Michel Strogoff : Jules Verne [LC avec Bianca]

Titre : Michel Strogoff

Auteur : Jules Verne
Édition : Hachette Jeunesse (2008)
Édition Originale : 1876

Résumé :
Les provinces sibériennes de la Russie sont envahies par des hordes tartares dont Ivan Ogareff est l’âme.

Ce traître, poussé par une ambition insensée autant que par la haine, projette d’entamer l’empire moscovite !

Le frère du tsar est en péril à Irkoutsk, à 5.523 kilomètres de Moscou et les communications sont coupées. Comment le prévenir ?

Pour passer, en dépit des difficultés sans nombre et presque insurmontables, il faudrait un courrier d’une intelligence et d’un courage quasi surhumains.

Le capitaine Michel Strogoff est choisi et part, porteur d’une lettre du tsar, en même temps qu’une jeune Livonienne, la belle Nadia, et que deux journalistes, l’anglais Harry Blount et le Français Alcide Jolivet…

Critique :
Cela fait déjà un petit moment que je me dis qu’il serait temps de lire quelques Grands Classiques afin d’ajouter des pierres à mon édifice littéraire et lentement mais surement, je m’y mets.

De plus, si on ne veut pas se farcir les textes intégraux, longs et parfois laborieux (Oliver Twist, si tu me lis), on a toujours la possibilité de les lire dans leurs version abrégées mais conformes à la traduction et à l’histoire initiale.

Possédant Michel Strogoff dans une version longue, j’ai opté pour la courte et puisque j’ai bien aimé l’aventure, je pense refaire le périple en sa compagnie, mais dans la version longue, cette fois.

Michel Strogoff, c’est le souffle de la grande aventure, c’est le dépaysement et Jules Verne a tout fait pour nous immerger dans cette expédition de fou puisque Strogoff va devoir parcourir plus de 5.500km pour délivrer un message alors que les provinces de Sibérie sont envahies par des hordes de Tartares barbares.

Ne cherchez pas la subtilité dans les portraits des personnages, non seulement ils sont vite esquissé, mais en plus, on baigne dans le manichéisme le plus total !

Les gentils sont gentils, beaux, serviables et un pareil à Michel Strogoff ne vit que pour son pays, sa patrie, son Tsar et sa mère. Idem pour Nadia et pour tous les personnages originaires de Russie, il faut creuser fort pour trouver des défauts aux gentils.

Pour ce qui est des méchants, Ivan Ogareff est un traitre à sa patrie qui veut se venger pour une dégradation qu’il méritait et n’a rien comme circonstances atténuantes pour justifier sa traitrise et le fait qu’il se soit allié à Féofar-Khan, le chefs des hordes de Tartares, qui sont appelés « barbares » par tout les autres.

Parfois, un peuple a toutes les bonnes raisons du Monde pour se révolter, notamment contre un gouvernement qui les spolierait, les exploiterait, les humilierait, bref, une dictature.

Ici, vous ne saurez pas le pourquoi de cette soudaine invasion Tartare et l’auteur mettra même le paquet pour vous faire comprendre que les Russes sont les gentils et les envahisseurs Tartares les méchants ! Ajoutez à cela les tziganes qui sont dans le camp des vilains pas beaux et vous aurez compris que le manichéisme règne en maître dans ces pages.

Est-ce pour autant que le roman doit valser à la poubelle ou être descendu ? Ben non, parce que malgré ça, j’ai apprécié l’aventure, les péripéties, les multiples rebondissements, les cachoteries de l’auteur, les disputes imbéciles des deux journalistes chargés de couvrir les événements, Harry Blount l’anglais et Alcide Jolivet le français.

Tout est cousu de fil blanc, le Bien triomphe du Mal, le héros s’en sortira toujours à temps, tel Le Courier solitaire, Michel Strogoff est le Sibérien de la terre (Bob Morane quoi… ♫ Et soudain surgit face au vent ♪ Le vrai héros de tous les temps ♫).

