Yaak Valley, Montana : Smith Henderson

Titre : Yaak Valley, Montana

Auteur : Smith Henderson
Édition : Belfond (18/08/2016)

Résumé :
Dans le Montana, en 1980.
Autour de Pete, assistant social dévoué, gravite tout un monde d’écorchés vifs et d’âmes déséquilibrées. Il y a Beth, son ex infidèle et alcoolique, Rachel, leur fille de treize ans, en fugue dans les bas-fonds de Tacoma, Luke, son frère, recherché par la police.

Et puis il y a Cecil l’adolescent violent et sa mère droguée et hystérique, et ce jeune Benjamin, qui vit dans les bois environnants, avec son père, Jeremiah Pearl, un illuminé persuadé que l’apocalypse est proche, que la civilisation n’est que perversion et que le salut réside dans la survie et l’anarchie.

Pearl qui s’est exclu de la société, peut-être par paranoïa, peut-être aussi pour cacher qu’il aurait tué son épouse et leurs cinq enfants.

Au milieu de cette cour des miracles, Pete pourrait être l’ange rédempteur, s’il n’était pas lui-même complètement perdu…

Petit Plus : LA révélation de cette rentrée littéraire, dans la lignée de Cormac McCarthy et de Richard Ford. Soulevant les contradictions les plus violentes et dérangeantes d’une Amérique qui préfère ignorer ses marginaux, Smith Henderson livre une peinture au vitriol du Montana des années 1980.

Critique :
Qu’est-ce qu’il y a de chouette à découvrir dans le Montana des années 1980 ? Non, laisse tomber ton ami Google, en ce temps là, il n’était pas encore dans le cerveau de ses concepteurs…

Tu veux un conseil d’ami ? Visite le territoire avec Peter Snow (non apparenté à Jon Snow ou Ramsey Snow, je précise), un assistant social dévoué pour le bien des enfants, qui fait ce qu’il peut, comme il peut, qui s’inquiète pour les enfants qui sont sous sa charge, même si, de son côté, il a tout foiré avec sa fille.

Peter a tout d’un looser, il a des tendances alcoolo, une grande gueule qu’il ne sait pas fermer, l’envie d’aider tout le monde, sauf lui, qui réussi dans son job là où il a échoué avec sa femme et sa gamine.

C’est un personnage tout en contradiction que tu aimeras, même si parfois quelques envies de le baffer viendront te chatouiller les mains. Pourtant, il est touchant dans sa volonté de réparer ses erreurs et de sauver des enfants, même si l’Enfer est souvent pavé de bonnes intentions…

Dans ce roman, tout prend des dimensions gigantesques, que ce soit l’abîme dans lequel certains végètent (alcool, drogues, famille d’accueil ou famille de fous), ou dans les proportions du territoire du Montana, surtout avec son immense forêt dans la Yaak Valley où on pourrait y planquer des dinosaures tant elle est immense.

Et notre assistant social a fort à faire pour couvrir cette immensité de territoire et face à l’ampleur de certains de ses dossiers qui comportent en leur sein quelques cas sociaux comme on en croise peu dans sa vie. Enfin, qu’on n’aimerait pas croiser dans la réalité !

Crois-moi, l’ami, tu ne pourras que t’incliner devant cette belle brochette de marginaux de tous poils, ces laissés pour compte, ces drogués qui ne pensent qu’à leur shoot et jamais à leurs gosses, face à des espèces de néos-nazis, ou face à des illuminés qui pensent que l’Armageddon ou l’apocalypse est proche, que le complot judéo maçonnique est bien réel, qu’on nous ment sur tout, même si l’origine de la terre et qu’en fait, les dinosaures n’ont jamais existé.

Si, si, demande à Jeremiah Pearl de te parler de tout ces complots et ces réécritures de l’Histoire…

Jeremiah, c’est un sacré illuminé, un coureur des bois totalement parano  qui a entrainé son gamin Benjamin dans sa folie religieuse, et face auquel notre pauvre Peter est démuni, lui qui voudrait aider son gamin et qui a bien du mal, déjà qu’il a des difficultés avec sa gamine…

Sa rédemption serait-elle d’arriver à sortir Benjamin du bois et à le réinsérer dans la société, lui qui pense que la télé c’est le Mal car sa mère le lui a matraqué dans sa tête de gosse ?

