Indians ! – L’ombre noire de l’homme blanc : Tiburce Oger et Collectif

Titre : Indians ! – L’ombre noire de l’homme blanc

Scénariste : Tiburce Oger
Dessinateurs : Collectif

Édition : Bamboo Grand angle (16/11/2022)

Résumé :
Le parcours sauvage et violent de l’aigle sacré des Indiens pendant la conquête de l’Ouest. Un western qui sent la poudre et la boue… En seize histoires, Indians retrace de 1540 à 1889 les épisodes sombres de la conquête de l’Ouest.

Quatre siècles de colonisation qui vont mener, entre les massacres et les maladies propagées par les colons, à un génocide qui n’a jamais porté officiellement ce nom mais qui décima 14 millions d’Amérindiens.

Décrivant la face cachée du rêve américain, Indians est un vibrant hommage aux peuples autochtones opprimés…

Critique :
Ayant adoré Go West, je me suis faite offrir la version Indians, basée sur le même concept : un seul scénariste, mais un dessinateur pour chaque histoire qui passera en revue un chapitre important de l’Histoire des Amérindiens.

On commencera à l’arrivée des Conquistadors et on terminera en 1889, lorsque les derniers Indiens déposeront les armes, conscient qu’ils ne vaincront jamais l’Homme Blanc vu que ce dernier est comme un nuage de sauterelles : infini et innombrable.

Contrairement à l’album Go West, où le fil rouge était une montre, dans celui-ci, c’est le vol d’un aigle que l’on apercevra de temps en temps, ou un personnage qui reviendra sur plusieurs chapitres (ou un descendant).

Ce que j’ai apprécié, c’est qu’il n’y avait pas de manichéisme dans les personnages, que ce soit du côté des Indiens ou des colons, dont certains avaient une conscience, une âme. Cela se verra surtout dans l’épisode avec les horribles écoles pour casser l’Indien.

Quant aux Indiens, ce n’étaient pas des anges, ils s’attaquaient entre eux, se pillaient, mais sans jamais arriver au niveau de l’Homme Blanc qui lui, commit un génocide, purement et simplement.

Tous les dessins ne se valent pas, mais j’ai apprécié les histoires, même si elles auraient mérité, toutes, un album rien qu’à elles toutes seules, tant il y avait de la richesse dedans et tant de choses à raconter.

Bien que différent et en peu en deçà du « Go West » qui se consacrait à la Conquête de l’Ouest, le tome consacré aux Amérindiens n’en reste pas moins excellent.

Du moins, pour celles et ceux qui voudraient en apprendre un peu plus sur les guerres Indiennes, sur les traitements que l’Homme Blanc, l’envahisseur, a fait subir aux Amérindiens. Au moins, ces derniers ont résistés, mais une fois les armes déposées, on a fait tout ce qu’il fallait pour qu’ils n’existent plus…

Terrifiant…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°XXX] et Le Mois du Polar, chez Sharon – Février 2023 (N°00).

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Jim Thorpe – La légende Amérindienne du football : Kevin Lecathelinais et Georges Chapell

Titre :Jim Thorpe – La légende Amérindienne du football

Scénariste : Kevin Lecathelinais
Dessinateur : Georges Chapelle et Emmanuel Michalak

Édition : Delcourt (05/10/2022)

Résumé :
En 1904, Jim quitte la Première nation Sauk et Fox pour le collège de Carlisle, où l’on rééduquait les enfants amérindiens. Sur le terrain de football (américain) comme sur les pistes d’athlétisme, l’entraineur Pop Warner va pousser Jim à donner le meilleur de lui-même, jusqu’aux podiums de Stockholm ou au fameux match contre les cadets de West Point dirigés par Ike Eisenhower.

Critique :
Le sport et moi, ça fait deux. Je ne fais pas de sport, jamais de sport, si ce n’est monter à cheval (et oui, c’est du sport).

Le football américain m’est totalement inconnu et je n’ai absolument pas envie d’en savoir plus.

Cette bédé n’était, en principe, pas faite pour moi et pourtant, je n’ai pas regretté cet achat !

Né né en 1887 dans l’Okhlahoma, Jim Thorpe était l’un des plus grands sportifs américain, qu’il était d’origine Amérindienne et que cet album, bien qu’il parle de sport, parle aussi de dépassement de soi, de racisme, de ségrégation et d’injustice.

Ben voyons, si Jim Thorpe avait été un WASP (White Anglo-Saxon Protestant), sa carrière aurait été différente et la reconnaissance des autres aurait été différente ! Là, il n’était question que d’emplumés Rouges contre des Blancs, puisque l’équipe de Jim était composée uniquement d’Amérindiens, provenant du magnifique collège Carlisle où il fallait tuer l’Indien en eux et en faire de parfaits petits américains…

Ironie, bien entendu ! C’étaient des collèges monstrueux où l’on extirpait, de force la culture des Amérindiens, où on l’effaçait, la réduisait en miettes. Finalement, ces pauvres gosses se retrouvaient dénués de tout, sans pour autant être devenu des Américains.

De toute façon, dans cette Amérique des années 20, profondément raciste, il leur aurait été impossible d’être accepté.

