Helldorado – Tome 01 – Santa Maladria : Jean-David Morvan, Ignacio Noé et Miroslav Dragan

Titre : Helldorado – Tome 01 – Santa Maladria

Scénariste : Jean-David Morvan & Miroslav Dragan
Dessinateur : Ignacio Noé 🇦🇷

Édition : Casterman Ligne d’horizon (2006)

Résumé :
Quelque part sur une île tropicale, un village indien s’éveille dans la douceur de l’aube.

Mais l’enfer se déchaîne bientôt : un escadron de conquistadors a cerné les lieux, et massacre jusqu’au dernier tous les habitants, femmes et enfants compris. Toutes les apparences d’un crime gratuit, impardonnable.

Mais peut-être la réalité est-elle plus complexe qu’il n’y paraît. Car ce n’est pas une « simple » guerre conventionnelle qui oppose les Espagnols aux indigènes, les Indiens Syyanas.

Un troisième belligérant parcourt le théâtre des opérations, frappant indistinctement dans les deux camps sans jamais faire de quartier : une maladie mortelle foudroyante, si effrayante qu’on s’est même refusé à la nommer.

Critique :
Les premières pages sont sans paroles, mais le poids des images donne le ton : une femme découvre les soldats espagnols dans son village, ils vont charger… Ils chargent…

Pleurs, cris muets, fosses communes creusées, habitants du village entassé dans les tranchées creusées et abattus par balles puis on incendiera les cadavres.

Il faut attendre la page 10 pour avoir du dialogue. Le récit commence dans la violence gratuite et le sang.

Les Conquistadors tuent ainsi chaque fois, mais ils ne pillent rien, ne volent rien (si ce n’est la vie des habitants), n’emportent rien. Bizarre.

Hutatsu et Dathcino sont 2 jeunes Syyanas qui passent après les massacres et ne se privent pas pour prendre les affaires ou la nourriture des assassinés. Vous me direz qu’elle ne servira à personne et qu’ils n’ont pas de sang sur les mains, ces deux gamins.

De plus, si les autochtones de l’île se serrent les coudes, c’est depuis que l’Homme Blanc massacre des villages entiers, avant, durant l’épidémie, les riches se soignaient et laissaient crever les pauvres.

Les Conquistadors sont bien entendu guidés par la main de Dieu, qui leur donne une mission, comme une rédemption, et blablabla…

Le capitaine des Conquistadors a une sale gueule (on comprendra ensuite pourquoi) et est très croyant (sa casa est remplie de crucifix de toutes tailles), comme tout le monde à cette époque, pensant que la maladie qui a touché les Indiens a été envoyée par le Diable.

Si les dessins ne m’ont pas trop emballés, ils ne m’ont pas trop perturbés non plus. Les couleurs sont dans des tons pastels, douces, lumineuses. Agréables pour les yeux.

Pour l’instant, je ne sais pas trop où cette série va m’emmener. Les thèmes abordés sont connus, on sait que les Espagnols n’ont pas été des gentils lors de leur conquête des Amériques, que ce furent des bains de sang, des massacres, des génocides…

Nous avons beau le savoir, les 7 premières planches, muettes et extrêmement violentes, mettent déjà au tapis le pauvre lecteur qui ne s’attendait pas à un tel déchaînement de violence dès le départ.

D’habitude, les auteurs prennent le temps de présenter leur univers, là, on envoie du lourd directement. Ça déstabilise, mais ça remet les idées en place.

Du côté des Indiens Syyanas, ce n’est pas mieux. Les gens accusés sont divisés en trois catégories et seule l’une d’entre elles est passable (défendre la cité), les autres, ont les plaint, dont nos deux gamins pilleurs du début.

Ce premier tome me laisse un peu sur ma faim, mais j’ai au moins l’envie de poursuivre la série afin de savoir où les auteurs veulent en venir. Sur des scénarios convenus ou intéressants ? Je ne le saurai qu’en découvrant les deux tomes suivants.

Contrairement à d’autres séries, je vais poursuivre.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 48 pages) et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°35).

 

Le sixième soleil – Tome 1 – Tezcatlipoca : Laurent Moënard et Nicolas Otéro

Titre : Le sixième soleil – Tome 1 – Tezcatlipoca

Scénariste : Laurent Moënard
Dessinateur : Nicolas Otéro

Édition : Glénat – Vécu (2008)

Résumé :
Janvier 1917. Pendant que l’Europe se déchire en boucheries guerrières, le Mexique (🇲🇽) entame sa huitième année de révolution, organismes de défense des paysans, comités de soutien aux grands propriétaires terriens, milices pro ou anti-américaines : toutes les sensibilités s’expriment avec violence dans ce pays troublé.

Et c’est cet instant que choisit justement l’État-Major allemand pour débarquer dans le plus grand secret au Mexique afin de proposer à son président une alliance militaire contre la restitution des territoires annexés par les Américains.

Menés par de bas intérêts humains et politiques, les dirigeants des deux pays vont sans le savoir réveiller la lutte millénaire entre Quetzalcoatl, le dieu serpent à plumes, et son ennemi juré Tezcatlipoca…

Critique :
En 1917, en Europe, la Première Guerre Mondiale fait rage. Au même moment, un sous-marin allemand débarque 4 hommes en toute discrétion, non loin de Vera Cruz, au Mexique.

Les Allemands ne veulent pas que les américains entrent en guerre et ils magouillent en schmet pour que le Mexique se rallie à la cause allemande et attaque les États-Unis si ceux-ci font mine de vouloir s’engager dans la guerre.

