L’Empreinte : Alexandria Marzano-Lesnevich

Titre : L’Empreinte

Auteur : Alexandria Marzano-Lesnevich
Édition : Sonatine (24/01/2019)
Édition Originale : The Fact of a Body (2017)
Traducteur : Héloïse Esquié

Résumé :
Étudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort.

Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions.

Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté.

Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien tout à fait inattendu entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis.

Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable.

Dans la lignée de séries documentaires comme « Making a Murderer », ce récit au croisement du thriller, de l’autobiographie et du journalisme d’investigation, montre clairement combien la loi est quelque chose d’éminemment subjectif, la vérité étant toujours plus complexe et dérangeante que ce que l’on imagine.

Aussi troublant que déchirant.

Critique :
Lorsque j’apprends qu’un enfant a été victime d’un pédophile ou d’un meurtrier (ou les deux combinés), mon sentiment premier est de lui souhaiter la prison à vie et je ne dois pas être la seule…

Mais que se passe-t-il lorsqu’on enquête sur ce crime horrible et que l’on découvre que la vie n’a jamais fait de cadeau à ce meurtrier de la pire espèce ?

Non pas une vie à faire pleurer dans les chaumières, je ne suis pas son avocate de la défense !

Si ces faits ne lui accordent pas l’indulgence du jury et le pardon de la société, ils tendent tout de même à nous dresser un autre portrait de l’assassin… Notre jugement changera-t-il ou pas ? Lui accorderons-nous le fait qu’il n’est pas tout à fait responsable de cette vie qu’il a cueillie de manière abjecte ?

Non, je ne vous demande de me répondre en 3h, je vous donne juste le fond de ma pensée et le fait que l’enquête de l’auteure et avocate (Alexandria Marzano-Lesnevich) m’a poussé à cette réflexion parce que j’ai découvert la vie de merde qu’à eu Ricky Langley. Même si je ne l’excuse pas.

Voilà un roman qui n’est pas facile à lire car on est face à un crime horrible, celui d’un enfant. Doublé d’une possibilité d’abus sexuel sur l’enfant, sans que l’on sache à 100% si ce fut avant ou après son assassinat ou si abus il y a eu par le meurtrier.

L’auteure a fait un véritable travail de fourmi, de forçat, pour arriver à nous livrer un récit expurgé du superflu mais en faisant des parallèles avec sa propre vie et des abus dont elle fut la victime.

Bizarrement, j’ai ressenti plus d’empathie pour Ricky Langley que pour le grand-père de l’auteure car Ricky savait qu’il était malade, il a tenté plusieurs fois de se faire soigner, interner, a demandé qu’on ne le libère jamais, là où le grand-père n’a eu aucun remords d’avoir eu des rapports avec deux de ses petites filles. Comme quoi le monstre n’est pas toujours celui que l’on croit…

Ce roman est comme « De sang-froid » de Truman Capote : une enquête sur une affaire criminelle, le tout raconté de manière romancée car l’auteure a dû imaginer des dialogues ou des situations, n’ayant pas accès aux pensées des gens.

Et heureusement que le tout est romancé car la lectures des kilos de dossiers et des kilomètres de blablas judiciaire auraient été indigeste et c’est Alexandria Marzano-Lesnevich qui les a bouffé pour nous les régurgiter expurgés des choses inutiles.

C’est assez subtil, mais malgré le crime commis, l’auteure n’est pas pour la peine de mort, elle est même contre, même si son jugement évoluera au fil des pages en voyant son grand-père dans Ricky, c’est aussi un roman qui parle de rédemption et d’une chose qui devrait être impossible : la mère de l’enfant assassinée qui ne souhaite pas que le meurtrier de son fils soit exécuté.

C’est puissant, une sorte de vague qui t’emporte et qui te ramène ensuite sur la plage, sans que tu saches vraiment comment tu t’appelles et il m’a fallu plusieurs jours pour pondre une chronique tant j’avais été tourmentée par ma lecture et que mes questions sans réponses m’avaient tourneboulées.

On a beau avoir une opinion précise sur la peine de mort, elle peut changer si l’on est touché de plein fouet par une affaire ou si on fait un parallèle avec ses propres souffrances, comme c’est le cas ici pour l’auteure qui a dû vivre avec ça puisque ses parents avaient mis une chape de plomb sur les agissements de son grand-père, comme si ceux-ci n’avaient pas existé.

Un roman puissant, fort, émouvant, dérangeant, angoissant et des certitudes qui ont tendance à chavirer, à être mise à mal une fois que l’on suit le récit de la vie merdique qui fut celle de Ricky. Au moment où j’écris cette chronique, je n’ai toujours pas trancher et je pense que je n’y arriverai jamais.

Un putain de roman qui mêle un crime réel à la vie de l’auteure qui, tout en cherchant à éclairer cette affaire, a cherché des réponses à ses questions et nous a livré son récit avec passion, mettant à nu ses fêlures, sa fragilité et son impossibilité à vivre en couple, du moins, avec certaines personnes.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

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Possédées : Frédéric Gros [LC avec Bianca]

Titre : Possédées

Auteur : Frédéric Gros
Édition : Albin Michel (18/08/2016)

Résumé :
En 1632, dans la petite ville de Loudun, mère Jeanne des Anges, supérieure du couvent des Ursulines, est brusquement saisie de convulsions, victime d’hallucinations.

Elle est bientôt suivie par d’autres sœurs et les autorités de l’Église les déclarent « possédées ». Contraints par l’exorcisme, les démons logeant dans leurs corps désignent leur maître : Urbain Grandier, le curé de la ville.

L’affaire des possédées de Loudun, brassant les énergies du désir et les calculs politiques, les intrigues religieuses et les complots judiciaires, a inspiré cinéastes et essayistes.

Critique :
♫ Possédées, nous étions toutes possédées ♪ Avoir envie de s’auto-flageller ♫ Et à des bites rêver ♪ Possédées ♪

Le sexe de nos religieuses serait-il devenu l’enfer ? Oui, parce que Satan l’habite (je n’ai pas pu résister au jeu de mot).

Enfin, c’est ce qu’il paraît parce que ce roman, je l’ai survolé de très haut, sautant les phrases et n’arrivant à m’agripper à rien.

Une lecture en travers, voilà comment je désignerais ce que je viens de faire, ne m’arrêtant que sur certains passages, et même eux n’étaient pas intéressants.

Mea culpa, j’ai péché ! Mon père, donnez-moi l’absolution parce que j’ai commis le péché de lecture en diagonale.

Et si vous ne me pardonnez pas, alors, excommuniez-moi, déclarez-moi hérétique, je m’en fous, parce que de toute façon, rien de rien, non, je ne regrette rien.

Si ce n’est de m’être laissée tenter par un résumé aguichant, intéressant, intriguant…

Anybref, une lecture qui ne restera pas dans mes annales (avec deux « n » s’il vous plait, bougre de petits cochons) et niveau bonnes sœurs, ma préférée restera toujours Sœur Marie-Thérèse des Batignolles.

