Absolution : Anthony Shaffer

Titre : Absolution

Auteur : Anthony Shaffer
Édition : Rivages Noir (2017)
Édition Originale : Absolution (1979)
Traducteur : Jean Esch

Résumé :
Le père Goddard a placé de grands espoirs dans son élève préféré, garçon charmeur et brillant, véritable prodigue du pensionnat. Jusqu’au jour où celui-ci, afin de défier son autorité, détruisit les fondations sur lesquelles le prêtre avait bâti sa confiance, .

Commence alors une lente et tortueuse descente aux enfers pour le père Goddard, lié par le secret de la confession. Le terrifiant combat du Bien contre le Mal ne peut s’achever que par la destruction d’un des adversaires.

Car de tous les poisons qui infestent l’âme humaine, un seul ne peut recevoir l’absolution.

Critique :
Il est un fait que certains lisent du polar comme d’autres vont aux putes : un coup vite fait et aussi vite oublié.

Avec un peu de chance, ils ramèneront des morbacs ou pire, la chtouille.

C’est un peu comme ceux qui lisent des romans et qui l’oublient aussitôt terminé, l’abandonnant pour le suivant, ou juste parce que ça ne les intéressent pas de le garder.

C’était la littérature de gare. De celle qu’on oublie, comme la passe vite fait dans une ruelle.

Et puis, il y a les grands romans policiers, ceux que l’on garde précieusement, que l’on relit, dont on se souvient. C’est le but louable de la maison d’édition Rivages Noir : nous dénicher des pépites méconnues, les traduire et nous les servir. C’est eux qui le disent dans la préface.

Nous n’avons pas d’autre ambition, mais elle est grande, que de vous présenter, dans le domaine du roman policier, ce que nous considérons comme des joyaux que vous ne connaissez pas encore.

Il existe de par le monde des tas de super romans dont nous n’aurons jamais connaissance, ou alors, ils arriveront dans 100 ans, bénéficiant, tels les oeuvres des peintres et de certains compositeurs, d’un grand succès une fois leurs créateurs ayant rejoint le leur (de créateur).

Oui, ce roman noir est une pépite mais elle est glauque, malsaine, elle est dérangeante, on se demande jusqu’où est capable d’aller le jeune Benjamin, petit protégé du père Goddard (dit « Dieu »), dans sa descente aux enfers, dans sa folie, dans cette envie qu’aurait un fils aimé de voir jusqu’où il peut aller avant que son Père le bannisse, testant tout jusqu’à le faire craquer, tout en le tenant d’un autre côté grâce au secret de la confession.

Sur ce, Goddard quitta la chapelle, désorienté et épuisé.
Benjamin resta assis, un sourire froid et méprisant sur le visage. Les consonnes sifflantes et murmurées coulaient du coin de sa bouche.
— Maudit soit-il ! Maudit soit-il ! J’espère que sa chair puante et immonde brûlera en enfer pour l’éternité.

Il faisait lourd et chaud, ce mercredi 26 juin 2019 (37°) mais ce n’était pas à cause de la chaleur que mes mains étaient moites, que mon front coulait de sueur. J’aurais eu la même réaction durant l’hiver tant le récit m’a mis mal à l’aise, tant les personnages étaient criants de réalisme.

— La culpabilité est un moyen de paiement, comme l’argent. Comme l’or. Avec la culpabilité, tu peux acheter ou vendre des gens. L’homme est né libre, et partout il est enchaîné.

Dans ce collège où enseignent des pères jésuites, la place de la religion catholique est importante, elle rythme la vie des collégiens, mais la paix n’est pas dans leurs cœurs et la pitié non plus.

Entre la mise à l’écart d’un élève portant une prothèse, entre le rejet d’un jeune gitan, entre l’acharnement du père Goddard sur cet élève handicapé et son amour pour Benjamin (platonique), on a beau dire des bénédicités et des rosaires, se foutre à genoux pour prier, c’est à se demander s’ils pensent vraiment qu’il y a quelqu’un en haut qui les écoute car avec eux, c’est faire ce que je dis, pas ce que je fais.

— Vous venez de me dire que le catholicisme est universel, et rien de ce qui est humain ne saurait lui être étranger. À moins, bien évidemment, que vous refusiez de considérer ce gitan comme un être humain.
— Pour les besoins de la discipline, je suis tout à fait disposé à le considérer comme une créature inhumaine, mais je trouve que le mot gitan est un terme bien romantique pour désigner un vulgaire chapardeur.

La tension monte de plus en plus, Benjamin, comme possédé par le Mal, va aller de plus en plus loin dans ses farces, dans son mépris du père Goddard, dans sa manière qu’il a de jouer avec Arthur, l’élève à la prothèse, qui est chiant mais qui ne demande que de l’amitié, que l’atmosphère du roman devient oppressante, lourde et qu’on se demande bien jusqu’où ça va aller, tout en sachant que ça va mal se terminer.

Horrible… J’en suis restée muette, le cri qui montait dans ma gorge s’est arrêté.

Ça c’est du roman ! Glauque,dérangeant, horrible, sadique, cruel. Un véritable esprit dérangé, un véritable maître en matière de manipulations.

