Au revoir là-haut : Pierre Lemaitre [LC avec Bianca]

Titre : Au revoir là-haut

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (21/08/2013)

Résumé :
Sur les ruines du plus grand carnage du XX° siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec Ses morts…

Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.

Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.

Critique :
Gavrilo Princip avait-il la moindre idée en assassinant François-Ferdinand de Habsbourg-Este de ce que son geste allait déclencher dans l’Europe et dans le Monde ?

Si oui, il mériterait qu’on le ressuscite afin de lui faire subir tous les outrages connus et imaginables, car son coup de feu à mis le feu aux poudres, poussant des pays à se faire la guerre, même si on se doute qu’ils n’attendaient tous que ça : le truc qui allaient leur permettre de se rentrer tous dedans.

Mais qui pâtit le plus d’un conflit ? Les soldats, qui ont plus à craindre de leur hiérarchie que de l’ennemi, tapis dans des tranchées insalubres ainsi que les civils qui perdent tous un père, un frère, un fils…

Par contre, pour les crapules, les arrivistes, les magouilleurs, un conflit, c’est du pain béni pour faire du commerce en stoemelings (en noir) et s’en foutre plein les fouilles pendant que d’autres chient dans leur froc de peur car on leur demande d’aller au casse-pipe pour récupérer 2 mètres de terrain.

Mais une fois la guerre terminée, peut-on encore profiter d’un bon plan pour se remplir les poches puisqu’on étaient dans les tranchées et que tout ce qu’on a gagné, ces des trous partout, des blessures violentes ou un traumatisme à vie ? Ou des galons non mérités…

Nous donnant à suivre Henry d’Aulnay-Pradelle, salaud flamboyant, digne des meilleurs fils de pute de la littérature.

Disons le de suite, le surnom qui irait comme un gant à d’Aulnay-Pradelle c’est « sale enculé » et n »y voyez pas dans son cas une passion pour la sodomie, juste un triste constat : c’est un enculé !

Possédant du cran (ce n’est pas un Joffrey Barathéon), du sadisme (mais pas au point d’un Ramsey Snow-Bolton), il a tout d’un Euron Greyjoy, surtout vu son comportement à quelques jours de l’armistice, afin de motiver ses troupes à attaquer la cote 113 et d’y gagner son grade de capitaine.

Face à lui, un couillon de soldat, le pauvre Albert Maillard, doté d’une conscience, lui, mais de peu de courage, toujours à réfléchir, à ne pas oser, à ne pas prendre de décision, castré aussi par une mère qui lui répète sans cesse qu’il est un pleurnichard, pire qu’une fille.

Il va souffrir encore après la guerre, notre Albert, comme s’il n’avait pas déjà assez souffert avant , lui qui a embrassé la Mort à pleine bouche, respirant son souffle fétide.

Ajoutons un troisième larron à ces deux personnages principaux déjà bien esquissés : Édouard Péricourt qui paiera cher son acte d’héroïsme, comme quoi, les bonnes actions ne sont pas toujours récompensées.

De joyeux il deviendra apathique, pourtant, notre homme aura une brillante idée, niveau magouille, même si au niveau éthique elle est des plus discutable.

Le talent de Pierre Lemaitre est de nous présenter 3 personnages dont aucun n’est tout à fait aimable, même si certains, au départ, donneraient à penser qu’ils sont des gentils et l’autre un charognard d’enculé. Bon, le salaud restera un salaud…

La plume de Pierre Lemaitre m’a emporté dans les tranchées de novembre 1918, dans la France d’après-guerre, celle qui a préféré célébrer ses morts plutôt que ses vivants, me plongeant dans le quotidien de deux hommes qui tirent le diable par la queue pendant que d’autres pètent dans la soie.

Les 100 premières pages décrivent bien l’atmosphère des tranchées, sans trop en faire, sans sombrer dans le pathos, ensuite, on découvre l’envers du décor avec les hôpitaux militaires, où il ne fait pas bon vivre non plus.

Ensuite, on découvre l’imbécilité du gouvernement, le rapatriement des soldats qui se déroule dans le plus grand bordel possible, les soldats démobilisés longtemps après la guerre, l’imbécilité des officiers, les bilans horribles du nombre de morts par jour, tout ça pour rien, pour gagner quelques mètres.

Boucherie, c’est le terme qui convient, abattoir aussi.

La duperie de certains pour gagner des galons, la duplicité de ces mêmes pour gagner du fric sur le dos des pauvres gens. Bien que certaines duplicités soient plus pires que d’autres, je trouve.

Un roman magnifique, dont je comprends qu’il a gagné le Goncourt tant son atmosphère est prégnante, ses personnages forts, cyniques, qui m’ont fait rire, souffrir et donner des envies de meurtre, le tout servi par une écriture magnifique qui joue avec les mots et nos maux.

Lemaître manie sa plume de main de maître (oui, je sais, elle était facile), cette plume qui te titille là où ça fait le plus de bien et procure instantanément une jouissance littéraire.

Une lecture intense qui me fera regarder les cimetières militaires et les monuments aux morts d’une autre manière.

Merci à Bianca pour cette LC car sans elle, ce roman serait toujours sur mes étagères (lien vers sa chronique dans son nom).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

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La Vallée des ombres : Xavier-Marie Bonnot

Titre : La Vallée des ombres

Auteur : Xavier-Marie Bonnot
Édition : Belfond (03/11/2016)

Résumé :
René Vasseur est une machine, un être au cuir épais qui a fait la guerre, qui a changé de nom. René Vasseur est un légionnaire. Après vingt ans d’absence, la haine au coeur, il revient dans son village natal, au fond d’une vallée industrielle dévastée par la crise.

Peu à peu, surgissent les ombres du passé : la femme qu’il a aimée, l’ennemi d’enfance devenu flic, l’ami qui a basculé dans le grand banditisme, son père, ancien patron de la CGT locale, tyrannique et désabusé… Et le drame qui a bouleversé sa vie : la mort de son frère, Rémy, dix-huit ans, assassiné lors des grèves de décembre de 1986.

René est-il venu venger son frère ? Pourquoi ne l’a-t-il pas secouru alors qu’il en était capable ? Pourquoi a-t-il rejoint la Légion ?

Critique :
♫ Dans la vallée, oh oh, enclavée, lalilala, dans la vallée, ho ho, des rancœurs de pierre près des tombeaux ♪

(Pardon de vous avoir remis cette chanson dans la tête).

Dans la vallée (non, on ne chante plus), des usines qui ne tournent plus à plein régime…

Dans la vallée, le chômage qui, comme la petite bête, monte, monte, monte.

De la vallée, les jeunes s’en sont exilés afin de trouver du travail… Là où leurs ancêtres (♫) bossaient comme des forçats, ceux qui ont encore un job voient leurs avantages se réduire comme peau de chagrin.

Ces avantages sociaux que les anciens avaient acquis au prix de grandes grèves, de sueur, de sang et de larmes. À cette grande époque ou le mot « syndicat » voulait encore dire quelque chose.

Et puis, comme dans tous les villages (ou les petites villes) où tout le monde se connait, on nage dans les secrets lourds et ténébreux. Tout le monde sait tout, mais tout le monde se tait, sauf que les rancœurs ou les haines sont comme des braises sous la cendre, une légère brise et le feu repart de plus belle, encore plus destructeur.

♫ Comme ces jours de peine où l’homme se traîne à la limite du règne du mal et de la haine ♪

René Vasseur a quitté la vallée (de Dana, lalilala) enclavée, laissant le village de Pierrefeu dans son dos, mais aussi son père, son meilleur ami Brahim, sa copine Samia, son frère Rémy, mort durant une grève et sa mère, qui était morte après.

Au départ, on ne saura pas pourquoi René est parti en coup de vent, mais ce jeune homme un peu frêle et toujours en butte aux coups et aux railleries des autres s’est engagé dans la Légion. Des combats, il en a fait, des batailles dégueu, il en a vu.

Là, notre homme revient au bled, il a 40 ans et à la Légion, à cet âge là, tu es pensionné. Et quand tu reviens au bled après 20 ans de silence, on ne peut pas dire qu’on va sortir les cotillons et les flonflons pour ta pomme ! Que du contraire, on te regarde comme un étranger.

La force de ce roman est dans son écriture, dans ses personnages tourmentés, forts, ni tout blancs, ni tout noirs, dans René, homme taciturne qui se souvient de son enfance, du poids de l’Histoire avec un grand-père paternel qui avait pris le maquis et qui est mort d’une balle dans la nuque, dénoncé par des gens du village, sans aucun doute.

Le père de René est aussi un homme fort, il était syndicaliste et il en a mené, des grèves, ce communiste pur et dur. Pourtant, il y a de la fragilité dans cet homme qui a perdu son père alors qu’il n’était qu’un petit garçon et qui a senti peser sur ses épaules le poids de la Légion d’honneur de son père, reçue à titre posthume.

Et puis, il y a des flics ripoux, des salauds qui ne sont forts que planqué derrière leur uniforme ou derrière les autres, parce que une fois seul, ils se chient dessus.

Sans oublier les vieilles rancœurs qu’on a laissé couver, telle des braises sous la cendre, et des vengeances que l’on voudrait accomplir envers ceux qui ont tabassé votre frère, le laissant mort sur le béton.

Un roman rural noir, mais pas trop rural, un roman rempli de flash-back, une histoire qui ne se dévoile que petit à petit, des souvenirs trop grands pour être gardés en soi, une histoire d’amitié, de haine, de vengeance que l’on voudrait accomplir mais dont on sait qu’elle nous laissera des séquelles.

Ça se lit tout seul, ça se dévore, ça se déguste comme un mojito bien frais sur une terrasse (ou du petit-lait pour ceux qui n’aiment pas boire), et ça donne des frissons durant la lecture car certains rebondissements sont des véritables chocs.

Une fois de plus, je viens de sonder l’âme noire des Hommes et croyez-moi, c’était pas beau à voir, mais tellement beau à lire.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

[SÉRIES] Downton Abbey – Saison 1 – La série qui te down du British

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La première saison de Downton Abbey se déroule sur la période s’étendant du naufrage du Titanic, le 15 avril 1912, jusqu’à la déclaration de guerre du Royaume-Uni à l’Empire allemand, le 4 août 1914, et donc au début de la Première Guerre mondiale.

Comment ça commence ? Tout simplement par le naufrage du Titanic en avril 1912 – rassurez-vous, Céline Dion ne chante pas et vous ne reverrez pas le beau Jack couler, mort de froid – anybref, le comte de Grantham et son épouse Cora apprennent que les deux héritiers potentiels de la demeure de Downton, le cousin germain du comte et son fils Patrick, sont morts lors du naufrage du Titanic.

Les Crawley n’ont eu que trois filles, Lady Mary, Lady Edith et Lady Sybil, or seul un héritier mâle peut hériter du domaine, qui est soumis à un « entail fee tail male ».

Oui, pour l’égalité des sexes, vous repasserez, mesdames, nous avons peu de droits, sauf celui de fermer notre gueule et de se taire.

Le nouvel héritier est ainsi un arrière petit cousin, Matthew Crawley, un avocat vivant avec sa mère Isobel. Une sacrée bonne femme, sa mère ! Elle ne s’en laisse pas compter. On lui demande de ne rien dire, mais elle, elle ouvre sa gueule et n’a pas peur. Une femme avec des couilles….

Non mais franchement, t’imagines le brol avec ce putain d’entail fee tail male ? Si le comte de Grantham avait acheté le domaine avec son fric gagné personnellement, il aurait pu le donner en héritage à ses filles, mais puisqu’il est « tributaire » de ce domaine, qu’il l’a reçu en héritage de sa lignée d’ancêtres mâles, ça ne peut pas revenir à une de ses filles, mais à des lointains cousins, fortune comprise.

Oui, mais, sa fortune, elle lui vient de son épouse, américaine… Moi, ça me foutrait les boules que tout mon fric passe à un lointain cousin de mon Chouchou (même si je suis morte) alors que je n’aurais rien pu donner à mes propres filles.

Heureusement, je n’ai pas d’enfants et pas de fortune personnelle, hormis mes livres… Là, pas touche.

Alors, en partant de ce postulat qui veut que le comte de Grantham doive trouver un autre héritier dans ses petits cousins, la série nous fait découvrir les coulisses des cuisines d’une manoir, avec son lot de valet, de cuisinière, de bonnes, de larbins, ainsi que la vie « culs bordés de nouilles » d’une famille noble qui a du pognon grâce à l’épouse américaine.

Va pas croire que ça vole pas haut, les bisbrouilles sont hautement bien travaillées, les personnages aussi, et si tu en as pris certains en grippe, il peut se révéler plus sympa que tu ne le pensais et vice-versa.

Ah, que j’apprécie le valet personnel du comte, Bates, le majordome Carson, la bonne Anna, miss Hugues, la chef des femmes et même la cuisinière, Madame Patmore !

Et les deux méchants, les empêcheurs de tourner en rond, les jaloux, les comploteurs, ils sont odieux, détestables, surtout Thomas avec sa belle petite gueule. Quant à O’Brien, elle va commettre un acte odieux pour lequel sa conscience risque de la tourmenter.

