Cabossé : Benoît Philippon

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Titre : Cabossé

Auteur : Benoît Philippon
Édition : Gallimard (2016)

Résumé :
Quand Roy est né, il s’appelait Raymond. C’était à Clermont. Il y a quarante-deux ans. Il avait une sale tronche. Bâti comme un Minotaure, il s’est taillé son chemin dans sa chienne de vie à coups de poing : une vie de boxeur ratée et d’homme de main à peine plus glorieuse. Jusqu’au jour où il rencontre Guillemette, une luciole fêlée qui succombe à son charme, malgré son visage de « tomate écrasée »…

Et jusqu’au soir où il croise Xavier, l’ex jaloux et arrogant de la belle – lequel ne s’en relèvera pas… Roy et Guillemette prennent alors la fuite sur une route sans but.

Une cavale jalonnée de révélations noires, de souvenirs amers, d’obstacles sanglants et de rencontres lumineuses.

vieux-ringCritique :
À ma gauche, un mètre quatre-vingt-quinze de bêtise crasse pour cent dix kilos de vie de merde, triple champion du monde de la lose intégrale, j’ai nommé Roy le Cabossé !

À ma droite, un mètre vingt-deux de vide sous cellophane, trente-trois kilos de viande molle, j’ai nommé Guillemette la Trépassée !

Toujours aussi sympa dans ses présentations, le Martino !

À quoi pourrait-on comparer ce roman noir lumineux ? À l’histoire de la Belle et de la Bête ! Sauf qu’ici, les deux personnages – Roy et Guillemette – se sont rencontrés via un site de rencontre, qu’ils couchent ensemble le premier soir, que leur première nuit est ponctuée d’orgasmes multiples et qu’ensuite, au lieu d’une histoire d’amour banale, ils seront en cavale. Mais toujours avec du sexe ! Bref, pas un Disney !

La petite, c’est une sirène qui lévite autour d’une baleine. Un coup de queue mal géré et la sirène finit en tartare de thon. Enfin un coup de queue, façon de métaphorer.

La Belle, c’est Guillemette, c’est une luciole, une petite femme fragile, que la vie n’a pas épargnée non plus. La Bête, le Minotaure, c’est Roy, encore plus cabossé par la vie, à croire que le Bon Dieu l’a oublié quand il distribuait les jolies tronches de bébé à la naissance.

Et ceux qui lui parlent de sa personnalité pas bien façonnée, il leur explique son parcours d’évolution psychologique à coups de poings dans la gueule et, en général, l’explication fait son chemin. Souvent vers l’hôpital. Mais au moins, ils vont quelque part.

Eux deux, c’est la môme Piaf et son boxeur Marcel Cerdan, sauf que notre ancien boxeur à nous, il fait presque 2 mètres et qu’il est bâti comme une armoire à glace normande, avec le caractère bouillant d’un volcan en éruption.

Roy a tout de suite apprécié la capitale. C’était moche, c’était sale, ça puait la tromperie, le vice et la mort. Il s’y est senti comme sur un ring. Un ring sans règles, avec un adversaire teigneux et sanguinaire. Roy avait dix-neuf ans, il venait de quitter son bled après avoir vécu un drame qui l’avait terrassé et il avait pas pu soulager sa colère. Une cocotte-minute verrouillée, sous pression, qui siffle et qui va finir par exploser. Une bombe à retardement dans les rues de Paris.

Beaucoup d’émotions dans ce livre ! C’est brut de décoffrage, l’auteur a un style qui n’appartiendra qu’à lui, mais dont il a dû emprunter à d’autres, ceux qui écrivent en maniant l’art de la métaphore à la truelle.

Ne cherchez pas de grandes envolées lyriques, vous n’en trouverez point. Ici, on aurait plus un côté Tontons Flingueurs dans les pensées des personnages ou dans les images utilisées par l’auteur pour nous décrire une situation ou une personne. La violence en plus parce qu’ici, messieurs, dames, on ne fait pas de la dentelle non plus.

Sans avoir fait sept ans d’études d’anatomie, Roy peut déjà annoncer que Martinot vient de perdre trois côtes et de se déplacer deux vertèbres. Voilà pour le hors-d’œuvre. Le reste du menu arrive, le chef vous a préparé une surprise à sa façon. Il espère qu’elle sera à votre goût.

Certes, on me dira que dans les réparties, ce n’est pas la Comédie Française ! Je le sais, l’auteur l’avoue lui-même dans son roman.

C’est pas non plus la Comédie-Française, Roy et Martinot, mais vu le contexte, leur cerveau en ébullition leur donne de la verve.
— J’ai pas besoin de ma queue pour lui déchirer le cul à ta pétasse. Un bon fer à souder fera très bien l’affaire.
Pas la Comédie-Française, donc.

Sûr que quand un type te dit qu’il peut déchirer le cul de ta femme avec un fer à souder, tu sens bien que pour la politesse, tu repasseras ! Chez les Bisounours, ça détonnerait, ça te scandaliserait la mère ménagère de moins de 30 ans, mais ici, nous sommes avec des truands et il ne sortira pas des papillons arc-en-ciel de leur flingues !

Ici, les répliques, c’est pas du flamby, c’est même pas du Nain Agité, c’est des répliques au cordeau, à la Vlad P., en moins diplomate et en plus pire, c’est te dire que certains ont des flingues de concours et la puissance de feu d’un croiseur.

Mais c’est aussi une histoire d’amour improbable, des rencontres que tu ne ferais pas en une vie, des personnages tellement atypiques et des situations folles que certains pourraient dire que c’est exagéré. Mais non, ça ne l’est pas dans ce roman noir !

Et dans toute cette noirceur, il y a aussi du magique avec Lou, Bobby le prof de boxe homo, Mademoiselle Solange de la biblio, Rita la pute qui faisait dans l’humanitaire du cul, René le niaouké tout ridé, Iris l’aveugle, Berthe dite mamie Luger, sa luciole Guillemette et la petite Lili.

Des rencontres belles, des histoires qui nous font fondre, puis qui étreignent notre petit cœur. Des rencontres qui ont façonnées notre Minotaure Roy tel qu’il est. Des gens qui lui ont tendu la main, faisant fi de sa trogne de tomate écrasée.

Un personnage central de Roy que l’on devrait craindre, que l’on devrait ne pas aimer, un anti-héros total, mais un homme que l’on apprécie au fur et à mesure et que l’on suivrait jusqu’au bout du monde, parce que sous l’armure, bat aussi un cœur, cabossé lui aussi, mais un cœur.

Pour mon dernier livre de l’année 2016, je termine donc sur un méga coup de cœur. Embêtant car j’avais déjà établit ma liste des coups de cœur et là, j’en ai 16 au lieu de 15.

Oui, ce livre fera partie intégrante de mes jouissances littéraires de l’année 2016 ! Je fini l’année en beauté, en orgasme livresque, mais je ne saurais pas vous dire qui m’a fait le plus de bien cette année, qui le faisait le mieux ou qui avait le plus beau roman. Ils et elles l’ont tous et toutes fait à leur manière bien différente.

— Je te mens pas. J’ai encore des restes de spasmes qui me viennent du vagin et qui me secouent jusqu’au cortex reptilien.

Toujours le même instinct compulsif masculin qui fait tourner le monde : qui c’est qu’a la plus grosse ?

Chacun de mes coups de cœur était beau à sa manière. « Cabossé » est beau aussi, mais à sa manière, et c’était pas de la poésie ! Bien que, à certains moments on pourrait dire qu’on a poétisé d’une autre manière…

— Je vais pas juste te dépuceler, mon beau. Cracher ton jus, c’est pas le plus compliqué, tu m’as pas attendue pour ça. D’ailleurs vu que c’est ta première fois, j’imagine même que c’est déjà fait.

Pour une raison physique inexplicable, Roy arrivait plus à respirer alors que c’est sa queue que la main de Rita garrottait et faisait gonfler à l’en éclater. Le choc, sans doute.

