Le silence et la fureur : Natalie Carter & Nicolas d’ Estienne d’Orves [LC avec Bianca]

Titre : Le silence et la fureur

Auteur : Natalie Carter & Nicolas d’ Estienne d’Orves
Édition : XO Thriller (01/03/2018)

Résumé :
Un lac perdu de l’Ontario, et au milieu, une petite île escarpée où souffle le vent mauvais du soupçon. Max King, pianiste adulé dans le monde entier, y vit reclus dans sa maison, prisonnier de ses obsessions et de ses cauchemars.

Il y a dix ans, un drame l’a condamné au silence : la moindre note sur le clavier provoque en lui d’effrayantes douleurs. Pour cet immense artiste, la musique est devenue un bourreau. Mis à part sa gouvernante, Max King ne voit personne.

Ni sa femme Fiona, ni son fils Luke, qui a quitté l’île et que tout le monde surnommait le « petit prince ». Un futur pianiste de génie, comme son père. Le retour de Luke résonnera comme un cataclysme sur cette terre maudite.

Et du silence jaillira bientôt la fureur.

Critique :
♫ Smoke on the water, fire in the sky ♪ Smoke on the water ♫

Non, on ne parlera pas de Deep Purple, mais on va causer musique tout de même car elle est en arrière-fond de ce thriller psychologique en huis-clos.

Une île au Canada, un pianiste de talent, sa femme à tout faire et un silence assourdissant avant que la fureur ne se déclenche…

Un lieu retiré, un village qui a tout du village fantôme depuis que Max King, virtuose du piano qui remplissait les salles encore plus vite que Johnny, Madonna et U2  réunis, a arrêté de jouer suite à une catastrophe arrivée à un de ses concerts.

Notre homme a beau vivre en reclus, être perclus de manies, se comporter comme un enfant, avoir d’un tyran maniaque, il attire tout de même la sympathie car il est incapable de jouer de la musique, de lire une partition, d’écouter de la musique à la radio, sous peine d’avoir l’impression qu’une perceuse lui vrille la tête.

Dans sa maison, la musique est coupée, interdit de la fredonner, pourtant, elle est sans cesse en arrière-plan, jouant à « on m’entend », « on m’entend plus ». Lui-même voudrait bien, mais il ne peut point.

L’arrivée d’un visiteur surprise arrivera-t-elle à le sortir de sa gangue de plomb dans lequel son corps, son esprit, son talent, est enfermé, englué, prisonnier ??

Sa femme à journée, celle qui s’occupe de lui constamment, arrivera-t-elle à lui lâcher un peu la bride et à cesser de s’en occuper comme si c’était son enfant, celui dont on ne veut pas qu’il grandisse, des fois qu’il n’ait plus besoin de nous ??

Si on transposait ce roman en film, je recommanderais, en fond sonore, une musique angoissante, celle qui dresse les poils sur les bras (L’exorciste) car tout est fait pour nous donner l’impression que l’on avance à vue, dans la fumée, tâtonnant afin d’en savoir plus, tandis que les auteurs nous guident dans leur thriller psychologique, jouant avec nous comme si nous étions leurs pantins.

Même les personnages sont les pantins des auteurs. On ne sait pas qui ment, qui dit la vérité, si vérité il y a et mensonges aussi. On se pique au jeu, on se prend dans le récit angoissant, bourré de tensions, sans pour autant avoir de l’action, car ici, tout est dans les attitudes, les silences, les paroles, les gestes, des différents personnages.

Le final, lui, il est époustouflant, violent, angoissant, anxiogène, rempli de suspense et tous les secrets enfouis referont surface, pour le meilleur, ou pour le pire.

Un roman qui fait monter la tension et les battements cardiaques.

Enfin, du moins chez moi car Bianca, ma copinaute de LC, n’a pas du tout aimé le récit, n’a pas su entrer dedans et à trouver le final ignoble. Je confirme qu’il est ignoble, mais j’ai adoré.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°22.

Nains – Tome 6 – Jorun de la Forge : Pierre-Denis Goux & Nicolas Jarry

Titre : Nains – Tome 6 – Jorun de la Forge

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Pierre-Denis Goux

Édition : Soleil (25/01/2017)

Résumé :
Alors qu’il a quatre ans, Jorun, le fils cadet de Redwin, se renverse du métal en fusion sur le visage… Marqué pour le reste de sa vie et jalousant le talent de son frère aîné, Jorun est dévoré par la colère.

Si Ulrog, son frère aîné, a hérité du don de leur père pour la forge, Jorun, lui, a hérité seulement de sa rage…

Incapable de contrôler ce fils de plus en plus rebelle, Redwin le confie à un recruteur de la légion de Fer, une compagnie de mercenaires regroupant les courtards qui fuient le poids de la tradition naine, le déshonneur ou la justice…

Critique :
Redwin, le père de Jorun, m’avait ému dans le premier tome de cette nouvelle saga. Son fils allait-il à nouveau me faire vibrer ou pas ?