Évidemment, en ce temps-là, c’était ainsi que l’on écrivait et je ne vais pas me plaindre car les récits de Jules Verne me tentent bien et je compte en lire d’autres, en LC ou seule (L’Ile mystérieuse est programmée avec Bianca et j’ai toujours un 20.000 vieux sous mèmère à faire avec Stelphique).

Michel Strogoff est à lire un soir de grand froid, bien au chaud sous un plaid, pour vivre une aventure un peu folle, en apprendre un peu plus sur la Russie, même si cette invasion n’existe pas dans la réalité et, si les blablas ne vous dérangent pas trop, vous pourriez l’apprécier.

C’est justement les dialogues un peu trop nombreux qui ont rendu la lecture moins agréable pour ma copinaute de LC, Bianca, qui attendait plus d’aventure.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Mon édition intégrale que je vais relire à mon aise, juste pour le plaisir

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Lucky Luke – Tome 22 – Les Dalton dans le blizzard : Morris & Goscinny

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Titre : Lucky Luke – Tome 22 – Les Dalton dans le blizzard

Scénariste : Goscinny
Dessinateur : Morris

Édition : Dupuis (19)

Résumé :
Les Dalton se sont évadés de prison. Ils décident d`aller au Canada, car ils ne sont pas recherchés dans ce pays. Lucky Luke part à leur recherche.

luckyluke_t22Critique : 
Les Dalton se sont – une fois de plus – évadés ! Toujours aussi bêtes, ils ont creusés quatre trous dans la muraille de la prison au lieu d’un…

Oui, ils sont plus bêtes que méchants… Mais les gardiens aussi, car personne n’avait pensé au fait qu’un seul trou suffisait pour s’échapper.

Que feraient-ils sans Lucky Luke, ces gardiens de prisons ? Je vous le demande un peu ! En tout cas, cette évasion ne troublera pas leur petite fête d’anniversaire.

Un garde : — Eh ! Les gars… les Dalton se sont évadés !
Le Directeur du pénitencier : — Bah ! Il n’y a qu’à prévenir Lucky Luke. Il a l’habitude… il les ramène toujours. Ne laissons pas ces voyous nous gâcher notre petite fête !
Tous : — Happy birthday to you !
Rantanplan : — Ça y est, les voilà qui recommencent à se disputer !

Allez, c’est parti pour une nouvelle cavale qui, cette fois-ci, va nous emmener en partie du côté de la Belle Province et du Canada puisque les voisins du Nord ne connaissent pas encore les frères Dalton.

Le côté burlesque est toujours présent, notamment avec Joe Dalton qui menace le forgeron avec un révolver composé de son pouce et de son index, avec le chien le plus stupide de la bédé et de l’Ouest, Rantanplan, qui ne veut pas suivre la piste des Dalton car ils sentent mauvais, avec Averell qui est toujours aussi stupide et Imbécile et lui et Joe auront quelques bagarres !

— Flaire, Rantanplan, flaire !
— Pouah ! que ce haillon sent mauvais !
— Maintenant Rantanplan, nous allons te mettre au début de la piste…
— Quoi encore ?
— Mais non Rantanplan, tu tournes le dos à la piste !…
— Surtout pas par là ! Ça sent comme le haillon !

Averell : — Une fois pour toutes, qui je suis ?…
Joe : — Tu es un imbécile !
Averell : — Bon ! C’est tout ce que je voulais savoir !

Certes, l’album fait la part belle aux clichés, comme cet officier de la police montée, Winston Pendergast, qui fait régner l’ordre juste avec des paroles et demande aux gens d’aller s’enfermer eux-mêmes dans la prison durant quelques jours quand ils ont fauté.

Pourtant, j’adore cet album et ses paysages enneigés, la ruse de Joe qui ne fera pas long feu, ses accrochages avec Averell, et les bêtises de Rantanplan.

Et puis, la neige, ça change de l’aridité du Texas ou des autres états.

Non, rien à redire, c’est encore un album où j’ai beaucoup ri, malgré mes 36.000 relectures.

dbuche

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur,  le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - The magnificent seven CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur

Lucky Luke – Tome 26 – Les Dalton se rachètent : Morris & Goscinny

Les Dalton se rachètent - Lucky Luke

Titre : Lucky Luke – Tome 26 – Les Dalton se rachètent

Scénariste : Goscinny
Dessinateur : Morris

Édition : Dupuis (1965)

Résumé :
Le sénateur O’Joyce veut tenter une expérience pour faire diminuer les effectifs de prisonniers dans les pénitenciers des Etats-Unis. Pour que l’expérience fasse l’unanimité, il veut la tenter avec les pires malfrats, en ‘occurrence, les Dalton !

Ainsi, la fratrie rayée jaune et noir va se voir offrir la liberté conditionnelle : si durant un mois leur comportement est exemplaire, ils seront libres. Sinon, retour en prison.

Les Dalton sont partants : Joe compte bien retrouver la liberté pour pouvoir faire ses prochains coups en homme libre !!!.

luckyluke_t26Critique : 
— Mais alors, Joe… nous sommes devenus honnêtes?
— Averell, que tu sois bête, passe, mais je n’admettrai pas que tu sois grossier !!

Les Dalton sont libres ! S’ils restent un mois sans faire de bêtises, d’attaques, de vols ou de tout ce qu’ils font habituellement, ils seront amnistiés totalement !!

Mais heu, on parle bien des Daltons, là, non ?? On oserait les remettre en liberté ? Oui, sous la surveillance de Lucky Luke, pardi !

Voilà encore un album où le talent scénaristique de Goscinny est brillant de par les situations cocasses qu’ils nous concocte ou les running gags, notamment avec Averell qui ouvre le coffre de leur banque à la dynamite.

Oui, les Dalton ont ouvert une banque… Ils sont honnêtes, ma p’tite dame !

Le scénariste croque aussi méchamment les habitants de la petite ville où cette expérience a lieu : au départ, ayant peur des Dalton, ils leur donnent leurs caisses, portefeuille dès qu’un Dalton surgit et ensuite, sachant que les Dalton ne peuvent rien leur faire, alors ils se sentent fort et abusent de la situation en les provoquant inutilement.

Toute la couardise de l’Homme résumée en quelques cases.

Et puis, il y a aussi Rantanplan qui, durant tout l’album, cherche désespérément qui est ce cow-boy à la chemise jaune.

C’est un de mes albums préféré avec les Dalton, en plus des « Cousins Dalton » et « Les Dalton dans le blizzard ». Ici, ils sont mis à l’honneur, Joe est toujours aussi teigneux et Averell crétin diplômé, quant à Lucky Luke, il est mis un peu en retrait.

Un album où l’on rit sans même se forcer tant il est brillamment scénarisé. Morris aux dessins et Goscinny aux scénarios, et c’est le paradis !

Étoile 4

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CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - The magnificent seven

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B – T2 – Mon retour en France : Jacques Tardi

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B - T2 - Mon retour en France

Titre : Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B – T2 – Mon retour en France

Scénariste : Jacques Tardi
Dessinateur : Jacques Tardi

Édition : Casterman (2012)

Résumé :
Le premier volet de cette histoire s’achevait sur le départ des prisonniers de leur stalag fin janvier 1945, toujours encadrés par leurs geôliers, sous la menace de l’armée rouge soviétique lancée à l’assaut de l’Allemagne nazie alors en pleine débâcle.

Le second volume de ce grand récit de guerre reprend là où le premier s’était arrêté, toujours sous le regard attentif de l’alter-ego enfantin de Tardi : la longue marche des prisonniers dans un dénuement total et sous des températures extrêmes, la violence des garde-chiourme, la peur que suscitent les troupes russes toutes proches, les expédients pour s’assurer les meilleures chances de survie, les velléités d’évasion et ici et là quelques rares moments de récupération, comme la miraculeuse douche chaude négociée dans les locaux d une ancienne brasserie…

Autant de péripéties authentiques directement inspirées du carnet tenu au fil des jours à la mine de plomb sur « un cahier d’écolier coupé en quatre » par René Tardi, que l’on suit avec ses compagnons d’infortune tout au long de leur marche harassante à travers l’Europe dévastée, en direction de la France et de leurs foyers si longtemps espérés.

Un témoignage d’une force exceptionnelle, et toujours le brio sans équivalent de l’un des plus grands auteurs de la bande dessinée contemporaine.

RT PlancheA_228987Critique :
Pour une fois, j’avais lu la seconde partie avant la première, cette dernière n’étant pas disponible à la biblio.

Bon, ce n’est pas si grave que ça, l’œuvre est à découvrir de toute façon pour l’Histoire qu’elle raconte, pour le passé sombre que la Seconde Guerre Mondiale fit vivre au gens.

Sans compter qu’ensuite, ces prisonniers durent souvent faire face au mépris de ceux qui avait fait la Grande Guerre parce que eux, ils ne l’avaient pas perdue et n’avaient pas été défaits en quelques mois.

Nous avions quitté le tome 1 sur le départ des prisonniers de leur stalag IIB fin janvier 1945 et nous les retrouvons ici, toujours encadrés par leurs geôliers qui ne veulent pas trainer car il sente le souffle de l’Yvan dans leur dos et n’ont pas trop envie de se frotter à l’armée rouge soviétique qui s’est lancée à l’assaut de l’Allemagne nazie qui est en pleine débâcle.

Comme pour le premier, Jacques Tardi, le fils, se met en scène, accompagnant sur les routes enneigées son père.

Ils traversent des villes dévastées ou qui le seront bientôt et on assiste, impuissant, à l’indifférent du prisonnier Tardi (et des autres) aux actes de violence et de vengeance commis par des prisonniers ou tout autre homo sapiens qui, dans ces conditions, régresse vite au stade d’animal enragé.

— Plus d’une fois, vers la fin, nous avons été salauds avec des civils !

Et leur périple fut long et dur (il suffit de regarder la carte au début de l’album) et ceux qui avaient survécu aux privations du Stalag seront nombreux à laisser leur maigre carcasse sans vie sur le bord des routes, sous des -30°.

Tout en marchant, aux travers de ses questions à son père, Jacques Tardi évoquera aussi des tas de sujets tels les sur le Lebensborn (les couveuses pour « poussins » aryens), les Einsatzgruppen (de troupes qui ratissaient les ghettos et programmaient le suicide forcé des juifs) ou les corps francs (des anciens combattants qui avaient été proches de Hitler à ses débuts).

Nous apprendrons, en même temps que les prisonniers, ce que sont devenus Hitler et son Eva, Goebbels, sa femme et leurs six enfants, Göring, Himmler et j’en passe, tout en traversant des villes bombardées.

Petit supplément, le fils Tardi nous explique aussi le futur des villes qu’ils ont traversés durant ces 5 mois d’errance.

Tels des vaches allant à l’abattoir, poussés vers l’Ouest par des fridolins enragés qui avaient la peur au bide, frappés à coup de crosses, affamés, parqués dans des hangar froids, partageant leurs habits avec leur vermine en tout genre (puces, poux, morpions), ils ont avalés kilomètre après kilomètre, exposés à tous les vents (c’était l’hiver), leur pieds les faisant souffrir, affaiblis et démoralisés.

Comme le premier tome, le second est dans les tons gris, à trois images par page, il est dur, éprouvant, dur avec tout le monde, et une fois terminé, on ressent un grand malaise à cause du traitement inhumain réservé aux prisonniers de guerre, aux civils, à ceux qui se sont gaussés en 39-40 et qui chiaient dans leur froc lors de la débâcle.

Et quand nos prisonniers arrivaient à se libérer eux-mêmes, ils ne savaient pas ou aller pour rentrer chez eux.

Bref, un autre tome d’une excellente qualité de ton, des dialogues entre le père et le fils assez incisifs, une critique de la guerre, un regard sombre sur ces années qui firent passer un bon nombre de gens de vie à trépas ou qui les laissèrent dans un état de traumatisme.

Étoile 4,5

 RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B : Jacques Tardi

Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B - Jacques Tardi

Titre : Moi, René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag II B

Scénariste : Jacques Tardi
Dessinateur : Jacques Tardi

Édition : Casterman (2012)

Résumé :
Avec Moi, René Tardi, prisonnier de guerre – Stalag IIB, Jacques Tardi concrétise un projet mûri de très longue date : transposer en bande dessinée les carnets de son propre père, rédigés des années durant sur des cahiers d’écolier, où celui-ci tient par le menu la chronique de sa jeunesse, en grande partie centrée sur ses années de guerre et de captivité en Allemagne.

Après avoir, comme on le sait, énormément travaillé sur la guerre de 14 – 18, c’est la première fois que Tardi se penche d’aussi près sur la période de la Seconde Guerre mondiale.

Ce faisant, il développe également un projet profondément personnel : en mettant en images l’histoire de son père militaire, Tardi explore rien moins que les racines, les origines et les ressorts de sa propre vie.

Ce « roman familial » prend des accents d’autant plus intimes que Tardi a associé au projet deux de ses propres enfants, Rachel (qui assure la mise en couleur) et Oscar (documentation et recherches iconographiques).

Moi PlancheA_175323Critique :
— Ach, fous zavez berdu la guerre, petits françouzes, alors, on fa fou le faire bayer cher dans nos kamps *rire sadique*

Ainsi devait parler le feldwebel « Kolosal Konnard » ou tout autre « Kartoffel-Führer », faisant son dikkenek devant les pauvres soldats français qui venaient de se prendre la pâtée en un temps record.

Ne vous en faites pas, nous les Belges, on se croyait tranquilles car neutres…

On s’était tous foutus le doigt dans l’œil jusqu’au coude et bardaf, ce fut l’embardée.

Tout comme Art Spiegleman l’a fait dans son « Maus », Jacques Tardi tente aussi de comprendre son père au travers de la réalisation de cet album où il se met en scène à ses côtés, lui posant « en direct » des questions, le suivant durant son périple en char ou en tant que prisonnier dans le Stalag IIB, en Poméranie.

On sent du Louis-Ferdinand Céline dans cette haine de René Tardi ressent contre la société qui n’a pas bougé, contre cette armée française incompétente, dépassée, mais qui se croyait la plus forte, contre ces officiers n’ayant pas évolué depuis 14-18 ou depuis les guerres Napoléoniennes et devant la bêtise incommensurable de la guerre…

Le fils, Jacques Tardi, a lui aussi les dents qui grincent lorsqu’il parle au début, rappelant à son père qu’il n’aimait pas l’armée, que la SNCF a transporté gratuitement les Juifs pour les livrer… Alors le père lui dit de se taire et d’écouter.

Vu le calvaire traversé durant son incarcération au Stalag, on sent aussi du Primo Levi (même si les Stalags n’étaient pas des camps d’extermination à proprement parler, ce n’étaient pas non plus des camps de vacances) et, comme j’en parlais plus haut, il y a du Art Spiegelman dans cette obstination à comprendre ce qu’a vécu son père pour pouvoir enfin se réconcilier avec ce paternel taciturne et colérique.

Si je ne suis pas fan des dessins de Tardi, ils ne m’ont néanmoins pas dérangés, c’est sobre, réaliste, le tout dans des tons gris, avec de temps en temps des ciels rouge sang.

De plus, j’ai apprécié cette mise en scène de l’auteur qui s’est dessiné sous les traits d’un jeune gamin de plus ou moins 14 ans et qui dialogue avec son père, nous montrant ainsi son passé de conducteur de char (on ne dit pas tank) avant de se retrouver au Stalag, puis dans une ferme en tant qu’esclave bon marché puis de retour au Stalag.

C’est toute la vie des prisonniers dans un Stalag qui se déroule sous nos yeux, avec les soldats français qui font chier les compteurs allemands, bougeant sans cesse, le black market, la bouffe infecte, le travail inhumain, le traitement des prisonniers aussi, la débrouille, la joie, la tristesse, les prisonniers russes encore plus mal lotis qu’eux et les américains comme des coq en pâte.

L’histoire est dure, sans pitié pour personne, que l’on soit un fritz salaud, un prisonnier lâche, cafteur, un travailleur forcé mettant un peu trop d’ardeur à ramasser les patates pour le grand Reich, ou un officier imbécile.

Et puis, comme pour tout le reste, il y a aussi un peu de solidarité entre certains prisonniers, des amitiés fidèles, des officier bosch un peu plus sympa que les autres.

C’est corrosif, avec un peu d’humour parfois, c’est cinglant et sans édulcorants.

Le genre de lecture dont on ne ressort jamais indemne.

Étoile 5

RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires.

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Une journée d’Ivan Denissovitch : Alexandre Soljenitsyne

Titre : Une journée d’Ivan Denissovitch          big_5

Auteur : Alexandre Soljenitsyne
Édition : Presse Pocket (2007) / 10/18

Résumé :
En 1962, pour qu’Une journée d’Ivan Denissovitch pût être publiée en URSS, Soljenitsyne avait dû consentir à des coupures et, par endroits, remanier le texte original.

Voici la version intégrale de ce roman si profondément, si tragiquement russe et qui, cependant, fait maintenant partie du patrimoine mondial de la culture.

Vingt ans ont passé depuis qu’il a vu le jour. Des œuvres monumentales ont succédé à ce joyau : le Premier Cercle, le Pavillon des cancéreux, Août Quatorze et ce requiem colossal qu’est l’Archipel du Goulag ; pourtant, c’est toujours Ivan Denissovitch qui revient le premier à la mémoire dès qu’on nomme Soljenitsyne.

Récit, dans sa version intégrale, de la douloureuse expérience du maçon Denissovitch dans le camp Solovetski. Cette description crue du goulag a fait sensation dès sa parution.

Autre quatrième de couverture :
Une journée d’Ivan Denissovitch , c’est celle du bagnard Ivan Denissovitch Choukhov, condamné à dix ans de camp de travail pour avoir été fait prisonnier au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Le récit nous montre sa journée depuis le coup sur le rail suspendu dans la cour qui marque le lever, jusqu’au court répit du soir et au coucher, en passant par les longues procédures de comptage, la peur des fouilles, les bousculades au réfectoire, les travaux de maçonnerie par un froid terrible dans l’hiver kazakhe, les menues chances et malchances de la journée.

Archétype du paysan russe moyen, Choukhov, homme humble et débrouillard en qui le bien fait encore son oeuvre, a su se libérer intérieurement et même vaincre la dépersonnalisation que ses maîtres auraient voulu lui imposer en lui donnant son matricule.

Le talent propre à Soljénitsyne, son don de vision interne des hommes apparaissent ici d’emblée dans une complète réussite : ce chef-d’œuvre à la structure classique restera dans toutes les anthologies du vingtième siècle comme le symbole littéraire de l’après-Staline.

Critique : 
« Une journée d’Ivan Denissovitch », c’est du café fort, du café fort noir, bien qu’en apparence, il n’en ait pas l’air. À vue de nez, le café a l’air fort clair, pour peu, on apercevrait le clocher de l’église dans le fond de la tasse, mais lorsqu’on le goûte, sa force se fait ressentir dans la bouche et elle vous prend à la gorge.

Étrange pourtant, puisque ce récit d’une journée dans un goulag, en plein hiver, ne comporte pas de scènes violentes, ni de scènes de tortures. Pour peu, on lirait bien cette histoire avec le sourire… jusqu’à ce que la dure réalité se fasse ressentir : hé, on est au goulag !

Voilà toute la force du roman de Soljénitsyne : faire du roman fort, nous prendre par les tripes, nous faire ressentir la faim d’Ivan et des autres, nous faire ressentir le froid mordant, la peur, la résignation, la violence des gardiens, l’inhumanité des lieux, le travail titanesque qu’on leur demande d’accomplir, le tout sans épanchements, sans forcer le trait, en restant sobre… Tout en nous donnant un récit d’une forte intensité.

Ben oui, c’est quoi une journée dans toute une vie ? Rien… Mais pourtant, si importante. Surtout qu’au goulag, il faut rester en vie.

Il ne se passe pas de choses exceptionnelles dans le roman, pourtant, l’ennui est impossible et j’ai suivi cette journée d’Ivan avec passion, mes les tripes nouées tout de même.

Ivan, il est un homme simple, avec de l’enthousiasme. Ce n’est pas un tire-au-flanc ou un salaud, mais pour survivre au goulag, il doit ruser afin que son morceau de pain qu’il a caché ne soit pas dérobé durant son absence, ne pas se faire donner par un autre qui aurait à gagner un petit avantage, bref, éviter de se faire remarquer et d’aller au cachot qui signifierait la presque mort.

Ici, les gars, la loi… c’est la taïga. Mais, même ici, on vit. Ceux qui ne font pas de vieux os, au camp, c’est les lèche-gamelles, c’est ceux qui comptent sur l’infirmerie, c’est ceux qui vont frapper à la porte du grand patron.

Mieux qu’un Spartiate, le prisonnier CH-854 de la brigade 104 a mis au point tout un tas de petites combines afin d’améliorer quelque peu sa détention inhumaine : ne pas dévorer toute sa miche de pain le matin pour la faire durer;  magouiller afin d’avoir une soupe en plus; rendre des services à ceux qui reçoivent des colis; faire correctement son travail pour ne pas mettre leur brigadier dans la merde; cacher quelque lames dans son uniforme et faire en sorte de ne pas se faire attraper…

Denissovitch se permet même le luxe, à la fin, d’être optimiste et de se dire qu’une journée de plus était passée, sans seulement un nuage, presque un bonheur…

Un récit minimaliste qui donne naissance à une œuvre puissante, fallait le faire et le génie de l’auteur l’a fait. Poignant.

Et si le lecteur se donne la peine de réfléchir à l’envers du décor, cela lui donnera la vision d’un système totalitaire qui nie l’individu, qui lui enlève tout espoir et toute possibilité de réintégrer la vie normale. Ils savent tous qu’ils ne sortiront jamais de là…

On peut comprendre qu’à l’époque où le roman fut publié dans le « Novy Mir » il fallu couper quelques passages pour la publication (pourtant, ils n’étaient pas excessifs, ces passages) et que cela péta comme une bombe dans l’opinion russe puisque c’était la première fois qu’un écrivain parlait des goulags, lui qui y avait été.

Il s’endormait, Choukhov, satisfait pleinement. Cette journée lui avait apporté des tas de bonnes chances : on ne l’avait pas mis au cachot ; leur brigade n’avait point été envoyée à la Cité du Socialisme ; à déjeuner, il avait maraudé une kacha ; les tant-pour-cent avaient été joliment décrochés par le brigadier ; il avait maçonné à cœur joie ; on ne l’avait point paumé avec sa lame de scie pendant la fouille ; il s’était fait du gain avec César ; il s’était acheté du bon tabac ; et au lieu de tomber malade, il avait chassé le mal.
Une journée de passée. Sans seulement un nuage. Presque de bonheur.
Des journées comme ça, dans sa peine, il y en avait, d’un bout à l’autre, trois mille six cent cinquante-trois.
Les trois de rallonge, c’était la faute aux années bissextiles.

Un grand roman à découvrir !

Challenge « Myself » par Près de la Plume… Au coin du feu

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