Modeste n’étant pas le second prénom de Jim Thorpe, ses fanfaronneries, vantardises, son orgueil, irritaient les autres au plus haut point. Lui, était fier de ses origines.

Pourtant, Jim n’était pas qu’un vantard, ce qu’il disait, il le réalisait ! Même des trucs de fous au football américain, avec une cheville blessée ou une course avec deux chaussures différentes qui ne lui appartenaient pas.

Les dessins sont réalistes, ne manquant jamais de dynamismes et on s’attache très vite à ce grand gaillard qui sourit tout le temps et qui ne se laisse jamais abattre par les saloperies que les autres pouvaient lui réserver. C’était un véritable athlète qui brillait dans tout ce qu’il touchait.

Alors oui, cette bédé parle de sport, pourtant, malgré mon allergie au foot, qu’il soit européen ou américain, je peux vous assurer que ce fut un plaisir de lire cette bédé, d’aller me coucher moins bête et d’apprendre qu’un Amérindien, un jour, fut le plus grand athlète d’Amérique et qu’il joua même un match contre les cadets de West Point dirigés par Ike Eisenhower qui voyait ce match comme une revanche après la défaite américaine à Little Big Horn… T’es très raciste, Ike !

Le pays tout entier est raciste, hélas… et la grande gueule de Jim lui fera perdre toutes ses médailles, parce qu’un jour, il avait joué au base-ball de manière professionnelle, sans changer son nom et que les athlètes des J.O ne pouvaient pas être des sportifs professionnels. Ou comment chercher la petite bête parce que l’on a pas envie que les sportifs Blancs se fassent damer le pion par un Amérindien…

Une bédé qui ne manque pas d’émotions, qu’elles soient de joies quand Jim gagne tout ou plus tristes, lorsqu’il repense à son frère et qu’il tente de tenir les promesses qu’il lui avait faite, quand ils étaient gosses.

Le cahier qui se trouve en fin d’album nous en apprendra plus sur Jim Thorpe et sur l’injustice américaine qui n’aime pas qu’on lui ravisse les premières places… Surtout quand on est pas un WASP…

L’année 2023 commence bien, du point de vue des lectures ! Pourvu que ça dure !

Marshal Bass – Tome 8 – La mort misérable et solitaire de Mindy Maguire : Darko Macan et Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 8 – La mort misérable et solitaire de Mindy Maguire

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey

Édition : Delcourt (31/08/2022)

Résumé :
Personne ne sait pourquoi Mindy Maguire a assassiné Skunk Bernhardt avant de s’enfuir en territoire indien et personne ne s’en soucie. Sauf les hommes de Dryheave… qui la pourchassent sans répit tant que l’alcool coule à flot.

La seule chance de survie de Mindy est que le Marshal Bass la trouve en premier…

Critique :
Les albums du marshal Bass se suivent mais ne se ressemblent pas et celui-ci, bien que commençant comme un western classique, prendra une tournure tout à fait différente.

Une petite ville d’Arizona. Bernhardt Le Puant a été assassiné dans la maison close et son or a été volé.

Pas besoin de faire venir la fine fleur des enquêteurs, la coupable est connue, c’est la prostituée Mindy Maguire qui a fait le coup.

Comme dans un bon western, le shérif organise un battue (un posse) pour retrouver la fugitive. Pas besoin d’avoir fait un master en Western pour savoir comment cela peut se terminer pour un ou une fugitive : la mort, sans procès, sans preuves, juste parce que des mecs seront chauffés à blanc et imbibés de whisky.

Oui, on commence dans du classique, mais ensuite, l’auteur a été assez intelligent que pour bifurquer et nous proposer autre chose, un récit inattendu, presque poétique, doux, beau, où la violence sera présente, mais différemment des autres albums. C’est bien vu.

Le marshal Bass, Noir de peau, ce qui était très mal vu en 1877 (et pas qu’à cette époque, malheureusement), est plus intelligent que les autres zoulous lancés à la poursuite de la fugitive. Sous ses dehors bourrus, se cache aussi une forme d’humanité.

Parce que comme le disait la morale dans la blague du petit oiseau transi de froid : premièrement, ce n’est pas parce qu’on te met dans la merde qu’on te veut forcément du mal. Deuxièmement, ce n’est pas parce qu’on te sort de la merde qu’on te veut forcément du bien. (*) Aller en prison peut te sauver du froid de gueux qui règne en Arizona et te remplir l’estomac.

Hé oui, le marshal Bass est là où on ne l’attend pas, se montrant sous un autre jour, qui n’est jamais que le sien, celui qu’il cache et le récit se révèle plus humaniste et plus psychologique qu’on aurait pu le penser au départ, même si, la violence est présente. L’Ouest de 1877, ce n’est pas Dora l’exploratrice, ni le monde des Bisounours. Surtout lorsqu’on est en terres Indiennes.

Les dessins de Igor Kordey ne me plairont jamais, mais dans cet album, ils passent mieux et sa double dernière planche est, une nouvelle fois, superbe. Comme quoi, on est toujours susceptible d’être surpris. D’ailleurs, le long titre, qui en disait beaucoup, réserve lui aussi une surprise.

Un western qui commence classiquement et qui sort des sentiers battus par la suite. Une bédé où les personnages ont une présence indéniable, que ce soit l’abject shérif ou le guerrier Lakota Epanay, un grand soiffard qui vise juste.