Goddard n’était pas d’humeur à écouter des divagations au sujet de la liturgie entre deux gorgées de lapsang souchong. (citation rien que pour Dame Ida)

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

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Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 7 – La Terre promise : Jul & Achdé

Titre : Les Aventures de Lucky Luke (d’après Morris) – Tome 7 – La Terre promise

Scénariste : Jul
Dessinateur : Achdé

Édition : Lucky Comics (04/11/2016)

Résumé :
« Jack la poisse » a un service à demander à son ami Lucky Luke : que celui-ci escorte sa famille de Saint-Louis à Chelm City. La petite troupe quitte la misère de la Pologne pour conquérir sa part du rêve américain.

Bien que le périple doive s’étirer sur 4500 kilomètres, traverser un désert et un territoire indien, le cow-boy justicier accepte sans sourciller.

Jack, dont le véritable patronyme est Jacob Stern, est bien soulagé de ne pas avoir à révéler à ses proches qu’il n’est pas avocat à New York, mais garçon vacher dans le Middle-West.

La mission s’annonce simple et sans encombre. Mais c’est compter sans le fait que Moïshé, Rachel, Hanna et Yankel sont juifs, et que la pratique quotidienne de leur religion est souvent incompatible avec la vie dans l’Ouest sauvage.

Critique :
Je ne pense pas qu’il serait possible, de nos jours, de refaire un film tel que « Rabbi Jacob » et donc, le pari de faire rire avec le judaïsme et l’immigration était un pari osé pour les auteurs.

Rien que pour cela, je saluerai l’idée et la prise de risques, sans compter que les auteurs ont été drôles sans jamais être irrespectueux.

Le judaïsme est décrit dans ses grandes longueurs, dans ce que l’on connait le plus, mais sans jamais être condescendant ou moqueur.

La famille juive des Stern est accompagnée de Lucky Luke comme escorte et c’est tout naturellement qu’ils lui expliquent pourquoi ils ne peuvent pas manger certains aliments ou voyager la nuit de vendredi à samedi.

Si l’humour est présent, c’est hélas par des clins d’oeils à un film connu (Rabbi Jacob) où les auteurs empruntent des répliques célèbres ou alors, des clins d’oeils à d’autre film, comme Star Wars, mais point de calembour maison, comme le faisait le regretté Goscinny, même si Morris ne lui laissait pas trop en faire.

[Lucky Luke] — Quel rêve épouvantable ! Je crois que je ne digère pas la carpe farcie…
[Jolly Jumper] — Méfie-toi du côté obscur de la farce, Luke !

— Comment ? Lucky Luke, vous n’êtes pas juif ?!
— Ben non.
— Lucky Luke n’est pas juif…Ça alors ? Et votre cheval non plus n’est pas juif ?
— Lui non plus, hélas…
— Bon ben, c’est pas grave ! Je vous prend quand même !

Alors oui, on sourit, mais j’aurais préféré des nouveautés, sans pour autant renier les connues, mais bon, on est loin des « Ming Li Foo est voué à la propreté, il vient d’essuyer des coups de feu ! » qui dans le genre, était tout à fait innovant.

Tout comme dans le précédent, « Les Tontons Dalton », cet album n’est qu’un florilège de bons mots connus mais rien de neuf sous le soleil. Dommage.

Je soulignerai juste un calembour d’humour noir fait par Moishé Stern sur les voyages inconfortables que les juifs ont l’habitude de faire… Fallait oser ! Celui sur l’étoile du shérif était plus subtil.

— C’est joli mais euh… tous les juifs d’ici sont-ils obligés de porter une étoile sur leurs vêtements ?
— Ce monsieur est le shérif de la ville, miss Hanna !
— Un juif shérif ?! C’est beau l’Amérique.

Avec des airs d’albums comme « La caravane » (très bon) ou de « La fiancé de Lucky Luke » (très mauvais) nous sommes face à une aventure où, une fois de plus, Lucky Luke doit escorter des gens et les protéger mais sans que l’histoire ne soit trépidante et si l’aventure est plaisante, on attend l’action un peu trop longtemps et elle n’arrive pas vraiment.

Si l’album ne brille pas par sa nouveauté et est très conventionnel, le fait d’avoir placé une famille juive ashkénaze sous la houlette de Lucky Luke est néanmoins neuve et méritait d’être mise en album, j’aurais préféré des nouveaux gags mélangés à des clins d’oeils.

Le juge Roy Bean les accuserait de casus belli, les condamnerait à 50 dollars environ d’amende et les ferait poursuivre par son ours, attachés tous les deux à un arbre, avant de leur faire payer pour qu’ils lui offrent une bière et de les obliger à nous sortir de nouveaux calembours pour l’album suivant !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

 

Le jour J du jugement : Graham Masterton

Titre : Le jour J du jugement

Auteur : Graham Masterton
Édition : Presses Pocket Terreur (1989 – 2005)
Édition Originale : The devils of D-Day (1978)
Traducteur :

Résumé :

Être pris en otage par un démon n’est déjà pas très rassurant. Mais quand il vous demande de l’aider à se libérer de ses camarades…

Les treize chars avaient débarqué en Normandie le 13 septembre 1944. L’un d’entre eux, un Shermann, était resté, abandonné depuis la fin de la guerre, sur le bas-côté de la route.

