Les enquêtes de Frère Athelstan – T01 – La galerie du rossignol : Paul Doherty

Titre : Les enquêtes de Frère Athelstan – T01 – La galerie du rossignol

Auteur : Paul Doherty
Édition : 10/18 Grands détectives (2013)
Édition Originale : The Nightingale Gallery (1991)
Traduction : Christiane Armandet & Anne Bruneau

Résumé :
Cette première enquête se déroule en 1377, au lendemain de la mort du fameux Prince Noir, bientôt suivi dans la tombe par son père, le roi Edouard III.

Alors que la couronne d’Angleterre tombe aux mains d’un enfant, le futur Richard II, les intrigues de la noblesse se succèdent et une terrible lutte de pouvoirs va déchirer le pays, entraînant la désapprobation de l’Eglise et des grands négociants de la capitale.

Après l’assassinat ignoble de l’un d’eux, quelques jours après le décès du roi, le coroner et frère Athelstan entrent en scène.

Leur mission va les mener des taudis de Whitefriars aux ors et aux fastes de la Cour.

Critique :
Vos oreilles ne saigneront pas car « La galerie du rossignol » n’est pas un nouveau récital du fameux Rossignol Milanais, mieux connu sous le nom de Bianca Castafiore.

Le rossignol de cette galerie n’a rien à voir non plus avec le petit oiseau d’un homme qui sifflerait chaque fois qu’une dame passe.

Mais comme le plancher de cette galerie grince, faisant penser à un chant de rossignol, va falloir en tenir compte si vous voulez aller tuer une personne en passant par cette galerie.

Le masque est conseillé pour lire ce roman, si possible avec une arrivée d’oxygène car en l’an de grâce 1377, tout le monde rote, pète, même à table, même devant un régent.

Ajoutez à cela la pestilence des corps qui ne voient pas souvent l’eau et encore moins le savon, les habits qui dégagent des senteurs aussi délicates que 20 chiens mouillés qui reséchent et des cadavres en putréfactions pendus à des gibets. Respirez un bon coup à fond et paf, vous mourrez étouffé !

Le temps me manque souvent pour lire tout ce que je voudrais lire et malheureusement, le enquêtes du frère Athelstan et du coroner Sir John Cranston en pâtissent en premier lieu. J’essaie au moins d’un lire un à chaque Mois Anglais car je les adore, ces deux enquêteurs atypiques.

Le Dominicain frère Athelstan est homme pieu, calme, posé, tandis que Sir John Cranston est ventripotent, gras, gros, a le gosier plus qu’en pente, s’endort partout, rote, pète, dit des gros mots. Gérard Depardieu serait parfait dans le rôle.

La force de cette saga tient dans ces deux personnages qui se complète malgré leurs différences et dans la description de l’Angleterre de 1377. Les bas-fonds sont présents, bien décrits, ne manque que l’odeur (heu, oubliez l’odeur, on s’en passera) et la dichotomie est bien faite avec le monde d’en haut, celui des nobles (qui ne sentent pas meilleur que ceux du Londres d’en bas).

On ne pourra pas reprocher à l’auteur de ne pas immerger ses lecteurs dans l’Histoire et de ne pas mettre le prix sur les décors qui sont plus vrais que nature. Je reproche parfois à certains livres d’être frileux sur l’époque où se déroule leurs romans, ici pas, l’auteur connait son sujet, il le maîtrise et nous le sert sans que cela soit indigeste ou mal mélangé.

Les romans ne sont pas fort épais, ils sont rythmés car l’auteur s’attache à nous montrer la vie de nos deux enquêteurs, leurs petites misères, les paroissiens qui se crêpent le chignon, les blessures secrètes de Cranston, sans que tout cela ne vienne briser le rythme de l’enquête. Toutes ces petites choses forment un tout que l’on dévore car il a du goût (et des odeurs).

Distrayant, amusant, odorant et les quelques touches d’humour ou de bisbrouilles entre nos deux personnages ajoutent du piment au récit, de la vie. C’est réaliste, tout simplement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°270 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Bakhita : Véronique Olmi [LC avec Bianca]

Titre : Bakhita

Auteur : Véronique Olmi
Édition : Albin Michel (2017) / Livre de Poche (2019)

Résumé :
Bakhita, née au Darfour au milieu du XIXe siècle, est enlevée par des négriers à l’âge de 7 ans. Revendue sur un marché des esclaves au Soudan, elle passera de maître en maître, et sera rachetée par le consul d’Italie.

Placée chez des religieuses, elle demande à y être baptisée puis à devenir soeur.

Critique :
Lorsque j’ai ouvert ce roman, je ne savais même pas qu’il était tiré d’une histoire vraie… Shame on me. C’est en l’ajoutant sur Babelio que je m’en suis rendue compte.

Pour moi, ça a changé toute la donne et démultiplié les émotions qui étaient déjà fortes après quelques pages.

Darfour, dans les années 1870. Une petite fille de 7 ans, qui vivait tranquille dans son village, est enlevée par des hommes d’un village voisin et livrée au négriers, aux esclavagistes musulmans (les cathos n’ont pas le monopole).

