Régression : Fabrice Papillon

Titre : Régression

Auteur : Fabrice Papillon
Édition : Belfond (10 octobre 2019)

Résumé :
Ils sont prêts. Ils reviennent d’un lointain passé, d’une époque glorieuse.

Ils forment ce que Socrate et Homère nommaient déjà la race d’or. Ils viennent sauver la terre, et les hommes qui peuvent encore l’être. Pour les autres, ils n’auront aucune pitié.

L’heure du Grand Retour a sonné… et, pour le commandant Marc Brunier, celle de son ultime enquête.

36 000 ans avant Jésus-Christ. Une famille résiste au froid au fond d’une grotte de la péninsule Ibérique quand des hommes font irruption et massacrent les parents. Fascinés par la peau claire et les yeux bleutés du fils, les assaillants l’épargnent et l’enlèvent.

14 février 2020, Corse. Vannina Aquaviva, capitaine de gendarmerie à la section de recherche d’Ajaccio, découvre un charnier dans une grotte de Bonifacio.

De son côté, la police retrouve un cœur en décomposition au pied d’un olivier millénaire du site préhistorique de Filitosa. Des scènes de crime similaires apparaissent sur d’autres sites de la préhistoire en Espagne puis en Angleterre.

Les premières analyses de la police scientifique sont stupéfiantes. Quelle est cette créature meurtrière dotée de capacités sidérantes ?

Aux confins de l’Europe et jusqu’à la Russie des goulags et de Tchernobyl, une chasse à l’homme exceptionnelle commence à travers le monde et les âges, où l’on croise Homère, Socrate et son disciple Platon, Jésus et l’apôtre Jean, mais aussi Rabelais, Nietzsche ou encore le terrifiant Heinrich Himmler.

Quel secret remontant à nos origines partagent tous ces hommes ? Après des millénaires de silence, une révélation est en passe de bouleverser l’équilibre même de l’espèce humaine…

Critique :
Non mais quelle idée saugrenue que celle de l’auteur de nommer un de ses personnages Vannina ♫ ah ah ah ah ♪ ah ah ah ah ♪

Durant les premières pages, j’avais Dave qui chantait sans cesse dans ma tête… Je n’ai rien contre, mais à la longue…

Sans oublier que l’auteur a nommé un des chiens pisteur « Jupiter » et moi, je voyais le mari de Brigitte, votre préz, courant avec la langue pendante… Non mais, un peu de sérieux, que diable !

Moi aussi je vais reprendre mon sérieux car ce roman n’est pas une comédie. Je dirais même plus que c’est un thriller assez efficace dans son déroulement car les temps morts ne sont jamais vraiment morts, mais instructifs à plus d’un titre. Assurément, on va se coucher moins bête.

Mon seul bémol (petit) sera tout de même pour cette Vannina Aquaviva, la capitaine de gendarmerie de Bonifacio, qui cumule des tas de qualités sportives, de combattante, de tête brûlée, de blessures profondes dans le cœur et l’âme, tout comme le commandant Marc Brunier qui est un flic qui abuse du pur malt et est bourré de traumatismes car il a vécu une chose horrible dans sa vie.

J’apprécierais de temps en temps d’être face à des flics normaux… Sans blessures profondes, traumatismes et autres. Je ne demande pas le flic lambda, celui qui n’a pas envie de bosser, ni de traverser la rue pour suivre les traces de sang qui commencent sur votre trottoir, mais bon, le juste milieu.

Sans compter qu’on en a un (Carlier, dit Pierre Richard) qui a tout du crétin qui n’a même pas su orthographier correctement le mot « gendarmerie » lorsqu’il a passé son examen d’entrée…

Stop, les pinailleries sont terminées car malgré mes réticences du départ face à ces personnages un peu trop mutilés par la vie, je suis vite entrée dans ce roman que j’avais pourtant regardé d’un œil torve avant de commencer, dubitative que j’étais.

Je précise bien « avant de commencer » car une fois les premières lignes entamées, j’étais dedans, dévorée par la curiosité et le plaisir de lecture.

C’est avec étonnement et moult questionnements que j’ai suivi l’enquête Corse (je n’ai pas pu résister) et que j’ai tenté de percer cette chape de brume qui me bouchait la vision. Qui avait tué ces gens de manière horrible ? Violente… Abjecte, barbare… Mystèèère.

L’auteur sait de quoi il cause, ça se voit, ça se sent, ça se lit… On est presque dans du détail scénaristique, pour une série, tant les détails foisonnent et sont clairs dans notre petite tête. Les scènes se jouent sous nos yeux et les acteurs prennent vie.

Plus on avance et plus on a l’impression que le mystère s’épaissi, que le fantastique vient de surgir dans notre lecture mais non, ce n’est que de la science… Serait-elle fiction, cette science ? Oui, un peu mais réaliste de par certains abords.

L’alternance entre le présent et le passé est plus que réussie. Rendez-vous compte que l’on commence en 36.000 ans avant J-C et qu’ensuite, on débarque en 2020, passant du passé au futur sans même que l’on souffre du jet lag.

Durant tout le roman, on refera des petits sauts dans le temps, côtoyant des personnages illustres (certains sont glaçants, tel Himmler) qui vont lever une partie du voile tout en l’opacifiant parce que faut pas croire que toute l’énigme va se foutre à poil d’un seul coup. Faut faire durer le plaisir et faire monter la pression.

La frontière entre la réalité, la science et la fiction est ténue et si on pourrait croire que bien des choses sont irréelles, la biographie finale jette tout de même un horrible doute… Oups, tout ne serait pas si fictif que ça, alors…

Régression est un roman qui fait avancer, qui fait réfléchir, car toutes les régressions ne sont pas si mauvaises que ça. Il y a régresser et régresser…

Et ici, nous ne parlons pas de personnes qui régressent dans le mauvais sens, un peu comme on en croise sur les réseaux sociaux (et ailleurs) et qui donnent l’impression de vouloir nous ramener à des époques où la liberté de paroles et de pensées était restrictive.

