Un profond sommeil : Tiffany Quay Tyson

Titre : Un profond sommeil

Auteur : Tiffany Quay Tyson
Édition : Sonatine (25/08/2022)
Édition Originale : The Past Is Never (2018)
Traduction : Héloïse Esquié

Résumé :
Cachée au milieu de la forêt, la carrière fascine autant qu’elle inquiète. On murmure que des esprits malveillants se dissimulent dans ses eaux profondes.

Par une chaude journée d’été, Roberta et Willet bravent toutes les superstitions pour aller s’y baigner avec leur petite sœur, Pansy. En quête de baies et à la faveur d’un orage, ils s’éloignent de la carrière.

Quand ils reviennent, Pansy a disparu. Quelques années plus tard, Roberta et Willet, qui n’ont jamais renoncé à retrouver leur sœur, suivent un indice qui les mène dans le sud de la Floride.

C’est là, dans les troubles profondeurs des Everglades, qu’ils espèrent trouver la réponse à toutes leurs questions.

Critique :
Les disparitions d’enfants sont des sujets que j’évite comme la peste, en littérature (et à la télé aussi), pourtant, j’ai sauté à pied joints dans ce roman noir, parce que le récit n’était pas QU’UNE histoire de disparition d’enfant.

En littérature, j’apprécie toujours d’aller dans l’Amérique profonde, dans le Sud, ségrégationniste au possible, haineux, pauvre…

Attention, je n’aime pas le racisme, la ségrégation me fait vomir, mais les atmosphères du vieux Sud me plaisent, en littérature. Cela donne souvent de grands romans.

Le récit s’écoule comme le Mississippi, lentement et il est aussi boueux que sombre. Sombre comme les eaux dans la carrière, celle que l’on dit maudite. Ne cherchez pas des fins de chapitres avec un suspense à couper au couteau, il n’y en a pas.

Ce roman noir, véritable drame, est surtout le récit de ce qu’il se passe dans une famille lorsque l’un des membres disparaît, surtout si cette personne est à l’orée de sa vie, trop jeune pour disparaître.

De plus, dans une disparition, les questions se posent, restent et empoisonnent la vie de tous les membres de cette famille, puisque nul ne sait si la  disparue est vivante ou morte.

Roberta, dite Bert, notre narratrice, se retrouve coincée entre une mère qui ne vivait déjà que pour sa petite dernière et qui maintenant, vit comme un légume (lit, divan), un père absent (on ne sait où il est, ni quand il reviendra) et un frère aîné qui gère le ménage, mais qui souvent, oublie qu’elle est vivante, qu’elle existe.

La disparue, tel un trou noir, aspire tout ce qui est vivant, reléguant les autres dans un coin, les enfonçant dans l’oubli.

Les débuts de chapitre sont consacrés à une période de l’Histoire, un passé dont les pièces du puzzle vont se mettre à former une image et nous éclairer sur bien des choses dans cette famille bizarre.

Le récit se déroule dans les années 70, les Blancs n’aiment pas se mélanger avec les Noirs et 20 ans auparavant, on tuait des Noirs sans que cela prête à conséquence. L’effet de meute était présent.

Un gamin Noir aurait fait un clin d’œil à une dame Blanche ? Horreur, malheur, punissons-le ! Une jeune Noire enceinte d’un Blanc ? La question d’un possible viol ne se posait même pas, elle l’avait séduit, donc, mise à mort ! Le shérif ne levait pas le petit doigt. Ça ne lui en touchait même pas une, alors, pour faire bouger l’autre, il aurait fallu shooter dedans.

Roberta est touchante, elle est humaine, elle est jeune, fait des erreurs, se regarde parfois le nombril, ne trouve pas sa place dans cette société où les superstitions sont nombreuses, où le racisme est omniprésent et où elle a l’impression que sa famille lui cache des choses sur le passé de leur paternel.

Justement, parlons de la famille, celle que, contrairement aux copains, on ne choisit pas, ou que parfois, on nous choisit… Roberta n’est pas gâtée avec sa famille et pourtant, c’est auprès de sa grand-mère (un sacré personnage, Clem), qu’elle trouvera réconfort et travail, mais pas les réponses à ses questions.

Cet excellent roman noir, aux atmosphères poisseuses comme les Everglades, commence dans le Mississippi pour se terminer dans les marais de Floride, où notre jeune Roberta va mener une enquête, afin de re retrouver son père.

Un roman noir qui, malgré qu’il traite d’un drame, n’est pas dénué de lumière, notamment grâce à ses personnages marquants, certains étant plein de secrets, mais aussi grâce à son scénario maîtrisé qui nous entraîne dans une certains Amérique, celle qui est profonde, le tout sans manichéisme aucun.

De plus, ce roman noir donne une place importante aux femmes, alors, raison de plus pour le lire, mesdames et messieurs !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°46] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Louisiana, la couleur du sang – Tome 2 : Léa Chrétien et Gontran Toussaint

Titre : Louisiana, la couleur du sang – Tome 2

Scénariste : Léa Chrétien
Dessinateur : Gontran Toussaint

Édition : Dargaud (22/01/2022)

Résumé :
Ce deuxième volume de la trilogie « Louisiana » poursuit la saga d’une famille de planteurs dans le sud des États-Unis au XIXe siècle.