Les gens évitaient de s’en approcher. Ils disaient que, par les nuits les plus sombres, on pouvait entendre les morts, l’équipage, parler entre eux à l’intérieur du char.

Dan McCook voulut en avoir le cœur net. C’était déjà une erreur. Mais, surtout, jamais il n’aurait dû desceller le crucifix qui fermait la tourelle.

Critique :
Puisque j’en suis à répertorier ma collection de « Terreur », autant me fendre de mes petites critiques pour les lecteurs qui cherchent désespérément des bons livres de terreur et ne veulent pas lire ce qui se publie de nos jours dans le genre.

Je leur conseille donc une visite dans les bouquineries dans le but de mettre la main sur les pépites que compte cette collection.

Ce livre en est une de plus, de pépite…

Autant dire que on se trouve face à du grand Masterton, même s’il n’est pas le seul, heureusement.

Le rythme est très soutenu sur les 189 pages que compte le livre (même les plus fainéants en lecture peuvent le lire) et certaines scènes sont des bijoux d’anthologie (avec des vrais morceaux d’Exorciste dedans, tout frais, tout chaud).

En plus, ici, ça se passe en France donc, vous ne serez pas dépaysé !

L’auteur s’est bien documenté sur la période de la seconde guerre mondiale et sur l’occultisme, même si je n’ai pas tout vérifié, trop de travail…

Si on retrouve facilement des récits mettant en cause les activités occultes de l’Allemagne nazie (oui, Indiana Jones et l’arche sacrée, ce n’était pas une invention des scénaristes en manque d’imagination), on découvre ici des idées qui s’intègrent facilement dans l’histoire de Delta Green.

Delta Green est une agence gouvernementale semi-officielle américaine constituée après la seconde guerre mondiale afin de lutter contre les manifestations du Mythe dans notre monde. Elle fut officiellement dissoute dans les années 70 et opère dans l’illégalité et la clandestinité depuis à l’insu des instances officielles.

Tout en soulignant le fait que, même pour les « libérateurs », la fin justifie les moyen, Masterton nous gratifie d’une foule de détails sur les rituels, les formules, les croyances, et, d’une façon générale, l’occultisme judéo-chrétien.

Croyez-moi, un bon livre, pas très gros, mais diablement bien torché !

La servante écarlate : Margaret Atwood

Titre : La servante écarlate

Auteur : Margaret Atwood
Édition : Robert Laffont Pavillons poche (2017-2015) / J’ai Lu (2005)
Édition Originale : The Handmaid’s Tale (1985)
Traducteur : Sylviane Rué

Résumé :
Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’État, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Évangile revisité.

Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues.

L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission.

Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom.

Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Critique :
♫ Imagine all the people, ♪ Living life in peace… ♪ (John Lennon – Imagine)

Et c’est là que l’aiguille a rayé définitivement le disque car dans cette dystopie, le Imagine de Lennon serait plus qu’un rêve, ce serait un péché.

Imaginez un monde où certaines femmes n’auraient pour unique fonction que celle de reproductrice (les servantes écarlates), un peu comme dans un élevage de chevaux où on mettrai les meilleures juments à la disposition d’étalons…

Mais ici, c’est nous, les femmes, qui occupons cette fonction dévolue en temps normal à des animaux d’élevage.

Attention, il est interdit de séduire l’homme ou de copuler en dehors des moments d’ovulation. L’épouse de votre commandant vous tiendra fermement pendant que monsieur vous la mettra dedans afin de vous ensemencer. Le tout sans sentiments, sans jouissance aucune, sans bruit, sans se toucher… Pire que des bêtes !

Vos droits ? Vous n’en avez pas, vous n’en avez plus. Vous n’avez plus d’argent, plus de comptes en banque, l’interdiction d’exercer un métier, sauf si vous êtres une Martha, qui sont les bonnes à tout faire ou une Tante, qui sont les espèces de formatrices au centre et qui feront de vous de parfaite petites femmes formatées jusqu’au bout des ongles…

Prête à assurer les fonctions de reproductrices puisque les autres ne savent plus…

Dans l’hypothèse où vous seriez un rebut de femme, on vous enverra aux Colonies où vous crèverez à petit feu à force de barboter dans des déchets toxiques. Là bas, il y aura aussi les invertits, les traitres, les pervertis, les contestataires… tout ce qui n’est pas net pour la nouvelle société, ce qui ne rentre pas dans le moule.

La Religion est omniprésente, mais on a vachement interprété les Évangiles pour les faire coller à la dictature que l’on a instaurée. Ne faites pas un pas sur le côté où il vous en cuira. La corde vous attend… Haut et court vous serez pendu(e).

Fermez votre gueule, avancez les yeux baissé dans ce monde formaté à l’extrême et tâchez de produire des beaux bébés bien formés parce que, à cause de la pollution et de l’utilisation massive de produits chimiques (Bayer-Monsanto, si vous me lisez…), la fertilité est plus basse encore que celle qui régnerait dans un couvent de sœurs stériles déflorées par des moines grabataires castrés.

