Blood and Sugar : Laura Shepherd-Robinson

Titre : Blood and Sugar

Auteur : Laura Shepherd-Robinson
Édition : 10/18 (06/05/2021)
Édition Originale : Blood and Sugar (2019)
Traduction : Pascale Haas

Résumé :
Juin 1781. Un corps est pendu à un crochet sur le quai de Deptford : l’homme a été horriblement torturé et porte la marque des esclaves.

Quelques jours plus tard, le capitaine Harry Corsham – un héros de guerre se lançant dans une carrière parlementaire prometteuse – reçoit la visite de la sœur d’un vieil ami.

Son ami, Tad Archer, un abolitionniste passionné, était sur le point de dévoiler un dangereux secret, lourd de conséquence pour l’industrie de la Traite négrière. Un secret capable d’abolir l’esclavage.

Pour découvrir ce qui est arrivé à Tad, Harry est obligé de remonter les fils de l’enquête de son ami, en fouillant au cœur de la conspiration que Tad avait mise au jour.

Son enquête va menacer ses perspectives politiques, le bonheur de sa famille et l’obliger à affronter son propre passé, à ses risques et périls.

Critique :
C’est l’histoire de l’hypocrisie humaine qui rencontre l’appât du gain à n’importe quel prix.

Nos deux horreurs fusionnant ensemble se transformeront ensuite en un business sans conscience puisque ce sera l’exploitation de l’Homme par l’Homme.

Oh, ne jugez pas trop vite ces Anglais esclavagistes qui voulaient du sucre à bas prix pour mettre dans leur tea time, nous ne valons pas mieux qu’eux de nos jours.

Comme eux, nous souhaitons acheter des biens à bas prix : nous ne regardons pas toujours où nos habits sont fabriqués, ni comment (et par qui) sont extraits les matériaux de nos smartphones, PC, ni si notre huile d’olive, viande, légumes ou fruits ont été collectés par des travailleurs syndiqués, payés aux tarifs en vigueurs dans nos pays ou par des travailleurs immigrés sous-payés, des sans papiers qui touchent des misères,…

Le but du jeu n’a pas changé : de la qualité pas trop cher et pour le reste, comme les Anglais de cette époque, nous faisons ceux qui ne savent pas, qui regardent leurs pieds, ailleurs, qui ont des scrupules qui ne durent que peu de temps.

Ce thriller historique frappe là où ça fait mal : l’esclavagisme, la traite des Noirs, les vaisseaux négriers qui allaient chercher des Noirs en Afrique et les transportaient ensuite dans les Caraïbes pour bosser dans les exploitations de canne à sucre.

Ces esclaves Noirs appelés Nègres sont considérés par la loi comme du mobilier, ce qui fait qu’au même titre que vous pouvez shooter dans vos casseroles ou massacrer votre buffet, sans que cela émeuve personne, vous avez le droit de tuer vos esclaves sans qu’un tribunal ne vous condamne.

Ce polar historique a aussi des airs de roman noir, le contexte social de cette Angleterre étant bien mis en avant et utilisé à bon escient, se mélangeant harmonieusement dans l’enquête (qui ne sera pas de tout repos) que le capitaine Harry Corsham va mener afin de savoir qui a tué aussi abominablement que ça son ancien copain de collège, Tad Archer.

Bourré de fausses-pistes, de chausse-trappes, d’omerta, son enquête se révèlera bien plus dangereuse que l’on ne pourrait penser de prime abord car dans cette histoire, on ne sait jamais à qui se fier, les personnages pouvant cacher une âme sombre ou vous aider sans vous le montrer.

Sans aucun doute, ce roman a demandé des heures, des jours, de travail de recherche historiques et cela a payé car le réalisme est bien présent, autant dans les personnages que dans le récit historique.

Personne n’est tout à fait blanc ni tout a fait noir dans cette histoire et la plupart des personnages sont esclavagistes comme d’autres seraient banquiers ou pécheurs. C’est un métier comme un autre en 1780…

À cette époque, en plus de les considérer, par la loi, comme des biens meubles, la population Blanche considérait les Noirs comme un peuple de dégénérés, des sous-hommes, des animaux. C’était scientifique, même ! (oui, ça me fait mal de l’écrire mais je n’y peu rien, je ne fais que noter la pensée des gens de l’époque).

Si nous avions baigné dans de pareilles inepties, pensées horribles (tous les mots que vous voulez), sans doute n’aurions pas pensé différemment que ceux de cette époque. Harry Corsham qui ne pense pas comme les autres est regardé de travers et c’est mal vu pour une carrière politique de penser que les Nègres (oui, c’est pas ce terme qu’ils sont désignés, je ne l’utilise pas en insulte, par contre) sont des humains comme les autres.

Sera-t-il hypocrite comme les autres, aura-t-il les couilles ou nous fera-t-il un compromis à la Belge ? Non, je ne vous le dirai pas, faudra lire cet excellent polar historique pour le savoir.

