Le club des prédateurs – Tome 2 – The party : Valérie Mangin et Steven Dupré

Titre : Le club des prédateurs – Tome 2 – The party

Scénariste : Valérie Mangin
Dessinateur : Steven Dupré

Édition : Casterman (24/05/2017)

Résumé :
Le Bogeyman, l’ogre mangeur d’enfants, travaille au service de gentlemen réunis à Londres au Club des prédateurs. Liz sait que son père dirige ce cercle très fermé.

Quant à Jack doit sauver ses amis retenus prisonniers par le Bogeyman.

Critique :
Le premier tome m’avait dégoûté, horrifié de pas la thématique abordée, celle du capitalisme dévorant, celle des riches qui bouffent les pauvres, qui les exploitent, qui en abusent et qui s’engraissent sur leur dos.

Ceux qui ont lu la bédé sauront donner tout le sens à ces phrases et comprendront que cette thématique est dure à digérer.

On reste dans le glauque et les fonds de page en noir rendent encore un peu plus l’atmosphère oppressante.

La misère humaine est toujours représentée, mais moins que dans le premier tome puisque dans ce dernier album, on clôt l’histoire et il fallait se concentrer sur le fameux club des prédateurs.

On est loin des clubs que l’on voit dans Sherlock Holmes (Diogene Club) ou le Centaur Club de Blake et Mortimer… C’est select mais une fois entré dedans, on n’en sort plus jamais…

Les dessins sont toujours harmonieux, le tout dans des couleurs sépias, beiges, sombres… Normal, nous ne sommes pas dans un pays de licornes et de Bisounours, loin de là.

Deux réclamations déposée au bureau du même nom. La première sera pour la résolution que j’ai trouvée un peu trop précipitée. Pour la première partie, nous avions 56 pages tandis que la seconde ne comporte que 46 planches, ce qui corsète l’histoire, l’empêchant de s’étoffer, de s’épanouir tout à fait puisque tout doit aller très vite.

Dommage, la résolution aurait mérité mieux. Quand c’est trop court, c’est trop court. Oui, je fais de la philosophie à deux balles.

La seconde réclamation sera pour le fait qu’on en saura pas plus sur le pourquoi du comment du Club des Prédateurs. Zéro explication sur le pourquoi ils font ça toutes les semaines. D’accord, ils sont pété de thunes, ils ont le pouvoir, personne ne viendra leur demander des comptes, mais bon, de là à manger ÇA toutes les semaines…

Nous aurions été face à un club de pédophiles, les explications n’auraient pas été nécessaires, mais un club de… Je pense que cela aurait mérité quelques explications, surtout qu’à ce rythme là, c’est vachement mauvais pour la santé, Creutzfeldt-Jakob n’est pas loin… Donc, des explications n’auraient pas été du luxe.

Par contre, j’ai adoré les personnages qui sont toujours le cul entre deux chaises, l’auteur n’ayant pas sombré dans la dichotomie des riches tous pas gentils et des pauvres tous gentils.

Jack (pauvre) doit basculer du côté obscur, se résoudre à un crève-cœur effroyable pour mettre fin au Club, le père de Liz (riche) a beau être un salopard de la pire espèce, il tient à sa fille et même le cuisinier du Club aime sa fille, handicapée mentale. Et pourtant, ce qu’ils font au Club dépasse l’entendement.

Pire, on pensait Jack en chevalier redresseur de tort, voulant venger la mort de son père, tué par le Bogeyman (croque-mitaine) mais on en apprendra un peu plus sur son père et apparemment, ça ne dérageait pas trop Jack, à cette époque là. Ça ne le dérange même pas de venir manger dans la cuisine de celui qui est chargé de préparer les plats spéciaux de ces messieurs du Club… Gloups.

