Money Shot : Christa Faust

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Titre : Money Shot

Auteur : Christa Faust
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
Je m’appelle Gina Moretti, mais vous me connaissez probablement mieux sous le nom d’Angel Dare. Vous en faites pas, je n’en parlerai à personne.

J’ai tourné mon premier film X à l’âge de vingt ans, même si à l’époque, j’avais menti devant la caméra et prétendu en avoir dix-huit.

Mais contrairement à bon nombre de filles avec lesquelles j’ai bossé, j’ai été assez maligne pour raccrocher.

Le problème, c’est qu’à l’instar d’un catcheur ou d’un voleur de bijoux, je me suis laissé tenter par un retour. Je n’avais aucune idée que j’allais finir coincée dans un coffre de bagnole.

a0885339850_16Critique :
Après les origines de la pédérastie, après les expressions du langage courant qui sont en fait toutes tendancieuses, après les dangers de la branlette, me voici dans le porno !

Enfin, en compagnie d’une ex-star du porno que ces messieurs connaissent bien : Angel Dare. Reconvertie depuis en directrice de société, mais toujours dans le milieu du porno, bien entendu.

Les pros du porno eux peuvent regarder sans ciller six mecs debout en cercle en train de se polir la colonne.

Dans le porno un jour, dans le porno toujours… Sacré Angel Dare, va… Ces messieurs qui me lisent s’en souviennent encore, de sa filmographie !

Anybref ! Me voici donc en compagnie d’une ex-star du porno, on commençait pénard notre journée au bureau, je pensais lui demander quelques « trucs » et voilà qu’il nous est arrivé des bricoles, le genre d’emmerdes graves !

Notre journée s’est terminée dans le coffre d’une Honda Civic, et je vous le dis, c’est pas confortable ce genre de coffre ! Mais avant de se retrouver dans le coffre de la Honda Civic, on a morflé, je vous dit que ça !

Certes, l’ex-femme du porno, parfois rude, reste toujours courtoise, mais la vérité m’oblige à vous le dire : certains ont commencé à les lui briser… MENUES !

Alors voilà notre Angel qui s’en va en guerre… Elle a la haine, elle est vénère. Mais comment faire quand on seule face à tous et que l’on n’a pas la puissance de feu d’un croiseur ni des flingues de concours ?

Et bien, on commence par le début de la vengeance et comme disait l’autre, c’est jamais bon de laisser dormir les créances, et surtout de permettre au petit personnel de rêver.

Sauf qu’ici on s’attaque à du lourd et à du gros personnel… Et on n’a même pas une canon scié !

Si vous êtes puritain et que les mots « sexe, bite, s’astiquer le manche, se branler, baiser, chatte, forniquer… » vous font tomber en pâmoison tant ils vous écorchent vos oreilles de grenouille de bénitier, je vous en prie, passez votre chemin en vitesse, vous risqueriez d’attraper mal à votre vertu ou d’enfin vous dévergonder un peu…

Il devait y avoir cinq mecs occupés à besogner les différents points de son anatomie, pendant que six ou sept autres se tenaient en retrait, s’astiquant le manche en attendant de prendre la relève. Un truc marrant quand on bosse dans le porno, c’est la vitesse à laquelle on s’habitue à voir des mecs se branler […]. Beaucoup de types imaginent que ce doit être hyper excitant d’assister à un tournage de porno. Un conseil : à moins que vous aimiez vraiment regarder des mecs se branler, passez votre chemin.

Une écriture simple, pas celle d’un grand roman, avec une narratrice – Angel Dare – bourrée d’humour, qui nous fait partager ses pensées et ses souvenirs… On avale ce roman noir sensuel d’une traite, vidant tout d’un coup, jouant à la gorge profonde, tant il est bon à lire. Il coule dans la gorge d’Annie… (Pardon, je me laisse aller, là !).

— Le seul moment où Honey Westlake se tait, c’est quand elle a une bite dans la bouche.

Il y a de la verge dans les répliques… Oups, décidément ! Je voulais dire qu’il y avait de la verve dans les répliques, dans la narration, dans les aventures pas si tranquilles de notre Angel Dare qui s’est faite piéger comme une bleue, tout ça pour une bite. Ok, c’était une belle grosse bite… Propriété d’un beau mec, en plus, ce qui ne gâche rien… Mais c’était un fils de sa mère, le mec…

D’accord, ce ne sera pas LE roman noir de l’année, le scénario est basique et si la victime n’était pas une ancienne star du porno, le roman serait assurément moins drôle et moins intéressant. Tout le sel est dans son personnage principal et dans ce qu’elle nous raconte sur le milieu peu reluisant du monde du porno.

Sans oublier l’autre personnage principal, intéressant lui aussi, Malloy, l’ancien flic froid et violent qui va aider notre amie dans sa quête et l’assister de toute sa science des filatures et des déguisements à gogo.

Et puis, n’allez pas croire qu’on ne fait que sourire durant la lecture, nous sommes dans un roman noir et il y a aussi une critique sociale sur l’univers impitoyable du porno, de la prostitution et des réseaux qui vendent des pauvres filles de l’Est (ou d’ailleurs) qui pensaient venir aux États-Unis pour faire des ménages ou être jeune fille au pair…

Drôle, amusant, noir, sensuel, sexuel, violent à certains moments, amusant (oui, ça revient régulièrement), émouvant, sans pour autant obtenir le Goncourt, mais de toute façon, on s’en branle, heu, on s’en moque puisque le but n’est pas là !

Messieurs, Angel Dare n’était pas QUE bonne à tourner dans des pornos ! Pensez-y lorsque vous regarderez ces films, une main dans le slip (ou dans le boxer, le caleçon, ou dans ce que vous voulez) !

Pour votre info, tous ces trucs qu’on fait dans les films, c’est uniquement parce que ça rend bien, pas parce que ça nous fait du bien. Quiconque a déjà testé la position de la cavalière inversée avec trois partenaires simultanés vous le confirmera, et je ne parle pas seulement des filles.