En définitive, malgré les apparences pour le moins trompeuses, cette camionnette rouillée était un temple de l’amour. Sa prêtresse y pratiquait l’élévation de l’esprit et de la queue, afin que ses puceaux excellent dans l’art du cul bien fait. On a la science qu’on peut.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

BILAN - Coup de coeur

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L’Ange de l’abîme – Les Prophéties II : Pierre Bordage [LC avec Stelphique]

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Titre : L’Ange de l’abîme

Auteur : Pierre Bordage
Édition : Le Livre de Poche (2006)

Résumé :
Dans une Europe d’apocalypse ruinée par la faillite des OGM, enlisée dans la guerre contre le Moyen-Orient, en proie au fanatisme religieux et au racisme, le voyage initiatique de Stef et Pibe, deux adolescents à la recherche de l’archange Michel, le dictateur tout puissant qui gouverne le vieux continent depuis sa forteresse roumaine.

warskullCritique du Cannibal (Stelphique en bas) :
Attention, cette dystopie, ce roman de SF pourrait vous retourner les sangs et vous donner des sueurs froides !

Moi, je serais d’avis qu’on lui colle ce bandeau-titre sur la couverture pour prévenir les gentilles petites âmes qu’elles peuvent en ressortir essorées et lessivées !

Pas « lavées », mais « lessivées » et la différence est énorme… Et cette petite précision linguistique est pour une personne de ma connaissance.

Ce qui fait peur dans les dystopies, c’est qu’un jour, elles pourraient se révéler juste et nous tomber sur le coin de la gueule…

Et dans le roman de Pierre Bordage, tout y est d’une justesse qui fiche la trouille, plus qu’avec les monstres de Stephen King planqués dans les placards de notre enfance.

Je m’attendais à trouver la suite du premier tome, mais il  n’en est rien : on fait table rase des personnages précédents, sans savoir à un seul moment ce qu’ils sont devenus, ni comment on se retrouve dans une France (et surtout une Europe) en guerre contre le Moyen-Orient.

La France en guerre a de furieux airs de la France en 39-44 :  les soldats de la Légion de l’Archange Michel sont habillés de noir (comme les SS), on manque de tout et la délation est devenu un sport national. Bien que ici, ce ne sont pas les Juifs que l’on dénonce et que l’on parque dans des camps de concentration avec fours derniers cris incorporés : mais des musulmans !

Oui, des camps de concentration sur les terres françaises, sur les terres de la Grande Europe démocrate d’après 2001, là où on avait juré, la main sur le cœur que « Non, non, plus jamais ça !! ». Et on s’en donne à cœur joie, dans ces camps, pour liquider les ousamas (c’est comme ça qu’on les nomme).

Roman de SF, dystopie plus que réaliste, roman choral alternant les récits de nos deux jeunes nouveaux personnages attachants – Pibe et Stef – et les autres chapitres décrivant, à travers différents personnages, la vie horrible sous le joug des fanatiques religieux catholiques qui nous ont tout supprimé : les journaux, la télé, le Net, la pilule…

Oui, les fanatiques religieux sont dans notre camp à nous, pas de bol les filles, on va bouffer notre pain noir sous le règne de celui qui s’est autoproclamé Archange Michel (et qu’on aimerait voir terrassé par le dragon, pour une fois) et pondre des gosses pour qu’ils aillent grossir les rang de l’armée et se faire dézinguer dans la boue et la merde.

Si l’Homme apprenait de ses erreurs du passé, ça se saurait, si l’Homme comprenait les mises en garde qu’on met en scène dans les dystopies, ça se saurait aussi…

Ici, bien entendu, on a rien retenu des leçons de passé et on reproduit 39-44 en oppressant notre propre peuple et on se refait la 14-18 en s’enlisant dans une guerre de tranchées et d’immobilisme.

L’auteur tire à boulets rouges sur nos sociétés, sur notre imbécilité à suivre des meneurs qui ne veulent pas notre bien, sur ces hommes toujours prêts à partir la fleur au bout du fusil avant de chier dans son froc une fois sur le front, sur les politiques qui nous divisent pour mieux régner et sur le Grand Satan Américain qui aime voir deux nations se battre pour mieux en profiter ensuite.

Ce qui est éprouvant dans ce roman, c’est son réalisme et le fait que ce genre de situation pourrait arriver en mettant au pouvoir les mauvaises personnes, en se laissant manipuler par les médias qui nous disent ce qu’elles veulent bien nous dire, en ne réfléchissant pas plus loin que le bout de notre nez, en ayant peur de l’autre, en ne voulant pas en savoir plus sur lui, en ne nous renseignant pas plus loin que ce que nous dit la télé, en répétant bêtement le dernier âne que l’on a entendu braire et en le diffusant massivement sur la Toile….

L’auteur tire aussi sur les religions, au travers de certains personnages, mais vient ensuite rectifier le tir en signalant que ce ne sont pas les religions ou Dieu les responsables, mais les Hommes qui préfèrent se faire la guerre pour prendre les richesses du voisin. Mais tout le monde ne l’a pas encore assimilé…

Il comprenait que le malheur n’était pas dû à l’islam ou au christianisme, mais à l’homme qui transformait les religions en d’implacables machines de guerre, à ce mal mystérieux qui rongeait l’humanité depuis la nuit des temps.

« Foutons la paix à Dieu, il n’est en rien responsable de la connerie humaine. »

Un roman qui m’a pris aux tripes, qui met un peu de temps à s’installer, mais une fois qu’il démarre, accroche-toi bien parce que tu vas t’en prendre plein la gueule et finir K.O dans ton divan, le livre étalé au sol car tu l’auras lâché, épuisé que tu seras du périple et des événements que l’auteur te fera vivre sans te laisser respirer.

D’ailleurs, moi, c’est décidé, je vais relire mes Petzi ou mes Picsou Magazine, ça me fera du bien.

Les hommes croient que le monde se réduit à leurs petites affaires, à leurs petites pulsions, à leurs petites colères. Est-ce que le désespoir d’un homme a empêché un jour le soleil de se lever ?

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017).

BILAN - Minion Les bras m'en tombe - un putain de livre OK

Pourquoi je l’ai choisi (Par Stelphique) :
J’avais hâte de poursuivre cette trilogie de Pierre Bordage, avec ma chère binôme de lecture…

Synopsis :
Dans une Europe d’apocalypse ruinée par la faillite des OGM, enlisée dans la guerre contre le Moyen-Orient, en proie au fanatisme religieux et au racisme, l’auteur raconte le voyage initiatique de Stef et Pibe, deux adolescents à la recherche de l’archange Michel, le dictateur tout-puissant qui gouverne le vieux continent depuis sa forteresse roumaine. Dans une ambiance crépusculaire fascinante car terriblement proche et crédible, un grand roman épique d’une actualité brûlante.

Les personnages :
C’était drôle de voir mon diminutif mis en scène: Stef ,en plus, est un personnage lumineux, et j’ai adoré voir la douceur de ce duo qu’elle forme avec Pibe.

« Merde, voilà qu’il pensait comme Stef. »

C’était réjouissant de voir une bande de gamins, tenir le rôle de mini-héros, combattre les injustices dans l’ombre.

Tous ces personnages qu’on rencontre au détour d’un nouveau chapitre nous offre une vision plus large, plus intense d’un conflit gigantesque qui nous plonge dans les plus profond des abimes…

Adultes, enfants jouent sur la grande scène de ce nouveau monde ravagé, et si des fois, une lueur d’espoir est présente, elle apparait quand même, très faiblement…

Ce que j’ai ressenti : …
Voilà tout à fait le style de roman que je n’aime pas lire… Mais j’adore sortir de ma zone de confort, explorer d’autres sensations, voir d’autres univers, et surtout partager autour de la lecture.

Donc, sans cette Lecture Commune, j’aurai sans doute laissé tomber cette lecture.

Les hommes croient que le monde se réduit à leurs petites affaires, à leurs petites pulsions, à leurs petites colères. Est-ce que le désespoir d’un homme à empêcher un jour le soleil de se lever ?

Oui, ma sensibilité s’en est pris un bon coup ! Alors, c’est pour cela que j’évite à tout prix des livres parlant de Guerre : la Méchante, la Dévastatrice, l’Effroyable…

Je crains plus que tout, ses scènes qui raconte un enfer d’immondices, de violence et d’horreur de tous les instants. Je vomis toute cette cruauté humaine qui ressort dans ses tranchées, je meurs de voir les camps de concentration, je pleure de constater que, en l’Homme, il y est, tant de Mal.

« Foutons la paix à Dieu, il n’est en rien responsable de la connerie humaine. »

J’admire par contre, la vision presque prophétique, clairvoyante de cet auteur. Sa façon de dénoncer les pires actions du passé, de les remettre en scène pour prédire un avenir possible, palpable, monstrueusement réaliste.

