Soeur Marie-Thérèse des Batignolles – Tome 1 – Soeur Marie-Thérèse des Batignolles : Maëster

Titre : Soeur Marie-Thérèse des Batignolles – Tome 1 – Soeur Marie-Thérèse des Batignolles

Scénariste : Maëster
Dessinateur : Maëster

Édition : Fluide glacial (1989 – 2013)

Résumé :
Maëster crée Sœur Marie-Thérèse en 1989… On ne voit pas bien ce que fait cette bonne femme dans une église…

C’est une fumeuse (pas que de tabac…), elle boit, elle est injurieuse et même parfois violente…

Soeur Marie-Thérèse des Batignolles c’est une suite de petites histoires qui se déroulent la plupart du temps dans une église.

L’humour que Maester donne a sa bonne sœur est pour le moins spécial, c’est un humour très très noir… avis aux âmes sensibles.

Critique :
Si on aime l’humour noir, trash, décalé, il faut se faire cette chère Sœur Marie-Thérèse des Batignolles !

Et par « se faire », je ne sous-entend pas juste qu’il faut lire ses bédés, parce que notre sœur, elle ne serait pas contre le fait de tirer un coup non plus…

Sœur Marie-Thérèse, c’est un cas à elle toute seule, à se demander ce qu’elle fout chez les bonnes soeurs car cette bonne vivante boit son litre de rouge, fume (même de la beuh), se pique, marche avec des écrases-merdes, fout des coups de poings à tout le monde, fait voler les chiards énervants dans un super-marché et a un fond raciste.

Notre Sœur Marie-Thérèse est aussi à sa place chez les bonnes soeur q’un éléphant dans un magasin de porcelaine et face à elle, le capitaine Marleau est un modèle de délicatesse subtile et de gentillesse incarnée. Si, si, je vous jure !

Oui, Sœur Marie-Thérèse est encore plus irrécupérable que l’adjoint Billy dans la série « Walter Appleduck » car contrairement à lui, elle n’a pas oublié d’être conne. Son cerveau marche du tonnerre et sa vision du monde est cynique au possible.

Constitué de planches en noir et blanc (je ne voudrais pas la lire en couleurs), le dessin de Maëster est assez caricatural.

À noter que le visage de la Sœur évolue entre le tome 1 et le tome 3. Dans les premières cases de ce tome, elle fait plus âgée et moins gro… Oups, pardon… Je voulais dire qu’elle semblait plus élancée alors qu’après, elle s’est empâtée… Aie je vais en prendre sur le coin de ma gueule si elle m’entend !

Le plaisir est de regarder ses cases dans leur entièreté afin de repérer les petits détails cachés en arrière-plan, ou écrit sur des panneaux. Je me marre toujours et j’en découvre encore (ou alors, j’avais oublié).

L’auteur se moque de la religion, c’est trash, bourré d’humour noir qui ferait tomber dans les pommes les plus sensibles d’entre nous, ou alors, les culs les plus serrés de certains bigot(e)s.

J’ai lu un nom de bar qu’on oserait plus nommer ainsi de nos jours… Ça commence par « A » et ça se termine par « bar » et le crier bien fort dans un magasin peut vous valoir de sérieux ennuis avec la direction, les flics, les clients… Y’en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes.

Sœur Marie-Thérèse n’est pas pour les âmes délicates… Ses albums sont à se faire prescrire en cas de panne de lecture, de coup de blues, de grisaille intellectuelle, d’anticléricalisme confirmé, ou tout simplement juste pour le plaisir (comme le chantait si bien Herbert Léonard)…

Hé, t’as envie de chanter maintenant, non ???

 

Preacher (Urban) – Tome 1 : Garth Ennis et Steve Dillon

Titre : Preacher (Urban) – Tome 1

Scénariste : Garth Ennis
Dessinateur : Steve Dillon

Édition : Urban Comics Vertigo Essentiels (2015)
Édition Originale : Preacher, book 1 (2009)
Traduction : Jérémy Manesse

Résumé :
Au premier abord, le révérend Jesse Custer ne semble pas différent des autres petits pasteurs de province des États-Unis. Isolé dans une petite ville du Texas, le temps s’y dilue sans agitation, et avec lui, l’ardeur de sa foi.

Jusqu’au jour où un terrible accident vient anéantir son église et décimer l’ensemble de ses fidèles. Depuis lors, Jesse développe d’étranges pouvoirs émanant d’une force spirituelle appelée Genesis.

En proie au doute et à de multiples interrogations, l’homme se lance alors à la recherche de Dieu et, chemin faisant, croise la route de Tulip, son ex-fiancée, et de Cassidy, un vampire irlandais.

Un pèlerinage au coeur de l’Amérique, où le Bien et le Mal ne font qu’un.

(Contient Preacher #1-12)

Critique :
Bon, il est temps que j’écrive ma chronique au lieu de me taper la main sur la cuisse tellement j’ai apprécié ce comics.

De l’audace, il ne fallait que ça pour arriver à mettre en scène une histoire déjantée, sombre, noire, folle, aux dialogues extras.

N’en jetez plus, même les dessins, je les ai appréciés !

Par contre, si vous êtes allergiques au fantastique, prenez une boîte d’antihistaminique car vous pourriez avoir une crise de boutons…

Imaginez un paradis où un ange aurait copulé avec un démon et qu’un enfant serait né de cette union sauvage et sensuelle. Désolée de vous l’apprendre de cette manière, mais apparemment, les anges ont un sexe (une bite) et ils peuvent l’utiliser.

Je ne vous en dirai pas plus, z’avez qu’à lire le comics, tiens ! Partez sur la route en compagnie de Jesse, le pasteur habité par l’entité Genesis (pas le groupe), suivi de Tulip, son ex-copine et de Cassidy, le vampire. Faites juste gaffe au Saint des tueurs.