Un thriller scientifique que j’ai lu avec attention, concentrée que j’étais et qui met fin à ma série noire de lectures en demi-teintes de ces derniers jours. Un thriller qui n’a pas bâclé son final, ni son départ, ni son milieu…

— C’est cela qu’ils t’ont fait payer ! De les avoir placés devant leur ignorance, en les poussant toujours plus loin dans leurs contradictions. Un homme mérite-t-il de mourir pour cela ?

Mais lui en était convaincu : tous les hommes, malgré leurs différences, provenaient des mêmes ancêtres, qui avaient lentement évolué. Aucun ne pouvait être « singe » ou « inférieur » par essence. Les hommes avaient tous suivi leur chemin, s’adaptant à leur milieu, leurs contraintes. Les classer relevait de la mystification scientifique.

Pourtant, il fallait bien des arguments savants pour justifier la supériorité de l’homme blanc sur les « sous-hommes » des colonies… Pour les exploiter, les spolier… Lamarck était de plus en plus convaincu d’être instrumentalisé au profit des ambitions coloniales malsaines des monarques de la vieille Europe.

Considérer les indigènes comme des sauvages, voire des singes, leur ouvrait un boulevard : tout était permis, sans nul égard pour ces « sous-races ». Et les savants qui l’attestaient bénéficiaient de tous les honneurs, comme Cuvier le démontrait aisément.

En détruisant leurs forêts, comme en Amazonie, ou bien en les entraînant dans notre chute, en faisant monter le niveau des mers, au point d’immerger leurs îlots, ou bien en les asphyxiant, à cause de l’effet de serre et de la pollution globale. Sans les toucher, sans même tirer une seule balle, nous allions les éradiquer.
Nous n’étions que des Destructeurs.
Nous l’avions toujours été.
Mais nous venions de mettre au point l’arme ultime. Planétaire, insidieuse, bien plus puissante que cent mille bombes atomiques : l’arme atmosphérique et climatique.

— La comparaison est presque terminée. Pour votre information, dans notre génome, nous abritons tous entre un et quatre pour cent de gènes de Néandertal. Ce sont les conclusions auxquelles nous sommes parvenus en comparant des milliers d’ADN à celui de l’homme de Néandertal. Cela prouve que nous nous sommes croisés avec lui.

— Vous imaginez ? L’homme de Néandertal a survécu plus de quatre cent mille ans en Europe, et il s’est complètement éteint en trente mille ans seulement, après l’arrivée de Sapiens sur son territoire. Et c’est la même histoire pour tous les autres : Denisova, Florès, Luzonensis…

Une belle revanche pour cet homme dont la myopie ne cessait de s’aggraver [Himmler]. Parmi ses autres tares, il était petit et malingre. Il avait bien tenté de développer ses biceps, autrefois, mais n’y était jamais parvenu. Tout comme Hitler, il n’avait rien de l’étalon aryen si souvent glorifié dans ses discours criards.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°XX.

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Ici n’est plus ici : Tommy Orange

Titre : Ici n’est plus ici

Auteur : Tommy Orange
Édition : Albin Michel Terres d’Amérique (21/08/2019)
Édition Originale : There There (2018)
Traducteur : Stéphane Roques

Résumé :
A Oakland, dans la baie de San Francisco, les Indiens ne vivent pas sur une réserve mais dans un univers façonné par la rue et par la pauvreté, où chacun porte les traces d’une histoire douloureuse.

Pourtant, tous les membres de cette communauté disparate tiennent à célébrer la beauté d’une culture que l’Amérique a bien failli engloutir. À l’occasion d’un grand pow-wow, douze personnages, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, vont voir leurs destins se lier.

Ensemble, ils vont faire l’expérience de la violence et de la destruction, comme leurs ancêtres tant de fois avant eux.

Critique :
Là, c’est décidé, je vais aller me faire soigner parce que me voici de nouveau face à un livre encensé par la critique, élu Meilleur roman de l’année par l’ensemble de la presse américaine, finaliste du prix Pulitzer et du National Book Award… Excusez du peu !

Je ne suis pas devant une daube et pourtant, je ne pourrai même pas me fendre d’un « merci pour ce moment » car je n’ai ressenti aucune émotions devant les personnages et leurs histoires.

Enfin, aucune, j’exagère, j’ai senti vibrer un peu ma corde sensible, surtout lors du prologue mais ensuite, j’avais l’impression d’être sur la lune alors que j’aurais dû avoir les pieds sur terre.

Ce roman choral brossait différents portraits qui étaient intéressants puisque nous étions face à des gens fracassés, marginalisés, paumés, déracinés, ayant perdu leur identité propre, leur culture, n’était pas reconnu, ayant été génocidé (et je me fous que ce soit un néologisme, j’inaugure).

Tous ces personnages basés dans la région d’Oakland ont des origines indiennes et plus question de nier que ce peuple a souffert (mais pas sans rendre une partie des coups).

Il serait bête de dire qu’il ne souffre plus de nos jours. Comment être un Indien en 2019 ? Comment être un métis ? Comment gérer son nom Indien qui fait sourire les Blancs ? Comment vivre dans un Monde qui n’est plus le sien ? Comment être sur la Terre de ses ancêtres quand d’autres la foulent et la piétine ?

Ce roman avait tout pour ma plaire, une fois de plus : des Amérindiens ou d’origine, des questionnements, des êtres fracassés, marginaux, complexes, une quête d’identité qui n’est pas simple.