Mais forcement, avec un tel livre, mon moral est tombé dans mes chaussettes, ce fut une lecture éprouvante, plus que ce que j’aurai pensé.

Je ne saurais dire si je l’ai aimé ou pas. Je suis au delà de cette appréciation subjective. J’ai été tourmentée, parce qu’elle me touche dans mon Intime et qu’elle est le trop fatal reflet de notre actualité.

J’ai vraiment du mal à poser mes mots, mes ressentis, c’est beaucoup trop brûlant, trop intense, trop horrible, trop déstabilisant…

Quoi que tu fasses, tu émets une note dans le chœur de la Création. Une note unique reconnaissable entre toutes. Il me suffit de rester à son écoute pour remonter ta piste.

L’ange de l’abime est une lecture effrayante aussi bien que palpitante, elle te ravage un peu plus dans tes croyances, te torture l’esprit autant que le cœur, il transpire de ses pages toute une horreur que tu préfères ne plus voir mais que l’auteur te fait revivre sous couvert de fiction, et là, quand tu reposes ce roman d’anticipation percutant, tu aimerais juste imaginer un avenir plus radieux avec des anges un peu moins noirs que ceux entrevus par Pierre Bordage.

Le vice, Monsieur l’auxiliaire de la légion , se tient toujours dans l’ombre de la vertu.

Ma note Plaisir de Lecture fee clochette 8/10

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L’Ange de l’abîme – Les Prophéties II : Pierre Bordage [LC – Impressions de lecture 2/2]

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Impressions de lecture du Cannibal Lecteur (page 1 à 200) : On fait table rase des anciens personnages et on rencontre les nouveaux.
Fort déroutée en commençant la lecture car on commence avec des nouveaux personnages, on fait table rase de ceux du précédent roman, on ne sait ce qu’ils sont devenus.

On plonge dans une guerre de religion et dans une France que l’on ne reconnaît pas. Froid dans le dos de voir comment l’Homme peut régresser. Il ne m’a pas fallu longtemps pour m’attacher à Steph et à Pibe, je les ai adoré, je les ai suivi dans leur périple et tremblé pour eux, tremblé pour la France, pour l’Europe devant ce que des fanatiques pouvaient faire. Et les fanatiques étaient chez nous !

Impressions de Stelphique (page 1 à 200) : What’s ?
Mais ils sont où les personnages du premier tome ??? Il est où le petit Jésus ?!!! Un peu déstabilisée de pas retrouver l’ambiance de la première partie des Prophéties, mais contente de lire toujours une jolie plume, incisive et particulière. Oh une Stef, en personnage principal, si c’est pas une lecture formidable tout ça !!! 😉

Impressions de lecture du Cannibal Lecteur (page 201 à 477) : Quel périple mes amis !
Putain, quel voyage en enfer je viens de faire ! Quelle aventure, mes amis ! Je n’en suis pas ressortie indemne, j’ai aperçu des vieux spectres, des nouveaux, et, qui sait, des probables futurs et putain de merde, ça fout les chocottes et le trouillomètre à zéro. Bon, ils sont où déjà, mes Petzi ??

Impressions de Stelphique (page 201 à 477) : Déstabilisée…
Je ne m’attendais pas du tout à cette violence, et la direction de ce second opus… Très noir, il m’aura laissée un peu déstabilisée. C’était très dur, moralement, d’assister aux horreurs de ce monde de chaos, pour une petite fée trop émotive…. En même temps, j’ai hâte d’en connaitre la suite, car je suis addict à cet auteur et à son œil avisé sur notre monde.

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L’Ange de l’abîme – Les Prophéties II : Pierre Bordage [LC avec Stelphique – Intro]

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— « Le lyon jeune le vieux surmontera, En champ bellique par singulier duelle, Dans cage d’or les yeux luy creuera, Deux classes une, puis mourir, mort cruelle. (1) »
— Qu’est-ce que tu racontes, Cannibal ??
— Ils entreront dans les Tuileries où cinq cents le couronneront d’une mitre. Il sera trahi par quelqu’un doté d’un titre de noblesse du nom de Narbone, Et par un autre dénommé Saulce, Qui aura de l’huile en barils » (2).
— S’il te plaît, arrêtes de parler en Belge et utilises le français correct parce que là, je ne comprends rien !
— Mais je parle bien la France ! Je citais des quatrains extraits des prophéties de Nostradamus ! Celui avec la prédiction de la mort de Henri II et celui sur la Révolution française !
— Gné ? Le rapport avec la LC ??
— Il avait même prédit votre Napoléon !! « Un empereur naîtra près de l’Italie. De simple soldat, il deviendra Empereur. Il instaurera le contrôle absolu sur l’Église. Il se maintiendra quatorze ans au commandement. (3) »
— Ok, Cannibal, restes calme, tu sautilles partout et ça me donne le tournis ! Maintenant, explique-moi le rapport entre les prophéties de Nostradamus et notre LC ??
— Et bien, on avait dit qu’on lirait le tome 2 des Prophéties, non ???
— Alzheimer si jeune, si c’est pas malheureux ! Grande bête, les prophéties que l’on doit lire, ce ne sont pas celles de Nostradamus, mais la suite de « L’évangile du serpent »… Souviens-toi ! Yvan comparé au serpent Kaa et le fameux « Aie confianssssse »….
— Ah oui, merde…. Oublié ! Je me suis laissée emportée, une fois de plus… Ouf, tu me rassures, déjà que j’ai pas tout compris aux prophéties que j’ai déclamées…
— Tu liras tes propres explications en bas de page ! Les autres aussi, on dira que c’est la minute de culture… Bon, on se le fait, « L’ange de l’abîme », pour notre LC ???
— Heu, mais tu venais de me parler du tome 2 des Prophéties ?? Tu as changé d’avis ??
— Donnez-moi une bonne raison de ne pas la tuer, cette Belette Cannibal !!!
— Quelqu’un pourrait m’expliquer ce que je dois lire, pour finir ?? Stelphique, reviens ! Reviens, Stelphique, c’était pour rire !!! REVIENS !!!!!

La critique « Les prophéties 1 – L’Évangile du serpent »
L’intro de la LC sur « Les Prophéties 1 – L’Évangile du serpent »

Le pitch ? Dans une Europe d’apocalypse ruinée par la faillite des OGM, enlisée dans la guerre contre le Moyen-Orient, en proie au fanatisme religieux et au racisme, le voyage initiatique de Stef et Pibe, deux adolescents à la recherche de l’archange Michel, le dictateur tout puissant qui gouverne le vieux continent depuis sa forteresse roumaine.

Dans une ambiance crépusculaire, fascinante car terriblement proche et crédible, un grand roman épique d’une actualité brûlante.

Elle ne lui avait jamais fourni d’explication sur ses disparitions ni sur ses motivations.

Elle se contentait de répéter en riant qu’elle était son ange gardien, qu’elle lui ficherait la paix après avoir parcouru un bout de chemin en sa compagnie.

Il ne voulait pas qu’elle sorte de sa vie.

Un jour pourtant, elle se tirerait parce que « chacun doit descendre seul dans les abîmes de son âme, chacun doit apprendre à se dresser vers les cieux sans autre soutien que ses propres racines.

La trilogie des Prophéties

La trilogie des Prophéties

(1) En juin 1559, le roi Henri II affronta le Comte de Montgomery dans un tournoi de chevalerie. Ils portaient tout deux un lion comme insigne. Henry II reçut la lance de son adversaire dans un casque en or et a l’œil transpercé. Il mourut dix jours plus tard, en maudissant la prophétie de Nostradamus qu’il venait de comprendre.

(2) Le 20 juillet 1792, dans le palais des Tuileries, 500 marseillais obligent le roi Louis XVI à mettre, comme moquerie au roi déchu, un bonnet phrygien (mitre), symbole révolutionnaire. Le Comte de Narbone-Lara, ex-ministre de la guerre, avait démissionné, après n’avoir pu contrôler l’armée, pour trahir le roi. L’autre traître, dénommé Saulce, arrêta Louis XVI quand celui-ci essayait de fuir pour rejoindre des troupes loyales. Curieusement, comme l’indique Nostradamus, Saulce était vendeur d’huile, de graisse et de savon.