Notre petite famille de noble a trois filles donc (Mary, Sybil et Edith), dont deux sont plus jolies que l’autre (Edith), toujours laissée un peu sur le côté… Et niveau saloperies, elles ne sont pas en reste non plus, notre Edith et notre Mary.

Surtout que Mary… Ouh, je ne dirai rien de plus, mais… Non, je ne dirai rien !

Niveaux décors et toilettes (je parle de fringues, pas de chiottes), tu en prends plein la vue et même si ce genre de chiffons ne m’irait pas, je bave tout de même devant leurs belles toilettes somptueuses.

Alors certes, ça n’a pas un rythme trépidant comme un 24h Chrono, mais on s’en moque parce que le rythme n’est pas important, c’est tout le reste qui est vecteur d’orgasmes :

  • Le scénario,
  • Les personnages travaillés,
  • Les intrigues,
  • Les chipoteries de Mary niveau mec à épouser,
  • Le côté so british,
  • La comtesse douairière Miss Minerva McGonagall (Maggie Smith), pardon, Violet Crawley – j’adore son rôle de vieille femme qui ne veut pas voir le progrès et qui a du mal à vivre avec son temps,
  • Les décors et les toilettes,
  • La société edwardienne qu’on passe au peigne fin,
  • La place de la femme dans la société de l’époque,
  • Les envies des uns à continuer de servir et celles des autres à monter dans  la société
  • La Grande Guerre qui va changer la donne
  • Les différentes positions des gens face à la guerre et face aux hommes qui n’y sont pas…

Bref, il y a tout un tas d’excellentes choses dans cette série que je regrette de ne pas avoir pris le temps de regarder plus vite !

Avantage, c’est que je peux m’enquiller toute la série sans devoir attendre, et puisque je n’ai pas été lire les forums qui en parlaient, je suis vierge de tout ! Y’a plus que de ça que je suis vierge, quasi.

Alors, si vous ne l’avez pas encore vue, faites comme moi, il n’est jamais trop tard pour bien faire et pour découvrir une série qui n’a plus à faire ses preuves et qui a été encensée par la critiques et les blogs.

PS : Non, Dorothée, je te jure que je n’ai pas oublié de me faire les 12 saisons de la série Supernatural… J’ai tout pompé, c’est déjà un grand point…

Étoile 5

BILAN LECTURE - Veux la suite t'excites pas

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Le garçon : Marcus Malte

LeVieuxJardinAW+

Titre : Le garçon

Auteur : Marcus Malte
Édition : Zulma (2016)

Résumé :
Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin, d’instinct.

Alors commence l’épreuve du monde : la rencontre avec les hommes – les habitants d’un hameau perdu, Brabek, l’ogre des Carpates, lutteur de foire philosophe, Emma, mélomane et si vive, à la fois sœur, amante et mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. »

Puis la guerre, l’abominable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.

Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience, émaillé d’expériences tantôt tragiques, tantôt cocasses, et ponctué comme par interférences des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est l’immense roman de la condition humaine.

32bdbd04d5b1e5b437524900b4c52a01Critique :
Si vous connaissez la musique du film « 2001, l’odyssée de l’espace », passez-le vous dans votre tête car je publie enfin ma chronique tant attendue sur ce roman !

Enfin, elle était juste attendue par Yvan (GruzBlog Émotions) !

J’avoue qu’il m’a imploré, supplié – même menacé des pires représailles – si je ne lisais pas ce roman (je ne vous dirai pas les tortures qu’il m’avait promises, elles sont trop horribles ! Même à Guantánamo ils n’oseraient pas vous torturer avec du Barbara Cartland).

Jubile, Yvan, le voici ma chronique !

Alors, Marcus, ton roman… Un sacré roman que tu nous as écrit là, Marcus ! Oui, je me permets de t’appeler par ton prénom et de te tutoyer, j’espère que tu ne m’en voudras pas parce que c’est un peu de ta faute aussi : tu viens de présenter une sacré histoire, toi.

Déjà, Marcus, fallait oser mettre en scène un personnage principal qui est muet (mais pas sourd).

Je dirais même qu’il fallait une sacrée paire de cojones pour nous le faire évoluer sur 544 pages, sans que jamais il n’ait une ligne de dialogue, sans que jamais l’on ne sache son prénom exact, ni des circonstances qui avaient amené sa mère là où elle était.

Même l’invisible et l’immatériel ont un nom, mais lui n’en a pas. Du moins n’est-il inscrit nulle part, sur aucun registre ni aucun acte officiel que ce soit. Pas davantage au fond de la mémoire d’un curé d’une quelconque paroisse. Son véritable nom. Son patronyme initial. Il n’est pas dit qu’il en ait jamais possédé un.

Brillante l’idée ! Mais elle aurait pu devenir casse-gueule. Maintenant, le prochain qui nous proposera un garçon muet, on pensera directement au tien.

J’avoue tout de même que j’ai eu un peu de mal à m’attacher au garçon, au départ. Je suivais sa route, son chemin, mais sans savoir vraiment si j’allais me plaire à faire cette longue route avec lui.

Tu sais où j’ai commencé à l’aimer, le garçon ? Non ? Et bien, quand Brabek est entré en scène… Parce que nom de dieu, Brabek, lui, je l’ai adoré ! Et en l’aimant, j’ai commencé à ressentir de la profonde affection pour ce garçon sans nom.

— In God We Trust sur chaque pièce et sur chaque billet. Estampille officielle. Parole d’évangile. La seule et unique religion de l’Amérique.

À ce propos, si je gardais un chien de ma chienne pour Olivier Norek et son utilisation horrible d’un four micro-ondes, j’en gardera aussi un pour toi, mais pour mon ogre adoré…

Anybref, une fois que le garçon fit partie de ma vie, j’ai cheminé avec lui sans plus lui lâcher la main, découvrant le monde, les hommes, avec lui, à ses côtés, partageant ses peines et ses espoirs, rencontrant avec lui les autres spécimens Humains, toute cette galerie de personnages bien typés que tu nous fais croiser dans ton œuvre.

Il y en avait des plus attachants que d’autres, et pas besoin d’en faire des tonnes pour que l’on apprécie plus un tel qu’un autre. Ils avaient leurs qualités, leurs défauts, leur vie, leur histoires et je les ai trouvées bigrement réalistes.

Sinon, Marcus, j’ai pris du plaisir aussi avec tes petites introductions « Cette année là » et si je pouvais ne fus-ce qu’en retenir 5%, je pourrais briller à « Questions pour du pognon ». Si j’en été étonnée au départ, elles m’ont vite plu et ma foi, j’en aurais bien demandé un second tour.

Autre chose que j’ai aimé, Marcus, c’est ta manière d’écrire. On ne peut pas dire qu’elle est simple ou simpliste, loin de là ! Elle est élaborée, costaude, plaisante, déroutante, imaginative, et il y avait même des tas de mots dont je ne connaissais pas la définition.

C’est cette plume qui m’a fait plaisir lorsque tu utilisas de la métaphore dans l’acte sexuel et de brillants jeux de mots comme je les adore ! À ce petit jeu là, d’ailleurs, je ne suis pas la dernière…

C’est là-dessus, par crainte des grincements du sommier, que se joue l’hymne à l’hymen. Soupirs et point d’orgue.

Et Marcus, cette scène de sexe émaillée de mots italien… Oh mon coquin ! Tu sais y faire sans devoir trop en faire. D’ailleurs, ne le répète pas à mon homme – il se demande encore ce qui m’a pris de poser brutalement le roman que je lisais pour le… Non, celle là, il ne l’avait pas vu venir. Qu’il ne sache jamais que tu étais le responsable avec tes écrits.

Passons maintenant au contraire de l’amour : la guerre, Marcus, cette saloperie de Grande Guerre…

Les combats sont épiques, les combattants héroïques. Ils sont vaillants, ils sont pugnaces, ils sont intrépides, ils sont courageux, ils sont valeureux, ils sont tués. On leur érigera des mausolées. On y gravera leurs noms. On commémorera. Puis on oubliera.

Cette manière que tu as eue d’en parler dans ton roman, avec, dans un paragraphe, ces phrases tirées de la Marseillaise, j’ai adoré.

Oui, Marcus, tu nous as parlé de la Guerre d’une autre manière, tu l’as abordée par un autre côté, par un autre front (si je puis me permettre ce mauvais jeu de mots), et j’ai ressenti des moments de grandes tristesses, surtout lorsque tu nous parlais de la future mort des homme du régiment…

C’est violent, cette manière que tu as eue de faire. Poétique aussi, vu la manière dont tu l’as écrite. Ça m’a dressé les poils sur les bras, ça m’a collé une boule au fond de la gorge, alors que je ne les connaissais pas et qu’ils n’étaient que personnage de fiction…

Et Krestorsky, le Polonais. Mineur de fond. La sape il connaît. Bon chrétien. Il prie, il embrasse son crucifix avant de charger. Notre-Dame-de-Lorette aura raison de lui. Un coup de grisou comme jamais il n’en aurait imaginé. C’est en vapeur qu’il montera au ciel. Sublimé. Va, Polak, va. Dieu recollera les morceaux.

Mais la fiction suit la réalité (jamais elle ne la dépasse) et rien que d’y repenser, à cette grande boucherie, j’ai le cœur au bords des lèvres.

Oui, Marcus, tout était d’une triste justesse, sans oublier que ton roman est bourré de vérités, de choses justes, de réflexions non dénuées de bon sens, et Emma, cette jeune fille que j’ai apprécié de suite, avait de la suite dans ses idées dans ses lettres. Plus que les militaires, plus que les dirigeants… (Ok, ce n’est pas difficile d’en avoir plus qu’eux).

Plus que Gustave, son père qui… Dieu que j’ai eu de la peine pour lui, que j’ai souffert avec lui de cette erreur qu’il commit et que bien d’autres que lui commirent aussi en ces temps là.

Marcus, Marcus, tu ne m’as pas épargnée ! Tu m’as fait vivre des pages lumineuses de vie, de découverte du monde, d’amour et se sexe, et ensuite, tu m’as plongé dans les affres de la guerre avec tout son cortège de misères. C’est violent, ça, Marcus.

On  ne peut pas dire que tu laisses ton lecteur gambader gentiment dans tes pages, non, tu le malmènes, tu le mets en situation de confort pour mieux le martyriser ensuite. Tu le fais si bien, en plus…

Par contre, Marcus, désolée, mais lorsque tu citais tout ces noms de soldats morts à la bataille de Souain, je n’ai pas su aller jusqu’au bout. Trop dur. Et ce n’était qu’un bataillon de la Légion… Horrible. Alors j’ai passé des pages car j’étais trop lessivée que pour en supporter plus. Que ces morts me pardonnent.

Par contre, Marcus, j’ai eu besoin de deux tubes d’aspirine après avoir lu ton immense paragraphe (sans point final pour reprendre mon souffle) avec les liens familiaux qui unissaient toutes les familles régnantes d’Europe (étendue à la Russie) en 1914.

C’est donc une affaire de famille. On lave son linge sale : dix-neuf millions de morts.Et l’on se demande encore de quoi est venu se mêler Poincaré !

J’ai essayé de dresser l’arbre généalogique, mais je me suis rendue compte que tout le monde était parent avec tout le monde et que les branches s’entremêlaient.  Même « Point De Vue » ne s’y retrouverait pas, dans tout ces rois qui nous gouvernaient en 14, tous parents ensemble, des tas d’alliances ayant été crées artificiellement par des mariages (et notre futur roi Léopold I a bien instigué de ce côté-là aussi !).

Les rois. Les empereurs. Comment cela peut-il encore exister de nos jours ? Les « Sire », les « Majesté », les « Monseigneur ». Comment peut-on encore l’accepter ? Comment peut-on nous faire avaler cette énorme couleuvre ? La couronne et tout ce qui va avec. Des rois ! Et au nom de quoi, tu peux me dire ? Au nom du sang.

J’aimerais te dire encore bien d’autres choses, Marcus, sur ton roman époustouflant, mais les mots me manquent.

Je te dirai juste que j’aurais aimé avoir encore plus de pages, plus de détails sur les autres voyages du garçon devenu homme et que je me suis trouvée fort dépourvue lorsque la fin de l’histoire fut venue.

Ah, Marcus, je te remercie d’avoir écrit pareil roman, pareille fresque, de m’avoir plongé dans la France de 1900, dans sa manière de vivre campagnarde, avec tout ces gens qui, vu d’ici, ne sont pas si différents de nous puisqu’ils accusaient déjà l’étranger d’être le responsable de tous leurs maux.

Je te dis merci de nous avoir mis en scène un garçon sans nom, sans passé, sans paroles et de l’avoir fait mouvoir avec tes mots, tes belles phrases, ton talent de conteur. De m’avoir mis sous les yeux cette belle symphonie, cette ode, cette fresque, ce concert majestueux qui vibre encore dans mes veines, dans mon cœur, dans mes tripes.

Merci aussi, au passage, à Yvan (GruzBlog Émotions) de m’avoir mis le canon du fusil sur la tempe pour que je lise ton dernier roman.

Bon, j’exagère un peu, je sais, mais j’aime l’entendre me supplier (via ma boite mail) de lire tel ou tel livre car jamais je ne suis déçue.

Et de grâce faites que le mystère perdure. L’indéchiffrable et l’indicible. Que nul ne sache jamais d’où provient l’émotion qui nous étreint devant la beauté d’un chant, d’un récit, d’un vers.

Oh que j’aimerais ne jamais avoir lu ce roman afin de pouvoir le recommencer, vierge de tout savoir…

♫ C’est un beau roman, c’est une belle histoire ♪

Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Femina – 2016).

Étoile 5

BILAN - Minion Les bras m'en tombe - un putain de livre OK

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Une mort qui en vaut la peine : Donald Ray Pollock

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Titre : Une mort qui en vaut la peine

Auteur : Donald Ray Pollock
Édition : Albin Michel (2016)

Résumé :
1917, quelque part entre la Géorgie et l’Alabama.

Trois frères, Cane, Cob et Chimney Jewett, vivent sous la férule d’un père obsédé par la religion. À sa mort, inspirés par un roman à trois sous, ils sont bien décidés à survivre en braquant des banques.

Ils se retrouvent poursuivis par les autorités et une réputation effroyable, mais la vérité est plus complexe que la légende.

the-heavenly-tableCritique :
— La vie, c’est une culotte de misère : on trime comme des malades et qu’est-ce qu’on obtient en retour, hein ? Que dalle ! On crève de faim et le richard qui nous emploie se fout de notre gueule.

Non, non, non, ceci n’est pas tiré d’un discours syndicaliste juste avant de partir en grève, ceci est juste l’amer constat sur la vie que pourraient se faire les trois frères Jewett : Cane, l’aîné; Cob le second et un peu simplet sur les bords; et Chimney, le cadet, le plus teigneux.

Alors, quand papa casse sa pipe et qu’ils savent qu’ils n’arriveront jamais à défricher dans les temps le terrain que le richard du coin leur a demandé de faire, ils décident de changer de vie, de boulot, le tout sans passer par la case Pôle Emploi, bien entendu.

S’ils l’avaient fait, on leur aurait sans doute dit que « Braqueurs de banques en 1917 » n’était sans doute pas un métier d’avenir et qu’il fallait en tout cas une solide expérience. Mais s’ils les avaient écouté, on n’aurait pas eu droit à ce roman et épais.

Voilà ma came préférée : un putain d’excellent roman noir américain qui me fait le plaisir de me montrer plusieurs destinées, plusieurs vies, qui se croisent, qui s’entrecroisent, pour le meilleur ou… pour le pire.

Tous les personnages possèdent un pedigree certain, assez lourd, généralement, et on est souvent face à des bouseux qui n’ont jamais été plus loin que le bout de leur patelin ou face à d’autres qui se sentent plus élevés que le commun des bouseux.

Même si l’ignorance de certaines personnes du coin ne l’étonnait pas, il se demandait à présent si Ellsworth ne serait pas en train de le charrier. Ignorer où se situe un pays étranger était une chose, mais confondre un océan gigantesque avec un coin de pêche de la municipalité de Huntington en était une autre. Même ce barjot de Jimmy Beulah, le prédicateur, l’un des hommes les plus rétrogrades que Slater ait jamais rencontrés, avait une notion rudimentaire de l’immensité de la terre – quoique la croyant toujours aussi plate qu’une crêpe.

L’écriture de Pollock est sans concession lorsqu’il nous parle des gens, du pays, de leur vie et il nous dresse un portrait brut du Nord de cette Amérique qui vient d’entrer dans le conflit de celle que l’on appelera – erronément – La Der Des Der.

L’auteur a même réussi à me faire aimer ce trio de jeunes mecs qui se sont rêvés braqueurs de banque après avoir un peu trop lu l’unique roman des aventures du hors-la-loi Bloody Bill Bucket. Parfois, les lectures, ça n’a pas que du bon.

La veille au soir, […], Cane avait lu à ses frères un extrait de « La Vie et les aventures de Bloody Bill Bucket », un roman de gare en lambeaux, aux pages gondolées, qui chantait les exploits criminels d’un ancien soldat confédéré semant la terreur dans tout l’Ouest après s’être converti au braquage de banque. À la suite de quoi les songes de Chimney avaient été peuplés de fusillades dans des plaines désertiques brûlées par le soleil et de foufounes au goût de miel.

Certes, du trio, j’ai apprécié Cane, l’aîné, celui qui a le  plus de plomb dans la cervelle, le littéraire, ce grand frère dévoué qui regarde à son second, Cob, le pas très futé, le simplet, le gourmand. Cob, je l’ai plus qu’adoré.

Chimney, par contre, c’est une tête brûlée, un mec qui veut en découdre avec tout le monde, baiser des femmes, braquer des banques, baiser, braquer, baiser… et qui à cause de son caractère belliqueux sera l’instrument de biens des ennuis.

Ce que j’aime, chez Pollock, c’est qu’un battement d’aile de papillon, ou le sifflement des balles de révolver, peuvent déclencher, 100 pages plus loin, un tsunami d’événements que tu n’aurais pas vu venir (ou pas oser voir venir).

À une époque où le dernier Tireur a rendu les armes, à une époque où la Frontière est révolue, à une époque où les Temps modernes font leur entrée avec la voiture, nos trois jeunes nous font revivre une épopée digne du far-west, digne d’un western de Sam Peckinpah qui se serait accoquiné avec Tarantino, nous donnant une longue chevauchée à travers les terres désolées de l’Alabama et de l’Ohio.

Ce soir-là, à l’instant où Sugar estimait avoir assez marché pour la journée, trois hommes à cheval, crasseux et mal rasés, lui apparurent au détour d’un virage, serrant la bride à leurs montures pour s’arrêter à quelques pas de lui. Deux d’entre eux portaient des chapeaux de cow-boys et des salopettes tandis que le troisième était vêtu d’une redingote poussiéreuse et d’un pantalon noir. Un morceau de chemise blanche ensanglantée était noué autour de la cuisse du plus corpulent. Des fusils dépassaient de leurs selles et ils avaient à la ceinture des étuis garnis de revolvers. Aux yeux de Sugar, on aurait dite des êtres malencontreusement échappés du passé et qui cherchaient un moyen d’y retourner. Ce n’aurait pas été la première fois que quelqu’un se serait retrouvé prisonnier d ‘une époque qui ne lui convenait pas.

C’est du brutal, sans concession, sans lumières (enfin, presque sans), les personnages sont tous bien travaillés en peu de mot, la plupart sont des frappadingues, hauts en couleurs, maltraités par la vie, paranoïaques, alcoolos, ignares et j’en passe !

Un roman d’une force incroyable qui, comme un ouragan, a tout dévasté dans mon cœur, ne laissant que des ruines pour mon plus grand plaisir de lectrice. Une fois de plus, j’ai sondé des âmes aussi noires et aussi puantes (pour certaines) que le fond des latrines que Jasper inspecte.

Un roman qui se dévore d’un coup, le souffle court, tant il est bourré d’humour grinçant, de mots crus, de violence, le tout sur fond de misère humaine.

Un roman dont toutes les pièces s’emboitent à la fin, nous donnant un puzzle reconstitué et une vue d’ensemble sur tout le roman.

Un roman qui m’a pris aux tripes, qui m’a fait frissonner de peur pour certains personnages et que je quitte avec regret.

De plus, nombre de ces mêmes contribuables se nourrissaient six jours par semaine de chou frisé et de pain de maïs, de sorte qu’un pourcentage important d’entre eux considérait le braquage d’une banque comme une juste riposte au système qui contribuait à les maintenir dans la misère.

Étoile 5

Le Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule, Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, le RAT a Week, le marathon de l’épouvante Édition 2016 chez Chroniques Littéraires (576 pages) et Le Challenge Halloween (2016) chez Lou & Hilde.

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CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteurrat-a-week-le-marathon-de-lepouvante-2016

 

Le Saigneur de la jungle : Philip José Farmer

Titre : Le Saigneur de la jungle
Auteur : Philip José Farmer
Édition : Marginalia (Nov 1975)

Résumé :
Le Dr Watson n’avait pas tout dit…

Philip José Farmer — mythographe attitré des plus célèbres héros de romans d’aventure — a poussé dans ses derniers retranchements le confident inlassable du Grand Détective : celui-ci aurait eu en 1916 un client exceptionnel en la personne de Lord Greystoke.

Et quel client ! Un Américain excentrique, immortalisé sous le nom de Tarzan…

Il semble bien que Sherlock Holmes et son fidèle compagnon aient vécu en sa compagnie, parmi les périls d’une Afrique chère à Ridder Haggard, les heures les plus folles de leur existence.

Sherlock et Tarzan, enfin rendus aux fantasmes secrets de leurs nombreux admirateurs, voilà ce que recèle ce précieux manuscrit du Dr Watson, miraculeusement retrouvé par Philip José Farmer !

Les mânes de Conan Doyle et d’Edgar Rice Burroughs apprécieront.

Critique :
Sherlock Holmes vs Tarzan… J’ai lu (et vu) mon détective préféré mis à toutes les sauces et avec bon nombre de personnages célèbres, mais l’histoire avec le Roi de la Jungle, je n’avais pas encore eu l’occasion de la lire !

Ayant récemment pu acquérir ce petit pastiche holmésien, je me suis empressée de ne pas trop le laisser trainer dans les étagères.

Ce qu’il en ressort de la confrontation de ces deux monuments littéraires ? De cette confrontation entre un cerveau et des muscles ? Vaut mieux ne pas avoir le second degré en option sinon, vous risquez fort de grincer des dents lors de la lecture.

J’avoue que j’ai failli lâcher le roman quand Holmes a dit « Ce trou du cul »… Entendre ça de sa bouche, c’est inhabituel, impensable, non canonique ! Plus tous les noms d’oiseaux dont il affuble certains, j’avoue que j’ai eu un peu de mal.

— Watson, dites-moi, ce trou du cul n’est-il pas en train de leur tirer dessus avec une mitrailleuse ? Comment diable peut-il à la fois piloter cet avion, lui faire faire des loopings et manier une arme qu’on doit d’ordinaire tenir des deux mains pour en tirer un rendement efficace ?

Heureusement que le roman donnait le ton dès le départ : Tous les personnages de ce roman sont réels. Toute ressemblance avec des personnages de roman serait absolument fortuite.

Parce que oui, nous sommes ici dans la farce le plus totale mais le voyage a le mérite d’être court et dépaysant : Londres, durant la Première Guerre Mondiale, puis dans un avion qui vous secoue de tous les côtés, avec un Holmes qui vous vomira dessus, puis dans un autre avion, on passe dans un zeppelin, on termine dans la brousse africaine, avec Tarzan, puis avec des indigènes et le Von Bork du Dernier coup d’archet…

Dans ce roman, tout le monde est très typé, surtout nos deux anglais qui le resteront jusqu’au bout du petit doigt levé durant l’heure du thé. Quant à Watson, il ne brillera pas par son intelligence et aura même le rôle de l’homme qui ne peut rester insensible aux charmes féminins.

— Nous devons sauter maintenant !
— Quoi ? Déserter ? Mais voyons, Watson, nous sommes Anglais !
— Pardonnez-moi, c’était une parole en l’air. Nous… nous tiendrons jusqu’au bout. Nul slave ne pourra se vanter d’avoir vu un Anglais perdre la face.

Bref, on ne se prend pas au sérieux, même dans la bacille que Holmes doit récupérer afin d’éviter que les Allemands l’utilisent durant la Guerre. Oui, ici, tout est poussé, détourné, ridiculisé ou canonisé afin de vous faire sourire et hausser les sourcils devant des comportement pas du tout holmésien.

Mais qu’importe la bouteille, j’ai ressenti l’ivresse du burlesque. La farce est efficace. Le grotesque est tenu en laisse et ne débordera pas de trop. Plus aurait été contre-productif.

À savourer dans son divan, les doigts de pieds en éventails, sans prise de tête, le second degré enclenché et sans avoir peur de voir Holmes dans des situations peu communes, utilisant un langage plus que fleuri, un Watson un peu balourd et un Tarzan roi de la jungle fort peu conventionnel aussi.

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Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict, le « Challenge US » chez Noctembule  et « A year in England » chez Titine.

Le dernier arbre : Tim Gautreaux

316608~v~Le_Dernier_ArbreTitre : Le dernier arbre                                                                   big_5

Auteur : Tim Gautreaux
Édition : Sueil (2014)

Résumé :
Randolph, fils d’un riche négociant en bois de Pittsburgh est expédié par son père en Louisiane pour y récupérer son aîné Byron, qui fait office de constable dans une exploitation forestière perdue au milieu des marais.

Les ouvriers sont rongés par les fièvres et l’alcool, et Byron, moralement dévasté par son expérience de la Première Guerre en Europe.