Le bandeau-titre annonce que ce livre a fait trembler l’Amérique de Trump, pourtant, Trumpette fait plus peur que ce roman, à mon avis.

Attention, je ne suis  pas en train de dire qu’on ne frissonne pas en lisant l’histoire que nous raconte Defred, servante écarlate de son état (jument reproductrice), nous détaillant son quotidien et ce qui s’est passé avant, quand tout a changé et que personne n’a bougé.

Oui, le récit fait froid dans le dos parce qu’il n’est pas aussi SF qu’on voudrait le croire, il a même des relents contemporains quand on voit comment certains montent au créneau pour nous faire perdre nos maigres droits, à nous les femmes, au nom d’une religion qu’ils ne comprennent pas toujours ou qu’ils adaptent selon leur humeur ou selon leurs désidératas.

Le récit alterne les moments présents et les moments dans le passé, quand le changement à eu lieu et quand les gens étaient satisfaits de certaines décisions car elles leur agréaient et ne les concernaient pas directement.

Après vint le désenchantement pour certains et certaines tandis que d’autres proliféraient sur le terreau de la privation de libertés et se rengorgeaient d’avoir des postes importants.

Un roman qui décrit un monde qui fait froid dans le dos, où l’amour est banni, la bagatelle aussi, la jouissance de même, le café ainsi que l’alcool, les revues porno, le maquillage, les beaux habits, les enseignes lumineuses, le droit à la parole, à la liberté… et où l’on vit dans un univers aseptisé qui ne me donne qu’une seule envie : aller me pendre.

Un roman où il est difficile d’entrer en empathie avec les différents personnages et où la lecture se déroule avec des angoisses. J’ai essayé de prendre de la hauteur afin de ne pas trop flipper et le fait de ne m’être attachée à aucun personnage, hormis un peu Defred, a fait en sorte que je n’en suis pas ressortie trop traumatisée.

Une dystopie que je conseille, même si elle m’a fait moins mal aux tripes que « Fahrenheit 451″ dans lequel j’étais entrée violemment.

Lisez et surveillez bien qu’un jour, on ne recommence pas à brûler des livres ou à éliminer la culture… Et ce jour là, ne regardons pas à côté.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018) et Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°1 – Une Étude en Rouge – lire un livre dont la couverture est à dominante rouge).

 

Blueberry – Hors-Série – Apaches : Jean-Michel Charlier & Jean Giraud

Titre : Blueberry – Apaches

Scénariste : Jean Giraud (Jean-Michel Charlier étant décédé)
Dessinateur : Jean Giraud

Édition : Dargaud (2007)

Résumé :
La Guerre de Sécession vient de s’achever. Le lieutenant Blueberry, en pleine déchéance, rejoint son affectation à Fort Mescalero accompagné d’un pasteur et de sa fille.

Sur le chemin, ils sont attaqués par les Apaches qui s’en prennent en particulier à l’homme de Dieu, que Blueberry défend malgré leurs divergences.

Heureusement pour eux, la garnison arrive à temps pour les sauver et de retour au camp, le héros fait déjà preuve d’une insubordination qui deviendra légendaire…

Le cycle Mister Blueberry avait la particularité de comporter deux histoires en une.

La participation rocambolesque du lieutenant (désormais civil) au duel d’OK Corral d’une part, et de l’autre, ses confessions à un écrivain, au cours desquelles il revenait sur un épisode décisif de sa vie tumultueuse, sa rencontre avec Geronimo.

Apaches est tout simplement le regroupement de l’ensemble de ces planches, agrémenté ça et là des quelques cases inédites et de légendes pour mettre du liant.

Critique :
Pour que tout le monde arrive à s’y retrouver, cet album, un des dernier que Giraud (Charlier nous ayant déjà quitté) nous eut offert sur Blueberry.

Mais cet album est aussi celui des débuts de son lieutenant débraillé et alcoolique juste après la guerre de Sécession (nous sommes en novembre 1865) et avant qu’il ne soit affecté à fort Navajo.

Publié en dernier, cet album hors-série est en fait le premier. Une sorte de préquel… Vous suivez toujours ?

En fait, c’est un album « hommage » qui est composé des planches que nous retrouvons dans plusieurs albums : Mister Blueberry, Ombres sur Tombstone,  Geronimo l’Apache, OK Corral et Dust qui ont été réorganisées, rectifiées, bref, un montage dans l’ordre de tous les flash-back présents dans ces cinq albums (tomes 24 à 28) qui constituent les derniers de la saga du lieutenant Blueberry (après, on aura sa jeunesse, qui vient bien avant cet album, elle).

Z’êtes toujours là ? Besoin d’un café ou d’un tube d’aspirines ? Allez, on reprend où nous en étions avec cet album hommage qui reprend des planches des derniers albums pour donner un récit qui est en fait le premier après la guerre de sécession.

Non, non, ce n’est pas qu’un assemblage de planches déjà faites ! L’auteur a ajouté quelques planches pour lier le tout et les faire tenir ensemble, mais cela permet de se faire une autre idée de notre lieutenant de cavalerie au sortir de la guerre de Sécession et de comprendre une partie de ce qui se passera dans sa tête ensuite, puisqu’il aura souvent tendance à prendre la défense ou du moins d’aider les Indiens.