(3) Napoléon est né en Corse, en face du Golfe de Gênes, en Italie. Du grade de sous-lieutenant d’artillerie, il accéda à la fonction d’Empereur. Il contrôlait l’Église : en 1809, il donna l’ordre au Pape d’annuler son mariage avec Joséphine.

Source : http://www.touteslespropheties.net/nostradamus/

Jamais je ne ferais pareille chose, Ô Saigneur de la Jungle ! dit Yvan le Serpent à la ténébreuse tigresse Cannibal. « Mon cul », lui répondit-elle tout de go.

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Le dernier baiser : James Crumley

Dernier Baiser, le - Crumley

Titre : Le dernier baiser

Auteur : James Crumley
Édition : Folio (2006) / 10-18 (1986)
Édition originale : The Last Good Kiss (1978)

Résumé :
Il s’agit de la toute première enquête de C.W. Sughrue. Un détective par défaut parce que l’on s’aperçoit vite qu’il ne peut rien faire d’autre.

Une femme lui demande de retrouver son ex-mari, un écrivain, qui a entamé une longue tournée des bars. Sughrue va le retrouver. Ils vont même sympathiser, à tel point que l’écrivain confie au détective que, s’il avait su, il se serait laissé rattraper plus tôt.

Bref, ces deux losers se sont bien trouvés et vont à leur tour enquêter sur la disparition de la fille de la patronne du bar où ils ont échoué. Fascinante, la jeune femme a disparu depuis dix ans.

Extrait : « Quand j’ai finalement rattrapé Abraham Trahearne, il était en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique nommé Fireball Roberts dans une taverne mal en point juste à la sortie de Sonoma, en Californie du Nord ; en train de vider le cœur d’une superbe journée de printemps.

Trahearne en était à près de trois semaines de foire et de balade, et avec ses fringues kaki toutes fripées, le grand homme ressemblait à un vieux soldat au bout d’une longue campagne qui essaierait de faire durer ses bières pour faire passer le goût de mort qu’il avait dans la bouche. »

9782264007834FSCritique :
Tout le monde de ma génération connaît la série bête « Premiers baisers » mais peut-être pas encore « Le dernier baiser » de James Crumley, qui, soit dit en passant, vole vachement plus haut que la série.

Ce n’est pas compliqué, vous me direz, et je suis bien d’accord !

Mais en quoi ce livre vole-t-il plus haut qu’un autre polar ?

Imaginez que James Crumley ait rassemblé dans un sac tout ce qui fait l’essence même d’un grand polar et qu’à l’aide d’un marteau, il ait tapé sur ce sac, cassant ainsi tous les codes avant de vous les servir, façon glace pilée qui fondra sous votre langue.

Chauncey Wayne Sughrue – C.W pour les intimes – est un détective privé, une sorte de Sherlock Holmes en version looser, qui aurait pour compagnon d’enquête, non pas un Docteur Watson, mais la dive bouteille d’alcool.

J’essaie de garder toujours deux verres d’avance sur la réalité et trois verres de retard sur la biture.

Notre détective, pas toujours toujours très appliqué, tète les bouteilles pire qu’un veau au pis. Vétéran du Viêt Nam, il aime les armes à feu, les femmes fatales, la drogue de temps en temps (un pétard et ça repart) et les nuits sans sommeil. Un peu comme son pendant, Milo Milodragovitch, l’autre enquêteur du même auteur.

Sa mission ? Retrouver le gros Abraham Trahearne, pilier de bar notoire et écrivain en panne d’inspiration.

Son client ? L’ex-femme de Trahearne, qui vit dans la maison d’à côté, avec la mère de l’écrivain, tandis que la nouvelle épouse, elle, vit avec son Abraham de mari. C’est compliqué la vie chez Trahearne qui doit faire avec une épouse aimante et une ex-femme inquisitrice qui vit chez la mère à Trahearne, à deux pas…

— Vous avez fait connaissance avec la vieille bique et la dame dragon, et vous avez visité le Palais des rêves perdus, alors qu’est-ce que vous avez besoin de savoir de plus ?

On peut comprendre que lorsqu’il est en manque d’inspiration (souvent), l’Abraham parte écluser l’alcool dans tous les troquets à mille lieues à la ronde.

Lorsque enfin notre détective mettra la main dessus (dans un bar à la sortie de Sanoma), notre gros homme était en train d’écluser à tout va dans le bar de Rosie,en compagnie de Fireball, le bouledogue de la patronne, pochtron notoire lui aussi.

Une balle perdue dans une partie charnue de l’individu va faire sympathiser le détective et sa proie et c’est leur deux qu’ils vont partir sillonner les routes (et aussi les bars) à la recherche de Betty Sue, la fille de Rosie la tenancière, disparue il y a 10 ans.

— Étant donné que vous foutez rien aussi bien que n’importe qui, je me suis dit qu’on pourrait rien glander ensemble.

Cette enquête dans l’enquête ne sera pas la seule et toutes emmèneront le lecteur là où il ne s’y attendra pas, sans jamais le saouler, malgré les quantités d’alcool ingurgitée au cours des 448 pages de folie pure.

Oui, on va mener l’enquête en buvant comme des trous, en baisant comme des castors, en matant des films porno à très petit budget (c’est pour l’enquête qu’on vous dit) tout en se baladant en grosse bagnole dans l’Amérique des années 1978, avec un écrivain qui n’obéit pas, qui râle tout le temps, qui est égocentrique et un bouledogue qui ne boit que de la bière.

J’ai traversé la route pour aller me laver la figure dans le torrent, histoire de rincer tous ces kilomètres dans l’eau glacée. Fireball m’a jeté un sale œil, mais il en a finalement lapé une petite gorgée. Il s’est immédiatement ébroué, secouant la tête, comme horrifié par le goût. Je l’ai ramené sur la route et lui ai donné une bière. On en avait bien mérité une, tous les deux.

James Crumley devait aimer les détectives blasés, cyniques, à l’humour noir et corrosif comme l’alcool à 90° parce que son C.W.Sughrue est caustique tout en étant amusant, ironique et persiffleur. C.W est comme son homologue, Milo Milodragovitch, bien que Sughrue ait levé plus de femmes, il me semble.

Dans ce roman, rien n’est simple, rien n’est comme vous le pensez, ici, les hommes et les femmes sont à égalité, c’est à dire qu’ils s’en prennent tous dans la gueule pour pas un balle.

Jusqu’au dernier point final, l’auteur n’en aura pas terminé avec vous. Moi même j’étais en zone de confort avant que Crumley m’assassine.

C’est glauque, poisseux, ironique, caustique, rempli de situations familliales pas nettes, de gens qui mentent ou qui ne disent pas toute la vérité (non, c’est pas la même chose), de femmes fatales, de types pas nets et de non-dits qui, au final, pèseront plus lourd qu’une Cadillac.

Quant au final, il est magistral et vous donne le coup de grâce, tel le dernier verre qu’on aurait pas du boire mais qu’on a quand même bu et qui nous assomme.

Un livre dont l’histoire s’efface au profit des personnages qui sont hauts en couleurs, même le chien ! C’est vous dire.

Voilà encore un grand moment de lecture que je viens de passer avec James Crumley.

Des fois j’arrive plus à savoir si c’est moi qui débloque ou si c’est le monde qu’est devenu une fosse septique.

Étoile 4

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Le « Challenge US » chez Noctembule.

Viens avec moi : Castle Freeman Jr.

 

Viens avec moi - Castle Freeman Jr.

Titre : Viens avec moi

Auteur : Castle Freeman Jr.
Édition : Sonatine (2016)

Résumé :
Dans les fins fonds désolés du Vermont, la jeune Lilian est devenue la cible de Blackway, le truand local. Son petit ami a préféré fuir, elle a décidé de rester.

Bien résolue à affronter celui qui la harcèle. Alors que le shérif se révèle impuissant, Lilian se tourne vers un étrange cénacle.

Sous la houlette de Whizzer, ancien bûcheron en chaise roulante, quelques originaux de la région se réunissent chaque jour dans une scierie désaffectée pour disserter en sirotant des bières.

Devant la détermination de la jeune femme, Whizzer décide de l’aider en lui offrant les services de deux anges gardiens peu ordinaires : un vieillard malicieux, Lester, et un jeune garçon, Nate, plus baraqué que futé.

