Agatha Raisin enquête – Tome 4 – Randonnée mortelle : M.C. Beaton

Titre : Agatha Raisin enquête – Tome 4 – Randonnée mortelle

Auteur : M.C. Beaton
Édition : Albin Michel (02/11/2016)
Édition Originale : Agatah Raisin, book 04 : And The Walkers of Dembley (1995)
Traducteur : Jacques Bosser

Résumé :
Après un séjour de six mois à Londres, Agatha retrouve enfin ses chères Cotswolds – et le non moins cher James Lacey.

Même si le retour au bercail de son entreprenante voisine ne donne pas l’impression d’enthousiasmer particulièrement le célibataire le plus convoité de Carsely.

Heureusement, Agatha est très vite happée par son sport favori : la résolution d’affaires criminelles. Comme le meurtre d’une certaine Jessica, qui militait pour le droit de passage de son club de randonneurs dans les propriétés privées des environs.

Les pistes ne manquent pas : plusieurs membres du club et quelques propriétaires terriens avaient peut-être de bonnes raisons de souhaiter sa disparition.

Mais la piste d’un tueur se perd aussi facilement que la tête ou… la vie !

Critique :
Randonnée mortelle ? Non mais qu’est-ce qu’il me prend de vouloir lire un roman avec un titre pareil alors que je pratique moi-même la rando en ce moment et que nous sommes passés par des endroits où il y a déjà eu des morts ??

Morts accidentelles, certes, donc pas d’enquêtes sur mes parcours dangereux pour Agatha, mais tout de même, c’est troublant ! Pire, ça fait même froid dans le dos dès qu’on croise un groupe de randonneurs… Qui sait ?

Ce qui a de bien (ou de chiant, à vous de voir) dans les Agatha, c’est que tout ceux qui passent de vie à trépas de manière suspecte sont toujours des personnages nouveaux ET plus que détestables !

Le genre de personne tellement mauvaise qu’on aurait eu envie nous-même de leur sucrer leur thé d’arsenic et autres poisons ! Anybref, quand ces gens se retrouvent occis, on a presque un sourire machiavélique de satisfaction.

C’est tout de même un reproche que j’adresserai aux romans de cette série, c’est que les personnages qui apparaissent sont souvent stéréotypés, sans nuances, méchants, mauvais, cynique, manipulateurs, agressifs, possessifs, et j’en passe.

Un peu de nuance ne ferait pas de tort car nous sommes véritablement face à des clichés ambulants dont le réalisme laisse à désirer car il serait impossible de réunir une troupe aussi hétéroclite dont tout le monde est aussi stéréotypé (un couple de lesbiennes, une vieille fille, une féministe militante extrémiste, un logeur de l’IRA, une douce rêveuse de basse-classe, un couple limite gay et un faux écossais qui porte le kilt et qui n’arrive pas à conclure).

Pour le reste, pas de temps mort dans ce quatrième tome qui se dévore en 3h de lecture intense et quelques nouveautés à la fin de l’histoire où l’on tombe littéralement des nues tant c’est rapide, soudain, inattendu et peu réaliste dans le fait que ce personnage ne nous a pas préparé à un truc pareil.

Mais je ne doute pas que dans les suivants, le temps redeviendra instable et la mer agitée.

Ce qui fait le charme et le piment du personnage décalé d’Agatha sont toujours présent, mais attention de ne pas tomber dans la caricature d’elle-même sinon, les autres romans risquent de se retrouver sur ma PAL des « meubles à caler » pour cause d’enquête qui tournent en rond et de personnage devenu inintéressant.

Que les puristes du roman policier « Whodunit » restent éloignés de cette résolution d’enquête parce qu’elle tiendra plus du hasard que des déductions logiques chères à Sherlock Holmes et que même vous vous aurez compris bien avant les enquêteurs un peu loufoques que sont Agatha et son James Lacey.

Mais bon, les Agatha Raisin ne se lisent pas pour leur profondeur des dialogues, pour leurs scénarios dignes de la Reine du Crime qu’était Agatha Christie avec des coupables totalement inattendu découverts après une enquête poussée.

On lit Agatha pour se détendre, pour faire le vide dans son cerveau, parce que le personnage est cynique, rentre-dedans, pieds dans le plat et que tout cela est amusant à lire.

L’avantage de cette lecture repose avant tout sur le fait qu’il y a peu de temps mort et qu’on n’a pas le temps de s’embêter.

Il y a donc moins de risques dans les randos que nous pratiquons, Chouchou et moi, que dans celles se déroulant dans la région de cette chère Agatha. Ouf !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018). et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°2- Le Signe des Quatre – lire le quatrième tome d’une saga).

 

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Six fourmis blanches : Sandrine Collette

Six fourmis blanches - Sandrine Colette [NUM]Titre : Six fourmis blanches                                                            big_4

Auteur : Sandrine Collette
Édition : Denoël (2015)

Résumé :
Le mal rôde depuis toujours dans ces montagnes maudites. Parviendront-ils à lui échapper ?

Dressé sur un sommet aride et glacé, un homme à la haute stature s’apprête pour la cérémonie du sacrifice. Très loin au-dessous de lui, le village entier retient son souffle en le contemplant.

À des kilomètres de là, partie pour trois jours de trek intense, Lou contemple les silhouettes qui marchent devant elle, ployées par l’effort. Leur cordée a l’air si fragile dans ce paysage vertigineux. On dirait six fourmis blanches…

Lou l’ignore encore, mais dès demain ils ne seront plus que cinq. Égarés dans une effroyable tempête, terrifiés par la mort de leur compagnon, c’est pour leur propre survie qu’ils vont devoir lutter.