Un roman choral porté par 12 portraits de personnes qui allaient se croiser au Grand Pow-Wow d’Oakland sans que l’on sache ce qui allait se passer, hormis un drame puisqu’on avait imprimé en 3D un révolver pour passer les portiques de sécurité…

Oui, il y avait tous les ingrédients pour me filer un trip littéraire d’enfer et j’attendais beaucoup, l’ayant vu passer un peu partout avec des critiques positives, des coups de coeur…

Je pense que mon problème est venu de la construction du récit. Je me suis perdue dans les personnages, je me suis perdue dans leurs histoires, leurs récits et j’ai perdu pied, lâchant le fil d’Ariane, me déconnectant du récit.

Râlant, je vous l’avoue parce que j’aurais aimé l’aimer à sa juste valeur, surtout qu’il traitait d’un sujet que j’apprécie fortement : la vie des Amérindiens de nos jours. Mais voilà, une fois de plus, je n’ai pas suivi le rythme et le roman et moi nous nous sommes perdu au fil des pages pour ne plus nous rencontrer que très brièvement, au hasard d’un chemin de traverse.

Peut-être qu’il vous a donné des émotions que je n’ai pas eue, vous êtes des veinards ou peut-être qu’il vous en donnera, et vous serez chançards aussi. Moi, je vais me chercher un Petzi pour tenter de retrouver des émotions et relancer la machine littéraire qui, ces derniers temps, c’est vachement enrayée chez moi.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°74 et Challenge de l’épouvante Edition Autumn, Witches and Pumpkin chez Chronique Littéraire (Menu Pumpkin – Aux couleurs de l’automne : Couverture de livre orange).

Sonora – Tome 3 – Le rêve brisé : Benoît Dellac, Jean-Pierre Pécau & Scarlett Smulkowski

Titre : Sonora – Tome 3 – Le rêve brisé

Scénariste : Jean-Pierre Pécau
Dessinateur : Benoît Dellac et Scarlett Smulkowski (couleurs)

Édition : Delcourt Néopolis (16/01/2019)

Résumé :
Une procession de chariots traverse le désert de Sonora en quête d’une terre fertile pour commencer une nouvelle vie. Une vie dignement gagnée avec pour seule richesse celle que feront sortir de la terre ces agriculteurs pionniers.

Aux aguets, l’un d’entre eux entend un oiseau, mais, dans l’ouest américain qui porte des plumes n’est pas toujours un oiseau…

Critique :
Dommage que cette saga se finisse au tome 3, presqu’à l’arrache, alors qu’il y avait moyen de développer quelques albums encore.

Le succès n’est pas toujours au rendez-vous, d’autres bédés, d’autres romans, merdiques eux, auront de meilleur chiffre de vente et on ne sait pas toujours pourquoi car pas mérité.

Au duel avec certains autres titres, cet album le gagnerait haut la main.

Je ne sais pas si le hasard fait bien les choses, mais je venais de relire et de chroniquer un album de Jerry Spring « La passe des Indiens » où l’on faisait tout pour mettre sur le dos des Indiens des meurtres horribles de Blancs et ici, et bien, c’est tout pareil, mais Jerry & Pancho en moins.

L’Amérique est une terre où tous les rêves semblaient permis et les Français qui avaient quitté l’Hexagone on l’impression de retrouver la zone tant l’utopie vendue n’est pas au rendez-vous et tant l’or vanté ne se laisse pas prendre si facilement.

Le général de Freney a toujours des rêves de grandeurs, veut instaurer la république française au Sonora (et merde aux Mexicains pas contents) et notre Max national se dit que tout compte fait, la vengeance ne résout rien et qu’il risque de devoir creuser deux tombes.

Tout en enquêtant sur les attaques des sois-disant Indiens, notre Français à l’épée cassée se lie d’amitié avec une pacifiste, socialiste ou communiste, mais qui rêve elle aussi de vivre en paix et ils s’en donnent les moyens en n’ayant pas d’armes et en laissant l’or où il est.

Mis en valeur par des couleurs chaudes, magnifiques, lumineuses et par des images sur la page entière, ce tome qui clôture la saga Sonora a tout d’un grand.

Les dialogues sont incisifs, les répliques fusent plus vite que les balles des fusils, les petites vérités assassines aussi et les jeux d’ombres donnent à Max un masque de Zorro et les temps morts sont absents.

— Ce ne serait pas la première fois que les puissants manipulent les faibles pour arriver à leurs fins, n’est-ce pas ?

À noter que je m’étais plantée royalement sur l’identité du personnage qui avait changé d’identité et que Max voulait tuer afin de venger son grand frère.

Toujours politique, ce tome se termine dans le sang et le sable, tous ceux ayant vécu par les armes périssant par les armes et Max va devoir accomplir une chose qu’il aurait mieux aimé ne jamais être obligé de faire. Violent, mais nécessaire.

Oui, les États-Unis auraient sans doute gagné à ne pas utiliser les armes à feu et à ne pas l’inscrire dans leur Constitution parce que le pacifisme, ça peut marcher.

Voilà une très bonne saga western qui se termine, plus vite que prévu et c’est bien dommage car le potentiel, il y était déjà.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°73.

Whiskey : Bruce Holbert

Titre : Whiskey

Auteur : Bruce Holbert
Édition : Gallmeister Americana (04/09/2019)
Édition Originale : Whiskey (2018)
Traducteur : François Happe

Résumé :
Andre et Smoker ont grandi dans le Pacifique Nord-Ouest, près de la réserve indienne de Colville.

Après le divorce de leurs parents, dont la passion désordonnée n’a résisté ni au temps ni à l’alcool, les deux frères deviennent inséparables. Adultes, ils restent farouchement loyaux l’un envers l’autre.

Aussi, lorsque Smoker apprend que son ex-femme a confié leur fille à une communauté marginale nichée en pleine montagne, Andre n’hésite pas une seconde à tout lâcher pour se joindre à lui.

Commence une quête qui, de bagarres en virées alcoolisées, repoussera les limites de l’amour fraternel.

Critique :
Est-ce parce que j’ai lu un excellent livre (Dites-leur que je suis un homme) que ceux qui suivent me semblent sans saveur ?