Oui, c’est irrévérencieux au possible, c’est violent, sombre, les têtes explosent, les gros mots fusent, le racisme crasse colle aux basques de certains personnages, mais bon sang, qu’est-ce que c’est jouissif ! Sauf si vous êtes une grenouille de bénitier… Là, vous risquez de défaillir grave votre mère.

Certains personnages sont un peu dans la caricature, mais la majorité sont étoffés, travaillés. Les personnages secondaires sont pour la plupart des trous du cul bas de plafond.

Une fois de plus, je me dois de remercier Jean-Marc-Les-Bons-Tuyaux (Actu du Noir) pour m’avoir donné envie de lire cette saga. J’ai mis un peu de temps mais maintenant que je suis lancée, j’espère avoir le temps de la lire en entier.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°95] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc [FIN DU CHALLENGE].

La jeunesse de Blueberry – Tome 21 – Le convoi des bannis : Corteggiani et Blanc-Dumont

Titre : La jeunesse de Blueberry – Tome 21 – Le convoi des bannis

Scénariste : François Corteggiani
Dessinateur : Michel Blanc-Dumont

Édition : Dargaud (2015)

Résumé :
21e album de La Jeunesse de Blueberry : une nouvelle aventure qui se déroule durant la guerre de Sécession.

Alors que Blueberry est transféré dans un pénitencier sudiste, le train qui le transporte est pris dans une embuscade.

Notre héros parvient à s’échapper et trouve refuge dans un village hors du temps et de la guerre.

Malheureusement, le feu et les larmes ne sont jamais bien loin, et la guerre de Sécession va bientôt rattraper ce hameau tranquille.

Critique :
Depuis que Giraud et Charlier ne sont plus aux commandes du spin off consacré à la jeunesse de Blueberry, soit ça part en carabistouilles (restons polie) soit ça reste dans de l’ultra classique.

Les pères de Blueberry étaient dans le classique aussi, avec des retours aux sources, mais au moins, leurs scénarios étaient plus relevés, moins conventionnels que ce que je viens de lire.

Conventionnel ne veut pas dire merdique mais j’espérais tout de même avoir autre chose que du réchauffé.

Comme je prends la fin de la série bien après tout le monde, je n’ai pas dû attendre 3 ans entre l’album consacré à la bataille de Gettysburg et sa suite.

Dans l’album précédent, notre lieutenant après s’être réfugié dans une maison pour échapper aux tirs sudistes se faisait cueillir ensuite, avec son sergent, par les Reb et les voici dans un train en tant que prisonniers.

Première question : qui est le fameux convoi des bannis ? Le wagon avec une dizaine de prisonniers nordistes ? J’ai des doutes… Alors serait-ce le convoi des pillards déguisés en Sudistes qui seraient visé par le terme de « bannis » ? Bof… Jamais l’auteur ne nous apprendra de quoi ou de où ces hommes ont été bannis ! Mais bon…

Ces derniers albums, il me semble que Blueberry tombe souvent dans des communautés ultra religieuses… Cet album n’y déroge pas et on se retrouve une fois de plus chez des culs bénis qui refusent la violence mais n’hésitent pas à vous fouetter pour expier le Mal qui est en vous. Les grands croyants sont souvent bourrés de contradictions.

En soi, cet album n’est pas mauvais, mais il est conventionnel et réchauffé : une communauté qui vit à l’écart de tout, des pillards qui arrivent, qui flinguent à tout va, le tout, sur fond de vengeance, pour ne pas changer.

Certains visages des personnages avaient tout droit l’air de sortir de « La planète des singes », l’ancien film vu leur dents qui ressortaient ou leurs airs simiesques. Hormis ces détails, les dessins de Blanc-Dumont sont bien exécutés et les coloris sont agréables pour les yeux, surtout après avoir lu « Wanted »…

Mais c’est trop du déjà-vu et Blueberry m’a habitué à autre chose que des aventures qui semblent là juste pour ajouter des albums avant de terminer enfin ce spin-off commencé par Charlier et Giraud en 1975 et qui devait faire la jonction avec le premier album de Blueberry « Fort Navajo » qui commence après la fin de la guerre de Sécession.

Où les auteurs changent leur fusil d’épaule en nous proposant du plus relevé ou alors, on arrête là et on ne continue plus le massacre.

Ma cote est sévère car j’ai eu l’habitude d’avoir de l’excellence et là, je suis très déçue…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°86] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Un livre de martyrs américains : Joyce Carol Oates

Titre : Un livre de martyrs américains

Auteur : Joyce Carol Oates
Édition : Philippe Rey Littérature étrangère (05/09/2019)
Édition Originale : A book of american martyrs (2017)
Traduction : Claude Seban

Résumé :
2 novembre 1999. Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes d’une petite ville de l’Ohio et, se sentant investi de la mission de soldat de Dieu, tire à bout portant sur le Dr Augustus Voorhees, l’un des « médecins avorteurs » du centre.

De façon éblouissante, Joyce Carol Oates dévoile les mécanismes qui ont mené à cet acte meurtrier. Luther Dunphy est à la fois un père rongé par la culpabilité car responsable de l’accident qui a causé la mort d’une de ses filles, et un mari démuni face à la dépression de sa femme.

Pour ne pas sombrer, il se raccroche à son église où il fait la rencontre décisive du professeur Wohlman, activiste anti-avortement chez qui il croit entendre la voix de Dieu.

Comme un sens enfin donné à sa vie, il se sent lui aussi chargé de défendre les enfants à naître, peu importe le prix à payer.

Dans un camp comme dans l’autre, chacun est convaincu du bien-fondé de ses actions. Mené par des idéaux humanistes, Augustus Voorhees, le docteur assassiné, a consacré sa vie entière à la défense du droit des femmes à disposer de leur corps.