Un huitième album surprenant. Bien vu !

(*) Un petit oiseau tombé du nid se retrouve au milieu d’un chemin de campagne, il pleut, il a froid et il a faim.
Heureusement une vache qui passait par là lâche une grosse bouse sur le petit oiseau. Il se retrouve au chaud dans la bouse, et en plus il y trouve des petites graines à manger ; il est heureux et chante des cui-cui.
Un renard qui passait par là entend les cui-cui, sort le petit oiseau de la bouse et le croque.
Moralité 1 : Si quelqu’un vous met dans la merde, c’est pas forcément qu’il vous veut du mal.
Moralité 2 : Si quelqu’un vous sort de la merde, c’est pas forcément parce qu’il vous veut du bien.
Moralité 3 : Quand tu es dans la merde, ferme-la.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°97], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur. et Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Les vieux fourneaux – Tome 7 – Chauds comme le climat : Wilfrid Lupano et Paul Cauuet

Titre : Les vieux fourneaux – Tome 7 – Chauds comme le climat

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Paul Cauuet

Édition : Dargaud (04/11/2022)

Résumé :
C’est la fête à Montcoeur ! Le maire a décidé d’organiser un « pique-nique de l’amitié et du vivre-ensemble ». Hélas, le vivre-ensemble a du plomb dans l’aile, ou plutôt un pic à brochette dans les fesses. Celles du maire, en l’occurrence, victimes d’une agression de Berthe, l’ancienne amante de Mimile.

La fête est donc de courte durée, d’autant qu’on apprend bientôt la mort d’Armand Garan-Servier, le patron de l’entreprise qui porte son nom.

À son décès s’ajoutent d’ailleurs plusieurs incendies inexpliqués qui ne font qu’attiser les tensions déjà palpables dans le village…

Critique :
Super chouette, mes vieux préférés sont de retour pour mon anniversaire ! J’en ai donc profité pour me faire offrir leur dernier album et me marrer intelligemment.

Les Vieux Fourneaux sont des râleurs, des vieux ronchons, des anarchistes, des manifestants, des vieux qui mettent les pieds dans les plats (surtout Pierrot), qui se mêlent de tout et qui n’hésitent dénoncer des choses à voix haute, là où les autres se taisent (ou ne savent rien).

Dans ce nouvel album, avec humour, le scénariste nous parle de ces sociétés qui font du chiffre à donf, sans avoir fait des investissements, sans avoir créé de l’emploi,… Mais pas que ça !

Le récit, comme toujours, secoue les consciences, nous réveille en piquant là où il faut, nous parle de notre société de consommation, de la montée du racisme, de l’intolérance, de l’esclavage, avec les migrants qui bossent pour pas cher, afin que nous puissions acheter des choses bon marché, que les petits producteurs puisse récolter leurs fruits ou légumes sans se ruiner en salaires, ou que d’autres puissent faire de grosses marges bénéficiaires.

Non, les problèmes de nos sociétés ne viennent pas des étrangers, non ils ne sont pas coupables de tout, responsable de n’importe quoi (un barbu sur le toit de Notre-Dame le jour de l’incendie ? Porte nawak)…

Mais l’auteur ne se contente pas de tout balancer sans argumenter, sans dialoguer avec le coupable des exactions. Critiquer, balancer sur nos sociétés, c’est une chose, mais il faut aussi expliquer pourquoi des personnes basculent du côté obscur.

Bref, ce nouvel album est excellent et il fait du bien au moral. Nos petits vieux ont encore des choses à dénoncer, avec une virulence mâtinée de tendresse, qui nous fait rire et sourire.

Que ça fait du bien au zygomatiques et au cerveau.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages).

Le mambo des deux ours – Hap Collins et Leonard Pine 03 : Joe Lansdale

Titre : Le mambo des deux ours – Hap Collins et Leonard Pine 03

Auteur : Joe Lansdale
Édition : Gallimard Série Noire (2000) / Folio Policier (2009/2020)
Édition Originale : The Two-Bear Mambo (1995)
Traduction : Bernard Blanc

Résumé :
Visite guidée dans l’horreur du Texas ordinaire avec les deux protagonistes de L’arbre à bouteilles.

Cette fois, c’est à Grovetown, charmant petit bled où le K.K.K. assure régulièrement l’animation nocturne, que nos deux héros vont se faire remarquer. Ouragan, vaudou, séance de lynch, meurtres, menace de mort et violence raciste à tous les étages. Le quotidien de Hap Collins et Leonard Pine, en somme.

Critique :
Cette histoire de Hap Collins et de son ami Leonard Pine, commence par une scène habituelle : Leonard a foutu le feu à la crack house de ses voisins. Jusque là, rien d’anormal.

Puis, lorsqu’ils seront chargé d’aller voir ce qu’il est advenu de Florida et qu’ils mettront les pieds à Grovetown, au Texas, on entrera dans un registre plus fantastique puisque nous aurons l’impression que nos deux amis se sont retrouvés coincé dans une faille temporelle.

La petite ville charmante de Grovetown semble coincée dans le temps, comme si elle était restée dans les années 50/60, avant le Civil Rights Act (loi pour l’égalité des droits civiques, votée en 1964).