Après avoir peiné à en finir un autre juste avant (vous en saurez plus dans les prochains jours, je suis en LC avec Rachel), voilà que celui-ci passe lui aussi à la trappe.

Il avait tout pour me plaire mais durant ma pénible lecture, j’ai eu l’impression d’aller dans un sens alors que le roman partait dans un autre.

Impossible de m’attacher aux personnages des frères Andre et Smoker, impossible de m’attacher à l’histoire d’amour vache entre leurs parents, impossible de m’attacher à leur quête, leurs déboires, leurs vies impossibles…

Anybref, j’ai soupiré maintes et maintes fois et pour finir, j’ai terminé la lecture en diagonale.

Non, ça ne me fait pas plaisir d’écrire ce genre de chronique… Contrairement à des romans ou des bédés qui ont vraiment quelque chose de merdique à souligner, ici, je n’ai pas vraiment de matière pour faire une chronique assassine…

L’écriture n’était pas gnangnan, l’histoire avait du potentiel, les personnages étaient bien tourmentés, se demandant au fil de leur vie comment être des enfants, des ados, des maris ou des pères.

La narration alternant le présent et le passé était bien utilisée car elle mettait sous le feu des projecteurs les points importants dans la vie de tous les protagonistes, tentant de nous montrer comment tout ce petit monde en était arrivé là, à ce point de non retour, à cette impasse, à cette vie sacrifiée.

Mais voilà, le roman est parti dans une direction et moi dans un autre et jamais nous ne nous sommes rencontré pour passer un bon moment ensemble. Tant pis, ça arrive dans la vie d’une lectrice (ou d’un lecteur) surtout si cette personne dévore les livres tel un cannibale boulimique de littérature.

Bah, j’irai voir ailleurs et ce n’est pas ce qui manque sur ma PAL dantesque et plus haute que la plus haute montagne…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°72.

Au nom du bien : Jake Hinkson

Titre : Au nom du bien

Auteur : Jake Hinkson
Édition : Gallmeister Americana (02/05/2019)
Édition Originale : Dry County (2019)
Traducteur : Sophie Aslanides

Résumé :
Pasteur respecté d’une petite ville de l’Arkansas, Richard Weatherford n’en est pas moins simple mortel, avec ses secrets et ses faiblesses. Car Richard a fauté avec un jeune homme, Gary.

Alors le coup de fil qu’il reçoit à cinq heures du matin ne présage rien de bon : le silence de Gary lui coûtera 30 000$, sinon Richard devra dire adieu à sa réputation et – surtout – à sa femme Penny et à leurs cinq enfants qui jamais ne supporteront un tel scandale.

Prêt à tout pour empêcher son monde de s’effondrer, le pasteur n’a que quelques heures pour tisser une immense toile de mensonges où piéger son entourage.

Mais c’est tout le charme des petites villes : même si leurs habitants prennent des directions différentes, leurs chemins finissent toujours par se croiser… inéluctablement.

Critique :
« La branlette est dangereuse pour la santé ! ». Pire, « La branlette tue »…

Voilà le bandeau-titre qu’il faudrait apposer sur ce roman noir car au final, tout est parti de là pour se terminer d’une manière qui fait froid dans le dos vu le détachement de celui qui accomplit ces meurtres de sang-froid.

Mais revenons au début : se faire réveiller à 5h du matin par un appel de son amant pourrait être romantique si vous étiez célibataire…

Par contre, lorsque l’on est marié avec 5 enfants, oups…

De plus, lorsqu’on est un pasteur respecté dans une petite ville des Ozarks (Arkansas), ça la fout mal si vos ouailles apprenaient que vous avez trempé votre biscuit dans une autre tasse de café que celle de votre légitime épouse.

Surtout si cette tasse de café appartenait à un jeune mâle. Là, vous êtes mort.

Au lieu de jouer paisiblement à « 7 à la maison », le pasteur Richard Weatherford se retrouve avec un chantage à la clé : son jeune amant réclame 30.000$, rien de moins. Sinon, il dira à tout le monde que le pasteur aime jouer à touche-pipi avec un jeune homme.

L’Arkansas a beau avoir fourni à l’Amérique un président qui aimait la pipe, dans cette petite congrégation plus catholique que le pape et ses cardinaux réunis, l’homosexualité présumée du pasteur serait plus que mal vue.

Ce roman choral nous donnera la possibilité de suivre plusieurs personnages, d’être dans leurs pensées, leur coeur, leurs doutes, leurs pulsions et cela rend le roman encore plus fort qu’il ne l’est au départ.

Si la thématique du chantage est un classique, ce qui reste à découvrir, c’est comment se sortir de ce pétrin sans avoir à payer ou, si l’on décide de payer, c’est, comment mettre la main sur ce paquet de fric sans que cela se sache, se voie et surtout, où aller le chercher !

L’atout de ce roman noir est de nous mettre en présence d’un pasteur réputé, d’un homme qui a réussi à augmenter le nombre de ses fidèles, qui a une réputation de bon père de famille, de bon mari et qui a fauté sexuellement avec un jeune homme (majeur, je précise), lui qui ne touche plus sa femme depuis la naissance de leur dernière, il y a 8 ans.

Le roman a un rythme trépidant puisqu’il se déroule la veille de la fête de Pâques, ce qui me fait penser que notre pasteur a dû faire un véritable chemin de croix en souffrant sa Passion (charnelle, ici et non mortelle) sans savoir s’il ne finirait pas crucifié le lendemain, le dimanche de Pâques, sans possibilité de résurrection.

Les voies du Seigneur sont impénétrables (elles) et une fois de plus, l’auteur nous démontre que s’il sait jouer avec le Noir, il sait aussi nous entraîner là où nous ne l’attendons pas et nous offrir un final qui glace les sangs.