Ici, la seule chose qui ne soit pas une merde ou un échec total, c’est le récit ! Pour être emporté, tu le seras, l’ami, et je te jure que tu vas voir du paysages, mais tu ne pourras jamais le relater dans un bon vieux Guide du Routard, sauf si tu veux faire un spin-off « Le Guide du coureur des bois paranoïaque à mort ».

Dans ce roman, il y a de la richesse dans les personnages principaux, dans l’histoire que va vivre Peter et tout les autres qui gravitent autour, dans leurs blessures, dans leurs passés, dans leurs fêlures, leurs dialogues, même si certains auraient mérité plus de travail, relégué au rang de faire-valoir qu’ils furent.

L’écriture est sèche, sans trop de fioritures, brut de décoffrage, on ne tourne pas autour du pot, on va droit au but.

Mon seul bémol sera pour les chapitres consacrés aux confessions de Rachel, la fille de Peter Snow, celle qui a fugué, à un moment donné, ce récit greffé dans le récit devient envahissant, redondant. Ils auraient pu être zappé et à leur place, donner plus d’étoffe à certains, comme le juge, Luke le frère de Pete ou Mary, une de ses copine.

Une lecture qui ne vous laissera pas de marbre, ni indemne, un récit énorme, des personnages hauts en couleurs. Un roman déprimant car on sombre vraiment dans ce que le Montana a de moins reluisant en terme d’habitants.

Peut-être pas un chef-d’œuvre au niveau des émotions intenses (d’autres romans m’en ont donné plus), mais qui méritait d’être lu car la peinture au vitriol de cette société était des plus instructives et des plus violentes.

Ne manquait pas grand-chose pour exploser mon petit coeur.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

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Nos âmes la nuit : Kent Haruf

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Titre : Nos âmes la nuit

Auteur : Kent Haruf
Édition : Robert Laffont (2016)

Résumé :
Dans la petite ville de Holt, Colorado, déjà théâtre des événements du Chant des plaines, Addie, 75 ans, veuve depuis des décennies, fait une étrange proposition à son voisin, Louis, également veuf voudrait-il bien passer de temps à autre la nuit avec elle, simplement pour parler, pour se tenir compagnie ? La solitude est parfois si dure… Bravant les cancans, Louis se rend donc régulièrement chez Addie.

Ainsi commence une très belle histoire d’amour, lente et paisible, faite de confidences chuchotées dans la nuit, de mots de réconfort et d’encouragement. Une nouvelle jeunesse apaisée, toute teintée du bonheur de vieillir ensemble.

Mais voilà, bientôt, les enfants d’Addie et de Louis s’en mêlent, par égoïsme et surtout par peur du qu’en-dira-t-on.

une_definition_de_l_amourCritique : 
Que faire lorsqu’on est veuve, qu’on a plus de 70 ans et qu’on trouve la nuit longue et ennuyeuse ?

Et bien on demande à un de ses voisins, veuf lui aussi, dans la même tranche d’âge, à venir partager son grand lit froid pour papoter, faire connaissance et ne plus être seule avec ses pieds froids.

Addie n’a pas eu froid aux yeux de faire cette proposition à Louis et ce dernier a accepté.

Commence alors une belle amitié que l’auteur, en peu de pages, a su faire évoluer vers une belle complicité, faisant de ce couple d’une nuit, des amis d’une vie.

Les romances ne sont pas pour moi, en littérature, mais celle-ci est belle, touchante, merveilleuse, parce qu’elle aborde un sujet tabou : l’amour en personnes d’un certain âge.

Bien que Addie et Louis ne pratique pas la bêbête à deux dos, dans leur dos, ça cancane, ça ragotte, ça regarde de travers, ça pense qu’ils se refont le kama sutra, sans penser qu’à leur âge, on a plus envie de compagnie que d’orgie sexuelle.

Mais les gens sont cruels, bêtes et méchants… Kent Haruf nous le démontre par A+B sans avoir besoin d’en faire des caisses.

J’ai passé des moments de bonheur avec ce couple improbable, avec le petite fils d’Addie, qui, traumatisé par la séparation de ses parents, a peur d’être abandonné et qui, dans la personne de Louis, trouvera un substitut de père et papy.

Mais vous savez comme moi que le bonheur des uns rend les autres jaloux… et que les enfants de notre papy et mamy ne voient pas ça d’un bon œil, alors que eux, dans leur vie, c’est désastre amoureux total !

