Le Loup des Cordeliers : Henri Loevenbruck [LC avec Bianca]

Titre : Le Loup des Cordeliers

Auteur : Henri Loevenbruck
Édition : XO (2019)

Résumé :
Mai 1789, un vent de révolte souffle sur Paris.

Gabriel Joly, jeune provincial ambitieux, monte à la capitale où il rêve de devenir le plus grand journaliste de son temps. un enquêteur déterminé à faire la lumière sur les mystères de cette période tourmentée.

Son premier défi : démasquer le Loup des Cordeliers, cet étrange justicier qui tient un loup en laisse et, la nuit, commet de sanglants assassinats pour protéger des femmes dans les rues de Paris…

Les investigations de Gabriel Joly le conduisent alors sur la route des grands acteurs de la Révolution qui commence : Danton, Desmoulins, Mirabeau, Robespierre, personnages dont on découvre l’ambition, le caractère, les plans secrets.

Alors que, le 14 juillet, un homme s’échappe discrètement de la Bastille, Gabriel Joly va-t-il découvrir l’identité véritable du Loup des Cordeliers, et mettre au jour l’un des plus grands complots de la Révolution française ?

UN ENQUÊTEUR REDOUTABLE

Une fresque magistrale des premiers jours de la révolution.

Critique :
— C’est une révolte ?
— Non, Sire, c’est une révolution !

Évidemment, à ce moment-là, personne ne pensait que Louis XVI et Marie-Antoinette perdraient un jour la tête (comme bien d’autres).

Le loup des Cordeliers m’a pris dans ses crocs directement, après quelques lignes. J’étais dans le roman, accrochée aux pages, la bouche ouverte de contentement (honni soit qui mal y pense).

Génial, me suis-je dis, j’allais pouvoir vivre la Révolution de 1789 de l’intérieur ! C’est tout de même assez violent de faire la révolution, la nôtre, en 1830, fut plus calme.

L’auteur a évité tout manichéisme en faisant du peuple qui se révolte le Bon, les Nobles les Méchants et la royauté les Truands… Vous aurez sans doute constaté, tout comme moi, que les révoltés se comportent très vite aussi mal que ceux qui étaient au pouvoir et qu’il ne faut pas beaucoup de temps pour qu’ils copient tous leurs travers.

Ce que j’ai aimé, dans ce récit, c’est que le côté Historique ne bouffe pas le côté enquête mais y soit intégré de manière harmonieuse. J’ai appris des choses, j’ai fait la révolution et cela ne m’a pas semblé insipide ou assommant comme un cours d’Histoire, mais vivant.

Les personnages sont bien campés, réalistes, les fictifs croisant les réels et notre jeune journaliste enquêteur, Gabriel (♫ tu brûles mon esprit, ton amour étrangle ma vie ♪ – je n’ai pas pu résister), doit être un ascendant de Sherlock Holmes car il possède, comme lui, des dons de déduction. Très utile dans la vie et pour son enquête aux côtés d’un ancien pirate (que j’ai adoré aussi).

Notre Gabriel Joly aimerait faire de vrai journalisme et non s’occuper des programmes des spectacles. Lui rêve de raconter les faits depuis l’intérieur de la révolution, dire ce qu’il se passe sans mentir, mais ça fake news de tous les côtés alors qu’il n’y a pas réseaux sociaux, juste des gens qui parlent sans savoir. ♫ Non, non, rien n’a changé ♪

Un polar historique qui mélange habillement l’Histoire et une enquête, sans jamais être rébarbatif ou donneur de leçons, qui vous fait vivre la révolution de l’intérieur, comme si vous aviez le pouvoir d’être avec le peuple mais aussi en compagnie des autres, les nobles et tout ce qui gravite autour de la personne du roi.

Un roman qui vous décrit les rues de Paris comme si vous y étiez, les petits estaminets, les bouges infâmes, les ruelles pavées. Un roman qui vous fera côtoyer les brigands, les pirates et puis le beau linge de la France d’en haut, vous faisant passer de l’un à l’autre sans que cela ne vous choque.

Un excellent roman qui se dévore, bourré de mystères et de suspense, le tout porté par une écriture simple mais jamais simpliste. Une belle réussite, tout simplement.

Une LC réussie avec ma copinaute Bianca qui a adoré ce récit d’aventure révolutionnaire autant que moi.

PS : Ce roman est à suivre, je ne le savais pas en le commençant. Pas un gros problème pour nous deux puisque la suite arrivera bientôt, mais je trouve ça un peu cavalier que la maison d’édition XO n’ait pas signalé sur le roman que c’était en deux tomes… La surprise est de taille lorsqu’on arrive au bout et qu’on ne le sait pas, c’est frustrant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°101].

L’aventurier du Rio Grande : Tom Lea

Titre : L’aventurier du Rio Grande

Auteur : Tom Lea
Édition : Actes Sud L’Ouest, le vrai (10/06/2015)
Édition Originale : The Wonderful Country (1952)
Traduction : Arthur Lochmann

Résumé :
Martin Brady, jeune Américain, se cache depuis son adolescence au Mexique après avoir tué l’assassin de son père.

Pistolero au service de deux frères mexicains riches et voyous, sa vie bascule quand une blessure le retient à Puerto, ville américaine (Texas) jouxtant le Mexique.

Au moment où les luttes de pouvoir des deux côtés de la frontière se déchaîneront, Brady, éternel étranger, sera tiraillé entre les belligérants et aura des décisions importantes à prendre.