On commence assez fort car les premières images nous montrent un fils affrontant son père, devant la grande porte d’une forteresse assaillie.

Oups, niveau bonheur et quiétude familiale, je sens qu’on va repasser.

Il y a plus de chance que nous nous dirigions vers un affrontement père-fils plus sérieux que celui qui opposa Dark Vador à Skywalker.

Jorun, c’est un gamin de merde ! Voilà, je l’ai dit… Toujours fourré dans les pieds de son père à la forge, alors qu’il est trop jeune, râlant, jalousant son ainé à qui on apprend déjà les rudiments de l’art de forger, Jorun va faire une grosse connerie à cause de son entêtement et il le paiera cher.

Pas facile de se faire un nom lorsque votre père est une Légende à lui tout seul ! Pas facile, quand on est un enfant, de comprendre pourquoi votre père a arrêté de forger des armes, lui qui avait un talent indéniable dans l’art des runes.

Pas facile de se faire un nom lorsque vous sentez bien que vous n’avez aucun talent pour la forge et que c’est votre frère ainé, Ulrog, qui a reçu tout le talent et a devant lui la route toute tracée pour devenir le plus grand forgeron et le plus grand maître des runes de sa génération.

Alors, il s’en va chanter ♫ tiens, voilà du boudin ♪ à la Légion, qui, comme celle des humains, accepte tout le monde, sans poser de questions.

L’Histoire est un éternel recommencement et les erreurs du père sont refaites par le fils, celui-là même qui ne voulais pas finir comme son père… La différence sera que le fils pourra compter sur quelques amis durant son apprentissage.

De très beaux dessins viennent renforcer un scénario qui pourrait sentir l’éculé, mais qui, avec le talent de Nicolas Jarry, sent bon le renouveau.

Des dialogues percutants, une quête de sois-même parsemée de coups, de tabassages, de combats, de renoncements, de haine de soi et des autres : le tout mélangé donnent une fois de plus, un excellent album dans cet univers riche qu’est celui des Nains.

Meurtres à Willow Pond : Ned Crabb

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Titre : Meurtres à Willow Pond

Auteur : Ned Crabb
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
Sur les rives d’un petit lac du Maine, Alicia et Six Godwin coulent une existence paisible, entre la librairie qu’ils ont créée et leur passion commune pour la pêche. Jusqu’au jour où ils décident de passer le week-end dans le luxueux lodge que leur richissime cousine, Iphigene Seldon, dirige d’une main de fer.

Âgée de 77 ans et dotée d’un caractère bien trempé, la vieille femme a justement convoqué ce même week-end ses nombreux héritiers pour leur annoncer qu’elle modifie son testament. Au lodge, l’atmosphère devient électrique. Et tandis qu’un orage d’une extrême violence se prépare, tous les membres de la famille se laissent envahir par des envies de meurtre.

WillowCritique : 
Imaginez un instant qu’Agatha Christie soit une férue de pêche à la ligne et qu’un jour, ayant éclusé quelques verres de bourbon, elle ait décidé de nous créer des personnages colorés, d’ajouter du sexe et de transposer tout ça pour des meurtres à l’Anglaise dans les terres de Stephen King : le Maine !

— Alors, si je comprends bien, tous les ingrédients sont réunis pour que ça tourne au vinaigre.

— Oh, bon sang, répondit Six à Gene, on se croirait dans un roman d’Agatha Christie. Les gens envoient encore des menaces de mort, de nos jours ?

Il y a ici comme une atmosphère de « Dix Petits Nègres » (coupé du monde durant quelques heures) avec des cadavres qu’on pourrait ramasser à la pelle ou au filet de pêche, le tout mélangé avec « Mort sur le Nil » devenu « Morts sur le lac » et un soupçon du « Crime de l’Orient Express » pour le fait que bien du monde souhaiterait voir Iphegene Seldon avaler son acte de naissance de travers.

Attention, ami lecteur, si tu n’as jamais lu du Ned Crabb, ça pourrait te perturber au départ, bien que ce roman-ci soit moins olé-olé que « La bouffe est chouette à Fatchakulla », mais malgré tout, on retrouve la patte ou la plume de l’auteur dans ses personnages assez hauts en couleurs et ses finals assez déroutants.

Connaissant l’animal, je n’ai pas été perturbée le moins du monde car je savais que je devais m’attendre à des trucs un peu fous et je peux comprendre que certains aient été déstabilisé par le final à la James Bond dans ses meilleurs jours, par le trop plein d’enquêteurs avec le couple Godwin engagé et par l’identité de…

— Et merde. Sherlock Holmes.
Caleb pouffa.
— À part la pipe, y a pas grande ressemblance.