Une lecture à oublier et un livre à bazarder au plus vite.

Ma copinaute Bianca a adoré sa lecture, elle. Voyez son avis, pour avoir une autre opinion que la mienne.

Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°40 – Le Manoir de l’Abbaye – lire un livre dans lequel la religion est un sujet important).

Magic time : Doug Marlette

Titre : Magic time

Auteur : Doug Marlette
Édition : Le Cherche midi (07/01/2016) / 10-18 (06/04/2017)

Résumé :
Quand Histoire et destinées individuelles se croisent…

1965. Alors que le mouvement des droits civiques porté par Martin Luther King s’étend dans tous les États-Unis, le pays a les yeux fixés sur Troy, une petite localité du Mississippi.

Quatre jeunes activistes y ont péri dans l’incendie d’une église. Deux membres du Ku Klux Klan sont arrêtés et condamnés à perpétuité.

1990. L’un des condamnés libère sa conscience en désignant le vrai responsable du crime. Un nouveau procès se prépare donc à Troy.

De retour dans sa ville natale, Carter Ransom, ancien sympathisant dans la lutte pour les droits civiques et journaliste au New York Examiner, est aux avant-postes.

Son premier amour, Sarah Solomon, faisait partie des victimes et son père, le tout-puissant juge Mitchell Ransom, avait conduit le premier procès. Carter veut faire toute la lumière sur cette période qui l’a marqué à jamais.

Et c’est dans le passé qu’il va devoir fouiller pour mettre au jour une vérité aussi terrible qu’inattendue.

Doug Marlette retrace ici toute une époque, trouble, pleine de non-dits, de soupçons et de positions ambiguës, mais aussi de courage, de droiture et de passion. Celle de la lutte pour les droits civiques.

Avec une intrigue haletante et des personnages d’une rare humanité, Doug Marlette signe un chef-d’œuvre, à classer entre les romans de John Grisham et de Tom Wolfe.

Critique :
En remontant le Mississippi… En remontant le temps… Le temps où une partie de l’Amérique se complaisait et se vautrait avec délices dans le ségrégationnisme.

« Bah, on ne faisait que suivre la mouvance », vous diraient-ils pour se défendre, un peu comme ceux qui dirent un jour qu’ils n’avaient fait qu’exécuter les ordres.

Autour de lui, il était admis que personne n’était « responsable » des souffrances des Noirs du Mississippi, à part les Noirs eux-mêmes, que la ségrégation faisait partie de l’ordre naturel de choses et qu’il était inutile de tenter d’y remédier.

Bienvenue dans le Sud profond, celui qui accroche encore des drapeau confédérés à ses murs, celui qui ne reconnait pas les droits des Noirs, celui prétend que seule la race Blanche est supérieure.

Jimbo prit joyeusement la place du New-Yorkais et fit remarquer à Bernhardt que l’emblème offensant en question n’était pas le drapeau sudiste à proprement parler, mais le drapeau de bataille des confédérés. « Vous ne reconnaîtriez pas le drapeau sudiste même si on vous torchait le cul avec. Personne n’en serait capable, cela dit. »

Les histoires de race semblent toujours camoufler des histoires d’argent.

Bienvenue en 1965 : alors que le mouvement pour les droits civiques commence à s’étendre dans tous les États-Unis, une partie des états Sudistes luttent encore et toujours contre la Loi qui donne des droits aux Noirs. Le Ku Klux Klan brûle des croix, exècre les Juifs, les communistes ou font disparaître des militants des droits civiques

— […] Mais peut-être que le Klan était le seul environnement social où il se sentait réellement supérieur. Je suis sûr que ton père était persuadé qu’il défendait tout ce pour quoi il avait travaillé dur. Son foyer, sa famille. C’est la duplicité du Sud dans toute sa splendeur : on agit en suivant nos plus bas instincts et on se convainc que ce sont les plus nobles.

La petite ville de Troy n’y fait pas exception et après la saga « Lanfeust de Troy » et celle de « Carter de Mars », voici le mélange des deux : « Carter de Troy », journaliste de son état, qui a vécu les événements de 1965, qui a participé aux mouvements des droits civiques et qui a perdu une personne chère dans l’incendie de l’église de Shiloh.

Plus qu’un retour vers le passé, c’est un retour mouvementé que va effectuer Carter lorsque l’on va ouvrir un procès après qu’un des condamnés pyromane ait dit qu’il connaissait le véritable instigateur de l’incendie. Quand l’un se met à table, se sont les autres qui ont l’indigestion.

Un procès qui ne va pas aller sans mal pour certaines personnes qui pourraient découvrir le passé peu glorieux de leurs géniteurs ou mettre la main sur des secrets pas agréables à découvrir. Personne n’est tout à fait blanc, ici.

Si vous voulez découvrir la mentalité du Sud des États-Unis, ce livre vous ouvrira des portes dont vous ne soupçonniez pas l’existence, car, au travers d’une histoire romancée, c’est tout un pan de l’Histoire sombre des States que ce livre aborde.

C’était la religion officielle de l’État : on était ségrégationniste dans le Mississippi comme on était catholique en Italie.

— Une ville comme Troy n’est pas si différente de la Vienne de Freud, après tout : les familles envahissantes, la culpabilité, le refoulement, l’alcoolisme, les symptômes psychosomatiques…

L’Histoire nous est contée par Carter, passant habilement du présent (1990) au passé (1965), l’auteur, au travers des souvenirs de son narrateur, ou des autres personnages, nous plonge la tête la première dans une eau boueuse et tumultueuse.

Carter lui adressa un sourire tolérant. Il lui aurait fallu lire tout Faulkner si elle avait voulu avoir ne serait-ce qu’une vague idée de la manière dont les choses se passaient dans les familles comme la sienne et celle de Grayson.

Ici, rien n’est blanc et rien n’est vraiment noir. Tout est gris et même les habitants les plus modérés ne sont pas exempts de fautes puisqu’ils ont laissés faire.

Des femmes et des enfants attaqués par des hommes armés à cheval ? Impossible. Pas en Amérique.

Même Carter n’est pas un militant zélé, lui qui s’est retrouvé mêlé à tout ça un peu par hasard et parce qu’il voulait devenir journaliste…

Pour les militants, les Blancs du Sud se divisaient en deux catégories : le plouc raciste et la bonne âme sentimentale. Le copain de Sarah n’appartenant à aucune des deux, ils ne savaient que penser de lui.

— Allons, nous sommes tous le produit de notre milieu.
— Mais toi, tu as eu une véritable prise de conscience. Moi, j’étais horrible. Une sale raciste, souffla-t-elle avec un regard suppliant.
— Tu parles d’une prise de conscience ! Je n’étais qu’un gamin amoureux.

Et puis, l’amour fait parfois des miracles, transformant un petit Blanc en militant, même si ce n’était pas le plus brillant et que lui aussi avait quelques idées préconçues.