Un roman juste, quasi historique sur les deux cultures qui s’affrontent, riche en suspens et en émotion, mais aussi enchanteur par ses descriptions de paysages époustouflants.

Critique :
Martin Brady est un déraciné, étranger au Mexique et étranger aux États-Unis. Toujours le cul entre deux chaises, sans vraiment savoir où est son peuple et où se trouve sa terre.

Martin est un Américain, pourtant, mais après la mort de son père, il est passé au Mexique  car il avait été recueilli par une famille là-bas.

Après 14 ans passé au Mexique, il a tout d’un homme de là-bas et au départ, les Américains le prennent pour un mexicain.

Pour sa part, Martin Brady n’était pas certain d’avoir envie de voir des gringos. Mais il savait qu’il en verrait ce jour-là. Tout au long de cette remontée vers le nord, vingt-six jours de route avec les bœufs et le lourd minerai – et bien avant encore –, il avait pensé au moment où il se retrouverait à nouveau de l’autre côté du fleuve. Il y avait pensé pendant des années. Quand le patrón lui avait dit d’emmener le minerai dans le Nord, il n’avait pas renâclé. Il voulait savoir à quoi ça ressemblait. Maintenant, il y était presque.

Ce roman alterne les moments calmes, propices à notre Martin Brady pour se livrer à de l’introspection (il vient de se casser la jambe) et des moments Aventures avec un grand A.

Cherchant une paix intérieure qu’il ne trouve pas, notre homme, à la fois peone, pistoleros, vacher, vaquero, cow-boys, homme à tout faire pour le clan des Castro (Cipriano & Marcos), notre hombre offre son amitié et ses états d’âme à son bel étalon noir andalou, Làgrimas (« Larme » en mexicain).

Tom Lea nous décrit superbement bien ces terres où le vent souffle, charriant de la poussière et du sable, ces terres hostiles, désertiques, où les Apaches font des incursions meurtrières.

Les paysages, tels qu’il les décrit, donnent la sensation au lecteur d’y être et de chevaucher au côté des Tuniques Bleues ou de notre pistoleros qui a tout du ténébreux sans pour autant être une brute sanguinaire assoiffée de sang.

Une heure avant le jour, le vent se leva et balaya le désert, déplaçant le sable, changeant les formes des dunes sous les sombres mesquites. Il soufflait sur les plateaux nus, depuis les derniers rochers au sommet des montagnes jusqu’au fleuve qui, dans le fond du désert, s’écoulait vers le sud par un col dont les flancs à pic enserraient son cours. Sous le col, le vent suivait l’eau jusque dans une vallée où il rencontrait les habitations d’une ville isolée qui dormait encore entre les arbres et les champs labourés.

Pour nous parler de la politique, qu’elle soit du côté des Américains ou des Mexicains, l’auteur donne la parole à des personnages secondaires, des piliers de bar, des alcooliques, des gens pratiquant la radio cancan, des militaires, des paysans ou des éleveurs.

Tout était dit, il n’en fallait pas plus pour comprendre le bordel qu’il y avait au Mexique avec la prise de pouvoir des Castro brothers. Heu, des Castro hermanos !

Ce western est lent, presque paresseux dans sa première partie, et pourtant, je n’ai pas ressenti de l’ennui tant le panel des personnages était large, bien fait, apportant chacun une pierre à l’édifice de cette petite ville frontalière qu’est Puerto, nous la faisant vivre de l’intérieur comme si nous étions.

Ce western se déguste lentement, sans précipitations, car il nous montre un homme tiraillé entre deux cultures, entre deux peuples, un homme qui a bossé pour les mauvaises personnes, qui aimerait se poser un peu et quand enfin ça arrive, bardaf, il doit repartir sur les routes car tel est son devoir.

Un western assez introspectif dans sa première partie, un personnage principal tourmenté, attachant, sympathique, déraciné, un homme de parole et d’honneur qui ne sait pas encore où est sa place, qui est à la recherche d’une certaine paix intérieure et qui nous fait voir son monde, des deux côtés de la frontière, à travers de son regard désabusé.

Pour se coucher moins bête : Ce roman a été adapté au cinéma (1959) par Robert Parrish, avec Robert Mitchum dans le rôle titre. Il n’avait pas été épargné par les critiques et le réalisateur avait ajouté une histoire d’amour dans le film.

PS : par contre, monsieur Tom Lea, il y a une chose dont vous auriez pu m’épargner à la fin de votre beau western… Désolé, mais ÇA NE SE FAIT PAS !!!! (j’en pleure encore). Si vous n’étiez déjà point décédé, vous auriez fini sur ma kill-list avec les Norek, Minier et autres auteurs qui…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°51], le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°28].

 

Inspecteur Pekkala – T01 – L’oeil du Tsar Rouge : Sam Eastland

Titre : Inspecteur Pekkala – T01 – L’oeil du Tsar Rouge

Auteur : Sam Eastland
Édition : Pocket (2011)
Édition Originale : Eye of the Red Tsar (2010)
Traduction : David Fauquemberg

Résumé :
1929, Sibérie. Staline en personne a ordonné la libération du prisonnier 4745-P. Le jeune commissaire Kirov ne se doute pas qu’il vient d’extirper du goulag une véritable légende : l’inspecteur Pekkala, « L’Oeil d’Emeraude », un homme au-dessus de tous les pouvoirs, ne répondant qu’au tsar et dont la loyauté à la Couronne a entraîné la perte.

Si Staline a rappelé son pire ennemi à son côté, c’est que nul autre ne peut résoudre une énigme qui pourrait receler une bombe politique : que sont devenues les dépouilles des Romanov ? L’un des enfants du tsar aurait-il échappé à la colère des bolcheviks ?