Les morts de Luther et d’Augustus laissent derrière eux femmes et enfants, en première ligne du virulent débat américain sur l’avortement. En particulier les filles des deux hommes, Naomi Voorhees et Dawn Dunphy, obsédées par la mémoire de leurs pères.

La puissance de ce livre réside dans l’humanité que l’auteure confère à chacun des personnages, qu’ils soient « pro-vie » ou « pro-choix ».

Sans jamais prendre position, elle rend compte d’une réalité trop complexe pour reposer sur des oppositions binaires.

Le lecteur est ainsi mis à l’épreuve car confronté à la question principale : entre les fœtus avortés, les médecins assassinés ou les « soldats de Dieu » condamnés à la peine capitale, qui sont les véritables martyrs américains ?

Joyce Carol Oates offre le portrait acéré et remarquable d’une société ébranlée dans ses valeurs profondes face à l’avortement, sujet d’une brûlante actualité qui déchire avec violence le peuple américain.

Critique :
Devant un centre d’avortement, Luther Dunphy tire à bout portant sur un médecin avorteur, le Dr Augustus Voorhees.

Pour lui, ce médecin est un assassin et les femmes qui avortent des meurtrières aussi car pour lui, quelque soit la raison de la grossesse (viol, inceste, raisons médicales,…), l’avortement est un péché.

Le procès est facile : Luther coupable et au pilori ces fous de Dieu qui agissent en Son Nom, pour Lui, à Sa place, comme si Dieu n’était pas assez grand pour punir (en partant du principe établi que Dieu existe).

Parce que même si vous n’êtes pas une enragée de l’avortement, vous accordez quand même aux femmes de disposer de leur corps et de ce qui y pousse, contre leur gré. Oui, on tue un être vivant mais ceci est l’affaire de celle qui l’accompli, pour les raisons qui lui sont propres et que nous ne connaissons pas.

Pourquoi ? Parce que le grand philosophe qu’est Patrick Juvet n’a pas posé la bonne question : où sont les hommes (les pères) ?? Pour faire un enfant, il faut un homme et une femme, ça reste toujours la bonne vieille méthode éculée de l’ovule et du spermatozoïde.

Mais lorsque la femme tombe enceinte des œuvres des coups de rein de monsieur (qu’elle soit consentante ou pas), ce dernier n’est jamais avec elle à la clinique de l’avortement ! Comme si ensuite, c’était le problème de madame, rien que le sien. Facile, non ?

Et puis ensuite, si il faut, on frappera la femme qui a avorté ou l’Église la jugera, sa famille aussi, même si elle a été victime d’un viol…

En commençant ce roman, mon procès était fait, plié, terminé d’avance, avant même que Luther Dunphy, le coupable, ne présente les circonstances de l’assassinat de celui qu’il considérait comme un meurtrier (le Dr Augustus Voorhees, le médecin avorteur).

Il aurait été plus facile si tout avait dichotomique : les bons d’un côté et les mauvais soldats de Dieu de l’autre.

Cela n’aurait pas été réaliste, bien évidemment, mais pour ma conscience, cela lui aurait évité d’être tiraillée à hue et à dia et de tourner en rond avec cette question obsédante : qui sont les martyrs américains ? Les foetus avortés, les médecins qui pratiquent les avortements et qui risquent de se faire tuer ou les fous de Dieu qui flinguent les médecins ?

Peut-être que tout simplement, les martyrs sont les femmes qui se retrouvent enceintes sans l’avoir demandé puisque certains considèrent encore la contraception comme un péché.

Ces femmes aux prises avec des maris libidineux qui se comportent comme des lapins en rut ; ces femmes/jeunes filles/gamines victimes de prédateurs sexuels qui les ont violées et qui courent toujours ; ces femmes pauvres qui ne savent pas comment elles nourriront une bouche de plus… Une fois de plus, aucun homme pour les épauler.

L’auteur déroule la vie de deux familles : celle de l’assassin et celle de l’assassinée. Cela vous fait plonger dans leur vie, dans l’enfance de l’assassin et même si à la fin du récit vous le considérez toujours coupable, vous saurez au moins le pourquoi du comment il en est arrivé là. Un éclairage est toujours bon pour l’esprit.

L’auteure n’est pas tendre avec l’Amérique et la mentalité rétrograde de certains qui ne jure que par Dieu. Les croyances sont l’affaire privée de chacun, je ne les rejette pas mais certains vont trop loin et on a l’impression de ne pas se trouver en Amérique, pays qui se veut libre, tolérant et progressiste (pourquoi vous toussez ?), mais dans le fin fond du fin fond des âges sombres dont nous avons émergés.

Ce livre n’est pas facile à lire car il est profond, il ne juge personne, il déroule les faits, mais certains passages sont des plus horribles, comme les foetus dans des sacs poubelles et l’injection létale.

Mais au moins, il a le mérite d’aller au fond des choses et de nous montrer les conséquences de l’acte d’assassinat sur les familles, que ce soit celle du tireur (Dunphy) que celle de la victime (Voorhees).

Entre nous, j’ai trouvé que les passages consacrés à la famille Dunphy plus intéressants que ceux consacrés à la famille Voorhees car plonger dans le quotidien difficile d’une famille pieuse et pas riche était plus enrichissant que celle de la famille instruite. Dawn Dunphy m’a profondément plus marqué que Naomi Voorhees.

Mon seul bémol sera pour la longueur du roman (864 pages) : 150 pages de moins lui aurait évité cette impression de lourdeur qu’il donne par moment, surtout lorsque nous sommes avec la famille Voorhees.

À certains moments de ma lecture, j’ai tiré la langue comme un coureur non entraîné (qui a dit non dopé ?) qui grimperait le mont Ventoux. Lui s’accrochera à une voiture, moi j’ai sauté quelques passages longs et insipides.

Un roman qui analyse brillamment et de manière pointue une société fort complexe sans la juger.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°49], le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Boucet le et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (de 17 mars au 10 mai) et saison 2 (du 20 juin au 22 septembre) chez Mez Brizées [Lecture N°09 – 864 pages].