[…] cet air lobotomisé que les hommes affichent quand ils ont la main dans le caleçon.

Cette femme avait des couilles au cul et certains mecs lui doivent quelques bourres-pifs ou plus, si énervements plus grand… D’ailleurs, elle les a toujours, ces couilles au cul car quoi qu’il arrive, elle garde la tête haute, notre amie qui m’a fait passer un excellent moment de lecture.

Comme nombre de mecs qui ont la chance (ou la malchance) d’être dotés d’une bite aux dimensions monstrueuses, Vic avait parfois du mal à avoir la trique. Il n’atteignait jamais une dureté optimale et il en plaisantait toujours en disant que si c’était un jour le cas, son cerveau manquerait de sang et qu’il tomberait dans les pommes. Toujours est-il qu’en se l’empoignant fermement à la base, il arrivait à injecter suffisamment de sang dans les vingt-trois centimètres restants pour remplir son objectif.

PS : officiellement, ça ne mérite pas un 4 Sherlock, l’écriture est simple, habituelle, mais c’est tellement drôle, amusant et toussa toussa dans les réflexions d’Angel Dare que je lui mets un 4/5 !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule et Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook.

CHALLENGE - Gallmeister 10 ans

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Black-Out – Demain il sera trop tard : Marc Elsberg [LC avec Stelphique]

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Titre : Black-Out – Demain il sera trop tard

Auteur : Marc Elsberg
Édition : Piranha (2015) / Livre de Poche (2016)

Résumé :
Et si le monde que nous connaissons, dépendant de l’électricité, était sur le point de disparaître ? Thriller européen brillamment mené, Black-out plonge le lecteur dans une réalité qui pourrait être demain la nôtre.

Par une froide soirée d’hiver, les lumières de Milan s’éteignent. Puis c’est au tour de la Suède, de l’Allemagne, de la France… : partout en Europe, le réseau électrique est en train de lâcher. Manzano, ex-hacker italien, croit savoir qui est responsable et cherche désespérément à en informer les autorités.

Un flic français d’Europol, Bollard, se décide enfin à l’écouter, mais piégé par des d’e-mails compromettants, Manzano devient le suspect n° 1.

Face à un adversaire aussi rusé qu’invisible, alors que l’Europe s’enfonce dans l’obscurité et que plusieurs centrales nucléaires menacent la vie de millions d’êtres humains, commence pour Manzano une véritable course contre la montre.

AmericanBlackout_08Critique : 
« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »… La preuve, s’il en est, c’est que lorsqu’on nous la coupe durant quelques heures ou quelques jours, nous retournons au Moyen-Âge jusqu’à ce que nous la retrouvions !

Qui ? Quoi ? Mais la fée électricité, bien sûr ! Sans elle, nous sommes perdus, pestant contre des interrupteurs sans vie et tout ce qui ne fonctionne plus une fois qu’elle disparait. Un jour de black-out, notre Jacquouille n’aurait jamais pu faire « Jour, nuit, jour, nuit ».

Dans ce roman scientifique qui a des relents d’anticipation – mais pas de science-fiction – toute l’Europe est plongée dans le noir. Toute ? Oui, personne ne résiste, hormis quelques citoyens lambdas qui possèdent un puits, se chauffent au bois ou ont un groupe électrogène. Sont pas légion, je vous le dis. Et là, ils ont des tas d’amis !

Si le début est un peu lourd à lire, c’est en raison de la présentation d’un tas de protagonistes qui vont nous faire vivre leur vie sans courant, de la présentation des personnages principaux, dont Pierro Manzano, l’ex-hacker italien du Net et de quelques notions techniques que l’auteur est obligé de nous envoyer, afin de nous mettre au jus.

Ensuite, le récit s’écoule libre comme du courant pour nous délivrer du 220 volts dans le corps et les gencives.

Leur mission la plus importante n’est donc pas l’approvisionnement optimal des populations et de l’industrie en énergie, mais la réalisation de profits.

Voilà ce qu’avaient montré les incidents des décennies passées : les experts les tenaient pour impossibles – puis, un jour, ils avaient eu lieu.

On découvre, horrifié, tout ce qui pourrait arriver en cas d’arrêt général de l’électricité suite à des sabotages et je vous jure que ça fait froid dans le dos parce que nous n’y sommes pas préparé, sauf si vous êtes minimaliste ou survivaliste !

Le confort matériel augmente. Le courant vient directement de la prise. Depuis des générations. Les gens n’y font même plus attention ! C’est normal pour eux.

L’homme est un animal et y retourne en quelques jours, dès qu’il n’a plus rien dans sa gamelle, en fait.

Une devise du MI5 anglais : “quatre repas avant l’anarchie”.

Un récit qu’on dévore les yeux grands ouverts, une bougie allumée à côté, parce qu’on ne sait jamais…

Des personnages attachants, des situations de panique décrites aux quatre coins de l’Europe – oui, on voyage ! – des émotions fortes, surtout à l’hôpital et des situations catastrophiques avec une centrale nucléaire et un rappel de très mauvais souvenirs d’il y a 30 ans (en moins grave).

C’est un récit plus tendu qu’une corde de tente ou que celle d’un string, avec du rythme, sans perte de vitesse, sans trop de voyeurisme non plus, glaçant, prenant, bourré de suspense et sans trop d’illogismes (et s’il y a, ils sont expliqués par l’auteur). Un récit tout de qu’il y a de plus réaliste, hélas !

Un scénario béton pour un thriller technologique de haut vol, des frissons de peur et la grosse question que je me suis posée « Qu’est-ce que je ferrais, moi, dans pareille situation ? Partage or not partage ? ».

Offre et demande n’ont rien à voir avec justice ni éthique. Et puis, surtout, il leur fallait cette essence.