Critique :
Sibérie, 1929… Ça caille et pourtant, un prisonnier du goulag marque les arbres à l’aide de ses mains trempées dans la peinture.

Le prisonnier 4745-P n’a pas grand-chose sur le dos et pourtant, il résiste à ce froid, à cette vie frugale, quand nous serions déjà transformé en glaçon.

Pour ceux et celles qui suivent, j’adore la Russie en littérature et si le récit se déroule durant l’époque des Romanov de la révolution, de la guerre, du communisme, cela m’intéresse.

Ici, j’ai été servie et bien servie car le récit s’articule sur deux périodes : celle des Romanov et de leur assassinat et celle de 1929.

L’auteur a été bien inspiré d’alterner les récits fait des souvenirs de l’inspecteur Pekkala (sa jeunesse, son ascension, la chute des Romanov) et sa vie de maintenant, au goulag, avant de reprendre du collier pour une enquête sur les meurtres des Romanov.

Malgré tout, Pekkala reste un personnage mystérieux qui se dévoile peu. Il baigne dans une aura de mystère et c’est ce qui le rend encore plus intéressant. L’auteur, au travers des souvenirs de Pekkala, en profitera pour nous montrer la Russie sous toutes ses coutures et l’Histoire dans l’histoire, c’était passionnant.

Mêlant fiction et Histoire, ce thriller est dynamique, sans pour autant partir dans tous les sens ou à un rythme Da Vinci Code, heureusement. Le récit est réaliste, crédible, intriguant et on aimerait croire à cette histoire… L’auteur, dans la postface, nous expliquera ce qui est réalité et ce qui est fiction.

Évitant l’écueil du manichéisme, l’auteur ne sombre jamais dans les jugements faciles mais place ses lecteurs devant des faits et à eux d’en penser ce qu’ils veulent. Il nous conte une histoire, nous parle de l’Histoire et si on a un cerveau, on sait que les ennemis d’hier peuvent devenir les employeurs de demain.

Un thriller historique bien écrit, aux ambiances russes, à cheval entre des époques importantes dans la Russie : la fin des Romanov, la révolution, la guerre entre les Rouges et les Blancs, l’avènement du communisme, du camarade Staline de sinistre mémoire et des goulags.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°285 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

Un parfum de mort : Andrew Taylor [LC avec Bianca]

Titre : Un parfum de mort

Auteur : Andrew Taylor
Édition : City (31/08/2016) / France Loisirs (2019)
Édition Originale : The scent of death (2013)
Traduction : Paloma Desoille

Résumé :
Août 1778, à New York. Un gentilhomme est poignardé en pleine rue. La victime est un officier criblé de dettes et amateur de jeux de hasard et d’argent.

Dans une ville en construction, melting-pot de soldats, de traîtres et de rebelles, la justice est sommaire et expéditive. Un vagabond est arrêté et pendu.

Mais l’homme de loi Edward Savill, trouve que les choses sont allées un peu vite en besogne. Il s’interroge sur les liens entre la victime, le vieux juge Wintour, sa femme malade et leur énigmatique fille.

Ce que cette famille a perdu en richesse, elle semble l’avoir gagné en secrets… Dans cette nouvelle Amérique au parfum de mort, tout s’achète et tout se vend. Même l’honneur et la respectabilité.

Critique :
Il est toujours bon de voyager dans le temps et l’espace en allant à New-York en 1778 pour tomber en pleine guerre d’Indépendance.

Ça fait un peu bizarre d’entendre les américains être qualifiés de rebelles mais puisque nous nous trouvions dans le camp des Anglais, il était normal que les belligérants soient traités de rebelles.

Les pensées et le mode de vie de cette époque sont très bien retranscrits, notamment le racisme ambiant, où les Noirs, esclaves, avaient moins de droit qu’un chien mort et dépendaient du bon vouloir de leur propriétaire.

Propriétaires qui pensaient que leurs esclaves ne rêvaient pas de liberté et que ces derniers ne l’auraient pas acceptée, même sur un plateau d’argent. Normal, qu’auraient-ils eu à gagner à se retrouver dans la rue ? Méprisés par les Blancs, sans emploi.

Lorsque l’on a passé sa vie en esclavage, je suppose que l’on souffre du syndrome dit « de la cabane » et la liberté fait peur, comme après un confinement.

Gaffe si vous faites partie de ces imbéciles sans cervelle qui ont décidé de mettre des films ou des romans parlant de racisme, de guerre de Sécession ou autres, à l’index. Vous pourriez avaler de travers car pour coller à la réalité de l’époque, l’auteur n’allait pas faire dire à un Blanc propriétaire d’esclaves, en parlant de l’un d’eux : « Monsieur mon employé de maison payé plus que correctement et syndiqué ».

Pas de mélange de classes non plus. On ne se marie pas sous sa condition. La femme n’a que le droit de se taire et de pondre.

Une fois de plus, tous les ingrédients étaient réunis dans les décors et la trame pour me faire passer un bon moment et je suis passée pile juste à côté ! Pas de très loin, mais à côté tout de même.

Aucun personnage ne m’a vraiment emballé, j’ai trouvé le récit lent, long, fastidieux, me donnant l’impression que nous tournions en rond, comme un chien après sa queue. À la différence que, contrairement au chien, je n’ai pas réussi à attraper la queue dans ce récit.