Le Fléau – Tome 2/2 : Stephen King

Titre : Le fléau – Tome 2/2

Auteur : Stephen King
Édition : Le Livre de Poche (2003)
Édition Originale : The stand (1978)
Traduction : Jean-Pierre Quijano

Résumé :
Il a suffi que l’ordinateur d’un laboratoire ultra-secret de l’armée américaine fasse une erreur d’une nanoseconde pour que la chaîne de la mort se mette en marche.

Le Fléau, inexorablement, se répand sur l’Amérique et, de New York à Los Angeles, transforme un bel été en cauchemar. Avec un taux de contamination de 99,4 %.

Dans ce monde d’apocalypse émerge alors une poignée de survivants hallucinés. Ils ne se connaissent pas, pourtant chacun veut rejoindre celle que, dans leurs rêves, ils appellent Mère Abigaël : une vieille Noire de cent huit ans dont dépend leur salut commun.

Mais ils savent aussi que sur cette terre dévastée rôde l’Homme sans visage, l’Homme Noir aux étranges pouvoirs, Randall Flagg. L’incarnation des fantasmes les plus diaboliques, destinée à régner sur ce monde nouveau.

C’est la fin des Temps, et le dernier combat entre le Bien et le Mal peut commencer.

Critique :
Après avoir lu le premier tome durant le confinement, j’ai eu besoin d’une pause et après 3 mois, j’ai estimé que je pouvais entamer le second tome.

Mes amis les Gentils m’attendaient sagement et ce fut avec grand plaisir que je retrouvai Nick, Stu, Ralph, Frannie, Larry, Glen, Tommy, Joe et Mère Abigaël.

Quant aux Méchants, aux ordres de l’Homme Noir, du Patron, du Promeneur, ils sont à Cibola, ou plutôt à Las Vegas…

Si le premier tome m’avait embarqué et que je n’avais pas vraiment ressenti certaines longueurs (je l’ai lu en version intégrale, sans les coupes de l’éditeur), dans ce second et dernier tome, j’ai eu plus de mal, je n’avançais plus aussi vite, comme si je devais faire la route à pied.

Rome ne s’est pas faite en un jour, je le sais, il faut du temps pour repartir après l’extermination de 90% de la population, mais le périple de La Poubelle était long et monotone. Ce fut le passage le plus chiant, avec les comptes-rendus du comité de Boulder.

Autant ou certains passages sont longs et laborieux, autant le final a été expédié d’un coup de cuillère à pot après un périple, à pied, de plus de 1.200km et de 1.500 pages.

D’accord, je râle lorsque les auteurs font traîner les affrontements finaux pour faire des pages et qu’à la fin, on tourne en rond, mais ici, je m’attendais à un affrontement Bien-Mal d’une manière différente.

Durant des centaines et des centaines de pages, le King nous parle de deux personnages étranges dont les gens rêvent : Mère Abigaël ou l’Homme Noir, représentant le Bien et le Mal et tadaaa boum, en quelques paragraphes, c’est expédié, rayé de la carte.

Je me suis sentie grugée, surtout qu’ensuite, le King prend 90 pages pour un voyage de retour qui dure, qui dure… Ça fait un sacré déséquilibre.

Un affrontement plus travaillé et un retour plus rapide aurait été plus intelligent, même s’il y a de l’ironie et du cynisme dans la manière qu’à le King de résoudre le problème de l’Homme Noir. L’arroseur arrosé par son propre tuyau.

Malgré tout, je suis contente d’avoir ENFIN lu le Fléau car il y a une chose que je ne peux pas reprocher au King, c’est d’avoir fait preuve de manichéisme.

Certes, les Méchants ne sont pas sympas et on aimerait boire un verre avec les Gentils, mais il y a une évolution dans ses personnages car tous ont évolués, appris quelque chose, changé de caractère et même Tommy, à qui il manquait une case, a changé. Dans le camp de l’Homme Noir aussi, des consciences s’éveillent.

À Boulder, en Zone Libre, on essaie de changer, de ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’avant, mais chassez le Naturel, il revient au galop… L’Homme a du mal à perdre ses mauvaises habitudes et ses peurs primales des Autres.

Une fois de plus, le King nous propose un livre dérangeant à bien des égards. La dictature chez l’Homme Noir semble plus simple que la tentative d’ébauche de démocratie en Zone Libre car quand un seul prend des décisions et donne des ordres, c’est plus rapide que de demander l’avis de tout le monde…

Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions et la démocratie de la Zone Libre est peut-être un mirage puisque le comité reprend les personnages principaux du premier tome.

Quand on réfléchit bien (et le King nous donne de quoi réfléchir), il y a du bon et du mauvais dans les deux camps et si la dictature est à proscrire, la démocratie a du plomb dans l’aile quand elle décide d’en envoyer certains au front…

Le Fléau, ce n’est pas qu’un simple roman fantastique pré et post-apo, c’est aussi une tentative de reconstruction, la méfiance des autres, mais aussi du besoin des Hommes de se regrouper puis de se séparer lorsque le groupe devient trop important et qu’on commence à se marcher sur les pieds.

En un mot, Le Fléau, c’est à lire !

Après une telle lecture, je m’en vais lire un Astérix, ça me fera du bien au moral…

PS : Stephen King, aurait-il par hasard une dent sur les belettes ? Parce que dans son roman, il cite mon animal totem au moins 36.000 fois et jamais pour leur jeter des fleurs…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°XX]et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (17 mars – 15 avril ?) chez Mez Brizées [Lecture N°07 – 790 pages – Livre de Poche].

 

Notre-Dame du Nil : Scholastique Mukasonga

Titre : Notre-Dame du Nil

Auteur : Scholastique Mukasonga
Édition : Gallimard (01/03/2012)

Résumé :
1973. Au Rwanda, un lycée de jeunes filles perché sur la crête Congo-Nil, à 2.500 mètres d’altitude, près des sources du grand fleuve égyptien.