Sachez juste que nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours et qu’il n’est pas facile d’avoir raison contre tout le monde dans cette époque qui voulait que les gens ne soient pas ce qu’ils étaient vraiment. Si un Juif pouvait se faire passer pour un catho pour éviter les ennuis, si un homo pouvait donner le change aux autres, un Noir en fuite ne pouvait pas changer sa couleur de peau.

Un polar historique bien documenté, addictif, sans pour autant se la jouer 24H chrono, des personnages réalistes, qui évoluent, une enquête difficile et quelques scènes qui donneront envie de hurler tant c’est inhumain. Un récit brillant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°284], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°37] et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Les ombres de la Sierra Madre – Tome 1 – La Niña Bronca : Philippe Nihoul et Daniel Brecht

Titre : Les ombres de la Sierra Madre – Tome 1 – La Niña Bronca

Scénariste : Philippe Nihoul
Dessinateur : Daniel Brecht

Édition : Sandawe (17/05/2017)

Résumé :
Traumatisé par les horreurs de la Première Guerre mondiale, Moroni Fenn, jeune Mormon au comportement violent et imprévisible, est envoyé au Mexique pour assurer la sécurité des colonies qui y sont implantées.

En chemin, il manque de se faire tuer par un vieil ermite à moitié fou et sauve, puis adopte, une petite Indienne exhibée comme un animal sauvage.

Malgré les mises en garde du vieil homme, qui parle de bandes d’Apaches encore sauvages en ces années 20 et le comportement intrigant de sa fille adoptive, Moroni ignore les signes étranges et les cris nocturnes qui se multiplient autour de sa maison. Il va le regretter.

Critique :
Non le western n’est pas mort ! Tu as vu son hommage chez Jean-Pierre Foucault ? Non… Donc le western n’est pas mort.

Il a même encore de beaux restes et des auteurs de talents pour lui rendre ses lettres de noblesse.

Même si le scénario reste conventionnel, le talent est dans la manière de raconter l’histoire et clairement, nous sommes face à un conteur de talent qui est arrivé à m’entraîner là où je ne m’y attendais pas.

Moroni Fenn, notre personnage principal est un mormon. Depuis son retour des tranchées de la Première guerre Mondiale, il n’est plus le même. Déjà qu’il n’était pas le plus zélé des membres de l’église des Saints des derniers jours, ça ne s’est pas arrangé avec les traumatismes de la guerre.

On l’envoie donc au Mexique, à Colonia Juárez, pour assurer la sécurité de la communauté mormone qui s’y trouve. Mais sur la route, il croise celle d’une gamine, la Niña Bronca, utilisée comme objet de foire.

Décidemment, Moroni ne fait jamais rien de ce qu’on attend de lui et c’est ce qui est génial avec ce personnage car il de l’humanité, lui ! Et il nique toutes les règles des mormons : il boit de l’alcool et n’a qu’une seule femme.

Les décors mexicains, comme ceux des tranchées nous plongent d’emblée dans l’ambiance. Celui de l’Argonne est rempli de boue et de sang, ceux du Mexique sont secs et remplis de poussière.

Plusieurs personnages hauts-en-couleurs officient dans ce western et en toile de fond, il y a les terribles guerriers Apaches qui cherchent à récupérer la gamine puisqu’elle fait partie des leurs. On se doute que dans les tomes suivants, ça va barder…

Si cela fait 20 ans que l’on a plus vu d’Apaches dans le coin, ils n’ont jamais disparus totalement de l’endroit, restant cachés en petits clans afin de ne pas se faire repérer par les chasseurs de scalps. Là-bas, un bon Indien est toujours un Indien mort…

Un western qui, bien que possédant un scénario classique, tire son épingle du jeu en racontant l’histoire différemment, en proposant des personnages ayant réellement existé, avec d’excellents dessins et des ambiances chaudes et poussiéreuses.

Sûr et certain que je vais acheter la suite maintenant que j’ai découvert ce premier tome.

Le cahier final comporte les portraits des personnages qui ont réellement existés, ce qui les ancre encore plus dans cette bédé réaliste.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°259], et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, et le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 56 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Blanc autour : Wilfrid Lupano et Stéphane Fert

Titre : Blanc autour

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Stéphane Fert

Édition : Dargaud (15/01/2021)

Résumé :
1832, Canterbury. Dans cette petite ville du Connecticut, l’institutrice Prudence Crandall s’occupe d’une école pour filles.

Un jour, elle accueille dans sa classe une jeune noire, Sarah. La population blanche locale voit immédiatement cette « exception » comme une menace.

Même si l’esclavage n’est plus pratiqué dans la plupart des États du Nord, l’Amérique blanche reste hantée par le spectre de Nat Turner : un an plus tôt, en Virginie, cet esclave noir qui savait lire et écrire a pris la tête d’une révolte sanglante.

Pour les habitants de Canterbury, instruction rime désormais avec insurrection. Ils menacent de retirer leurs filles de l’école si la jeune Sarah reste admise.

Prudence Crandall les prend au mot et l’école devient la première école pour jeunes filles noires des États-Unis, trente ans avant l’abolition de l’esclavage.

Critique :
Jeune enfant, on m’avait expliqué à l’école que la guerre de Sécession avait eu lieu parce que les vilains du Sud étaient esclavagistes et que les gentils du Nord pas.