Sans ma LC avec Bianca, il aurait réintégré fissa mes étagères de biblio mais là, j’ai un peu persévéré, pensant que ça irait mieux après. Comme mes symptômes d’ennui persistaient, j’ai appuyé sur l’avance rapide des pages et je les ai tournées jusqu’à ce que j’arrive à un endroit qui me convenait mieux.

Le final m’a apporté un peu plus de bonheur littéraire, mais vu où je me situais avant, ce n’était pas difficile de faire mieux.

Une LC en super demi-teinte pour moi alors, que, de son côté, Bianca a bien aimé. Hé oui, de temps en temps, nous ne sommes pas raccord sur nos impressions de lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°280 et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

Il pleut sur Managua : Sergio Ramirez

Titre : Il pleut sur Managua

Auteur : Sergio Ramirez
Édition : Métailié (2011)
Édition Originale : El cielo llora por mí (2009)
Traduction : Roland Faye

Résumé :
Entre deux orages, Managua est traversée par des processions religieuses délirantes, des manifs de toubibs, des embouteillages monstres, au milieu des ruines du tremblement de terre de 1972, des bidonvilles et des quartiers chics.

La guérilla est loin désormais, on inaugure en grande pompe des stations-services rutilantes et les évangélistes vendent du savon miracle.

Les anciens guérilleros sont devenus flics, bandits, notables, employés, les trahisons vont bon train, et les narcos courent toujours.

Ce jour-là la Vierge de Fatima entre dans la ville, au son d’un orchestre de chicheros, escortée par les officiers de la police nicaraguayenne.

L’inspecteur Morales regarde la scène de son bureau de la plaza del Sol. Il est chargé d’enquêter sur un yacht abandonné à Laguna de Perlas, sans doute une histoire de narcos, et pas des moindres.

Flanqué d’un lieutenant cynique et d’une ex-guérillera coriace devenue femme de ménage, il traque les coupables avec sa Lada bleue et son P38 sur fond de chaos social et politique.

Ce polar féroce nous plonge dans une société désabusée qui ne sait plus à quel saint se vouer ; l’auteur multiplie les personnages hauts en couleur et les histoires troubles en maniant avec talent l’humour vache et la satire sociale.

Critique :
Le Nicaragua n’avait pas encore été tamponné sur mon passeport de lectrice endiablée et un Mois Espagnol & Sud Américain (chez ma copinaute Sharon) est une excellente occasion pour voyager confiné !

Nous sommes face à un polar, noir, bien entendu, il ne saurait en être autrement dans un pays qui a connu la guérilla et où les anciens guérilleros sont devenus flics, ou bandits, ou bien notables, employés aussi ou femme de ménage.

On se recycle où on peut, on garde son surnom de guerre et il n’est pas facile quand deux personnages se sont connus dans la guérilla et sont maintenant chacun à l’opposé l’un de l’autre (un flic et un voyou en col blanc).

L’inspecteur Morales est un ancien guérillero rattaché à la brigade des stups, souvent en contact avec les agents de la DEA et l’auteur nous fait bien comprendre que les gringos ne sont pas vus avec des yeux de velours car les Américains étant des gros consommateurs de drogues, leur pays est une plaque tournante pour tous ces produits qui se sniffent, s’injectent, se fument…

L’inspecteur Morales, c’est la nonchalance d’un Derrick avec la libido de Siffredi, sans les éclairs de clairvoyance d’un Columbo ! Ok, je force un peu le trait, mais il a des maîtresses et n’hésite pas à se farcir un témoin, mère de la victime et à draguer une infirmière peu après.

Et on ne peut pas dire que Morales courre partout comme un Jack Bauer, surtout qu’il a une patte folle. Ni qu’il a une équipe de flic de choc pour l’aider puisqu’il va se faire aider par Dona Sofia, la femme de ménage du commissariat (ancienne de la guérilla aussi) et Fanny, sa maîtresse… C’est vous dire comment ça bosse à Managua !

Durant l’enquête, l’auteur va nous brosser un portrait du Nicaragua, de la ville de Managua, de ses blessures, ses fêlures due aux guérillas et au tremblement de terre, de la corruption, le tout entrecoupé des vannes de nos deux flics, Morales et Lord Dixon, son pote policier qui enquêtera à ses côtés.

C’est une plume cynique que l’auteur utilise pour nous parler de son pays, de ces habitants, de ces mœurs, des paysages, des bidonvilles, des maisons huppées, des cartels de drogue, des flics corrompus, dans les hautes sphères. Une satire sociale assez grinçante où il vaut mieux éviter de se perdre dans tous les personnages aux multiples noms et surnoms.

À un moment donné, le récit semble s’enliser dans un banc de sable et là, j’ai ramé un peu pour continuer l’histoire qui, juste après, est repartie de plus belle.

Un roman noir à découvrir pour en savoir un peu plus sur un pays à genou, sur une révolution – caramba – encore ratée, sur une société fracturée entre pauvres et riches, pour découvrir un roman sociétal, sans fard ni mascara pour couvrir cette misère que d’autres ne voudraient pas voir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°223 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 09].

 

 

Le soleil rouge du tsar : Violette Cabesos [LC Bianca]

Titre : Le soleil rouge du tsar

Auteur : Violette Cabesos
Édition : Albin Michel (29/02/2020)

Résumé :
Milena, petite-fille de Russes blancs, a une passion : les trésors perdus de la Russie des tsars. Alors qu’elle s’apprête à partir pour Saint-Pétersbourg où une cache datant de 1917 vient d’être découverte, elle apprend que sa maison de Nice a été saccagée.

Sur les murs, d’énigmatiques vers slaves, probablement des références codées à Vladimir le Grand, fondateur de la Sainte Russie.