Un misérable saloon tenu par des Siciliens (la Mafia étend son bras tout-puissant jusqu’aux bayous) catalyse la violence et le manque d’espoir de ces hommes coupés du monde. Tandis que Byron règle les problèmes à coups de feu et de poing, Randolph, lui, croit encore aux vertus du dialogue et de la diplomatie pour maintenir l’ordre dans la « colonie ».

Plus approche le moment où le dernier arbre sera coupé, et les ouvriers renvoyés chez eux aussi pauvres qu’ils étaient arrivés, plus l’on doute de voir Randolph ramener son frère à la civilisation — et à la raison.

Grand roman « sudiste » sur la fraternité et la paternité, mais aussi sur l’impitoyable capitalisme des années 20 dans une Amérique ivre de progrès technique. Un pays où être un bon citoyen, c’est être riche, ce qui signifie que celui qui possède l’argent est aussi celui qui dicte la loi.

Critique :
Bienvenue à Nimbus, concession forestière des Aldridge, un des nombreux trous du cul de la Louisiane. Bienvenue dans un enfer chaud et humide.

Attention, regardez où vous mettez les pieds car il y a des mocassins d’eau qui se nichent dans les flaques boueuses. Et rien à voir avec la chanson ♫ tes mocassins et les miens ♪ car ici, nous parlons de serpents d’eau.

Dans ce roman, les gars, va falloir bosser dur durant de longues années, le temps de couper tous les arbres, des cyprès chauves. Scier les troncs, les débiter 6 jours sur 7 avant de vous saouler la gueule du samedi soir au lundi matin dans le bastringue tenu par un sicilien louche ayant des cousins mafiosi.

Oubliez les syndicats et les droits des travailleurs, car en 1923, seuls les riches ont des droits. Je ne vous parlerai même pas du cas où vous seriez de couleur… là, le mot « droit » n’existe même pas pour vous, hormis celui de fermer votre gueule.

— Bon sang de merde, marshal, pourquoi vous avez descendu mon seul Blanc ? Merville cracha juste à côté de la botte du pilote.
— Le docteur refuse de soigner les nègres. Allez chercher votre brancard et emmenez-le à la clinique.

Sans user d’artifices, l’auteur nous décrit l’Amérique des années 20, celle qui avance à pas de géant, qui industrialise tout, qui déforeste tout… Le roman vous plongera dans un marais où les conditions de vie et de travail sont inhumaines, les accidents graves ou mortels nombreux et où le racisme, tel l’alligator dans le bayou, règne en maître.

Utilisant une multitude de personnages, tous bien travaillés, tous bien distincts – certains étant même très attachants – l’auteur explore une partie des années 20, avec tout ce qu’elles avaient de démesuré niveau progrès industriel (le téléphone et les constructions à tout va, en bois). Sans oublier le traumatisme de la Première Guerre, bien présent chez un des frères Aldridge, Byron.

— J’ai compris que notre première vague d’assaut, lourdement chargée, était censée se faire faucher par l’artillerie allemande et rester coincée dans les barbelés, nos corps servant de dépôts d’armes pour les vagues suivantes, tu vois ? C’est à ce moment-là que j’ai su ce que valait une vie humaine aux yeux d’un de ces maudits généraux.

C’est toute la vie de la concession forestière qui se déroule dans ce roman aussi profond que l’étendue des cyprès : les maladies, les accidents, le débit de boisson, la mafia qui tient les ouvriers par l’alcool, les putes et le jeu, ces hommes dépensant jusqu’à leur dernier sous dans ce bouge dégoutant.

La sueur a coulée sur mon front durant la lecture, non pas que le roman était pompant, mais il est tellement puissant que j’ai été emportée dans le bayou, suivant ses méandres tortueux et boueux, j’ai pataugé dans tout cela et j’en suis ressortie bouleversée, épuisée, secouée… L’âme de certains hommes est plus boueuse et tortueuse que les méandres de ce diable de bayou !

La tension est palpable tout au long de l’histoire, les salauds vous harcèlent comme un moustique la nuit, vous ne savez jamais quand ils vont frapper et c’est au moment où l’attention se relâche qu’ils en profiteront pour vous piquer définitivement d’une balle bien placée.

Il y a aussi dans ce récit de l’amour fraternel, celui d’un frère cadet (Randolph) qui ne sait rien de la Grande Guerre et qui voudrait aider son aîné (Byron) à se ressaisir, lui qui a vu les horreurs de Verdun. Un père aussi, qui voulait que son fil Byron fasse la guerre, qu’il soit un héros, qu’il aille au feu et qui ne comprend pas pourquoi il est revenu traumatisé, se réfugiant dans l’alcool et le fuyant comme la peste.

Cette pensée ne lui apporta nul réconfort; cependant, elle lui donnait un aperçu du puits abyssal rempli de sombres pressentiments dans lequel tombait son frère chaque fois qu’il ouvrait les yeux sur une aube nouvelle.

Tant de personnages dont j’ai partagé la vie, les souvenirs sur cette Amérique, tout ces gens que je dois quitter, maintenant, les laisser aller ailleurs, détruire une autre forêt (pour les Aldridge), reconstruire d’autres baraquements minables et continuer à se faire exploiter car une partie de ces pauvres gars,  après 5 années de dur labeur, n’ont même pas mis un dollar de côté sur un compte en banque et repartent avec les mêmes frusques sur le dos.

Il savait que le monde des humains n’était qu’une installation temporaire, un ouvrage de pacotille qui exploitait la nature avant d’être lui-même absorbé par le monde qu’il avait tenté de détruire.

Un grand roman coup de cœur qui ne vous laissera pas indifférent, un roman sur l’impitoyable capitalisme des années 20 dans une Amérique qui se gave de progrès technique au point de ne pas réfléchir et de détruire tout le capital « arbres ». Ici, c’est pas Zorro qui fait la loi, mais les Zéro qu’on a après les chiffres, sur un compte en banque.

Un grand roman presque en vase-clos, dans un décor dévasté par les crues, la boue… Une nature qui était magnifique mais qui sera dévastée car ici, on coupe les arbres jusqu’au dernier…

Cependant, lorsque le train pénétra en ferraillant dans une clairière de quarante hectares hérissée de souches, le hameau lui apparut comme une maquette de ville en bois, pas encore peinte, bricolée par un gamin à l’aide d’un canif émoussé. Jonché de bois mort – des cimes d’arbres détachées du tronc – sillonné par trois rues boueuses, le lieu ne semblait pas ancien mais gorgé d’eau, torturé par les intempéries, assailli par les mauvaises herbes.

Enfile tes bottes, prends ta scie et regarde où tu marches, des fois qu’un alligator ou un serpent te mordrais… gaffe aussi aux mafiosi, comme ces animaux précités, ils n’aiment pas qu’on les dérange dans leur petit business…

Prends une Winchester à plusieurs coups et laisse-toi tenter par un verre de whisky frelaté dans le troquet. La paye n’est pas bonne, la boisson non plus, les conditions de travail sont merdiques, mais putain, tu vas lire un sacré bon roman !

Le « Challenge US » chez Noctembule et le Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

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Une terre d’ombre : Ron Rash

Titre : Une terre d’ombre                                          big_5

Auteur : Ron Rash
Édition : du Seuil (2014)

Résumé :
Laurel Shelton est vouée à une vie isolée avec son frère — revenu de la Première Guerre mondiale amputé d’une main —, dans la ferme héritée de leurs parents, au fond d’un vallon encaissé que les habitants de la ville considèrent comme maudit : rien n’y pousse et les malheurs s’y accumulent.

Marquée par ce lieu, et par une tache de naissance qui oblitère sa beauté, la jeune femme est considérée par tous comme rien moins qu’une sorcière.

Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre au bord de la rivière un mystérieux inconnu, muet, qui joue divinement d’une flûte en argent.

L’action va inexorablement glisser de l’émerveillement de la rencontre au drame, imputable exclusivement à l’ignorance et à la peur d’une population nourrie de préjugés et ébranlée par les échos de la guerre.

La splendeur de la nature, le silence et la musique apportent un contrepoint sensible à l’intolérance, à la xénophobie et à un patriotisme buté qui tourne à la violence aveugle.

Petit plus : Après « Le Monde à l’endroit » (Seuil, 2012), « Une terre d’ombre » prolonge une réflexion engagée par l’auteur sur la folie guerrière des hommes, tout en développant pour la première fois dans son œuvre romanesque une histoire d’amour tragique qui donne à ce récit poignant sa dimension universelle.

Critique : 
Il est des livres que l’on dévore, voulant à tout prix découvrir l’entièreté de l’histoire, respirant à peine… tout en se disant que lorsqu’il sera terminé, on en sera peinée.

Ce fut le cas ici. Dévoré en un jour, incapable de le lâcher, mais triste de l’avoir terminé, triste de quitter certains personnages tout en ayant envie d’en passer d’autre à la broche à rôti.

États-Unis, 1918. Sur le Vieux Continent, celle que l’on nomme déjà la Der des Der bat toujours son plein, remplissant les fosses communes, dressant les hommes l’un contre l’autre, éveillant des haines contre l’ennemi : le boche, le casque à pointe, le teuton…

Laurel Shelton et son frère Hank vivent dans une petite ferme isolée au fond d’un vallon tellement encaissé que le soleil ne luit que quelques heures en été. Rien ne pousse, ou si peu. Pour eux, la vie n’est pas facile, surtout que Hank a laissé une main dans les tranchées en France.

Pour les habitants de Mars Hill, cette terre est maudite et ceux qui y vivent aussi. Surtout que Laurel porte une tache de naissance un peu disgracieuse et que tous la croient sorcière et se signent presque à son passage. Bref, le frère et la sœur sont des bannis, des exclus, des parias et on verse du sel à l’entrée de leur domaine.

Bienvenue à « Préjugés Hill » où les habitants de la ville ont des esprits aussi étroits que le chas d’une aiguille et la plupart sont rempli d’amertume.

Entre le sergent recruteur qui se fait regarder de travers parce qu’il n’est pas allé casser du boche, ceux qui se gaussent de lui mais n’ont pas eu les couilles de traverser l’océan pour mater les casques à pointes, ceux qui en sont revenus et déclarent que ce n’est qu’une vaste boucherie pour gagner quelques arpents de boues et cette haine de l’Allemand qui tout doucement s’installe.

La vie misérable de Laurel avait l’air toute tracée jusqu’à ce qu’elle croise Walter, un jeune homme mal en point, muet et jouant de la flûte comme un dieu. Entre eux va se développer quelques chose de fort, de beau…

Ami du trépidant, va t’amuser dans un thriller ou revisionne l’intégrale de « 24h chrono » parce que ici, l’action est peu présente, mais ce n’est pas ce que l’on cherche dans un roman de Ron Rash.

Nous sommes face à un récit râpeux comme un vieux vin, long en bouche et avec des senteurs douces et sucrées de miel. Oui, dans toute cette misère, l’auteur nous construit une histoire d’amour qui ne tournera pas à la guimauve, évitant la mièvrerie et émerveillant son lecteur.

Amis du tragique, bonjour. N’étant pas dans un Harlequin, vous vous doutez que la tragédie nous guette.

L’imbécilité de l’homme qui craint ce qu’il ne connait pas, qui a besoin d’un bouc émissaire pour expurger ses propres fautes, qui veut jouer au dur parce qu’il veut montrer qu’il en a dans le froc et se faire un boche, puisqu’il n’est pas allé le faire sur le front en Europe.

Vous me direz que nous sommes un siècle plus tôt, dans un coin des Appalaches en Caroline-du-Sud, qu’il est donc normal d’avoir l’esprit plus étroit que le cul d’une pucelle qui subirait les assauts d’un troll… (étroit pour le troll, bien entendu !)

Oui, mais le problème est que l’être humain traine cette tare depuis la nuit des temps et que si un conflit revenait sur notre continent, beaucoup se comporteraient comme les habitants aussi bêtes que méchants de la ville de Mars « Préjugés » Hill.

On traquerait l’ennemi, se moquant bien qu’il soit vieux et inoffensif puisqu’il est moins dangereux de s’attaquer à lui qu’à un bataillon de militaires armés ! Oui, l’homme est un peu couard…

Un roman tout en finesse, sans mièvrerie, une écriture qui claque comme un coup de fusil dans la nuit et une manière de dénoncer les dommages collatéraux d’une guerre qui se déroule pourtant de l’autre côté de l’océan, sur l’accueil haineux des étrangers sur le sol du pays, sur la folie des hommes et les superstitions bêtes (qui survivent toujours en 2014 !).

Un roman aussi sombre que le vallon qu’il décrit, aussi dur et sans pitié que lui mais traversé aussi par des rayons de soleil avant que l’obscurité ne reprenne ses droits.

La nuit est tombée sur le vallon et on referme le livre avec une étrange sensation dans la gorge, comme si un nœud s’y était installé.

Merci Laurel, Hank, Walter et Slidell…

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015),Challenge « Polar Historique » de Sharon, Le « Challenge US » chez Noctembule, « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.