Dans ce roman, il explore la face peu reluisante d’une certaine religion, celle qui prône l’abstinence de l’alcool, des jeux de hasard, la violence, mais dont le principal modèle n’est pas en odeur de sainteté lui-même. Il serait même le roi des menteurs et un fieffé hypocrite, comme nombre de croyants pratiquants de ma connaissance.

Portrait d’une Amérique pro-Trump, de loosers magnifiques, de paumés sublimes, d’arrivistes arrogants, de femmes drapées dans leur dignité, d’un pasteur prêt à tout pour sauver sa réputation (et protéger sa famille du scandale), de petits jeunes qui pensent que le fric résout tout, le tout mis en scène par un talentueux scénariste qui ne laisse rien au hasard.

Ne cherchez pas de morale dans ce roman noir : ce petit noir est serré, corsé, sombre, sans sucre, sans nuage de lait, sans édulcorants mais tu le bois avec délectation car il est réaliste, dans le fond : ce ne sont pas toujours les Bons qui gagnent.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°60 et Le Mois Américain – Septembre 2019 – chez Titine.

Denali : Patrice Gain

Titre : Denali

Auteur : Patrice Gain
Édition : Le mot et le reste (18/05/2017)

Résumé :
Dans les territoires immenses du Montana, Matt Weldon, adolescent livré à lui-même et maltraité par l’existence, tente de renouer avec ses origines.

Il fouille le passé d’un père décédé dans l’ascension du mont Denali et d’une mère internée. II découvre au fil des jours une vie qu’il ne soupçonnait pas, partagé entre admiration et stupeur.

Incontrôlable et dévasté, son grand frère Jack est habité par une rage qui le mettra en travers de sa quête et le conduira à commettre l’irréparable.

Comme Matt, le lecteur est aux prises avec la rudesse du monde rural et autarcique qui habite cette aventure, ne trouvant du répit que dans les instants où l’osmose avec une nature grandiose devient salvatrice.

Critique :
Denali, c’est bon quand tu le lis ! Parce que la montagne, ça vous gagne. Et ça vous tue aussi…

C’est ce qui est arrivé au père de Matt et de Jack, ce qui a plongé la famille dans un tourbillon sans fin de misères, d’emmerdes en tous genre et de folie, pour Jack.

À la loterie de la malchance, ils ont tiré le gros lot : le père qui décède en escaladant le Denali (nom véritable du mont Mc Kinley qui se trouve en Alaska), la mère qui sombre dans la folie et qui en meurt, le fils de 14 ans, Matt, livré à lui-même suite au décès de sa grand-mère et Jack, son frère aîné, qui s’amuse avec la meth…

Et si dit ainsi, on pourrait penser que trop c’est trop, il n’en est rien à la lecture de ce roman qu’on a du mal à lâcher. En tout cas, moi, j’avais les doigts agrippés dessus à tel point que j’ai eu du mal à le reposer pour aller m’habiller, petit-déjeuner avant d’aller bosser un peu.

Cette longue déchéance du jeune Matt m’a glacé les sangs, le voir livré à lui-même, arriver à s’en sortir grâce à la pèche et puis voir Jack, son frère aîné, celui qui devrait le protéger, venir tout casser sans que Matt ne bronche, ou presque pas, ça m’a fait mal au coeur.

Niveau capacité de pardon, Matt en a des tonnes, il est même à mériter des claques pour encore prendre la défense de son frangin après toutes les misères qu’il lui a faite. D’accord, c’est son grand frère, il l’aime, mais il y a des limites à l’amour et au pardon. Un coup de pied au cul de son frangin aurait fait du bien.

Avec un récit à la première personne du singulier, on est beaucoup plus proche du personnage de Matt, plus en symbiose avec lui, plus en empathie.

J’ai tremblé pour lui, j’avais peur qu’il ne lui arrive quelque chose, le garçon étant livré à la Nature impitoyable du Montana et aux prédateurs Humains qui rôdaient.

Mais qu’est-ce que ce pauvre garçon à fait à son créateur d’auteur pour mériter pareil châtiment ?? Et qu’est-ce que moi, pauvre lectrice, j’ai bien pu faire comme misère à Patrice Gain pour mériter pareils tourments sur 260 pages ?

Des tourments, certes, mais du plaisir de lecture décuplé par ces personnages bien campés, par ce Matt qu’on adore de suite et par ses descriptions du Montana sauvage, de la pêche à la mouche et de la survie en milieu hostile car ici, la Nature ne te fait pas de cadeaux.

Cette Nature constituée d’arbres, de rivières poissonneuses, d’ours, de pygargues, de loups, de cougars (l’animal, pas la femme d’un certain âge qui drague des jeunes), de soleil et de neige était si bien décrite qu’on avait l’impression de s’y trouver pour de vrai.

L’auteur est français mais sa plume a tout d’une américaine et elle m’a bien plu, cette plume. Faudra que je refasse un autre voyage littéraire en sa compagnie.

Ce roman qui oscille entre le Nature Wirting et le roman noir, entre le thriller pur jus et le roman familial avec tous ses secrets enfouis m’a subjugué, m’a emporté dans un maelstrom d’émotions, oscillant entre l’effroi et la bouffée de bonheur.

Une lecture que j’ai terminée sur les genoux, vannée, épuisée.

Contente de m’en être sortie à bon compte, contente d’avoir senti mes tripes se serrer, mon palpitant palpiter, heureuse de mon coup de cœur, me maudissant de ne pas l’avoir lu plus tôt, maugréant sur ma copinaute Dealer De Lignes (la responsable de cette lecture) qui m’avait fait vivre autant d’émotions fortes.

Un roman que l’on referme partagée entre la rage de voir l’histoire se terminer, le désir de la voir se poursuivre et le plaisir de la finir sur une si belle note. Un roman qui a toute ses chances pour rester dans ma mémoire et mon coeur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°14.