Les familles espèrent que dans ce havre religieusement baptisé Notre-Dame du Nil, isolé, d’accès difficile, loin des tentations de la capitale, leurs filles parviendront vierges au mariage négocié pour elles dans l’intérêt du lignage.

Les transgressions menacent au cœur de cette puissante et belle nature où par ailleurs un rigoureux quota « ethnique » limite à 10 % le nombre des élèves tutsi.

Sur le même sommet montagneux, dans une plantation à demi abandonnée, un « vieux Blanc », peintre et anthropologue excentrique, assure que les Tutsi descendent des pharaons noirs de Méroé.

Avec passion, il peint à fresque les lycéennes dont les traits rappellent ceux de la déesse Isis et d’insoumises reines Candace sculptées sur les stèles, au bord du Nil, il y a trois millénaires.

Non sans risques pour sa jeune vie, et pour bien d’autres filles du lycée, la déesse est intronisée dans le temple qu’il a bâti pour elle.

Le huis clos où doivent vivre ces lycéennes bientôt encerclées par les nervis du pouvoir hutu, les amitiés, les désirs et les haines qui traversent ces vies en fleur, les luttes politiques, les complots, les incitations aux meurtres raciaux, les persécutions sournoises puis ouvertes, les rêves et les désillusions, les espoirs de survie, c’est, dans ce microcosme existentiel, un prélude exemplaire au génocide rwandais, fascinant de vérité, d’une écriture directe et sans faille.

Critique :
Un collège pour jeunes filles riches et de bonnes familles est perché là-haut sur la montagne, à l’orée des nuages.

Pas pour avoir de l’air pur, non, juste pour faire en sorte que les jeunes filles arrivent vierges au mariage que leurs familles auront mis en place pour elles.

Déjà, la gorge se bloque… Puis la salive passe plus difficilement lorsqu’on apprend que dans ce collège huppé où l’on doit parler français, il y a un quota pour les Tutsis.

Pas plus de 10% de Tutsis sinon, certains vont en chier des pendules.

Les Hutus se sentent supérieurs aux Tutsis et dans leurs têtes, il le sont. Tout est bon pour rabaisser l’autre ethnie, pour les vilipender, à voix haute, pour leur faire comprendre que sans eux, ça irait mieux.

Il y a du mépris de Blanc, dans les paroles hautaines des Hutus. Oui, dans leurs commentaires, dans leur manière de rabaisser les Tutsis, c’est comme si les Hutus copiaient l’arrogance des Blancs.

Ça m’a fait froid dans le dos. Et nous n’étions que dans les années 70 (1973), pas encore en 1994. Bien que j’ai appris qu’un massacre avait déjà eu lieu en décembre 1963 (entre 8.000 et 12.000 hommes, femmes et enfants furent massacrés).

Celle qui attise les braises de la haine, c’est Gloriosa, une fille de ministre Hutu qui cherche par tous les moyens à faire de la politique à l’école et à faire en sorte que les Hutus soient exclus de l’école et d’ailleurs aussi.

Manipulatrice en chef, Gloriosa va monter tout le monde contre les quelques élèves Tutsis, le tout sous le regard absent des professeurs français qui laisseront faire avec une passivité qui m’a laissé baba. L’art de regarder ses chaussures quand, à côté de nous, se jouent des drames…

Dans ce roman qui nous plonge au cœur de ce collège réputé où les haines raciales sont farouches, on distingue l’ombre des Français et des Belges, mais pas dans ce que nous avons de meilleur puisque ça sent mauvais le colon. Et il n’y a rien de bon dans le colon…

Ce roman, c’est aussi l’occasion d’apprendre sur la manière de vivre au Rwanda, comment s’organisent les familles, sur la cuisine, le climat, avec sa saison des pluies et la saison sèche, les marques de respect à avoir sur certains membres de la famille, notamment celle du père, la plus importante… Hé oui, société patriarcale.

Ce huis-clos dans un collège huppé, ce n’est jamais que la transposition des mentalités de l’époque envers les Tutsis. Les classes sociales sont présentes dans l’école aussi et les jeunes filles Hutus ne font que répéter ce qu’elles ont entendu dans leurs propres familles au sujet des Tutsis.

Une haine pareille, elle ne vient pas de naître, elle est déjà ancrée profondément dans l’esprit des parents, des grands-parents et sont transmises à leurs enfants, comme on apprendrait une comptine. Sauf qu’ici, la comptine, on la chantonne à la machette.

Un roman fort, puissant, servi par une écriture simple (mais pas simpliste) qui nous parle de la société Rwandaise, de ses mœurs, de sa culture et des clivages entre deux ethnies. Un désamour qui se change en haine et où, les esprits s’échauffant lentement, se finira dans un bain de sang plus tard.

Une belle manière (si je puis dire) de nous expliquer en partie le pourquoi du comment. En tout cas, ça commence toujours avec des petits riens qu’on monte en épingle, ajoutant une bonne dose de propagande, de mensonges, de contre-vérités, de culot et qu’on mélange dans la marmite appelée haine de l’autre.

L’ami imaginaire : Stephen Chbosky

Titre : L’ami imaginaire

Auteur : Stephen Chbosky
Édition : Calmann-Lévy Noir (17/06/2020)
Édition Originale : Imaginary Friend (2019)
Traduction : Jean Esch

Résumé :
Une mère et son fils en cavale trouvent refuge dans la petite communauté de Mill Grove, en Pennsylvanie.

Mais dans ce havre de paix, le petit garçon disparaît.

Quand il émerge de la forêt six jours plus tard, il a l’air indemne.

Lui seul sait que quelque chose a changé.

La voix du bois est dans sa tête et lui dicte une mission.