Qu’au Nord, les Noirs n’étaient pas traités en esclaves mais en Hommes libres…

Puis, un jour, en lisant l’album « Black Face » des Tuniques Bleues, j’avais appris que si les Noirs n’étaient pas des esclaves dans le Nord, ils n’avaient pas de droits, zéro, nada, que dalle et étaient aussi mal considérés que dans le Sud (et sans doute dans nos pays aussi, ne nous faisons pas plus catho que le pape).

Les dessins sont spéciaux, mais ils ne m’ont pas dérangés une fois que je m’y suis habituée. J’ai aimé le style minimaliste de certaines cases, sans paroles, mais où les expressions affichées sur les visages des gens montraient bien tout le bien qu’ils pensaient qu’une jeune fille noire soit instruite et qu’ensuite, toute l’école pour jeunes filles Blanches devienne une école pour les jeunes filles Noirs.

Nous sommes dans le Nord, l’esclavage est aboli mais n’allez pas croire que les Blancs acceptent que les Noirs aient des droits, ni même le droit à l’instruction car c’est dangereux d’être instruit, de savoir lire, écrire. Le dernier Noir a qui on a appris à lire s’est révolté. Pour eux, pas question ! Déjà que l’on accepte que des jeunes filles blanches soient instruites… Manquerait plus que toutes les femmes le soient !

Les Noirs ont juste le droit d’être leurs bonnes à tout faire, leur homme à tout faire, bref, de bosser librement mais en se taisant, merci bien. Pourtant, si ces personnes qui poussent des hauts cris s’étaient intéressés à ces jeunes filles, ils auraient appris qu’elles venaient quasi toutes de familles afro-américaine appartenant à la middle-class.

Ce roman graphique, sans montrer trop d’horreurs, nous laisse quand même entrevoir entre les lignes, avec des images sans paroles, toute la violence contenue dans ces hordes de gens bien pensants qui estimaient que les jeunes filles Noires ne pouvaient pas être instruites.

Car ils se doutaient que cela ne s’arrêterait pas là, que ça impliquerait ensuite que leur monde allait changer et eux, comme des petits enfants, ne voulaient pas que leur monde change ! Normal, ils avaient le pouvoir… Il ne fallait pas compter non plus sur les femmes Blanches pour jouer la solidarité féminine puisque ces dames étaient des épouses soumises aux avis de leur mari.

Wilfried Lupano use toujours de finesse dans ses analyses de situation, sans manichéisme, ses portraits de personnages sont travaillés et l’auteur explore plusieurs pistes, plusieurs courant de pensées, nous remettant en mémoire que l’Enfer est pavé de bonnes intentions…

Avec peu de mots il arrive à regrouper tous les comportements aberrants, lâches, violents, disproportionnés, des gens quand ils ne sont pas d’accord avec quelque chose. Certains crient des choses sensées, véridiques, afin d’ouvrir les yeux des filles et le jeune Sauvage, petit garçon Noir libre d’aller où il voulait, sans jamais avoir été instruit, avait tout compris.

Les Blancs de cette Histoire sont instruits, la plupart (surtout les hommes), mais jamais ils n’useront du dialogue, ne s’exprimant que par la brutalité des gestes et des mots, comme s’ils étaient tous mal dégrossis. Et toujours à plusieurs parce que la lâcheté les empêcherait de le faire seul. Ensuite, comme toujours, ils et elles se donneront bonne conscience en disant qu’ils n’étaient pas d’accord avec cette folie furieuse.

Lorsqu’on connait l’Histoire américaine et que l’on sait qu’à la rentrée des classes 1957, dans les universités, il fallu accompagner les quelques étudiant(e)s Noirs qui y firent leur entrée par des gars de la Easy Compagny, on se dit que le chemin va être encore long et laborieux avant que le regard des gens changent…

Et au vu de l’actualité, je me dis que le regard des gens n’a pas changé autant que ça, malheureusement.

Un magnifique album graphique qui met en scène une partie de l’Histoire dont nous n’avions pas connaissance et je me suis réjouie de l’apprendre parce que dans toute cette merde ségrégationniste, il y avait des gens biens et malgré tout, des lueurs d’espoir.

Non, la liberté n’est pas gratuite, faut aller la chercher, se battre pour l’avoir, pour la garder, mais qui dit liberté dit aussi responsabilités.

Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022) – Roman graphique.

L’attaque du Calcutta-Darjeeling – Wyndham et Banerjee 01 : Abir Mukherjee

Titre : L’attaque du Calcutta-Darjeeling – Wyndham et Banerjee 01

Auteur : Abir Mukherjee
Éditions : Liana Lévi (17/10/2019) / Folio Policier (15/10/2020)
Édition Originale : The Rising Man (2016)
Traduction : Fanchita Gonzalez Batlle

Résumé :
1919. La Grande Guerre vient de se terminer en Europe. Après cette parenthèse éprouvante, certains Britanniques espèrent retrouver fortune et grandeur dans les lointains pays de l’Empire, et tout particulièrement en Inde.