Avec eux, Lilian se met à la recherche de Blackway dans les sombres forêts qui entourent la ville pour s’expliquer avec lui.

De bar clandestin en repaire de camés, la journée qui s’annonce promet d’être mouvementée, l’affrontement final terrible.

vermont moulinCritique : 
On pourrait résumer en disant que c’est l’histoire de deux gars qui vont aider une bonne femme qui a bien des soucis avec l’espèce de caïd de la région :  Blackway.

Rien que son nom, ça sent déjà l’homme malfaisant, l’homme que tout le monde craint, l’homme qui pense que tout lui est dû et que si vous n’êtes pas d’accord pour lui donner ce dont il a envie, et bien, il le prendra à l’insu de votre plein gré.

Une fois de plus, je viens de plonger dans un infâme trou du cul du Vermont nommé « Est Connardville » par le regretté Kevin qui est parti la queue entre les jambes à cause justement de Blackway.

Dans le couple que formait Kevin avec Lilian, c’était elle qui portait la paire de… la paire de vous devinez quoi ! Notre Lilian nationale, elle en a marre des agissements de Blackway, du fait qu’il la suive, qu’il lui ait bousillé sa bagnole et bien d’autres saloperies encore dont je tairai la chose.

Le shérif, ne sachant pas appliquer la loi, lui conseille de s’adresser à ce que je nommerai « une bande de paumés » qui passent leur journée à boire et à bavasser dans le vieux moulin de Whizzer.

Elle s’en ira régler son affaire avec Lester, un vieux qui a dû voir Napoléon perdre à Waterloo – morne plaine – et le jeune Nate qui lui, ne pourra pas revendiquer le surnom de Futé, juste celui de Bison car il est baraqué et sait se battre.

Le trou du cul du Vermont, le caïd local que tout le monde craint, la criminalité tellement apparente qu’elle fait partie du décor, des bars glauques sans vitres, une recherche du fameux Blackway en demandant poliment – oups – à ses acolytes et une vendetta locale qui a tout de l’opération de la dernière chance qui va mal tourner car nos énergumènes n’ont rien de L’agence tous risques.

Cela aurait pu donner quelque chose de super, les ingrédients étant là.

Ajoutons à cela des chapitres qui se mélangent entre le trio qui cherche Blackway et les zozos qui sont restés au moulin, en train de discutailler sur des lieux communs, sur leur patelin, les mœurs de certains, racontant leurs souvenirs embrumés – tout en éclusant des bières –  leurs conversations étant enflammées, humoristiques mais… lourdingues !

Et bien, c’est loupé ce roman ! Certes, j’ai aimé ce portrait peu flatteur de l’Amérique profonde avec ses paumés marginaux, ses sociétés qui n’existent plus car elles ont toutes fermé, sa consanguinité, ses truands…

J’ai aimé l’enquête du trio afin de remonter la piste de Blackway, la visite de la ville m’a enchanté, ses mœurs aussi – même si je n’irai jamais en vacances chez eux – mais j’en reviens à la chose qui m’a énervé prodigieusement : les DIALOGUES !

Leur redite, leur « quoi ? » à tout bout de champs, comme s’ils étaient des crétins congénitaux, ces pages de dialogues courts où, à la fin, je ne savais plus qui parlait, m’a pompé l’énergie et a rendu ma lecture très difficile à certains moments.

Lilian aussi, m’a pompé l’air ! Voilà une femme qui veut qu’on lui résolve son affaire, qui veut trouver Blackway, qui se plaint quand ses deux aidants ne se bagarrent pas et qui s’offusque quand ils le font – à leur manière – et que Lester bousille le genou d’un homme à terre. Hé, oh, tu sais ce que tu veux ??

— Vous saviez à quoi il servirait. On peut pas faire peur à Blackway. Vous le saviez. Vous l’avez dit vous-même. Blackway a pas peur. Il marche pas au bluff. On vous avait prévenue : quand vous commencez avec Blackway, vous devez être prêt à aller jusqu’au bout.

Un roman noir qui manque de corps, de charpente, de dialogues un peu plus travaillés, même si ce sont des bouches de loosers qui les prononcent. Sérieusement, si j’avais été à la table de ces gars là, je me serai levée et j’aurais fichu le camp de suite.

Plus de pages n’auraient pas fait de mal à ce roman ultra court (185 pages) afin de lui donner une meilleure charpente sur laquelle les dialogues de ces piliers de comptoirs auraient pu venir s’arrimer sans faire tanguer tout le récit de par leur courtes phrases et leurs répétitions à gogo.

Étoile 2,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Le « Challenge US » chez Noctembule, Le Mois du Polar chez Sharon (Février 2016) et Le « RAT a Week, Winter Édition » chez Chroniques Littéraires (185 pages – 893 pages lues sur le Challenge).

BILAN - Minion tasse dépité - OK

rat-a-week1-copie Mois du Polar - Février - Sharon

Nous rêvions juste de liberté : Henri Loevenbruck

Titre : Nous rêvions juste de liberté                                            big_5

Auteur : Henri Loevenbruck
Édition : Flammarion (2015)

Résumé :
« Nous avions à peine vingt ans, et nous rêvions juste de liberté. »

Ce rêve, la bande d’Hugo va l’exaucer en fuyant la petite ville de Providence pour traverser le pays à moto.

Ensemble, ils vont former un clan où l’indépendance et l’amitié règnent en maîtres.

Ensemble ils vont, pour le meilleur et pour le pire, découvrir que la liberté se paye cher.

Critique : 
♫ Je vous parle d’un temps, Que les plus de vingt ans, Ne peuvent plus connaître ♫ Les routes en ce temps-là ♪ On les avalait d’jà ♪ Couché sur nos bécanes… ♪
Et si l’humble ville de Providence, Qui nous a servi de nid, Ne payait pas de mine, C’est là qu’on s’est connu, Moi qui n’avait pas d’amis et vous qui m’avez accueilli. ♪

La Bohem, la Bohem… Non les mecs, j’ai pas fait de fautes, ne me faites pas un scandale en Bohème parce que Bohem, c’est le surnom d’Hugo, un jeune gars de 16 ans à qui la vie n’a pas fait de cadeau, que l’école à préféré enfoncer plutôt que de secourir. Comme tant d’autres.

Hugo, il s’est fait trois copains dans cette école privée. Et putain de Dieu, il fallait du talent à l’auteur pour arriver à me faire aimer ces quatre petites graines de blousons noirs ! Sales gamins de merde, mais avec des règles morales : on vole pas les pauvres gars, on fait pas chier les meufs.

Avec eux, j’ai fait les 400 coups, avant que nous ne quittions la ville de Providence, juché sur Lipstick, la bécane d’enfer de Bohem. Mon seul regret sera de ne pas avoir su convaincre mon pote, mon frère, mon ami, Freddy, de nous suivre dans notre périple.

J’ai avalé tellement de kilomètres avec Bohem, La Fouine et Oscar, que j’en ai la gorge sèche, nouée, brûlante. Nous avons bouffé du bitume, dormi à la belle étoile, notre peau a bruni au soleil lorsque nous avons traversé le désert au guidon de nos brêles, tout les trois, puis avec trois autres motards ivres de liberté aussi.

Les jours d’après, on a roulé pareil, à s’arrêter quand on voulait, à faire les pitres sur la route, à dormir à même la terre, à manger un peu n’importe quoi et à payer une fois sur deux, à la tête du patron. On commençait à avoir la peau sacrément brûlée par le soleil et ça sentait pas vraiment la rose toutes ces journées sans se laver, sans se changer, mais, bon sang, on s’en foutait, on était pas sur la route pour embaumer la planète, les pirates qui sentent bon c’est pas des vrais pirates, et plus on se trouvait sales plus on se trouvait beaux, comme aventuriers, avec la peau qui tire et la crasse qui fait ressortir les rides du sourire.

On s’est bouffé quelques mandales dans la gueule, aussi… j’en ai encore les maxillaires tout ankylosés, ils sont tout dur quand j’essaie de faire bouger ma mâchoire.

C’est avec ses mots à lui que Bohem/Hugo nous raconte son périple, son voyage les cheveux au vent, la blanche dans les narines et avec les keufs au cul aussi, souvent…

Et les mots de Hugo, c’est pas du Victor ! Genre que ça ferait même grincer les dents des académiciens car c’est brut comme un arbre à came, noir comme du cambouis, mais ça ronronne comme des moteurs de motos sur la ligne de départ, quand on essore les poignées de gaz.