Si sur le premier tome, la couverture laissait présager un prédateur (en effet, il en était un, mais pas sexuel) donnant la main à une jeune fille, on a un changement d’image sur le tome 2 avec la même fille, dans un lit, la bouche barbouillée de sang et un homme gisant au pied du lit. Prédateur sexuel ? Vampirisme ? Moi je le sais mais je ne vous le dirai pas, na !

Un diptyque glauque, sombre, noir, horrible. Une belle description de la société victorienne dans ce qu’elle avait de plus horrible (exploitation des enfants et de l’Homme par l’Homme), belle illustration du capitalisme dévorant, au sens propre et figuré.

Dommage que la fin soit un peu trop précipité, laissant en bouche un arrière-goût d’inachevé, comme si un troisième album devait suivre, mais non, la série est close.

Les lecteurs/trices auraient mérité 10 pages de plus pour étoffer ce final et donner une fin qui ne nous laisse pas sur notre faim. Un comble, vu le sujet traité.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°259 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Un mot de l’auteure, pris sur le Net : Valérie Mangin (V. M.) : Le « Club » est le résultat de pas mal d’influences. La première est celle de l’histoire de la révolution industrielle anglaise. Le cliché veut qu’elle a dévoré ses enfants au sens où le miracle économique n’a été possible qu’en sacrifiant les groupes sociaux les plus faibles : les ouvriers, les plus jeunes… J’ai voulu exploiter ce cliché au sens propre pour en montrer toute l’horreur. Bien sûr, je me place aussi dans une tradition littéraire. On ne peut pas penser un récit avec un héros enfant dans le Londres du XIXè siècle sans penser à Dickens, ni faire une histoire de cannibalisme en oubliant l’Humble proposition de Swift [Note de la Belette : pamphlet ironique où l’auteur trouve LA solution permettant de réduire la misère et la surpopulation qui touchent alors l’Irlande : se servir des nourrissons comme source d’alimentation !]. Mais j’ai aussi été influencée par tous ces contes de fée qui montrent des enfants aux prises avec des ogres qui veulent les manger. L’enfant doit vaincre les monstres pour devenir adulte mais, parfois, les monstres sont trop forts pour lui, comme mon Bogeyman

V. M. : « Oui, l’Angleterre est le berceau de la littérature gothique. Je lui devais bien cet hommage. Et puis, c’est aussi le pays dans lequel la révolution industrielle a été la plus dure et les conditions de travail les plus mortifères. À 9 ans, les enfants y travaillent déjà 9 heures par jours avec seulement 1 heure de pause pour le déjeuner. Les grandes luttes qui déboucheront sur le droit du travail et la protection sociale n’ont pas encore eu lieu. Karl Marx, qui est à Londres à ce moment-là, publiera d’ailleurs « Le Capital » deux ans plus tard. »

Le club des prédateurs – Tome 1 – The Bogeyman : Valérie Mangin et Steven Dupré

Titre : Le club des prédateurs – Tome 1 – The Bogeyman

Scénariste : Valérie Mangin
Dessinateur : Steven Dupré

Édition : Casterman (27/01/2016)

Résumé :
Londres 1865.

Tandis que dans leurs clubs les gentlemen font bonne chère, dans leurs usines les enfants des pauvres se tuent au travail.

Tout autour, le brouillard dissimule mal les monstres et les criminels. Jack, un petit ramoneur insoumis, voudrait combattre tous ces prédateurs, et en particulier l’effrayant Bogeyman (croque-mitaine), le meurtrier de son père.

Le hasard va le rapprocher d’une très jeune héritière, Liz, qui pourrait changer sa vie.

Mais des rues mal famées jusqu’au Club le plus select, leur innocence va laisser place à la pure terreur.

Critique :
Une fois de plus, sans le Mois Anglais, jamais je n’aurais sélectionné cette bédé, je ne la connaissais même pas avant (merci le Net).

Sans lire le résumé, je me suis plongée dedans, appréciant directement les dessins, fourmillant de détails, notamment entre les pauvres et les bourgeois.