Moriarty – Tome 5 : Ryôsuke Takeuchi & Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 5

Scénariste : Ryôsuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi
Traduction : Patrick Honnoré

Édition : Kana Dark (05/07/2019)
Édition originale : Yûkoku no Moriarty, book 5 (2018)

Résumé :
Le mythe de Sherlock Holmes revisité à travers les yeux de Moriarty !

Fin du XIXe siècle, l’Empire britannique a atteint son acmé…

Albert Moriarty, fils aîné du comte Moriarty, est révolté par le système social fondé sur la hiérarchie des classes et profondément enraciné dans les esprits.

Deux frères rencontrés dans un orphelinat vont lui permettre de se lancer dans un projet d’une ambition folle : apporter la paix au pays tout entier.

Eh oui, l’ennemi juré de Sherlock Holmes cachait un secret… !

Critique :
En début de ce tome, Sherlock a joué avec William Moriarty à qui a tué le monsieur dans le train lancé à plus de 80km/h et tous les deux ont résolu cette affaire, bien que l’un ai triché…

Maintenant, voici Sherlock et John face au roi de Bohême tandis que son frère Mycroft, lui, est confronté au vol d’un document tellement important que si il venait à être divulgué, ce serait la fin de l’Empire, au minimum.

Rien que ça… Entre nous, on a déjà une reine Victoria vachement jeune et on se permet d’appeler le voleur de document un pirate…

Je ne sais pas où il a garé son navire, ni avec quel ordinateur il a pénétré dans les appartements de sa Gracieuse Majesté, mais le terme « pirate » est aussi approprié qu’une trou dans son pantalon (au cul, bien entendu).

Vous verrez que dans le tome 6 on va le nommer « Tipiak »…

Je me répète sans doute, mais ça fera du bien à ceux qui n’écoute pas dans le fond, mais le langage ordurier de Sherlock Holmes en ces temps victorien est aussi déplacé qu’une meute de cafards chevauchant des rats dans un restaurant 4 étoiles le jour de l’inspection de l’hygiène et de la venue des inspecteurs du guide Duchemin (l’aile ou la cuisse).

Que le Sherlock BBC jure, utilise des mots de notre époque, je ne dirai rien, mais qu’un Holmes du temps de la reine Victoria utilise les prénoms, dise des « j’en ai rien à foutre » et autre mots barbares, ça ne colle pas, ça ne lui va pas.

De plus, il a toujours l’air d’un gamin déluré qui n’aurait pas reçu assez de fessées dans son enfance. Il n’a pas de charisme, est trop foufou, trop mal poli, trop foutraque, fadasse, sans épaisseur aucune.

Parlons un peu du scénario qui révise le Canon Holmésien à sa manière et nous rejoue Le Scandale En Bohême à sa manière, c’est-à-dire… Heu, j’hésite entre la franche rigolade ou une visite au fond de la Tamise.

Si une copinaute m’avait joué ça dans une fanfic, j’aurais ri de bon coeur, mais dans le mange, ça passe un peu moins bien, surtout que Holmes n’agit pas comme son alter ego du Canon. Qu’on le change un peu, je ne dirai rien, mais là, « trop is te veel », comme on disait chez nous du temps de la terrible rage taxatoire ! (« Trop c’est trop » dans les deux langues).

Quant à la belle Irene Adler, la soprano, elle a plus l’air d’une demi-mondaine qu’autre chose. Ben tiens, c’est justement ça, c’en est une, de demi-mondaine et elle va piéger Sherlock d’une belle manière, mais lui, bordel de dieu, se vautrer par terre pour demander pardon, pitié !

Malgré tout, puisque j’ai commencé cette saga et qu’elle me diverti en me faisant grincer des dents, je la continuerai afin de vous tenir informé de la suite des événements. C’est mon job.

Entre nous, il vaut mieux la prendre pour une revisite des enquêtes de Holmes à la va-comme-je-te-l’interprète plutôt que comme quelque chose de sérieux.

Dommage que leur Sherlock ne soit pas un peu plus stylé, plus gentlemen, moins gamin, parce qu’il y avait tous les ingrédients pour une réécriture étonnante et réussie. Au final, c’est Moriarty qui est le plus sérieux dans tout cela et le moins fadasse.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°03.

 

Le chant de l’assassin : R.J. Ellory

Titre : Le chant de l’assassin

Auteur : R.J. Ellory
Édition : Sonatine (23/05/2019)
Édition Originale : Mockingbird Songs (2015)
Traducteurs : Claude et Jean Demanuelli

Résumé :
Tout le monde a un secret. Condamné pour meurtre, derrière les barreaux depuis plus de vingt ans, Evan Riggs n’a jamais connu sa fille, Sarah, confiée dès sa naissance à une famille adoptive.

Le jour où son compagnon de cellule, Henry Quinn, un jeune musicien, sort de prison, il lui demande de la retrouver pour lui donner une lettre.

Lorsqu’Henry arrive à Calvary, au Texas, le frère de Riggs, shérif de la ville, lui affirme que la jeune femme a quitté la région depuis longtemps, et que personne ne sait ce qu’elle est devenue.

Mais Henry s’entête. Il a fait une promesse, il ira jusqu’au bout. Il ignore qu’en réveillant ainsi les fantômes du passé, il va découvrir un secret que les habitants de Calvary sont prêts à tout pour ne pas voir divulguer.

Avec ce retour aux sources qui évoque par bien des aspects Seul le silence, R. J. Ellory nous livre un roman magistral, d’une puissance émotionnelle rare. Un de ses plus humains, un de ses plus sombres aussi.

Critique :
Combien d’emmerdes tous les personnages de ce livre auraient pu s’éviter s’il avait mis une capote ? Des tas !

Si les parents Riggs (à ne pas confondre avec les frères Gibbs) en avaient mis une, Carson ne serait pas né et leur vie eut été différente. Bougrement différente.

Si Evan Riggs, le fils cadet en avait portée une sur son manche de guitare, on n’en serait jamais arrivé là non plus.