Carter n’avait jamais vu une pauvreté aussi crue, même dans le quartier noir de Troy, « Nègreville », comme on disait, dont il avait toujours imputé l’aspect délabré à ses habitants, sans y avoir jamais vraiment réfléchi.

— Oui, monsieur, comme vous le constatez, ma mère vous est dévouée, à vous et à votre famille. Et vous avez toujours été généreux avec nous, là n’est pas la question. Mais pendant toutes ces années où elle a travaillé pour vous, cuisiné pour vous, nettoyé pour vous, où elle s’est occupée de vos enfants alors que nous étions seuls à la maison, pas une fois vous ne l’avez invitée à s’asseoir avec vous à la table qu’elle mettait chaque jour que Dieu a fait !

La plume peut se révéler mordante à certains moments, plus nostalgique à d’autres, notamment lorsque Carter se remémore sa jeunesse, humoristique lorsqu’il est avec ses amis de toujours ou terriblement caustique avec l’État du Mississippi et certains de ses habitants.

— Souviens-toi que tu écris pour le Mississippien moyen. Et le Mississippien moyen est en dessous de la moyenne.

— Nous avons rencontré une opposition partout où nous nous sommes installés.
— Comme le Troisième Reich, intervint Jimbo avec sa délicatesse habituelle. Enfin, je suppose qu’ils n’ont pas vraiment rencontré d’opposition en Autriche et en Finlande… Ah oui, et en France.

Pendant le déjeuner, Jimbo avait fait à Carter un topo sur l’étonnant parcours du shérif, lui expliquant comment le sympathisant du Klan qui appliquait les règles ségrégationnistes avec brutalité était devenu un juste défenseur de la loi. Encore une de ces sagas rédemptrices défiant toute prévision dont le Sud avait le secret. Il apparaissait par ailleurs que sa personnalité despotique dissimulait un sens aigu du bien et du mal et une foi profonde, dont il faisait désormais profiter le comité de gestion de l’Église méthodiste, où il siégeait au côté du Dr Renfro.

Mon seul bémol sera pour les quelques longueurs que possède ce roman de 800 pages (dans sa version grand format). 100 pages de moins auraient rendu la lecture plus fluide à certains moments.

Un grand roman sur le racisme crasse de certains, sur leurs préjugés, sur des gens qui ont dû se battre pour faire respecter leurs droits élémentaires, ceux que le Congrès venait de leur donner et que certains États je voulaient pas faire respecter.

— Le Congrès, l’interrompit Mitchell en secouant la tête. On n’institue pas la moralité par décret. De plus, tu es accusé d’avoir troublé l’ordre public et d’avoir violé une propriété privée. Tu es aussi coupable que ces… que cette vermine qui t’a frappé !
— L’ordre dont vous parlez doit être troublé ! C’est un ordre corrompu, une paix fausse et hypocrite basée sur les mensonges et les contre-vérités de la ségrégation, sur l’inégalité et l’injustice.

— Avec tout le respect que je vous dois, monsieur Ransom, la discrimination n’a rien d’une bêtise pour tous ceux d’entre nous qui la subissent…

Un grand roman sur des mentalités qui ne changeront jamais tout à fait, hélas… Un roman qui plonge dans le passé pour mieux éclairer le présent. Un roman dont le procès qui s’ouvre dans ses pages va catalyser tous les souvenirs de ces périodes agitées.

Un roman qui m’a remué les tripes.

— Alors, si je comprends bien, les pauvres Blancs qui souffrent, comme Hullender, ils ont une excuse, mais les gens de couleur doivent porter leur croix en silence ?
— Elijah a enfreint la loi, Carter. Et toi, Lige, tu as le droit de ne pas être d’accord avec certaines règles et d’essayer de les faire changer, mais cela reste la législation en vigueur dans ce pays.

Finissons cette chronique sur quelques citations plus coquines ou pleine d’humour :

— Freud a bien dit aussi : « Parfois, un cigare est simplement un cigare. »
— C’est vrai, mais le problème avec toi, c’est qu’un cigare est toujours un cigare.

Ses expériences sexuelles se limitaient au pelotage dans les drive-in avec ces adorables allumeuses du Sud, qui semblaient toutes diplômées d’une même école dont la devise aurait été « tout sauf la pénétration ».

— Oh oui. Et l’eau est toujours aussi froide.
— J’en ai la quéquette qui se recroqueville rien que d’y penser, lança Jimbo qui enfilait un large caleçon de bain jaune vif.
— Comment tu fais la différence ? répliqua Lonnie.
— Elle ressemble à une bite de raton laveur. En plus petit, s’esclaffa Carter.

— Est-ce que vous savez combien d’avocats seraient prêts à donner leur couille gauche pour ce genre de publicité ?
— Jusqu’à nouvel ordre, vous n’avez pas de couille gauche.
— Je sais. C’était une citation du procureur général, qui m’a fortement incitée à participer.

— Inconvenant, répéta Sydney d’un ton appréciateur. Voilà un mot qui semble appartenir à une autre époque et à un autre lieu, comme les guêtres, les tabatières ou la dignité.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

Coups de crocs : Erle Stanley Gardner [Perry Mason 4]

Titre : Coups de crocs

Auteur : Erle Stanley Gardner
Édition : Presses de la Cité – collection « Un mystère » N°680 (1963)
Édition originale : The Case of the Howling Dog (1934)

Résumé :
Imaginez qu’un homme au bord de la crise de nerfs surgisse dans votre bureau. Que cet individu vous annonce qu’il désire porter plainte contre le chien de son voisin. Qu’il profère des menaces à l’encontre dudit voisin et vous implore de faire quelque chose, vite, très vite !

Comme Perry Mason, le célèbre avocat détective, vous auriez sûrement quelques doutes sur l’état mental de votre client.

Mais quelle serait votre réaction si, après enquête, à la place d’un voisin bien vivant et d’un chien qui hurle à la mort, vous découvriez deux cadavres ? Vous auriez tendance à soupçonner votre visiteur de la veille, n’est-ce pas ?

Mais auriez-vous tout à fait raison ?

C’est justement la question que se pose Perry Mason, qui s’est toujours méfié de l’évidence…

Critique :
La Belette Cannibal est toujours à la pointe des dernières nouveautés, de l’actualité littéraire brûlante, des lectures les plus tendances, les plus « in » du moment, la preuve – s’il en est besoin – avec ce roman paru en France en 1963 et aux États-Unis en 1934 !

Si ça c’est pas de la chronique avant l’heure et novatrice, ce n’en sera jamais !! PTDR

Perry Mason, je l’avais découvert par le plus grand des hasards en me plantant dans mon achat lors d’une de mes incursions dans ma bouquinerie préférée.

J’avais pris la chose avec calme et, puisque j’avais un roman à lire, je l’avais entamé de suite (c’était une des « nouvelles » publications de 1986 aux éditions J’ai Lu) et j’avais accroché aux enquêtes hors norme de cet avocat détective et de sa pétillante secrétaire.