Tout le monde assiste à la pendaison d’une gamine qui a assassiné le poissonnier qui l’avait surprise en train de voler des déchets pour les manger.

La bonne société palabre sur les pauvres, sur leur intelligence à peine plus haute que celle d’animaux ou d’indigènes de la Nouvelle-Calédonie, sans même être choqué que pour survivre, certains doivent bouffer des déchets. Eux se bâfrent de sandwich pendant la pendaison, alors que les autres crèvent la dalle sous leurs yeux.

La conscience tranquille parce qu’ils visitent les pauvres, en tant que lecteur/trice, on ne peut que s’indigner de la pensée de ses personnages imbus d’eux-même et de leur pouvoir. Et puis, les enfants que ces femmes pauvres pondent, ça fait de la main-d’oeuvre bon marché pour la filature du mari de mâdâme.

Il y a bon nombre de bédés qui m’ont fait des effets monstres, notamment en terme d’humour, de scénario, de profondeur, de dessins… J’ai déjà lu des bédés noires, mais là, j’ai rarement été dans de l’aussi glauque, de l’aussi dérangeant, à tel point que je n’avais plus très faim à la fin de ma lecture.

Si on voulait choquer, c’est réussi !

Le scénario est travaillé, les décors encore plus et les différents personnages nous entraîneront dans deux divers univers aux antipodes l’un de l’autre : une famille pauvre qui crève de faim, une famille riche qui ne manque de rien. Le travail des gosses dans les filatures face à l’oisiveté d’une épouse qui ne désire qu’une chose, que sa fille Elizabeth fasse plus tard un beau mariage.

Les paroles prononcées par les bourgeois font mal au bide, mais elles ne sont que le reflets des pensées de l’époque, faudra les avaler, les digérer (si c’est possible) et ne pas les oublier car même de nos jours, j’entends encore des conneries aussi énormes que celles présentes dans l’album.

Les personnages de Jack, jeune voleur déguisé en ramoneur et d’Elizabeth, la jeune fille riche, sont sympathiques car notre demoiselle, bien qu’ayant une cuillère en or dans la bouche, a un coeur et pense à la charité chrétienne, la vraie, celle qui ne rejette personne, celle qui accepte tout le monde, surtout le plus faible qu’elle doit protéger.

On sent qu’il y un truc pas net avec le fameux Bogeyman, ce croque-mitaine qui fait peur à tous les gosses mais sincèrement, je ne m’attendais pas à une telle révélation en fin d’album. Sciée j’ai été, dégoûtée aussi. Jack The Ripper peut aller se rhabiller car la scène tout aussi terrible que celle présente dans le manga Black Butler, quand Ciel est enlevé (mais différente)…

Là, c’est ce qui s’appelle un tacle. Je vais laisser passer quelques jours et ensuite, je lirai le tome 2 pour voir si quelqu’un va mettre fin aux agissements du Bogeyman et de ces riches bourgeois qui se croient au-dessus des lois et de l’Humanité.

Une bédé sombre, très noire, qui, cyniquement, nous portraitiste l’Angleterre victorienne dans ce qu’elle a de plus honteux : l’exploitation des pauvres, l’exploitation de l’Homme par l’Homme, le capitalisme dévorant, la misère humaine, les pendaisons publiques, les esprits étriqués de ceux qui avaient de l’argent et la débauche de ces costumes cravates bourrés de fric mais sans aucun état d’âme, conscience…

Une bédé qui me reste sur l’estomac, même si elle est très bien faite. Ceux qui l’ont lue sauront pourquoi…

PS : à noter que la couverture donne déjà le ton avec une jeune gamine qui donne la main à un homme adulte portant un masque de loup. Sachant que dans les contes pour enfants, le loup représente le prédateur sexuel (pauvre animal), on se doutait que si la référence n’était pas pédophile, elle impliquerait sans aucun doute un autre truc pas net.