À Grovetown, si vous êtes Afro-américain, rasez les murs, descendez du trottoir lorsque vous croisez un Blanc, baissez les yeux, ne dites rien et n’allez surtout pas boire un café dans le restaurant où, si la pancarte « NO COLORED » n’est pas apposée, il vaut tout de même mieux éviter d’entrer. Dans cette riante bourgade, un ersatz de Klan fait la loi et ceux qui ont dévié de la ligne imposée par les Blancs ont eu des problèmes…

On dépassa ensuite une laverie, avec une enseigne peinte, accrochée à la vitrine. Bien qu’à moitié effacée, elle était toujours lisible et défiait encore le regard. NO COLORED – PAS DE GENS DE COULEUR

Certains de ses habitants regrettent même qu’on ne puisse plus pendre les Noirs comme en 1850, du temps des plantations et de l’esclavage. C’est vous dire la mentalité effroyable de ces gens. Non, Hap Collins et Leonard Pine, un grand Noir homosexuel, ne vont pas s’attaquer à des racistes bas de plafond et plus bêtes que méchants, ici, ce sont d’authentiques méchants !

Les atmosphères de cette enquête sont sombres, affreuses, violentes. Nos deux amis vont morfler, physiquement et mentalement. Heureusement que la plume de l’auteur sait aussi être drôle, cela évite d’appesantir encore plus cette glauquitude.

Lansdale a des personnages décomplexés, totalement. Leonard est Noir et homo, mais il le clame haut et fort et n’a aucun souci avec ses préférences sexuelles, il les affiche, n’en a pas peur et il a bien raison. Leonard n’hésite pas non plus à utiliser le « N word », ce qui donnera des crampes cérébrales à son ami Hap et au flic Charly : est-ce du racisme lorsqu’un Noir utilise le terme « Nègre » ?

L’écriture de l’auteur est truculente, les autres personnages n’hésitant pas à parler de bite, de cul, de sexe, de branlette, de chatte, de grève de la chatte (pour le flic marié), le tout se retrouvant intégré dans leurs conversations entre mecs, ce qui rend une partie du roman plus léger, plus drôle, plus amusant. Faut pas être pudibonde, évidemment.

Là où c’est moins drôle, c’est lorsque les racistes bas de plafond et méchants balanceront leurs discours racistes et rétrogrades. Cela permet de ne pas oublier qu’il y a toujours des personnes qui pensent cela, qui n’hésitent pas le dire haut et fort, tout en sen sentant intouchables puisque personne ne leur clape leur gueule un bon coup.

Une excellente enquête de notre duo, qui n’aura pas vraiment le temps, ni l’occasion de chercher des indices et ce sera en se posant un peu, en cogitant plus fort, que Hap comprendra ce qu’il a loupé dans l’affaire.

Une lecture jubilatoire, amusante, malgré le côté pesant des habitants de cette petite ville raciste au possible, où les non racistes (ou les sans opinion) doivent fermer leur gueule, s’ils ne veulent pas avoir des problèmes, perdre leur job, se faire rétamer la tronche et finir dans du goudron et des plumes (ce qui est moins drôle que dans Lucky Luke)… La peur vous fait faire de drôles de choses, en plus de vous faire chier dans vos culottes.

PS : zut, aujourd’hui, j’ai un an de plus ! Bon, ça doit me faire 30 ans, maintenant… Oh, interdit de rigoler là au fond. 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°89].

Sept jours pour survivre : Nathalie Bernard

Titre : Sept jours pour survivre

Auteur : Nathalie Bernard
Édition : Thierry Magnier (2017)

Résumé :
Nita, une adolescente amérindienne, est kidnappée à Montréal et se réveille dans une cabane perdue au cœur de la forêt canadienne enneigée. Qui l’a emmenée ici et pourquoi ?

Une chose est sûre : c’est seule qu’elle devra affronter les pires prédateurs. Du côté des enquêteurs, les indices sont rares. Une course contre la montre s’engage. Nita a sept jours pour survivre. Un thriller glaçant.

Critique :
Dehors, il y avait du soleil, c’était donc le bon moment pour lire un roman jeunesse qui se déroule dans le Grand Nord, là où il fait froid, là où 19° semblent être la fournaise.

Pour avoir froid, j’ai eu froid ! Purée, je me suis caillée les miches avec cette pauvre Nita, 13 ans, d’origine amérindienne, enlevée par sadique qui, on s’en doute bien, ne lui veut pas du bien.

Alternant les chapitres avec Nita et les deux enquêteurs lancés sur ses traces plus que ténues, le roman possède un rythme qui n’est ni trop rapide, ni trop lent. Un bon compromis entre les deux.

Le binôme formé par les deux enquêteurs, à savoir le patrouilleur Gautier Saint-James et la lieutenant Valérie Lavigne fonctionne bien, sans qu’il y ait d’amourette sous-jacente ou autre guimauverie à l’horizon. Tant mieux, au moins, le récit ne se disperse pas où il ne faut pas.

La tension monte progressivement, surtout après que… Non, vous n’en saurez pas plus, mais j’ai serré les dents (et même les fesses, pourtant, c’était instant karma), comme si j’étais avec la pauvre gamine enlevée et loin de chez elle. Sa terreur, le froid, je l’ai ressenti.