C’est pas du Baudelaire, mais putain de merde, qu’est-ce que ça fait du bien à tes tripes. Il t’invente même des mots, le Bohem, comme le faisait le Frédéric Noeud… Non, Dard !! Dard, pas Noeud… « Entrouducuter », fallait le pondre, ç’ui là !

Le voyage avec mes p’tits gars tient plus d’un road-trip que d’une promenade de santé, le dimanche, avec bobonne. Mais bordel de cul, qu’est-ce que ce fut bon de rouler les cheveux au vent, même si j’ai plus d’affinités avec les motos sportives qu’avec les chopper où on a les pieds dans le phare, façon Easy Reader.

Marrant comme les gars qui veulent plus de la société et de ses règles finissent par monter des clubs de motards avec des règles, eux aussi ! Loyauté, Honneur et respect ! Avec une hiérarchie et du protocole. L’homme restera toujours le même et sans règle, c’est le chaos et rien ne progresse lorsqu’on est dans le chaos.

Ce fut un voyage éprouvant, émouvant, beau comme un châssis de moto, fou, un voyage de malade, un voyage que je referais bien encore une fois. Des personnages attachants (pourtant, z’ont rien pour, ces petites teignes que j’ai aimé), profonds, des amis pour la vie, des frères de sang…

De l’amitié, de la vitesse, de la folie, un zeste d’iscariotisme (moi aussi j’invente de mots) et ça donne un cocktail détonnant, une furie.

Fais chier, merde, j’ai les yeux rouges à cause du soleil que je viens de regarder dans les yeux. Merde, une limaille dans mon œil ! Là, je chiale comme une gonzesse sur la fin du parcours.

Roule, mon Bohem, tu es libres de toutes entraves. Fais rugir ton moteur, mon Bohem, la route est longue et sans fin. Lève la roue avant, mon Bohem, ta moto glisse sur la route de la liberté retrouvée.

La liberté, il y en a partout. Il faut juste avoir le courage de la prendre.

Roule et ne pense pas aux miles, aux kilomètres… La liberté a un prix et tu as mis le flouze sur la table pour pouvoir la garder, quand d’autres se sont enchaînés à des bars, à des bagnoles, à du fric, malheureux deniers…

Dans la vie, je crois qu’il vaut mieux montrer ses vrais défauts que ses fausses qualités. Vaut mieux surprendre que décevoir.

Renie jamais ton âme, mon Bohem, ne renie jamais tes serments, ne lâche jamais ton guidon et roule jusqu’à plus soif. Parce quand t’arrêtes de rouler, t’es mort.

On roulait comme on respirait : pour pas mourir.

Merci à l’auteur d’avoir écrit ce magnifique voyage, ce putain de bordel de merde de coup de cœur, et fais chier qu’il y ait inséré des épluchures d’oignons entre les pages finales parce que je ne vois plus le clavier de mon PC…

Et j’ai pas les mots qu’il faut pour rendre hommage à ce roman qui m’a troué l’âme et perforé le cœur.

J’espérais qu’avec la nuit il voyait pas ces putains de larmes, ces salopes toutes salées qui coulaient encore sur mes joues.

Le « Challenge US » chez Noctembule.

BILAN - Coup de coeur

Mauvaise Étoile : R.J. Ellory

Titre : Mauvaise Étoile [NUM]                                            big_5

Auteur : R.J. Ellory
Édition : Sonatine (2013)

Résumé :
Texas, 1960. Elliott et Clarence sont deux demi-frères nés sous une mauvaise étoile. Après l’assassinat de leur mère, ils ont passé le plus clair de leur adolescence dans des maisons de correction et autres établissements pénitentiaires pour mineurs.

Le jour où Earl Sheridan, un psychopathe de la pire espèce, les prend en otages pour échapper à la prison et à la condamnation à mort, ils se retrouvent embarqués dans un périple douloureux et meurtrier.

Alors que Sheridan, accompagné des deux adolescents, sème la terreur dans les petites villes américaines bien tranquilles qui jalonnent leur route, une sanglante et terrible partie se met en place entre les trois protagonistes.

Loin de se douter de la complexité de celle-ci, la police, lancée à leurs trousses, et en particulier l’inspecteur Cassidy ne sont pas au bout de leurs surprises.

Critique : 
Le titre « Mauvaise étoile » colle bien à ce roman car pas moyen de le trouver dans mes bouquineries préférées ! Durant plus d’un an, je l’ai cherché, pensant que ma bonne étoile m’avait lâchée sur ce coup là. Pour finir, c’est ma liseuse qui m’a sorti du pétrin et j’ai enfin pu lire ce roman qui me faisait de l’œil depuis sa sortie en 2013.

Doublement heureuse je suis. Pour plusieurs raisons, la première étant que le roman m’a emporté dans un voyage à la fois dantesque et féérique. Je m’explique…

Dantesque de par la nature de la « bloody road » que mènera un des protagonistes, semant tellement de cadavres sur sa route qu’à côté de lui, Jack The Ripper fait petit joueur. Un peu comme dans « Au delà du mal » de Shane Stevens, mais différent. Mieux !

Féérique de par l’autre voyage, celui d’un jeune garçon de 17 ans et d’une gamine de 15 ans, eux aussi nés sous une mauvaise étoile, ayant tout perdu, mais animé d’une volonté farouche d’y arriver et de s’en sortir.

L’alternance des deux récits ajoute du plaisir à la lecture, mêlant adroitement les moments « calmes » avec les plus violents, où les coïncidences sont si nombreuses qu’on se dit que dans la vraie vie, il faudrait l’ingérence du Divin… ou du Malin (il est dit que « Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito », le diable pourrait le faire aussi).

À un moment donné du récit, j’ai eu un peu peur, pensant que l’auteur venait de se tirer une balle dans le pied en faisant « dévier » le scénario après l’attaque de la banque.

Pensant que tout était plié, j’ai fait la moue, mais c’était sans compter le talent de conteur d’Ellory (faudra que je songe à lui faire une grosse bise, tiens) qui ricoche comme une balle de fusil et continue sa course dans une tout autre direction totalement imprévue, semant la mort et la désolation, mais faisant battre mon cœur à tout rompre.

Il m’a surprise et j’aime ça. Pour le final aussi, j’ai eu ma dose de surprise, ayant pensé à 10.000 scénarios possibles mais pas à celui-là. Oui, faudra vraiment que je l’embrasse, lui !

De plus, l’auteur est un sadique, annonçant dans son récit les faits qui vont se dérouler dans le chapitre, genre « ils n’auraient jamais dû croiser sa route », qui ne laisse aucun doute sur l’issue mortelle pour certains personnages. C’est vache, mais j’adore.

Puisqu’on parle d’eux, la palette des personnages est bien esquissée, le Méchant étant réussi et diaboliquement sadique… D’ailleurs, je verrai bien le personnage de T-Bag de « Prison Break » dans le rôle de Earl Sheridan (l’acteur Robert Knepper).

Quand aux autres, leur évolution varie, mais pas toujours dans le bon sens. L’un d’eux étant même d’une mauvaise foi crasse.

Autre avantage du livre, c’est que le récit se passe en 1964… et moi, j’adore les romans qui se déroulent dans un monde sans smartphone, sans GSM, sans le Net et avec des méthodes d’investigations qui feraient tomber Horatio Caine dans les pommes.

Ah, si une femme n’avait pas écarté les cuisses devant n’importe qui… si les pères étaient restés… si un homme n’avait pas planté un couteau dans sa femme… si on avait fait un peu plus de cas des orphelins… si les flics ne s’étaient pas arrêtés pour passer la nuit dans un établissement pénitentiaire pour mineurs… et bien, avec tout ces « si », nous n’aurions pas eu droit à ce superbe récit.

Un roman au suspense implacable qui m’a donné des palpitations cardiaques, un roman à la noirceur absolue digne d’un trou noir, l’auteur nous livrant un magnifique récit sur le Mal dans toute son horreur.

Il est dit que les étoiles les plus brillantes attirent les ombres les plus sombres… Mais les étoiles les plus sombres dévorent le peu d’humanité qui reste dans les étoiles aux lumières chancelantes.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Challenge « Polar Historique » de Samlor (repris par Sharon) et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea : Romain Puértolas

Titre : L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

Auteur : Romain Puértolas                                                            big_3
Édition : Le Dilettante (2013)

Résumé :
Un voyage low-cost… dans une armoire Ikea ! Une aventure humaine incroyable aux quatre coins de l’Europe et dans la Libye post-Kadhafiste.