Et là, ce sera sa première rencontre avec celui que les Hommes Blancs ont appelé Geronimo.

Une fois de plus, nous retrouvons notre Blueberry en fâcheuse position : alcoolique au dernier degré, mort saoul, cuvant son mauvais whisky dans l’enclos des cochons alors qu’il doit prendre la diligence pour sa nouvelle affectation :  Fort Mescalero.

Il voyagera sur le toit car sa puanteur indispose plus le pasteur Younger qui voyage avec eux que sa fille. Le charme du bad lieutenant agit sur toutes les femmes…

— Comment la cavalerie des États-Unis peut-elle accueillir de tels individus en son sein ?

Si j’avais encore des doutes, je n’en avais plus du tout en découvrant cet album pour la première fois (oui, je ne le possédait pas, shame on me) : Blueberry souffre de ce qu’on appelle maintenant le syndrome post-traumatique.

La guerre l’a marqué, il a dû tuer des frères en passant dans le camp des Nordistes et cela lui pèse plus qu’il voudrait bien se l’avouer à lui-même.

Anybref, notre bel homme est une loque humaine et le fait de se faire attaquer par des Indiens va pouvoir le remettre un peu dans le droit chemin, enfin… Niveau prise de risques, il est toujours aussi tête brûlée, le lieutenant !

Il y a dans ses pages toutes la noirceur humaine, surtout celle des Blancs qui n’en sortiront pas grandi de l’histoire. Les Indiens, de leur côté, ne sont pas des anges mais là, je ne peux que comprendre et approuver les motivations de Geronimo et sa haine envers le pasteur Younger. Les Hommes d’Église ne sortent jamais grandi des albums de Blueberry non plus…

Violent, sans temps mort, avec une pointe de fantastique dans le fait que Geronimo comprend que Blueberry doit vivre car ils se reverront un jour et qu’il aura besoin de lui, cet album est sombre car il met en lumière des faits réels et peu glorieux de l’armée des États-Unis : les Tuniques Bleues.

Blueberry est toujours fidèle à lui-même, contestant les ordres, s’insurgeant sur le fait que l’on abatte les Indiens blessés ou des squaws et des enfants. Il a beau écluser de l’alcool comme moi de l’eau, il reste humain, lui.

Un album hommage qu’il convient de posséder dans sa biblio pour avoir l’histoire complète de ce grand homme qu’était le lieutenant Blueberry. Ne reste plus qu’à mettre tout cela dans l’ordre et à relire toute cette fresque.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

 

La Jeunesse de Blueberry – Tome 19 – Rédemption : François Corteggiani & Michel Blanc-Dumont

Titre : La Jeunesse de Blueberry – Tome 19 – Rédemption

Scénariste : François Corteggiani
Dessinateur : Michel Blanc-Dumont

Édition : Dargaud (17/09/2010)

Résumé :
Afin de retrouver la fille du général Sheridan, seule survivante du massacre d’un couvent, Blueberry va devoir affronter le terrible Jim Thompson, un prédicateur illuminé, qui règne sans partage sur un village de rednecks patibulaires.

Un western dense et nerveux signé par François Corteggiani et Michel Blanc-Dumont, dans lequel on retrouve avec un immense plaisir le lieutenant le plus célèbre de la bande dessinée.

Critique :
Bon, on ne va pas tourner autour du pot, mais si déjà 1276 âmes ne brillait pas à fond, on peut dire que Rédemption touche le fond.

Cet album, je ne l’avais jamais lu, il y avait un trou dans ma collection de « La Jeunesse de Blueberry » avec les tomes 17 et 19 que je me suis décidée à acheter afin de combler ce vide.

J’aurais pu éviter le tome 19…

Pas l’habitude d’être autant déçue par un Blueberry mais ici, à jouer avec le côté fantastique, on fout tout l’édifice déjà difficilement monté dans le tome précédent et on scie la branche sur laquelle on avait posé ses fesses.

Et puis merde, je spolierai un peu : le général Sheridan qui n’avait pas trop envie que l’on retrouve sa nièce vivante change radicalement de bord et le voilà presque larmoyant, se repentant amèrement d’avoir osé se frotter les mains à l’idée qu’on la tuasse et qu’il héritasse de tout (pas français ? M’en fout).

Rédemption, d’accord, mais bordel, pas si vite ! Il retourne sa veste plus vite que Jacques Dutronc dans sa chanson ! Quand au type que Blueberry a aidé dans le bar, on se demande bien de quel côté il roule et si Blueberry ne va pas se retrouver pris entre le marteau et l’enclume.

Mais ce qui m’a le plus fout en l’air cette lecture, c’est le personnage de Virginia Kindman : elle est belle, elle est forte, a plus d’un tour dans son sac, mais on frôle le côté fantastique en faisant d’elle une véritable sorcière qui parle aux animaux, qui voit tout, sauf certaines choses importantes et dont la dernière scène est à la limite de la guimauverie.

Il y avait moyen d’utiliser ce personnage d’une meilleure manière.

Quand au pasteur zinzin et meurtrier, il est tout à fait du côté obscur et n’a rien pour le récupérer, ce qui est dommage, un peu de nuance aurait pu nous faire hésiter sur nos sentiments envers ce type.