Non, non, ceci n’est peut-être pas une fiction…

Allez, je vais aller me faire un stock de cierges et de nourriture lyophilisée qu’on réhydrate en faisant pipi dessus… Parce que demain, il sera peut-être trop tard !!

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :
Ça faisait longtemps qu’il me faisait de l’œil, un coup, sur les étalages de la librairie qui l’ont super bien mis en avant, d’autre part sur la blogosphère avec des avis enthousiastes. J’ai cédé (évidemment), mais je l’avais laissé de coté, et voilà ma chère binôme qui me lance cette idée de LC…. Et bien évidemment, que je fonce !!!!!!!

Synopsis :
Et si le monde que nous connaissons, dépendant de l’électricité et des nouvelles technologies, était sur le point de disparaître ? Par une froide soirée d’hiver, les lumières de Milan s’éteignent. Puis c’est au tour de la Suède, de l’Allemagne, de la France… : partout en Europe, le réseau électrique est en train de lâcher. Menace terroriste ou défaillance technique ? Tandis que l’Europe s’enfonce dans l’obscurité et cède à la panique, plusieurs centrales nucléaires menacent la vie de million d’êtres humains.

Une véritable course contre la montre commence alors pour Manzano, ex-hacker italien, croit savoir qui est responsable et cherche désespérément à en informer les autorités. Thriller européen brillamment mené, Black-out plonge le lecteur dans une réalité qui pourrait être demain la nôtre.

Les personnages :
Je crois que c’est le seul point que je vais un peu chipoter. Il m’a manqué cet attachement avec eux. Il est d’une part très difficile de se projeter dans chacun des protagonistes de part leur métier respectifs trainant dans les « hautes sphères », mais en plus, il m’a manqué un poil d’émotions humaines… À trop se concentrer sur l’action, on y perd en affection.

L’auteur a choisi de faire son principal personnage, un hacker. Idée originale, il tenait vraiment une idée à exploiter à fond, il aurait pu nous donner plus de détails sur leurs façons de « penser », la différence entre les White et les Black Hat, leurs agissements, leur passé…. J’aurai aimé qu’il se centre un peu plus sur Manzano, plutôt que sur cette multitude de personnages, même si bien sur, ils servent à la résolution du Problème.

Voilà, il m’a manqué ce rapprochement de lecteurs/personnages pour que ce livre soit un coup de cœur !

Ce que j’ai ressenti :… Une effrayante situation à vous glacer le sang !
Même s’il m’a manqué cette complicité avec les personnages, coté thriller, on est servi !  Difficile de lâcher ce livre, une fois qu’on l’a commencé ! Rythme soutenu, tension insoutenable… Tels sont les maitres mots de cette lecture.

L’angoisse d’une telle éventualité nous tenaille bien au delà du simple divertissement, l’auteur arrive à réveiller une de nos peurs les plus profondes: celle du Noir. Le Noir absolu, le Black-Out Total sur tout un continent, voire de la planète entière.

Et avec notre génération d’hyper-connexion, la Fée Électricité ne peut pas se permettre de disparaitre d’un coup de baguette magique ! Nous ne en relèverions pas de sitôt !

Suivre pas à pas, la lente mais déplorable conséquence d’un tel phénomène, nous emmène à de grandes réflexions.

Black-out, c’est un roman intelligent, précurseur, un savant mélange d’anticipation derrière la fiction.J’ai été charmée de ce point, l’auteur dit dans ses remerciements: « Si Blak-out, en plus de quelques heures captivantes, pouvait vous transmettre quelques connaissances ou n’être qu’une petite incitation à réfléchir, je m’en réjouirais ». 

Pari réussi, Monsieur Elsberg! Je pense que ce livre met en évidence certaines failles de systèmes, de grandes questions à débattre, et une effarante situation qu’on espère ne jamais voir se réaliser.

« L’argent régit le monde, comme on dit. » (…).
« La question est donc de savoir qui régit le monde quand il n’y a plus d’argent ? ».

— Peut-on croire sérieusement, intervint quelqu’un, que quelques jeunes gens, quelques geeks, soient capables de plonger la civilisation occidentale dans sa crise la plus grave, et le monde dans la situation de conflit la plus sensible depuis la seconde guerre mondiale ?

Il arrive à nous offrir une vision d’ensemble d’une puissance anéantie, avec ce découpage de lecture par ville, la lumière d’espoir met un temps infini à revenir, et pendant ce temps les ténèbres envahissent nos chers compatriotes et leurs voisins. Je vous le dis, c’est saisissant, effrayant!!!

Demain, il sera trop tard pour lire ce livre, car demain arrive plus vite qu’on ne le pense, lisez le, il est d’utilité publique et vous rendra un tout petit moins naïf sur notre futur interconnecté à outrance… Je vais donc de ce pas, aller me faire un potager et installer une cheminée… Juste au cas où…. Je vous le dis, j’ai eu trop peur !!!!!^^

Ma note Plaisir de lecture fee clochette 7/10
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Extinction : Matthew Mather [LC avec Stelphique]

Titre : Extinction

Auteur : Matthew Mather [Auteur Anglais]
Édition : Fleuve Éditions (Nov 2015)

Résumé :
À la veille de Noël, à New-York, Mike Mitchell s’apprête à passer un réveillon en famille et compte sur cette période de fête pour apaiser les tensions dans son couple.

Cependant ces projets vont être anéantis par une gigantesque tempête de neige qui s’abat soudain sur Manhattan et provoque un black-out total. Internet et les réseaux de communication ne fonctionnent plus, les infrastructures s’effondrent.

Le désastre gagne progressivement tous les secteurs d’activités, paralysés par cette coupure soudaine. Rumeurs d’attentats, de cyber-attaque, thèses du complot… On accuse les Russes, les Chinois, les Iraniens. La panne généralisée alimente la psychose, renforcée par l’apparition d’une épidémie mortelle qui affole la population.