Ensuite, j’avais découvert la série télé avec Raymond Burr (fort différente des romans) et, last but not least, entamé la collection de tous les Perry Mason publiés chez J’ai Lu, ou, encore mieux, chez Presse de la Cité, dans la Collection Un Mystère.

Le monde judiciaire, c’est un monde que j’apprécie, les grandes plaidoiries, les avocats, les cols en fourrure, tout ça a le don de m’exciter au plus haut point et ce que j’apprécie aussi, dans les enquêtes de l’avocat au grand coeur, c’est que nous sommes dans les années 30, donc, pas de GSM, de PC et on s’arrête encore dans les cabines téléphoniques pour passer ou recevoir des coups de fils.

Délicieusement rétro et vintage, j’adore lire un Perry Mason lorsque j’ai envie de me changer les idées et de remonter le temps. Ça me détend les pensées noires aussi bien qu’un Oui-Oui.

Et puis, un avocat prêt à tout pour défendre son client, ou sa jolie cliente sans le sous, certes, ce n’est pas vraiment réaliste, mais putain, que ça fait du bien ! Surtout sur la fin, lorsque tout se résous au tribunal, laissant le district attorney Hamburger sur le carreau.

Là, le client de Mason est un espèce de taré qui veut porter plainte sur… le chien de son voisin !! Proférant même des menaces sur ledit voisin, avant de sortir du bureau de Perry.

Oups, le lendemain, à la place d’un voisin bien vivant et d’un chien qui hurle à la mort, Perry Mason découvre deux cadavres !

Moi, j’aurais tendance à soupçonner le visiteur dingo de la veille… Ce qui serait trop évident…

C’est justement la question que se pose Perry Mason, qui s’est toujours méfié de l’évidence… Et hop, voilà l’avocat qui part enquêter, se déguisant en Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Columbo.

Un roman assez fou et qui se termine au Tribunal, comme tous les Perry Mason, et de manière un peu loufoque, ou alambiquée, comme souvent, puisqu’il y a même eu des résolutions d’affaire où je n’ai pas tout compris !

Le style facile à lire, même si certaines explications sont biscornues, on a assez bien de points juridiques, ce qui pourrait braquer ceux qui n’aiment pas ça, et, bien entendu, on oublie toute les technologies de notre époque.

Un roman qui fait du bien, dont on sait qu’il se terminera bien, qu’on aura l’explication au tribunal et que plus Perry Mason a l’air de perdre, et plus il va gagner.

Allez, maintenant, Médor, à la niche et on arrête d’aboyer !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)le challenge US (2017-2018) chez Noctembule Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] ou sur le forum de Livraddict (N°02 – Le chien des Baskerville).

[SÉRIES] Broadchurch – Saison 2 – La série qui te dira toute la vérité, rien que la vérité ! Même si elle fait mal…

Synopsis

La saison 2 reprend la suite logique de la saison 1, avec le procès de ****** (nom du coupable dans la saison 1).

En parallèle, l’affaire Sandbrook dont le capitaine Alec Hardy avait la charge refait surface.

Ce que j’en ai pensé : 
Une saison 2 ?? Mais qu’est-ce qu’on pouvait bien ajouter à la saison 1 ? Comment était-ce possible de faire mieux que la saison 1 ? On avait arrêté le coupable, il était passé aux aveux, on allait le juger, point final à la ligne, non ?

Et ben non, l’arrestation ne signifie pas condamnation et toute la saison 2 va tourner autour du procès de ****** qui, le salaud, vient de plaider non coupable !

Nan mais ho, il espère vraiment être libéré au procès ??

Le couple Latimer se tourne alors vers l’ancienne conseillère de la Reine Jocelyn Knight, qui refuse jusqu’à ce qu’elle apprenne que l’avocate défendant ******* sera Sharon Bishop, une ancienne protégée aux méthodes radicales.

En effet, elle décide d’exploiter la moindre faille dans le dossier et demande donc l’exhumation de Danny (le gamin assassiné dans la saison 1), qu’elle obtient.

Moi qui aime les procès, j’ai été servie ! Moi qui pensait que l’affaire était pliée, j’ai été servie ! Moi qui avait oublié les fautes de procédures, on me les a resservies !

Si cet enculé avait plaidé coupable, tout aurait été pour le mieux, mais je serais passée à côté d’une saison 2 riche en rebondissements, en adrénaline, en tension et en coups fourrés en tout genre.

Les acteurs sont dans leurs rôles, tous, on croirait suivre un véritable procès en cour d’assise et entre les deux avocates, tout est permis, perruque horrible sur le crâne comprise dans le prix !

On ressent aussi la souffrance des parents de Dany, les peurs de ses  parents dont la mère a accouché il y a peu de temps (comment aimer ce nouvel enfant quand on a perdu l’autre ?), l’emploi du temps du père peu de temps avant la meurtre est suspect, voire louche et on est pas loin de penser que le véritable coupable n’est peut-être pas celui que l’on juge.

Car oui, durant ce procès, il  n’y a pas que l’accusé qui est jugé, mais tout le monde y passe, la moindre de vos failles, faiblesses, erreurs, fautes, est passée au crible, on vous juge, on vous conspue, et si ce jour là vous avez pété de travers, cela vous sera reproché.

D’ailleurs, les parents du petit Dany ne sont pas les seuls à souffrir, le coupable avait une famille lui aussi, elle souffre, son gamin ne sait plus qui il est, il aime son père, ne veut pas le croire coupable, bref, plus personne ne tourne rond, dans cette petite ville, même pas le capitaine Alec Hardy dont son ancienne affaire revient le hanter, ses ennuis de santé et il refuse que le lieutenant Ellie Miller l’aide.

Maintenant, je connais le secret de Alec Hardy et je sais tout sur son ancienne affaire… Pffff, il a eu chaud, lui !

Le final est un grand moment de suspense, on se surprend à croiser les doigts, à sauter dans son divan, à agripper son verre de mojito et à faire sauter les glaçons hors du verre.

Un final magnifique… J’ai putain adoré cette série, autant la saison 1 avec une enquête prenante et remplie de mystères et tout autant la saison 2, différente avec le procès et toutes les failles qui vont toujours au bénéfice de l’accusé.

Pari réussi donc, la suite n’était pas inutile car elle nous montre ce que d’autres séries ne nous montre pas : l’envers du décor, ce qu’il se passe une fois que le coupable est arrêté, ainsi que son procès qui pourrait ne pas se passer comme prévu ou soulever les fautes de la police…

Bon, je me demande ce que me réserve la saison 3 !

Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

On the Brinks : Sam Millar

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Titre : On the Brinks

Auteur : Sam Millar
Édition : Seuil (07/03/2013)

Résumé :
De fait, le spectaculaire récit autobiographique de Sam Millar a tout d’un thriller. À ceci près que si on lisait pareilles choses dans un roman, on les trouverait bien peu crédibles.

Catholique, Millar combat avec l’IRA et se retrouve à Long Kesh, la prison d’Irlande du Nord où les Anglais brutalisent leurs prisonniers. Indomptable, il survit sans trahir les siens: voilà pour la partie la plus noire, écrite avec fureur et un humour constant.