Ancien de Scotland Yard, le capitaine Wyndham débarque à Calcutta et découvre que la ville possède toutes les qualités requises pour tuer un Britannique : chaleur moite, eau frelatée, insectes pernicieux et surtout, bien plus redoutable, la haine croissante des indigènes envers les colons.

Est-ce cette haine qui a conduit à l’assassinat d’un haut fonctionnaire dans une ruelle mal famée, à proximité d’un bordel ?

C’est ce que va tenter de découvrir Wyndham, épaulé par un officier indien, le sergent Banerjee.

De fumeries d’opium en villas coloniales, du bureau du vice-gouverneur aux wagons d’un train postal, il lui faudra déployer tout son talent de déduction, et avaler quelques couleuvres, avant de réussir à démêler cet imbroglio infernal.

Critique :
Gorge Profonde aurait pu devenir le surnom du capitaine Sam Wyndham tant on va essayer de lui faire avaler des couleuvres, dont la plus grosse qui soit : les Anglais sont là pour civiliser les Indiens et sans nous, ils n’arriveraient à rien, nous sommes équitables et nos lois sont justes…

Les lois anglaises sont justes pour les Anglais, les Blancs, mais jamais pour les indigènes, les Indiens, habitants de leur propre pays mais qui ont les Anglais, ces espèces de belles-mères qui s’incrustent chez eux.

En fait, je serais tentée de dire que la résolution du crime du haut fonctionnaire MacAuley est accessoire tant elle ne sert qu’à nous démontrer l’iniquité de la colonisation : lois Rowlatt de 1919 autorisant les arrestations arbitraires au moindre soupçon d’insubordination (et détention durant 2 ans sans justificatifs). Arrestations d’Indiens par des Anglais, bien entendu.

Plusieurs personnages prendront la parole, dont des Indiens, une métis, un négociant en textiles afin de nous expliquer l’inégalité du système. Les Anglais ont toujours eu une haute opinion d’eux-mêmes, se croient garant d’une morale élevée et que leurs lois sont justes, équitables, correctes.

Mais il n’en est rien, à force de se croire supérieur, l’Anglais écrase les autres, les indigènes, estime qu’ils ne doivent pas devenir trop intelligents, que ça pourrait leur faire mal au cerveau et que l’indépendance ne doit pas arriver, ces pauvres indigènes n’étant pas capables de s’en sortir sans les Anglais…

La plume de l’auteur manie avec brio l’humour et le cynisme, l’encre est teintée d’ironie douce-amère et c’est un véritable plaisir de découvrir ce roman policier qui ne ressemble à aucun autre. Les personnages sont bien travaillés, impossible de les confondre entre eux et personne n’est tout à fait blanc ou noir.

Apprêtez-vous à avaler des couleuvres vous aussi car l’auteur ne fige aucun de ses personnages et ce que les autres disent d’eux peuvent être vrai ou faux, ou pas tout à fait vrai…

L’atmosphère lourde et poisseuse de Calcutta est bien rendue aussi et pour peu, on aurait envie de démarrer un ventilateur, même si dehors il fait des températures négatives et que la neige tombe. La ville de Calcutta est un personnage à part entière, elle aussi.

Un excellent roman policier, un vrai roman noir qui nous parle de contextes sociaux, des castes de l’Inde, de la colonisation, de révolution, de terroristes qui voudraient se libérer du joug anglais, d’Anglais qui ont du mal à s’adapter au climat et un pays au bord de l’implosion.

Un roman noir où les deux enquêtes servent à mettre sur la table les problèmes des colonisés, leurs revendications, leurs attentes, leurs souffrances et à dénoncer la main de fer dans laquelle les colonisateurs anglais tiennent les autochtones.

L’auteur nous parle aussi de ce pays (l’Inde) qui peut transformer un homme ordinaire en raciste ordinaire et lui mettre dans la tête l’idée que la suprématie raciale existe bel et bien.

C’est pernicieux et notre capitaine Sam Wyndham va avoir fort à faire pour ne pas devenir comme ses pairs. J’ai bien envie de lire la suite pour savoir comment il va évoluer.

Une belle découverte, une fois de plus !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°199] et Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°25].

Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 09 – Un cow-boy dans le coton : Achdé et Jul

Titre : Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 09 – Un cow-boy dans le coton

Scénariste : Jul
Dessinateur : Achdé

Édition : Lucky Comics (23/10/2020)

Résumé :
Lucky Luke se retrouve bien malgré lui propriétaire d’une immense plantation de coton en Louisiane. Accueilli par les grands planteurs blancs comme l’un des leurs, Lucky Luke va devoir se battre pour redistribuer cet héritage aux fermiers noirs.

Le héros du far-west réussira-t-il à rétablir la justice dans les terrains mouvants des marais de Louisiane ? Dans cette lutte, il sera contre toute attente épaulé par les Dalton venus pour l’éliminer, par les Cajuns du bayou, ces blancs laissés-pour-compte de la prospérité du Sud, et par Bass Reeves, premier Marshall noir des États-Unis.