Au milieu du chaos, Mike et ses voisins se retrouvent sans eau, sans chauffage, et bientôt sans nourriture…

Dans ce tombeau à ciel ouvert qu’est devenu New York, l’ordre a laissé la place à la loi du plus fort. Alors que la trahison guette à chaque instant, Mike va devoir livrer une lutte sans merci pour sa survie et celle de sa famille.

Critique (Stelphique en bas) : 
Riche idée que d’avoir commencé le roman au moment des fêtes puisque son récit commence quelques jours avant Noël.

Cette année, Petit Papa Noël a apporté des cyber-attaques, l’arrêt du Net, des coupures totales de courant, de l’eau, la disette, le repli sur soi, la crasse, la vermine, la paranoïa, l’animalité, un huis-clos et tout un gros tas de neige !

Bref, il nous a déposé, sous le sapin, un joli black-out !

— Qui est responsable d’Internet – cet outil dont nous sommes tous dépendants, aujourd’hui ?
— J’en sais rien – le gouvernement ?
— Eh bien non, figure-toi. Tout le monde s’en sert mais personne n’en est responsable.
— Ça effectivement, c’est la recette du désastre.

Avec un style simple qui fait mouche, des personnages sympathiques auxquels ont s’accroche et avec lesquels on sympathise vite, l’auteur nous narre la vie qui s’organise, tant bien que mal, dans un immeuble new-yorkais, avec ses amitiés, ses tensions, ses coups de putes… et sa solidarité.

Nous suivons la famille de Michaël et celle de Chuck, amis dans la vie, ainsi que de leurs quelques amis de l’immeuble qui tentent, vaille que vaille, de survivre dans une ville livrée à elle-même, une ville qui ne peut compter que sur elle-même puisque le pays tout entier est touché, le reste du monde aussi…

Cela m’a frappé de m’apercevoir que, dans mon esprit, les gens qui avaient débarqué à notre étage étaient devenus des « réfugiés ».

Les habitants crevant de faim et de froid, se laissent aller à leur animalité, à leurs peurs les plus primales et à leurs hypothèses les plus farfelues quand aux responsables de ce bordel sans nom.

— Si on doit aller mettre sur la figure de quelqu’un, c’est bien à ces Arabes enturbannés. Ils n’arrêtent pas de nous chercher des poux depuis qu’ils ont pris notre ambassade en otage, en 79.
— Parce qu’on avait renversé leur gouvernement élu démocratiquement pour installer un dictateur qui faisait régner la terreur, a observé Rory. Et puis, ce ne sont pas des Arabes, mais des Perses.

Sans en faire des tonnes, sans nous noyer dans des explications techniques ou scientifiques ou verser dans la surenchère, l’auteur nous torche un chouette roman dans lequel on se plait à être, tout en redoutant le jour où cette merde de cyber-attaque arriverait chez nous pour de vrai.

— Nous répugnons à prendre quelques risques à titre individuel, nous donnons au gouvernement le droit d’envahir notre vie. Nous sommes en train de renoncer à notre liberté, par simple trouille.

Pas de temps mort, j’ai eu froid et faim en même temps qu’eux, j’ai tremblé de peur pour eux, j’ai cogité en lisant les vérités distillées au fil du récit et ce fut un calvaire de devoir abandonner le récit durant 4 jours pour cause de fêtes !

— Il y a quelques années, on a découvert la présence de codes informatiques étrangers dans les systèmes de commande des centrales électriques, un peu partout aux États-Unis. Ces machins étaient spécifiquement conçus pour mettre notre réseau électrique hors service.
— Et… ? a lancé Chuck, l’air nullement impressionné. Que s’est-il passé ?
— Rien – à ce jour. Mais le problème, tu vois, c’est ta réaction. Qui est celle de tout le monde. Alors que si les Chinois venaient fixer des explosifs sur nos tours émettrices, toute la population de ce pays hurlerait au meurtre et prendrait les armes.

— Dans ce pays, chaque fois qu’on soupçonne le gouvernement de vouloir réglementer la vente de fusils d’assaut, les gens deviennent fous et hurlent au liberticide. Ces nouvelles lois donnent au gouvernement un droit de regard sur tout ce que tu fais, sans ton consentement – et personne n’ouvre la bouche ! Qu’est-ce qui définit la liberté ? Les libertés civiles, qui elles-mêmes reposent sur le respect de la vie privée. Si on foule ce respect aux pieds, c’est la fin des libertés civiles, et donc de la liberté tout court.

Un roman qui vous distille du suspense au compte-goutte pour mieux vous faire flipper en pensant à « Et si tout ça n’était pas que de la fiction ?? » mais de l’anticipation… Moi, ça me fout la trouille encore plus !

— Je suis d’accord. Par peur du terrorisme, nous avons accepté que le gouvernement collecte des informations personnelles, surveille nos faits et gestes, mette des caméras partout.
— Mais si tu ne fais rien de mal, tu n’as rien à craindre, ai-je souligné. Moi, ça m’est égal de renoncer à un peu de liberté en échange d’une meilleure sécurité.
— C’est là que tu te plantes. Tu as toutes les raisons d’avoir peur. Où vont-elles, ces informations ?

J’vous laisse, je vais constituer des stocks de bouffe dans ma cave !

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule et A year in England » chez Titine.

Pourquoi je l’ai choisi (Par Stelphique) :
On ne pouvait vraiment pas passer à coté de ce thriller de fin d’année, surtout après être passé sur les blogopotes, ici et …On a pas pu résister à a tentation avec ma binômette pour faire une LC….