S’il ne lui obéit pas, sa mère et tous les habitants de Mill Grove risquent son courroux…

Critique :
Avant ce livre, je voyais l’ami imaginaire comme le Hobbes de la bédé « Calvin & Hobbes », né de l’imagination d’un gamin de 6 ans.

Ou comme celui qu’une personne en situation de handicap mental que je croisais en achetant mon journal et qui parlait à son ami « Luc », lui demandant s’il voulait une boisson alors qu’à côté de lui, c’était le vide.

Rien de grave, donc. Mais depuis que j’ai lu ce roman, je me pose bien des questions.

Joe Hill, fils de Stephen King, a dit de ce roman d’épouvante que « Si vous n’êtes pas renversé par les 50 premières pages, il faut aller consulter » et je vais aller consulter parce que les 50 premières pages ne m’ont pas renversées, mais après, j’ai été culbutée de tous les côtés.

Ce roman aurait pu être écrit par le King lui-même car les ambiances et les atmosphères sont dignes de lui. Le lecteur est happé dans le récit et passera par plusieurs stades de frayeur, de peur, d’épouvante, de tensions…

Pas de frayeurs au point de finir sous le lit, mais la plume de l’auteur est telle que tout son récit est réaliste en plus d’être angoissant.

La force tient dans deux choses : sa manière de nous raconter l’histoire et dans ses personnages, nombreux, qui apportent chacun une pierre à l’édifice. Et ses différents personnages sont réussis, mon faible allant à la bande de copain (Christopher, Special Ed, Matt & Mike).

Par contre, la bande de copains n’est peut-être pas assez exploitée à mon sens, j’aurais aimé retrouvé l’amitié des gosses dans ÇA (Stephen King) car ils avaient tout de la bande des ratés ou dans la série « Stranger Things » mais ici, c’est Christopher le personnage central et ses potes passeront donc au second plan (mais ils ont leur place aussi).

Attention, Stephen Chbosky ne plagie pas Stephen King, il s’en inspire pour mieux s’en détacher. Même si les thèmes fondateurs et habituels du King sont présents (amitié, traumatismes enfantins, fantastique, autre-monde, parents qui sont à côté de leurs pompes pour l’éducation de leurs gosses, critique de l’Amérique puritaine, religieuse, de l’Amérique tout court…), Chbosky monte son plat qui lui est propre et sa cuisine sera différente du King.

750 pages, faut savoir tenir le rythme, surtout quand, à un peu plus de la moitié, l’auteur engage déjà ses personnages dans un combat dantesque. Là, on se demande ce qu’il va bien pouvoir faire sur 400 pages pour nous tenir en haleine…

J’ai crains à un moment que le soufflé ne retombe mais non, l’auteur a su réamorcer la pompe à suspense pour nous relancer dans l’histoire avec un coup de pied au cul en prime.

Je ferai ma chieuse en me permettant de dire que 50 pages de moins auraient évité que le lecteur ne s’essouffle sur le combat final qui dure, qui dure… Jamais contente, en effet. Si l’auteur termine trop vite, on criera « chiqué » car trop facile et quand il prend le temps de faire durer pour que ça reste du fantastique « réaliste », ça râle dans les chaumières.

Ce roman fantastique, c’est une expérience à lire, un roman à découvrir, un roman qu’il faut ouvrir en se laissant emporter par l’autre monde, celui de l’imaginaire, qui ne l’est pas tant que ça. C’est un roman qui se visualise tout en se lisant, tant tout est bien détaillé.

Ce n’est pas non plus qu’un roman fantastique et d’épouvante, il va plus loin que ça, il explore des thèmes qui nous sont connus (manipulations des masses, religion, croyances, différences de classes, violences contre les enfants) tout en nous emmenant dans un monde inconnu, en passant par une forêt où les cerfs foutent les jetons.

Faut absolument plonger dans le monde de Christopher, que ce soit le vrai ou l’imaginaire et aller à la rencontre du gentil monsieur et de la dame qui siffle…

PS : Encore un roman découvert et lu à cause (grâce ?) d’une chronique de Yvan du blog ÉmOtionS… On va finir par croire qu’il me sponsorise ! Ben non, c’est juste un affreux tentateur qui sait y faire pour nous donner envie de découvrir certains romans plus que d’autres. Yvan, tu m’énerves !!! mdr

2h17. C’est l’heure
Tout ira bien, le gentil monsieur veille…
Si je renverse un cerf, je serai sauvé…
Ne pas s’endormir…
Arrête de l’aider ! Ne quitte pas la rue, tu vas mourir.
Si je renverse un cerf, ça sera un signe, Dieu faites que je renverse un cerf…
Dieu est un assassin…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°11]Challenge Pavévasion – Saison 2 (22 juin – 22 septembre) chez Mez Brizées [Lecture N°06 – 750 pages] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°23].

 

Les enquêtes de Frère Athelstan – T01 – La galerie du rossignol : Paul Doherty

Titre : Les enquêtes de Frère Athelstan – T01 – La galerie du rossignol

Auteur : Paul Doherty
Édition : 10/18 Grands détectives (2013)
Édition Originale : The Nightingale Gallery (1991)
Traduction : Christiane Armandet & Anne Bruneau

Résumé :
Cette première enquête se déroule en 1377, au lendemain de la mort du fameux Prince Noir, bientôt suivi dans la tombe par son père, le roi Edouard III.

Alors que la couronne d’Angleterre tombe aux mains d’un enfant, le futur Richard II, les intrigues de la noblesse se succèdent et une terrible lutte de pouvoirs va déchirer le pays, entraînant la désapprobation de l’Eglise et des grands négociants de la capitale.

Après l’assassinat ignoble de l’un d’eux, quelques jours après le décès du roi, le coroner et frère Athelstan entrent en scène.

Leur mission va les mener des taudis de Whitefriars aux ors et aux fastes de la Cour.

Critique :
Vos oreilles ne saigneront pas car « La galerie du rossignol » n’est pas un nouveau récital du fameux Rossignol Milanais, mieux connu sous le nom de Bianca Castafiore.

Le rossignol de cette galerie n’a rien à voir non plus avec le petit oiseau d’un homme qui sifflerait chaque fois qu’une dame passe.

Mais comme le plancher de cette galerie grince, faisant penser à un chant de rossignol, va falloir en tenir compte si vous voulez aller tuer une personne en passant par cette galerie.

Le masque est conseillé pour lire ce roman, si possible avec une arrivée d’oxygène car en l’an de grâce 1377, tout le monde rote, pète, même à table, même devant un régent.

Ajoutez à cela la pestilence des corps qui ne voient pas souvent l’eau et encore moins le savon, les habits qui dégagent des senteurs aussi délicates que 20 chiens mouillés qui reséchent et des cadavres en putréfactions pendus à des gibets. Respirez un bon coup à fond et paf, vous mourrez étouffé !

Le temps me manque souvent pour lire tout ce que je voudrais lire et malheureusement, le enquêtes du frère Athelstan et du coroner Sir John Cranston en pâtissent en premier lieu. J’essaie au moins d’un lire un à chaque Mois Anglais car je les adore, ces deux enquêteurs atypiques.

Le Dominicain frère Athelstan est homme pieu, calme, posé, tandis que Sir John Cranston est ventripotent, gras, gros, a le gosier plus qu’en pente, s’endort partout, rote, pète, dit des gros mots. Gérard Depardieu serait parfait dans le rôle.

La force de cette saga tient dans ces deux personnages qui se complète malgré leurs différences et dans la description de l’Angleterre de 1377. Les bas-fonds sont présents, bien décrits, ne manque que l’odeur (heu, oubliez l’odeur, on s’en passera) et la dichotomie est bien faite avec le monde d’en haut, celui des nobles (qui ne sentent pas meilleur que ceux du Londres d’en bas).

On ne pourra pas reprocher à l’auteur de ne pas immerger ses lecteurs dans l’Histoire et de ne pas mettre le prix sur les décors qui sont plus vrais que nature. Je reproche parfois à certains livres d’être frileux sur l’époque où se déroule leurs romans, ici pas, l’auteur connait son sujet, il le maîtrise et nous le sert sans que cela soit indigeste ou mal mélangé.

Les romans ne sont pas fort épais, ils sont rythmés car l’auteur s’attache à nous montrer la vie de nos deux enquêteurs, leurs petites misères, les paroissiens qui se crêpent le chignon, les blessures secrètes de Cranston, sans que tout cela ne vienne briser le rythme de l’enquête. Toutes ces petites choses forment un tout que l’on dévore car il a du goût (et des odeurs).

Distrayant, amusant, odorant et les quelques touches d’humour ou de bisbrouilles entre nos deux personnages ajoutent du piment au récit, de la vie. C’est réaliste, tout simplement.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°270 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Bakhita : Véronique Olmi [LC avec Bianca]

Titre : Bakhita

Auteur : Véronique Olmi
Édition : Albin Michel (2017) / Livre de Poche (2019)

Résumé :
Bakhita, née au Darfour au milieu du XIXe siècle, est enlevée par des négriers à l’âge de 7 ans. Revendue sur un marché des esclaves au Soudan, elle passera de maître en maître, et sera rachetée par le consul d’Italie.

Placée chez des religieuses, elle demande à y être baptisée puis à devenir soeur.

Critique :
Lorsque j’ai ouvert ce roman, je ne savais même pas qu’il était tiré d’une histoire vraie… Shame on me. C’est en l’ajoutant sur Babelio que je m’en suis rendue compte.

Pour moi, ça a changé toute la donne et démultiplié les émotions qui étaient déjà fortes après quelques pages.

Darfour, dans les années 1870. Une petite fille de 7 ans, qui vivait tranquille dans son village, est enlevée par des hommes d’un village voisin et livrée au négriers, aux esclavagistes musulmans (les cathos n’ont pas le monopole).

Non, sa destination ne sera pas les États-Unis mais d’autres pays africains où elle sera esclave. Mais avant d’arriver à cette horrible destination, il faudra y aller à pied et le chemin est long, difficile, ardu, violent, où l’humanité est portée disparue depuis longtemps car les captifs sont traités pire que des bêtes, comme des objets.

Le récit de celle que l’on nommera Bakhita (elle a oublié son prénom d’enfant) commence lentement mais jamais la narration, au présent, ne s’essouffle car le lecteur est happé dans cet univers sombre et violent de la traite des Africains par d’autres Africains et j’ai souvent eu la gorge serrée durant ce récit.

Aucune avanies ne lui sera épargnée, ses maîtres, ses propriétaires, traitent leurs esclaves comme des non-humains, comme des jouets offerts à leur enfants et je vous passerai certains détails.

La lumière commencera à poindre lorsqu’elle rejoindra l’Italie, même si, mettant les pieds dans un pays où l’esclavage n’a pas cours, elle reste tout de même la propriété d’un couple et un jeune castrat sera offert en cadeau à un autre. Moi, là, j’en avale ma salive de travers ! Oui, on offre des humains comme on offrirait des jeunes chiots, chatons…

La suite, vous le saurez en découvrant cette biographique romancée… Bakhita est un personnage que l’on aime très vite, aussi bien enfant qu’adulte, elle est émouvante, innocente et le fait qu’elle n’ait jamais reçu d’éducation la fait réagir un peu comme un jeune enfant, sans compter qu’elle mélange plusieurs langues lorsqu’elle s’exprime.

Des émotions, j’en ai eu mon quota en lisant ce récit et j’ai même souffert de conjonctivite car j’ai eu de l’humidité dans le fond de mes yeux, sans compter la gorge nouée à de nombreux moments.

Sans jamais sombrer dans le pathos, l’auteure nous romance la vie de Bakhita d’une manière sobre, simple, mais empreinte d’un grand respect, sans rien nous cacher, mais en gardant parfois un voile pudique sur certains événements.

Bakhita, c’est une histoire profonde, forte, remplie d’émotions. Une histoire vraie, une histoire sur l’inhumanité de l’Homme mais pas que ça : dans ces pages, dans sa vie, elle a croisé aussi de belles personnes, remplie d’humanité, de compassion, de foi, et qui ont su l’aider à surmonter les horreurs de sa vie et à lui trouver une place, même si, jusqu’au bout, elle s’est toujours sentie esclave.

D’ailleurs, en Italie, dans ce pays où l’esclavage n’existait pas, il fallait une décision de justice pour que la personne soit affranchie. Cherchez l’erreur aussi.

Un roman puissant, généreux, émouvant, et un beau portrait de cette petite fille qui a tout perdu de sa vie (innocence, enfance, famille, pays, langue, souvenirs, identité,…) mais qui a su, grâce à l’aide des autres, s’en construire une autres et être un phare dans la nuit pour d’autres personnes.

Magnifique.

Une LC en décalage avec ma copinaute Bianca qui a moins accroché au récit et qui n’a pas terminé sa lecture. Exceptionnellement, je publie avant elle et sans elle car elle va le terminer à son aise et comme le Mois Anglais arrive à grand-pas, la chronique risquait de n’être publiée qu’en juillet…

Il pleut sur Managua : Sergio Ramirez

Titre : Il pleut sur Managua

Auteur : Sergio Ramirez
Édition : Métailié (2011)
Édition Originale : El cielo llora por mí (2009)
Traduction : Roland Faye

Résumé :
Entre deux orages, Managua est traversée par des processions religieuses délirantes, des manifs de toubibs, des embouteillages monstres, au milieu des ruines du tremblement de terre de 1972, des bidonvilles et des quartiers chics.

La guérilla est loin désormais, on inaugure en grande pompe des stations-services rutilantes et les évangélistes vendent du savon miracle.

Les anciens guérilleros sont devenus flics, bandits, notables, employés, les trahisons vont bon train, et les narcos courent toujours.

Ce jour-là la Vierge de Fatima entre dans la ville, au son d’un orchestre de chicheros, escortée par les officiers de la police nicaraguayenne.

L’inspecteur Morales regarde la scène de son bureau de la plaza del Sol. Il est chargé d’enquêter sur un yacht abandonné à Laguna de Perlas, sans doute une histoire de narcos, et pas des moindres.

Flanqué d’un lieutenant cynique et d’une ex-guérillera coriace devenue femme de ménage, il traque les coupables avec sa Lada bleue et son P38 sur fond de chaos social et politique.

Ce polar féroce nous plonge dans une société désabusée qui ne sait plus à quel saint se vouer ; l’auteur multiplie les personnages hauts en couleur et les histoires troubles en maniant avec talent l’humour vache et la satire sociale.

Critique :
Le Nicaragua n’avait pas encore été tamponné sur mon passeport de lectrice endiablée et un Mois Espagnol & Sud Américain (chez ma copinaute Sharon) est une excellente occasion pour voyager confiné !

Nous sommes face à un polar, noir, bien entendu, il ne saurait en être autrement dans un pays qui a connu la guérilla et où les anciens guérilleros sont devenus flics, ou bandits, ou bien notables, employés aussi ou femme de ménage.

On se recycle où on peut, on garde son surnom de guerre et il n’est pas facile quand deux personnages se sont connus dans la guérilla et sont maintenant chacun à l’opposé l’un de l’autre (un flic et un voyou en col blanc).

L’inspecteur Morales est un ancien guérillero rattaché à la brigade des stups, souvent en contact avec les agents de la DEA et l’auteur nous fait bien comprendre que les gringos ne sont pas vus avec des yeux de velours car les Américains étant des gros consommateurs de drogues, leur pays est une plaque tournante pour tous ces produits qui se sniffent, s’injectent, se fument…

L’inspecteur Morales, c’est la nonchalance d’un Derrick avec la libido de Siffredi, sans les éclairs de clairvoyance d’un Columbo ! Ok, je force un peu le trait, mais il a des maîtresses et n’hésite pas à se farcir un témoin, mère de la victime et à draguer une infirmière peu après.

Et on ne peut pas dire que Morales courre partout comme un Jack Bauer, surtout qu’il a une patte folle. Ni qu’il a une équipe de flic de choc pour l’aider puisqu’il va se faire aider par Dona Sofia, la femme de ménage du commissariat (ancienne de la guérilla aussi) et Fanny, sa maîtresse… C’est vous dire comment ça bosse à Managua !

Durant l’enquête, l’auteur va nous brosser un portrait du Nicaragua, de la ville de Managua, de ses blessures, ses fêlures due aux guérillas et au tremblement de terre, de la corruption, le tout entrecoupé des vannes de nos deux flics, Morales et Lord Dixon, son pote policier qui enquêtera à ses côtés.

C’est une plume cynique que l’auteur utilise pour nous parler de son pays, de ces habitants, de ces mœurs, des paysages, des bidonvilles, des maisons huppées, des cartels de drogue, des flics corrompus, dans les hautes sphères. Une satire sociale assez grinçante où il vaut mieux éviter de se perdre dans tous les personnages aux multiples noms et surnoms.

À un moment donné, le récit semble s’enliser dans un banc de sable et là, j’ai ramé un peu pour continuer l’histoire qui, juste après, est repartie de plus belle.

Un roman noir à découvrir pour en savoir un peu plus sur un pays à genou, sur une révolution – caramba – encore ratée, sur une société fracturée entre pauvres et riches, pour découvrir un roman sociétal, sans fard ni mascara pour couvrir cette misère que d’autres ne voudraient pas voir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°223 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 09].