Bref, pour une fois, je suis déçue d’un Blueberry, pourtant, Corteggiani m’avait habitué à mieux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

La jeunesse de Blueberry – Tome 18 – 1276 âmes : François Corteggiani & Michel Blanc-Dumont

Titre : La jeunesse de Blueberry – Tome 18 – 1276 âmes

Scénariste : François Corteggiani
Dessinateur : Michel Blanc-Dumont

Édition : Dargaud (2009)

Résumé :
Blueberry est envoyé en mission pour mettre fin aux tueries commandées par un « chef de secte se prétendant pasteur », lequel se venge d’un massacre perpétré par une unité de l’armée nordiste.

Blueberry devra aussi affronter des militaires envoyés par un général qui ne souhaite pas que sa nièce soit libérée par la secte.

Critique :
On a beau être dans la jeunesse de Blueberry, avec un scénariste et un dessinateur différents suite au décès de ses pères, ça commence toujours aussi fort.

Tout le monde dort à l’Institution Baptiste de la Rédemption à Ogamaw, Ouchita County, en Arkansas.

Tout le monde ? Non, une bonne sœur discute encore avec un pasteur aux yeux hallucinés et lorsque ce dernier lui proposera d’embrasser sa croix, faudra pas y voir du grivois, mais du meurtre matois.

Ensuite, ça va se déchaîner et les corps vont pouvoir se ramasser à la pelle et plus personne ne sera là demain pour l’appel. L’unique survivante étant emmenée de force par les sbires du pasteur criminel.

1276 âmes… Je ne sais pas pour vous, mais moi, ce titre me fait penser à la traduction erronée du titre du roman noir de Jim Thompson « Pop. 1280 » dont la Série Noire avait rebaptisé « 1275 âmes ».

Jim Thompson ? Bon sang, mais c’est le nom du pasteur dingue ! Dois-je y voir une référence à l’auteur, une sorte d’hommage ? Je ne sais pas et Wiki mon ami est muet sur le sujet.

Anybref, encore une mission périlleuse pour notre jeune lieutenant qui va devoir retrouver la nièce d’un haut gradé qui n’en a pas trop envie vu que sa disparition va faire de lui l’héritier principal d’une assez belle fortune.

Un pasteur fou (pas si fou), des ouailles qui le suivent aveuglément, la Pinkerton sur le coup, avec son directeur et Baumhoffer, l’agent au service de l’agence Pinkerton que nous avons croisé dans les tomes précédents, du sang, des trimes, des morts…

Cet album ne brille pas par son originalité ni par son grand méchant car un pasteur rendu fou par les exactions commises par les autres, c’est assez convenu et si on y réfléchi bien, on se demande même qui est le plus criminel de lui où du général qui ordonna ce massacre stupide.

Là où cela devient intéressant, ce sont dans certains dialogues et dans le fait que de nombreux personnages se retrouvent dans cette aventure sans que l’on sache exactement qui roule pour qui.

Pas le meilleur mais il se laisse lire au coin de la terrasse, sous le soleil, avec un mojito glacé pour aider.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

Ne lâche pas ma main : Michel Bussi [LC avec Bianca]

Titre : Ne lâche pas ma main

Auteur : Michel Bussi
Édition : Presses de la cité (2013) / Pocket (26/04/2014)

Résumé :
Soleil, palmiers, eaux turquoise de l’île de La Réunion et un couple amoureux. Cocktail parfait. Pourtant le rêve tourne au cauchemar. La femme disparaît de sa chambre d’hôtel. Son mari, soupçonné du meurtre, s’enfuit en embarquant leur gamine de six ans.

Le plan Papangue, équivalent insulaire du plan Epervier, enclenche une course-poursuite vite ponctuée de cadavres, dans un décor prodigieux et au cœur de la population la plus métissée de la planète.

Un polar qui cogne comme un verre de punch. A déguster vite, fort et frais.

Critique :
« Ne lâche pas ma main ! » Vous êtes un marrant, vous, monsieur Bussi. Comment voulez-vous que je vous tienne la main durant ma lecture, vu la distance qui nous sépare ?

Déjà que vous venez d’entrainer une petite fille de 6 ans dans votre cavale infernale avec, pour compagnon d’infortune, un père qui, au vu de ce que l’on sait, a tout d’un Jack l’Éventreur en plus expéditif et moins farfouilleur…

Oserais-je vous tenir la main ? On n’est jamais trop prudent, méfiance !

Bon, à la décharge de l’auteur, je signalerai que le voyage dans l’île de la réunion était des plus dépaysant !

Une immersion dans ce département d’outre-mer, avec son mélange ethnique et sa manière de parler si chantante que j’avais envie d’entonner ♫ Ka sa yé misyé bobo ♪ Fo pa’w kon-prann bibi sé on kouyon ♪ Si tout lé mwen o founo ♫ avant que je me souvienne que le groupe Zouk Machine était originaire de la Guadeloupe et que nous étions dans un autre océan.

Le scénario était sadique, vache, bourré de suspense, de petits traits d’humour, d’anecdotes sur l’île, ses habitants, de petits mots bien à eux (avec la traduction) et l’alternance de narrateur a donné au récit un rythme qui n’a jamais perdu son souffle, même si on s’est baladé non loin du piton de la fournaise (qui n’est pas le minou d’une prostituée !).

Comme j’ai vu tous les Columbo au moins 36 fois, je ne me suis pas laissé attraper sur un certain point, j’ai suspecté « le truc »et j’avais raison, par contre, pour le reste, je n’ai rien vu venir tant monsieur Bussi a su nous entourer d’un brouillard dense et épais, à tel point que j’ai même pensé m’être trompée d’épisode de mon lieutenant au manteau fripé.

Bon, tort tout à fait je n’avais pas, mais le reste, je ne l’ai pas vu venir et il s’est même permis, le sagouin, de me planter un coup au coeur dans le dos !

Des personnages énigmatiques, travaillés, qui évoluent, qui ont des choses à cacher, une île fort présente, avec sa population bigarrée, buvant du rhum pour oublier les problèmes, ou juste par plaisir.

Une immersion parfaite dans cette île que je connais peu et grâce à son roman, je me suis couchée moins bête, même si je l’ai terminé au matin, avant d’aller bosser. Note pour plus tard : il est dangereux de lire des romans addictifs juste avant d’aller dormir, certes, mais encore plus avant d’aller bosser !

C’est ce que j’aime aussi dans un roman policier ou un thriller, c’est qu’une ville, un pays, une île, soit un personnage à part entière (sauf si c’est mal abordé) et prenne une place importante dans l’intrigue, tout comme sa population.

Une fois de plus, Bussi m’a conquise, épaté, entrainé dans une aventure folle, mis mes nerfs à rude épreuve tant je me suis posée des questions et m’a offert un final excellent.

Bianca et moi sommes d’accord !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Malefico [Saga Marcus et Sandra 2] : Donato Carrisi [LC avec Bianca]

Titre : Malefico [Saga Marcus et Sandra 2]

Auteur : Donato Carrisi
Édition : Le Livre de Poche Thriller (31/08/2016) – Calmann-Lévy (16/09/2015)
Édition Originale : Il cacciatore del buio (2015)
Traducteur : Anaïs Bouteille-Bokobza

Résumé :
Marcus est un pénitencier. Un prêtre capable de déceler le mal enfoui en nous. Mais il ne peut pas toujours lui faire barrage.

Sandra est enquêtrice pour la police. Elle photographie les scènes de crime. Et ferme parfois les yeux.

Face à la psychose qui s’empare de Rome, ils vont unir leurs talents pour traquer un monstre. Ses victimes : des couples. Une balle dans la nuque pour lui. Une longue séance de torture pour elle.

Quel est l’être maléfique qui ne tue que des jeunes amoureux ?

Critique :
Malefico et Diabolo sont dans un bois où deux amoureux se bécotent sur les sièges de le voiture avant de passer à la vitesse supérieure.

Diabolo s’en va, qui reste-t-il ? Melefico ! Et dites adieu au gentil couple d’amoureux qui voulait s’envoyer en l’air dans un petit coin tranquille. Z’avaient qu’a aller dans un hôtel, na !

Un polar avec des relents ésotériques, cela faisait longtemps…

Avant d’aller plus loin, on va mettre de côté le Da Vinci Code et son auteur car ici, nous allons voler (prier ?) bien plus haut que ça, avoir plus de profondeur et de réalisme dans les personnages et éviter de coller une filiation à Pierre, Paul, Jacques, Jésus… Ésotérique certes, mais du haut de gamme.

Tout en respectant les codes du thriller  afin de rendre ses lecteurs addict, l’auteur arrive tout de même à proposer autre chose que l’habituelle soupe, nous servant des personnages marquants, une intrigue qui tient la route, qui sent le souffre tout en restant dans notre monde à nous et en nous balançant quelques changements de plats qui ont ravi mes papilles littéraires.

Attention, c’est sombre ! Violent, aussi… Et on se pose des tas de questions sur la finalité de ces meurtres, sur leur mobile, sur l’assassin, sur son modus operandi (il est horrible), sur les complicités, et ce ne sera que petit à petit que l’auteur dévoilera son jeu, tout en se réservant quelques gros atouts dans sa manche.

Le final m’a fait poser le livre sur la table afin de mieux le digérer, afin de pouvoir y réfléchir, pour l’assimiler, l’avaler…. Parce que oui, c’est fort de café tout en restant dans une réalité banale mais horrible.

Comme quoi, on peut encore écrire des thriller sur le Mal, le Bien, le Vatican, l’Église et les tueurs en série tout en se renouvelant, tout en proposant une intrigue convaincante, basée sur certains faits réels, des lieux existants dans la Ville Éternelle, avec des meurtres un peu gore mais sans voyeurisme, avec des complicité mais sans complot international et proposer un récit addictif sans pour autant sortir les effets spéciaux et la pyrotechnie.

Allumer le feu (oui), pour faire danser les diables et les dieux (en effet), mais en restant dans le réel et sans entrer dans la science-fiction de bas étage comme il aurait été facile de faire.

Mais Carrisi n’a pas fait dans la facilité et, une fois de plus, il me subjugue, me conquiert, me séduit et prend place dans mon panthéon des auteurs que j’apprécie.

Quoique, vu ses écrits, il devrait entrer dans mon pandémonium !

Et ce n’est pas Bianca qui va me contredire !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Les âges sombres : Karen Maitland [LC avec Bianca]

Titre : Les âges sombres

Auteur : Karen Maitland
Édition : Sonatine (2012) / Pocket (2014)
Édition Originale : The Owl killers (2010)
Traducteur : Pierre Demarty

Résumé :
1321. Les habitants d’Ulewic, une petite cité isolée de l’est de l’Angleterre, sont sous le joug de leur seigneur et de l’Église, celle-ci ayant supplanté, depuis quelques années, le paganisme qui régnait dans la région.

Non loin du village s’est installée une petite communauté chrétienne de femmes, des béguines originaires de Belgique.

Sous l’autorité de sœur Martha, elles ont jusqu’alors été assez bien tolérées. Mais les choses commencent à changer. Le pays connaît en effet des saisons de plus en plus rigoureuses, les récoltes sont gâchées, les troupeaux dévastés et le besoin d’un bouc émissaire se fait sentir.

Neuf hommes du village, dont on ignore l’identité, vont profiter de la tension qui commence à monter pour restaurer un ordre ancien et obscur.

Renouant avec de terribles rites païens, usant de la terreur, du meurtre et de la superstition, ils vont s’en prendre aux béguines, qui devront les démasquer et élucider les secrets du village avant que la région ne soit mise à feu et à sang.

Critique :
Anus horribilis… Voilà comment les Béguines Martha d’Ulewic, petit village perdu au fin fond du trou de cul de l’est de l’Angleterre, auraient pu résumer l’an de grâce 1321.

JDM résumera cette première journée de mai qui commença sous des auspices merdiques pour bien des gens et qui, tel une goutte d’eau tombant sur le visage, donnera ensuite naissance à un torrent dévastateur.

Voilà une brique que je viens de m’enfiler en même pas trois jours, dévorant chaque page comme une affamée, m’attachant à certains personnages ou ayant envie d’en trucider certains…

Dieu mais qu’ils n’étaient pas très malins, en 1321 ! Dieu qu’ils étaient crédules, ces bonnes gens du fin fond de l’Angleterre profonde. Dieu qu’ils étaient manipulables ! On en faisait ce qu’on voulait…

À la moindre chose qui ne tournait pas rond, que ce soit des changements climatiques, des épidémies, des maladies, il fallait de suite trouver un bouc émissaire et les étrangers de tout poils étaient tout trouvés pour se voir accuser de moult crimes qu’ils n’avaient pas commis.

Vu l’époque, je leur pardonnerai leur imbécilité et leur manque de réflexion : ils n’étaient pas instruit, ils étaient crédules, qu’ils soient païens ou religieux, ne savaient pas vérifier les dire des uns ou des autres, l’Église et les nobles avaient encore tout pouvoir sur eux et pouvaient leur servir des fake à volonté puisque eux-mêmes y croyaient, bien souvent…

De nos jours, ils n’ont plus ce pouvoir, ils l’ont délégué à d’autres, mais j’ai l’impression que ♫ non, non, rien n’a changé ♪ tout tout à continué ♪ car l’Homme est toujours prompt à s’enflammer pour des futilités ou à gober ce qu’à brait l’âne du coin ou dans la télé. En 1321, ils avaient des circonstances atténuantes, eux.

Nous avions beau être dans l’Histoire, puisque le roman s’appuie sur des faits réels et une part des légendes, mais je l’ai trouvé très contemporain, moi.

Ce polar historique donnera la voix à plusieurs narrateurs, ce qui nous permet de nous balader dans le récit en suivant des personnages différents, de suivre leurs pensées, d’en apprendre plus sur eux. Ils sont humains, réalistes, avec des pensées et des actions bien de leur époque.

Pas de dichotomie dans les personnes qui gravitent dans ce roman, ils sont travaillés et si je pensais que Philip D’Acaster allait avoir un grand rôle en tant que salaud tout comme les Maîtres-Huants, ils sont resté, au final, plus en retrait que je ne l’aurais pensé. On peut toujours me surprendre, donc.

Impossible de s’embêter, je le suis gorgée des faits historiques, je me suis plongée dans le passé, me suis baladée dans les temps obscurs et tout en me gavant de l’histoire, je suis arrivée à la conclusion que cette époque n’aurait pas été faite pour moi car certaines questions sur la religion n’était pas bonnes à poser à voix haute.

L’auteure a fait aussi un super travail au niveau de l’écriture, la rendant accessible, même dans les descriptions qui, sans cela, aurait pu rendre le récit lourd. Pas de soucis, il est d’une fluidité tout en évitant un style plat.

Un polar historique qui parle de croyances, de foi, d’acceptation de la différence de l’autre, de la place de la femme en cette époque (derrière les fourneaux, évidemment, avec autant de droit qu’un animal), de crédulité, de propagande, de manipulations des foules, de fourberie (et pas de Scapin) et de jalousie.

Une LC réussie ou, une fois n’est pas coutume, Bianca et moi sommes sur la même longueur d’onde pour dire que nous avons aimé !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)  et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).