POLAR - Six fourmisCritique : 
Freud dirait sûrement que l’auteur a un compte à régler avec les randonnées vu comment elle a l’art de vous en dégoutter dans ses romans (2).

Je suis du même avis… On aura beau être au mois de juin, j’aurais des sueurs froides lors de mes randos de vacances !

« La montagne, ça vous gagne » disait la pub. Tu parles ! La montagne, ça peut te tuer, oui ! C’est une tueuse silencieuse, la montagne, aidée de sa compagne la poudreuse. Les salopes…

D’ailleurs, le syndicat d’initiative de l’Albanie doit avoir mis l’auteur sur liste rouge parce qu’après cette lecture, on a pas envie d’aller faire du trek dans leurs montagnes.

Allez, enfilez une tenue de circonstance avant de plonger dans ce délicieux roman qui peut vous glacer les sangs et le bout de vos doigts.

Lorsque j’ai commencé ma lecture, je me suis demandé quel rapport il pouvait y avoir entre le récit de Mathias, sacrificateur de chèvres (oui, ça existe, ça pourrait être une reconversion en ces temps de crise) et celui de Lou,  compagne d’Elias, qui a gagné, ainsi que 4 autres, un trekking en montagne à Valbona, Albanie.

Nos 6 randonneurs (4 hommes et 2 femmes) du dimanche vont, sous la conduite de leur guide, Vigan, gravir la montagne durant quelques jours. Mais rien ne va se passer comme ils le pensaient et certains vont même y laisser leur bien le plus précieux : la vie !

Au fur et à mesure du récit, je me suis attachée à Mathias, l’homme qui lance des chèvres du haut de la montagne, ainsi qu’à Lou, qui nous compte le récit mouvementé de leur rando. J’ai tremblé pour eux, j’ai croisé les doigts, j’ai eu froid pour eux et j’ai eu du mal à lâcher le récit, je l’avoue. Surtout quand j’ai commencé à entrevoir le lien entre les deux…

Avant la lecture, j’avais pensé à un récit à la « Dix petits nègres » comme le disait une chronique… Le genre où dans la cordée, le dernier disparait mystérieusement, ou un des trekkers qui ne revient pas après avoir été secouer son petit oiseau dans le froid. Mais il n’en était rien et c’est tout à fait autrement que ça s’est déroulé, et ce n’est pas plus mal, je ne voulais pas du « déjà lu ».

Sur ma gauche, je devine un mouvement et je pousse un hurlement. Une fraction de seconde, je vois la masse filer dans la descente et j’ai la certitude qu’Arielle avait raison, il y a bien quelque chose dans la montagne, qui nous suit, qui a senti que c’était son heure…

L’auteur joue avec nos peurs, celle qui nous rendrait fou si on se retrouvait perdu en montagne, durant une tempête de neige. Peur de mourir de faim, de froid, peur de ce qui peut se cacher dans l’ombre, peur d’être le suivant à y passer.

On ne vaut pas grand-chose face à la nature, ses déchainements incompréhensibles, et notre réflexion stupide de chercher une explication.

Quelle horrible impression, celle de nos propres limites: jamais, dans la vie ordinaire, nous n’avons besoin d’aller aux frontières de ce dont nous sommes capables, à l’extrême de nos forces. Le sentiment d’arriver au bout nous est étranger. Nous nous croyons invincibles, quand nous n’avons simplement pas à utiliser nos réserves. Nous sommes des protégés, des assistés qui s’ignorent. Des faibles. (..) Devant l’immensité des éléments, dans des situations extrêmes, nous ne sommes plus rien.

Un roman avec beaucoup de tensions, de suspense et de peurs qui vous rendra chèvre car la chute sera angoissante. Une écriture aux petits oignons et des personnages bien campés.

Un roman qui met aussi l’accent sur les coutumes d’un pays fort méconnu, l’Albanie, dont nous savons peu de choses, hormis nos préjugés.

On a beau être en 2015, dans certains petits coins paumés, les gens restent fort superstitieux et ne veulent pas froisser les Esprits.

Le mal suinte de ce pays comme l’eau des murs de nos maisons tout le long de l’hiver. Enraciné en nous, telle une sangsue fossilisée sur une pierre. C’est ce que disait mon grand-père, et avant lui son père, et le père de son père : depuis toujours ces montagnes sont maudites. Qui se souvient que quelque chose de beau y ait été conçu, s’y soit développé ? Que de contreparties à notre présence ici, que de compromis pour nous donner, parfois, le sentiment de bien vivre. Les vieux répètent à l’envi que les mauvais esprits ont choisi cet endroit pour venir mourir ; qu’ils y agonisent des années durant, crachant des imprécations sur nos roches et nos forêts malingres. Nous sommes de trop dans ces vallées ; nous en payons le prix fort. Nous aurions dû abandonner ces terres où nous n’avons jamais été les bienvenus. Si seulement nous étions raisonnables. Mais nous sommes faits de la même caillasse, refusant de céder une once de terrain, acharnés à faire pousser les tubercules qui nous permettent de tenir amaigris jusqu’au printemps suivant. Heureux d’un rien, aussi.

Challenge « Thrillers et polars » de Canel (2014-2015).

CHALLENGE - Thrillers polars 2014-2015 (1)