L’auteur prendra le temps, durant ces trop courtes 180 pages, de nous éclairer sur le passé de nos amis, eux-mêmes se racontant leur vie de couple, leurs problèmes, leurs malheurs, et la solitude depuis quelques années.

C’est la boule au fond de la gorge et les larmes aux bords des yeux que je les ai laissé, me retirant sur la pointes des pieds pour ne pas qu’ils me voient avec les larmes aux yeux.

J’aurais aimé empoigner certains pour leur dire « De quoi te mêles-tu ? Serais-tu jaloux de leur bonheur alors que toi tu en es incapable ? », mais je n’ai rien dit parce que je me suis demandée ce que nous ferions si c’était notre mère ou notre père qui, une fois arrivé dans les 70 ans, agissait comme Louis et Addie…

Il est un fait que nous sommes intolérants et étroits d’esprit, surtout pour certaines choses et la vieillesse en fait partie. Certains n’ont plus le droit d’être heureux et les tyrans ne sont pas que à la tête de certains pays, ils sont parfois dans vos familles, dans vos proches et vous pourriez être l’un d’eux.

Un très beau roman auquel je ne reprocherai qu’une seule chose : l’absence totale de guillemets ou de tirets cadratins pour marquer les dialogues, ce qui a rendu ma lecture plus difficile.

Malgré cela, c’est un coup de cœur car il y avait beaucoup de profondeur et de tendresse dans ses pages. De l’amour, de l’amitié et malheureusement, de l »incompréhension et de la jalousie.

Étoile 4

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Le garçon : Marcus Malte

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Titre : Le garçon

Auteur : Marcus Malte
Édition : Zulma (2016)

Résumé :
Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin, d’instinct.

Alors commence l’épreuve du monde : la rencontre avec les hommes – les habitants d’un hameau perdu, Brabek, l’ogre des Carpates, lutteur de foire philosophe, Emma, mélomane et si vive, à la fois sœur, amante et mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. »

Puis la guerre, l’abominable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.

Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience, émaillé d’expériences tantôt tragiques, tantôt cocasses, et ponctué comme par interférences des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est l’immense roman de la condition humaine.

32bdbd04d5b1e5b437524900b4c52a01Critique :
Si vous connaissez la musique du film « 2001, l’odyssée de l’espace », passez-le vous dans votre tête car je publie enfin ma chronique tant attendue sur ce roman !

Enfin, elle était juste attendue par Yvan (GruzBlog Émotions) !

J’avoue qu’il m’a imploré, supplié – même menacé des pires représailles – si je ne lisais pas ce roman (je ne vous dirai pas les tortures qu’il m’avait promises, elles sont trop horribles ! Même à Guantánamo ils n’oseraient pas vous torturer avec du Barbara Cartland).

Jubile, Yvan, le voici ma chronique !

Alors, Marcus, ton roman… Un sacré roman que tu nous as écrit là, Marcus ! Oui, je me permets de t’appeler par ton prénom et de te tutoyer, j’espère que tu ne m’en voudras pas parce que c’est un peu de ta faute aussi : tu viens de présenter une sacré histoire, toi.

Déjà, Marcus, fallait oser mettre en scène un personnage principal qui est muet (mais pas sourd).

Je dirais même qu’il fallait une sacrée paire de cojones pour nous le faire évoluer sur 544 pages, sans que jamais il n’ait une ligne de dialogue, sans que jamais l’on ne sache son prénom exact, ni des circonstances qui avaient amené sa mère là où elle était.

Même l’invisible et l’immatériel ont un nom, mais lui n’en a pas. Du moins n’est-il inscrit nulle part, sur aucun registre ni aucun acte officiel que ce soit. Pas davantage au fond de la mémoire d’un curé d’une quelconque paroisse. Son véritable nom. Son patronyme initial. Il n’est pas dit qu’il en ait jamais possédé un.

Brillante l’idée ! Mais elle aurait pu devenir casse-gueule. Maintenant, le prochain qui nous proposera un garçon muet, on pensera directement au tien.

J’avoue tout de même que j’ai eu un peu de mal à m’attacher au garçon, au départ. Je suivais sa route, son chemin, mais sans savoir vraiment si j’allais me plaire à faire cette longue route avec lui.

Tu sais où j’ai commencé à l’aimer, le garçon ? Non ? Et bien, quand Brabek est entré en scène… Parce que nom de dieu, Brabek, lui, je l’ai adoré ! Et en l’aimant, j’ai commencé à ressentir de la profonde affection pour ce garçon sans nom.

— In God We Trust sur chaque pièce et sur chaque billet. Estampille officielle. Parole d’évangile. La seule et unique religion de l’Amérique.

À ce propos, si je gardais un chien de ma chienne pour Olivier Norek et son utilisation horrible d’un four micro-ondes, j’en gardera aussi un pour toi, mais pour mon ogre adoré…

Anybref, une fois que le garçon fit partie de ma vie, j’ai cheminé avec lui sans plus lui lâcher la main, découvrant le monde, les hommes, avec lui, à ses côtés, partageant ses peines et ses espoirs, rencontrant avec lui les autres spécimens Humains, toute cette galerie de personnages bien typés que tu nous fais croiser dans ton œuvre.

Il y en avait des plus attachants que d’autres, et pas besoin d’en faire des tonnes pour que l’on apprécie plus un tel qu’un autre. Ils avaient leurs qualités, leurs défauts, leur vie, leur histoires et je les ai trouvées bigrement réalistes.

Sinon, Marcus, j’ai pris du plaisir aussi avec tes petites introductions « Cette année là » et si je pouvais ne fus-ce qu’en retenir 5%, je pourrais briller à « Questions pour du pognon ». Si j’en été étonnée au départ, elles m’ont vite plu et ma foi, j’en aurais bien demandé un second tour.

Autre chose que j’ai aimé, Marcus, c’est ta manière d’écrire. On ne peut pas dire qu’elle est simple ou simpliste, loin de là ! Elle est élaborée, costaude, plaisante, déroutante, imaginative, et il y avait même des tas de mots dont je ne connaissais pas la définition.

C’est cette plume qui m’a fait plaisir lorsque tu utilisas de la métaphore dans l’acte sexuel et de brillants jeux de mots comme je les adore ! À ce petit jeu là, d’ailleurs, je ne suis pas la dernière…

C’est là-dessus, par crainte des grincements du sommier, que se joue l’hymne à l’hymen. Soupirs et point d’orgue.

Et Marcus, cette scène de sexe émaillée de mots italien… Oh mon coquin ! Tu sais y faire sans devoir trop en faire. D’ailleurs, ne le répète pas à mon homme – il se demande encore ce qui m’a pris de poser brutalement le roman que je lisais pour le… Non, celle là, il ne l’avait pas vu venir. Qu’il ne sache jamais que tu étais le responsable avec tes écrits.

Passons maintenant au contraire de l’amour : la guerre, Marcus, cette saloperie de Grande Guerre…

Les combats sont épiques, les combattants héroïques. Ils sont vaillants, ils sont pugnaces, ils sont intrépides, ils sont courageux, ils sont valeureux, ils sont tués. On leur érigera des mausolées. On y gravera leurs noms. On commémorera. Puis on oubliera.

Cette manière que tu as eue d’en parler dans ton roman, avec, dans un paragraphe, ces phrases tirées de la Marseillaise, j’ai adoré.

Oui, Marcus, tu nous as parlé de la Guerre d’une autre manière, tu l’as abordée par un autre côté, par un autre front (si je puis me permettre ce mauvais jeu de mots), et j’ai ressenti des moments de grandes tristesses, surtout lorsque tu nous parlais de la future mort des homme du régiment…

C’est violent, cette manière que tu as eue de faire. Poétique aussi, vu la manière dont tu l’as écrite. Ça m’a dressé les poils sur les bras, ça m’a collé une boule au fond de la gorge, alors que je ne les connaissais pas et qu’ils n’étaient que personnage de fiction…

Et Krestorsky, le Polonais. Mineur de fond. La sape il connaît. Bon chrétien. Il prie, il embrasse son crucifix avant de charger. Notre-Dame-de-Lorette aura raison de lui. Un coup de grisou comme jamais il n’en aurait imaginé. C’est en vapeur qu’il montera au ciel. Sublimé. Va, Polak, va. Dieu recollera les morceaux.

Mais la fiction suit la réalité (jamais elle ne la dépasse) et rien que d’y repenser, à cette grande boucherie, j’ai le cœur au bords des lèvres.

Oui, Marcus, tout était d’une triste justesse, sans oublier que ton roman est bourré de vérités, de choses justes, de réflexions non dénuées de bon sens, et Emma, cette jeune fille que j’ai apprécié de suite, avait de la suite dans ses idées dans ses lettres. Plus que les militaires, plus que les dirigeants… (Ok, ce n’est pas difficile d’en avoir plus qu’eux).

Plus que Gustave, son père qui… Dieu que j’ai eu de la peine pour lui, que j’ai souffert avec lui de cette erreur qu’il commit et que bien d’autres que lui commirent aussi en ces temps là.

Marcus, Marcus, tu ne m’as pas épargnée ! Tu m’as fait vivre des pages lumineuses de vie, de découverte du monde, d’amour et se sexe, et ensuite, tu m’as plongé dans les affres de la guerre avec tout son cortège de misères. C’est violent, ça, Marcus.

On  ne peut pas dire que tu laisses ton lecteur gambader gentiment dans tes pages, non, tu le malmènes, tu le mets en situation de confort pour mieux le martyriser ensuite. Tu le fais si bien, en plus…

Par contre, Marcus, désolée, mais lorsque tu citais tout ces noms de soldats morts à la bataille de Souain, je n’ai pas su aller jusqu’au bout. Trop dur. Et ce n’était qu’un bataillon de la Légion… Horrible. Alors j’ai passé des pages car j’étais trop lessivée que pour en supporter plus. Que ces morts me pardonnent.

Par contre, Marcus, j’ai eu besoin de deux tubes d’aspirine après avoir lu ton immense paragraphe (sans point final pour reprendre mon souffle) avec les liens familiaux qui unissaient toutes les familles régnantes d’Europe (étendue à la Russie) en 1914.

C’est donc une affaire de famille. On lave son linge sale : dix-neuf millions de morts.Et l’on se demande encore de quoi est venu se mêler Poincaré !

J’ai essayé de dresser l’arbre généalogique, mais je me suis rendue compte que tout le monde était parent avec tout le monde et que les branches s’entremêlaient.  Même « Point De Vue » ne s’y retrouverait pas, dans tout ces rois qui nous gouvernaient en 14, tous parents ensemble, des tas d’alliances ayant été crées artificiellement par des mariages (et notre futur roi Léopold I a bien instigué de ce côté-là aussi !).

Les rois. Les empereurs. Comment cela peut-il encore exister de nos jours ? Les « Sire », les « Majesté », les « Monseigneur ». Comment peut-on encore l’accepter ? Comment peut-on nous faire avaler cette énorme couleuvre ? La couronne et tout ce qui va avec. Des rois ! Et au nom de quoi, tu peux me dire ? Au nom du sang.

J’aimerais te dire encore bien d’autres choses, Marcus, sur ton roman époustouflant, mais les mots me manquent.

Je te dirai juste que j’aurais aimé avoir encore plus de pages, plus de détails sur les autres voyages du garçon devenu homme et que je me suis trouvée fort dépourvue lorsque la fin de l’histoire fut venue.

Ah, Marcus, je te remercie d’avoir écrit pareil roman, pareille fresque, de m’avoir plongé dans la France de 1900, dans sa manière de vivre campagnarde, avec tout ces gens qui, vu d’ici, ne sont pas si différents de nous puisqu’ils accusaient déjà l’étranger d’être le responsable de tous leurs maux.

Je te dis merci de nous avoir mis en scène un garçon sans nom, sans passé, sans paroles et de l’avoir fait mouvoir avec tes mots, tes belles phrases, ton talent de conteur. De m’avoir mis sous les yeux cette belle symphonie, cette ode, cette fresque, ce concert majestueux qui vibre encore dans mes veines, dans mon cœur, dans mes tripes.

Merci aussi, au passage, à Yvan (GruzBlog Émotions) de m’avoir mis le canon du fusil sur la tempe pour que je lise ton dernier roman.

Bon, j’exagère un peu, je sais, mais j’aime l’entendre me supplier (via ma boite mail) de lire tel ou tel livre car jamais je ne suis déçue.

Et de grâce faites que le mystère perdure. L’indéchiffrable et l’indicible. Que nul ne sache jamais d’où provient l’émotion qui nous étreint devant la beauté d’un chant, d’un récit, d’un vers.

Oh que j’aimerais ne jamais avoir lu ce roman afin de pouvoir le recommencer, vierge de tout savoir…

♫ C’est un beau roman, c’est une belle histoire ♪

Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Femina – 2016).

Étoile 5

BILAN - Minion Les bras m'en tombe - un putain de livre OK

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