L’auteur prendra son temps pour planter le décor de la luxueuse lodge où les amateurs de pêche aux portefeuilles sans rivets se donnent rendez-vous pour pêcher pour l’amour du sport.

Durant les 432 pages, on suit les péripéties de tout nos personnages principaux, on boit beaucoup, on baise aussi et on en profite pour mieux découvrir la tenancière de l’affaire, Iphigene Seldon, sorte de Tatie Danielle et surnommée par ses neveux « Le Duce », ce qui vous situe bien le côté tyrannique de la vieille bique que tout le monde aimerait voir morte.

— C’est Merrill et moi que le Duce détestait. Kipper, elle l’a-do-rait. Son Kiperounet, elle l’a-do-rait. Lui et sa petite fée Clochette en cuisine.

La voir morte ? Ils la détestent tant que ça ? Oh que oui ! Elle règne sur eux tel un tyran, ils touchent de gros salaires mais sont prisonniers chez eux et, bien que ça ne change pas la face du monde si la vieille allait voir six pieds sous terre, pour eux tous, la vie en serait changé merveilleusement bien et tous chanteraient « Libérés, délivrés ».

— Eh bien, moi, j’ai essayé plein de fois de me représenter ce que ça ferait de prendre un flingue pour la descendre… la descendre… au moment où elle me cassait les couilles. (Il eut à nouveau un sourire tordu pour Tom.) Lieutenant, on m’a souvent castré, mais ça repousse toujours.

Pas eu le temps de m’endormir, l’auteur manie l’humour au travers de ses dialogues et de ses personnages qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ne sont pas figé dans leur identité, c’est à dire qu’il évoluent et que les salauds pourraient bien être pas si salauds que ça…

Et que si la plupart des membres qui compose la famille Seldon (au sens large) a envie de voir la vioque mourir, ou de la tuer, ce n’est pour autant qu’ils danseront la mazurka lorsque ça arrivera.

Merrill avait cordialement détesté sa tante, elle avait souhaité sa mort, avait prié pour que Gene meure. Mais à présent, oh Seigneur, à présent, elle voyait avec effroi le grand abyme séparant l’envie de tuer et le meurtre réel, un abyme sans pont qui permette de revenir en arrière […].

Un roman qui tire vers le nature writing, le roman policier, le thriller sur la fin, et une ambiance que n’aurait pas renié la Grande Dame du Polar, les références au sexe et à la pratique de la bête à deux dos en moins pour elle (shocking !).

Cela n’empêcha pas le câlin de la cuisine de susciter chez cet Orphée dégingandé une réaction physiologique qui poussa son Eurydice à glousser et à baisser les yeux pour admirer cette ardeur soudaine.
— Doux Jésus, s’exclama-t-elle, n’as-tu pas été rassasié dans notre lit de stupre ? — La bête sort du bois.
— Ça m’en a tout l’air.
— Reviens-t’en dans notre antre, douce amie.

Des personnages bien typés, hauts en couleurs, qui peuvent révéler des surprises, bonnes comme mauvaises,  une plume qui manie l’humour et qui sait si bien nous décrire un lac paisible, une tempête ou des scènes de pêches même si on ne pratique pas à tel point qu’on aurait envie d’y être (mais sans les meurtres !).

Si on ne peut pas s’installer sur le ponton le soir avec ses nichons à l’air, à quoi bon être au bord d’un lac ?

Et la tension qui monte, qui monte… Comme la libido de tous nos protagonistes !

Rien qu’à s’imaginer se pavanant dans le casino, habillée comme Eva Green dans Casino Royale avec Daniel Craig, un vague désir commença à l’échauffer.

— Ça vous chauffe les tripes.
— C’est ça qu’on appelle un café au corps généreux ? demanda Alicia.
— Je pensais que “au corps généreux” signifiait “gros seins et hanches larges”. […]
— Enfin, concernant cette histoire de… femme aux formes généreuses. Si cela indique une ardeur naissante de ta part, et crois-moi je ne suis absolument pas hostile à un peu d’ardeur, pourrais-tu s’il te plaît te retenir jusqu’à cet après-midi ? J’ai envie d’aller à la pêche d’abord.

Pour moi, un excellent moment de lecture avec de l’humour et des rebondissements, le tout dans un cadre merveilleux.

Qui a dit que la pêche était un sport calme ??

— Un gentleman ne boit jamais de bon whisky au goulot.

— Il y a autre chose.
— Ouais ?
— Renee expose entièrement aux regards la féminité de son buste.
— Caleb, ta façon de t’exprimer m’étonne parfois.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US » chez Noctembule, Challenge « Coupe d’Europe des Livres » chez Plume de cajou, RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

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