Réfugié aux états-Unis après sa libération, il conçoit ce qui deviendra le 5e casse le plus important de l’histoire américaine.

La manière dont il dévalise le dépôt de la Brinks à Rochester, avec un copain irlandais, des flingues en plastique et une fourgonnette pourrie, est à ne pas croire.

Même Dortmunder, dans un roman de Westlake, s’y prendrait mieux. Il n’empêche, le butin dépasse les 7 millions de dollars!

Un procès et une condamnation plus tard, il retrouve la liberté, mais entretemps, la plus grande partie de l’argent a disparu. Millar semble avoir été roulé par ses complices… Saura-t-on jamais la vérité?

En tout cas, le FBI cherche toujours!

p21-1Critique :
Quand certains disent que les prisons ne doivent pas être des Club Med, je ne leur donnerai pas tort, mais faut pas non plus sombrer dans l’opposé et se comporter comme des gardiens de Goulag ou de camps de concentration, le gazage en moins.

Si on ne m’avait pas dit que ce roman était une autobiographie, un pan de la vie de Sam Millar, l’auteur, j’aurais pensé à une farce, vu la manière dont il cambriolera plus tard l’entrepôt de la Brinks, ou à de la dérision, quand il nous parle de son incarcération à la prison de Long Kesh, en Irlande du Nord, à Belfast, tenue par des gardiens anglais.

Dire que les Anglais et les Irlandais ne s’aiment point serait un euphémisme, l’Histoire est là pour nous le rappeler, sinon, il vous reste U2 et son « Sunday Bloody Sunday » (dimanche sanglant que fut celui du 30 janvier 1972, à Derry, en Irlande du Nord, où 13 civils furent tués et 13 furent blessés par les soldats britanniques alors qu’ils faisaient une manifestation pacifique).

Alors vous pensez bien que si vous appartenez à l’IRA, que vous vous retrouvez incarcéré dans une prison tenue par des matons anglais et qu’en plus, vous refusez de porter les habits de prisonniers, de leur cirer les pompes et de dire « Sir, yes, Sir », vous allez vous en mordre les doigts ! Vous êtes un Blanket Men et on va tenter de vous casser par tout les moyens possibles et imaginables.

Ma foi, si les Anglais disent que les Américains ne sont pas corrects avec leurs prisonniers à Guantanamo, ceux-ci peuvent leur renvoyer dans la gueule ce qu’ils ont fait à ces Blanket Men, à la prison de Long Kesh… Tortures physiques, psychologiques, le tout avec un degré de perversité qui feraient pâlir de jalousie certains SS, fâchés de ne jamais y avoir songé.

Cette première partie du récit est dure, même si l’auteur prend le parti de nous la raconter sur un ton assez humoristique, décalé, sans jamais sombrer dans le pathos ou le larmoyant, un peu à la manière d’Ivan Denissovitch. Dénoncer la chose, mais sans s’apitoyer sur son sort.

Pourtant, je vous jure que ma gorge s’est serrée et mon estomac aussi en lisant le récit de tout ce qu’ils durent subir.

La seconde partie du récit, qui se déroule au États-Unis, est plus agréable à lire, mais plus fantasque et pour la scène du casse de  l’entrepôt de la Brinks, dans une fiction, on aurait hurlé au chiqué, hormis avec un Dortmunder aux commandes du cambriolage.

Bordel de cul, braquer l’entrepôt de la Brinks avec une camionnette pourrie, des flingues en plastiques, réussir le 5ème plus gros casse de l’Histoire, le tout sans verser une goutte de sang, fallait avoir des grosses couilles ou pas de cervelle du tout.

Un fer à cheval dans le cul ? Non, toute une écurie !

Et puis, il restera toujours ce mystère sur l’argent du casse qui a disparu sans que l’on sache qui se l’est mis dans les poches et qui a niqué Sam Millar et son complice.

Un roman sombre sur des pages encore plus sombre de l’Angleterre, sur les conditions des prisonniers, sur les tortures qu’ils subirent pour les faire plier, un langage cru, familier, une histoire qui passe toute seule, des moments angoissants, durs, et puis plus agréables dans sa partie américaine.

Je compte bien découvrir maintenant  les autres romans de cet auteur qui est interdit de séjour chez les yankees !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

La Montagne rouge : Olivier Truc [Enquêteurs Klemet et Nina 3]

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Titre : La Montagne rouge

Auteur : Olivier Truc
Édition : Métailié Noir (2016)

Résumé :
Une pluie continue épuise les hommes et les bêtes.

Alors que les éleveurs du clan Balva procèdent à l’abattage annuel des rennes, des ossements humains sont retrouvés dans l’enclos, au pied de la Montagne rouge.

Or, le clan est opposé à un groupement de forestiers et de fermiers dans un procès exceptionnel à la Cour suprême de Stockholm. L’enjeu – le droit à la terre – est déterminant pour tous les éleveurs de rennes du pays : qui était là le premier ?

ob_90356d_olivier-truc-la-montagne-rouge-carteCritique :
Durant l’abatage de leurs rennes, les éleveurs sont tombés sur un squelette… Ben elle est où, sa tête ??

Le cavalier sans tête aurait-il quitté Sleepy Hollow pour le pays Sapmi ou bien serait-ce l’œuvre d’un règlement de compte à O.K Corral ?

Pour une fois, Klemet et Nina, les agents de la patrouille P9, ont affaire à un corps qui reposerait là depuis plus de 300 ans. Pas vraiment une affaire où on va se casser le cul et les méninges, a priori.

Et bien, détrompez-vous ! Ce squelette sans tête pourrait peut-être résoudre bien des problèmes de territoire, ce perpétuel conflit entre les Suédois et les Sami : qui était là le premier ??

Et quand on sait que l’État Suédois a tout faire pour spolier les Sami de leur territoire, leur faisant signer des papiers qu’ils étaient incapables de lire, qu’on les a traité comme des sous-hommes, des sous-merde, on se dit que l’État est un sacré fils de… sa mère, mais qu’accuser l’État revient à n’accuser personne en chair et en os.

Si ce tome prend plus de temps à se mettre en place, est lent de par son enquête qui ne sait pas trop dans quel sens elle doit aller, il est profond de par les thèmes qu’il exploite et grâce à sa brochette de personnages bien travaillés et dont certains sont plus attachants que d’autres.

Entre ces éleveurs de rennes, Sami, qui veulent que leurs bêtes puissent paître le lichen partout, entre ces forestiers qui eux veulent couper le bois et se foutent des bestioles des autres, entre les policiers qui ne savent plus à quel saint se vouer, entre ces archéologues et universitaires dont certains sont d’un racisme crasse, avec ce procureur un peu zinzin et ces vieilles dames qui arpentent la ville avec leurs pointes d’acier, on a une belle palette de personnages tourmentés, tracassés, jovials, au passé mystérieux.