La récompense ? Que le Mexique puisse annexer le Texas, le Nouveau Mexique et l’Arizona…

Pas de bol, la première chose qui foire, dans un plan de bataille, c’est le plan de bataille lui-même ! Voilà nos émissaires prisonniers d’un un groupe de révolutionnaires mexicains. Au Mexique, cela fait 8 ans que la révolution dure.

Pour les dessins, je ne deviendrai pas fan de ceux de Nicolas Otéro. Les traits des visages sont anguleux, moches et peu expressifs.

Si le scénario commence avec des faits historiques comme le Télégramme Zimmermann (*) et la révolution Mexicaine, il y a aussi un autre élément important : la mythologie aztèque. Les dieux Quetzalcóatl et Tezcatlipoca sont ennemis depuis toujours et se sont déjà battus.

Hélas, on a l’impression qu’on force le raccord entre les révolutionnaires mexicains, qui ont fait appel à la cavalerie américaine pour prendre en charge les prisonniers (contre des armes et du fric) et l’arrivée de la grande prêtresse qui voit dans un prisonnier allemand la réincarnation de Quetzalcóatl.

Tout est brutal, violent (oui, je sais, ce n’est pas l’époque des Bisounours) et arrive un peu trop précipitamment, alors que nous ne savons que peu de choses sur les différents protagonistes de l’histoire.

La mise en page de certaines cases rend le récit brouillon et confus à certains moments.

En terminant cette bédé, je me demande bien si je vais poursuivre le carnage ou abandonner pour désintérêt de la chose.

(*) Le télégramme Zimmermann est un télégramme diplomatique qui a été envoyé le 16 janvier 1917 par le ministre des Affaires étrangères de l’Empire allemand, Arthur Zimmermann, à l’ambassadeur allemand au Mexique, Heinrich von Eckardt, au plus fort de la Première Guerre mondiale. Il donnait l’instruction à l’ambassadeur de se mettre en contact avec le gouvernement mexicain pour lui proposer une alliance contre les États-Unis. Intercepté et déchiffré par le Royaume-Uni puis rendu public, son contenu a accéléré l’entrée en guerre des États-Unis.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 44 pages), et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°28).

bande dessinée, historique, western, uchronie, espionnage, croyances, religions, guerre civile, mythologie, mexicains, Mexique

La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – T03 – Torquemada : Bernard Swysen et Marco Paulo

Titre : La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – T03 – Torquemada

Scénariste : Bernard Swysen
Dessinateur : Marco Paulo

Édition : Dupuis (10/05/2019)

Résumé :
En 1474, Isabelle de Castille devient enfin reine, après bien des péripéties. Elle a épousé quelques années auparavant Ferdinand, héritier de la couronne d’Aragon dont il héritera en 1479.

À eux deux, ils réunifient ainsi l’Espagne et deviennent « les rois catholiques ». À eux deux seulement ? Non. Dans leur ombre agit un moine bénédictin particulièrement austère et dévot : Tomas de Torquemada.

Issu d’une famille de juifs convertis quelques générations auparavant, il est convaincu que les royaumes de Castille et d’Aragon doivent être sauvés des hérétiques. Il y consacrera sa longue vie.

Véritable stratège politique, il va réussir par l’intermédiaire royal à récupérer les pleins pouvoirs de la part de l’Église catholique sur les tribunaux de l’Inquisition. Il les unifiera dès lors et en deviendra le chef suprême durant quinze ans.

Premier Grand Inquisiteur espagnol, ombre noire du pouvoir, il va donner une dimension brutale et violente aux jugements et persécutera les juifs espagnols sans relâche.

Sous sa gouvernance, l’Inquisition aura un pouvoir sans précédent. Il mourra à 77 ans après avoir rédigé le Code de l’inquisiteur qui sera utilisé durant des années. Il serait responsable de 2 000 exécutions et de 100 000 cas examinés au cours de sa carrière.

Cet ouvrage, préfacé par Jean-Pierre Dedieu (historien spécialiste de l’Histoire de l’Espagne et de l’Inquisition espagnole) , propose un regard pimenté et vrai sur ce personnage historique.

Critique :
Cette bédé commence par une introduction, afin d’éclairer un peu le futur lecteur sur ce que fut l’Inquisition et ce n’est pas une chose simple à expliquer, même pour les historiens.

Au départ, elle n’était pas celle que nous pensons connaître, tous et toutes.

Ces informations de départ sont plus que nécessaires afin de remettre l’église au milieu du village et de mettre fin à des légendes, des exagérations et autres calembredaines que l’on raconte.

Attention, l’Inquisition Espagnole n’était pas un ange non plus ! Comme dans les régimes totalitaires, les inquisiteurs avaient les moyens de vous faire parler, de vous condamner pour des broutilles, de vous faire avouer tout et n’importe quoi, ainsi que d’aller dans l’absurde pour condamner encore plus de monde… Ben oui : « si tu ne l’as pas fait, tu aurais pu le faire »… Même les morts ne sont pas à l’abri de la folie religieuse et purificatrice de Torquemada.

La bande dessinée utilise des dessins assez humoristiques pour nous narrer la vie du petit Tomás de Torquemada, né en 1420 à Valladolid ou Torrequemada (la tour brûlée), dans le royaume de Castille.

On ne peut pas dire qu’il nous inspire de la sympathie, ce gamin, même bébé, tant sa tronche donne envie de partir loin de lui. Il fait la gueule, passe son temps à l’église, il ne rit jamais, ne joue jamais avec les autres enfants, il déteste les friandises… Il est tout simplement sinistre !

Il y a de l’humour dans cette bédé historico-biographique, mais pas que… Oui, on sourit souvent, mais dans le fond, on grince aussi des dents devant la foi de Torquemada qui tourne au fanatisme pur et dur, devant les tortures, les illogismes, les exactions…

Le moindre péché devient un péché mortel et il voudrait purifier l’Espagne des Juifs, Musulmans et des conversos, ces convertis à la foi catholique, mais qui continue de pratiquer leur ancienne foi.

Les dialogues sont caustiques, cyniques, l’humour pratiqué est noir. Il est bien dit aussi que le fait de chasser tous les Juifs d’Espagne (par un décret qui ne fut abrogé qu’en 1967) a considérablement appauvri l’Espagne, enrichissant la France, l’Angleterre, Rome, la Turquie, grâce à l’arrivée des migrants Juifs.

Voilà donc une bédé qui allie, avec équilibre, l’humour et l’Histoire, la légèreté de ton et l’indicible, le tout avec du cynisme. J’aime ça. On est tout à fait capable de faire passer des messages importants, de parler de choses graves, tout en les enrobant d’humour noir ou d’ironie. J’ai toujours trouvé cela plus percutant.

Que l’on ne s’y trompe pas : si l’auteur donne l’impression de rire de tout cela, il n’en est rien. La pilule passe juste autrement. Les exactions commises par l’Inquisition Espagnole ne furent ni les premières, ni les dernières, hélas. Ce genre de comportements, totalement iniques, reviennent régulièrement, à d’autres endroits de la planète.

J’ai maintenant envie de découvrir les autres bédés de cette saga, consacrée aux méchants de l’Histoire.

Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 64 pages) et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°26).

Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 03 – L’hiver de la sorcière : Katherine Arden [LC avec Bianca]

Titre : Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 03 – L’hiver de la sorcière

Auteur : Katherine Arden
Éditions : Denoël Lunes d’encre (2020) / Folio SF (2021)
Édition Originale : Winternight, book 3: The Winter of the Witch (2019)
Traduction : Jacques Collin

Résumé :
Moscou se relève difficilement d’un terrible incendie. Le grand-prince est fou de rage et les habitants exigent des explications. Ils cherchent, surtout, quelqu’un sur qui rejeter la faute. Vassia, avec ses étranges pouvoirs, fait une coupable idéale.

Parviendra-t-elle à échapper à la fureur populaire, aiguillonnée par père Konstantin ? Saura-t-elle prévenir les conflits qui s’annoncent ?

Arrivera-t-elle à réconcilier le monde des humains et celui des créatures magiques ? Les défis qui attendent la jeune fille sont nombreux, d’autant qu’une autre menace, bien plus inquiétante, se profile aux frontières de la Rus’.

Critique :
J’attendais avec impatience que l’on termine la lecture de cette trilogie, tant je voulais connaître la suite des mésaventures de la jeune Vassia.

Dans le tome deux, nous l’avions laissée en fâcheuse position. Le suspense était présent et il est toujours préférable de ne pas traîner dans la lecture des trilogies dont l’histoire se suit.

Je ne ferai pas durer le suspense plus longtemps : je n’ai pas été déçue de ma lecture, ni du final gigantesque que nous a offert l’autrice.

J’avais apprécié le folklore Rus’, ses légendes, ses contes, ses tchiorti, ses démons et regretté qu’ils soient moins présent dans le deuxième tome. Chouette, ils étaient de retour, en force, dans le dernier tome, qui se trouve être aussi le plus mature, le plus sombre.

Vassia n’est plus la petite fille que nous avons rencontré dans le premier tome, ni la jeune fille rebelle du deuxième, qui était encore un peu capricieuse, un peu gamine, qui manquait de maturité. Ici, elle a grandi dans sa tête, elle sait ce qu’elle veut, elle sait ce qu’il faut faire, sera moins téméraire, réfléchira un peu plus aux conséquences de ses actes, même si elle aura de nombreux doutes et se demandera si la voie qu’elle est en train de suivre ne causera pas sa perte.

L’autrice a bien mené sa barque, en tout cas, et le niveau n’a pas baissé au fil des tomes, que du contraire, les personnages ont grandi, pris de l’ampleur, ont changé, nous ont montré une facette inattendue de leur personnalité profonde. Deux personnages surtout m’ont surpris là où je ne les attendais pas.

J’avoue avoir eu peur à un moment donné, quand Vassia affrontera l’Ours une nouvelle fois, car cela se terminait un peu trop vite à mon goût. Femme de peu de foi, que j’étais (chat souvent échaudé craint l’eau froide, en même temps) : le final sera vraiment à la hauteur de toute la trilogie !

En plus d’être addictif, de posséder des personnages intéressants, ni tout à fait blancs, ni tout à fait noirs (pour certains, ont hésitera jusqu’au bout), de parler de religion sans rien oublier de tout ce qu’elle peut impliquer (apaisement, haine, domination, pouvoir, superstitions), le récit se base aussi sur des le folklore Rus’ et sur des faits historiques. La bataille qui a lieu est véridique.

Certains des personnages évoluant dans ce récit ont existé. Voilà de quoi ajouter de la valeur à cette trilogie qui n’en manquait pas.

Une trilogie fantastique qui met bien en valeur le folklore de la Rus’, ses démons, ses croyances, la nouvelle foi qui progresse rapidement et qui relègue les anciennes croyances, celles du monde de l’invisible, aux rangs des fadaises à ne plus pratiquer. Le récit n’est jamais ennuyant, toujours intéressant et les personnages prendront de l’épaisseur en évoluant dans l’histoire.

Avec un final plus que réussi, qui amène les personnages là où ils le souhaitaient (et qui est leur place légitime), on peut classer cette saga dans les réussies et dans celles que je ne regrette pas d’avoir lues. Je suis même un peu triste de laisser les personnages poursuivre leur vie sans moi.

Merci à ma copinaute Bianca de m’avoir proposé cette trilogie en LC. Elle non plus n’est absolument pas déçue de cette découverte.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°199].

Vivre avec nos morts : Delphine Horvilleur

Titre : Vivre avec nos morts

Auteur : Delphine Horvilleur
Édition : Grasset (03/03/2021)

Résumé :
À travers onze chapitres, Delphine Horvilleur superpose trois dimensions, comme trois fils étroitement tressés : le récit, la réflexion et la confession.

Le récit d’ une vie interrompue (célèbre ou anonyme), la manière de donner sens à cette mort à travers telle ou telle exégèse des textes sacrés, et l’évocation d’une blessure intime ou la remémoration d’un épisode autobiographique dont elle a réveillé le souvenir enseveli.

Nous vivons tous avec des fantômes : « Ceux de nos histoires personnelles, familiales ou collectives, ceux des nations qui nous ont vu naître, des cultures qui nous abritent, des histoires qu’on nous a racontées ou tues, et parfois des langues que nous parlons. »

Les récits sacrés ouvrent un passage entre les vivants et les morts. « Le rôle d’un conteur est de se tenir à la porte pour s’assurer qu’elle reste ouverte » et de permettre à chacun de faire la paix avec ses fantômes…

Critique :
Lorsque l’autrice était venue parler de son livre, à La Grande Librairie, j’avais eu l’envie de le lire. Puis, les romans se sont accumulés sur la pile et il était passé à l’as…

Heureusement, ce mercredi 13 mars, Delphine Horvilleur était invitée sur le plateau et elle m’a rappelé cette lecture à mon bon souvenir.

Leïla Slimani avait raison : dans ce livre, on rit et l’on est parfois submergé par l’émotion.

Ces 11 histoires où madame Horvilleur, rabbin, a accompagné les familles endeuillées, sont toutes différentes, bien qu’elles tournent autour de ce grand mystère qu’est la mort et de ce qui pourrait y avoir ensuite et dont personne n’a de certitudes (je me méfie de ceux/celles qui me certifient que…).

Cet ouvrage est pour tout le monde, que l’on soit croyant, pratiquant, athée, agnostique, le cul entre deux chaises. De toute façon, la mort passera pour chacun d’entre nous et tout le monde l’a déjà vue emporter des êtres chers.

L’autrice commence par présenter la personne dont elle va parler, que ce soit des personnalités connue comme Elsa Cayat, la psy de Charlie Hebdo, victime de la fusillade, de Simone Veil et de son amie Marceline Loridan, des plus anciennes comme Moïse ou Abel…

Ou bien des inconnus, comme Sarah, vieille dame qui n’aura que son fils à ses funérailles, la meilleure amie de l’autrice, décédée trop tôt, ou bien ce garçon qui se demande où va aller son petit frère.

On a beau avoir officier à bien des enterrements, réconforté bien des familles, ce n’est pas pour autant que l’on arrive à se blinder totalement. En plus de nous expliquer son métier, ses difficultés, des anecdotes et des blagues juives, l’autrice nous parle aussi de sa vie, de sa famille, de ces survivants qui se taisent, qui ne parleront jamais de ce qu’ils ont vécu.

Le texte est toujours intéressant, quelque soit votre position avec les religions ou les croyances, son but n’étant pas de vous dire que sa vérité est plus grande que la vôtre, loin de là. Le but est plus de nous parler du judaïsme, de la mort, de la vie, de leur ironie, le tout avec des anecdotes fort intéressantes.

Cette lecture m’a envoyé moins bête au lit.

Un roman sans langueurs, où les talents de conteuse de madame Horvilleur font merveille, nous contant les légendes du judaïsme, nous instruisant sur certaines choses (sans jamais faire de prosélytisme), nous faisant rire (Marceline qui voulait fumer un joint pendant le discours de Macron), nous faisant sourire, nous racontant de belles histoires, sans jamais verser dans le pathos ou le trop intellectuel qui nous perdrait.

L’équilibre parfait.

Une belle lecture humaniste et j’avais eu tort de laisser d’autres romans s’empiler dessus.

Voyage au bout de l’enfance : Rachid Benzine

Titre : Voyage au bout de l’enfance

Auteur : Rachid Benzine
Édition : Seuil Cadre rouge (07/01/2022)

Résumé :
Fabien est un petit garçon heureux qui aime, le football, la poésie et ses copains, jusqu’au jour où ses parents rejoignent la Syrie.

Ce roman poignant et d’une grande humanité raconte le cauchemar éveillé d’un enfant lucide, courageux et aimant qui va affronter l’horreur.

Critique :
C’est ce qu’on peut appeler une lecture bouleversante, bourrée d’émotions fortes et remplie de tristesse.

Comme quoi, on peut faire un roman court, mais intense. Comme quoi on peut, en 96 pages, nous montrer une partie de l’horreur du régime islamique de Daesh, ainsi que l’inhumanité des camps de réfugiés.

Sans trop de préambules, l’auteur nous plonge directement dans la vie d’un couple de français qui se sont convertis à l’Islam et sont ensuite parti en Syrie, combattre pour Daesh et pour vivre dans ce qu’ils pensent être le paradis sur Terre pour les musulmans.

Las, je pense que même l’Enfer est mieux que ce qu’ils découvrent au fur et à mesure. Le problème est qu’ils ont un enfant, Fabien, devenu Farid, qui lui, n’a rien demandé. Notre garçon aime le foot et surtout la poésie. Lui, tout ce qu’il voudrait, c’est revenir en France, retrouver ses grands-parents, ses copains et son prof, Monsieur Tannier.

Hélas, l’État Islamique veut faire de lui un assassin, un enfant soldat, un égorgeur, un tueur, un parfait soldat du Djihad et au pire, un martyr qui se fera sauter avec une ceinture d’explosifs.

Ce court roman montre combien il est facile d’embrigader les gens, de leur mentir, ou tout simplement de leur laisser se faire un film tout seuls, pensant dur comme fer que là où il vont aller, ils seront mieux, qu’ils seront respectés, compris, qu’ils pourront vivre leur nouvelle foi de la meilleure manière qu’il soit.

Faux et archi faux, sauf si vous avez vraiment l’âme d’un assassin et que cela vous fait kiffer d’égorger du mécréant, de les assassiner, de les torturer…

Raconté du point de vue du petit Fabien/Farid, qui va passer quelques années chez les fous furieux de Daesh et ensuite, finir dans un camp de réfugiés, ce petit roman est encore plus intense, puisque raconté à hauteur des yeux d’un enfant qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui se raccroche à la poésie pour ne pas sombrer.

Si les passages chez Daesh sont violents, horribles et inhumains, l’auteur fait en sorte de ne pas sombrer dans le pathos inutile, racontant simplement ce qu’il en est chez eux, le traitement réservé aux femmes devenues veuves et aux enfants, que l’on endoctrine.

Les passages consacré à la vie dans un camp de réfugiés sont tout aussi violents, rempli d’inhumanité, de délations, de privations, de manque d’hygiène, de tortures, mais jamais l’auteur ne fait l’erreur de surdoser l’indicible, sans pour autant nous édulcorer ses propos.

L’équilibre est parfait, ni trop, ni trop peu. Le résultat est que votre âme se liquéfie, que votre coeur se brise en pensant à tous ces enfants de nos pays qui sont toujours enfermés là-bas, nos populations (et nos dirigeants), ne voulant pas qu’ils reviennent, puisqu’ils sont partis.

Oui, mais ce sont des enfants, personne ne leur a demandé leur avis, personne ne s’est soucié d’eux. Les laisser mariner dans de telles conditions, dans de tels endroits, les abandonnant à leur triste sort, c’est peut-être prendre le risque que leurs convictions, celles qu’on leur a enfoncé de force dans le crâne, ne s’ancrent un peu plus, faisant d’eux, ensuite, des parfaits petits terroristes, ivres de vengeance.

Un roman poignant, court et intense. On pourrait trouver qu’il est trop court, j’aurais aimé en apprendre plus, surtout avec la plume de cet auteur qui est allé visiter des camps, qui sait de quoi il parle.

Un petit concentré d’émotions fortes qui m’a brouillé la vue à bien des moments.

Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 02 – La Fille dans la tour : Katherine Arden [LC Bianca]

Titre : Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 02 – La Fille dans la tour

Auteur : Katherine Arden
Éditions : Denoël Lunes d’encre (2019) / Folio SF (2021)
Édition Originale : Winternight, book 2: The Girl in the Tower (2017)
Traduction : Jacques Collin

Résumé :
La cour du grand-prince, à Moscou, est gangrenée par les luttes de pouvoir. Pendant ce temps, dans les campagnes, d’invisibles bandits incendient les villages, tuent les paysans et kidnappent les fillettes.

Le prince Dimitri Ivanovitch n’a donc d’autre choix que de partir à leur recherche s’il ne veut pas que son peuple finisse par se rebeller. En chemin, sa troupe croise un mystérieux jeune homme chevauchant un cheval digne d’un noble seigneur. Le seul à reconnaître le garçon est un prêtre, Sacha.

Et il ne peut révéler ce qu’il sait : le cavalier n’est autre que sa plus jeune sœur, qu’il a quittée il y a des années alors qu’elle n’était encore qu’une fillette, Vassia.

Critique :
C’est avec délectation que j’ai de nouveau foulé les terres froides et enneigées de la Rus’, chevauchant aux côtés de la jeune Vassia, devenue le jeune Vassili parce qu’en ce temps-là, les filles (femmes) n’avaient aucun droit.

Juste l’obligation de rester à sa place dans la cuisine (ou dans une tour, pour les nobles), de se marier, de faire des gosses, d’aller au couvent (si les autres options ne plaisaient pas) : bref, interdiction de se soustraire à l’autorité des mâles.

Le premier tome nous faisait découvrir la vie dans un petit village de la Rus’ des années 1300, les folklore, les légendes, les contes, l’intrusion de plus en plus grande de la religion, reléguant aux orties les esprits des maisons, alors que celui-ci nous fera voyager jusqu’à Moscou et ses complots politiques pour devenir calife à la place du calife.

Si la première partie de ce récit est plus calme (sans jamais me sembler ennuyeuse), dans la seconde partie, l’autrice change de vitesse et appuiera sur le champignon, nous faisant  entrer dans un rythme plus trépidant, aux multiples rebondissements.

Les personnages ne sont pas figés, ils peuvent cacher leur jeu et j’ai eu quelques surprises, comme dans le premier tome. Morozko, le démon de gel évolue, c’est un personnage complexe qui ne se dévoile pas, ou peu. Je l’ai trouvé très touchant. Il sent que la religion nouvelle est en train de le faire disparaître et son déclin fait peine à voir.

Vassia, elle, sera plus téméraire, n’écoutant pas la voix de la sagesse de son grand frère, foutant le bordel monstre dans sa famille, tant elle voudrait être un garçon afin de s’affranchir des règles qui pourrissent les vies des femmes.

Elle aurait pu faire preuve d’un peu de discernement et ne pas foncer tête baissée… Ses combats sont justes, mais parfois, il faut savoir faire profil bas et laisser pisser le mérinos.

Son caractère vif lui joue souvent des tours, sa soif de liberté aussi. Bah, nous avons été jeunes aussi et nous n’avons pas écouté les voix des anciens qui nous disaient de faire attention… Cela le rend plus réaliste, plus crédible, toutes ces contradictions.

La vie sociale dans cette époque lointaine est très importante dans le récit, elle prend une place non négligeable. Heureusement, l’Histoire, la religion et la vie sociale sont toujours incorporées de manière subtile dans le récit, sans jamais le rendre lourd ou redondant.

Il en sera de même pour l’aspect politique, avec les rivalités, les tributs à payer au Khan, les jeux de trônes… Tout cela est incorporé par petites touches, sans que cela pèse sur le rythme du récit. D’ailleurs, les combats sont toujours les mêmes, que l’on soit en 1300 ou en 2022, même si nous avons plus de droits et plus l’obligation d’aller à la messe. Ouf !

Le petit bémol sera pour la perte du folklore Rus’ : les esprits des maisons (Tchiorti) et tous les autres sont moins présent dans ce deuxième tome, sans doute dû au fait que la religion catholique prend plus d’ampleur et que les gens oublient de laisser des offrandes à tous ces diables des contes et légendes qui existent bel et bien.

Le côté fantastique et la magie sont plus présents que dans le premier tome, ce qui n’est pas un soucis, que du contraire. L’univers créé par l’autrice est riche d’Histoire, de contes, légendes et cette lecture fut enjouée, ne manquant pas de rythme et de surprises.

Ce sera donc sans hésitation que j’ouvrirai le troisième et dernier tome de cette trilogie qui plaira aux plus jeunes comme aux plus anciens, qu’ils aiment ou pas la fantasy car les romans lorgnent plus du côté du fantastique.

Une LC réussie, même si Bianca a trouvé la première partie un peu trop lente.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°143], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°108] et Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°25].

Les Princes de Sambalpur – Wyndham et Banerjee 02 : Abir Mukherjee

Titre : Les Princes de Sambalpur – Wyndham et Banerjee 02

Auteur : Abir Mukherjee
Éditions : Liana Lévi (2020) / Folio Policier (2021)
Édition Originale : A Necessary Evil (2017)
Traduction : Fanchita Gonzalez Batlle

Résumé :
Échouer à prévenir l’assassinat d’un prince n’est pas un fait d’armes dont peuvent s’enorgueillir le capitaine Wyndham et le sergent Banerjee, de la police de Calcutta.

Piqués au vif par cet échec, l’inspecteur et son adjoint décident de suivre la piste des mystérieuses missives reçues par le prince jusqu’à Sambalpur, petit royaume de l’Orissa, célèbre pour ses mines de diamants.

Le vieux maharajah, entouré de ses femmes, et de dizaines de concubines et enfants, paraît très affecté par la mort de son fils aîné, et prêt à accepter leur aide.

D’omelettes trop pimentées pour les papilles anglaises au culte de l’étrange Dieu Jagannath, en passant par une chasse au tigre à dos d’éléphant, Wyndham et Banerjee seront initiés aux mœurs locales.

Mais il leur sera plus compliqué de pénétrer au cœur du zenana, le harem du maharajah, où un certain confinement n’empêche pas toutes sortes de rumeurs de circuler.

Au-delà du suspense, une plongée au cœur des petits royaumes de l’Inde traditionnelle des années 1920, et une subtile analyse de l’impossible coexistence entre Britanniques et Indiens.

Critique :
Un petit tour en Inde, ça vous dit ?

Dans l’Inde de 1920, je précise, encore et toujours sous la domination britannique…

Votre mission ? Avec l’aide du capitaine Wyndham et de sergent Banerjee, de la police de Calcutta, vous devrez protéger le prince héritier de Sambalpur.

Bande de moules, on l’a assassiné sous vos yeux et vous n’avez rien su faire ! Le capitaine Wyndham aurait-il trop forcé sur l’opium ou pas assez pour louper cette mission ?

Une fois de plus, l’enquête sur l’assassinat du prince héritier n’est qu’un prétexte pour nous introduire dans la société Hindoue de 1920, régie par des castes (encore et toujours) imperméables : si vous naissez dans la mauvaise caste, n’espérez pas grimper à la force du poignet ou par votre intelligence, vous êtes condamné à y rester à vie (et vos enfants aussi).

La société coloniale anglaise en prend plein son grade aussi et se fera rhabiller pour l’hiver. Les sujets de sa Majesté restent des racistes purs et durs, considérant tout ce qui n’est pas anglais comme des barbares sans éducation. Ils se croient les maîtres à bord, en pays conquis, dictant aux autres ce qu’ils doivent faire et les jugeant beaucoup (alors qu’en Angleterre, c’est pas mieux).

Ils rouspètent sur la cuisine épicée des Hindous, sont tolérants envers un anglais qui fait tchikiboum avec une indigène, mais ça leur défrise la moustache (et le reste) si un Hindou voulait épouser une Anglaise. Un Hindou faisant tchikiboum avec une blanche, c’est mal vu aussi… Bref, eux peuvent tout faire, tout se permettre, pas les autres.

Si l’auteur égratigne les Anglais et l’Inde, les maharadjahs ne seront pas épargnés non plus, dont celui de Sambalpur qui possède trois épouses officielles et 126 concubines…

Enfin, je n’ai pas été compter ses concubines et plusieurs ont bougées pendant le recensement. Ce mec a aussi un troupeau d’enfants, issu de sa vigueur boursière (enfin, je suppose, je n’ai pas vérifié sa vigueur, ni sa semence).

Là aussi il y a des règles à respecter et tout sahib qu’il est, notre capitaine fumeur d’opium, devra les respecter durant son enquête. Lui qui est réfractaire aux ordres, il va devoir marcher sur des œufs afin de résoudre cette enquête épineuse où bien des mobiles sont présents (fanatisme religieux, assassinat politique, meurtre familial ?).

Avec une pointe d’humour, l’auteur dissèque cette société avec brio et finalement, l’enquête devient un peu secondaire. Quelques longueurs monotones ont pointée le bout de leur nez durant ma lecture, rien de rébarbatif, heureusement.

Il n’aurait pas fallu une enquête plus longue en pages, sinon je pense que j’aurais un peu décroché.

Le duo formé par le capitaine Wyndham et le sergent Banerjee fonctionne toujours bien, par contre, ils n’ont pas vraiment évolués depuis le tome précédent, ce qui est dommage. Le sergent Banerjee devrait s’affirmer un peu plus.

Voilà donc un polar historique qui plonge ses lecteurs dans l’Inde des années 20, qui ne se prive d’égratigner un peu tout le monde, les piquants gentiment ou plus profondément et qui met en scène deux cultures diamétralement opposées (le choc des nations) où l’un est l’oppresseur, qui voudrait continuer d’oppresser (et s’enrichir), et l’autre, qui est l’opprimé et qui en a marre de l’être.

C’est bien mené, bien écrit et tout n’est pas aussi simple que le capitaine Wyndham le voudrait.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°139], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°21] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Écosse).

Si vulnérable : Simo Hiltunen

Titre : Si vulnérable

Auteur : Simo Hiltunen
Édition : Fleuve Noir (08/02/2018)
Édition Originale : In wolfskleren (2016)
Traduction : Anne Colin du Terrail

Résumé :
La violence est-elle héréditaire ?

La famille Virtanen est unie, bien sous tous rapports. Les parents ont un emploi stable, leurs deux filles mènent une scolarité brillante. Ils sont sociables, serviables, avenants. Tous leurs voisins s’accordent à le dire. Pourtant, un jour, le père tue ses enfants, puis son épouse, avant de se donner la mort.

Pour Lauri Kivi, chroniqueur judiciaire dans l’un des plus grands quotidiens d’Helsinki, cette tragédie n’est pas sans en rappeler d’autres de même nature. Il décide d’investiguer. Il étudie les cas, traque les similitudes, interroge sans relâche et découvre enfin que sous leur aspect lisse, ces familles cachaient aux yeux de tous de terribles drames. Enfant, Lauri lui-même a été marqué par la violence de son père et cette enquête réveille ses démons intérieurs. Pire, des rapports troublants semblent le lier à l’une des victimes.

Et si ces tueries familiales n’étaient pas le résultat d’une soudaine folie meurtrière mais le fait d’un tueur en série ?

Critique :
La violence est-elle héréditaire ? Bonne question… Vous avez trois heures pour y répondre.

Il est des drames qui nous laissent souvent sans voix, ou qui nous donnent, au contraire, l’envie de hurler : les crimes familiaux.

Qu’est-ce qui peut bien se passer dans la tête du père ou de la mère qui décide d’assassiner ses enfants, avant de se suicider ensuite ? (quand ils y arrivent, parfois, ils se loupent).

Ce polar va lentement, il prend le temps de nous immerger dans la société finnoise, qui, vu sous cet angle, ne fait pas rêver : alcool, misère, femmes qui semblent sans droits, maltraitées, enfants battus…

Et les enfants battus reproduisent le même schéma, dans cette histoire, ou alors, sont en lutte permanente pour garder leur violence sous le boisseau. Ou ce roman s’est focalisé sur une frange de la population afin de donner de la matière à son récit, ou alors, la Finlande n’est pas ce que l’on croit.

Le personnage principal n’a rien d’un héros, que tu contraire : Lauri Kivi est journaliste aux affaires judiciaires d’un grand quotidien. Il est froid, renfermé, a vécu une enfance merdique et malheureuse, semble détaché de tout. Son comportement m’a laissé plus d’une fois sans voix. Difficile de s’attacher à lui, même si on comprend son attitude.

C’est en voulant écrire un article sur les familles touchées par des crimes familiaux, afin de mettre en avant les dommages collatéraux, que le récit va l’entraîner dans une tout autre histoire.

Alors que je m’attendais à ce que le scénario prenne un certain chemin, il m’a surpris en choisissant une autre voie. Bien vu, au moins, j’ai été surprise.

Ne vous attendez pas à lire un thriller trépidant qui court dans tous les sens, comme je le disais plus haut, l’auteur prend le temps de poser les personnages, d’inclure des flash-back de l’enfance de Lauri et d’un autre enfant (dont nous connaîtrons l’identité plus tard), de poser les fondations de son récit, de nous montrer que les dégâts collatéraux dans les familles de l’infanticide sont immenses (mis au ban de la société, montré du doigt…).

Les personnages sont travaillés, ni tout à fait blanc, ni tout à fait noir, pas de manichéisme. L’auteur a esquissé ses personnages tout en finesse, les dotant de caractères ambigus et nous offrira des émotions fortes durant les confrontations entre Lauri Kivi et son paternel malade, atteint d’Alzheimer. Cela demande une force incroyable que de pardonner à celui qui vous a battu.

Le final est lui aussi travaillé, il ne débarque pas comme un cheveu dans la soupe, l’auteur ayant pris soin de lui donner de l’épaisseur, sans qu’il ne devienne trop lourd.

Il clôt aussi son roman de manière à ce que les lecteurs/lectrices ne restent pas sur leur faim, frustrés de ne pas avoir le fin mot de l’histoire, même si pour certaines choses, nous aurons la liberté de choisir la voie prise par certains personnages.

Un polar finlandais qui prend le temps, qui ne se presse pas et qui met en scène la vie sociale finlandaise, qui ne fait pas rêver du tout. C’est un polar social où les petites gens vivent dans l’alcool, l’excès de religion (à géométrie variable), le non respect des femmes et où l’on ne sait pas toujours les drames qui peuvent se jouer dans les familles qui semblent respectable.

Il m’aura juste manqué l’attachement au personnage de Lauri Kivi… Une broutille comparé à la densité de ce roman fort sombre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°134],Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°16] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Finlande).

 

Les enquêtes du Commissaire Habib – 06 – Meurtre à Tombouctou : Moussa Konaté

Titre : Les enquêtes du Commissaire Habib – 06 – Meurtre à Tombouctou

Auteur : Moussa Konaté
Édition : Points Policier (2015)

Résumé :
Trois coups de feu. Et dans le silence qui suit : « Sales Français, vous allez tous mourir. Qu’Allah vous maudisse. »

Habib, chef de la brigade criminelle, et Guillaume, responsable de la cellule anti-terroriste française au Mali, sont dépêchés à Tombouctou où, quelques heures avant les tirs, un jeune Touareg a été assassiné. Dans ce climat délétère, Habib sait qu’il va devoir agir avec prudence.

Critique :
« Bande de chacals, vous allez tous mourir comme des chacals » aurait sans doute au moins d’impact que la phrase hurlée par un tireur à cheval : « Sales mécréants de Français, vous allez tous mourir. Qu’Allah vous maudisse. »

Là, les ambassades frémissent de peur et on parle déjà de terrorisme… Comme si la situation n’était pas déjà assez explosive avec le meurtre d’un jeune Touareg, Ibrahim, issu de la famille Aghaly.

Pour une fois, un roman acheté en bouquinerie n’a pas eu le temps de traîner sur les étagères car j’avais envie de voyager au pays des Hommes en Bleus et de découvrir Tombouctou autrement qu’en carte postale ou reportage clinquant.

Pas de doute, l’auteur connait son pays, connait ses coutumes, sait de quoi il parle et mieux, il arrive à mettre tout cela en scène sans que l’on ait l’impression de lire un guide de voyage ou de regarder une émission télé insipide qui ne montrerait que les beaux côtés de la ville.

Débarquant à Tombouctou, le célèbre commissaire Habib de Bamako, va devoir enquêter en marchant sur des œufs afin de ne pas froisser le peuple fier des Touaregs, prêt à en découdre avec un autre clan qu’il accuse d’être responsable de la mort d’Ibrahim.

Il faudra aussi compter sur les imans, prêt à tout pour garder l’harmonie entre les différentes ethnies qui peuplent la ville, quitte à dessaisir le commissaire et demander à un marabout-devin d’enquêter à sa place. Résultats garantis !

Ce roman policier, c’est un véritable voyage au Mali, dans la ville de Tombouctou que nous arpenterons avec les deux jeunes enquêteurs (Guillaume, agent du renseignement français et Sosso, un enquêteur du commissaire Habib) et l’auteur ne nous épargnera pas les points les moins susceptibles de se retrouver dans les guides de voyages.

L’auteur nous dresse le portrait d’une société qui a ses propres codes, différents des nôtres, où la femme a une autre place que chez nous, sans pour autant qu’elle soit méprisée, puisque chez les Touaregs, les femmes ont un statut élevé (même si elles parlent peu) et le peuple se dit descendant de la reine fondatrice touarègue, Tin Hinan.

Oui, l’immersion est totale et il est toujours intéressant de voir ce qui se passe ailleurs, notamment dans ces pays que nous ne connaissons pas et où les religions cohabitent dans la ville de Tombouctou (le tout avant que les djihadistes n’y fassent des ravages).

Comme souvent, l’enquête est un prétexte pour nous parler du pays, de ses coutumes, de ses croyances, anciennes, de cet équilibre qu’il faut garder afin de ne froisser personne et des menaces terroristes qui pèsent, certains voyant des islamistes partout.

La psychologie des personnages est assez basique, les deux aidants du commissaire Habib passant leur temps à rire pour rien, mais ils furent utiles à l’histoire afin de nous faire découvrir un pan dans la ville et des sociétés qui la composent.

Au moins, pas d’enquêteur torturé par son passé, en souffrance avec sa vie de famille, se réfugiant dans l’alcool, les drogues ou autres. Le commissaire Habib est marié, père, heureux, un enquêteur normal qui mène son enquête sans courir comme un poulet sans tête, respectant les rituels, les codes, sous peine de se voir fermer des portes au nez (ou des tentes). Qui va piano, va sano.

Dès le départ, j’ai eu des soupçons sur un personnage et bingo, j’avais déjà trouvé le nom du coupable, même si je n’avais pas tout compris en ce qui concernait le modus operandi. Cela n’a en rien entravé ma lecture, tant je pensais que je faisais fausse route et que c’était mon biberonnage aux romans d’Agatha Christie qui me jouaient des tours.

Voilà donc un roman policier qui me sort de mes habitudes et qui le fait bien, sans pour autant que sa résolution m’ait fait tomber de ma chaise ou que le suspense m’ait donné des palpitations cardiaques.

Son avantage indéniable est qu’il nous propulse au sein de communautés que nous ne connaissons pas, nous faisant entre dans le saint des saints, sorte de voyage en terre inconnue chez des peuples méconnus.

On est dépaysé, tant pour les décors que pour les modes de vie et l’auteur évite aussi le côté folklorique que nous pourrions retrouver dans certains reportages télés.

C’est pourquoi j’ai apprécié aussi cette lecture, même si le suspense n’est pas vraiment de la partie et que la résolution de l’enquête ne défrisera pas les plumes d’un canard à trois pattes. Au moins, j’ai voyagé et personne ne m’a emmerdé !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°123] et Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°05].