Un siècle auparavant, Vera, ballerine du théâtre Marrinsky, est déchirée entre les faveurs d’un grand-duc, son amour pour un poète anarchiste, et un brûlant secret d’État dont sa famille est dépositaire.
Au-delà du temps et des frontières, une mystérieuse et terrifiante malédiction semble lier ces deux femmes. Faut-il y croire ? Comment ne pas y succomber ?

Au fil d’un suspense historique, Violette Cabesos nous plonge dans les méandres de la Russie éternelle, sur les traces des Romanov, de Raspoutine et d’obscurs espions du FSB.

Critique :
Sans ma copinaute Bianca pour me le proposer en Lecture Commune, jamais je n’aurais pensé à lire ce roman puisque j’en avais des plus urgents dans ma PAL…

Mais voilà, je n’ai pas résisté plus d’une seconde dès que j’ai vu le titre : nous allions aller en Russie !

La Russie, c’est un pays que j’aime (mais pas ses gouvernants) et en littérature, c’est un péché mignon, surtout si on a un côté politique.

Là, j’ai été plus que servie car l’auteur nous propose un récit ancré dans deux époques : le premier en France, de nos jours et le second en Russie, couvrant la période allant de 1898 à 1919.

Ma préférence est allée directement au récit du journal intime de Vera Semionovna Mychkina, jeune russe, ballerine du théâtre Mariinsky qui a fréquenté Bimbo qui n’est rien de moins que Nicolas Mikhaïlovitch Romanov !

Dès le départ, on plonge dans le mystère, on apprend que la famille Mychkine est gardienne d’un secret qu’il ne faut dévoiler à personne.

Je rassure tout le monde : vu que ce fameux secret, la famille en est la gardienne depuis la mort mystérieuse de l’empereur Alexandre Ier, il n’y a aucune chance que ce soit un secret ayant trait au fait que Anastasia aurait survécu à ses exécuteurs et qu’elle ait ensuite signé un contrat avec Disney ! Ouf.

Les alternances passé/présent sont toujours frustrantes : lorsqu’on est dans la Russie du Tsar Nicolas (qui n’en sortira pas grandi, son épouse non plus), on apprécie le côté historique du récit, même romancé, car on sent que derrière, il a eu du travail, des recherches. C’est intéressant, instructif et l’écriture de l’auteure nous donne l’impression que nous sommes aux côtés de Vera, personnage à laquelle je me suis attachée de suite.

Ensuite, lorsqu’on la quitte pour revenir au présent avec l’enquête de Milena, il y a frustration, bien entendu, vite dissipée par les aventures de notre héroïne qui se trouve face à des énigmes et des problèmes à ne plus en finir.

Addictif ce genre de construction et toujours frustrant. J’adore ce genre de frustration car le mystère reste épais, caché et ça fait travailler mes petites cellules grises (qui, pour le coup, n’ont pas vu venir grand-chose, hormis un traître qui n’en était pas vraiment un et un autre traître qui en fait n’en était pas un).

Oublions mes problèmes de suspicion mal placée et revenons aux personnages… La famille de Milena a toujours un pied dans le passé, ressassant sans cesse les souffrances vécues par l’exil des Russes Blancs ayant quitté la Russie lors de la prise de pouvoir de Lenine et Milena a du mal avec ce postulat tout en ayant un problème avec l’alcool.

Un roman policier historique avec un ancrage dans le présent, des mystères, un peu de « fantastique » avec une tante qui croit à des tas de choses, une malédiction, de l’Histoire, une révolution, des meurtres, des exil qui laissent des blessures profondes, des trahisons, des secrets de famille, du suspense, bref, un cocktail des plus copieux pour qu’on le sirote sans modération mais avec délectation.

Merci à Bianca de m’avoir proposée cette LC imprévue. Elle a eu du flair. Elle connait aussi mes péchés mignons et la Russie en fait partie. Nous avons passé toutes deux un bon moment de lecture, appréciant aussi le récit dans le passé.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°220.

Les amis de Pancho villa : Léonard Chemineau & James Carlos Blake

Titre : Les amis de Pancho villa

Scénariste : Léonard Chemineau (d’après le roman de James Carlos Blake)
Dessinateur : Léonard Chemineau

Édition : Rivages/Casterman/Noir (14/03/2012)

Résumé :
Quoi de mieux pour narrer l’épopée de la révolution mexicaine que de se mettre dans la peau de Rodolfo Fierro, le plus fidèle et irréductible compagnon de Pancho Villa ?

À travers son récit, c’est l’histoire chaotique du Mexique au début du XXe siècle qui défile. L’odyssée grandiose et pitoyable de ces révolutionnaires à la fois idéalistes et cruels.

Entre faits et fiction, une vision très noire, d’où émergent des moments d’authentique grandeur, le dévouement et le courage d’hommes sans mesure, qui embrassent la vie et la mort avec la même fougue. Une réflexion sur le sens de l’action révolutionnaire.

Critique :
Dans des mots croisés sadiques, à la définition de « Villa célèbre », il fallait répondre « Pancho »… Oui, c’étaient des mots croisés de sadiques.

Pancho Villa, cet homme que je ne connais pas. C’était donc l’occasion d’aller me coucher moins bête, tout en fournissant une chronique de plus pour le Mois Espagnol où je n’ai guère brillé, cette année.

— La révolution, c’est comme une bicyclette, quand elle n’avance plus, elle tombe.
— Eddy Merck ?
— Non, Che Guevara !