Même nos policiers sont affectés par ce climat délétère, surtout Nango Klemet qui est tiraillé entre ses origines Sami, considéré comme un collabo chez les siens et comme un sous-homme chez les Suédois ou les Norvégiens car d’origine Sami.

Quand à Nina, ses soucis avec son père qui perd la boule font d’elle une personne aigre et souvent agressive envers Klemet. Ils sont torturés, nos policiers.

De plus, durant l’enquête et les tiraillements de nos deux enquêteurs préférés, nous aurons droit aux pages sombres de la Suède, des pages très sombres, même. À se demander si ce pays que nous admirons n’est pas qu’une belle façade cachant des horreurs… On a planqué la merde dans un joli bas de soie.

Au lieu de nous livrer un truc indigeste, l’auteur a choisi de nous expliquer tout cela aux travers de différents portraits, distillant les infos à son aise, faisant monter le suspense, les questions, le mystère, l’horreur. Tout le monde n’étant pas toujours ce qu’il veut nous faire croire, ici.

Dans ces pages, il y a des relents de racisme, de nazisme, d’eugénisme, du rejet de l’autre que l’on considère comme un frein à l’expansion du pays, de l’autre dont on a tout volé, tout pris, tout spolié et que l’on se permet encore de conspuer.

Ça se lit avec un arrière goût métallique dans la gorge car on sait que ceci n’est pas de la fiction, hélas.

Ceci n’est pas qu’un roman policier, loin de là ! Comme ces deux romans précédant, Olivier Truc va plus loin qu’un Whodunit, plus loin qu’un thriller, plus loin qu’un polar : il entre dans le roman noir, explore le contexte social, l’Histoire d’un pays et nous en sort ses plus belles horreurs, celles qui furent commises avec le sentiment du devoir accompli et d’avoir agit pour le bien de tous.

Un excellent roman noir qui ne vous laissera pas indifférent(e), sauf si vous êtes comme certains personnages abominables qui fraient dans ces pages…

Ne laissez pas passer ce roman où le travail de recherche est phénoménal et où un auteur donne la voix à ceux qui n’en ont pas, ou si peu.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge Nordique Édition Scandinavie Saison 2 (2017) chez Chroniques Littéraires.

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Le Sang du Monstre : Ali Land

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Titre : Le Sang du Monstre

Auteur : Ali Land
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :
Après avoir dénoncé sa mère, une tueuse en série, Annie, quinze ans, a été placée dans une famille d’accueil aisée dans un quartier huppé de Londres. Elle vit aujourd’hui sous le nom de Milly Barnes et a envie, plus que tout, de passer inaperçue.

Si elle a beaucoup de difficultés à communiquer avec ses camarades de classe, elle finit néanmoins par se prendre d’affection pour une ado influençable du voisinage. Sous son nouveau toit, elle est la proie des brimades de Phoebe, la fille de son tuteur, qui ignore tout de sa véritable identité.

À l’ouverture du procès de la mère de Milly, qui fait déjà la une de tous les médias, la tension monte d’un cran pour la jeune fille dont le comportement va bientôt se faire de plus en plus inquiétant.

big_ben_nuit_londres_fev_2006_01Critique :
Quand on est ado, la tendance est à se plaindre de sa daronne, qu’on trouve toujours pas assez cool, trop chiante, trop si, trop là, trop fais-pas-ci, fais-pas-ça…

Ne le niez pas, nous avons tous et toutes été des ados et si un gamin de 12 ans me lit, il y passera comme tout le monde !

Pourtant, lorsqu’on découvre, au fil des 288 pages, le portrait de la mère d’Annie, on se dit qu’on a été le cul dans le beurre avec notre mère lorsque nous étions ados !!

Son portrait est glaçant, révulsant, horrible, il fait froid dans le dos et partout ailleurs. De plus, découvrir que sa fille, Annie, 15 ans, lutte pour ne pas se laisser envahir par un sentiment de culpabilité, fait tout aussi monter la tension cardiaque.

Il n’y a pas plus grande trahison que lorsqu’on trahit son propre sang.

Ben oui, Annie s’en veut d’avoir dénoncé sa mère, elle s’en veut aussi de ne pas être intervenue plus tôt (le cul entre deux chaises), elle aurait aimé que sa mère la regarde avec amour, qu’elle l’aime, elle voudrait la revoir, mais depuis qu’elle est devenue Milly et qu’elle est placée dans une famille d’accueil, c’est seulement lors du procès de sa mère qu’elle aura l’occasion de la revoir. Ou pas.

Tout aficionado de thriller psychologique se devrait de lire ce roman car il culmine dans les hauteurs niveau tension !

D’ailleurs, il y a eu quelques passages où mon palpitant palpitait fort. Je suis passée par tous les états : révoltée, ulcérée, énervée, passionnée, envie de vomir,… mais jamais je n’ai lâché le roman de la journée !

L’auteur a réussi à s’infiltrer avec réalisme dans la peau des ados des années 2010, ceux qui sont nés avec un smartphone à la main, un compte Facebook et une chaine You Tube dès leur sortie du ventre de leur mère.

Il n’a jamais fait bon être la tête de turc de l’école ou de sa classe, mais depuis l’émergence du smartphone, le cauchemar est devenu enfer pour certains ! On ne se bat plus à coup d’insultes dans la cour de récré, mais à coup de vidéo ou photos volées : des photos de nus ou dans une fâcheuse posture, de préférence.

Pour Annie-Milly, j’ai ressentie une empathie profonde, je l’ai plainte, j’aurais voulu l’aider, mais elle était devenue la Tête de Cul des autres, la meneuse de la meute l’ayant pris en grippe. Comme ça arrive toujours.

J’ai apprécié de me retrouver dans l’enfer des écoles bourgeoises et dans une famille des quartiers chics de Londres, là où l’on pense que tout est parfait… Mais une fois la porte d’entrée poussée, je me suis retrouvée chez des gens à problèmes, avec une mère à l’ouest et un père qui ne voit que ce qui l’arrange.

Dans ce quartier de Londres, tout n’est qu’apparences. On s’envoie des baisers de la main, tout en se poignardant dans le dos. Et on remue le couteau pour que la plaie ne se referme pas.

Elle a l’œil vitreux, et elle n’arrête pas de se toucher le nez. Mike n’est pas aveugle. Il choisit de ne rien voir. Elle s’est réapprovisionnée. Et elle est défoncée. Baisée. Elle se fait baiser. Elle se fait défoncer. Elle se défonce.

Vous me direz qu’on a déjà eu des romans dans le même genre… Oui, mais, ici, la différence, elle se trouve dans la narration à la première personne, et c’est Milly-Annie qui nous raconte sa lutte contre le fantôme de sa mère, contre les filles de son école, son désir d’être aimée…

Cette plongée psychologique, c’est une plongée dans un abîme sans fonds, noir, sombre, où l’on pourrait se perdre. Et durant toute la lecture, on se demande quel loup Annie-Milly va nourrir : le gentil ou le méchant ?

Le cerveau des psychopathes est particulier – J’ai fais mes calculs : quatre-vingts pour cent la génétique, vingt pour cent l’environnement. Et donc moi. Cent pour cent foutue.

Un conte amérindien où le vieux Cherokee raconte à son petit-fils qu’en chacun de nous se livre une bataille entre deux loups. L’un est méchant, l’autre bon. Le garçon demande à son grand-père, quel loup gagne ? Et le vieillard de lui répondre, celui que tu nourris.

C’est une lecture avec la boule au ventre, une lecture qu’on ne lâche que difficilement, en grognant, et, tel un chien affamé, on se rue de nouveau dessus dès qu’on a 2 minutes (même moins).

Un roman fort de café noir, le petit bien serré… Un thriller psychologique d’une justesse effarante, une narration qui vous tient sous tension, sous adrénaline, le souffle court, la respiration haletante.

Il y a aussi beaucoup de réalisme dans les ados et leur manière de vouloir toujours être sous le feu de l’actualité, de faire le buzz, leur façon de trouver leur place dans la société et leurs sales coups bas.

Les écoles ultra-sélectives favorisent le développement d’une espèce d’adolescents particulièrement manipulateurs. Et ils ont plus d’un tour dans leur sac.

Et puis, nous ne sommes jamais à l’abri d’un retournement de situation dans notre règlement de compte entre ados…

Une lecture coup de cœur qui m’a fait monter le rythme cardiaque dans la zone rouge.

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.

BILAN - Coup de coeur

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Lucky Luke – Tome 13 – Le juge : Morris & Goscinny

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Titre : Lucky Luke – Tome 13 – Le juge

Scénariste : Goscinny (non crédité sur l’album)
Dessinateur : Morris

Édition : Dupuis (1959)

Résumé :
Austin, Texas. Lucky Luke est chargé de convoyer du bétail jusqu’au ranch de Silver City. Mr Smith, le patron, lui annonce que le voyage ne sera pas facile : à l’ouest de la rivière Pecos, il n’y a pas de loi, pas de shérif mais que des hors-la-loi. Cela n’effraie pas Lucky Luke.

Mais, ce qu’il ne sait pas c’est que sa route passe par Langtry, là où règne un juge pas des plus commodes : le juge Roy Bean, » la loi à l’ouest de Pecos  » ainsi que « Justice de paix et bières glacées »…

album-page-large-7044Critique : 
Lorsque j’ouvris cet album pour la première fois, je fus surprise de découvrir que le juge Roy Bean (1825/1903) avait réellement existé et son ours aussi.

Notre pauvre Lucky Luke, convoyeur de bétail, va croiser  la route (près de Langtry) de ce juge qui tient son Code Civil à l’envers et qui, si il peut citer des termes légaux en latin, c’est parce qu’il fut lui-même très souvent assis sur le banc des accusés…

Par contre, voir Lucky Luke sur le banc des accusés et condamné après une parodie de procès, voilà qui ne s’est jamais vu !

LE JUGE : Et maintenant, nous allons nous occuper de ton procès, étranger…
LUCKY LUKE : Mais je n’ai rien fait, moi !
LE JUGE : Dans ce tribunal, l’accusé n’a pas besoin de faire quelque chose… Nous nous chargeons de tout !!

Ici, on mêle le personnage réel du juge avec de la fiction, de l’humour, de la bière glacée, des magouilles en tout genre, le tout sur fond de procès truqué ou arrangé.

Roy Bean a un sacré caractère, il est de mauvaise foi et c’est un ancien malfrat qui a gardé une raideur dans le cou, vestige d’une pendaison ratée…

Ça ne l’a pas calmé puisqu’il a toujours gardé ce côté malfrat assez prononcé, mais avec des lois ou des peines qu’il invente selon son bon vouloir.

LE JUGE : Combien avez-vous d’argent ?…
LUCKY LUKE : 50 dollars environ…
LE JUGE : 50 dollars environ d’amende !

Quant à ses jugements, ils sont à l’emporte-pièce et l’on a peu de chance de s’en tirer sans frais, surtout quand son ours est témoin ou donneur de sentence. Ma foi, on se demande même si le juge sait lire, vu qu’il tient son code Civil à l’envers…

LUCKY LUKE : Minute ! Je proteste ! Manifestement, le juge ne sait pas lire !…
LE JUGE : Pas lire ?… Moi ??!! […] Que l’accusé écrive quelque chose ! Je lirai devant tout le monde pour prouver que je sais lire… Le public peut prendre des paris sur le fait que je sais lire… Une amende à ceux qui ne parient pas !
LUCKY LUKE : Tenez, juge ! Lisez ça…
LE JUGE : Hmm… Ne me bousculez pas ! Il y a un tas de lettres là-dedans… Le… juge… est… une… vieille… fri… pouille…

Oui, le juge est un magouilleur de première, mais il a un bon fond, dans le fond et si, au départ, on avait de l’antipathie pour cet homme, on le trouvera vite super sympa lorsqu’on aura fait la connaissance de son antithèse, Bad Ticket.

Bad Ticket, c’est un autre juge, un juge qui veut détrôner le juge de Langtry et si Lucky Luke a dans l’idée de les dresse l’un contre l’autre, il devra vite changer d’option et se rallier au moins pire des deux.

Ceci est le portrait d’une Amérique profonde, sans foi ni loi, ou avec un substitut de loi qui ne favorise que le juge lui-même.

LE JUGE : J’aurais dû lire ce code civil plus tôt ! C’est plein de choses intéressantes et même utiles pour un juge !

Le tout avec humour bien entendu !

— Que se passe-t-il, Jacinto ?
— Un horror ! He visto los horribles fantasmas, lividos y siniestros que han tratado de destrozarme !!
— Eeeh ?… Que dit-il ?…
— Il dit : un horror ! He visto los horribles fantasmas, lividos y siniestros que han tratado de destrozarme !
— Et ça veut dire quoi ?…
— Ça, je ne sais pas, je ne comprends pas l’espagnol…

Petit Plus : John Huston a consacré un film à Roy Bean avec Paul Newman dans le rôle principal : Juge et Hors-la-loi (1972).

Étoile 4,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur,  le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Lone Ranger

Arrêtez-moi là ! : Iain Levison

Titre : Arrêtez-moi là !

Auteur : Iain Levison
Édition : Liana Lévi (2012)

Résumé :
Charger un passager à l’aéroport, quoi de plus juteux pour un chauffeur de taxi ? Une bonne course vous assure une soirée tranquille. Ce soir-là, pourtant, c’est le début des emmerdes… Tout d’abord la cliente n’a pas assez d’argent sur elle et, pour être réglé, il vous faut entrer dans sa maison pourvue d’amples fenêtres (ne touchez jamais aux fenêtres des gens !).

Plus tard, deux jeunes femmes passablement éméchées font du stop. Seulement, une fois dépannées, l’une d’elles déverse sur la banquette son trop-plein d’alcool. La corvée de nettoyage s’avère nécessaire (ne nettoyez jamais votre taxi à la vapeur après avoir touché les fenêtres d’une inconnue !).

Après tous ces faux pas, comment s’étonner que deux policiers se pointent en vous demandant des comptes ? Un dernier conseil: ne sous-estimez jamais la capacité de la police à se fourvoyer !

arrêtezCritique :
Quand c’est pas ton jour de chance, ben c’est vraiment pas ton jour de chance ! À croire que l’ange gardien de Jeff était en grève sauvage où qu’un mauvais génie avait décidé de lui donner subitement une VDM puissance 1000.

Déjà, notre Jeff, brave chauffeur de taxi a de la chance à l’aéroport : pas de file interminable devant lui et il charge une bonne femme va lui faire réaliser une bonne course.

Il a de la chance, vous allez me dire. Que nenni ! C’est là tout le problème : quand les emmerdes te tombent sur le dos, elles préviennent pas, que du contraire ! Ces salopes te font croire que c’est ton jour de chance et que tu as touché le 5+ au Lotto Belge. Pas le gros lot, mais de quoi souffler un coup.

De plus, les emmerdes, elles sont sournoises et te tombent sur le râble sans vraiment te donner l’impression que tu es dans leur collimateur et que tu vas en baver.

Non, toi, tout content d’avoir gagné du fric, tu ne dis rien parce que la madame a pas assez sur elle pour te payer et qu’elle doit rentrer chez elle.

Pas de problème, tu en profites pour demander si tu peux aller faire la vidange dans ses toilettes et elle et, comble de la malchance, vu que ta maman t’a jamais dit « Touchez pas à ça, petit con », toi, comme un con, tu touches le châssis de la fenêtre et tu y colles l’empreinte de tes doigts pour qu’un Horatio Caine les retrouve plus tard.

Ce roman est un coup de pied dans les coui**** de la police incompétente (pas toujours mais souvent), une critique de la société qui juge vite, même vos amis, vos collègues, des médias qui font de vous un héros ou un coupable et un coup de poignard au système judiciaire américain tout entier qui envoie de temps des innocents dans les prisons ou les couloirs de la mort.

La télévision m’avait donné cette impression, et avec elle des notions irréalistes sur le fonctionnement de la police et de la justice. On devrait afficher une mise en garde sur les postes de télévision, comme on en a sur les paquets de cigarettes: Attention ! Cet appareil nuit à votre vision du réel.

Ces informations [télévisées] fournissent une analyse aussi solide qu’une carte postale de vacances.

S’il y a une chose que j’ai retenue de toute cette histoire, c’est que la télé ne donne pas une image fidèle de quoi que ce soit qui touche à l’application de la loi.

Vous pourriez transformer mère Térésa en gangster de South Dallas si vous l’habilliez en survêtement de l’administration pénitentiaire du Texas avec ceinture de cuir et chaines. Impossible de paraître innocent dans cet attirail. Si vous souriez, vous avez l’air diabolique. Si vous froncez les sourcils, vous avez l’air d’un pervers. Si vos épaules sont affaissées vous ressemblez à un pédophile dégénéré, si vous tenez la tête droite, à un chef de gang.

Se basant sur deux faits mineurs : les empreintes sur la fenêtre et son taxi lavé à la vapeur suite au retour de marchandises qu’une des filles ivres fit dans son taxi, les flics, peu habitués à des homicides, l’arrêtent et le déclarent coupable. Nos policiers ont fait en sorte que les faits collent avec leur théorie capillotractée.

Jeff est coupable épicétou. Et pour mieux enfoncer le clou, on va même inventer des témoins. On est loin du fait qu’on est présumé innocent jusqu’à ce que notre culpabilité soit prouvée.

Ils peuvent toujours s’époumoner à dire qu’un individu est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas vraiment comme ça que fonctionne l’esprit humain, je me trompe ?

Tu n’es pas innocent jusqu’à ce qu’il soit prouvé que tu es coupable, ça marche dans l’autre sens. Il faut prouver que tu es innocent. S’il y a un doute sur ton innocence, qu’est ce que les jurés ont à gagner en te laissant libre ? Ce n’est pas un problème pour eux si tu passes le reste de ta vie en prison pour quelque chose que tu n’as pas fait. Quand ils retournent à leur poste dans un bureau quelconque, il leur suffit d’être à peu près sûrs d’avoir éloigné un mauvais sujet.

Que voilà un roman qui frappe là où ça fait le plus mal, le tout avec une plume cynique et aiguisée qui se transforme en coup de projecteur sur la pourriture du système judiciaire tout entier, que ce soit les avocats, les juges, les magistrats…

Quand il s’agit de toucher de l’argent, nous avons tous de grands avocats. La crème de la crème de la profession se dévoue pour nous aider à encaisser les indemnités que l’on verse aux victimes d’erreurs judiciaires. Mais si nous avions rencontré ces grands avocats un peu plus tôt, il n’y aurait pas eu d’erreur judiciaire.

On aimerait hurler à l’injustice avec notre Jeff mais on ne peut qu’y assister, impuissant devant tant d’imbécilité, d’amateurisme ou de volonté de dire qu’on a trouvé le coupable et que si c’est pas lui, tant pis, la populace à son coupable, elle dormira en paix.

Ils n’ont jamais vraiment cherché à arrêter le véritable coupable… ils voulaient quelqu’un susceptible de l’être et qui n’avait ni les ressources ni la famille pour faire des histoires. Quelqu’un pour empêcher les médias, les parents de la victime et les résidents de Westboro de leur reprocher de ne pas avoir fait leur travail. Ç’aurait été super d’arrêter le vrai coupable, mais ça n’était pas une nécessité. Quand une fillette de douze ans est enlevée à sa riche famille, vous ne pouvez pas ne pas exhiber quelqu’un.

Et puis, une fois le processus enclenché, difficile de dire ensuite qu’on a arrêté un innocent, alors, on s’enfonce de plus en plus dans l’absurdité.

Une fois terminé, on a envie de chérir cette liberté que nous avons, de savourer notre café et de nous délecter de notre bête tartine parce que si nous étions victime d’une telle erreur commise sciemment, nous perdrions le goût du pain, les prisons n’étant pas réputée pour leurs menus.

Comment apprécier de pouvoir vivre sa vie quand on n’a jamais connu que la liberté ?

Une lecture prenante, lourde, donnant l’impression que la lumière ne va jamais se rallumer. Et dire qu’il ne reste même plus l’espoir quand noir c’est noir.

Ce ne sont pas l’ennui, l’injustice et l’absence de raison d’être qui tuent. C’est l’espoir. L’espoir est un poison. L’espoir vous brûlera de l’intérieur. L’espoir est un verre de soude caustique.

Parce que même si un jour on reconnaît que vous étiez bien innocent, tout compte fait, le mal est fait, on ne le répare jamais et vous, après avoir vécu en prison, en sortant, vous ne serez jamais plus le même.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US » chez Noctembule.

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