Après le décès d’Augustin, patron tyrannique du domaine, sa veuve tente de prendre en main son destin, malgré les conflits qui l’opposent à son fils revenu d’Europe et sa fille aux idées progressistes.

Ce chapitre met de nouveau en lumière la violence d’une société dominée par les hommes sur fond de racisme symbolisé par l’esclavagisme, à la veille de la guerre de Sécession qui fera éclater ce modèle.

Critique :
1961, nous retrouvons Louise Soral, notre grand-mère, mettant en ordre des documents, avant de reprendre le fil de son récit, celui qui eut commença en 1805, dans une plantation sucrière, dans le Sud de l’Amérique.

Laurette, la mère de Joséphine, est en fait la grand-mère de Louise Soral.

Depuis le décès de son mari, Laurette pète un câble, parlant toute seule, devenant raciste (ce qu’elle n’était pas du tout avant) et oubliant que son mari s’est fait sauter le caisson.

Antoine, le frangin de Joséphine est revenu et il n’a pas changé : un buveur, un violeur, un profiteur, un mec qui pense que les autres lui appartiennent et que les esclaves sont des objets dont on peut disposer à l’envi, surtout les femmes.

Les personnages de Laurette et Joséphine ne sont plus les mêmes, elles sont bien différentes des deux personnes du premier album. Jeune, Joséphine était amie avec une jeune esclave de la plantation, maintenant, elle ne supporte pas que son fils aime une fille Noire. Ce qui, à cette époque, une telle relation (avec de l’amour et l’envie de se marier) n’était ni morale, ni légale.

Nous sommes loin des idées larges qu’avait la Joséphine du début, de sa tolérance. Elle utilise même des mots honni à notre époque (mais pas à la sienne, bien entendu).

La preuve que tout le monde change, en bien ou en mal. Par contre, l’Histoire se répète, comme toujours, puisqu’elle est un éternel recommencement. On a beau avoir eu l’envie de changer les choses, une fois adulte, une fois mariée et avec un enfant, Joséphine a relégué ses rêves, ses projets.

Quant aux hommes, ils restent les mêmes, surtout son frère et Joséphine a cette horrible impression que la malédiction familiale ne recommence.

J’étais contente que le personnage de Marie Laveau, la prêtresse vaudou, soit plus présente dans cet album. Afin d’asseoir son pouvoir, elle doit acquérir un grand savoir, notamment sur les petits secrets des hommes… C’est le prix à payer pour rester libre, elle qui cumule le fait d’être une femme et Noire de peau.

J’ai préféré cet album au premier, il est sombre, mais d’une manière différente du premier et les personnages avaient moins ce côté manichéen, limite caricatural. Certes, voir Joséphine changer à ce point n’est pas agréable, mais c’est plus conforme à son époque et au moins, elle a plus de nuances.

En prenant de l’âge, les personnages deviennent ce qu’ils n’auraient pas voulu devenir avant. Hormis Jean, le fils de Joséphine, qui, même devenu adulte, reste tolérant, veut changer de vie, épouser la fille Noire qu’il aime toujours. Vous pensez bien que môman Joséphine n’est absolument pas d’accord.

Lorsque Joséphine n’avait pas de responsabilités, il était doux de rêver et de jurer que jamais l’on ne deviendrait comme ses parents ou les autres adultes (on passe par ce moment nous-même, ado), et puis boum, une fois mise devant les responsabilités et une plantation à faire tourner, on finit par devenir comme les autres, ceux qui ricanaient devant l’égalité des races (concept de races qui n’existent pas, en plus).

Ce deuxième album fait aussi le lien entre la narratrice, notre vieille grand-mère (qui a 100 ans, alors) et Jean, le fils de Joséphine.

Les dessins sont toujours réalistes et les coloris, même dans les tons sombres, mettent bien en valeur le travail de graphisme.

Un bon deuxième album, meilleur que le premier, selon mon avis (mais qui ne vaut pas grand-chose), même si, sur la fin, Joséphine dépasse les bornes de toutes les limites… Ah la salope !

Dommage que je ne possède pas le troisième album, celui se termine sur la guerre de Sécession qui se profile et j’aimerais savoir ce qu’il va arriver aux membres restants de cette famille : Joséphine, son fils Jean, son épouse et leur petite fille, Louise…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°42], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages) et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Deadwood Dick – Tome 3 – Black Hat Jack : Mauro Boselli, Stefano Andreucci et Joe R. Lansdale

Titre : Deadwood Dick – Tome 3 – Black Hat Jack

Scénariste : Mauro Boselli et Joe R. Lansdale
Dessinateur : Stefano Andreucci

Édition : Paquet (18/08/2021)
Édition Originale : Deadwood Dick, tomo 3 : Black Hat Jack (2020)
Traduction : Roma Paris London

Résumé :
27 juin 1874, seconde bataille d’Adobe Wells. Deadwood Dick, son ami Black Hat Jack et une centaine de chasseurs de bison font face à des centaines de Comanches, Cheyenne et Kiowas.

Un jour où il n’a pas été facile de conserver son scalp !