Non, sa destination ne sera pas les États-Unis mais d’autres pays africains où elle sera esclave. Mais avant d’arriver à cette horrible destination, il faudra y aller à pied et le chemin est long, difficile, ardu, violent, où l’humanité est portée disparue depuis longtemps car les captifs sont traités pire que des bêtes, comme des objets.

Le récit de celle que l’on nommera Bakhita (elle a oublié son prénom d’enfant) commence lentement mais jamais la narration, au présent, ne s’essouffle car le lecteur est happé dans cet univers sombre et violent de la traite des Africains par d’autres Africains et j’ai souvent eu la gorge serrée durant ce récit.

Aucune avanies ne lui sera épargnée, ses maîtres, ses propriétaires, traitent leurs esclaves comme des non-humains, comme des jouets offerts à leur enfants et je vous passerai certains détails.

La lumière commencera à poindre lorsqu’elle rejoindra l’Italie, même si, mettant les pieds dans un pays où l’esclavage n’a pas cours, elle reste tout de même la propriété d’un couple et un jeune castrat sera offert en cadeau à un autre. Moi, là, j’en avale ma salive de travers ! Oui, on offre des humains comme on offrirait des jeunes chiots, chatons…

La suite, vous le saurez en découvrant cette biographique romancée… Bakhita est un personnage que l’on aime très vite, aussi bien enfant qu’adulte, elle est émouvante, innocente et le fait qu’elle n’ait jamais reçu d’éducation la fait réagir un peu comme un jeune enfant, sans compter qu’elle mélange plusieurs langues lorsqu’elle s’exprime.

Des émotions, j’en ai eu mon quota en lisant ce récit et j’ai même souffert de conjonctivite car j’ai eu de l’humidité dans le fond de mes yeux, sans compter la gorge nouée à de nombreux moments.

Sans jamais sombrer dans le pathos, l’auteure nous romance la vie de Bakhita d’une manière sobre, simple, mais empreinte d’un grand respect, sans rien nous cacher, mais en gardant parfois un voile pudique sur certains événements.

Bakhita, c’est une histoire profonde, forte, remplie d’émotions. Une histoire vraie, une histoire sur l’inhumanité de l’Homme mais pas que ça : dans ces pages, dans sa vie, elle a croisé aussi de belles personnes, remplie d’humanité, de compassion, de foi, et qui ont su l’aider à surmonter les horreurs de sa vie et à lui trouver une place, même si, jusqu’au bout, elle s’est toujours sentie esclave.

D’ailleurs, en Italie, dans ce pays où l’esclavage n’existait pas, il fallait une décision de justice pour que la personne soit affranchie. Cherchez l’erreur aussi.

Un roman puissant, généreux, émouvant, et un beau portrait de cette petite fille qui a tout perdu de sa vie (innocence, enfance, famille, pays, langue, souvenirs, identité,…) mais qui a su, grâce à l’aide des autres, s’en construire une autres et être un phare dans la nuit pour d’autres personnes.

Magnifique.

Une LC en décalage avec ma copinaute Bianca qui a moins accroché au récit et qui n’a pas terminé sa lecture. Exceptionnellement, je publie avant elle et sans elle car elle va le terminer à son aise et comme le Mois Anglais arrive à grand-pas, la chronique risquait de n’être publiée qu’en juillet…

Il pleut sur Managua : Sergio Ramirez

Titre : Il pleut sur Managua

Auteur : Sergio Ramirez
Édition : Métailié (2011)
Édition Originale : El cielo llora por mí (2009)
Traduction : Roland Faye

Résumé :
Entre deux orages, Managua est traversée par des processions religieuses délirantes, des manifs de toubibs, des embouteillages monstres, au milieu des ruines du tremblement de terre de 1972, des bidonvilles et des quartiers chics.

La guérilla est loin désormais, on inaugure en grande pompe des stations-services rutilantes et les évangélistes vendent du savon miracle.

Les anciens guérilleros sont devenus flics, bandits, notables, employés, les trahisons vont bon train, et les narcos courent toujours.

Ce jour-là la Vierge de Fatima entre dans la ville, au son d’un orchestre de chicheros, escortée par les officiers de la police nicaraguayenne.

L’inspecteur Morales regarde la scène de son bureau de la plaza del Sol. Il est chargé d’enquêter sur un yacht abandonné à Laguna de Perlas, sans doute une histoire de narcos, et pas des moindres.

Flanqué d’un lieutenant cynique et d’une ex-guérillera coriace devenue femme de ménage, il traque les coupables avec sa Lada bleue et son P38 sur fond de chaos social et politique.

Ce polar féroce nous plonge dans une société désabusée qui ne sait plus à quel saint se vouer ; l’auteur multiplie les personnages hauts en couleur et les histoires troubles en maniant avec talent l’humour vache et la satire sociale.

Critique :
Le Nicaragua n’avait pas encore été tamponné sur mon passeport de lectrice endiablée et un Mois Espagnol & Sud Américain (chez ma copinaute Sharon) est une excellente occasion pour voyager confiné !

Nous sommes face à un polar, noir, bien entendu, il ne saurait en être autrement dans un pays qui a connu la guérilla et où les anciens guérilleros sont devenus flics, ou bandits, ou bien notables, employés aussi ou femme de ménage.