L’autrice a une écriture qui fonctionne bien, elle se lit facilement et je dois dire que j’ai lu son roman d’une seule traite.

Elle ne se contente pas de parler d’un enlèvement et de faire monter la pression tout doucement, afin de jouer avec les nerfs de ses lecteurs, non, elle en profite aussi pour parler des autochtones, du racisme qu’il y a envers eux, que naître femme et amérindienne multiplie les chances par six de mourir assassinée.

Elle parlera aussi, en filigrane, de ces pensionnats où il fallait tuer l’indien dans l’enfant (Kill the Indian in the child).

Pour l’adulte que je suis, la lecture fut bonne, bien qu’il manquait de profondeur dans certains personnages, dont j’ai trouvé que les portraits étaient esquissés un peu trop vite. L’intrigue est aussi un peu simpliste, vu tout ce que j’ai déjà comme passif littéraire derrière moi, me donnant un goût de déjà lu, les émotions en moins.

Malgré tout, je recommanderai ce roman pour les jeunes ados, en quête d’adrénaline, d’un récit qui se lit facilement et qui va à l’essentiel, sans se perdre ailleurs que dans la recherche de Nita et, de son côté, d’assurer sa survie, elle qui n’y connait rien…

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°65] et Le Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Littérature Jeunesse Thriller.

Kill the indian in the child : Elise Fontenaille-N’Diaye

Titre : Kill the indian in the child

Auteur : Elise Fontenaille-N’Diaye
Édition : Oskar – Société (28/09/2017)

Résumé :
Comme tous les jeunes Indiens, Mukwa, 11 ans, est envoyé à Sainte-Cécilia, un pensionnat canadien dont l’éducation est confiée à des religieux. Malheureusement, cet établissement ne ressemble en rien à une école traditionnelle.

Pour tout apprentissage, le jeune Ojibwé découvre l’humiliation, la privation de nourriture, les mauvais traitements…

Car le mot d’ordre est Kill the Indian in the child : éliminer l’Indien dans l’enfant, lui faire oublier sa culture, sa religion, ses origines.

Mais Mukwa se rebelle, décide de fuir et de rejoindre son père trappeur, dans la forêt…

Critique :
L’Homme Blanc n’aime pas ceux qui ne lui ressemblent pas, ceux qui n’ont pas la même culture que Lui, ceux qui croient à un autre Dieu que Le Sien.

Donc, avec les Amérindiens, il fallait les transformer en Hommes Blancs, leur extirper leur culture, leurs croyances, leurs modes de vies, bref, commettre un génocide culturel.

Et un génocide tout court, parce que bien des enfants sont morts dans les pensionnats des bons Pères Blancs (et des bonnes sœurs).

Ces religieux qui n’ont de religieux que le nom, qui n’ont pas dû lire les préceptes enseignés par Jésus (ce que vous faites aux plus petits d’entre nous…) et qui aiment se vautrer dans la violence et l’asservissement des autres.

Il fallait tuer l’Indien dans l’enfant et en faire de bon petits canadiens chrétiens.

Ce roman s’adresse avant tout aux plus jeunes, le niveau de lecture est donc très facile pour l’adulte que je suis. Malgré tout, il m’a touché en plein cœur, même si je connaissais le sujet. Il m’écœure toujours, il me débectera toujours, surtout que les principaux coupables n’ont jamais été punis.

Mukwa est un jeune indien Ojibwé, contraint d’aller dans le pensionnat de Sainte-Cécilia où il y subira, comme les autres, des brimades, des coups, de la torture avec de l’électricité (qu’on y asseye les tortionnaires !), des attouchements, des privations, de la bouffe dégueu,…

On a beau être dans de la littérature jeunesse, les sévices ne seront pas édulcorés pour autant et le passage où le pauvre gamin doit remanger la nourriture qu’il a vomi m’a soulevé les tripes. Je ne comprendrai jamais comment l’on peut faire subir ça à des gosses.

Et nous ne sommes pas dans les années 1800, mais dans les 1900, dans le récit, inspiré d’une histoire vraie (avec les noms des protagonistes et du pensionnat changés), on vient de marcher sur la lune.

L’histoire réelle, s’est passée dans les années 1960, quant on n’avait pas encore foulé l’astre dans lequel je suis souvent, mais tout de même.

Une lecture bourrée d’émotions, d’eau dans les yeux et de rage envers ces hommes et ces femmes d’église, ces frustrés de je ne sais pas où, qui se sont permis de faire subir à des enfants des horreurs dignes des tortionnaires habillés de costard noirs, taillés par Hugo Boss, ceux qui avaient des raideurs dans le bras…

Un petit livre glaçant qui permettra aux plus jeunes, comme aux adultes, d’ouvrir les yeux sur un scandale peu connu et qui pourrait, ensuite, donner l’envie d’en apprendre un peu plus sur les traitements réservés aux enfants Amérindiens au Canada.