Que de vies épargnées, que de destins préservés, que de gens non fracturés il y aurait eu, avec ce petit morceau de caoutchouc placé au bon endroit au bon moment.

Oui, ce roman, en plus d’être puissant, émotif, foutrement bien écrit, est une ode au port de la capote. Sortez couvert !

D’un autre côté, si tout le monde, dans ces pages, était sorti avec le pardessus anglais sur le grand ridé, le récit aurait été chiant comme la pluie qui tombe sur Londres.

Ellory, bon sang de bordel de merde, une fois de plus, tu m’as emmené en Amérique d’une manière magistrale, alors que tu es un Anglais pur beurre (tu permets que je te tutoie, dis ?)…

Cette Amérique profonde du West Texas, tu nous en parles comme un vrai Yankee natif de ce trou du cul du trou du cul de ce que l’on nomme affectueusement The Lone Star State.

Les personnages, tu les crées avec amour, tu les tortures, tu les tritures, tu les détruis, tu nous les fais haïr ou aimer, mais tu le fais avec brio, maestro.

Ils sont bourrés de défauts, se déchirent, s’aiment sans savoir se le dire, se détestent, l’un jalouse l’autre, se font des misères et des sales coups, mais on ne parvient jamais à les détester tout à fait, même si Carson n’aura pas ma sympathie. Evan oui…

Certes, niveau émotions, je n’ai pas réussi à retrouver celles ressenties durant ma lecture de « Papillon de nuit » (Candlemoth), mais j’ai passé un excellent moment en compagnie des frères Riggs (toujours rien à voir avec les frères Gibbs) qui avaient tout pour me faire accrocher au récit, telle une moule à son rocher.

Il faut dire que tu as l’art pour harponner ton lecteur, l’air de rien, avec des choses simples comme une lettre à remettre à Sarah, la fille de son pote de cellule.

Henry Quinn a tout pour faire un bon facteur car jamais il n’a lâché sa mission de donner cette lettre à qui de droit. Il a foutu un beau bordel, mais si la Poste faisait comme lui, le courrier arriverait avant 8h du matin.

Une fois de plus Ellory a su se renouveler sans tout à fait changer ce qui fait son fonds de commerce : les États-Unis, des retours entre le présent (1970) et le passé (1930/1940), des personnages forts, réalistes, un récit qui scotche, qui émotionne, différent des autres romans tout en restant de sa patte, du suspense à petites doses, des secrets enfouis, une petite ville où tout se sait, du rural noir, une famille unie puis déchirée et la folie qui s’empare de certains.

Un Anglais qui parle aussi bien de l’Amérique, moi, ça me botte !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

 

Moriarty – Tome 4 : Ryôsuke Takeuchi & Hikaru Miyoshi

Titre : Moriarty – Tome 4

Scénariste : Ryôsuke Takeuchi
Dessinateur : Hikaru Miyoshi

Édition : Kana Dark (15/03/2019)

Résumé :
Le mythe de Sherlock Holmes revisité à travers les yeux de Moriarty !

Le MI6 a reçu pour mission de sortir l’Empire britannique de la guerre en Afghanistan dans laquelle il est embourbé. William demande donc au colonel Moran de trouver une solution.

Moran a effectivement des « souvenirs » là-bas, et quand il cherche des puces à ceux qui aiment bien la guerre, surtout quand elle se passe chez les autres, c’est le vrai visage de l’Empire britannique qui apparaît en pleine lumière !!

Critique :
L’Afghanistan est un véritable bourbier pour les Anglais et comme les Afghans reçoivent des armes par les Russes, en stoemelings, tant que les Anglais ne couperont pas l’approvisionnement, cette guerre ne finira jamais.

On entre dans une partie politique, un échiquier géant sur lesquels se déplacent les grandes puissances, à couvert ou pas.

Parfois, il est de bon ton de faire les choses à couvert pour ne pas déclencher l’ire d’une autre grande puissance tout en lui mettant des bâtons dans les roues, comme le fait la Russie avec l’Angleterre.

Dans les salons feutrés de Universal Exports, société fantôme du MI6, on croise un homme élégant, style James Bond… Et, tenez-vous bien, la secrétaire se nomme Monney-Penny, sans compter que nous avons aussi un M… Manquerait plus qu’un Q !

Oups, j’ai parlé trop vite, il y a un Q ! Qui comme Gilbert Montagné… Non, il n’est pas chanteur, juste… Enfin, vous voyez… Pas très crédible, en tout cas.

Le côté politique est assez poussé, dans ce quatrième tome, et j’ai bu du petit lait car j’ai lu ce que je dis toujours : les marchands d’armes ont intérêts à ce que les conflits continuent et même à les pousser, les provoquer.

Par contre, peut-on jouer à l’espion anglais sans pour autant nous faire un remake d’un James Bond à l’époque victorienne ? Le clin d’œil aurait pu être drôle, mais non, j’aurais pour ma part préféré un peu plus de nouveauté et pas une resucée de 007 avec tout ce qui le défini, l’Aston Martin en moins.

Le colonel Moran jouant à l’homme au permis de tuer, ce tome se concentre sur ce personnage nonchalant en nous dévoilant un morceau de son passé juste avant de l’envoyer en mission avec Money Penny.

À ce niveau, c’était bien joué, leur petit duo du mari et femme et Moran a réussi à me faire sursauter, me faire douter et la joute verbale qui a suivi son coup de pute était jouissive car tout le monde le sait, à force de traquer les monstres, le danger est d’en devenir un sois-même.

Cette saga qui revisite le canon Holmésien a de bonnes idées, de bons personnages, de bonnes théories, même si, dans le fond, nous ne sommes pas dupes, tuer des salopards ne fait pas de nous des protecteurs mais des salopards aussi.

Par contre, là où j’ai grincé des dents, c’est en lisant le langage de charretier utilisé par certains personnages, dont Holmes !

Parler de « nichons » (Moran), dire « les trucs à chier », « grouille-toi » (en parlant à Watson) ou « crever de maladie », de « clopes », de « me faire chier comme un rat », bref, des mots qui ne vont pas dans la bouche de Holmes, sans oublier ce comportement enfantin dont l’affuble le mangaka et qui est indigne de Holmes et anti-canonique, à ce niveau-là.

On dirait un gamin sans éducation.

Vous voilà prévenu si vous lisez ce manga. Il est bon, le scénariste ne se contente pas de nous montrer des petits meurtres ou des exécutions banales, il y ajoute du relief, de la profondeur, même si on peut encore aller plus loin et nous propose une autre image du professeur Moriarty à tel point qu’on est toujours le cul entre deux chaises en ce qui le concerne.

Jusqu’à ce qu’il fasse le pas qu’il ne faut pas et qu’on le catalogue dans les tyrans monstrueux assassins qui ne vaut pas mieux que ceux qu’il assassine.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Retourner dans l’obscure vallée : Santiago Gamboa

Titre : Retourner dans l’obscure vallée

Auteur : Santiago Gamboa
Édition : Métailié (24/08/2017)
Édition Originale : Volver al oscuro valle (2016)
Traducteur : François Gaudry

Résumé :
Ils étaient venus en Europe pour échapper au chaos et pouvoir vivre et penser, mais le monde a tourné, les crises et le terrorisme ont changé les gens et les perspectives.

Il y a Manuela qui fuit son enfance saccagée dans la poésie et les livres, Tertuliano, le fils du Pape, philosophe messianique, populiste et violent, créateur d’une théologie de l’harmonie des Maîtres Anciens, le prêtre Palacios à l’obscur passé paramilitaire qui aspire au pardon, le consul et Juana l’aventureuse qui se poursuivent, se désirent, liés par des sentiments indéfinis.

Parmi eux, l’ombre de Rimbaud, poète précoce et génial qui marche et se cherche dans des voyages sans répit. Ils se rencontrent, se racontent, décident d’une vengeance et d’un retour vers la Colombie où la paix s’est installée.

Vagabonds insatiables, blessés, épuisés, tous cherchent à retourner quelque part, les mondes qu’ils ont quittés ont disparu, tous savent que revenir est impossible, sauf peut-être dans la littérature.

Et pourquoi pas à Harar. Roman polyphonique vital et plein d’énergie, ce retour à l’intrigue haletante et magistralement construite nous fait voyager dans les êtres, les sociétés et au plus profond de nous-mêmes.

Critique :
Après ma déception littéraire de « Ayacucho », j’ai continué mon incursion dans les auteurs sud-américains car je ne suis pas rancunière et ce roman avait été stabiloté sur ma liste de ceux que je voulais découvrir.

Un peu d’appréhension tout de même, chat échaudé craignant l’eau froide.

Appréhensions vite balayées car j’ai pris du plaisir avec ce roman, même avec les passages parlant de Rimbaud, alors que je ne suis pas très poétesse.

L’auteur avait un art de présenter ses différents personnages que durant la moitié du roman, j’ai lu avec avidité leurs parcours respectifs, tous les 3 différents dont on pense que jamais ils ne se rencontreront.

Enfin, 4 parcours si on ajoute Rimbaud qui se trouve toujours en toile de fond et à ce sujet, j’ai appris pas mal de choses sur son parcours, sa vie, son oeuvre. On était à la limite de l’autobiographie et sur la fin, j’ai atteint ma limite avec Arthur.

Gamboa a ancré son roman dans la réalité de notre époque, celle des prises d’otage, des groupes islamistes, des égorgements pratiqués par ces tristes sires, celles des migrants, des crises politiques, des inégalités qui se creusent.

Le récit polyphonique (ou choral) nous offre une vision du Monde plus large, selon les points de vue des personnages et chacun ayant des choses à nous apprendre, nous raconter, le temps s’écoule à une vitesse folle et le rythme de lecture est élevé.

Faisant le grand écart entre l’Espagne et la Colombie, la moitié du récit est intéressant, intriguant puisque l’on aimerait savoir si ces trois personnages aux antipodes l’une de l’autre vont un jour voir leurs routes se croiser car entre le Consul, Manuela et Tertuliano, il n’y a quasi rien en commun, si ce n’est la Colombie.

♫ Ils voulaient revoir la Colombie ♪ cette terre de violence, de guérilleros, d’attentat, de meurtres, de cartels, d’assassinats, d’exécutions… Bref, pas le genre d’endroit pour aller au Club Med.

Comme je le disais, durant la première partie, l’ivresse littéraire était à son comble, mes yeux n’en pouvaient plus de découvrir la plume de l’auteur, les sujets abordés, les vies de ses personnages (surtout celle de Manuela, ma chouchoute) et puis, un peu après la moitié du récit, lorsque le Consul sort de l’hosto après son « accrochage », j’ai décroché lentement mais sûrement.

Ça a commencé par mon esprit qui se distrayait pour la moindre mouche qui passait, par le moineau sur la branche, par mon PC installé non loin et les conneries que le Net peut offrir quand ça ne « passe » plus…

Je me trouvais comme lorsque, étudiante,  j’en avais marre de réviser et que je n’arriverais plus à engloutir la matière.

Puis les symptômes se sont aggravés : plus moyen de rentrer dans le récit, impossible de suivre les péripéties de Rimbaud ou du Consul ainsi que des autres protagonistes, saut de paragraphes, saut de pages.

Juste une envie, arriver à la fin en évitant l’overdose ou l’indigestion afin de ne pas gâcher le plaisir que j’avais ressenti lors de cette première moitié du récit.

Malgré tout le talent de l’auteur, à un moment donné, c’était devenu trop long. Cent pages de moins et le roman décrochait la palme d’or, mais c’est 100 pages en trop qui le coule totalement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le moi espagnol 2019 chez Sharon (Mai 2019).