués les débuts de ce qui fut le commencement de la fin du Monde. Glaçant, même si de prime abord, l’homme sans ombre à fait le buzz. J’aurais été comme la majorité : curieuse.

Le roman choral se prêtait bien à ce genre de récit, il m’a permis de mieux comprendre ce qu’il se passait et d’avoir une vision globale de l’horreur de devenir un sans-ombre, de se voir tirer dessus par de ceux qui avaient encore la leur…

Notre périple m’a montré la ville de Boston, New-York et Washington en proie à des dégénérés sanguinaires qui, sans leurs souvenirs, redevenaient parfois des bêtes sauvages. Ma tension est montée d’un cran car moi aussi, je pouvais devenir ÇA, un jour prochain.

Mon incorporation dans une troupe de combattants a été bénéfique pour ma survie, mais vous m’excuserez si j’ai froncé les sourcils à la vue des grades. Quand on est dans la merde et qu’on se regroupe pour survivre, on ne s’amuse pas à nommer un Général ! Un chef, un responsable, un meneur, oui, mais un Général, sans blague ?

Oui, désolée, j’enregistre tout cela en vrac, avant que j’oublie tout…

Cette aventure avait beau être folle, reprendre une partie des codes du post-apo tout en développant les siens et ne pas se contenter de faire des scènes de batailles pour un sac de riz ou un paquet de PQ, j’ai peur depuis que j’ai perdu mon ombre car je sens que des souvenirs s’effacent… Qui suis-je, déjà ? Ou vais-je ? Ma mémoire devient gruyère et je ne sais même plus ce qu’est le gruyère. Vite, faut terminer avant l’Oubli !

Ce roman post-apo n’est pas exempt de petits défauts, mais ils sont noyés dans l’énormité de l’oeuvre, de l’histoire qui, sans jamais se perdre, nous prend par la main et nous entraîne dans un Monde violent, où la solidarité est souvent un gros mot, où la magie n’est pas celle de Harry Potter (tiens, qui c’est, lui ?) car sans baguettes et avec un prix à payer est énorme.

Un Monde où un prophète inattendu pourrait émerger sous une forme encore plus inattendue… Et où la solidarité pourrait arriver, malgré tout. Il faut juste espérer que Celui Qui Rassemble, Celui Qui A Un Milieu Mais Pas De Commencement, ne soit pas une chimère.

Un très bon roman post-apo qui au lieu de prendre l’autoroute habituelle est passé par des chemins plus sinueux, moins connus afin de nous conduire à la Nouvelle-Orléans d’une manière plus qu’inhabituelle.

Ceci est la fin de mon message parce que je ne sais même plus pourquoi j’ai ce truc en main… L’Oubli commence, mes souvenirs s’effacent et je vais tout oublier, même de vivre…

STOP ◼

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°15].

Le Fléau – Tome 1/2 : Stephen King

Titre : Le Fléau – Tome 1

Auteur : Stephen King
Édition : Le Livre de Poche (2010) – Édition en 2 tomes
Édition Originale : The stand (1978)
Traduction : Jean-Pierre Quijano

Résumé :
Il a suffi que l’ordinateur d’un laboratoire ultra-secret de l’armée américaine fasse une erreur d’une nanoseconde pour que la chaîne de la mort se mette en marche.

Le Fléau, inexorablement, se répand sur l’Amérique et, de New York à Los Angeles, transforme un bel été en cauchemar. Avec un taux de contamination de 99,4 %.

Dans ce monde d’apocalypse émerge alors une poignée de survivants hallucinés. Ils ne se connaissent pas, pourtant chacun veut rejoindre celle que, dans leurs rêves, ils appellent Mère Abigaël : une vieille Noire de cent huit ans dont dépend leur salut commun.

Mais ils savent aussi que sur cette terre dévastée rôde l’Homme sans visage, l’Homme Noir aux étranges pouvoirs, Randall Flagg. L’incarnation des fantasmes les plus diaboliques, destinée à régner sur ce monde nouveau.

C’est la fin des Temps, et le dernier combat entre le Bien et le Mal peut commencer.

Critique :
Quand on pense que tout ça est arrivé à cause d’une défaillance du système de fermeture des portes lorsque les chiffres de l’horloge sont passé au rouge…

Ce qui a permis à une personne de s’enfuir, d’embarquer sa famille pour fuir et d’aller mourir dans un petit bled, contaminant les personnes présentes à la pompe d’essence qui eux-mêmes ont contaminés leur famille, amis, la ville, les villes, le pays, le monde…

Le King a toujours eu l’art et la manière de mettre en place ses histoires, passant de moments hautement angoissant à d’autres plus calmes, lorsqu’il met en place ses autres personnages, allant en profondeur dans leur portraits, ce qui nous donne l’impression de les connaître depuis longtemps.

Vous êtes calmement en train de lire un passage où un homme renseigne une famille sur le chemin à suivre ? Banal à mourir… Pas chez le King, parce qu’à l’aide de ce simple geste banal, cette amabilité faite à une autre personne, vous infectez la petite famille, qui elle même infectera d’autres personnes, qui elles-mêmes… Moins banal à lire, subitement, non ?

On se doute que les personnages dont le King prend le temps de nous dresser les portraits seront ceux qui seront les protagonistes les plus importants de son histoire, même si, dans le lot, certains trouveront la mort avec le virus de la super grippe. Zut, faut pas trop vite s’y attacher…

Provenant de tous les horizons, ses personnages seront attachants, sympathiques ou des salopards, car avec le King, rien n’est jamais tout noir ou tout blanc. D’ailleurs, on remarque que les êtres humains retournent vite à un état primaire et que devant l’ampleur des morts, on passe vite à des horreurs sans nom comme de tirer sur des gens…

Le roman du King, lu en version intégrale sur deux tomes, est addictif, anxiogène, nous fait par des montagnes russes d’émotions allant des angoissantes au plus calmes, nous laissant reprendre notre souffle pour mieux nous donner quelques sueurs froides ensuite.

Prenant son temps, le King nous délivre son récit sans sauter des étapes, sans zapper des étapes sur ses différents personnages et cela donne une première partie addictive, mettant aussi en place un élément fantastique avec deux personnages étranges, un homme en noir et une vieille dame, mère Abigaël…

Dans sa version intégrale, il y a plus de pages que dans la version « light », mais au moins, on a le récit complet, sans coupes, et si parfois, on sent un peu les longueurs, cette sensation passe très vite car la plume du King fait mouche car il sait toujours aller dans la psyché des personnages, des Hommes et nous en donner sa part d’ombre, de ténèbres, mais aussi la plus belle.

Le Fléau est sans doute un roman anxiogène dès le départ, mais le lire en période de Covid-19, même s’il ce virus est moins meurtrier que celui du roman (heureusement, nom de dieu !), c’est encore plus angoissant.

Je vais m’accorder un peu de temps avant d’entamer le tome 2 et aller me lire un Oui-Oui ou Tchoupi…

Ah zut, je n’ai que ceux où ils vont faire leurs courses tranquillement, font du sport d’équipe, vont visiter leur famille, se font des bisous… Bon, alors je vais lire Les Aristochats…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°215 et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (17 mars – 15 avril ?) chez Mez Brizées [Lecture N°03 – 746 pages].

Et toujours les Forêts : Sandrine Collette

Titre : Et toujours les Forêts

Auteur : Sandrine Collette
Édition : JC Lattès (02/01/2020)

Résumé :
Corentin, personne n’en voulait. Ni son père envolé, ni les commères dont les rumeurs abreuvent le village, ni surtout sa mère, qui rêve de s’en débarrasser. Traîné de foyer en foyer, son enfance est une errance.

Jusqu’au jour où sa mère l’abandonne à Augustine, l’une des vieilles du hameau. Au creux de la vallée des Forêts, ce territoire hostile où habite l’aïeule, une vie recommence.

À la grande ville où le propulsent ses études, Corentin plonge sans retenue dans les lumières et la fête permanente. Autour de lui, le monde brûle. La chaleur n’en finit pas d’assécher la terre. Les ruisseaux de son enfance ont tari depuis longtemps ; les arbres perdent leurs feuilles au mois de juin.

Quelque chose se prépare. La nuit où tout implose, Corentin survit miraculeusement, caché au fond des catacombes. Revenu à la surface dans un univers dévasté, il est seul. Humains ou bêtes : il ne reste rien.

Guidé par l’espoir insensé de retrouver la vieille Augustine, Corentin prend le long chemin des Forêts.

Une quête éperdue, arrachée à ses entrailles, avec pour obsession la renaissance d’un monde désert, et la certitude que rien ne s’arrête jamais complètement.

Critique :
Ça commence comme dans un rural noir…

Une fille, enceinte, ne veut pas du gosse, nommé Corentin.

Elle le confie à gauche, à droite, le gamin est ballotté, pas aimé par sa mère et puis, comme mue par une décision soudaine de se débarrasser du mioche encombrant, elle le balance chez l’arrière-grand-mère du pauvre moutard et basta, elle se casse.

Le gamin grandit au bled, auprès d’une vieille femme.

Oui, ça commençait comme un bon vieux rural noir et puis boum, la Chose a eu lieu. La Chose ? L’apocalypse, rien de moins.

De ce qui a généré l’apocalypse, nous n’en saurons rien, mais les conséquences nous serons divulguées : Paris s’éveille sans personne de vivant, ou si peu. À la Vilette, on ne on tranchera plus le lard et les boulangers ne feront plus des bâtards…

Tous les gens sont morts, à Paris et ailleurs aussi. Ceux de la France d’en bas, de celle d’en haut, du milieu, le président, les politiciens, les touristes ne regagneront pas leurs cars… Les animaux sont morts, les arbres aussi, les plantes… Mais Corentin est vivant !

L’auteure s’est concentrée sur son personnage, sur sa longue marche pour retourner au bled, aux Forêts, près d’Augustine. À quoi bon perdre son temps à accuser l’un ou l’autre de la catastrophe, de toute façon, il n’y a plus personne ou presque à traîner en justice, alors…

Les signes étaient là, tout le monde les a entendu, vu, constaté, mais quand c’est trop tard, c’est trop tard. Comme Corentin, j’aurais pillé les magasins pour choper des conserves, de l’eau, des bottines de marche et j’aurais tracé la route.

Mais moi, j’aurais été faire un tour dans une armurerie pour prendre des armes… Oui, j’y ai pensé de suite en découvrant avec Corentin l’ampleur du désastre. Et oui, je m’en serais servie afin d’assurer ma survie. J’aurais sans doute descendu des innocents, donc, en cas d’apocalypse, évitez de croiser ma route…

Percutant, c’est le mot. J’ai commencé l’année en force, moi. Jusqu’à présent, l’auteure ne m’a jamais déçue et s’est toujours renouvelée, changeant ses romans tout en gardant ce qui fait leur âme : les personnages attachants et réalistes. Des récits forts, glaçants, prenants aux tripes.

Les phrases sont courtes, les dialogues parfois noyé dans le récit, sur la fin, lorsqu’on est redevenu un homme des bois, un survivant.

Ce n’est même pas dérangeant car ce style va comme un gant au récit, comme si on le vivait, comme si on nous le racontait avec l’urgence, au coin du feu, avant de reprendre la route.

Le récit est sombre, sans édulcorant, sans une larmiche de crème pour adoucir l’affaire. Impossible de lâcher le récit car si les romans post-apocalypses sont légions, celui est différent des autres. Je pense même qu’il n’y en aura jamais deux pareils, même si le fond est semblable : résilience, survie et retour à l’ère de nos ancêtres qui n’avaient pas l’électricité. Retour à l’âge des Bêtes Humaines.

Un huis-clos angoissant, un retour aux âges sombres, comme après l’extinction des Dinosaures (pour ceux qui s’en souviennent), un ciel si bas qu’un canal s’est pendu, une Nature si carbonisée qu’on ne pourrait plus se pendre à une branche, un paysage qui donne envie de se flinguer (si on a fait un tour à l’armurerie), mais toujours cette envie de vivre, de survivre, parce que c’est plus fort que nous.

Bon, on ne pourra pas dire après qu’on n’a pas été prévenu…

Prochain roman de l’auteure pour surprendre ses lecteurs ? Un Oui-Oui ? Un Martine ? La vie sexuelle d’un président normal ? Moi, je suis impatiente de voir parce qu’après ça… Oufti, ça déchire sa race !

♫ La tour Eiffel a fondu sur pied
L’Arc de Triomphe est liquéfié ♪
♪ Et l’Obélisque est liquidée ♪
Pas différence entre la nuit et la journée
Il est cinq heures
Paris s’éveille
Paris s’éveille ♪ (1)

(1) Mes excuses à Jacques Dutronc, la Vielle Canaille, pour l’emprunt et le traficotage de sa chanson.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°155.

Le Choix : Paul J. McAuley

Titre : Le Choix

Auteur : Paul J. McAuley
Édition : Le Bélial’ Une Heure Lumière (11/02/2016)
Édition Originale : The Choice (2011)
Traducteur : Gilles Goulet

Résumé :
Ils sont amis depuis toujours, ils ont seize ans ou presque. Damian vit et travaille avec son père, éleveur de crevettes et cogneur d’enfants.

Lucas s’occupe de sa mère, ancienne passionaria d’un mouvement écologiste radical clouée au lit par la maladie dans la caravane familiale.

Le monde est en proie à un bouleversement écologique majeur — une montée des eaux dramatique et une élévation de la température moyenne considérable.

Au cœur du Norfolk noyé sous les flots et écrasé de chaleur, la rumeur se répand : un Dragon est tombé du ciel non loin des côtes.

Damian et Lucas, sur leur petit voilier, entreprennent le périlleux voyage en quête du mystérieux artefact extraterrestre, avec en tête un espoir secret : décrocher la clé des étoiles…

Critique :
Dans ce futur peut-être pas si éloigné que ça, l’écologie en a pris la gueule, les COP n’ont servi à rien, l’Homme a continué de polluer à mort.

Après une guerre, une apocalypse, la température qui augmente, une montée des eaux et toutes les joyeusetés qui vont avec, nous devons notre non extinction à des extras-terrestres.

Dire que les grands penseurs tels Calvin et Hobbes disaient que : « Parfois je me dis que la meilleure preuve qu’il y a des êtres intelligents ailleurs que sur Terre est qu’aucun d’entre eux n’a jamais essayé de nous contacter. » Loupé !

N’étant pas face à un pavé mais plutôt face à une grosse nouvelle, toutes ces péripéties nous serons racontées vite fait et bien fait.

L’auteur nous décrit la vie au Norfolk, où survivent des gens tant bien que mal, vivotant et se nourrissant de ce que la mer leur offre, rêvant de bacon et de viande de porc.

Les adultes qui ont connu le monde d’avant rêvent de pareils mets, mais les ados, qui n’ont jamais connu que ce Monde là, pour eux, ça reste abstrait.

Le futur décrit dans ces pages n’a rien de réjouissant, il nous pendrait même au nez, si nous ne changeons pas (mais sommes nous prêt à changer ? Telle est la question), bref, il est d’un réalisme à faire peur, exception faite de la présence des Jackaroo, les « E.T téléphone maison », que l’on ne verra jamais, d’ailleurs.

C’est un dragon tombé du ciel qui va entraîner les deux amis, Damian et Lucas dans une histoire qu’ils ne soupçonnaient même pas en se mettant en route, dans le petit voilier de Lucas.

Si la balade est bucolique jusqu’à l’endroit où a chuté le dragon, cette rencontre aura des répercussions sur le reste de leur vie car il est des mauvais choix que l’on pose parce qu’on les pense bons, parce que l’on veut partir de là, ne plus rester près d’un père qui distribue les baffes comme des politiciens les tracts, quelques jours avant les élections.

Le passage à l’âge adulte n’est jamais simple, jamais facile et nos deux garçons vont y passer sans avoir eu le temps de se retourner.

Le choix de l’un ne sera pas celui de l’autre et le choix de l’autre se fera en toute fin de cette novella.

Si j’ai aimé le récit, la manière dont il est écrit, présenté, si je me suis attachée aux deux ados, je me suis retrouvée à la fin de cette histoire de manière un peu abrupte car je n’aurais pas craché sur quelques pages en plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.