PS 1 : Les explications à la fin de l’ouvrage sont tout aussi glaçantes puisque l’on y apprend que le dernier pensionnat a fermé ses portes en 1996 (putain, si tard ??), que plus de 150.000 enfants y ont été déportés, brimés et torturés (tiens, on n’avait dit « plus jamais ça », après la découverte des camps de concentration ??) et que 30.000 ont trouvé la mort.

PS 2 : j’ai toujours aimé les corbeaux, leur vouant une tendresse particulière, aimant les regarder voler, aimant même les entendre croasser. Maintenant, je les regarderai autrement, car je penserai à Mukwa et à son papa, ainsi qu’à tous les enfants morts dans ces pensionnats de la honte.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 94 pages).

Karoo boy : Troy Blacklaws

Titre : Karoo boy

Auteur : Troy Blacklaws
Édition : Points (2008)
Édition Originale : Karoo boy (2004)
Traduction : Pierre Guglielmina

Résumé :
Noël 1976. Le frère jumeau de Douglas meurt accidentellement. Fils désormais unique d’une famille blanche et aisée, Douglas doit quitter le paradis du Cap pour s’installer avec sa mère dans la région aride de Karoo.

Il se retrouve brutalement plongé dans une communauté où l’apartheid est présent au quotidien. Au cœur des ténèbres, il trouvera pourtant un peu de réconfort entre la radieuse Marika et le vieux Moses, un Noir qui rêve de terre promise…

Critique :
Puisque j’avais bouffé de la ségrégation à la sauce américaine, je me suis dit qu’il était temps de prendre l’air et d’aller faire un tour ailleurs, en Afrique du Sud, là où l’apartheid règne encore et toujours (nous sommes en 1976).

Le Cap. Là où vivent les jumeaux, Douglas et Marsden, c’est la belle vie : plages, océan, écoles privées, quartiers résidentiels et personnel Noir pour faire les sales besognes.

Leur plage est White Only, bien entendu. Les enfants n’en ont pas vraiment conscience. Leur père n’est pas un raciste pourtant, il a même donné une trempe à ses gamins qui s’étaient moqué de leur jardinier Noir. Mais ils sont les complices de ce système.

Un accident, une perte terrible, va faire basculer la famille, la faire exploser de l’intérieur et Douglas va se retrouver, avec sa mère et leur bonne, dans le quartier de Karoo, loin du Cap et de ses plages, dans une région aride de l’Afrique du sud profonde, là où l’apartheid est bien plus visible.

C’est un roman sur l’apprentissage, sur le deuil impossible à faire : des parents qui perdent un enfant, un enfant qui perd son jumeau, une partie entière de lui-même.

C’est aussi l’apprentissage de la vie dans un autre quartier, où l’on devient tête de Turc des autres, parce que l’on vient d’une belle ville, qu’on était surfeur. Pour les gamins de son école, il est une tapette, un pédé. Pour les profs, il faut être capable de tuer des animaux, de les disséquer, sinon, vous deviendrez une femmelette, un pédé, de nouveau.

C’est aussi l’apprentissage, pour Douglas, de ce qu’est le racisme, l’apartheid et c’est violent. Dans son quartier, il ne s’en rendait pas vraiment compte, là, il se heurte à ces non-droit pour les Noirs, en devenant copain avec un vieux pompiste.

Je m’attendais à un roman encore plus sombre, encore plus violent, vu les sujets traités. N’allez pas croire que c’est gentillet, non, non, loin de là, mais cela aurait pu être encore plus sombre dans le récit.

Hélas, il a manquer des émotions dans l’écriture. Nous sommes tout de même face à la perte accidentelle d’un enfant de 14 ans et d’un frère jumeau, je m’attendais donc à avoir les larmes aux yeux à un moment donné. Ben non.

Ce récit est émaillé de multiples mots en afrikaner et en xhosa, et au lieu d’en avoir la traduction en bas de page, il faut se reporter sans cesse au glossaire de fin d’ouvrage, ce qui n’est pas pratique du tout. Pas rédhibitoire, mais plus ennuyeux.

Dans l’ensemble, ma lecture fut agréable et ce roman s’est terminé trop vite, sans pour autant se terminer mal. Il permet avant tout de se faire une idée de ce qu’il se passait en Afrique du Sud à la fin des années 70, quand l’apartheid était toujours présent, mais que les Noirs commençaient à en avoir plus qu’assez des dénigrements des Blancs, d’être leurs larbins et de ne pas pouvoir se déplacer sans laisser-passer.

On sent qu’une page est en train de se tourner, qu’elle prendra du temps, mais que la révolte gronde…

Une écriture sans artifices, sans pathos, sans fioritures, sans effet de manche. Parfois, j’ai trouvé le ton assez froid, mais dans l’ensemble, ce fut une belle découverte.

Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Afrique du Sud).

Minuit à Atlanta : Thomas Mullen

Titre : Minuit à Atlanta

Auteur : Thomas Mullen
Édition : Rivages Noir (05/05/2021)
Édition Originale : Midnight Atlanta (2021)
Traduction : Pierre Bondil

Résumé :
Après le succès de Darktown et Temps noirs, voici le troisième opus d’une saga criminelle qui explore les tensions raciales au début du mouvement des droits civiques.

Atlanta, 1956. L’ex-agent de police nègre Tommy Smith a démissionné pour rejoindre le principal journal noir d’Atlanta en tant que reporter. Mais alors que le Atlanta Daily Times couvrait le boycott organisé par Rosa Parks à Montgomery, son directeur est retrouvé mort dans son bureau, et sa femme injustement accusée d’assassinat par la police. Qui pourrait en avoir après le principal patron de presse noir d’Atlanta ?

Et qui était-il vraiment ? FBI, flics racistes, agents Pinkerton, citoyens opposés à la déségrégation : beaucoup de monde, en vérité, semble s’intéresser à cette affaire d’un peu trop près.

Critique :
♫ One night in Atlanta makes a humble man hard ♪ (1)

Une nuit dans le quartier de Darktown (Atlanta) pourrait rendre un homme humble, dur. Car la vie dans le quartier pauvre n’est pas facile.

Les habitants, Noirs, doivent se battre tous les jours contre les injustices, les non-droits, les brimades des Blancs, les manques de moyens des écoles…

Lorsque tu penses que cela va aller mieux, les Blancs en rajoutent une couche pour que les Noirs restent bien à leur place, loin d’eux. Bref, la vie n’est pas simple.

Les deux romans précédents étaient consacrés à notre duo de flics Noirs, Lucius Boggs et Tommy Smith. Ce dernier a démissionné de la police afin de rejoindre l’ Atlanta Daily Times, principal journal noir d’Atlanta. Peut-être qu’en tant que reporter, il pourra faire évoluer certaines mentalités, dénoncer des injustices…

Cela m’a fait drôle de ne plus avoir Smith aux côtés de Boggs. J’aimais leur duo, diamétralement opposé et qui fonctionnait pourtant bien, avec ses hauts et ses bas. Heureusement, Tommy n’a pas oublié ses anciens réflexes de flic et lorsque son boss, Arthur Bishop, se fait assassiner dans son bureau, il va mener l’enquête et découvrir des choses…

Une fois de plus, l’auteur frappe en grand coup avec ce roman noir, bien que différents des autres. Nous aurons toujours des entrées dans le poste des policiers Noirs, nous suivrons l’enquête de leur lieutenant, mais nous passerons plus de temps avec le journaliste Smith et dans l’enceinte de son journal.

C’est une page d’histoire que l’auteur nous ouvre, sortant les squelettes des placards, la pourriture des pages américaines, avec le racisme, la ségrégation, l’absence de droits pour la population Noire.

Un vent de révolte souffle sur l’Amérique, les temps changent, ou veulent changer. À Montgomery, les Noirs boycottent les bus, Rosa Parks a refusé de céder sa place à un Blanc, on parle de déségrégation dans les établissements scolaires, que des Noirs pourraient aller étudier dans les écoles des Blancs. Et ça, les Blancs n’en veulent pas.

La décision de supprimer la ségrégation dans les établissements scolaires avait initialement abasourdi les Blancs, …Maintenant, le Sud blanc se mobilisait avec fébrilité. Les nouveaux Conseils de citoyens blancs organisaient des rassemblements, rédigeaient des lettres et mettaient un point d’honneur à châtier financièrement les Noirs qui disaient ou faisaient quelque chose pour favoriser l’accès aux droits civiques.

Il est à noter que les termes utilisés par certains personnages pour parler des Afro-américains est le « N word », ce qui pourrait choquer les adeptes de la cancel culture ou tout autre personne qui ne veut pas entendre, qui ne veut pas savoir. Le mot est choquant, bien entendu, mais en 1956, si les Blancs avaient utilisé le terme politiquement correct, ce serait un putain d’anachronisme !

Ce roman met aussi en lumière les difficultés pour des Blancs de fréquenter des Noirs (et vice-versa), ce qui était hyper super mal vu à l’époque. Joe McInnis, le lieutenant Blanc, responsable des policiers Noirs, en sait quelque chose. Ce troisième opus le met un peu plus en avant.

Lui n’utilise pas les vilains mots pour désigner les Noirs, mais il est sans cesse sur la corde raide. Ses policiers Noirs voient en lui un Blanc et les Blancs voient en lui un ami des Noirs (ils utilisent l’autre mot, bien entendu). Il n’est pas facile d’être le seul face aux autres. Comme le disait Dumbledore « Il faut du courage pour affronter ses ennemis mais il en faut encore plus pour affronter ses amis ».

Personne n’est atteint de manichéisme, dans ce roman sombre, tout le monde évolue comme il le peut, dans un monde où l’injustice règne en maître, ou les Blancs ne veulent pas perdre leur hégémonie, partager leur ville ou leurs écoles avec des Noirs et où ces derniers ne demandent pas grand-chose, juste d’avoir des conditions décentes de vie.

Sans jamais sombrer dans le pathos, l’écriture de Thomas Mullen est trempée dans l’acide, sa plume est une épée qui tranche mieux que le fil affuté d’un poignard.

Il dénonce, sans pour autant que les procès soient à charges, mais il ne se prive pas de dénoncer la laideur de la société américaine des années 50 (et même de l’après Première Guerre Mondiale où on lynchait des soldats Noirs vétérans de la Grande Guerre).

L’enquête est complexe, aura des ramifications un peu partout et nos enquêteurs auront bien du mal à trouver le coupable du meurtre et à mener des investigations alors que les flics Blancs ont déjà bétonné le dossier en accusant une possible innocente. Il faudra rester concentré sur sa lecture.

Un roman noir décrivant une période encore plus sombre, mais ô combien réaliste. Une trilogie explosive, que j’ai lue avec grand plaisir, même si j’avais les sangs qui bouillonnaient.

(1) One night in Bangkok de Murray Head – après une mini transformation

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°49] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Un profond sommeil : Tiffany Quay Tyson

Titre : Un profond sommeil

Auteur : Tiffany Quay Tyson
Édition : Sonatine (25/08/2022)
Édition Originale : The Past Is Never (2018)
Traduction : Héloïse Esquié

Résumé :
Cachée au milieu de la forêt, la carrière fascine autant qu’elle inquiète. On murmure que des esprits malveillants se dissimulent dans ses eaux profondes.

Par une chaude journée d’été, Roberta et Willet bravent toutes les superstitions pour aller s’y baigner avec leur petite sœur, Pansy. En quête de baies et à la faveur d’un orage, ils s’éloignent de la carrière.

Quand ils reviennent, Pansy a disparu. Quelques années plus tard, Roberta et Willet, qui n’ont jamais renoncé à retrouver leur sœur, suivent un indice qui les mène dans le sud de la Floride.

C’est là, dans les troubles profondeurs des Everglades, qu’ils espèrent trouver la réponse à toutes leurs questions.

Critique :
Les disparitions d’enfants sont des sujets que j’évite comme la peste, en littérature (et à la télé aussi), pourtant, j’ai sauté à pied joints dans ce roman noir, parce que le récit n’était pas QU’UNE histoire de disparition d’enfant.

En littérature, j’apprécie toujours d’aller dans l’Amérique profonde, dans le Sud, ségrégationniste au possible, haineux, pauvre…

Attention, je n’aime pas le racisme, la ségrégation me fait vomir, mais les atmosphères du vieux Sud me plaisent, en littérature. Cela donne souvent de grands romans.

Le récit s’écoule comme le Mississippi, lentement et il est aussi boueux que sombre. Sombre comme les eaux dans la carrière, celle que l’on dit maudite. Ne cherchez pas des fins de chapitres avec un suspense à couper au couteau, il n’y en a pas.

Ce roman noir, véritable drame, est surtout le récit de ce qu’il se passe dans une famille lorsque l’un des membres disparaît, surtout si cette personne est à l’orée de sa vie, trop jeune pour disparaître.

De plus, dans une disparition, les questions se posent, restent et empoisonnent la vie de tous les membres de cette famille, puisque nul ne sait si la  disparue est vivante ou morte.

Roberta, dite Bert, notre narratrice, se retrouve coincée entre une mère qui ne vivait déjà que pour sa petite dernière et qui maintenant, vit comme un légume (lit, divan), un père absent (on ne sait où il est, ni quand il reviendra) et un frère aîné qui gère le ménage, mais qui souvent, oublie qu’elle est vivante, qu’elle existe.

La disparue, tel un trou noir, aspire tout ce qui est vivant, reléguant les autres dans un coin, les enfonçant dans l’oubli.

Les débuts de chapitre sont consacrés à une période de l’Histoire, un passé dont les pièces du puzzle vont se mettre à former une image et nous éclairer sur bien des choses dans cette famille bizarre.

Le récit se déroule dans les années 70, les Blancs n’aiment pas se mélanger avec les Noirs et 20 ans auparavant, on tuait des Noirs sans que cela prête à conséquence. L’effet de meute était présent.

Un gamin Noir aurait fait un clin d’œil à une dame Blanche ? Horreur, malheur, punissons-le ! Une jeune Noire enceinte d’un Blanc ? La question d’un possible viol ne se posait même pas, elle l’avait séduit, donc, mise à mort ! Le shérif ne levait pas le petit doigt. Ça ne lui en touchait même pas une, alors, pour faire bouger l’autre, il aurait fallu shooter dedans.

Roberta est touchante, elle est humaine, elle est jeune, fait des erreurs, se regarde parfois le nombril, ne trouve pas sa place dans cette société où les superstitions sont nombreuses, où le racisme est omniprésent et où elle a l’impression que sa famille lui cache des choses sur le passé de leur paternel.

Justement, parlons de la famille, celle que, contrairement aux copains, on ne choisit pas, ou que parfois, on nous choisit… Roberta n’est pas gâtée avec sa famille et pourtant, c’est auprès de sa grand-mère (un sacré personnage, Clem), qu’elle trouvera réconfort et travail, mais pas les réponses à ses questions.

Cet excellent roman noir, aux atmosphères poisseuses comme les Everglades, commence dans le Mississippi pour se terminer dans les marais de Floride, où notre jeune Roberta va mener une enquête, afin de re retrouver son père.

Un roman noir qui, malgré qu’il traite d’un drame, n’est pas dénué de lumière, notamment grâce à ses personnages marquants, certains étant plein de secrets, mais aussi grâce à son scénario maîtrisé qui nous entraîne dans une certains Amérique, celle qui est profonde, le tout sans manichéisme aucun.

De plus, ce roman noir donne une place importante aux femmes, alors, raison de plus pour le lire, mesdames et messieurs !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°46] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.