On se recycle où on peut, on garde son surnom de guerre et il n’est pas facile quand deux personnages se sont connus dans la guérilla et sont maintenant chacun à l’opposé l’un de l’autre (un flic et un voyou en col blanc).

L’inspecteur Morales est un ancien guérillero rattaché à la brigade des stups, souvent en contact avec les agents de la DEA et l’auteur nous fait bien comprendre que les gringos ne sont pas vus avec des yeux de velours car les Américains étant des gros consommateurs de drogues, leur pays est une plaque tournante pour tous ces produits qui se sniffent, s’injectent, se fument…

L’inspecteur Morales, c’est la nonchalance d’un Derrick avec la libido de Siffredi, sans les éclairs de clairvoyance d’un Columbo ! Ok, je force un peu le trait, mais il a des maîtresses et n’hésite pas à se farcir un témoin, mère de la victime et à draguer une infirmière peu après.

Et on ne peut pas dire que Morales courre partout comme un Jack Bauer, surtout qu’il a une patte folle. Ni qu’il a une équipe de flic de choc pour l’aider puisqu’il va se faire aider par Dona Sofia, la femme de ménage du commissariat (ancienne de la guérilla aussi) et Fanny, sa maîtresse… C’est vous dire comment ça bosse à Managua !

Durant l’enquête, l’auteur va nous brosser un portrait du Nicaragua, de la ville de Managua, de ses blessures, ses fêlures due aux guérillas et au tremblement de terre, de la corruption, le tout entrecoupé des vannes de nos deux flics, Morales et Lord Dixon, son pote policier qui enquêtera à ses côtés.

C’est une plume cynique que l’auteur utilise pour nous parler de son pays, de ces habitants, de ces mœurs, des paysages, des bidonvilles, des maisons huppées, des cartels de drogue, des flics corrompus, dans les hautes sphères. Une satire sociale assez grinçante où il vaut mieux éviter de se perdre dans tous les personnages aux multiples noms et surnoms.

À un moment donné, le récit semble s’enliser dans un banc de sable et là, j’ai ramé un peu pour continuer l’histoire qui, juste après, est repartie de plus belle.

Un roman noir à découvrir pour en savoir un peu plus sur un pays à genou, sur une révolution – caramba – encore ratée, sur une société fracturée entre pauvres et riches, pour découvrir un roman sociétal, sans fard ni mascara pour couvrir cette misère que d’autres ne voudraient pas voir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°223 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 09].

 

 

Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie : François Cheng

Titre : Cinq méditations sur la mort autrement dit sur la vie

Auteur : François Cheng
Édition : Albin Michel (2013) / Livre de Poche (2015)

Résumé :
Comme ses « Cinq Méditations sur la beauté », ce texte de François Cheng est né d’échanges avec ses amis, auxquels le lecteur est invité à devenir partie prenante. Il entendra ainsi le poète, au soir de sa vie, s’exprimer sur un sujet que beaucoup préfèrent éviter.

Le voici se livrant comme il ne l’avait peut-être jamais fait, et transmettant une parole à la fois humble et hardie.

Il n’a pas la prétention de délivrer un « message » sur l’après-vie, ni d’élaborer un discours dogmatique, mais il témoigne d’une vision de la « vie ouverte ».

Une vision en mouvement ascendant qui renverse notre perception de l’existence humaine et nous invite à envisager la vie à la lumière de notre propre mort.

Celle-ci transformant chaque vie en destin singulier, la fait participer à une grande Aventure en devenir.

Critique :
Une fois de plus, c’est grâce à l’émission La Grande Librairie que j’ai découvert cet auteur et sa manière de parler, sans précipitation, avec réflexion et de manière très profonde, m’a donné envie de le découvrir par la lecture.

Rappelez-moi, un jour, de coller un procès à l’animateur, François Busnel, pour toutes les super découvertes littéraires que j’ai faites en regardant son émission (ça me ruine le portefeuille tout en enrichissant mon âme. Les banquiers se foutent de mon âme).

Sa manière de nous expliquer que pour éprouver du bonheur, il fallait avoir souffert, que sans les malheurs, souffrances, bref, toutes ces merdes, nous ne pourrions pas jouir et reconnaître le bonheur quand il se présente à votre porte.

Ben oui, je ne suis jamais si contente d’être en bonne santé qu’après avoir été malade… Et lorsque je suis malade, je regrette les jours de pleine santé que je n’ai pas accueilli avec joie.

Anybref, parlons de ce petit livre qui se lit avec lenteur aussi car là, on n’est pas dans un roman léger mais dans du lourd. Mon cerveau en fume encore.

Rassurez-vous, lire un essai qui parle de méditations sur le mort ne plombe en aucun cas l’ambiance ou votre moral. J’en suis sortie plus sereine, plus zen, plus apaisée aussi.

En fait, ce qu’il dit rejoint ce qu’une connaissance m’avait dite un jour et qui m’avait fait l’effet d’un uppercut car je ne l’avais jamais vue sous cet angle, l’idée de la mort : sans la mort, il n’y a pas de vie ! Si la vie est précieuse, c’est parce qu’elle n’est pas éternelle et qu’il y a la mort. Mais surtout, s’il n’y avait pas la mort, il n’y aurait pas la vie.

Ceci n’est qu’un résumé succin de ce que je viens de lire et que mon cerveau tente encore de mettre en ordre. De toute façon, je n’ai pas le talent, ni la prose, ni l’érudition de François Cheng pour vous parler de cette lecture qui m’a plongée ailleurs que sur Terre. Et ça, en plein confinement, c’est du tonnerre de Dieu !

Dieu, oui, il en parle mais à la manière d’un qui se questionne… Car si le hasard fait souvent bien les choses, ma question est la même que la sienne : comment le hasard a-t-il pu ordonnancer parfaitement la Terre, l’Univers, la Vie ?

Parce que bordel de dieu, c’est quand même bien fichu, bien pensé, pour un coup de hasard. Mais ne dit-on pas que le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito ? Je n’ai toujours pas la réponse à ma question, lui non plus, mais au moins, on a le mérite de les poser (lui plus que moi).

Sans vouloir être plus catholique que le pape, ce que je ne suis pas, il parle du sujet Dieu avec justesse et de celui de jésus d’une manière qui, déjà, dans l’émission, m’avait fait monter la boule dans la gorge car une fois de plus, il en parlait bien, sans virer grenouille de bénitier, sans choquer non plus les croyants, ni remettre en question les athées et les agnostiques. Ah si on m’avait parlé ainsi lorsque j’étais jeune !

Ce petit roman de méditations, c’est de la poésie, au sens propre comme au figuré, c’est de la justesse, ce sont des mots réfléchis, des réunions avec ses amis afin de partager avec eux ses méditations, c’est aussi de la philosophie, la beauté des mots, le fait que tout ce qu’il dit s’imbrique l’un dans l’autre.

Et en plus, c’est accessible à moi ! What’else ?

PS : lorsque je mourrai, en espérant que ce ne soit pas durant le confinement, je voudrais qu’à mon homélie à l’église, on passe « Paint in black » et « Sympathy for the devil » des Rolling Stones ! L’acoustique d’une église doit bien donner…

Le Pape terrible – Tome 4 – L’Amour est aveugle : Alejandro Jodorowsky & Theo

Titre : Le Pape terrible – Tome 4 – L’Amour est aveugle

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Theo

Édition : Delcourt (21/08/2019)

Résumé :
1513, un nuage lugubre obscurcit le ciel de Rome alors que le glas de la grande cloche de l’église San Pietro peinte en noire sonne. Le Pape est mort.

Raphaël et Michel-Ange sont parmi les gardes suisses pour porter son cercueil vers son ultime demeure.

Machiavel, lui, demande en mariage Madame Imperia, la matrone du bordel où il a ses habitudes. Un jour comme un autre dans la ville éternelle…

Critique :
Le pape commence à avoir chaud aux miches, Louis XII veut le destituer, sans parachute doré, cela va sans dire.

Mais le vieux sagouin est machiavélique, encore plus que Machiavel car il sait comment manipuler les foules !

Sans caméras, sans télés, sans Internet, sans journalistes, Jules II va entuber son monde et porter la manipulation au rang d’oeuvre d’art.

Mon Dieu, la crédulité à encore de beaux jours devant elle.

Sans mal juger les personnes de cette époque puisque nous sommes en 1513 et que la religion est toujours l’opium du peuple. Maintenant, les gens ont un autre opium, mais il y en a toujours un, juste qu’il a changé de mains, de visage…

Anybref, avec ce quatrième album, on clôt la saga du Pape Terrible, avec encore une scène de cul dans une fontaine qui est nettement plus explicite que celle qui eut lieu un jour dans une piscine d’un loft sur TF1… La vache, on y va fort (niqué) et on la met profond.

Sexy, le général Gaston de Foix, autant nu qu’habillé… Mais l’amour foudroie ceux qui s’aiment, à tel point que notre Jules II veut devenir à présent un bon chrétien… Sans doute que se faire prendre dans une fontaine d’eau bénite aide à se sentir plus en phase avec sa croyance et le mode de vie honnête qui va avec…

Machiavel est un conteur qui raconte bien les histoires et, tout en s’amusant à jouer la bêbête à deux dos avec Madame Imperia, la matrone du bordel qu’il a demandé en mariage, il nous dévoile les dernières frasques du Pape plus que Terrible.

Les cathos risquent de ne pas aimer ce dernier album, mais bon, le risque est minime, le blasphème n’existe pas chez nous et n’est donc point puni. Taper sur le catho ne comportant aucun danger, allons-y gaiement.

Il est juste dommage que les auteurs ne contrebalancent pas ces hommes d’Église dépravés par de ceux qui étaient justes et faisaient leur job correctement, sans en arriver à ses jeux de pouvoirs malsains.

Tout n’est pas à jeter avec l’eau du bain et je n’ai pas souvenir que le message de Jésus était celui appliqué par les générations de papes, cardinaux, prêtres et autres. Ou alors, nous n’avons pas lu le même livre. Ou certains nous l’ont interprété comme ça les arrangeaient le mieux, afin de se faire un max de pognon. Mais pas tous.

On a beau avoir encore du cul et de la violence, ce dernier tome donne l’impression d’être plus soft que les précédents et même s’il ne suit pas l’Histoire réelle de Jules II, on sait tout de même que ce dernier n’était pas un homme sympa ni un saint.

Donc, prudence, n’avalez pas des couleuvres en lisant cette saga ! Pour le reste, avalez si vous voulez mais n’oubliez pas de vous brosser les dents après, pour garder l’haleine fraîche.

Une saga à ne pas laisser traîner devant les petits enfants, devant les cathos coincés, devant les coincés tout court. À savourer, à découvrir, sans pour autant la prendre comme parole d’évangile car l’Histoire n’est pas respectée à tous les étages.

Quant au tome 4, non seulement il clôture bien la saga, mais en plus, il nous la fout profond aussi et je ne déposerai pas plainte.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°204.

 

Le Pape terrible – Tome 3 – La pernicieuse vertu : Alejandro Jodorowsky et Theo

Titre : Le Pape terrible – Tome 3 – La pernicieuse vertu

Scénariste : Alejandro Jodorowsky
Dessinateur : Theo

Édition : Delcourt (23/10/2013)

Résumé :
Revenu de guerre, Machiavel profite de se ressourcer au bordel de Madame Imperia pour conter les campagnes victorieuses de Jules II.

Campagnes militaires puis amoureuses puisque Michel- Ange a accepté le chantier de la Sixtine et de partager la couche du Saint-Père en compagnie de son rival Raphaël.

Mais dans l’ombre, une autre bataille a commencé : les cardinaux veulent organiser le prochain conclave…

Critique :
Chateaubriand avait dit, en parlant de Talleyrand et de Fouché que c’était « le vice appuyé sur le bras du crime »…

S’il avait vu le pape Jules II en compagnie de Machiavel,  il aurait dit que c’était le vice appuyé sur le bras de la perfidie.

Cachez cette bédé qu’un catho pur jus ne saurait voir. Je n’ose imaginer la tête que ferait une des tantes un peu coincée de mon paternel si elle tombait sur pareille bédé…

On a du sang et des complots, des assassinats, des kidnapping, des demandes de rançons, des magouilles… Jusque là, rien de très horrifiant pour les coincés du culte.

Mais on a aussi du cul, des nichons, de la baise, de la sodomie, du stupre et de la fornication. Bon, rien de nouveau non plus, c’est Sodome et Gomorrhe et cette histoire se trouve dans l’Ancien Testament (ma préférée).

N’empêche que voir un pape qui se vautre dans la fornication à tour de bras (même si ce n’est pas avec ça qu’il prend son pied), ça pourrait choquer les grenouilles de bénitier.

On risque aussi de choquer les férus d’Histoire car il est impossible de restituer ce Pape Terrible dans la chronologie des guerres d’Italie.

Le scénariste est Jodorowsky ne s’embarrasse pas de ces détails et vous débite l’Histoire à sa sauce, donc, ne prenez surtout pas cette saga pour argent comptant, même si, dans l’Histoire, la vraie, ce genre de pape a forcément dû exister. Allez hop, me voici excommuniée à vie.

Apprécions ce volume pour les scènes d’action, pour les leçons dispensée par Machiavel, tandis qu’il s’enfonce dans de grosse matrones, apprécions les dessins, les couleurs et le récit couillu car il illustre très bien les guerres de pouvoir et tout ce qui va avec.

Mais gaffe à ne pas en faire trop non plus… Trop de scènes de cul tuent les scènes de cul ! On a beau savoir que le Pape Terrible est friand de jolis petits culs et des fricandelles boulettes qui vont avec, mais de grâce, ne perdons pas une partie de notre temps à le voir le tich en l’air !

Anybref, même si cette saga s’affranchi de l’Histoire, elle nous dépeint un personnage abject mais fascinant dans sa manière d’arriver à faire marcher les autres sur sa musique.

Jules II est cynique, sadique, voleur, manipulateur, dépravé, se prenant pour Dieu mais c’est un manipulateur hors-paire (de couill** – elle était trop tentante) et un stratège généralissime, mais le prix à payer, pour les autres, est exorbitant car sanglant.

Si Jules II est un salopard de première, il a de la concurrence car tous les cardinaux qui gravitent autour de lui ne pensent, eux-aussi, qu’au pouvoir, à l’argent et au cul. Ce sont de biens mauvais serviteurs de Dieu et ils sont aussi croyant qu’un chat, un chien, un cheval…

Malgré ses défauts, jusqu’à présent, j’ai apprécié cette saga impertinente et je me demande bien comment les auteurs vont nous la terminer.

PS : lu en septembre 2017 et je n’avais pas fait de fiche critique. Maintenant que j’avais enfin mis la main sur le tome 4, il m’a fallu revenir sur le 3, afin de me le remettre en mémoire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°199.

Camp de gitans : Vladimir Lortchenkov

Titre : Camp de gitans

Auteur : Vladimir Lortchenkov
Édition : Mirobole Horizons Pourpres (03/09/2015)
Édition Originale : Tabor uhodit (2010)
Traducteur :

Résumé :
Loufoque, grinçant, acide, voici le tableau d’un pays en plein chaos dans un monde à la dérive. A l’Assemblée générale des Nations Unies, un terroriste moldave prend en otages tous les grands de ce monde, d’Obama à Poutine, en passant par Merkel, Berlusconi et Sarkozy. Ses revendications stupéfient la planète.

Pendant ce temps en Moldavie, entre incurie, corruption et culte aveugle de l’Union européenne, le pays a sombré dans l’anarchie, la capitale Chisinau est envahie par des hordes d’enfants abandonnés et une étrange religion se répand : les Moldaves seraient le Peuple élu, le nouvel Israël, qui réclame une Terre promise au bord de la Méditerranée… L’ONU va devoir agir, sans quoi, adieu les otages !

Découvrez dans ce roman à l’écriture étourdissante comment les Moldaves marchandent avec Dieux, ou pourquoi le major Plechka, maton filou, oblige ses prisonniers à écouter en boucle les trésors de la poésie nationale…

Critique :
Mon voyage en Moldavie s’est mal déroulée et je n’ai jamais réussi à rentrer dans ce livre qui avait pourtant tout pour me plaire puisqu’il était loufoque.

Nous commencions pourtant bien… Nous sommes aux Nations Unies où les plus grands chefs d’Etat du monde (Obama, Berlusconi, Merkel, Sarko,…) sont pris en otage par un « terroriste » moldave.

Pas de bol, j’ai eu un décrochage assez vite avec les espèces d’élucubrations biblique d’un espèce de prophète moldave qui disait que son peuple était en fait le peuple élu. Déjà là, je zappais des pages.

L’auteur donnant de la voix à plusieurs personnage, nous avons été aussi dans un camp de détention où l’arbitraire règne en maître puis nous irons dans la capitale qui se trouve en pleine déliquescence et dans une anarchie sanglante.

Je ne sais pas si j’ai déjà lu aussi loufoque que ce roman ! On est dans la farce, dans l’énormité, dans le plus c’est gros, ben plus c’est gros… En fait, ce roman est une bouffonnerie et j’ai beau aimer ça, ici, j’ai plus que coincé.

La Moldavie est un pays pauvre, le cul entre deux chaises entre les nostalgiques de l’ex-URSS et ceux qui sont europhiles, de plus, le pays connait un exode massif. Tout le monde fout le camp.

L’auteur a donc imaginé que son pays se vide totalement, comme dans une parodie osée de certains situations bibliques. Pffff, c’était long, répétitif et j’ai sauté, sauté, sauté des pages en soupirant et l’histoire m’est totalement passée au-dessus de la tête.

Non, pas possible, nous n’étions sans doute pas fait pour nous rencontrer, le roman et moi. Ce n’est pas l’envie qui me manquait, mais le style de l’auteur est rébarbatif (pour moi) et le côté sans queue ni tête m’a tué.

Puisque, selon eux, « La Moldavie, tu l’aimes ou tu la quittes », je pense que je vais quitter ce roman qui ne m’a pas apporté l’ivresse littéraire que je voulais.

Dommage car j’aurais préféré prendre mon pied dans le récit, avoir des fous rires et en apprendre un peu plus sur la Moldavie. En apprendre autrement.

Malgré tout, sous ce style foutraque et bouffon, on sent tout de même que l’auteur hurle son amour déchirant à son pays, en voie de perdition.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°161 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°06].

Le grand silence : Jennifer Haigh

Titre : Le grand silence

Auteur : Jennifer Haigh
Édition : Gallmeister Americana (02/05/2019)
Édition Originale : Faith (2011)
Traducteur : Janique Jouin-de Laurens

Résumé :
En 2002, une vague de scandales déferle sur l’Église catholique de Boston. Un à un, des prêtres respectés du diocèse sont accusés du pire des crimes, celui d’avoir abusé d’enfants qui leur étaient confiés.

Éloignée depuis longtemps de sa famille par trop étouffante, Sheila McGann est restée néanmoins proche de son frère aîné, Art, curé dévoué et populaire d’une grande paroisse de banlieue.

Lorsque Art se retrouve soupçonné à son tour de proximité coupable avec un jeune garçon, Sheila rentre à Boston afin de le soutenir. Leur autre frère Mike, ancien policier, est lui aussi bien déterminé à découvrir la vérité.

Leurs enquêtes croisées révéleront les doutes et faiblesses de chacun, venus de leur passé, ancrés dans leur présent.

Critique :
Il est rare qu’un roman de la maison d’éditions Gallmeister me déçoive, mais de temps en temps, ça arrive…

C’est toujours un crève-coeur, surtout quand on l’avait fluoré parce que pitch était plus qu’intéressant.

La pédophilie n’est pas un sujet joyeux et là, c’était l’église de Boston qui était éclaboussée par des accusations de pédophilie.

Je ne suis pas ici pour juger les hommes d’église mais je vous dirai juste que j’évite toujours d’accuser ou de mettre en cause la religion ou dieu lui-même car il sera impossible de leur envoyer une citation à comparaître…

Non, dans ces affaires horribles, c’est le coupable qu’il faut juger et rien d’autre et ne pas crier haro sur le baudet. Ni clouer au pilori le présumé innocent car des faux témoignages, ça existe et certains ont vu leur vie brisée après cela.

Anybref, dans ce roman qui traite d’un sujet brûlant, nous allions enquêter avec Sheila McGann sur la culpabilité ou non de son frère, Art, prêtre. Directement l’homme a été déchu, quasi viré et pour lui, c’est l’incompréhension totale, le choc brutal. Pour sa famille aussi (mettons-nous à leur place, si nous étions livré à la vindicte populaire).

Toute les familles ont leurs secrets et Sheila va en faire la découverte elle aussi.

Le problème de ce roman est dans ses longueurs sans fins, dans les personnages pour lesquels on développe peu d’empathie, qui me semblaient être là sans y être, ou alors, c’était moi qui regardais la pièce sans y être.

C’était mécanique et elle s’est grippée, me faisant perdre le fil et l’intérêt pour l’histoire.

Dommage mais c’est ainsi, certains livres qui auraient dû vous toucher sont écrits d’une telle manière que vous passez loin d’eux.

Il me reste une chose : les accusations, qu’elles soient de pédophilies, d’attouchements, de viols, de harcèlement ne sont jamais à porter à la légère.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°131.

Le Scorpion – Tome 12 – Le mauvais augure : Enrico Marini & Stephen Desberg

Titre : Le Scorpion – Tome 12 – Le mauvais augure

Scénariste : Stephen Desberg
Dessinateur : Enrico Marini

Édition : Dargaud (15/11/2019)

Résumé :
Nelio Trebaldi, le Scorpion, les différentes familles…, tous souhaitent ardemment découvrir le secret de la fortune des Trebaldi.

Afin de trouver réponse à ses questions, le Scorpion part en compagnie du Hussard et de son soi-disant fils Charles-Henri en direction du château de Tarquinio, demeure ancestrale de la riche famille.

Mais tout ne se passe pas comme prévu : le Chevalier de Trèfle, l’assassin des Trebaldi, s’intéresse de près à cette histoire et à l’art divinatoire de la lignée. Il enlève Charles-Henri et propose un marché au Scorpion : en échange de la vie de l’enfant, il lui ouvrira les portes du château.

Du côté des neuf familles, la situation dégénère également. Désireux de venger la mort de son père assassiné par un Delamorley, la folie d’Ursus Latal ne s’arrêtera que lorsque justice sera rendue.

Les réponses tant attendues sont à présent toutes proches. Encore faut-il pouvoir les saisir…

Critique :
Comment les Trebaldi ont-ils pu garder la main mise sur toutes les autres familles de Rome pendant des siècles ?

D’où vient leur fortune ? Cette famille qui possède le pouvoir, le savoir et l’argent cache-t-elle un trésor fabuleux ? Un secret bien gardé ?

Il n’y a pas que vous qui souhaitez le savoir… Prenez un ticket et faites la file. N’oubliez pas des armes, aussi car les nobles sont jamais que des bandits en col amidonné.

Ah, mon Scorpion ! 5 ans que j’attendais la suite ! Bon sang que c’est long, 5 ans, sans avoir de nouvelles de mon Italien sexy, de mon sombre héros, de mon bâtard préféré.

L’attente en valait-elle la peine ? Oui, trois fois oui, même si la final de cet album induit que nous en aurons encore au minimum un… Ou plus, si affinités. Tant que l’attente n’est pas aussi longue.

Pour se faire pardonner, les auteurs nous offrent un album de 64 pages aux couleurs chatoyantes et aux dessins sublimes, comme toujours. Les personnages sont bien esquissés, dans tous les sens du terme, les chevaux sont magnifiques, surtout celui du Scorpion et les images ont tout d’aquarelles.

Lorsqu’il s’agit de donner vie à des combats, le tout est dynamique et une attention est portée sur les expressions des différents personnages. Le dessin n’est pas statique mais tout dans le mouvement.

Niveau scénario, les multiples rebondissements m’ont fait passer un excellent moment, mais on fait monter ma tension d’un cran.

Une tension qui monte aussi (et pas dans le pantalon du Scorpion), c’est celle entre lui et son ami de longue date, le Hussard, qui lui reproche son égoïsme, son manque de cœur, d’empathie, envers son fils. Mais l’est-il vraiment, son fils ?

Le Scorpion a aimé bien des femmes, en a couchées dans son lit, les a prises dans toutes les positions et 3 d’entre toutes celles-là ont toujours été les plus amoureuses, même si de toutes, je préférerai toujours Mejaï, plus franche que les deux autres.

Dans la continuité des autres albums, les auteurs résolvent ici un vieux mystère sur la fortune des Trebaldi, le tout sur fond de guerre des familles pour le pouvoir absolu envers les autres familles puissantes de Rome.

De l’action, des magouilles, des secrets de famille, des assassinats, de la divination, des règlements de comptes, bref, rien de neuf sous le soleil, mais c’est tellement bien raconté qu’on a l’impression de découvrir les bassesses de l’âme humaine pour la première fois.

Mon Scorpion, ne met pas trop de temps à venir me voir. Sinon, pour patienter, je vais me refaire l’intégrale de tes aventures car elles m’ont toujours passionnées, diverties et en plus, j’apprenais des choses avec toi…

Sans compter que tu as une paire de fesses des plus tentantes !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°126.

Inspectrice Sarah Geringën – Tome 2 – Complot : Nicolas Beuglet

Titre : Inspectrice Sarah Geringën – Tome 2 – Complot

Auteur : Nicolas Beuglet
Édition : XO Thriller (16/05/2018) / Pocket Thriller (13/06/2019)

Résumé :
Un archipel isolé au nord de la Norvège, battu par les vents. Et, au bord de la falaise, le corps nu et martyrisé d’une femme. Les blessures qui déchirent sa chair semblent être autant de symboles mystérieux.

Quand l’inspectrice Sarah Geringën, escortée par les forces spéciales, apprend l’identité de la victime, c’est le choc. Le cadavre est celui de la Première ministre.

Qui en voulait à la chef de gouvernement ? Que cachait-elle sur cette île, dans un sanctuaire en béton enfoui au pied du phare ? Sarah, très vite, le pressent : la scène du crime signe le début d’une terrifiante série meurtrière.

Dans son enquête, curieusement, quelqu’un semble toujours la devancer. Comme si cette ombre pouvait lire dans ses pensées…

De la Norvège à la vieille cité de Byblos, et jusqu’au cœur même du Vatican, c’est l’odeur d’un complot implacable qui accompagne chacun de ses pas. Et dans cette lutte à mort, Sarah va devoir faire face à ses peurs les plus profondes. à ses vérités les plus enfouies…

Étayé par les dernières découvertes de la science et de l’histoire, Complot explore les secrets premiers de l’humanité.

Critique :
Un crime horrible sur une île peuplée d’oiseaux, dans un archipel isolé de la Norvège et ce n’est pas Madame-Tout-Le-Monde qui gît là…

Ce n’est ni un meurtre banal… Là, un truc pareil, c’était du jamais vu !

L’auteur a cette manière bien à lui d’happer son lecteur dès la première ligne et de ne plus lui lâcher la main jusqu’à la fin, quand il le dépose sur le rivage, le souffle coupé.

Non seulement il nous dépose sur une scène de crime des moins banales mais en plus, il nous fait passer du froid au chaud en peu de temps, nous invitant à le suivre, au plutôt, à suivre ses personnages, sur la piste du complot et des secrets enfouis.

Rassurez-vous, il ne le fait pas à la manière d’un Da Vinci Code, même si dans ce dernier, tout n’était pas à jeter et que Dan Brown avait eu le mérite de me faire réfléchir.

Et bien, Nicolas Beuglet a poussé le vice encore plus loin et a fait fumer mes méninges tout en me procurant un plaisir monstre à lire les révélations divulguées dans son roman.

Réalistes, les révélations, en plus. Qui donnent à réfléchir et à pousser la réflexion encore plus loin que l’auteur l’a poussée (et il a poussé loin, déjà).

Heureusement que la religion catholique, comme le dit un de ses personnages, est complaisante envers la critique et la caricature, sinon, il y aurait déjà des menaces de mort sur sa personne, vu ce qu’il avance à un moment donné. Toujours en étant réaliste avec les données que l’on possède, l’auteur extrapole mais il le fait avec brio.

À ce titre, je voulais remercier l’Église catholique, et plus généralement le christianisme contemporain, qui, malgré tous les reproches que l’on peut lui faire, est une des rares institutions à subir la critique ou la parodie avec tolérance.

Que l’on soit d’accord ou pas d’accord avec lui, cela a le mérite d’être posé et d’y apporter des réponses (ou pas, car on ne sait pas tout) ou du moins, une discussion entre gens civilisés.

Mon seul bémol sera pour l’inspectrice Sarah Geringën que j’ai trouvée froide, distante et avec qui j’ai eu du mal à entrer en phase. Je la trouve aussi trop Wonder Woman, même si, contrairement au personnage du professeur Langdon (Da Vinci Code), elle a les références pour exécuter toutes ces cascades ou combats puisqu’elle est une ancienne militaire.

Mais je pinaille…

Un thriller qui ne se contente pas de faire courir ses personnages et ses lecteurs dans tous les sens, qui ne se contente pas de nous donner des émotions fortes avec des sauts dans le vide ou de l’adrénaline, mais qui nous donne à réfléchir, qui pose des questions, qui apporte des réponses (on sent la recherche de l’auteur) et qui jette un rocher énorme dans la mare aux canards.

Rien que pour cela il restera dans ma mémoire jusqu’à ce que Aloïs Alzheimer passe pour faire le ménage par le vide.

Quand on ne peut pas battre une idée, on la récupère et on la modifie pour qu’elle soit conforme à la nouvelle idéologie.

[…] elle se demandait dans quelle mesure un ordre opprimé pouvait rétablir la justice sans violence. Puisque, par définition, le groupe qui domine exerce une violence sur le dominé, comment ce dernier peut-il se libérer sans affrontement ?

Sarah détestait avoir affaire à des politiciens hauts placés. Non pas qu’elle soit intimidée ou méfiante à leur égard. C’était seulement qu’ils exigeaient tous des résultats immédiats, nets et clairs, alors qu’un crime et sa résolution n’étaient faits que de temps et de nuances.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°119.

Ceux qui ont lu le livre comprendrons…