— Elizabeth, elle est gentille même si elle ne croit pas au Bogeyman…
— Ça ! Personne n’y croit ! Mais c’est bien cette ordure qui a tué mon père ! Si seulement on pouvait attirer les bobbies dans sa tanière ! Mais le quartiers est trop pauvre pour eux : ils risqueraient de se salir !
— Ils finiront bien par le trouver Jack : tous les méchants sont punis un jour ou l’autre.
— Tu parles ! Ce qui arrive au peuple tout le monde s’en fiche. Il n’y a pas de justice pour nous! La justice c’est seulement pour les bourgeois !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°258 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Sept – Tome 19 – Sept Cannibales : Sylvain Runberg & Tirso Cons

Titre : Sept – Tome 19 – Sept Cannibales

Scénariste : Sylvain Runberg
Dessinateur : Tirso Cons

Édition : Delcourt Conquistador (2016)

Résumé :
Ils sont sept. Riches. Influents. L’élite. Des mâles dominants avides de sensations fortes. Ils se jouent des valeurs hypocrites d’une société qui les adule. Ne vivent-ils pas dans un monde où la loi du plus fort s’impose ouvertement ?

Sept prédateurs, qui assouvissent leurs pulsions lors de gigantesques fêtes privées.

Comme chaque année, Alessandro, Markus, Martin, Doron, Paul, Sebastiaan et Denis s’offrent un week-end de rêves. Les sept amis en profitent pour décompresser, loin de leurs vies remplies, stressantes et bien propres.

Après la Toscane, l’an prochain, ce sera la Provence qui leur servira de cadre, Denis a déjà tout planifié pour qu’ils puissent laisser libre cours à leurs envies et leurs vices.

Mais le rituel va être perturbé. Car cette fois-ci, leur nouvelle proie n’entend pas se laisser mener à l’abattoir…

Critique :
Ils sont 7… et ont plus des sept mercenaires que des sept nains de Disney.

Nos 7 hommes sont des mâles Alpha, ils occupent tous des postes importants, viennent de pays différents, mais ont été dans la même université et sont donc amis depuis longtemps.

Nos sept hommes sont des prédateurs, rien ne leur résiste, ils sont toujours à la recherche de nouvelles sensations pour pimenter leurs vies qu’ils pensent trop classiques.

Et puis, lorsque personne ne se rend compte que vous avez tué des gens, vous ressentez l’ivresse de l’impunité et puisque vous pensez que tout est permis, il n’y a plus de limites à votre folie.

Si je n’ai pas été fan des dessins, je l’ai été du récit car sa construction nous fait remonter dans le temps, mélangeant agréablement les derniers faits de nos prédateurs, leurs anciens (un chaque année), ainsi que leur tout premier, celui qui les fit entrer dans un autre monde : celui des meurtriers et des chasseurs de gibiers bien différent de ceux qui chassent le sanglier infesté à la peste porcine (ou pas).

Cela ménage du suspense, ces retours en arrière et augmente le rythme cardiaque lors de la traque de l’élue de l’année, une informaticienne qui n’a pas trop envie de se faire bouffer par ces Hannibal Lecter en herbe qui avant vont la chasser dans un parc fermé.

Durant le récit, voit bien la montée de la violence, leur recherche, sans cesse, des sensations fortes au mépris de toutes les règles, des vies humaines prises et où les femmes ne sont que des objets sexuels, à chasser dans le sens premier du terme ou à faire passer à la casserole, au propre comme au figuré (le figuré avant le propre, sinon, ils allaient baiser un cuissot de viande).

Un thriller haletant, violent, où les hommes sont des bêtes sauvages, des mâles Alpha se croyant tout permis et pour qui la vie des autres ne compte pas.

Se croyant les plus forts, pensant qu’ils sont les meilleurs, ils n’avaient jamais pensé qu’une proie ne voudrait pas danser sur leur musique à eux et qu’ils allaient chasser une jolie biche qui avait tout d’une panthère.

Violent, horrible, sanglant, mais addictif.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).