Ah ça, pour faire la évolution, ils l’ont faite… Mais à quel prix ? Celui de la barbarie, celui où l’on tue tout ce qui ne nous plait pas, tout ce qui nous gêne, ou juste pour prouver qu’on est un homme et donc, un tue le premier type qui passe, même si c’est une connaissance.

Je le dis d’emblée, je n’ai pas aimé les dessins de cette bédé, ni les couleurs, pourtant dans les tons chauds. Encore moins les personnages, mais c’est accessoire, vu les actes qu’ils commettent (pillages, vols, viols, assassinats,…).

Évidemment, le récit est cru, sans fard, sans édulcorants. La révolution passera aussi par des magouilles, par des alliances, par des traîtrises.

Moi, je me méfie toujours des personnes qui veulent délivrer des populations opprimées… Au départ, on tue des méchants, comme le fit Daenerys dans GOT et puis ensuite, à force de traquer des monstres, on court toujours le risque d’en devenir un sois-même et de tout faire pour que l’état de guerre ou de révolution continue.

C’est bien démontré dans ces pages. Et puis, lorsque le chaos règne, la loi est absente, la loi, c’est eux, c’est moi. No rules, autrement dit, pas de règles, si ce n’est celle du plus fort.

La révolution nous a donné des armes, les meilleurs chevaux, des bottes, des vêtements et des chapeaux texans. A manger et à boire autant que nous voulions. Elle nous a fait voir du pays, elle nous a donné de l’or et des femmes, partout… Mais surtout elle nous a donné la liberté.

Si c’est vraiment fini, ça va être le retour de la loi, du papier, des directeurs, des tribunaux, des prisons, de toute cette merde.

Pour cela, je dois dire que l’auteur le retranscrit bien dans ses dessins, dans les dialogues, dans les actions des révolutionnaires. Mais il faut dire aussi qu’il met en scène un roman de James Carlos Black…

Tant pis pour moi, je n’ai pas adhéré, pas aimé, mais c’est ainsi. Les dessins, c’est une histoire de goûts et de couleurs. On aime ou on n’aime pas. Il m’est déjà arrivé de détester des dessins mais d’apprécier le récit, le scénario, mais dans ce cas-ci, je suis passée à côté de tout.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le moi espagnol 2019 chez Sharon (Mai 2019).

Power : Michaël Mention

Titre : Power

Auteur : Michaël Mention
Édition : Stéphane Marsan (04/04/2018)

Résumé :
« Ici, comme dans les autres ghettos, pas d’artifice à la Marilyn, ni de mythe à la Kennedy. Ici, c’est la réalité. Celle qui macère, mendie et crève. »

1965. Enlisés au Vietnam, les États-Unis traversent une crise sans précédent : manifestations, émeutes, explosion des violences policières. Vingt millions d’Afro-Américains sont chaque jour livrés à eux-mêmes, discriminés, harcelés.

Après l’assassinat de Malcolm X, la communauté noire se déchire entre la haine et la non-violence prônée par Martin Luther King, quand surgit le Black Panther Party : l’organisation défie l’Amérique raciste, armant ses milliers de militants et subvenant aux besoins des ghettos.

Une véritable révolution se profile.

Le gouvernement déclare alors la guerre aux Black Panthers, une guerre impitoyable qui va bouleverser les vies de Charlene, jeune militante, Neil, officier de police, et Tyrone, infiltré par le FBI.

Personne ne sera épargné, à l’image du pays, happé par le chaos des sixties. Un roman puissant et viscéral, plus que jamais d’actualité.

Critique :
Les États-Unis, peuplé en masse par des descendants d’immigrés est une terre d’asile, d’accueil, de droits pour tous et toutes !

STOP ! On rembobine la bande : vu son origine, elle aurait dû être une terre d’asile, d’accueil, de droits pour tous et toutes… J’ai le droit d’avoir un rêve.

Pour ceux et celles qui rêvent encore éveillés, je leur suggère de lire le dernier roman de Mention. Les racistes crasses de tous poils devraient aussi le lire, mais ils risqueraient de ne pas vouloir comprendre car ces personnes sont accrochées à leurs idées comme une moule à son rocher et ne verrait dans la réalité que de la propagande.

Et puis, 452 pages, se serait trop dur à lire pour ces personnes que je connais (on choisit pas sa famille, même si se sont des pièces rapportées) et qui me font souvent soupirer dans ma tête.

Michaël Mention a fait fort ! Documenté à mort, à fond, sa plume trempée dans l’acide, il m’a fait assister à l’assassinat de Malcom X, vivre celui de Martin Luther King, celui de Kennedy (Robert, pas John), j’ai foulé la moquette du bureau de ce parano de Hoover, appris les meurtres du Zodiac et vu la scène de crime de Sharon Tate…

Je me suis assise, en buvant une Bud, dans le local des Black Panther, assistant à leur naissance, leur émergence, leurs combats pour avoir des droits élémentaires, refait le monde avec eux, j’ai participé à des patrouilles de flics, me suis révoltée devant des arrestations arbitraires, des abus de pouvoir et senti un peuple oppressé se soulever.

On était si puissants que le pays a tremblé comme jamais auparavant.
Les gens nous craignaient, alors que tout ce qu’on voulait, c’était l’égalité. La paix, enfin.
C’est pour ça qu’on s’est unis. Organisés. On avait nos codes, notre langage, notre journal, notre musique, notre cinéma, notre look, nos penseurs, nos cliniques, notre capitale, notre président, nos ministres, notre indépendance.
On était noirs
On était libres.
On était les Black Panthers

Dans un pays où la nation Noire doit fermer sa gueule, baisser la tête, dire « oui » à tout, n’ayant aucun droit, sauf celui d’aller se faire tirer dessus au Vietnam, il était normal qu’un jour, elle en ait marre et réclame le minimum syndical qui était d’avoir les mêmes droits que le Blanc qui l’avait jadis réduit en esclavage.