Synopsis :
Alors qu’une gigantesque tempête de neige s’abat sur Manhattan, Internet s’effondre, entraînant dans sa chute les infrastructures municipales : l’électricité, l’eau courante… Le black-out est total, les vivres viennent à manquer. Dehors, c’est la loi de la jungle, entre pillages et épidémies. On accuse les Chinois, les cyberpirates. La faim, le froid, la soif guettent à chaque corner – mais l’ennemi le plus redoutable partage sans doute votre palier…

Dans la résidence de Chelsea ou, hier encore, les voisins se pressaient joyeusement autour d’un barbecue, confiance et solidarité s’érodent peu à peu. Mike Mitchell, jeune père et ingénieur aisé, sait que la menace peut surgir de partout. Aucune barricade ne peut garantir contre la trahison, l’égoïsme, la paranoïa… Sa vie, celle de sa femme et de son fils ne dépendent que de son jugement. À mesure que la communauté se disloque, l’extinction opère son effroyable sélection naturelle…

Les personnages :
Mike est un homme, un vrai, avec ses failles et un courage à toute épreuve! Il a la force de ne pas tomber dans des travers irréversibles, ce n’est certes pas un meneur, mais un personnage des plus intéressant à suivre ! Un petit coup de cœur donc pour ce personnage !

Chuck, il m’a régalée avec toutes ses « théories du complot » qu’il voit un peu partout, sa façon de protéger sa famille et ses proches.

Damon, je ne vois pourquoi un tel choix de prénom, je l’aurai plutôt appelé Angel, moi, à mon avis!!!!!Trop fort ce gamin!!!!;)

Ce que j’ai ressenti : Un thriller glaçant !!!!!

« Seul face à ce vide intersidéral, j’ai senti combien mon existence se réduisait à un point infinitésimal, flottant dans l’univers. »

Je crois qu’il est des livres qui nous marque plus que d’autres, des aventures qui nous emmène plus loin qu’au bout des pages, des thrillers qui nous effraie plus que de raison !!!! Celui ci en fait partie! Non seulement Extinction est une réussite, mais il m’a vraiment remuer les tripes et les méninges !!!

« Celui qui veut voir ce que réserve l’avenir n’a qu’à se tourner vers le passé. »

Matthew Mather a eu le talent de créer une ambiance hors du temps, un scénario plausible, une catastrophe toute contemporaine. Mêler effondrement d’Internet et tempête de neige, vont emmener une multitude de faits et conséquences irrémédiables qui fait froid dans le dos, et ça ne sera pas uniquement à cause de la neige !!!!!

On est saisi jusqu’à la moelle, tant ses enchainements sonnent justes et sont plutôt horrible à voir… Plus qu’un roman post apocalyptique, je lui ai trouvé des airs d’avant-gardisme, je suis presque certaine que cette ère nous pend au nez si jamais on continue sur cette voie là…..

« Protéger notre liberté est un travail de chaque jour, et cela commence par la protection de nos données personnelles sur Internet – qui est, elle, de notre responsabilité. Si on suspend notre vigilance, petit à petit, on perdra toutes les libertés pour lesquelles nos ancêtres ont combattu. »

wpid-wp-1428578175280L’auteur nous apporte un roman humain, réaliste, mais aussi intellectuel. Cette lecture tridimensionnelle tient toutes ses promesses jusqu’au bout! J’ai aimé que ça ne reste pas linéaire, on a autant d’émotions, qu’un avant goût de l’apocalypse moderne, avec des théories qui emmène à diverses réflexions profondes.

L’enfer blanc de ce New York était terriblement effrayant, délicieusement paranoïaque, incontestablement violent, irrémédiablement humain avec tout ce que ça comporte d’horreurs et de valeurs qui nous caractérisent. Sur la couverture , on peut y lire: « Les situations les plus extrêmes révèlent nos pires instincts » : ouais, c’est peu de le dire!!!!

Je ne pouvais pas lâcher ce livre…. Impossible!!!J’ai été téléportée dans ce couloir au sixième étage, je vivais au milieu de ses habitants, j’étais rongée par le froid, la faim, la soif, l’angoisse…En plus, les dates coïncidaient, cela à donc rajouter à cet effet de mise en situation, même si je n’aimerai pour rien au monde connaitre un Noel pareil !!!!

Vivre au jour le jour, le calvaire de Mike, nous entraine sur la pente, très descendante , des pires scénarios, où peur et ignorance s’emmêlent, où  froid et catastrophe s’imbrique à la perfection, où l’humain se révèle bien plus animal qu’on ne le soupçonnerait sur une si courte période….

« Il faisait un froid de gueux. « 

En  bref, c’est sans surprise, mais encore secouée par tous ses rebondissements, que j’annonce encore un coup de cœur 2015 à quelques jours de cette fin d’année!!!!Heureusement que nous ne sommes pas passé à coté de cette lecture avec ma chère binômette !!!!!

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 10/10

BILAN - LC réussie - OK

L’indien blanc : Craig Johnson [Walt Longmire 3]

Titre : L’indien blanc                                                                         big_4

Auteur : Craig Johnson
Édition : Gallmeister (2011)

Résumé :
Walt Longmire est le shérif du comté d’Absaroka depuis près d’un quart de siècle et n’a pas pour habitude de s’éloigner de ses terres familières du Wyoming.

Quand il décide d’accompagner son vieil ami Henry Standing Bear à Philadelphie, où vit sa fille Cady, il ne se doute pas que son séjour va prendre une tournure tragique.

Agressée pour une raison inconnue, Cady se retrouve dans un profond coma, première victime d’une longue liste, et Walt doit se lancer sur la piste d’un vaste réseau des trafiquants de drogue. Commence alors une longue errance urbaine sous la surveillance d’un mystérieux Indien blanc.

Petit Plus : Ce nouveau volet des aventures de Walt Longmire nous entraîne dans une course-poursuite haletante au cœur de la Cité de l’amour fraternel et confirme l’appartenance de ce shérif mélancolique à la famille des grands héros de roman policier.

Critique : 
QUOI ?? Comment cela se fait-il que l’on ne reste pas dans le comté d’Absaroka pour cet opus ?

Comment est-ce possible que cette enquête du shérif Walt Longmire ne se déroule pas dans le trou du cul du Wyoming, sous 50cm de neige ??

Et où c’est qu’il va, mon shérif préféré ? ♫ On the streets of Philadelphia ♪ Bon, d’accord, si c’est pour y retrouver Denzel Washington et Tom Hanks ou écouter The Boss Spingsteen chanter… Non ? Pour y rejoindre sa fille, Cady ? Je suis preneuse !

C’est toujours un plaisir pour moi de remettre mes bottes dans le Wyoming, plus particulièrement dans le comté régit par notre shérif Walt Longmire.

Imaginez combien je fus déstabilisée en apprenant qu’il allait sortir de son bled paumé pour rejoindre la ville de Philadelphie et que je ne passerais pas du temps avec la joyeuse bande habituelle de ses adjoints et flics de service.

Mais puisque le chien et Henry Standing Bear, son ami Cheyenne, étaient de la partie, j’ai tout de suite trouvé le voyage intéressant. Mais une fois arrivé à Philadelphie, rien ne s’est passé comme prévu. Bardaf, ce fut l’embardée…

On ne lit pas une enquête du shérif Walt Longmire pour sa vitesse d’action. Le lecteur en quête de thriller ou policier trépidant devra passer sa route… À ses risques et périls car il ratera par la même occasion un roman profond, des personnages humains, un shérif à 100 coups de fusil des flics borderline et alcoolo que l’on a tendance à trop croiser ces derniers temps.

Oui, on ouvre un roman avec Walt Longmire pour retrouver des amis, une famille, une bande de joyeux drilles de flics qui contrebalancent souvent les moments délicats par quelques vannes bien placées. Surtout le shérif.

Nous convînmes de nous rencontrer le lendemain, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, mais avant tout, à l’heure du petit déjeuner. Ils me dirent de garder le portable de Cady. Je leur demandai si j’avais droit à un insigne en plastique du PPD, mais ils me rappelèrent les restrictions budgétaires.

Mon ami Henry Standing Bear disait que la bibliothèque était l’endroit où les avocats allaient dormir pour deux cent cinquante dollars de l’heure environ.

Il faut dire que lorsque vous surnommez votre ami indien « La Nation Cheyenne », que votre adjointe Vic est surnommée par sa famille « La Sainte Terreur » ou « La terreur » tout court et qu’un autre de vos adjoints soit un Basque, ça laisse présager des moments comiques…

Quitter le comté d’Absaroka n’était pas une mauvaise idée, tout compte fait ! Arpenter les steets of Philadelphia fut un plaisir de fin gourmet car ils avaient emmené avec eux un petit morceau du Wyoming.

L’enquête prend son temps, sans trainer non plus, les cadavres se ramassent, telle les feuilles mortes, à la pelle et il faudra faire gaffe de ne pas se recevoir une balle mal placée.

Une enquête menée avec la hache de guerre déterrée mais sans pouvoir faire justice sois-même puisqu’on arrivera toujours, telle la Cavalerie, avec du retard.

De l’humour, une enquête, des moments émouvants, d’autres plus coquins, des balles qui vous frôlent et de la Blanche qu’il ne vaut mieux pas trafiquer.

L’auteur sait comment mélanger tous les ingrédients qui font un bon polar, et il le fait au shaker et pas à la cuillère. J’adore le déguster affalée dans le divan et me laisser porter par son écriture qui ne renie jamais les bons mots ou les pensées philosophique.

Nous nous trouvions dans un endroit qui ressemblait aux réserves indiennes là-bas, chez moi, un endroit où les rêves mourraient sans avoir eu le temps de naître, un endroit pour les vivants et plus probablement pour les morts.

— Nous appelons ça le débourrage forcé. Là, d’où je viens, quand on a un cheval qui a trop de caractère, on l’attache tout simplement à une mule pour la nuit. Quand on revient le lendemain matin, on a un cheval différent.
Elle m’observa.
— J’imagine que c’est toujours la mule qui gagne ?
— Oui presque toujours.

Toujours un plaisir de retrouver la fine équipe de Walt Longmire et de suivre leurs enquêtes, même si celle-ci comportait des tas de poulets philadelphiens.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et « Le Mois Américain » chez Titine.

CHALLENGE - Thrillers Polars 2015-2016 CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014

Or Noir : Dominique Manotti

Titre : Or Noir                                                                                    big_3

Auteur : Dominique Manotti
Édition : Série Noire Gallimard (2015)

Résumé :
Marseille, 1973. Le commissaire Daquin, 27 ans à peine, prend son premier poste au commissariat de l’Évêché. Il découvre une ville ensanglantée par les règlements de compte qui accompagnent la liquidation de la French Connection, des services de police en guerre larvée les uns contre les autres, et la prolifération de réseaux semi-clandestins comme le SAC ou la franc-maçonnerie.

Il enquête sur l’assassinat d’un ancien caïd de la drogue et de son associé, un vétérant des services secrets, tous les deux reconvertis dans les affaires ; assiste à la naissance mouvementée d’un nouveau marché des produits pétroliers, à l’ascension fulgurante des traders assoiffés d’argent frais qui le mettent en œuvre ; et constate que les requins les plus dangereux ne sont pas ceux que l’on croit.

Critique :
[Avec l’accent de Marseille] — Peuchère, ce baril de pétrole, tu le pointes ou tu le tires ??

Après avoir pointé ses barils de brut, il pourra en tirer tout le bénef lorsque les prix se seront enflammés…

Si la critique est aisé, l’écriture est plus complexe et je me retrouve devant un cas de conscience en rédigeant ma petite bafouille sur ce roman que j’attendais impatiemment et dont je me suis ruée dessus direct alors que des centaines d’autres m’attendent.

Si j’ai aimé ? Affirmatif, mais… à moitié je dirais. Où c’est-y que le bât il a blessé ? Non pas  au garrot de la bête mais dans la manière dont le roman est rédigé.

C’est la plume qui blesse… Le style d’écriture auquel j’ai eu beaucoup de mal à adhérer au départ, ce qui m’a fait très souvent perdre le fil de l’enquête.

Des phrases courtes, une redondance de la troisième personne du singulier (il/elle) et des phrases basiques telles que : sujet, verbe, complément. Sans oublier la description des actions dans les dialogues sans utiliser de parenthèses ou de fermeture des guillemets.

— Tu es toujours aussi beau… La voix grave traîne un peu sur le dernier mot.
— Demi-sourire. Quand repars-tu pour Vienne ?

J’ai parfois eu aussi l’impression que vu le nombre d’infos à faire passer au lecteur, l’auteur avait simplifié la chose en lui balançant des infos brutes de décoffrage, donnant l’impression de lire une étude sur les magouilles politico-économique plutôt qu’un roman noir.

Ma persévérance fut tout de même récompensée puisqu’à un moment donné, faisant mon deuil des dialogues mélangés avec les actions des personnages, j’ai pu avancer dans le roman et l’apprécier dans son dernier tiers.

C’est avec un mélange de fascination et d’effroi que j’ai découvert une partie des trafics ou montages financiers sur la drogue, le blanchiment d’argent, le marché occulte du pétrole mis en place par certains quidams, avec l’aval implicite de certaines autorités policières ou gouvernementales.

— Dans cette ville, certains truands font partie du gratin mondain. Les Guérini habitent rue Paradis, la plus bourgeoise des adresses marseillaises. Et ils ne sont pas les seuls.

— Surtout, il a pris le modèle sur le complexe industriel marseillais en formant des chimistes de très haute qualité, en raffinant l’héroïne ici.Notre héroïne est devenue la meilleure au monde, le symbole de l’excellence française.

— À bien y réfléchir, les liens entre le trafic de drogue et les services secrets sont très anciens et bien documentés, en France comme ailleurs. Le trafic d’opium en provenance de l’Indochine a été organisé dans les années 40 par les services secrets pour financer la guerre d’Indochine, et le point d’arrivée en France, c’était Marseille, déjà.

J’ai toujours dit que dans le trafic de drogue ce ne sont pas les revendeurs les plus dangereux ou à blâmer, mais les hauts dirigeants qui ferment les yeux parce qu’ils ont tout à y gagner (argent, notamment). Sans la complicité de certains politiciens ou la responsabilité de l’État, rien ne se fait. La criminalité en col blanc a de beaux jours devant elle.

La French Connection agonise, l’héroïne c’est terminé, place à la cocaïne ! Les membres des Stups français, corrompus jusqu’aux dentiers, ont tous été viré dans la cité phocéenne et remplacés par des parisiens pendant que les truands se déchirent dans leurs luttes intestines pour la prise du pouvoir.

Daquin finit la deuxième bouteille de champagne, puis se décide à parler.
— Je suis ici depuis trois jours, et j’ai l’impression de vivre au milieu de sables mouvants. Un inspecteur de mon équipe me tient par la main, et m’explique où je peux mettre les pieds et où je ne peux pas, à qui je peux parler, et à qui je ne peux pas, et je ne sais pas encore si je peux lui faire confiance ou non. D’après lui, les Stups de Marseille sont aux mains des Américains. Et d’après toi ?
— Oui, la pression américaine sur le gouvernement français est très forte et, aux Stups de Marseille, ils sont omniprésents.
— Pourquoi ?
— Raisons multiples. Pendant vingt ans, l’héroïne française aux États-Unis a été une « success story ». Les Américains pensaient que c’était un excellent sédatif à faire circuler dans les prisons. Quand la jeunesse de la bonne société a commencé à en consommer en quantité, ils ont trouvé cela moins drôle. Et puis les Américains sont foncièrement protectionnistes. Nixon a quelques amis dans la mafia de Floride qui font dans la cocaïne, une drogue produite aux portes des États-Unis. Il a entrepris de leur déblayer le terrain en liquidant l’héroïne française.

L’ambiance du livre est sombre comme du pétrole, les flics pataugent dans l’enquête comme des cormorans englués dans une marée noire, quant à la poudre blanche, elle ne fait plus les beaux jours de la cité de la bouillabaisse. C’est moins belle la vie.

Niveau personnages, j’ai eu un peu de mal avec le commissaire Daquin. Lui qui se décrit, à la fin, comme un prédateur (et le devient), je l’ai trouvé par moment un peu mou. Et puis bon, ses envies perpétuelles de baiser m’ont fait soupirer : c’était assez réducteur le portrait qui est fait de lui dans le roman.

Une enquête minutieuse, des chausses-trappes, des coups foireux, des plantages de couteaux dans le dos, des magouilles, des montages financiers, des complicités politiques, du nettoyage d’argent sale, des exécutions et de l’économie en black.

— Au moins là, on a un règlement de comptes du milieu exécuté dans les règles de l’art, si j’ai bien compris. Pas de minauderies, on y va à l’arme lourde et on mitraille tout ce qu bouge.
— Oui, ils ont soigné la réalisation. Une sorte de chef-d’œuvre de l’artisanat local. Le recors d’Al Capone a établi le jour de la Saint-Valentin ne doit pas être loin d’être battu.
— Au rythme où ils vont, s’ils ne l’ont pas battu aujourd’hui, ils le battront demain.

T’en prend plein ta gueule tout en visitant les années 70 comme jamais (et pas au niveau de la mode ou de la musique) et tu applaudis le coup final.

Ça valait donc la peine de s’accrocher et de passer outre le style d’écriture simpliste et les phrases très courtes car l’enquête est addictive et le livre bien documenté.

On termine la lecture moins bête et avec quelques références en plus sur les milieux des truands (cols blancs ou pas) des années 70.

CHALLENGE - Thrillers Polars 2015-2016

Lignes de sang : Gilles Caillot

Titre : Lignes de sang                                                big_3-5

Auteur : Gilles Caillot
Édition : du Toucan (2012)

Résumé :
Richard Granjon, écrivain à la dérive, voit dans son prochain roman l’ultime chance de relancer sa carrière. Isolé dans une maison de campagne, il veut que son texte soit noir, angoissant, sanglant, aux antipodes de ses précédents livres, plutôt édulcorés.

Mais la tranquillité de sa retraite va être soudainement ébranlée. Via d’obscurs réseaux du web, il est manipulé et poussé à bout par un mystérieux tueur dénué de toute humanité. Sa période d’écriture se transforme petit à petit en véritable cauchemar.

De leur côté, les lieutenants Depierre et Amarante de la Criminelle de Lyon, traquent depuis longtemps un homme qui sème sur sa route des cadavres de jeunes femmes, horriblement mutilés. L’enlèvement de Camille, leur coéquipière, les précipitent en enfer.

A la frontière du virtuel, commence alors leur enquête la plus terrifiante…

POLAR - hostel-chapitre-2-hostelCritique : 
La préface d’Aurélien Molas nous signalait que si le thriller n’a jamais acquis ses lettres de noblesse comparé à la littérature noire, certains thrillers possèdent des formes et du fond tout en étant efficaces et sont assez sombres pour nous prouver que certains auteurs peuvent exceller dans le thriller noir. Il ne me restait plus qu’à découvrir tout cela.

On m’avait prévenu que ce livre était glauque, malsain à souhait, avec des scènes parfois insoutenables et il a fait honneur à sa sulfureuse réputation. Un qualificatif pour ce thriller pourrait être « dérageant & glaçant ». Deux qualificatif pour le prix d’un, oui (offert par la maison).

En effet, ce thriller respecte les codes habituels : des chapitres courts qui pulsent et qui sont alternés pour faire monter le suspense et la frustration, des cliffhangers en-veux-tu-en-voilà, une intrigue bien menée (bien que l’on comprenne à un moment donné QUI est le coupable) sur un scénario original, de l’hémoglobine et quelques scènes de violences que Jack The Ripper aurait aimé…

Bref, l’auteur connait les codes du thriller et joue avec. Au passage, il joue aussi avec nos nerfs en stoppant ses chapitres sur du suspense et en nous reportant la suite quelques chapitres plus tard. Sadique.

Niveau des personnages, on en a assez bien mais on s’y retrouve facilement dans tout ce petit monde. Par contre, le flic doit-il toujours être torturé, alcoolo, dépressif, sans vie sociale ou de famille ? Là, c’est un peu le cliché habituel ces derniers temps.

Certains policiers manquent aussi un peu de profondeur, on ne s’attache pas vraiment à eux, hormis Camille. À certains moments, je les ai même trouvé un peu lourd et patauds dans leur enquête et si un certain Jack n’avait pas été aussi sympa, ils pataugeraient encore dans la gadoue.

Par contre, pour le Méchant, il est bon, intelligent, sadique, pervers, manipulateur et aussi grand stratège qu’un Napoléon. Et je dois absolument me renseigner afin de vérifier qu’il est bien possible de retrouver les véritables adresses IP des utilisateurs ainsi que leurs adresses (on n’est jamais trop prudente)… Brrrr !

Ce qui m’a plu, dans cette intrigue, c’est la tension que l’auteur fait monter assez vite et qu’il entretient tout au long de la lecture, ainsi que l’incursion de l’enquête dans l’univers virtuel : Second Life, un métavers (univers virtuel), existe bel et bien.

La violence est présente et je déconseille ce livre aux lectrices sensibles et aux amateurs de « Oui Oui & Tchoupi en vacances chez les Bisounours ». Parce que dans ce livre, ça tue et ça ne tue pas « propre », si vous voyez ce que je veux dire. Ça joue aussi avec les victimes et ce n’est pas beau à voir.

« Il avait pris tout son temps, comme toujours. Explorant les frontières de la souffrance, s’en délectant. Augmentant de façon progressive la puissance de ses coups et les outrages qu’il lui faisait subir. Il l’avait sentie l’implorer. Cette lueur dans les yeux, il la connaissait parfaitement, maintenant. Et contrairement à ce qu’elle espérait, cela lui faisait l’effet inverse. Cette situation l’excitait. Il se sentait puissant. Il avait joué avec elle pendant plusieurs heures et procédé au cérémonial … Puis il l’avait littéralement massacrée. Il avait laissé s’exprimer la violence inouïe cachée au plus profond de lui. Elle avait été à la mesure de la jeune femme. À la hauteur de sa débauche. Ça avait été bon. Oui … Très bon ».

« Quand la lame la traversa dans un craquement effroyable, elle tressaillit sous une violente secousse nerveuse. Étonnamment, ce ne fut pas tant sa propre douleur qu’elle ressentit mais plutôt la souffrance de l’homme qui avait partagé un morceau de sa vie… »

Moi, les scènes plus « gore » ne m’ont pas dérangée, j’ai fait quelques « beurk, c’est dégueulasse » mais ça ne m’a pas empêché de manger ou de bien dormir.

Bémol  : les dialogues et la ponctuation. Les dialogues sont parfois trop nombreux au détriment de la profondeur des personnages, de leur psychologie et certains sont même en déséquilibre avec le reste, suite à l’utilisation d’un langage peu étoffé.

Pour la ponctuation, des fins de dialogue avec des « !! » ou des « !? » à profusion qui ont tendance à alourdir le récit… Si c’est passable dans des commentaires sur le Net, j’ai beaucoup de mal à les voir dans un livre de qualité.

Bon, ces quelques défauts ne m’ont pas empêché de passer un bon moment de lecture et de faire tourner mon adrénaline plein gaz, mais je me devais de le souligner.

Un thriller noir qui respecte les codes tout en les chamboulant un peu, qui a de la forme et du fond, même si la forme aurait pu être encore plus approfondie.

En tout cas, la fin vaut son pesant de cacahuètes. Quel sadisme. J’en redemande, moi, du sadisme pareil.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle. (2013 : Lauréat du prix Intramuros pour le roman « Lignes de sang »).

CHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (1)CHALLENGE - À tous prix