Critique :
Lucky Luke, comme beaucoup de personnages de littérature, n’a pas le droit de prendre des vacances ou de se reposer : même dans le trou du cul du far-west, il arrive encore à tomber sur des personnes qu’il connaît bien et adios le repos !

Alors, les Dalton, ils font partie du décor, s’ils ne s’évadent pas, ce n’est pas un vrai Lucky Luke.

Par contre, le premier Marshall Noir, Bass Reeves, lui, on ne l’avait jamais vu dans le petit monde du cpw-boy qui tire plus vite que son ombre.

Oui, Bass Reeves, ou le River Bass de la bédé du même nom et qui est plus politiquement correct dans un Lucky Luke que dans la version de Darko Macan et Igor Kordey.

Lucky Luke qui se frotte au racisme du Sud, l’idée est bonne et louable, mais j’ai l’impression qu’on a survolé le sujet sans vraiment entrer dedans et qu’on s’est perdu en cours de route.

Nous sommes dans un Lucky Luke, je comprend que les gars du KKK doivent être caricaturés comme le furent les Indiens, la Cavalerie, les éleveurs, les bandits… Nous sommes là pour rigoler après tout et se moquer de ces gens est une bonne méthode.

Donc, qu’on en fasse des zozos de carnaval ne me dérange absolument pas. Dans l’univers de Lucky Luke, les Méchants sont plus bêtes que méchants, mais c’est la manière dont on résout le problème qui m’en pose un.

Le Deus Ex Machina qui réglera le problème de cet album marchait du temps de Morris et Goscinny mais moins dans les nouvelles aventures… Nous avions manqué de profondeur dans le scénario et j’aurais préféré que l’on règle le problème de manière moins… (titre d’une chanson fort connue sur le Rocher).

En 46 pages, Lucky Luke ne passera pas longtemps dans sa plantation, aura peu de soucis comparé à l’histoire du fermier mit du barbelés sur la prairie ou au milieu des O’Hara et des O’Timmins ou face à un juge et son ours apprivoisé…

On survole le tout, on essaie de bourrer un max de références connues (qui sont amusantes, je ne dis pas le contraire), mais ça nous éloigne du sujet principal : la plantation de coton, l’or blanc du Sud.

Pire, les Dalton feront même tapisserie et nous éloignerons une fois de plus de la plantation pour nous mettre face à des Cajuns et leur manière de parler particulière. Une grande référence du Sud, mais en 46 pages, il faut faire des choix drastiques ou faire plus court.

La présence des Dalton donnera quelques scènes d’humour, notamment leur évasion et leur entrée dans les marais, mais de ce fait, l’auteur survolera le sujet des plantations et des esclaves Noirs qui ne l’étaient plus, tout en l’étant encore.

Même eux sont caricaturés à l’extrême et aucun ne ressort du lot pour rester dans nos mémoires comme est resté Sam, le meilleur verseur de café du Mississippi et du Missouri réunis !

Nous sommes loin des albums de Morris/Goscinny de chez Dupuis où les personnages étaient marquants, fort en gueule, sympathiques, amusants, hauts en couleur, mauvaise foi… Des personnages que l’on n’oublie jamais, qui reste dans nos mémoires, autant les méchants flamboyants tel Joss Jamon que les gentils ou les loufoques. De cet album, je ne retiendrai personne !

Un album qui n’est pas mauvais, loin de là, qui possède de l’humour, des situations cocasses, des petites références à des personnages de notre époque et littéraires, un album qui partait d’une bonne intention mais qui n’arrive jamais vraiment à conclure dans le coton à force de se disperser un peu partout pour arriver à tout caser en 46 pages.

Mais au moins, je ne pourrai pas leur reprocher comme dans les autres albums, de mettre en scène des dialogues de films connus (Les Tontons Flingueurs et Rabbi Jacob) pour « Les Tontons Dalton » et « La Terre promise » sans rien inventer de neuf.

Comme je ne suis pas mauvaise joueuse, je lirai encore les nouvelles aventures de Lucky Luke mais mon or blanc à moi restera les albums du duo Morris/Goscinny qui seront très difficile à égaler.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°128].

Sous le parapluie d’Adélaïde : Romain Puértolas

Titre : Sous le parapluie d’Adélaïde

Auteur : Romain Puértolas
Édition : Albin Michel (30/09/2020)

Résumé :
Le matin du 25 décembre, alors que le spectacle de Noël bat son plein sur la place de la ville de M, Rose Rivières, une jeune femme, est assassinée au beau milieu de la foule.

Le comble est que sur les cinq cents personnes présentes, aucune n’a vu ni entendu quoi que ce soit. Sauf peut-être, cet insolite témoin, abrité sous le parapluie d’Adélaïde…

Romain Puertolas est décidément un maître des coups de théâtre. De fausse piste en rebondissement, tel un Sherlock Holmes, il poursuit une enquête littéraire qui vous mènera là où vous ne vous y attendiez pas !

Critique :
J’avais dit, après le premier opus (La police des fleurs, des arbres et des forêts), qu’on ne m’y reprendrais plus car j’avais trouvé le truc dès le départ : la faute au quatrième de couverture trop bavard.

Mais après la lecture du dernier Marc Levy, j’avais envie de fraîcheur, de simplicité et de tester ma sagacité légendaire (on ne rigole pas).

Ma sagacité a une fois de plus parlé et j’ai senti l’oignon dans le pâté (pour rester polie), sauf que cette fois-ci, cela n’a pas gâché ma lecture.

L’immersion dans les années 20 dépourvues de moyens techniques était une vraie bouffée d’oxygène après un techno thriller et je me suis attachée à cette avocate commise d’office.

Déjà, dans les années 20, être avocate, c’était rare mais en plus, Martine Moinard est une battante, une Sherlock Holmes qui ne renonce jamais et qui enquête afin de prouver l’innocence de son client.

Ce roman policier se lit tout seul, les pages se tournent, sous nos yeux appréciateurs car la plume de l’auteur nous gratifie de quelques touches d’humour de-ci de-là tout en nous contant la vie difficile dans les campagnes en 1920.

Pour être parfaitement honnête, un indice m’avait mis la puce à l’oreille et j’avais mon coupable mais je n’arrivais pas à trouver la totalité du modus operandi. Il me manquait un détail et mon cerveau ne le trouvait pas. Bon sang, mais c’est bien sûr ! Ma sagacité en a pris un coup car c’était simple tout en étant bien fichu. La mère Agatha aurait apprécié sans doute.

Par contre, moi qui voulait un peu de douceur dans ce monde de brutes et qui pensait ricaner un bon coup comme dans le premier, j’en ai été pour mes frais car certains passages sont émouvants, tristes et nous remette les idées en place : il y a 100 ans à peine, les conditions et les droits des femmes étaient inexistants et elles étaient à la merci de leurs époux. Toujours de nos jours, pour certaines.

Non, ce n’est pas qu’un agréable petit roman policier qui fait passer le temps, il y a aussi des messages et le final est tout sauf drôle. C’est touchant, émouvant, triste.

Mon seul bémol ira pour une action que notre avocate battante n’a pas tentée, après l’affaire du compartiment de train… Là, elle m’a déçue car il y avait matière à déposer une plainte et ne pas rester les bras ballants. Une preuve de plus que la femme n’était que peu de choses en 1920 ?

Un charmant roman policier qui se lit agréablement en cherchant l’endroit où l’auteur va jouer avec nous. Si chez Agatha Christie c’était imperceptible, ici, une fois de plus, ça m’a sauté aux yeux et j’ai de suite compris l’entourloupe.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°117].

 

Ce qu’il faut de nuit : Laurent Petitmangin

Titre : Ce qu’il faut de nuit

Auteur : Laurent Petitmangin
Édition : La manufacture de livres (20/08/2020)

Résumé :
C’est l’histoire d’un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent et les enfants grandissent. Ils choississent ce qui a de l’importance à leurs yeux, ceux qu’ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes.

Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses.

C’est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes.

Laurent Petitmangin, dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d’hommes en devenir.

Critique :
À quoi ça tient le destin d’une personne ? À un fil, pas plus…

Au fait qu’on ait été là au bon moment ou au contraire, absent quand il ne fallait pas…

Qu’on ait fermé sa gueule quand on aurait dû l’ouvrir… Ou ouvert sa gueule quand on aurait dû la garder fermée.

À des bonnes ou des mauvaises rencontres… À des parents, des amis qui peuvent vous aider à reprendre pied, à changer de route et à prendre la bonne. À vous aussi qui avez envie, ou pas, de suivre leurs conseils. Car si on peut mener le cheval à l’abreuvoir, on ne peut pas le forcer à boire.

Ce roman social m’a donné l’impression d’être un curé écoutant la confession d’un homme qui a tout fait pour que ses deux gamins grandissent bien, après le décès de leur mère. Il a bossé dur, a fait du mieux qu’il pouvait avec ses maigres moyens.

Ses enfants semblaient être parti sur les bons rails, ce qui pour un type qui bosse à la SNCF est une bonne chose. Puis Fus (Frédérique) l’aîné à pris la voie qu’il ne fallait pas et est allé traîner avec des gars de la Marine… Pas la marine marchande, ni celle de l’armée, celle qui a rebaptisé son Front en Rassemblement et c’est refait une virginité.

Effectivement, vu comment le fils en parle et dédramatise la chose, on dirait presque que tout baigne, que c’est propre mais sous la propreté, il y a toujours de la crasse et on a beau emballer la merde de la haine dans un bas de soie, ça reste toujours de la merde.

Rien de bon ne pouvait en sortir d’une telle fréquentation et notre Fus a déraillé grave sa race et fini directement droit dans le mur. Même si d’autres lui ont donné des raisons de péter un câble.

Plus que la confession d’un père qui se demande à quel moment il a merdé, perdu pied, fermé sa gueule ou lieu de l’ouvrir, ce roman donne surtout l’impression d’écouter un vieil ami qui vide son sac, qui se libère d’un poids trop lourd pour ses frêles épaules et qui aimerait que tous les bons moments passés avec ses deux gosses existent toujours.

J’ai aimé sa confession, j’ai aimé l’histoire, le côté social des ouvriers besogneux, socialos, la manière dont l’auteur arrive à parler du racisme ambiant, de ses petites phrases qui semblent innocentes quand on les dit, mais qui ne sont que des pamphlets de haine douce, de lieux communs, de mauvaises pensées, ces préjugés tout faits, ces mauvaises idées que l’on a sur les Autres comme si nous étions nous mêmes exempt de défauts.

Il m’aura juste manqué les émotions que je n’ai pas ressenti alors que j’aurais dû me les prendre violemment dans la gueule.

Pour la défense de l’ouvrage, j’ai encore du mal à me remettre des émotions fortes de « Betty », sans compter que les dernières décisions prises par le Conseil National de Sécurité pour lutter contre le coronavirus m’ont foutues par terre.

Ce n’était pas le livre à lire lorsqu’on a le moral dans les chaussettes et autant d’énergie qu’un rat mort. Il mérite mieux que ça. Heureusement qu’il y a Dealer de Lignes pour ça.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°107].

Betty : Tiffany McDaniel

Titre : Betty

Auteur : Tiffany McDaniel
Édition : Gallmeister Americana (20/08/2020)
Édition Originale : Betty (2020)
Traduction : François Happe

Résumé :
“Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne.” La Petite Indienne, c’est Betty.

Née en 1954 dans une baignoire, Betty Carpenter est la sixième de huit enfants. Sa famille vit en marge de la bonne société car, si sa mère est blanche, son père est cherokee.

Lorsque les Carpenter s’installent dans la petite ville de Breathed, après des années d’errance, le paysage luxuriant de l’Ohio semble leur apporter la paix. Avec ses frères et soeurs, Betty grandit bercée par la magie immémoriale des histoires de son père. Mais les plus noirs secrets de la famille se dévoilent peu à peu.

Pour affronter le monde des adultes, Betty puise son courage dans l’écriture : elle confie alors sa douleur à des pages qu’elle enfouit sous terre au fil des années.

Pour qu’un jour, toutes ces histoires n’en forment plus qu’une, qu’elle pourra enfin révéler au grand jour.

Betty raconte les mystères de l’enfance et la perte de l’innocence. A travers la voix de sa jeune narratrice, Tiffany McDaniel chante le pouvoir réparateur des mots et donne naissance à une héroïne universelle.

Critique :
Est-il possible de tenir un lecteur en haleine et en émerveillement avec une saga familiale de 700 pages, sans le perdre en route ?

Pas besoin de réfléchir, la réponse est un grand et massif OUI !

Ohio, durant les années 60-70… Les paysages décrits sont magnifiques, beaux, grandiose et le racisme y est vif, laid, imbécile, crasse, les clichés tenaces et débiles…

Pourtant, si les gens ouvraient un peu les yeux au lieu de se réfugier dans cette haine des autres, le Monde tournerait mieux.

Betty est une petite fille qui adore son papa. Sa mère est Blanche, son père est un Cherokee, ce qui fait d’elle une sang-mêlée et ce n’est pas au goût des autres car elle a la peau sombre, du moins, « sombre » pour les standards de l’époque. Et elle va bouffer des avanies à l’école…

Betty, elle est magnifique, c’est le genre de personnage attachant au possible, le genre de gamine qu’on aurait aimée avoir pour copine et son père est tout simplement hors norme, du genre qu’on aurait tendance à penser qu’il n’existe que dans les romans, et pourtant, ce roman est tiré d’une histoire vraie, celle de Betty, la mère de l’auteure…

Ce roman, c’est une ode à la vie, à l’amour, à la différence et les mots me manquent pour en parler tant il m’a remué les tripes et mis l’eau au bord des yeux (mais ça, faut pas le dire, hein).

La plume de l’auteure est une caresse pour les yeux, un délice pour l’esprit, un couteau pour le cœur, mais sans jamais sombrer dans le pathos vulgaire et racoleur.

Ce qui est décrit dans ces pages, c’est tout simplement l’Humain tel qu’il était à cette époque et comme il est toujours en 2020 : un crétin fini qui aime humilier les autres, les avilir, les écarter à cause de différences de couleurs de peau ou d’ascendance. L’Homme dans toute sa splendeur (ironie).

Dans le roman de David Vann, « Aquarium », il y avait une scène d’une rare violence psychologique qui restera gravée dans ma mémoire, comme celle dans « My absolute Darling » (de Gabriel Tallent).

On peut y ajouter celle où la mère de Betty lui raconte une histoire le jour de ses 9 ans. Oh putain… Après ça, vous avez envie de lire « Cache-cache petit faon » que vous avez offert à votre nièce !

Betty, c’est le genre de roman qui vous marque à vie, dont vous vous souviendrez toujours. Même si dans quelques années vous en avez oublié la majeur partie, il reste toujours le sentiment que ce livre était un grand livre, comme je me souviens toujours de certains titres qui ont marqué ma mémoire au fer rouge.

Betty entre dès maintenant dans le panthéon de mes grandes lectures.

PS : Comme Betty est tiré d’une histoire vraie, j’espère que tout les enfoirés de crétins et toutes les jeunes gamines imbéciles le liront et sentiront la honte leur monter aux joues. Et pour le directeur de son école, je propose un champ de tir… De paintball, je serai gentille (mais à poil !).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°104].

Marshal Bass – Tome 5 – L’Ange de Lombard Street : Darko Macan et Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 5 – L’Ange de Lombard Street

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey

Édition : Delcourt Néopolis (2019)

Résumé :
River Bass est prêt à affronter n’importe qui… sauf sa famille. Pour éviter de rentrer chez lui, il parcourt les USA et se retrouve à Philadelphie, pendan l’Exposition universelle de 1876.

Parmi les visiteurs se trouve un vétéran de la Guerre civile, tueur à gages borgne, et Bass se porte volontaire pour le traduire en justice. Marshal Bass a prouvé qu’il était imbattable en pleine nature mais saura-t-il s’en tirer aussi bien dans la grande ville ?

Critique :
Comment ne pas tourner en rond avec une bédé ? On change d’endroit et on quitte les plaines du Far-West, là où notre marshall Bass est à l’aise et on l’envoie dans une grande ville pleine de Blancs.

Ce n’était déjà pas facile de se faire respecter en tant que Noir dans l’Ouest, mais dans une grande ville comme Philadelphie, croyez-moi, ce n’est pas le paradis !

Aux côtés du marshall Bass, on entre dans l’Amérique du sordide, celle qui n’est pas belle à voir, celle qui ne figure sur aucune cartes postales. C’est le visage de l’Amérique qui a grandit, pas en beauté, pas en sagesse, c’est celle des plus mauvais jours.

Le dessinateur ne m’offre pas des dessins que j’apprécie, mais par contre, ces doubles pages sont toujours somptueuses (cherchez pas docteur, je suis le cul entre deux chaises au sujet des dessins) et les couleurs lumineuses offrent des tableaux aux airs champêtres lors de l’expo universelle.

La question que je me posais était au sujet de l’adaptation de notre marshall dans une grande ville et j’ai été rassurée : ses facultés d’adaptation sont énormes et il sait jouer le rôle qu’il faut pour obtenir des infos. Bass, ce n’est pas un imbécile.

Une fois de plus, les auteurs ne sont pas tendres avec leur personnage, ni avec l’Amérique dont ils dressent un portrait peu flatteur mais ô combien réaliste. On ne va pas se voiler la face, ce n’est guère reluisant du côté des Américains.

Au moins, Bass n’a pas la prétention de vouloir laver plus blanc que blanc, lui-même n’étant pas exempt de défauts et de contradictions. Cela fait un an qu’il bourlingue car il n’a pas envie de revoir sa famille.

L’intrigue est bien menée, nous offrant son lot de surprise et une fois de plus, personne n’est tout blanc ou tout noir, mais tout en nuances de gris. Au lecteur de tirer ses conclusions et de se faire juge ou non de ce qu’il verra se dérouler sous ses yeux.

Dans cette nouvelle aventure du marshall Bass, les monstres ne sont pas toujours ceux qu’on croit et les anges n’ont pas toujours la belle gueule de l’emploi.

Assurément, c’est une série à découvrir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°103].

Marshal Bass – Tome 4 – Yuma : Darko Macan et Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 4 – Yuma

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey

Édition : Delcourt Néopolis (2019)

Résumé :
Un bon criminel ne reste jamais vraiment à l’ombre. Même s’il a été incarcéré, Chef Powell règne d’une main de fer sur pénitencier de Yuma grâce à son argent et son influence.

Le marshal adjoint River Bass a pour mission d’infiltrer la prison et de mettre pour de bon un terme aux activité de Powell.

Mais que peut-il faire, seul face à six cents détenus en colère, affamés, désespérés… et prêts à en découdre à tout instant ?

Critique :
— Marshall Bass, votre mission, si vous l’acceptez, sera d’infiltrer le pénitencier de Yuma où un politicien condamné utilise son argent pour y faire la loi et se faire chouchouter.

Voilà donc notre premier marshall Noir de l’Histoire en route pour se faire embastiller.

♫ Les portes du pénitencier, bientôt vont se refermer ♪ (je ne résiste jamais).

Notre homme a du pain sur la planche puisque le politicien Powell règne en maître sur la prisons, ses prisonniers et les gardiens.

Une fois de plus, l’album est très sombre au niveau du scénario et est à réserver à des adultes avertis. Les couleurs sont lumineuses, nous sommes peut-être à l’ombre mais sous le soleil implacable de Yuma.

Bass est ronchon, il rumine son acte qui a eu lieu à la fin de l’album précédent et ça ne le met pas de bonne humeur. Il va falloir jouer serré pour se faire entendre alors qu’un politicien Blanc distribue son argent comme des Dragibus.

C’est violent, c’est noir, c’est sans espoir… Un huis-clos oppressant dont on ne sait pas qu’elle en sera l’issue tant tout semble mal barré pour notre marshall.

Une fois de plus, j’ai passé des moments forts avec mon marshall bourru.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°XX].