« Je n’ai jamais eu de problèmes avec ces Vietcongs et je ne ferai pas quinze mille kilomètres pour tuer ces Noirs asiatiques. Ils ne m’ont jamais rien fait, ils ne m’ont jamais traité de “nègre”, ils n’ont jamais menacé de me lyncher ou tenté de m’empêcher de boire au robinet des Blancs. Mon combat est ici, aux États-Unis, pour que les Noirs aient enfin les mêmes droits que les autres. » Une fois encore, Mohamed Ali a frappé fort.

Chez Mention, pas de manichéisme, on ne se retrouvera pas avec des Noirs gentils et des Blancs méchants, il y en aura pour tous les goûts, toutes les haines, toutes les trahison : le Blanc comprenant que le Noir a raison de s’insurger et le Noir trahissant les siens, sans que l’on juge l’un ou l’autre.

C’est violent, c’est clash, c’est un peuple qui se révolte, c’est un peuple américain qui en a marre de vivre dans la misère, les ghettos et de se faire contrôler et arrêter arbitrairement.

C’est un roman noir fort, un roman qui fout la gerbe quand on voit cet acharnement sur les Black Panther alors qu’on ne fait rien contre les gangs, les dealers, et autres. C’est un roman qui explore un mouvement qui commença petit pour devenir grand avant de sombrer, sabordé par la propagande, les rumeurs, les coups de pute du FBI, du gouvernement, des flics, des médias, des lois s’appliquant aux uns et pas aux autres.

Les médias n’aiment pas qu’on les critique, ça les met face à leurs contradictions. Bref, tous les journaux de la côte ouest ont fait front, oubliant leur concurrence au nom d’un corporatisme consanguin. Tous sauf Ramparts, l’unique revue à avoir évoqué la ligne d’autodéfense du Parti.

Mais il est trop tard, puisque leur coup de force au Capitole a réveillé les peurs profondes de l’Amérique blanche. Cette Amérique schizo, qui accueille l’immigré mais redoute l’étranger. Or, de la schizophrénie à la violence, il n’y a qu’un pas. Et trois initiales : FBI.

Après la surveillance du BPP et son infiltration, Cointelpro passe à une nouvelle phase – incluant son vaste réseau de juges, journalistes, professeurs, conférenciers et producteurs à Hollywood – afin de discréditer l’organisation et ses nombreux soutiens, jusqu’aux acteurs les plus célèbres.
Objectif : déstabilisation.
Méthode : propagande.
Impunité : totale.

[…] en plus, on est chargés de traquer les Panthers qui ne respectent pas le décret Mulford. Quand on en voit avec des flingues, on les leur prend. Bien sûr, ça ne concerne qu’eux. Pas les Slaves, ni les Hells, alors qu’ils sont aussi dangereux.

Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage… Ça marche toujours et ça marche encore de nos jours. Vieux comme le Monde.

Un roman qui laisse aussi planer une question : si les autres ne s’étaient pas acharnés dessus, le parti aurait-il continué ou aurait-il sombré aussi, victime de ses propres matelots et de l’usure ?

Je me demande souvent ce que ça aurait donné, si on n’avait pas été persécutés avec un tel acharnement. Peut-être qu’on aurait accompli davantage. Peut-être aussi que l’usure était inévitable.

Ça a foiré à cause de nous. Pas à cause du FBI, de la came, des gangs. Ils nous ont pourri la vie mais, le vrai problème, c’était nous. Trop pressés. Des siècles qu’on avait rien, alors on voulait tout et on a foncé. On était sur tous les fronts, tellement impliqués qu’on a rien vu venir. L’envie, c’est ce qui nous a tués.

Un roman noir qui donne la parole à plusieurs personnages, à tour de rôle, afin de mieux nous immerger dans les événements de cette époque, une véritable plongée en apnée dans une période qui n’est pas si loin de nous, une critique au vitriol d’un pays qui se dit garant des droits de l’Homme et des libertés pour tous.

« Couleur ou pas, il y a que deux classes ! Les opprimés et les oppresseurs ! Les exploités et les exploiteurs ! »

Je croyais savoir mais je ne savais rien… Ce roman noir m’a ému, tordu les tripes, emporté loin d’ici, m’a mis au centre d’un peuple sans droits qui ne faisait qu’en réclamer un peu, d’un mouvement dont je ne connaissais pas grand-chose, au final, sauf ce que la propagande et les médias en ont fait.

Un
Roman
Coup
De
Poing

Officiellement, c’est une nouvelle descente de police. Officieusement, c’est le racket hebdomadaire. Venus dépouiller les dealers, les flics se heurtent aux riverains. Sur ordre de leur chef, ils bastonnent à tout-va, volant les doses et les liasses.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

 

Nains – Tome 9 – Dröh des Errants : Nicolas Jarry & Jean-Paul Bordier

Titre : Nains – Tome 9 – Dröh des Errants

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Jean-Paul Bordier

Édition : Soleil (25/10/2017)

Résumé :
Dröh, le fils d’Oösram, a parcouru le monde afin d’apprendre le métier des armes, dans l’espoir de délivrer les Errants des ordres dominants.

Mais quand il revient chez lui, sept ans plus tard, nul ne veut entendre parler de révolution. Le sang n’a que trop coulé.

Il s’engage alors sur la construction d’une route traversant le pays des Vents. Le chantier avance mais l’hostilité des tribus Orcs grandit…

Critique :
Oösram des Errants, qui m’avait apporté beaucoup d’émotions, faisait partie de cette caste de nains déchus, les parias, ceux qu’on laisse sur le côté, pour diverses raisons.

Oösram était mort en martyr, il avait mené son clan de hors-caste à la bataille, avait semé les graines de la révolution, ainsi que celles de l’espoir qu’un jour tout cela change.

♫ Il changeait la vie ♪

Dröh est son fils, dont j’avais croisé la route dans le tome 4. Le voici devenu adulte, errant par-ci par-là sur les routes, apprenant à manier les armes ailleurs, puisque son peuple le lui interdit.

Une fois de plus nous tombons sur un fils en colère, sur un fils qui aimerait avoir l’aura qui fut celle de son père, qui aimerait mener les Errants au combat afin de retrouver leur dignité.

Oui, mais, si tout le monde chez les Errants aimerait retrouver une autre place que celle des parias, tout le monde n’a pas envie de monter au front pour affronter ceux du Bouclier, les plus puissants des nains au combat. Sont pas fous non plus, ni suicidaires.

« C’est trop injuste », pourrait-il marmonner sur la route de son voyage, il pourrait encore le répéter à l’infini en construisant une route sous l’autorité des nains du Bouclier, avant de se rendre compte que son peuple des Errants n’est pas les seuls gueux, les seuls ostracisés par les Nains des autres ordres. Il y a aussi les Orcs et les Gobelins…

Racisme, propagande, rejet de l’autre, la suprématie et apprentissage de la vie sont les maîtres mots de ce neuvième tome. Les Nains n’ont rien inventé, les Allemands, déguisés en soldats polonais, avaient en leur temps attaqué un poste frontière allemand pour avoir ensuite le droit de rétorquer et d’envahir la Pologne.

Ce tome a tout d’un tome de transition, le suivant concernant les Errants avancera sans doute plus dans leur cause, car ici, on montre comment Dröh va prendre conscience de sa place dans le Monde et de la manière dont il pourrait sauver son peuple.

Attention, on n’enfile pas des perles dans ces pages, on ne se la coule pas douce, il y a beaucoup à lire, des tas de références à notre Monde à nous, des passages qui font penser à certaines scènes de films, une quête intérieure, de l’introspection, bref, vous avez de quoi nourrir votre cervelle de lecteur !

Moi, j’ai hâte de savoir quelle voie notre Drôh va prendre : celui de la Force ou celui du côté obscur ? Révolutionnaire ou prophète ? Poseur de bombes ou pacifiste ? Ou alors, un peu des deux à la fois ?

Nains, une série qui a toute d’une grande !

Durango – Tome 6 – Le destin d’un desperado : Yves Swolfs

Durango 6 - Le destin d'un desperado

Titre : Durango – Tome 6 – Le destin d’un desperado

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Yves Swolfs

Édition : des Archers (1986) / Dargaud (1988) / Alpen Publishers (1991) / Les Humanoïdes Associés (2006) / Soleil (2007)

Résumé :
Dans un petit village du Mexique, Durango, Amos et ses guérilleros vivent cachés lorsque ceux-ci subissent la charge des « Fédérales ».

Suite à l’acharnement et au déferlement de la soldatesque, Durango et Amos parviennent non sans mal et avec grande perte à sauver leur peau et à se réfugier dans une ancienne mission proche de San Cristo.

Malheureusement, les militaires mexicains aidés de Logan et ses acolytes retrouvent la trace des fuyards…

Couv_23741Critique : 
Et bien, ce n’est pas encore dans cet album que notre fumeur de havane aux gants de cuir coupés pourra profiter de la vie et accrocher un « Home, sweet home » au-dessus de sa cheminée !

Pour clore cette trilogie consacrée à la « révolution » en territoire mexicain, ça va défourailler sec dans tous les sens du terme et il faudra faire gaffe aussi à ne pas se prendre une balle dans le dos, tirée par un serpent qui était lové dans votre sein.

J’ai beau le connaitre par coeur, j’espère toujours une autre fin, même si celle que l’auteur nous a concocté était la seule valable, la seule acceptable…

Amos est un personnage que j’ai toujours apprécié, il a son côté sombre, obscur, car il sait qu’on  ne fait pas la révolution sans casser des gens, mais il a aussi un côté lumineux, flamboyant, c’est un héros sans peur et sans reproches, une sorte de Durango version tortillas (mais pas pour les Dalton).

On mitraille sec, on meurt, on survit, on déguste la vengeance toute chaude, on retrouve le cross-over avec la personne de Max Von Ruhenberg, on se découvre des ennemis, on se fait poursuivre par les Fédérales et on termine le cycle en beauté avec un final magnifique, digne des plus fameux films western.

Quant à notre Durango, dans cet album, c’est une véritable machine à tuer.

Mais comme toujours, dans cette vieille édition, les couleurs ocres ou bleues sont à chier !

Faudrait vraiment que je songe à m’offrir les toutes nouvelles éditions, moi. Cette excellente série le vaut bien.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Victorien » chez Camille, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park,« Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur, le RAT A Week Estival, Summer Edition chez Chroniques Littéraires et « Le Mois Américain 2016 » chez Titine.

CHALLENGE AMÉRICAIN 2016 - Lone Ranger

CHALLENGE - Il était une fois dans l'ouest - BY Cannibal Lecteur