Il était une fois Ajatashatru Lavash Patel (à prononcer, selon les aptitudes linguales, «j’arrache ta charrue» ou «achète un chat roux»), un hindou de gris vêtu, aux oreilles forées d’anneaux et considérablement moustachu.

Profession : fakir assez escroc, grand gobeur de clous en sucre et lampeur de lames postiches. Ledit hindou débarque un jour à Roissy, direction La Mecque du kit, le Lourdes du mode d’emploi : Ikea, et ce aux fins d’y renouveler sa planche de salut et son gagne-pain en dur : un lit à clous.

« Quand vous aurez passé une semaine à planter les quinze mille clous dans les quinze mille petits trous prédessinés de la planche, vous ne vous poserez plus la question, monsieur, et vous regretterez de ne pas avoir pris le modèle, certes plus cher, moins confortable et plus dangereux, de deux cents clous. Croyez-moi ! »

« En 2009, Ikea avait renoncé à l’idée d’ouvrir ses premiers magasins en Inde, la loi locale imposant aux dirigeants suédois de partager la gérance de leurs établissements avec des directeurs de nationalité indienne, actionnaires majoritaires de surcroît, ce qui avait fait bondir le géant nordique. Il ne partagerait pas le pactole avec personne et encore moins avec des charmeurs de serpents moustachus adeptes de comédies musicales kitsch ».

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, un spectacle en Eurovision qui a du battant, du piquant et dont le clou vous ravira. Non, mais.

Une histoire d’amour plus pétillante que le Coca-Cola, un éclat de rire à chaque page mais aussi le reflet d’une terrible réalité, le combat que mènent chaque jour les clandestins, ultimes aventuriers de notre siècle, sur le chemin des pays libres.

Critique : 
Que voilà donc une lecture rafraîchissante après des polars noirs sombres ! Un vrai petit bijou de fantaisie, de gaité, doublé d’un message et de piques à l’adresse des règlements à la con de nos « beaux pays » qui font que la vie des immigrés clandestins n’est pas toujours facile, eux qui ne sont pas nés du bon côté de la Méditerranée.

« Car sa seule faute avait été de naître du mauvais côté de la Méditerranée, là où la misère et la faim avaient germé un beau jour comme deux maladies jumelles, pourrissant et détruisant tout sur leur passage ».

« C’est d’ailleurs comme ça que la police connaissait le nombre approximatif d’immigrés illégaux en attente sur la zone. La Croix-Rouge avait servi deux cent cinquante couverts ? Et bien il y avait au moins deux cent cinquante clandestins dans le coin. Pour la police, ils étaient des clandestins, pour la Croix-Rouge, ils étaient des hommes en détresse. C’était déstabilisant de vivre avec une telle dualité et cette peur au ventre ».

Je ne sais pas si le périple du faux fakir Ajatashatru Lavash Patel (Aja pour les intimes) pourrait être réalisable (je pense que non), mais ce n’est pas là-dessus que je chicanerai parce que je n’ai pas envie de chicaner puisque ma lecture fut dépaysante et amusante.

Oui, j’ai aimé le côté burlesque de toute cette aventure rocambolesque.

Ce que je retiendrai de cette lecture, c’est le fait que toutes les rencontres faites par Aja le changeront radicalement. Comme nos rencontres que nous faisons peuvent nous changer dans le bon sens du terme. Même si, dans un cas de figure, l’enfer sera lui aussi pavé de bonnes intentions…

« Finalement, le monde n’était pas fait que d’arnaqueurs, de tricheurs et de charognes. Et, ces derniers jours, les rencontres lui avaient enseigné qu’il y avait bien meilleur profit que de prendre l’argent aussi frauduleusement aux gens, celui de le donner et de faire le bien autour de soi. S’il l’avait entendu de la bouche de quelqu’un d’autre, il aurait trouvé cela mielleux, dégoulinant de bons sentiments, démago au possible. Mais c’était tellement vrai ».

Certes, on pourra trouver l’humour un peu lourd et le style d’écriture un peu léger, mais je ne demandais pas un style alambiqué, je voulais juste un récit m’entraînant dans un ailleurs… Si je veux du style, je choisirai d’autres auteurs.

On pourrait dire aussi que la situation horrible des immigrants et des clandestins, de ces gens qui ont tout abandonné pour un avenir meilleur, a déjà été traitée par d’autres auteurs, de manière plus profonde, mais bon, nous ne sommes pas dans « Les raisins de la colère » non plus.

Ici, on traite le sujet mélangé avec de l’humour, mais sans se moquer d’eux.

« Eux, ils avaient tout abandonné pour se rendre dans un pays où ils pensaient qu’on les laisserait travailler et gagner de l’argent, même s’il fallait pour cela ramasser la merde avec les mains. C’était tout ce qu’ils demandaient, ramasser la merde avec les mains, du moment qu’on les acceptait. Trouver un travail honnête afin de pouvoir envoyer de l’argent à leurs familles, à leurs peuples, pour que leurs enfants n’aient plus ces ventres gros et lourds comme des ballons de basket, et à la fois si vides, pour qu’ils survivent tous sous le soleil, sans ces mouches qui se collent sur vos lèvres après s’être collées sur le cul des vaches. Non, n’en déplaise à Aznavour, la misère n’était pas moins pénible au soleil ».

Les personnages sont attachants, un peu stéréotypés, mais drôles. Les situations sont cocasses, improbables, le tout est léger… Mais le tout reste brillamment analysé !

« Pour quelqu’un venant d’un pays occidental de tendance démocratique, monsieur Ikéa avait développé un concept commercial pour le moins insolite : la visite forcée de son magasin. Ainsi, s’il voulait accéder au libre service situé au rez-de chaussée, le client était obligé de monter au premier étage, emprunter un gigantesque et interminable couloir qui serpentait entre des chambres, des salons et des cuisines témoins tous plus beaux les uns que les autres, passer devant un restaurant alléchant, manger quelques boulettes de viande ou des wraps au saumon, puis redescendre à la section vente pour enfin pouvoir réaliser ses achats. En gros une personne venue pour acheter trois vis et deux boulons repartait quatre heures après avec une cuisine équipée et une bonne indigestion ».

Bref, un livre à lire sans se prendre la tête, lorsqu’on a envie d’un peu de joyeuseté entre deux polars noirs. Un livre pour s’aérer l’esprit avant de replonger dans du plus sérieux.

Satan dans le désert : Boston Teran

Titre : Satan dans le désert                    big_3-5

Auteur : Boston Teran
Édition : Folio (2005)

Résumé :
Bienvenue en Californie comme au Nouveau-Mexique ! Vous y trouverez des folles sans identité, isolées en plein désert dans des caravanes en ruine, des bandes non identifiées, insaisissables, menées par des gourous en quête de gibier, des taulards cuits et recuits par le soleil, surveillés par des flics improbables et des hommes prospères protégés par les murs de leurs villas discrètes…

Vous y trouverez l’enfer sur terre. Parce que son ex-femme a été massacrée et que sa fille a disparu, le flic Bob Hightower sort enfin de sa léthargie. Ce qu’il découvrira au bout du chemin dépasse l’entendement.

« Les mots de Boston Teran vous hantent longtemps après que vous avez refermé son livre. Je suis encore sous le choc » (Harlan Coben).

Petit Plus : Boston Teran, auteur sous pseudonyme, dit seulement de lui qu’il est né dans le Bronx de parents italiens et qu’il vit aujourd’hui en Californie.

« Satan dans le désert » a reçu le prix Creasey Dagger du premier roman en Angleterre ainsi que le prix Calibre 38 du meilleur roman policier 2004 en France.

Critique : 
Ça, c’est ce qui s’appelle une lecture « coup de poing uppercut »… Assurément, âmes sensibles, abstenez-vous d’ouvrir pareil livre, vous le refermeriez bien vite. Ce roman est donc à ne pas mettre entre toutes les mains, c’est pour cela que je ne le conseillerai qu’aux lecteurs avertis.

Comment vous expliquer cette lecture très sombre, cette violence qui suite de toutes les pages, tout en vous expliquant que « Satan dans le désert » est un roman hallucinant et que je l’ai apprécié ?

Sur le toit de goudron noir, la pluie génère une multitude de ruisseaux irréguliers qui s’évacuent vers les gouttières oxydées. Mais elle ne lave rien. Elle ne l’a jamais fait. La crasse qui est le lot quotidien de chacun est bien trop importante.

Le pitch : Bob Hightower est ce qu’on appelle un flic « pépère », assis derrière son bureau, dans un bled proche de Los Angeles, à la frontière du désert.

Il est divorcé, adore sa fille et tout irait bien dans sa vie si on n’avait pas retrouvé son ex-femme et son nouveau mari plus que sauvagement assassinés… Et quand je dis « sauvagement », je suis encore gentille… Le chien et le cheval sont dans le même état et Gabi, sa fille chérie de quatorze ans, est introuvable parce qu’enlevée.

Bob est dépourvu de moyen, il n’a pas de piste, contrairement au lecteur, puisque nous savons déjà « qui » est le commanditaire de toute cette sauvagerie, nous savons « qui » l’a perpétré, mais nous ignorons le « pourquoi ».

C’est une ancienne toxico, Case, qui va donner une piste à Bob. Lorsqu’elle a lu le fait divers qui se rapportait à la tuerie, elle a reconnu la marque de Cyrus : un mec taré, violeur, assassin, dealer, nihiliste, maquereau, tortionnaire… La totale, quoi. Un type qui prend plaisir à détruire l’innocence, à faire plonger des enfants dans la dépendance et à leur faire subir les pires perversions sexuelles ou tortures de malade. Il pratique aussi son art de la torture sur des adultes, juste pour le plaisir.

Tétanisé par la peur, le gosse se met à trembler. Cyrus se campe devant l’autre, examine longuement son membre et le prend en main.
– C’est une vraie queue de diable que tu as là, toi.
Terrifié, le gamin refuse de le regarder dans les yeux.
– Une vraie queue de diable, répète Cyrus en soupesant, appréciateur.

Comment elle le sait ? À votre avis ? Case a fait partie de sa bande, enfin le mot « secte niant Dieu » serait plus adapté. Elle a réussi à s’en sortir, plus morte que vivante et elle accepte d’aider Hightower, le « mouton » qui veut s’attaquer à des « loups », trouvant ainsi une occasion de se venger de ce qu’elle a subit. Et puis, Case, c’est aussi un loup…

Road movie d’enfer, traque sans pitié où tous les coups sont permis, où les chasseurs prennent le risque de devenir gibier et où notre flic pépère va devoir se transformer en loup pour faire couleur locale et tenter de se frayer un passage entre les crocs du diable sans y laisser trop de plumes.

– C’est pas à l’Amérique propre et puritaine que vous avez affaire, sur ce coup-là. Cette merde, c’est l’enfer. Une histoire de drogue, de sang et de foutre, déjanté, à un point que vous n’avez pas idée. C’est pas comme si vous entriez dans une librairie ésotérique de Hollywood Boulevard pour acheter quelques babioles sataniques. Ces types-là prennent leur pied en foutant en l’air les gens normaux comme… votre ex-femme et son mari.

Et puis, parfois, les braves gens peuvent cacher une face sombre qui est aussi tordue que les pires psychopathes avec lesquels ils font affaire…

De toute façon, on sait que s’ils sortent gagnant de leur cavale contre Cyrus, personne n’en ressortira indemne psychologiquement parlant.

Bien que la prose de l’auteur ne soit pas toujours d’une grande finesse (c’est pas Lehane), j’ai été emporté par cet espèce de road-movie, cette course vers la mort qui se déroule dans la chaleur suffocante du Nouveau Mexique et il me fut impossible de lâcher le bouquin avant d’être arrivé à la fin ! J’étais excité comme une puce au salon de la moquette.

Aux blanches étendues salines de l’est répond, comme un écho, le « terrible désert » de l’ouest évoqué par John Steinbeck. Un enfer de sel et de sécheresse au-dessus duquel les montagnes miroitent tels des corbeaux d’ébène.

Niveau dialogues, ils sont percutants, très crus et imbibé de discours sur la religion, le Bien, le Mal, Dieu… et autres imprécations démentes. Bref, ça clashe souvent.

– On a tous besoin d’appartenir à un club. Le club de Dieu ou le club des Hurlements. Dans le même pâté de maison, chacun son groupe. Mais les morceaux de musique qu’ils jouent ont été empruntés à d’autres et noyés dans les conneries. Et de toute façon le prix d’entrée est bien trop élevé dans les deux. Tu veux la vérité Coyote ? Va frapper aux cercueils.

Si la prose de Bostan Teran n’est pas « exceptionnelle »,  ses mots ont tous été des coups de poings dans ma face, ses phrases sont tranchantes comme la lame affûtée du couteau de Jack l’Éventreur et quand je pensais qu’il m’avait amené au bout de l’horreur, et bien non, il est allé encore plus loin. Simple mais incisif et saisissant.

Au final, une sacrée descente en enfer de plus de quatre cent pages qui se dévorent  la rage aux tripes, sans pouvoir lâcher le bouquin, tant on a envie de savoir si Bob et Case vont arriver victorieux au bout de leur voyage dans les entrailles du Mal et si Gabi, la fille de Bob, en ressortira vivante. Savoir dans quelle mesure ce voyage les aura changé, aura changé leur vision des choses.

– Il va charger cette petite mignonne et, bien vite, elle se retrouvera à quatre pattes dans un bouge, à se faire enculer par un camé sidaïque. Il prendra des photos, ou peut-être qu’il filmera tout ça. Il la forcera à le sucer pendant qu’il lui montrera le film. Il s’amusera avec elle tout le temps de la projection et, quand le générique de fin défilera, il parachèvera son œuvre en la pendant par les pieds et en l’ouvrant du clito au…
Case ne peut en dire d’avantage. Et Anne est trop choquée pour parler.

Niveau des personnages, j’ai eu un gros faible pour Case, sans cesse en lutte avec ses vieux démons qui sont « cocaïne » et « souvenirs horribles ».

Elle et Bob forment un duo détonnant qui ne se serait jamais croisé sans la tuerie et l’envie de Case d’en finir avec son passé. Ils sont plausibles et l’auteur ne brûle pas les étapes dans le récit de leur animosité qui se transforme petit à petit en respect profond, la confiance s’installant au fur et à mesure. De plus, nos deux amis ne sont pas des héros tout blanc… Ils ont leur part d’ombre.

Niveau du Méchant et de sa bande, ils sont abominables, sans pitié, sans coeur, sans empathie, ayant eu, eux aussi, leurs traumatismes. On aurait d’ailleurs tort de considérer Cyrus comme « juste » un dingue ou juste un « simple » psychopathe. Ce sadique possède de multiples talents et l’intelligence ne lui fait pas défaut. Un expert dans la propagation du Mal : la peur est un bonheur pour lui, la souffrance une plénitude, la violence un véritable orgasme ou une thérapie à l’hypocrisie de ce monde.

Rien ne sera épargné aux personnages : des morts violentes, du sang, des scènes de tortures, des viols, un petit shoot,… Bref, ils peuvent déposer plainte de suite contre l’auteur !

Niveau rythme de l’histoire, je ne savais pas à quoi m’attendre, pestant un peu que, dès le départ, on sache « qui » a commandité la tuerie et qui l’a exécuté…

C’était sans compter sur le talent de l’auteur pour me réserver quelques belles surprises durant ma lecture et pour m’emmener dans un voyage apocalyptique où quand on pense que tout est fini, ben non, il en reste encore dans le moteur !

On peut dire que Boston Teran a porté son polar à des sommets de violence que je n’avais pas encore rencontrés… sans jamais se départir d’un style d’écriture étonnant (simple mais percutant). Assurément, « Satan dans le désert » ne m’a pas laissée indifférente et j’en suis sortie groggy.

Alors, si vous adorez les cocktails « violence » mélangés à la poudre de fusil, additionné de drogues-sang-viols-tortures, le tout macérant dans du mezcal  avec une touche de tabasco pimenté, foncez !

« Satan dans le désert » a reçu le prix Creasey Dagger du premier roman en Angleterre ainsi que le prix Calibre 38 du meilleur roman policier 2004 en France.

Livre participant au Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), au « Challenge US » chez Noctembule et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle.