Dans l’ombre du brasier ‭:‬ Hervé Le Corre [LC avec Bianca]

Titre : Dans l’ombre du brasier

Auteur : Hervé Le Corre
Édition : Rivages Poche (27/05/2020) / 558 pages

Résumé :
A Paris, pendant les dix derniers Jours de la Commune. Dans les rues de la ville bombardée où se dressent des barricades, le mal rôde. Des jeunes femmes disparaissent, enlevées par un personnage aussi pervers que repoussant.

Parmi elles, Caroline, la bien-aimée du sergent Nicolas Bellec qui combat dans les rangs des Communards. Antoine Roques, promu au rang de « commissaire » de police par la Commune, enquête sur l’affaire.

Mû par le sens du devoir, il se lance à la recherche de la jeune femme, bravant les obus, les incendies, les exécutions sommaires…

Et tandis que Paris brûle, Caroline, séquestrée, puis « oubliée » dans une cave parmi les immeubles effondrés, lutte pour sa survie. C’est une course contre la montre qui s’engage, alors que la Commune est en pleine agonie.

Critique :
Au lieu de me proposer un petit cosy mystery tranquillou, Bianca, ma copinaute de LC, a décidé de nous envoyer à Paris…

Cool, vous me direz.

Oui, mais non, le voyage temporel nous a expédié à Paris durant les 10 derniers jours de la Commune que l’on a nommé « La Semaine Sanglante ». Ça tiraillait de partout tout autour de nous !

Moi qui me plains souvent de ne pas connaître grand-chose de la Commune (pas un sujet d’école en Belgique), j’ai été servie. L’auteur s’est fortement documenté et pour le côté réaliste, nous y étions en plein dedans.

Avec une écriture fort descriptive, Hervé Le Corre détaille avec minutie les décors, les différents protagonistes, y ajoute de la fumée, des odeurs, de la sueur, des larmes, du sang, des tripes et des boyaux. Le réalisme est poussé. Trop ? Chacun jugera. Pour moi qui ne connait pas grand-chose, c’était parfait.

Des polars historiques, j’en ai lu énormément. Bien souvent, l’Histoire est incorporée à l’enquête, sans jamais prendre le pas sur l’ensemble du récit, se contentant d’être un personnage à part entière.

Hélas, le roman oscille, durant trop longtemps, entre le polar historique et le roman Historique tout court, ce qui donne un déséquilibre au récit, puisque l’enquête restera sommaire, sans jamais vraiment en être une, comme si elle faisait sa timide.

L’Histoire, en tant que telle, est très prégnante, trop prégnante. Le récit manque de rythme à un moment donné.

Sans honte, j’ai diagonalisé ma lecture après la page 160, tant le récit s’enlisait, ne m’apportant plus de plaisir et qu’il semblait faire du sur-place. Une fois passé la page 300, l’enquête a repris un peu le dessus, et moi, j’ai repris le fil de ma lecture, sans plus sauter de passages.

Mon autre bémol sera pour le côté manichéen des protagonistes : les Communards semblent être de braves gars, tandis que les Versaillais sont des bêtes assoiffées de sang. Dans un conflit, quel qu’il soit, il y a plus de nuances que celle des Bons contre les Méchants.

Dommage, parce qu’il y avait assez de matière que pour donner un excellent roman, l’écriture de l’auteur étant très belle, lyrique, sachant parfaitement décrire les événements, leur côté violent, dramatique ou donner vie aux personnage, notamment au trio de Communards : le Rouge, Adrien et Nicolas. C’était magnifique.

Mitigée je suis. La plume était magnifique, le récit était puissant, mais il est allé se perdre d’un côté, puis de l’autre, avant de prendre enfin parti pour le polar, mais toujours avec timidité. Le retour d’Henri Pujols, le tueur en série du précédent roman, n’apportait rien à l’histoire. Ses exactions se retrouvent diluées dans le reste du récit et nous aurions pu donc nous en passer.

En bref, cette LC ne nous a pas apporté le même plaisir que pour « L’homme aux lèvres de saphir » et une grande partie du récit a été lu en diagonale par ma copinaute aussi.

Malgré tout, ma lecture ne fut pas tout à fait perdue puisque j’ai vécu la Commune et sa Semaine Sanglante de l’intérieur. Bon, Bianca, la prochaine LC, ce sera un Tchoupi, merci !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°002] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

 

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Les Mots immigrés : Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini

Titre : Les Mots immigrés

Auteurs : Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini
Édition : Stock (02/02/2022)

Résumé :
À l’heure où revient le débat sur l’identité, avec des opinons opposées de plus en en plus violentes, Erik Orsenna a voulu, par la voie du conte commencée avec sa Grammaire est une chanson douce, raconter l’histoire de la langue française.

Pour une telle ambition, le savoir lui manquait. Bernard Cerquiglini, l’un de nos plus grands linguistes et son ami de longue date, a bien voulu lui apporter ses lumières aussi incontestées que malicieuses.

Et nous voilà partis, deux millénaires en arrière, chez nos ancêtres les Gaulois dont les mots sont bientôt mêlés de latin, puis de germain. Avant l’arrivée de mots arabes, italiens, anglais… Un métissage permanent où chaque langue s’enrichit d’apports mutuels.

Jusqu’à ce que déferle une vague de vocables dominateurs nés de la mondialisation économique et inventés pour son service. Ce globish aura-t-il raison de la diversité linguistique, aussi nécessaire à nos vies que cette biodiversité dont nous avons appris à reconnaître l’importance capitale, et la fragilité ?

Et si les mots immigrés, c’est-à-dire la quasi-totalité des mots de notre langue, s’ils décidaient de se mettre un beau jour en grève ? Ce jour-là, les apôtres de cette illusoire pureté nationale deviendraient muets. Il n’est pas interdit d’en rêver…

Critique :
Lorsque ma nièce (2 ans même pas et demi), me parlera de son « bogan » (comprendre « toboggan »), je pourrai lui glisser que le mot est d’origine algonquine (en espérant qu’elle n’entende pas kikine).

Bon, pas sûre que ça l’intéresse grandement, mais ce n’est pas grave, j’aurais enrichi son petit cerveau à ma manière, comme j’ai enrichi le mien en lisant ce drôle de petit livre.

Imaginez, à l’heure où des candidats à l’élection présidentielle ont fait leur campagne sur le rejet des autres, sur l’exclusion des étrangers, sur le fait qu’il fallait revenir à nos origines gauloises (purée, quel retour en arrière), imaginez que tous les mots d’origine étrangère se mettent en grève et que ces gens ne puissent plus les employer. Les voici muets ! On peut rêver, non ?

Je me suis vraiment amusée à lire ce petit livre, qui a égayé ma journée et rempli un peu plus mon petit cerveau. Je connaissais l’étymologie de certains mots, car c’est un plaisir de découvrir l’origine des mots, mais j’en ai appris bien d’autres.

La fable des auteurs est gentille, ça pique un peu, mais pas trop. Ils auraient pu être plus cyniques, plus caustiques, mais ils sont resté dans le registre du conte amusant et c’était une bonne idée.

Les mots deviennent des personnages c’est Indigo qui va convoquer les mots purement gaulois en entrée de débat, nous expliquant l’origine de certains mots, nous rappelant que les Celtes n’étaient pas les premiers sur ce territoire qui n’était pas encore la France que l’on connait.

Transformer des mots en personnages étaient une bonne idée et Indigo poursuivra l’Histoire de la langue française, qui a emprunté bien des mots aux autres, les transformant un peu, qui en a donné (aux Anglais, par exemple), qui les a vu revenir transformé, les adoptant ensuite.

Les mots sont voyageurs, ils bougent, ils se transforment dans les bouches de ceux qui s’en accaparent, puis poursuivent leur route. Il est dit, dans le roman, qu’entre la France et l’Angleterre, c’était un véritable ping-pong des mots.

Les langues ne sont pas appelées à être figées, des mots nouveaux doivent venir l’enrichir, d’autres disparaissent, changent de signification, c’est ce qui en fait une langue vivante. Il n’est rien de pire qu’une langue qui se meurt faute d’avoir des gens pour la parler, la comprendre.

Après cette lecture, je me suis couchée moins bête. Tiens, j’ai même appris, dans la partie consacrée aux patois locaux, que les Français ne connaissaient pas le terme « pause carrière », très utilisé chez nous, en Belgique (vous devriez l’adopter !).

Voilà donc un petit roman bien fait, drôle, sympathique, qui rend plus intelligent (ou plus cultivé) et qui, au travers d’une fable avec les mots, aborde un sujet important : la xénophobie, le rejet de l’autre, le racisme.

Un ami m’avait dit un jour que ceux qui voulaient mettre dehors les étrangers oubliaient une chose importante : que c’était avant tout des consommateurs ! Ben oui, ils travaillent et quand bien même ils toucheraient de l’argent à ne rien faire, cet argent repasse illico presto dans le système, puisque tout est dépensé dans le coin, faisant vivre des commerçants. L’argent doit circuler pour faire de la richesse.

Autre chose, ici, ce sont les mots d’origine étrangère qui se mettent en grève, mais que se passerait-il, demain, si toutes les personnes d’origine étrangère, se mettaient en grève du travail ? Plus de métros circulant à Bruxelles (à Paris, je ne sais pas), plus de poubelles ramassées, plus de taxis (ou si peu), plus de livraisons, plus d’épiceries ouvertes, et j’en passe… Ce serait une catastrophe sans nom.

Faudrait peut-être que certains y pensent, avant de parler à tort et à travers… La crise de la covid nous a démontré que nous avions besoin de gens qui livrent les marchandises, des caissières, de ceux qui s’occupent des déchets, du personnel de soin (hôpitaux comme dans les homes – EHPAD chez vous)…

Bref, de ceux qui bossent dans des fonctions qui ne sont pas mises en valeur, mal rémunérées. Des types comme les Carlos Ghosn ne nous ont servi à rien, dans cette pandémie. Pensons-y…

 

Nos vies en flammes : David Joy

Titre : Nos vies en flammes

Auteur : David Joy
Édition : Sonatine Thriller/Policier (20/01/2022)
Édition Originale : When These Mountains Burn (2020)
Traduction : Fabrice Pointeau

Résumé :
Retraité depuis quelques années du service des forêts, Ray mène une vie solitaire dans sa ferme des Appalaches. Il attend sans vraiment attendre que son fils Ricky vienne le rejoindre. Mais celui-ci a d’autres préoccupations – se procurer sa dose quotidienne de drogue, par exemple.

Autour d’eux, leur monde est en train de sombrer : le chômage qui s’est abattu sur la région, les petites villes dont la vie s’est peu à peu retirée, la misère sociale, la drogue. Bref, l’Amérique d’aujourd’hui, dont Ray contemple les ruines, alors que les montagnes environnantes sont ravagées par un incendie.

Le jour où un dealer l’appelle pour lui réclamer l’argent que lui doit son fils, Ray se dit qu’il est temps de se lever. C’est le début d’un combat contre tout ce qui le révolte. Avec, peut-être, au bout du chemin, un nouvel espoir.

Critique :
La région des Appalaches est un formidable terreau pour les auteurs de roman noir car tous les ingrédients y sont réunis pour donner de l’épaisseur au contexte social : chômage, pauvreté, misère sociale, drogues, paumés, forêts dévastées par la surexploitation…

Les personnages sont à l’image de cette région : désespérés, camés, perdus…

Dans ce roman fort noir, plusieurs destins vont s’entrecroiser : un père et son fils junkie qu’il ne veut plus voir, un frère drogué et sa sœur qui n’en peut plus de le voir dévaster sa vie, des dealers, des flics qui tentent de faire leur job, des ripoux. La totale, quoi.

L’auteur ne tire pas à boulets rouges sur les drogués, bien au contraire, il arrive facilement à nous expliquer ce qu’est devenue leur vie depuis qu’ils se sont camés, commençant, comme bien des autres, avec des médicaments prescrits à volonté après un accident ou tout simplement volés, achetés à la sauvette.

Les drogués sont seuls, leurs familles sont dévastées, elles ne savent plus comment les aider, ne veulent plus le faire, ne veulent plus les croire parce qu’elles savent que leurs promesses d’arrêter ne sont que des paroles en l’air, que dès qu’ils le pourront, les drogués les voleront pour aller s’acheter leur dose.

Les drogués oublient très vite leurs bonnes résolutions une fois que l’on agite un sachet devant eux, ou à la perspective d’en avoir un.

Ce sont des portraits d’une Amérique jeune et dévastée que l’auteur dresse et le constat est amer : ce sont les gouvernements qui ont commencé à droguer leurs concitoyens en laissant arriver sur le marché des médicaments dont personne n’avait pris la peine de signaler qu’ils entraîneraient une forte dépendance.

Une fois de plus, David Joy nous dépeint une Amérique qui part en eau de boudin, qui sacrifie ses jeunes, ses habitants, se foutant pas mal de leurs déchéances, de leur misère… Justice absente, flics débordés, parents dépassés, tout est réuni pour que les drames arrivent.

C’est sombre, noir, les portraits des personnages sont taillés à la serpe, sans fioritures, à l’os, mais il n’en fallait pas plus pour leur donner une épaisseur. Avec peu de matière, l’auteur vous fabrique des portraits réalistes.

Mon seul bémol est que je n’ai pas ressentit des émotions fortes durant ma lecture, comme j’en avais ressentie avec les autres romans de Joy (Là où les lumières se perdent / Ce lien entre nous).

Malgré tout, ce roman est puissant et explore avec justesse les relations familiales entre les drogués et les membres de leur famille qui en ont vu de toutes les couleurs.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°119] et Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2022 – N°01).

La Peste : Albert Camus

Titre : La Peste

Auteur : Albert Camus
Édition : Folio (2009)

Résumé :
— Naturellement, vous savez ce que c’est, Rieux ?
— J’attends le résultat des analyses.
— Moi, je le sais. Et je n’ai pas besoin d’analyses. J’ai fait une partie de ma carrière en Chine, et j’ai vu quelques cas à Paris, il y a une vingtaine d’années. Seulement, on n’a pas osé leur donner un nom, sur le moment… Et puis, comme disait un confrère : « C’est impossible, tout le monde sait qu’elle a disparu de l’Occident » Oui, tout le monde le savait, sauf les morts. Allons, Rieux, vous savez aussi bien que moi ce que c’est…
— Oui, Castel, dit-il, c’est à peine croyable. Mais il semble bien que ce soit la peste.

Critique :
Quelle idée, me dira-t-on, de se mettre à lire ce livre de Camus en pleine période de pandémie et de confinement !

Pourtant, l’idée n’est pas si mauvaise que ça car elle est l’illustration parfaite de ce qui se passa et se passe durant le covid 19.

Camus n’étant pas visionnaire, il avait juste compris l’âme humaine, les travers de ses contemporains et a réussi à décrire tous les comportements qui ont lieu durant une épidémie, qu’elle soit de peste, de choléra ou de coronavirus…

Bien souvent, les autorités veulent étouffer les choses, tardent à regarder la réalité en face, traînant les pieds, reportant sans cesse les mesures et comme dans la fable de La Cigale et La Fourmi, se trouvent dépourvues lorsque le pic fut venu.

Chez nous, on hurle sur notre ministre de la Santé (Maggie De Block) qui a fait détruire un stock de masques FFP2 car « périmés » et en France, on s’est gaussé de Roselyne Bachelot qui avait commandé trop de masques pour le H1N1…

Camus nous décrit avec force et réalisme les rats qui meurent un peu partout, les gens qui pensent que tout ceci ne durera pas, qui ne craignent rien, sur les autorités qui veulent pas affoler les gens en parlant de « peste brune », sur les mesures prises ensuite et qui font râler la population d’Oran (le confinement dur), sur les médias qui bourrent le crâne après avoir fait silence…

Nous avons aussi toute une galerie de personnages, allant du docteur Rieux qui soigne tout le monde à Jean Tarrou qui nous raconte tout, en passant par Cottard qui, ayant raté son suicide, ne rate pas sa reconversion dans le marché noir.

Ce roman est fort contemporain car toutes les différentes façons de réagir face à la maladie se trouvent regroupées : que ce soit le déni des uns (Trumpinette), le dédain des autres (Boris d’Angleterre), ceux qui magouillent (en vendant du PQ au prix de l’or ? – mais pas dans le roman), ceux qui paniquent, ceux qui veulent prendre la fuite et ceux qui prennent la fuite (j’ai les noms dans la réalité !).

Après toutes ces réactions enflammées et différentes, tout le monde se résigne, courbe l’échine et fait avec…

De plus, durant la lecture, une petite lumière s’allume dans votre esprit et vous vous demandez si c’est vous qui vous faites un film ou cette peste brune sera une analogie de celle qui déferla dans les années 30, celle qui produisait des bruits de bottes, des autodafés, des crimes, des génocides… Bref, le fascisme !

Wiki me répond que je n’ai pas tout à fait tort et que la lutte contre la peste est aussi une lutte pour le fascisme, faisant du docteur un résistant et de Cottard un collabo.

Vous me connaissez et je vous sens suspendu à mes mots, se demandant où diable je vais caser ce foutu « Mais » que vous sentez arriver et qui va tempérer ce début prometteur…

Mais (vous le réclamiez, le voici)… La peste reste un livre difficile à lire, avec peu de dialogues par moment, une ambiance plombée (pas de lockdown fiesta, pas de vidéo marrantes), des descriptions interminables, un ton qui semble froid, distant.

Anybref, Camus et moi ne sommes pas fait pour passer un confinement ensemble. C’est la deuxième fois avec lui et ça ne passe toujours pas. Pourtant, au départ, j’étais emballée, tout allait bien, je la sentais bien, cette lecture, les pages se tournaient toutes seules, en un mot, je le dévorais.

Arrivé un moment, je n’ai plus dévoré mais j’ai senti mon rythme de lecture diminuer, et puis, sans même le vouloir, j’ai surpris mes yeux en train de sauter des paragraphes, des pages, même !

Je pourrai dire que j’ai enfin lu La Peste de Camus mais qu’il ne m’a pas plu et que je n’ai pas eu l’ivresse littéraire, même si ça avait bien commencé…

Apocryphe : René Manzor

Titre : Apocryphe

Auteur : René Manzor
Édition : Calmann-Lévy Noir (03/10/2018)

Résumé :
Jérusalem, an 30. Sous une pluie battante, trois crucifiés bataillent pour que chaque nouvelle inspiration ne soit pas la dernière. Le déluge achève de disperser les quelques spectateurs présents.

Seule une personne reste obstinément sur le Golgotha. Un garçon de sept ans qui a échappé à la surveillance des adultes. Il ne quitte pas des yeux l’homme cloué sur la croix centrale.

Malgré la violence du spectacle auquel il assiste, l’enfant ne pleure pas. Son expression semble même trahir de la rancune envers ce rédempteur qui a tout donné aux autres et si peu à lui.

Son nom est David de Nazareth. Fils du supplicié Yeshua, dit le roi des Juifs.

Sept ans plus tard, au cœur du désert de Judée.

Le jeune David a grandi dans une ferme isolée, élevé par sa mère Mariamné. Lassé de vivre caché, il sent un vent de révolte souffler en lui, qui fait écho aux secousses qui agitent la Palestine, rendue exsangue par deux décennies d’occupation romaine.

Poussé par la volonté de s’émanciper et de prendre part aux bouleversements qui s’amorcent, David s’enfuit, dans le but de rejoindre Jérusalem.

Débute alors pour lui un chemin jalonné de secrets, de trahisons, d’intrigues politiques et de stratégies guerrières, qui le mènera à la découverte d’une vérité soigneusement dissimulée pendant des années, dans le but de le protéger.

Critique :
« Eli, Eli, lama sabachthani » furent les dernières paroles de Jésus, sur sa croix et non pas « Un clou, vite, je glisse » comme je me plais toujours à dire (oui, à une époque, j’aurais fini sur le bûcher pour hérésie blasphématoire).

Traduction de ses mots ? « Mon dieu, mon dieu, pourquoi m’as-tu abandonné », ce qui prouve bien que même Lui a douté et que la crucifixion est une mise à mort barbare et horrible.

En attendant, avec ça, vous avez de la matière culturelle pour briller pour les fêtes de fin d’années (ou à Pâques, au choix).

Il est bon de savoir que la phrase varie selon la langue utilisée et qu’en Araméen, cela donne : « Élôï, élôï, lama sabacthaneï » et que Dieu est aussi écrit « Eloï » et si avec ça vous n’êtes pas le roi de la culture, je veux bien bouffer une huître !

Mais revenons à nos moutons… Si Yeshua (dit Jésus dans nos contrées), tentait un come-back, m’est avis qu’il serait stoppé à la frontière (ou arrêté après avoir tenté de la franchir), serait enfermé et puis remballé fissa dans son pays d’origine… car il n’a rien à voir avec le style européen qu’on nous matraquait « dans le temps ».

Anybref… Ce thriller étiqueté ésotérique ou biblique, je n’y croyais pas de trop, je doutais, comme je fais souvent et puisque je m’interrogeais sur le contenu de ce roman, j’ai fait comme Thomas, l’apôtre, j’ai demandé des preuves et il m’en a été donné par la lecture de ce roman (mais je n’ai pas mis mon doigts dans le trou).

Non, soyez sans crainte, ce thriller historique n’a RIEN à voir avec une resucée (j’adore ce mot) d’un Da Vinci Code ou avec un roman qui voudrait réécrire l’Histoire, vous faire prendre des vessies pour des lanternes ou tout autre chose. On est au-delà de ça, bien au-delà… Ici, on est dans la crème, pas dans la lie !

L’auteur a étudié le sujet avant de le travailler et ce qu’il nous livre, c’est mieux qu’un voyage dans le temps, c’est une véritable plongée dans ce qui fut, après la crucifixion de Yeshua, le début de conversions à un nouveau courant religieux, de baptême et de prêches par les apôtres.

Certains pourraient reprocher que les chapitres courts donnent l’impression de lire un futur film, mais cela ne m’a dérangé aucunement.

Entre nous, j’ai trouvé que ces successions rapides donnaient une vie propre au roman, comme s’il se déroulait devant nos yeux et que nous étions les spectateurs impuissants mais entrainé par les personnages forts, dont certains étaient de vieilles connaissances.

Après lecture, que vous soyez croyant, athée, agnostique ou autre, votre opinion ne sera pas changé car là n’est pas le but de l’auteur, lui, tout ce qu’il veut vous offrir, c’est son travail sur cette époque dont nous savons peu et qui pourtant a eu et a encore une importance énorme dans nos sociétés.

Ce thriller historico-religieux est aussi un roman noir car il nous fait découvrir la vie des Juifs sous l’occupant romain et sa fameuse Pax Romana, l’esclavage, la mendicité, les enjeux politiques, les manipulations de certains, la duplicité et les ronds de jambes des autres, autrement dit « un air de déjà-vu » puisque c’est toujours la même chose partout dans le Monde à toutes les époques.

C’était ma première fois avec René Manzor mais nom de Dieu (oui, j’ose), quelle panard je viens de prendre durant cette lecture passionnante et sans parti pris.

Un coup de cœur en plus pour cette année. J’aimerais vous en dire plus mais j’aurais peur d’en dire trop. De plus, je ne trouve pas mes mots pour vous dire combien j’ai apprécié cette lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

De cauchemar et de feu : Nicolas Lebel [Critique – Défi CannibElfique]

Titre : De cauchemar et de feu

Auteur : Nicolas Lebel
Édition : Marabout (03/05/2017)

Résumé :
Paris, jeudi 24 mars 2016 : à quelques jours du dimanche de Pâques, le cadavre d’un homme d’une soixantaine d’années est retrouvé dans un pub parisien, une balle dans chaque genou, une troisième dans le front.

À l’autopsie, on découvre sur son corps une fresque d’entrelacs celtiques et de slogans nationalistes nord-irlandais. Trois lettres barrent ses épaules : IRA. Le capitaine Mehrlicht fait la grimace.

Enquêter sur un groupe terroriste irlandais en plein état d’urgence ne va pas être une partie de plaisir. D’autant que ce conflit irlandais remonte un peu.

Critique :
Qui a dit que la lecture n’élevait pas l’esprit ? Et bien, j’invite tous ceux-là à ouvrir un roman de Nicolas Lebel afin de comprendre qu’il existe des lectures qui volent plus haut que certaines !

Mais pas sûr que ces gens-là comprendront… Ou alors, ça leur donnera mal à leurs petites pensées étriquées…

Lire un roman de Nicolas Lebel leur collera une migraine de puissance 10 sur l’échelle de Richter. Moi, j’adore et il ne me donne pas mal au crâne avec ses réflexions.

Son commissaire Mehrlicht n’est pas ce que l’on peut appeler un dieu grec (private joke) niveau physique. Il en est même l’opposé, lui qui ressemble à une grenouille qui se serait faite écrasée pas un camion, puis dessécher au soleil et enfin, mâchouillée ensuite par un renard…

Pourtant, c’est toujours un plaisir de retrouver ma petite grenouille fumeuse de Gitane et adepte de bons mots, ainsi que ses deux lieutenants, Latour, la jolie rousse et Dossantos, le bodybuildé adepte de séries et qui connait, pas cœur, le code pénal.

En découvrant un assassiné dans les chiottes d’un pub tenu par un irlandais à Paris, avec deux balles dans chacun des genoux, notre capitaine à la gueule chiffonnée ne pensait pas mettre les pieds dans un bordel pareil et suivre un tueur fou à la trace, suivant les cadavres, ses curieux dessins et ses inscriptions, écrites dans un sabir inconnu de notre flic de choc.

Non, « Na dean maggadh fum » n’est pas une future inscription sur les paquets de clopes. C’est du gaélique et si le conflit irlandais était loin dans votre mémoire, après lecture de ces pages hautement addictives, vous pourrez aller devant Julien Lepers et répondre à ses questions pour un champion tout en fredonnant « Ah ça IRA, ça IRA ».

Nicolas Lebel a cette fois-ci choisi de nous entraîner dans le passé, dans les années 60-70, dans une Irlande séparée, dans une Irlande déchirée, dans une Irlande du Nord en proie à l’envahisseur protestant qui n’est pas un tendre et qui a tout d’un criminel en puissance. La résistance s’organise et elle ne fera pas dans la dentelle non plus.

Alternant les sauts dans le passé et dans le temps, passant de l’Irlande d’hier au Paris d’aujourd’hui, l’auteur, avec sa verve habituelle, nous en donne pour nos sous niveau tension et les réflexions profondes de ses personnages sont aussi douces à l’esprit qu’un cappuccino crémeux l’est pour la gorge en souffrance.

Ça glisse tout seul dans ton cerveau non formaté par les médias et tu te dis qu’il y a encore des personnes qui ont un cerveau et qui savent mettre en page leurs pensées, leurs vérités, la réalité.

Du capitaine Mehrlicht pur jus, sans filtre, sans additifs, sans édulcorant et autres saloperies. Et du capitaine Mehrlicht, tu peux en fumer tant que tu veux, c’est bon pour la santé mentale ! Sauf si t’as pas de cerveau…

Maintenant, je me demande ce que le prochain opus nous réserve parce que notre « rebel » Lebel vient encore de placer la barre très haute avec une enquête qui était très bien menée, travaillée, addictive, intrigante, intéressante et qui, contrairement à ce que je pensais, n’était pas aussi simpliste que je le pensais  !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

Pourquoi je l’ai choisi (Par Stelphique) :

Nous étions impatientes de nous retrouver ma binomette et moi, pour une nouvelle LC spécial Lebel ! Vous le savez, on s’est lancé dans cette saga à deux depuis le tout premier Merlicht, alors on ne change pas une habitude comme ça… Le number 4 sort, on se jette dessus en duo!!!!

Synopsis :

Paris, jeudi 24 mars 2016 : à quelques jours du dimanche de Pâques, le cadavre d’un homme d’une soixantaine d’années est retrouvé dans un pub parisien, une balle dans chaque genou, une troisième dans le front.  À l’autopsie, on découvre sur son corps une fresque d’entrelacs celtiques et de slogans nationalistes nord-irlandais. Trois lettres barrent ses épaules : IRA.

Le capitaine Mehrlicht fait la grimace. Enquêter sur un groupe terroriste irlandais en plein état d’urgence ne va pas être une partie de plaisir. D’autant que ce conflit irlandais remonte un peu.

Dans ce quatrième opus, Nicolas Lebel nous entraîne sur la piste d’un un assassin pyromane, un monstre né dans les années 70 de la violence des affrontements en Irlande du Nord, qui sème incendie, chaos et mort dans son sillage, et revient aujourd’hui rallumer les feux de la discorde à travers la capitale.

Ce que j’ai ressenti :… Un feu de légende, dans un cauchemar réel…

Depuis, que j’ai découvert Monsieur Lebel, je ne peux plus me passer de ses répliques bien senties et de son personnage atypique le capitaine Merlicht !

Toujours le plaisir de me plonger dans ses enquêtes qui fleurent bon les références littéraires et le goût du savoir-vivre! Je suis fan de cet auteur mais…

Dans cet opus, j’ai moins retrouvé toutes les belles envolées de bons mots, j’ai cherché toute la magie qui fait que j’adore lire ses enquêtes, il m’a manqué la petite pétillance qui fait toute la différence…

— Laisse tomber, ce sont des tièdes. Je vomis les tièdes. Juste un trio de quiches ! Des quiches tièdes.

Pour autant, l’auteur nous donne une enquête flamboyante, avec un travail de recherche précis et une mise en lumière d’un conflit brûlant ! C’était très instructif !

En plus, j’ai trouvé cela super intéressant de voir que le terrorisme peut avoir d’autres parallèles, influences et noms,  mais reste toujours  que le fanatisme religieux fait des ravages explosifs dans les esprits, et surtout, qui fait tomber bien des vies…

« Le bon combat est celui qui est engagé au nom de nos rêves. »

Nicolas Lebel nous donne un ressenti de l’intérieur d’une cellule terroriste, il nous dévoile un jeune homme simple qui bascule…

J’ai trouvé cela, très intéressant, puisque ce n’est pas un concept nébuleux d’une simple tuerie, mais tout un engrenage qui conduit à la catastrophe…

Une approche donc plus intime, et un personnage qu’on voit lentement se perdre dans un éclair blanc…

J’ai adoré aussi que la réalité se mélange au folklore, qu’on est, non seulement une approche politique et sociale de l’Irlande mais aussi, une légende imprégnée et furieuse, propre à ses terres…

Le Far Darrig est une créature de cauchemar et de feu.

L’équipe devra jouer avec les timing et les contrecoups pour garder un minimum de cohésion.

En tout cas, je suis impatiente de lire la prochaine enquête, car il semblerait que l’osmose de groupe en est pris un coup, donc cette fin laisse présager quelques évolutions de personnages qui seront sans doute intéressant à découvrir…

Pour autant, avec ma binomette, on reste plus unies que jamais, et le prochain Lebel sera sans doute lu en LC, parce que l’amitié, il n’y a que cela de vrai ! (Je plussoie ! © Cannibal)

Ma note Plaisir de Lecture  7/10

Lien vers la chronique de Stelphique

Le bon fils : Steve Weddle

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Titre : Le bon fils

Auteur : Steve Weddle
Édition : Gallmeister (2016)

Résumé :
À vingt-six ans, Roy Allison retrouve la liberté après dix années de prison. De retour chez lui, il a la ferme intention de devenir un type bien. Pas question de replonger.

Mais dans cette région à la frontière de l’Arkansas et de la Louisiane, la crise économique a fait des ravages, la guerre a brisé des familles et le monde qu’il retrouve part à la dérive.

Alors, à quoi sert de redevenir un bon fils dans ce pays en ruines où seul le crime vous donne encore l’impression d’être en vie ?

Mise en page 1Critique :
Le résumé du livre m’avait attiré irrémédiablement… et puis, c’était un Gallmeister et jusqu’à présent,  je n’avais jamais été déçue par un Gallmeister. Oh, il y en a eu qui m’ont moins plu que d’autres, mais déçue, « moi jamais ! ».

Je vous présente donc le patient zéro… Celui qui est le premier à me décevoir grandement, alors que je misais beaucoup sur lui.

Première surprise, ce n’est pas un roman, mais un recueil de nouvelles qui se croisent, un roman choral, un peu à la manière de « Chienne de vie » de Franck Bill ou de « Les loups à leur porte » de Jeremy Fel.

Alors que j’avais eu un coup de cœur pour ces deux précités et trouvé leur construction super bien foutue, et bien ici, je l’ai trouvée brouillonne.

Composé de 18 histoires qui se croisent et s’entremêlent, ce roman choral qui avait tout d’un grand, est assez difficile à appréhender. Pourtant, j’y étais entrée avec un sourire béat car la première histoire m’avait plu.

Et puis, j’ai pas capté le comment du pourquoi de la seconde, et ensuite,  j’ai perdu pied, je me suis perdue et j’ai balancé le roman avant la fin… Oui, je l’ai abandonné !

Râlant car il avait vraiment tout pour me plaire, d’ailleurs, voyez le menu : des personnages bien typés; des points de vue différents qui restituent bien la triste réalité de l’Arkansas (la patrie de Bill Clinton); un côté rural prononcé; des personnages durement touchés par la crise économique et qui font face, comme ils peuvent, au chômage et à tout son cortège de misères; de la violence qui vire au drame sordide; sans oublier des braquages, des cambriolages et des trafics de drogue en tout genre.

Un roman noir, un « rural noir » avec sa population qui s’enfonce dans la désillusion puisqu’ils n’ont aucun perspective d’avenir agréable. Et s’ils en avaient un peu, le guerre en Irak leur a pris des fils qui s’étaient engagés.

Le personnage pivot de ce roman choral est Roy Allison. La vie n’est pas rose non plus pour lui car le choupinet a tué ses parents lors d’un accident de la route alors qu’il avait consommé de la drogue.

Son passé est comme un cancer qui ne veut pas le lâcher. Difficile de trouver un job quand on lance à la gueule que vous êtes responsable de la mort de vos parents.

Alors comment cela se fesse-t-il qu’avec d’aussi bons ingrédients et une bonne mise en scène des 18 chapitres, on arrive à un désastre pareil dans mon ressenti de lecture et un abandon sur l’autoroute de la lecture ?

La narration confuse, tout simplement ! J’ai eu de la peine à trouver mon chemin dans ces 18 chapitres, eu du mal à trouver la sortie du labyrinthe de l’intrigue.

Et plus j’avançais dans ma lecture, et plus ma confusion augmentait à chaque fois que je tournais un page, rendant ma lecture tellement laborieuse que j’ai baissé les bras et écouté la petite voix dans ma tête qui m’incitait à abandonner purement et simplement ma lecture.

Dommage, il y avait de la qualité dans l’écriture, de la profondeur dans certaines histoires, des personnages et des paragraphes qui reflétaient bien le marasme économique de l’Arkansas mais le tout était mal cuisiné et le plat final est un roman choral qui m’a déçu.

Fallait bien que ça arrive un jour, mais cela ne m’empêchera pas de continuer de lire ou de me jeter sur les romans publiés chez Gallmeister, et ce, quelque soit la collection.

Étoile 2

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Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), Une année avec Gallmeister : les 10 ans chez LeaTouchBook et le Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

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La Mouche du coche : Donald Westlake

Titre : La Mouche du coche                                      big_4

Auteur : Donald Westlake
Édition : Payot et Rivages (2004) pour la nouvelle traduction intégral
Première publication : The Busy Body (1966)
Publié en français sous : Les Cordons du poêle – Série noire n°1068 (1966)

Résumé :
Aloysius Eugene Engel est entré dans la mafia pour suivre les traces de son père et en révolte contre sa mère qui voulait lui faire faire des études.

Par accident, il est devenu le bras droit du caïd Nick Rovito. Ce qui implique des besognes souvent terre à terre, comme porter le cercueil d’un collègue nommé Charlie.

Mais la journée n’est pas finie que Nick ordonne à Aloysius d’aller déterrer Charlie. En effet, ce dernier a été enseveli avec sa veste bleue, dont les coutures regorgent… d’héroïne !

Violer un cimetière en pleine nuit n’est pas une partie de plaisir. D’autant plus que le cercueil est vide et que le cadavre s’est envolé…

Petit Plus : Publié à la Série noire sous le titre Les cordons du poêle dans une version tronquée, ce cocktail d’action et d’humour est aujourd’hui disponible dans une traduction révisée et complétée.

Critique : 
Lire un Westlake est toujours un plaisir, même si ce n’est pas un avec le cambrioleur malchanceux Dortmunder.

New-York, années 60. Nous voici dans une Organisation qui a tout de la Mafia…

Alyosius Engel est devenu le bras droit du patron de l’organisation, Nick Rovito. C’est un peu par accident qu’Al est devenu le bras droit parce qu’il a tout du bras gauche.

Voilà que notre pauvre Al est chargé par son boss d’aller déterrer le corps d’un membre de l’organisation, Charlie Brody. Pourquoi ? Parce que ce passeur a été enterré dans son complet bleu, celui dont les doublures contiennent pour 250.000$ de Blanche !

Pas de bol, le cercueil est vide ! Plus de corps, plus de complet, plus de Blanche et les emmerdes vont commencer pour ce pauvre Al qui va avoir des journées fort chargées !

Si vous aimez l’humour noir et les situations cocasses, ce roman est fait pour vous car Al Engel a tout d’un Dortmunder : il ne tue pas, il lui arrive des tas de trucs, il se retrouve dans des situations qu’il n’a pas voulu et à l’impression que tout va de travers.

Il a beau être un truand, Al est un personnage que l’on aime d’entrée de jeu. Le pauvre, il a été un peu trop étouffé par sa mère, limite castratrice et s’il a tout fait pour entrer dans l’Organisation, c’était pour faire plaisir à son père et aller contre sa mère. Maintenant, la voilà toute fière que son gamin soit un homme important de l’Organisation.

Al Engel a beau n’avoir rien d’un Sherlock Holmes lorsqu’il mène son enquête sur le cercueil vide, il arrivera tout de même à remonter la piste du cadavre et du gros soucis qui lui est tombé dessus en prime.

La plume de Westlake fait mouche, une fois de plus, nous donnant des petits traits d’humour durant le déroulement du récit et nous proposant des personnages bien campés.

De plus, c’est une version non caviardée que nous propose Payot & Rivages, au contraire de la version de la Série Noire qui était tronquée (et parue sous le titre de « Les cordons du poêle »).

Tout ça pour vous dire que c’était un pur moment de jouissance littéraire. Comme toujours avec Westlake.

La minute de culture : Autrefois, tenir les cordons du poêle, c’était tenir les cordons reliés au drap funéraire qui recouvrait le cercueil. Car le « poêle », entre autres significations, désigne aussi le drap mortuaire ou la grande pièce de tissu noir ou blanc dont on couvrait le cercueil pendant les cérémonies funèbres. Il disposait auparavant de cordons généralement cousus aux coins et sur les bords, cordons qui, alors que le cercueil était amené à l’autel pour la cérémonie funèbre, étaient tenus par des proches ou membres de la famille, ou des personnes de haut rang, selon le défunt.

Aujourd’hui, même si on ne tient plus les cordons, on dit toujours de ceux qui marchent près du cercueil qu’ils tiennent les cordons du poêle.

La mouche du coche désigne quelqu’un qui s’agite beaucoup sans rendre de réels services ou qui est empressé inutilement.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et « Le Mois Américain » chez Titine.

CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016 CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014