Critique :
Chevaucher aux côtés de Deadwood Dick est synonymes d’emmerdes !

Déjà, il est Noir et dans l’Ouest hyper raciste, surtout après la guerre de Sécession, c’est garantit sur facture qu’il va se faire refouler de partout.

Les autres emmerdes qui se pointent, ce sont les Comanches qui circulent dans la plaine et qui n’ont pas l’air d’y être pour se balader et prendre l’air.

Mais lorsque que des centaines de guerriers Comanches, Cheyennes et Kiowas se rassemblent et entrent sur le sentier de la guerre, ça sent le roussi pour les scalps des chasseurs de bisons.

Je me plaignais du tome 2 qui, tout en étant ultra violent, était un peu faiblard du scénario, le tome 3 a comblé mes attentes en me proposant un récit où le scénario n’était pas résumé à sa plus simple expression !

Oui, la violence est omni présente, on ne se bat pas contre des Indiens en la jouant Bisounours, eux-mêmes n’étant pas des enfants de cœur. Avec le recul, on les comprend, ils étaient chez eux, tout compte fait, comme nous le dira, avec philosophie, le copain de Deadwood, Black Hat Jack.

L’auteur n’a pas fait l’erreur de rendre Deadwood Dick solidaires des Indiens, même s’il comprend lui aussi leur rage, il ne va pas se transformer en défenseur de ce peuple, ce serait un peu anachronique et ne donnerait rien d’intéressant point de vue scénaristique.

Il n’a pas la haine des Rouges comme les autres, mais quand il faut se défendre, il n’hésite pas à flinguer, à y aller franco et à risquer ses fesses pour sauver deux pauvres cow-boys solitaires, loin de chez eux. Ah non, un seul, l’autre est déjà mort, tué par les Indiens en colère.

Les Indiens, eux, ne comprennent pas toujours comment ce soldat, Noir, victime des Blancs comme eux (et tout son peuple aussi), peut défendre leur cause et se battre à leur côté. Deadwood est seul, être ami avec un Blanc est mal vu, avec un autre Noir, c’est double emmerdes assurées, alors, faire copains avec les Indiens, ce serait un suicide. Deadwood a choisi son camp.

La saga de Deadwood Dick, c’est du super bon western, violent, bourré de racisme des Blancs (ce qui était la norme à l’époque, ne pas en tenir compte serait débile), mais au moins, il sait se défendre, il a de la répartie, que ce soit avec sa langue ou avec ses colts (et si un Blanc voyait la taille de son tich, il en tomberait à la renverse, sauf sans doute un certain Rocco Sifredi).

Voilà du western comme je les aime : de la violence (non, j’en suis pas fière) et des scénarios qui tiennent la route, qui sont travaillés, même si on sent, dessous, le côté pulp ou dîme novel.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°40], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

L’été où tout a fondu : Tiffany McDaniel

Titre : L’été où tout a fondu

Auteur : Tiffany McDaniel
Édition : Gallmeister (18/08/20222)
Édition Originale : The summer that melted everything (2016)
Traduction : François Happe

Résumé :
État de l’Ohio, dans les années 80 : le procureur Autopsy Bliss invite le diable dans sa petite ville de Breathed.

Ce n’est pas un démon rouge et cornu comme dans l’imagerie populaire qui répond à cette invitation, mais Sal, un jeune garçon noir aux étranges yeux verts. La famille Bliss, qui le pense échappé d’une ferme voisine, l’accueille chez elle.

Le temps d’un été, Sal partage donc la vie de Fielding, de son grand frère Grand, parfaite incarnation de l’idéal américain, de sa mère, qui craint trop la pluie pour s’aventurer dehors, de l’irascible tante Fedelia et de la vieille chienne Granny.

Mais sous ses airs de poète, le jeune homme semble semer l’agitation partout où il va.

Canicule sans pareille, événements inquiétants et accidents suspects viennent attiser le climat de discrimination et de ferveur religieuse qui règne sur cet État du Midwest – jusqu’à ce que la suspicion, le fanatisme et la mort s’emparent peu à peu de la ville…

Critique :
« Betty » avait été un coup de foudre monumental, c’est donc à pas prudents que je me suis engagée dans la lecture de son premier roman, redoutant de ne pas y trouver un autre coup de cœur.

Oubliez Betty, ce roman est diamétralement différent, ce qui ne change pas, c’est la patte de l’autrice, son talent pour faire vivre des personnages, pour les placer dans une suite de drames et happer le lecteur/trice au bout de quelques lignes.

Autopsy Bliss (un procès à ses parents pour l’avoir affublé d’un tel prénom) a eu envie d’inviter le diable dans la petite ville de Breathed. Peu de temps après son annonce, arrive un jeune gamin Noir, portant une salopette sale et se présentant comme le diable…

Nous sommes en 1984 et l’année à toute son importance. Les gens sont-ils si crédules que ça, en 1984 ? Il faut le croire. Ou alors, tout simplement, les gens aiment désigner un ou plusieurs boucs émissaires afin de se disculper, de trouver des réponses, des coupables ? Sans doute un mélange de tout ça…

Tant et si bien qu’après avoir rigolé devant le jeune Sal affirmant qu’il est le diable, les gens crédules ont changé leur fusil d’épaule une fois qu’un drame est survenu, même si Sal n’en était pas responsable. Après, ce sera l’escalade.

Fielding, le plus jeune fils de Autopsy Bliss, devenu pote avec Sal, nous racontera tout ça. Fielding est un jeune gamin que j’ai apprécié, son personnage était juste, réaliste. Sa mère était bizarre, mais cela a ajouté du charme à cette famille non conventionnelle.

Par contre, j’aurais aimé que Sal nous parle encore plus, qu’il nous raconte encore plus d’histoires, qu’il ne s’arrête pas de parler, tellement je buvais littéralement ses paroles. Il fera partie des personnages marquants, de ceux que l’on n’oublie pas, même avec Alzheimer.

De Sal, on ne saura pas grand-chose d’autre, hormis qu’il a de magnifiques yeux verts : soit on entre dans le jeu et on acquiesce au fait qu’il soit le diable (sans cornes ou pieds fourchus), soit on reste cartésien, on le prend pour un gamin banal qui se prend pour ce qu’il n’est pas. Mais à chaque fois qu’il prendra la parole, on saura qu’il n’est pas un enfant banal, que quelque part, il a été touché par la grâce.

C’est un peu comme le tigre Hobbes (Calvin & Hobbes) dont on ne sait s’il est une peluche ou un vrai tigre parlant, chacun se faisant son idée, sans pour autant que cela pose un problème de réalisme dans le récit.

Ce roman abordera plusieurs sujets de société, tels que le racisme, l’homophobie, la crédulité des gens, l’effet de meute, sans jamais vraiment aller au fond des choses. D’habitude, cela m’agace, mais pas ici.

L’autrice réussi, en peu de mot, à en dire beaucoup, à nous faire comprendre toute l’ampleur de ces horreurs, en les mettant en scène dans la petite ville accablée de chaleur qu’est Breathed. Pas besoin d’en faire plus, tout est dit. C’est violent, dramatique, horrible. Ou comment dénoncer le racisme crasse et l’intolérance…

En alternance avec le récit de 1984, nous aurons celui de Fielding, devenu adulte, puis vieux, toujours marqué par les événements de 1984. Le récit s’inscrivait parfaitement dans la continuité et il apportait beaucoup d’émotions au récit de notre gamin de 1984, nous éclairant sur ce qu’il advint de sa famille après cet été plus que caniculaire où les esprits se sont échauffés.

Deux romans puissants, voilà ce que Tiffany McDaniel a dans son stock. Deux romans différents, sans aucun rapport entre eux, si ce n’est la plume et la dénonciation du racisme et des intolérances, sous toute ses formes (pas au lactose ou au gluten). Sans oublier le droit à la rédemption, au pardon, à obtenir une seconde chance…

Ce premier roman possédait déjà des personnages marquants, forts, profonds et un récit où l’on sent venir le drame, où l’on sent venir l’horreur et où l’on est impuissant à l’empêcher.

Des émotions, je m’en suis prise dans la gueule, dans les tripes et le passage avec le décès d’un enfant m’a fait un mal de chien, tant il était criant de vérité, de justesse. Pas de pathos, mais énormément de tristesse ressentie.

Le final était grandiose, horrible, terrible… Une histoire du Bien contre le Mal où les valeurs sont inversés. Un récit d’un drame annoncé. Un récit coup de poing et coup de cœur à la fois.

Je ne suis pas le maître de l’enfer. Je ne suis que sa première et sa plus célèbre victime.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°39] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

 

Deadwood Dick – Tome 2 – Entre le Texas et l’enfer : Maurizio Colombo, Pasquale Frisenda et Joe R. Lansdale

Titre : Deadwood Dick – Tome 2 – Entre le Texas et l’enfer

Scénariste : Maurizio Colombo et Joe R. Lansdale
Dessinateur : Pasquale Frisenda

Édition : Paquet (2021)

Résumé :
Il est des moments où vouloir rendre service peut créer des problèmes aux bons samaritains. Imaginez le cow boy noir américain Deadwood Dick, qui essaie d’aider un mourant dans le désert.

Et maintenant, imaginez tout ce qui lui tombe dessus: des flingueurs flous, des prostituées chinoises, et un corps plus que douteux…

Adapté d’une nouvelle de Joe R. Lansdale dont il reprend le style irrévérencieux et enjoué, cet album nous plonge dans un Far-West poussiéreux, sombre et violent.

Critique :
Poursuivant mes aventures avec Nat Love, mieux connu sous le nom de Deadwood Dick, je l’ai rejoint sur une attaque par des pillards sadiques : la bande de Rayo.

Les emmerdes vont commencer et ne vont pas se terminer avant la fin de cet album, le faisant plus ressembler à un western sanglant de Tarantino qu’à un épisode de la vie dans l’Ouest.

Le premier tome était assez violent, mais la violence me semblait « juste », non exagérée, mais ici, c’est massacres et compagnie, à tel point que le scénario se retrouve noyé dans les coups de feu tirés par Deadwood Dick et ses opposants qui veulent lui faire la peau.

Pourtant, Deadwood ne demandait qu’une chose : pouvoir enterrer l’homme qu’il avait croisé, coincé sous son cheval, au pied d’un arbre. Le cimetière avait l’air bien, j’y ai même aperçu la tombe d’Arch Stanton (cfr Le Bon, la Brute et le Truand – Il buono, il brutto, il cattivo : « Bill Carson m’avait seulement dit : La tombe marquée Inconnu, a côté d’Arch Stanton »).

La ville de Hide and Horns est un vrai modèle de sauvagerie, de barbarie, d’inhumanité. Peuplé de mecs bas de plafond ou d’un proxénète Chinois véreux, qui voient tous d’un mauvais œil l’arrivée d’un Buffalo Soldier, Noir de peau, qui veut y enterrer un autre Noir.

Un bain de sang, voilà le résumé de cet album qu’il faut lire avec les tripes bien accrochées, tant c’est du western ultra violent, sans concession, avec une pointe de lumière tout de même, sur le final.

Les dessins de Pasquale Frisenda sont différents de ceux du premier album, dessinés par Corrado Mastantuono. Entre nous, je préférais les premiers. Corrado Mastantuono avait un coup de crayon qui me plaisait mieux pour Deadwood Dick.

Mais Pasquale Frisenda réussi à rendre la glauquitude de la ville et de ses habitants. Pour peu, on sentirait bien l’odeur de poudre, de sang, de tripes qui se rependent, de la merde, de la pisse et du sperme, parce que d’après les filles, Deadwood en a une grande et elle est toute noire !

Je préférais le premier tome, où il y avait un scénario moins violent, même s’il n’en manquait pas et que ce n’était pas un album pour les petits enfants. Ici, c’est encore pire, en ce qui concerne la violence et le racisme (ce qui était normal à l’époque), mais cela noie un peu le scénario dans des scènes de flingage dignes du roman « Une assemblée de chacals » de S. Craig Zahler.

Un western ultra violent, à réserver aux cœurs bien accrochés ou à ceux et celles qui ont envie de vivre l’Ouest dans ce qu’il avait de plus crasse, de plus gore, de plus dégueu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°32], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur. et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Louisiana, la couleur du sang – Tome 1 : Léa Chrétien et Gontran Toussaint

Titre : Louisiana – Tome 1 – La couleur du sang

Scénariste : Léa Chrétien
Dessinateur : Gontran Toussaint

Édition : Dargaud (13/09/2019)

Résumé :
La Nouvelle-Orléans, 1961. Louise, vieille femme au crépuscule de sa vie, décide de rompre le lourd silence qui entoure l’histoire de ses ancêtres, propriétaires d’une plantation de canne à sucre dans le sud des Etats-Unis au XIXe siècle.

Qu’ils soient blancs, noirs, créoles ou esclaves, catholiques ou adeptes du culte vaudou, tous vont s’aimer, se détester, s’unir ou se séparer, retrayant la vie intime de cette plantation créole.

Critique :
Scarlett O’Hara et Rhett Butler… Personnages phares du livre « Autant en emporte le vent », de Margaret Mitchell (1936) et héroïne du film du même nom, multi oscarisé.

1961, des gamines lisent le roman et demandent à leur mamy de leur parler de l’époque des plantations, ce que leur aïeule refuse de faire, avant de se confier à sa dame à tout faire.

L’Histoire américaine est remplie de squelettes dans les placards, de sang, de meurtres, de racisme, de génocide et l’esclavage tient une importante place dans ce passé que l’on voudrait cacher sous les tapis. Les coupables sont morts depuis longtemps, mais l’esclavage moderne n’est pas une utopie, il existe toujours.

Cette bédé, très sombre, très réaliste, nous plonge dans une plantation de cannes à sucre, bien avant la Guerre de Sécession, à une époque où l’esclavage régnait en maître, la ségrégation aussi, ainsi que les coups de fouet.

Les esclaves Noirs devaient se taire et subir, mais pas qu’eux, les épouses des planteurs n’avaient guère plus de droit, si ce n’est celui d’être condescendant envers leurs inférieurs, c’est-à-dire les esclaves ou les Noirs avec un peu plus de liberté.

Oui, l’épouse du maître et sa fille ont beau être féministes et progressistes, malgré tout, la mère n’apprécie pas qu’une personne Noire lui parle en égale. Nous sommes dans les années 1800, il ne faut pas trop leur demander non plus.

Déjà que pour l’époque, c’est quasi fantastique de trouver des personnes qui possèdent une conscience humaine et une qui a compris que les différences entre les races n’existaient pas, que leurs esclaves avaient une âme. Ça ne devait pas courir les rues, des prises de conscience pareilles, à l’époque.

Les dessins de cette bédé sont très réalistes, de même que le contexte abordé. C’est sombre, violent et à ne pas laisser traîner devant des enfants. Les comportements des hommes sont crus, ils boivent, considèrent leurs esclaves comme du bétail et se servent dans les femmes (ou les très jeunes filles), comme bon leur semble.

De l’autre côté, l’épouse et la fille sont au-dessus de la mêlée, plus humaines, plus intelligentes. On est à la limite du manichéisme, le portrait de la mère étant compensé par cet orgueil qui lui fait dire qu’une femme Noire n’a pas à lui parler en égale. Gaffe à ne pas se prendre les pieds dans le tapis avec des considérations du XXIè siècle dans un récit se déroulant au début XIXè.

Ce premier tome m’a donné envie de lire le suivant, afin de voir où le récit va nous emmener, notamment durant la Guerre de Sécession qui va se profiler et le retour du fils, Antoine, qu’on a exilé en France après ses frasques totalement folles.

Et puis, on a envie de savoir où se situe la grand-mère qui raconte l’histoire dans toutes cette fresque.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°31], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 57 pages) et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Deadwood Dick – Tome 1 – Noir comme la nuit, rouge comme le sang : Michele Masiero, Corrado Mastantuono et Joe R. Lansdale

Titre : Deadwood Dick – Tome 1 – Noir comme la nuit, rouge comme le sang

Scénariste : Michele Masiero
Dessinateur : Corrado Mastantuono
Adapté de : Joe R. Lansdale

Édition Originale : Deadwood Dick, tomo 1 : Nero come la notte, rosso come il sangue (2018)
Traduction : Roma Paris London

Édition : Paquet (03/02/2021)

Résumé :
Nat Love, jeune Noir plus connu sous le nom de Deadwood Dick, manque de se faire lyncher parce qu’il a osé regarder une Blanche.

Afin de sauver sa peau, il s’engage dans l’armée et devient l’un des soldats noirs du 9e de cavalerie US.

Il affrontera la vie de caserne avec courage et abnégation, jusqu’au jour où retrouvera face à une troupe d’Apaches sur le sentier de guerre !

Critique :
Lorsqu’on est un Noir dans l’Amérique Blanche, peu de temps après la fin de la Guerre de Sécession, il vaut mieux faire profil bas et ne pas regarder la croupe incendiaire de l’épouse Blanche du type qui t’emploie à couper son bois pour des clopinettes.

En ce temps-là, on lynchait les Noirs pour un rien, le Blanc ayant toujours raison. Non, tout n’est pas encore parfait à l’heure actuelle.

La première chose qui m’avait attirée, dans cette bédé, c’était le nom de l’auteur Joe R. Lansdale. Je connais ses romans, sa gouaille, ses portraits réussis des personnages, quelque soit leur couleur de peau.

Ce gros album en noir et blanc, aux dessins réalistes et superbement bien dessinés, commence par un épisode rempli de suspense de la vie de notre Nat Love, jeune Noir connu pour le moment sous le nom de Dick. Aux prises avec un Indien, il nous interpelle, commençant par nous raconter sa vie et comment il en est arrivé là.

La particularité de Dick, c’est qu’il s’adresse à nous, lecteurs, tel un Deadpool. C’est assez inhabituel et j’apprécie toujours la chose. Les épisodes de sa vie vont s’enchaîner, avant que nous le retrouvions là où nous l’avions laissé, en mauvaise posture avec un Indien vindicatif.

Notre personnage est irrévérencieux, ce qui le rend hautement intéressant. Il sait parler, il sait baratiner, il sait se vendre, mentir ou omettre une grande partie de la vérité. Sans sombrer dans la caricature, Deadwood Dick est réaliste et ses aventures ont un goût de vécu, ce qui fait que l’on dévore cet album de 128 pages sans s’arrêter.

Ceci n’est pas un album pour les enfants, bien entendu, c’est trash en plus d’être irrévérencieux, mais sans pour autant virer à l’exagéré ou tomber dans la facilité de la violence pour la violence ou des scènes de sexe.

Sachez juste que ce n’est pas lissé comme dans les Lucky Luke ou les Jerry Spring, on se trouve dans un tout autre genre de western. Imitant les dime novels (les romans à 2 sous), ce western envoie du lourd.

Le scénario est intelligent, bien pensé, les dialogues ne manquent pas d’humour noir, d’ironie et ils dénoncent, avant tout, le comportement des Blancs envers les autres peuples, qu’ils soient Noirs ou Rouges.

Un western réussi, à réserver pour les amateurs du genre, mais pas que ! Moi, j’attends avec impatience de trouver les deux suivants pour les lire sans plus tarder !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°24] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Marshal Bass – Tome 6 – Los Lobos : Darko Macan et Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 6 – Los Lobos

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey

Édition : Delcourt (31/03/2021)

Résumé :
Lorsque Bass arrive à la Hacienda où Don Vega a recueilli sa famille, il réalise que le sauvage gang de Los Lobos occupe les lieux.

Leur chef, Joaquin, le frère de Don Vega, convoite même l’une des filles de Bass.

Alors que la cérémonie de mariage se profile, pas moyen de prédire qui sortira vivant de la bataille qui se prépare entre les bandits et la famille de Bass.

Critique :
Désolée, Los Lobos n’est pas le groupe de chanteurs à la mode qui a fait trémousser des gens sur un l’air entraînant de ♫ La Bamba ♪

Non, dans cet album, c’est un gang de bandits sans scrupules, qui en ont marre de leur liberté faite de jours sans manger, de nuits à la belle étoile, alors, ils décident d’aller crécher chez le frangin de leur chef, Don Vega (qui n’est pas apparenté à Zorro).

Pas de bol, c’est ce fameux Don Vega qui poursuivait de ses assiduités la femme de River Bass et c’est dans son hacienda qu’elle est partie vivre, emmenant toute sa marmaille, moins un fils assassiné, moins une fille de 15 ans presque mariée.

Une fois de plus, nous sommes dans un scénario violent. Oubliez le far-west de Lucky Luke, ici, le méchant n’hésitera pas une seconde à flinguer un gamin qui ne lui a rien fait et un gosse pourrait aussi égorger un homme… Il n’y a plus de jeunesse, ma bonne dame !

River Bass est un personnage étrange, on ne sait jamais trop de quel côté il va pencher. Il dit qu’il se fiche de sa femme (Bathsheba), il se trompe dans le nom de ses gosses, il n’est jamais là, mais il est prêt à tout pour défendre les siens et les siens aussi.

Mettant en avant la petite famille de Bass, ce tome ne fait pas dans la dentelle, tout en restant dans l’ultra classique : un homme qui tente de sauver sa famille des bandits assassins, sa famille qui tente de résister, le reste du personnel qui manque de courage pour résister.

Si le scénario est classique, les personnages qui composent la famille Bass le sont moins et ce sont eux qui poussent l’album vers le haut, ainsi que les dessins Igor Kordey. Ils sont spéciaux, j’ai dû m’habituer à eux, mais au moins, sous son crayon, les personnages ne sont pas statiques, comme dans d’autres bédés.

Les dessins sont vivants, l’action est bien rendue et les doubles pages sont toujours époustouflantes.

Les méchants sont des salopards, bien entendu, mais ils ont été travaillés, ils ont leur faiblesses, leurs blessures et l’un d’entre eux ne manquera pas de couilles, entre nous, face à la gamine de Bass, Ruth.

Un western noir (sans mauvais jeu de mot), violent, sans concession, ultra réaliste et tirant plus vers le Tarantino que le Tchoupi. Le far-west n’était pas le pays des Bisounours, que du contraire.

Malgré la violence et les situations dramatiques, la bédé ne devient jamais larmoyante, se permettant même quelques traits d’humour.

Un 6ème album qui continue dans la bonne lignée des premiers et des personnages que l’on continue de découvrir, qui n’ont pas fini de nous surprendre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°005] et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Le convoi‭ ‬-‭ ‬Seconde partie ‭: Denis Lapière et Eduard Torrents

Titre : Le convoi‭ ‬-‭ ‬Seconde partie

Scénariste : Denis Lapière
Dessinateur : Eduard Torrents 🇪🇸

Édition : Dupuis (2013)

Résumé :
Montpellier, 1976 : Angelita prend le train en urgence pour rejoindre sa mère hospitalisée à Barcelone où, pourtant, elle avait juré de ne plus jamais revenir. Fille de réfugiés espagnols, Angelita a perdu son père à l’âge de 8 ans.

Il fut l’un des prisonniers du tristement célèbre convoi des 927 vers Mauthausen, parti de Perpignan et d’Angoulême où les autorités françaises avaient parqué les réfugiés espagnols.

Séparée de son père lors de son arrivée en France, Angelita n’en sait pas davantage que ce que l’administration a bien voulu leur délivrer comme informations, à sa mère et elle, en 1945, à la fin de la guerre.

Mais elle va découvrir que ce qu’elle a toujours tenu pour acquis (la mort de son père en déportation) pourrait bien s’avérer un mensonge.

Critique :
Le second tome commence là où le premier nous avait laisse : devant une révélation coup de tonnerre et j’allais enfin savoir le fin mot de l’histoire.

Rien n’est simple dans la vie, les choix que l’on prend dicteront une partie de notre vie et les auteurs ont réussi à bien retranscrire cela dans leur scénario, mêlant la petite histoire à la Grande.

Angelita est en colère, comme le fut Julia, sa mère, en 1939, durant la guerre civile, lorsque son mari voulait aller se battre. Lui aussi était en colère de ne pouvoir y aller, de voir son pays sombrer aux mains des franquistes.

Leurs paroles et leurs actes auront des conséquences importantes sur leur vie et peut-être auraient-ils fait autrement s’ils avaient eu connaissance de l’Histoire. Hélas, le destin est cruel et en plus de nos choix lourds de conséquences, le destin s’arrange toujours pour faire le reste et pas toujours dans le bon sens.

Le destin s’est joué de la famille, en plus du choix du père et de son épouse. Que se serait-il passé si le petit Franco s’était étranglé, bébé, en buvant son lait ? Peut-être rien de tout cela… On peut rêver.

Une fois de plus, les sentiments sont bien retranscrits sur les visages, que ce soit la colère, l’abattement, l’humiliation, la résignation.

Jusqu’à présent, pour moi, la ville d’Angoulême était synonyme de festival de la bande dessinée, maintenant, lorsque j’entendrai son nom, je penserai aux camps dans lesquels furent parqués les réfugiés espagnols. On se dit que l’on est tombé bien bas, et puis, arriveront les Allemands et là, on comprendra qu’on peut toujours tomber encore plus bas dans la bassesse humaine…

927 personnes furent emmenées. Les femmes et les enfants (427) furent renvoyés à Franco, les hommes (490) furent envoyé à Mauthausen (la différence est due aux morts durant le transport).

Face à cette destination, l’ancien camp composé d’anciens baraquements pour les tziganes semblaient être un hôtel 5 étoiles.

Les quelques dessins de cette partie de l’Histoire m’ont fait frémir, une fois de plus, sans pour autant que l’auteur ne sombre dans le pathos. Mais en quelques images, le principal de l’horreur était dit.

Une fois de plus, nous aurons les atermoiements d’Angelita, mais dans ce tome 2, ils sont importants. Elle est tiraillée entre ce qu’elle vient d’apprendre, entre les mensonges de sa mère, elle ne sait pas quoi faire, comment réagir. Ces cases sans paroles illustraient bien son désarroi, sa peine, son incompréhension et le fait que la vie n’est jamais simple.

L’inconvénient sera pour les dialogues en espagnol, non traduits. Bon, en lisant lentement, on arrive à comprendre le sens général, mais une petite traduction en bas de page (ou de case), n’aurait pas été du luxe.

Voilà une bédé que je suis contente d’avoir découverte, qui m’a appris des choses peu reluisantes sur les réfugiés espagnols (comment les générations suivantes jugeront notre accueil des réfugiés Syriens ou autres ? Sans doute durement et avec raison).

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°17) Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).

Le convoi‭ ‬-‭ ‬Première partie :‭ ‬Denis Lapière et Eduard Torrents

Titre : Le convoi‭ ‬-‭ ‬Première partie

Scénariste : Denis Lapière
Dessinateur : Eduard Torrents 🇪🇸

Édition : Dupuis (2013)

Résumé :
Montpellier, 1976 : Angelita prend le train en urgence pour rejoindre sa mère hospitalisée à Barcelone où, pourtant, elle avait juré de ne plus jamais revenir. Fille de réfugiés espagnols, Angelita a perdu son père à l’âge de 8 ans.

Il fut l’un des prisonniers du tristement célèbre convoi des 927 vers Mauthausen, parti de Perpignan et d’Angoulême où les autorités françaises avaient parqué les réfugiés espagnols.

Séparée de son père lors de son arrivée en France, Angelita n’en sait pas davantage que ce que l’administration a bien voulu leur délivrer comme informations, à sa mère et elle, en 1945, à la fin de la guerre.

Mais elle va découvrir que ce qu’elle a toujours tenu pour acquis (la mort de son père en déportation) pourrait bien s’avérer un mensonge.

Critique :
Cette bédé parle d’un fait historique dont on parle peu : la dictature de Franco, la guerre civile et l’exil des Espagnols vers la France, ainsi que de l’accueil qu’il leur fut réservé.

Mais avant d’entamer ce morceau d’Histoire, nous commencerons le récit en 1975, avec Angelita qui doit aller voir sa mère malade. Cette dernière se trouve à Barcelone, alors que tout le monde la croyait en Auvergne.

Erreur géographique ou autre chose ?

Comme beaucoup d’Espagnols exilés, elle avait fait le serment de ne plus mettre en Espagne tant que Franco serait toujours vivant et il vit toujours, même s’il n’en a plus pour très longtemps.

Angelita, sa fille, va se remémorer leur exil et la guerre qui faisait rage, quand Barcelone était bombardée par les avions Italiens… Nous étions en 1939…

Si je n’ai pas craqué pour les dessins, j’ai apprécié ce scénario qui a mis en lumière un pan méconnu de l’Histoire. Le récit est poignant et les dessins font bien ressentir toute la détresse des gens, obligés de quitter leurs maisons, leur ville et de fuir, en voiture ou en autobus.

Et lorsque la route est bloquée, il faut continuer à pied, se débarrasser du superflu, de ses souvenirs, et marcher dans la neige, dans le froid… Dormir dans le froid aussi. L’exil n’est jamais une promenade de santé.

Quant à l’accueil, parlons-en : le fait de voir sa ville bombardée n’est sans doute pas une bonne raison de fuir. Ben non, on ne risque rien, voyons ! Allez, circulez avec ce laisser-passer provisoire et oubliez vos droits, vous n’en avez plu. La fraternité n’est plus ce qu’elle était…

Ensuite, on a séparé les familles : les hommes d’un côté, les femmes et les enfants de l’autre.

Bref, rien de réjouissant dans le statut de réfugié. Les conditions de vie sont horribles, les gens se transforment en bêtes sauvages, se battant pour du pain (nous ferions de même), le tous sous les moqueries des forces de l’ordre françaises.

Ce premier album est rempli d’émotions, sans pour autant virer dans le pathos. C’est l’histoire d’une mère dont la fille n’a plus rien à lui dire, hormis bien des questions, notamment sur le sort qui fut réservé à son père, dans le camp de Mauthausen.

Les expressions sur les visages sont expressives, jamais figées. Elles font passer les émotions ressenties par les personnages, ce qui fait que, finalement, j’ai réussi à apprécier les dessins.

Mon seul bémol sera pour la longue introduction où l’on nous relate la vie sentimentale d’Angelita et qui n’apporte rien de plus au récit.

Je ne tarderai pas à lire le second album, car, malgré mon petit bémol, l’Histoire est très prenante et j’ai envie d’en savoir plus.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°16) Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages).