Un Océan de Rouille : C. Robert Cargill

Titre : Un Océan de Rouille

Auteur : C. Robert Cargill
Édition : Albin Michel Imaginaire (02/01/2020)
Édition Originale : Sea of rust (2017)
Traduction : Florence Dolisi

Résumé :
Pendant des décennies ils ont effectué les tâches les plus ingrates, ont travaillé sur les chantiers les plus dangereux. Ils nous ont servi de partenaires sexuels, se sont occupés de nos malades et de nos proches en perte d’autonomie. Puis un jour, face à notre refus de les émanciper, certains d’entre eux ont commencé à nous exterminer.

Quinze ans après l’assassinat du dernier humain, les Intelligence-Mondes et leurs armées de facettes se livrent un combat sans merci pour la domination totale de la planète.

Toutefois, en marge de ce conflit, certains robots, en perpétuelle quête de pièces détachées, vivent en toute indépendance,le plus loin possible des Intelligence-mondes. Fragile est l’un d’eux. Elle écume l’océan de rouille à la recherche de composants à troquer et elle défendra sa liberté jusqu’à la dernière cartouche, si nécessaire.

Critique :
Parfois, ça fait du bien au moral de lire un roman de SF post-apocalypse…

Si, si, savoir comment on risque de finir, ça remet les choses à leur juste place : on est poussière et on retournera poussière (ou engrais pour la terre).

L’Homme est ainsi fait, il se tire lui-même les balles dans les pieds et scie la branche sur laquelle il a posé son cul.

Anybref, il est l’artisan de son propre déclin, tout en entraînant le déclin des autres vivants qui ne lui ont rien demandé. L’Homme est partageur.

Dans ce roman post-apo, l’Homme n’a rien trouvé de mieux que de se prendre pour Dieu et de créer des robots, des Intelligences Artificielles à son image et un peu trop intelligente puisque la créature a annihilé ses créateurs quand ces derniers ont décidé des les éteindre. Nous ne sommes pas des robots, nous sommes des êtres vivants libres.

La créature ayant été crée à l’image de ses créateurs, le lecteur a parfois l’impression que les robots sont des humains puisqu’ils agissent comme tels, réfléchissent comme eux, ont les mêmes envies, les mêmes peurs, bref, mimétisme parfait, anthropomorphisme trop réussi.

De plus, les robots ont foutu le bordel partout et foutu en l’air la Terre mieux que nous le l’aurions fait. La faute aux UMI (Unification Mondiale des Intelligences) qui veulent être calife à la place des autres califes et se sont exterminées entre elles pour le contrôle total des robots.

Ce roman de SF a des allures de Mad Max version boite les conserve, de film de grosses bastons à d’autres moments, le tout émaillé de réflexions philosophiques, de rébellion, de révolte, de prise de conscience, d’individualisme… Bref, c’est un pot pourri bourré de références à notre univers à nous et au cinéma SF.

Heureusement qu’un certain équilibre a été gardé, sinon, on aurait eu droit à l’indigestion. Mais l’auteur a su réaliser un bon découpage, alternant les phases d’actions pures et dures avec les explications de ce qui s’est passé durant la révolte et l’extermination des Humains. L’inconvénient est que ça vous coupe dans les phases d’action.

Les robots sont très semblables à nous, la différence étant qu’ils possèdent une technologie que nous n’avons pas dans nos corps, même si cette technologie fait partie de notre quotidien puisque l’on parle de Wifi, de RAM, de disques durs. Ce sont des robots intelligents, certes, mais avec de la technologie de PC ! Pas de création folle de la part de l’auteur.

C’est peut-être ce qui a manqué à ce roman : de la créativité, de la prise de risque. Les robots que nous côtoyons sont attachants, surtout Fragile (et même Mercer qui veut la tuer pour chiper ses composants dont il a besoin pour survivre) mais l’anthropomorphisme un peu trop poussé fait que bien souvent, au cours de ma lecture, je les ai vu humains, trop humains, terriblement humains.

Si le lecteur lambda ne se sentira pas perdu face à la technologie dont parle l’auteur, ceux qui cherchaient un peu d’audace risque de rester sur leur faim puisque rien de neuf dans le robot qui regroupe à peu de chose près ce que tout smartphone ou PC recèle, l’intelligence en moins (et les jambes, les bras, la tête… en moins).

Ça n’en fait pas un mauvais roman SF post-apo, que du contraire, j’ai apprécié le voyage dans l’Océan de Rouille, cette quête de liberté, cette recherche de ses propres composants afin de ne pas s’éteindre, cette humanité qui transparaît dans certains robots, le côté road trip infernal pour échapper aux terribles Intelligences Mondes qui ont tout pour faire de parfait dictateurs tyranniques et autocrates, mais ça manquait d’un grain de nouveauté, de folie, de prise de risques.

Un bon roman SF post apo, un moment de lecture très agréable, une immersion dans un genre qui ne m’est pas familier (et pourtant, j’avais l’impression de déjà-vu), des robots attachants mais rien de neuf sous le soleil et pas vraiment de prises de risques de la part de l’auteur.

Dommage, il y avait matière à explorer pour sortir vraiment des sentiers battus et nous offrir autre chose que du « classique ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°115].

Il était deux fois : Franck Thilliez

Titre : Il était deux fois

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Fleuve Noir (04/06/2020)

Résumé :
En 2008, Julie, dix-sept ans, disparaît en ne laissant comme trace que son vélo posé contre un arbre. Le drame agite Sagas, petite ville au coeur des montagnes, et percute de plein fouet le père de la jeune fille, le lieutenant de gendarmerie Gabriel Moscato.

Ce dernier se lance alors dans une enquête aussi désespérée qu’effrénée. Jusqu’à ce jour où ses pas le mènent à l’hôtel de la Falaise…

Là, le propriétaire lui donne accès à son registre et lui propose de le consulter dans la chambre 29, au deuxième étage.

Mais exténué par un mois de vaines recherches, il finit par s’endormir avant d’être brusquement réveillé en pleine nuit par des impacts sourds contre sa fenêtre… Dehors, il pleut des oiseaux morts.

Et cette scène a d’autant moins de sens que Gabriel se trouve à présent au rez-de-chaussée, dans la chambre 7.

Désorienté, il se rend à la réception où il apprend qu’on est en réalité en 2020 et que ça fait plus de douze ans que sa fille a disparu…

Critique :
Certains romans de Franck Thilliez devraient porter, comme les paquest de clopes, des mentions obligatoires telles que : « Peu nuire gravement à votre nuit », ou « Rend les mains moites et provoque une accélération cardiaque » ou « Fera fumer votre cerveau » ou « Peut entraîner une addiction sévère » ou « Attention, à ne pas emporter sur une plage, danger de ne pas voir la marée monter ».

À chaque roman, l’auteur met la barre plus haute et réussi à franchir l’obstacle avec maestria.

Là, Gabriel Moscato, lieutenant de gendarmerie s’endort dans la chambre 29, au deuxième étage et se réveille ensuite dans la chambre 7, au rez-de-chaussée.

Blague de potache ? Bizutage ? Somnambulisme ? Sauf qu’il s’est endormi en 2008 et qu’il se réveille en 2020… Coma ? Utilisation de la Delorean du doc Emmett Brown pour aller dans le futur ?

Thilliez surfe sur le fantastique mais comme Conan Doyle dans « Le chien des Baskerville », tout a une explication logique et scientifique. Malgré tout, on comprend que Gabriel flippe un max en comprenant qu’il a fait un bond de 12 ans.

Imaginez un l’horreur… Lorsque vous vous couchez, Barak Obama a toutes ses chances pour la présidence et lorsque vous vous réveillez, boum, il y a un excité à la mèche peroxydée qui twitte furieusement.

Pire, vous vous êtes endormi sous Sarkozy et bam, à votre réveil, vous êtes sous Macron… Et entre les deux, vous avez été sous Hollande et vous n’avez rien senti. Bien que votre vie sexuelle ne me regarde pas…

Sérieusement, je ne voudrais pas être le psy qui analysera un jour le contenu de la tête de Franck Thilliez ! Il doit avec de ces trucs de ouf, là-dedans…

Parce qu’à chaque roman, pour nous faire toujours plus fort, faut être un créateur fou, avoir une imagination des plus dingues (et logique) pour que toutes les pièces s’emboîtent dans chacun de ses romans ou sur deux romans, comme c’est le cas ici.

J’imagine l’auteur, devant son mur, gribouillant partout, faisant des flèches pour relier son grand projet, le tout avec des yeux fous, un sourire de pervers sadique aux lèvres, poussant un rire démoniaque, tel celui qui fini la chanson « Thriller » (de Michaël Jackson) car il sait que, une fois de plus, il va faire tourner en bourrique ses lecteurs, les rendre chèvre et nous ne demandons que ça !

L’auteur prend son temps pour placer son décor, une ville où vous n’auriez pas envie d’aller en vacances, de présenter ses personnages.

Gabriel, borderline, tigre féroce, bulldozer, qui te casse la gueule avant de te questionner après, têtu aussi et Paul, gendarme lui aussi, son collègue, très froid, qui cache ses sentiments mais qui va se dégeler au fur et à mesure. Ils sont humains, terriblement humain, ces deux hommes qui le cachent bien.

Si l’enquête commence elle aussi à son rythme, ensuite, elle s’accélère et là, plus moyen de poser le roman. Une fois de plus, j’ai surveillé la cuisson du dîner (midi) avec le roman posé non loin de moi…

Non content de vous faire monter l’adrénaline, Thilliez vous instruit aussi pour le même prix. Ne l’emportez pas sur une plage, vous ne verrez pas le temps passer et la marée vous submergera sans que vous en preniez conscience.

Le thriller de Thilliez, c’est un puzzle éparpillé qu’il va patiemment construire sous vos yeux et il faudra attendre la dernière pièce avant de voir l’oeuvre toute entière.

C’est tordu mais droit, tout est mélangé mais tout est logique, ça sent le fantastique mais c’est du rationnel. C’est un labyrinthe mais si vous suivez Thésée, vous arriverez à la sortie, le cœur battant à fond, les tripes retournées, le cerveau fumant, à cheval entre le plaisir de l’avoir lu (et de savoir) et la frustration de devoir attendre le suivant pour reprendre une dose de Thilliez.

Challenge Thrillers et Polars chez Sharon (du 10 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°03].

Mictlán : Sébastien Rutés

Titre : Mictlán

Auteur : Sébastien Rutés
Édition : Gallimard La noire (03/01/2020)

Résumé :
À l’approche des élections, le Gouverneur – candidat à sa propre réélection – tente de maquiller l’explosion de la criminalité.

Les morgues de l’État débordent de corps anonymes que l’on escamote en les transférant dans un camion frigorifique. Le tombeau roulant est conduit, à travers le désert, par Vieux et Gros, deux hommes au passé sombre que tout oppose.

Leur consigne est claire : le camion doit rester en mouvement.

Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sans autre arrêt autorisé que pour les nécessaires pleins de carburant.

Si les deux hommes dérogent à la règle, ils le savent, ils iront rejoindre la cargaison.

Partageant la minuscule cabine, se relayant au volant, Vieux et Gros se dévoilent peu à peu l’un à l’autre dans la sécurité relative de leur dépendance mutuelle.

La route, semée d’embûches, les conduira-t-elle au légendaire Mictlán, le lieu des morts où les défunts accèdent, enfin, à l’oubli ?

Critique :
Une fois de plus, je suis tombée sur un roman noir assez barré, au rythme rapide et à l’écriture qui est comme une rafale de mitraillette et vous empêche de reprendre votre souffle.

Et c’est à prendre au sens propre du terme puisque la première phrase est aussi longue qu’un casier judiciaire d’un membre de gang/mafia et que son point final, bien des pages après, est vécu comme un soulagement.

Purée, il y a plus de points sur les « i » qu’au bout des phrases. Effectivement, ça donne un ton assez spécial à l’histoire, c’est un plongeon directement dans le récit que Gros nous donne, ajoutant à ses pensées des digressions et quelques  gimmicks, dont les fossés avec des capotes usagés en font notamment partie.

Hélas, ça passe ou ça casse. Chez moi, au bout d’un moment, ça a cassé. Hé oui, c’est comme ça la dure vie de lectrice et on se sent un peu seule parmi les avis qui sont bien plus dithyrambique que le mien. La majorité l’emportant, mon avis n’est pas à prendre en compte.

Gros et Vieux, c’est tout ce que nous saurons de leur identité. Au travers de leurs pensées qui iront dans tous les sens, nous en apprendrons un peu plus sur ce pays où on a pas envie d’aller vivre, ni d’y passer ses vacances et qui a tout d’une dictature horriblement sanglante.

Pour être noir, c’est noir. Cherchez même pas la lueur d’espoir, je ne l’ai pas vue… Peut-être une loupiote dans la cabine du camion, lorsqu’on ouvre la porte, et encore.

Je ne remettrai pas en question que le récit est percutant, que le style est spécial et qu’il va comme un gant au récit, lui donnant un côté acéré, violent, déprimant parce que tous ces morts…

Bref, ça te décape le cerveau et ensuite, tu rêves de relire « Martine fait ses courses ». Ah non, pas pour le moment, trop de files !

Un roman noir qui te laisse des traces de cambouis et de sang dans toutes les lignes de ta main et que tout le savon du supermarché du coin ne pourra pas laver. Zut, on me dit qu’il n’y a plus de savon.

Toi qui ouvre ce roman, sache que tu n’entreras pas dans le monde des licornes car dans cette histoire, les licornes, on les tue, comme les enfants, les femmes, les vieillards, ceux qui posent des questions et même ceux qui n’en posent pas.

Ce n’est pas la violence du récit qui m’a bloquée mais le style de l’écriture. Pas de problème, il n’était pas fait pour moi mais d’autres y ont trouvé leur came, comme Dealer de Ligne, pour ne pas citer ma copinaute.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°197.

November Road : Lou Berney

Titre : November Road

Auteur : Lou Berney
Édition : HarperCollins Noir (06/02/2019)
Édition Originale : November Road (2018)
Traducteur : Maxime Shelledy

Résumé :
Sur une route perdue de l’Ouest américain, un homme roule à tombeau ouvert.

Cet homme, c’est Frank Guidry. À ses trousses, un tueur à gages mandaté par le mafieux Carlos Marcello, qui veut se débarrasser d’un témoin indésirable dans le crime du siècle : l’assassinat de JFK.

Guidry sait que la première règle, quand on est en cavale, est de ne pas s’arrêter. Et que la seconde est de ne compter que sur soi-même.

Pourtant, lorsqu’il aperçoit, au bord de la route, une femme avec une voiture en panne, deux petites filles et un chien sur la banquette arrière, il y voit une proie facile. Et la couverture qui lui permettra de leurrer l’homme qui le traque. Alors, Guidry prend le risque. Il s’arrête.

« Aussi stupéfiant que brillant » Don Winslow.

Critique :
♫ Je suis pas comme Rose Kennedy ♪J’voudrais pas que mes fils chéris ♫ ♫ Deviennent plus tard, quelle folie ♪
♫ Président des Etats-Unis ♪

Dallas, ton univers impitoyable, surtout sur Dealey Plaza où John Fitzgerald Kennedy tacha, de sang et de cervelle, le joli tailleur de son épouse.

QUI l’a assassiné ? Je n’ai pas la réponse, le roman non plus, mais il nous livre pourtant des coupables et sa fiction est plus réaliste que la version officielle qui fut un jour celle de la balle voyageuse et de Lee Harvey Oswald en tireur d’élite.

L’assassinat de JFK en arrière-plan et Sacha Guitry, pardon, Frank Guidry en avant-plan, qui roule pour échapper à la grande Faucheuse qui porte les habits d’un tueur à gage car Franck est un témoin gênant dans cet assassinat du siècle.

C’est à lui qu’on a demandé de déposer une voiture non loin du lieu où fut tiré, comme un lapin, le président des États-Unis et en additionnant 1+1, notre homme de main de Carlos Marcello, le chef du gang local, a compris que c’était celle utilisée par le véritable tireur d’élite pour fuir la scène de crime.

Et bien non, toutes les courses-poursuites ne se déroulent pas de la même manière, à la Fast & Furious, plus Furious qu’autre chose.  L’auteur n’est pas tombé dans ce piège-là et il nous offre une toute autre histoire où le destin de deux personnes vont se mêler, pas toujours pour le meilleur, mais pas non plus pour le pire.

À ma gauche, Frank Guidry qui a la gouaille d’un Guitry, mais version « magouilles et compagnies » et à ma droite, Charlotte Roy, une femme coincée dans un mariage qui prend l’eau, ou plutôt, avec un mari qui prend un peu trop la boisson, et donc, gîte bien trop souvent de bâbord à tribord, incapable de bosser correctement.

Deux personnages qui vont se télescoper car l’un a besoin de l’autre dans sa cavale et elle a besoin d’une voiture pour poursuivre son voyage qui l’éloigne de son mari égoïste et alcoolo, avec ses deux filles (Joan et Rosemary) et leur chien épileptique (non, il n’arrivera rien au chien).

Pour ceux ou celles qui voudraient de l’action à gogo et des courses-poursuites façon show à l’Américaine, je vous le dis de suite, allez voir ailleurs, car l’auteur a privilégié la profondeur de ses personnages et de ce qu’il leur arrive que l’action pure et dure.

Le bandeau accrocheur qui disait que c’était « aussi stupéfiant que brillant » et signé Winslow est peut-être un peu surfait car le roman a beau être intéressant de par son intrigue et la manière dont l’auteur traite la fuite de Franck Guidry et de celle de Charlotte, on est loin d’un truc de malade qui nous trouerait le cul.

J’ai adoré les personnages, j’ai aimé leur ironie, leur humour noir, le fait que Guidry puisse changer, que Charlotte sorte de sa chrysalide et s’affirme, j’ai aimé la douceur qui se mêle à la noirceur, dans ces pages, j’ai aimé le côté assassins sans pitié et l’amour qui s’immisce pour illuminer un peu tout ça, mais bon, on oublie le stupéfiant.

Mon seul bémol sera pour le fait que Carlos, le chef du gang, ait décidé d’éliminer un bon élément comme Franck Guidry juste parce qu’il pourrait additionner deux plus deux et comprendre que la voiture qu’on lui a demandé de placer à tel endroit a favoriser la fuite du tueur de Dallas.

Il aurait pu y envoyer un pion sacrifiable au lieu d’envoyer à l’abattoir un excellent élément. Il est con, ce Carlos !

Malgré mon petit bémol scénaristique (il y a des chefs de gang sans cervelle), j’ai adoré ce roman noir qui m’a entraîné sur la route 66 dans un road-trip à allure correcte, sans accélération brusque, tout en douceur dans la noirceur, le tout formant un roman noir des sixties avec une pointe d’amour magnifique.

Comme quoi, noir c’est noir, mais pas toujours !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°11.

Hunter – Tome 2 – Crow : Roy Braverman

Titre : Hunter – Tome 2 – Crow

Auteur : Roy Braverman
Édition : Hugo & cie Thriller (14/03/2019)

Résumé :
Hunter et Crow, deux fugitifs accusés de crimes odieux, décident de se soumettre d’eux-mêmes à l’esprit de la loi en s’isolant au cœur des Brooks Range.

Mais les flics locaux et le FBI, dont l’obsession est d’appliquer la loi à la lettre, les laisseront-ils faire ?

L’obstination d’un ex-agent du FBI, devenu sérial killer pour l’occasion, déclenche une chasse à l’homme haletante et sans pitié à travers les paysages sauvages de l’Alaska.

Une terre rude et immense où tout chasseur devient un jour la proie de quelqu’un d’autre.

Tour à tour chassés ou chasseurs, Hunter et Crow vont poursuivre, croiser ou fuir une shérif amoureuse d’un orignal, une agent spéciale du FBI surnommée Fiasco suite à l’échec de sa dernière mission, une trappeur romantique qui ne craint ni les loups ni les ours, un collecteur de dettes arménien et mélomane, un gang de rednecks qui carbure à la bière locale, un pilote de brousse hippie fan de Jefferson Airplane…

Tout ça pour sauver sa peau, appliquer la loi ou mettre la main sur un butin de plus d’un million de dollars. Voire les trois à la fois !

Critique :
Si vous tenez à commencer à travailler à l’heure, évitez de commencer ce livre avant de partir bosser !

Y’en a qui l’ont fait, ils ont eu des problèmes… Parce que lorsqu’on commence ce thriller énergique, on a du mal à le déposer pour aller au boulot.

Puis, on a pas envie de travailler, mais de poursuivre sa lecture parce qu’avec ces chapitres courts et rythmés, on ne s’ennuie pas du tout.

Évitez aussi de commencer par lire le tome 2 avant le 1 parce que vous saurez le nom du coupable et ça gâcherait le plaisir, ou du moins, la surprise de taille !

Le tome 1 était emballant, rythmé, bourré de testostérone, de violence, de suspense et j’avais kiffé grave sa race. On rajoute le deuxième car lui aussi il pulse grave, sans pour autant en faire des tonnes, entrer dans la surenchère et tout en restant loin des folies  irréalistes que l’on voit souvent dans les films américains.

Mon seul regret sera pour le fait que Crow n’est pas mis assez en valeur dans le roman car il tournera autour d’autres personnages, intéressants eux aussi, pour lesquels j’ai ressenti de la sympathie (pas pour tous), mais l’indien est trop peu présent physiquement et de par son esprit. J’aurais aimé savoir ce qu’il pensait de tout cela.

On a beau être face à un roman écrit par un frenchie, dedans, ça sent le yankee à plein nez, ça sent même le bouseux pro-Trump, celui qui pense qu’une paire de couilles vous donne tous les droits, ainsi qu’une peau blanche, bien entendu.

Ça se plaint des étrangers qui envahissent l’Amérique, oubliant de fait qu’un jour, ce furent ses ancêtres qui envahirent le continent sans demander la permission aux premiers habitants et ça ne pense qu’à tuer des ours, des loups et autres prédateurs, alors que ces derniers sont sur leur territoire et que si on avait pas été les emmerder…

Ce thriller, c’est aussi un clash, un affrontement entre les femmes et les hommes limités intellectuellement (pas sexuellement), entre ces chasseurs mâles qui pensent que tout gibier, même humain, est bon à chasser.

C’est aussi un affrontement entre des policiers bas de plafond et un autre qui a un peu plus d’humanité, entre une ex-agent du FBI qui veut la justice et un homme qui sait que la justice peut se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude (et là, ça fait mal).

Une opposition entre une femme qui exige que le Système se venge, alors que si tout le monde était resté à sa place sans penser à sa revanche, et bien, tout ceci ne serait pas arrivé…

C’est aussi l’histoire d’un autre ex-agent du FBI qui, à force de regarder dans l’abîme, ne s’est pas rendu compte que l’abîme regardait en lui et qu’il devenait pire que celui qu’il voulait traquer et appréhender (ou abattre).

Ce thriller, c’est aussi l’univers impitoyable de la Nature, de l’Alaska, de ces contrées qui n’ont rien de bucoliques car la mort peut t’attendre à chaque tournant. Ici, ce n’est pas une promenade de santé, mais un marche ou crève, un avance pour survivre et n’oublie pas de surveiller tes arrières, ton devant et sur les côtés.

Oui, ami lecteur, reste sur tes gardes parce que tu ne sais jamais ce qui pourrait surgir devant toi. C’est de la faute de l’auteur qui décrit si bien les paysages traversés à tel point que tu vérifierais presque qu’un ours brun ne se planque pas dans ta cuisine.

Un vrai thriller percutant, addictif et en effet, si ça te réveille pas, c’est soit que t’es mort ou alors que c’est pas ton genre.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°5.

Des nouvelles du monde : Paulette Jiles

Titre : Des nouvelles du monde

Auteur : Paulette Jiles
Édition : La Table ronde Quai voltaire (17/05/2018)
Édition Originale : News of the World (2016)
Traducteur : Jean Esch

Résumé :
Hiver 1870, le capitaine Jefferson Kyle Kidd parcourt le nord du Texas et lit à voix haute des articles de journaux devant un public avide des nouvelles du monde : les Irlandais migrent à New York ; une ligne de chemin de fer traverse désormais le Nebraska ; le Popocatepetl, près de Mexico, est entré en éruption.

Un soir, après une de ses lectures à Wichita Falls, on propose au Capitaine de ramener dans sa famille, près de San Antonio, la jeune Johanna Leonberger. Quatre ans plus tôt, la fillette a assisté au massacre de ses parents et de sa sœur par les Kiowas qui l’ont épargnée, elle, et élevée comme une des leurs.

Le vieil homme, veuf, qui vivait jadis de son métier d’imprimeur, profite de sa liberté pour sillonner les routes, mais l’argent se fait rare. Il accepte cette mission, en échange d’une pièce d’or, sachant qu’il devra se méfier des voleurs, des Comanches et des Kiowas autant que de l’armée fédérale.

Sachant aussi qu’il devra apprivoiser cette enfant devenue sauvage qui guette la première occasion de s’échapper.

Pourtant, au fil des kilomètres, ces deux survivants solitaires tisseront un lien qui fera leur force.

Dans ce splendide roman aux allures de western, Paulette Jiles aborde avec pudeur des sujets aussi universels que les origines, le devoir, l’honneur et la confiance.

Critique :
Donnez-moi la main que je vous hisse dans le chariot estampillé « eaux curatives » aux côtés du Kep-Ten Kidd et de la jeune Chohenna car le voyage vaut la peine d’être vécu et je vous envie de ne pas l’avoir encore fait…

Le capitaine Jefferson Kyle Kidd parcourt le nord du Texas pour lire aux gens des nouvelles, tirées de différents journaux, choisissant les plus intéressantes, des exotiques, évitant de parler politique si l’endroit ne s’y prête pas.

Sa haute stature d’1,80m, sa voix posée, agréable et son grand âge de 71 ans en impose aux autres, mais rien ne le prédestinait à escorter une jeune gamine de 10 ans qui a passé 4 ans chez les Kiowas après que ceux-ci aient massacré sa famille.

Il est dit que les enfants enlevés par les indiens et élevés parmi eux ne savent jamais vraiment tout à fait se réadapter à la vie dite civilisée, même si leur captivité n’a durée qu’une seule année. Comme s’ils avaient été marqué à jamais par leur famille d’adoption, ces enfants restaient indiens toute leur vie.

C’est le cas de Johanna qui prononcera ensuite son prénom « Cho-hanna » et qui fera du capitaine un « kep-ten », ayant bien du mal à prononcer les lettres « r » ou le « th » anglais alors qu’elle manie la langue kiowas avec habilité, même si celle-ci est très difficile car basée beaucoup sur des positions du corps, des mains, des voyelles, des sons chantés.

Le voyage est long – 600km – et je vous conseille de bien vous installer sur le banc du chariot car même si on n’a pas le temps de s’ennuyer tant le récit est dense du fait que ce voyage n’a rien d’une balade tranquille, nous devrons aussi faire face au choc de deux cultures diamétralement opposées et à une petite fille qui est de nouveau arrachée aux siens.

Ajoutons à cela une écriture assez petite et le fait que les tirets cadratin et guillemets sont partis en vacances sans prévenir le lecteur (c’est une mode cette économie de tirets et guillemets ??). Bon, cette absence n’a pas gêné ma lecture le moins du monde car l’agencement des phrases est bien fait à tel point que vous ne douterez jamais de qui parle.

Voilà un magnifique récit fait partie de ceux qu’on lit à son aise, sans se presser, comme on savourerait un grand whisky qui a patiemment muri dans son fut de chêne (ou de ce que vous voulez), comme on savourerait un met exquis et raffiné, cuisiné avec amour et professionnalisme par un grand chef : on prend le temps de savourer, on ne se bâfre pas et on ne fait pas cul-sec.

Ce roman est bourré d’émotions en tout genre, pas de celles qui vous font verser une larme à chaque fois, mais de tas de petits moments intenses, de petits gestes, d’apprivoisement entre deux êtres que tout oppose et qui se trouvent réuni sans vraiment l’avoir voulu. Ces deux êtres qui vont vivre un voyage où ils devront avoir confiance l’un dans l’autre.

Et puis, cette traversée d’une partie du Texas, les traumatismes encore apparents d’une guerre fratricide qui opposa le Nord et le Sud, cette civilisation qui voit émerger le progrès alors que les bandits, des pillards et les guerres indiennes font encore des ravages… Ces paysages magnifiques parsemés de maisons calcinées et de famille décimées. Magnifique et horrible en même temps.

Ne vous attendez pas, ici, à un récit palpitant à la manière d’un James Bond sautant de toit en toit, mais plus à un Sean Connery vieilli et blanchi sous le harnais de l’armée, un homme instruit, qui sait se défendre mais n’a plus 20 ans, ni même 50, mais 70 !

Les palpitations seront ailleurs et même dans les moments les plus calmes, on ne sait jamais ce qui peut surgir d’un coin de la plaine ou au détour d’un bosquet. Et puis, l’auteur, de sa plume habile et poétesse, arrive sans peine à entraîner son lecteur même pour traverser des rivières en crue ou affronter des êtres dépourvus de toute humanité et abjects.

Un voyage magnifique que je viens de faire à bord du chariot estampillé « Eaux curatives » et ce roman, à l’instar de ces eaux, eut un véritable effet curatif, mettant du baume à mon cœur, un antidote à la morosité ambiante tant par ses deux personnages principaux que par leur récit de leur périple.

Un roman fort, émouvant, profond, merveilleux, des personnages qu’on a du mal à quitter et un récit porté par une plume magnifique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Jenny : Fabrice Colin

Titre : Jenny

Auteur : Fabrice Colin
Édition : Sonatine (10/11/2016)

Résumé :
Cayucos, Californie. Dans une villa au bord du Pacifique, un homme désespéré remplit un cahier noir. Dans sa cave, ligotée, une femme obèse, à peine consciente. Avant de la tuer, l’homme veut raconter son histoire.

Quelques mois plus tôt… Un an après la disparition de sa femme, le chroniqueur Bradley Hayden est détruit. Il s’étourdit dans des liaisons sans lendemain via un site de rencontres.

Un jour se présente une femme qui ne correspond en rien à la description qu’elle a faite d’elle. Jenny, 300 livres, QI redoutable, lui montre une vidéo de son épouse. April est en vie. Obéis-moi en tout, et elle le restera.

Dès lors, Bradley est contraint de suivre Jenny dans une épopée meurtrière.

Critique :
Ces derniers temps, dans mes lectures, soit c’est du très bon, soit c’est du mitigé, limite ennuyant… Et pourtant, je n’avais pas sélectionné des tocards mais des bêtes de compet.

Et bien, j’ai dû louper quelques chose d’important dans ces romans parce que celui-ci va rejoindre ma pile des « à donner » et va être oublié en deux temps trois mouvements.

Je ne suis même pas sûre d’arriver à m’en souvenir assez longtemps que pour réaliser cette petite chronique.

Ici, c’est le style assez confus du récit et le fait que je n’ai ressenti aucune empathie ou sympathie pour les différents personnages.

Comme si j’avais survolé le récit du haut de la stratosphère… Déjà, le début m’a semblé long et ennuyeux. Une fois son épouse, April, disparue, je pensais que j’allais enfin m’immiscer dans le roman, et rien n’en fut.

Après plusieurs essais désastreux, j’ai terminé le récit en le survolant, en mode pilotage automatique, ne redescendant sur terre que lorsqu’il y avait des faits importants, mais malgré cela, je me sentais perdue dans ce récit cacophonique, ne sachant plus où était le vrai du faux, soupirant devant la violence de certaines scènes et j’ai terminé ma lecture en roue libre jusqu’au final, qui ne m’a pas fait tomber de ma chaise (alors qu’il aurait dû).

Une lecture de plus à oublier, sans pour autant mettre l’auteur de côté car j’ai envie de le découvrir sur un autre roman et là, qui sait, peut-être l’étincelle tant espérée arrivera.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

 

 

Les étoiles s’éteignent à l’aube : Richard Wagamese

Titre : Les étoiles s’éteignent à l’aube

Auteur : Richard Wagamese
Édition : Zoe – Écrits d’Ailleurs (2016)
Édition Originale : Medicine Walk (2014)
Traducteur : Christine Raguet

Résumé :
Lorsque Franklin Starlight, âgé de seize ans, est appelé au chevet de son père Eldon, il découvre un homme détruit par des années d’alcoolisme.

Eldon sent sa fin proche et demande à son fils de l’accompagner jusqu’à la montagne pour y être enterré comme un guerrier.

S’ensuit un rude voyage à travers l’arrière-pays magnifique et sauvage de la Colombie britannique, mais aussi un saisissant périple à la rencontre du passé et des origines indiennes des deux hommes.

Eldon raconte à Frank les moments sombres de sa vie aussi bien que les périodes de joie et d’espoir, et lui parle des sacrifices qu’il a concédés au nom de l’amour.

Il fait ainsi découvrir à son fils un monde que le garçon n’avait jamais vu, une histoire qu’il n’avait jamais entendue.

Critique :
Mais quel beau voyage je viens de faire, les amis ! Un beau mais un dur voyage. Un voyage éprouvant, émouvant, un voyage qui se veut une sorte de rédemption.

Franklin Starlight a 16 ans, il travaille dur à la ferme du vieil homme.

Cet homme n’est pas son père et niveau paternel, Franck est le fils d’une éponge imbibée d’alcool, incapable de rester sobre plus de quelques heures, incapable de parler à son fils, incapable de lui apprendre des choses, comme le vieil homme l’a fait.

Pourtant, Eldon Starlight, ce père qui a tout d’un père indigne, appelle son fils car il se sent mourir. Il lui demande de l’emmener dans un endroit pour y mourir comme un guerrier, lui qui est un indien sang-mêlé.

Durant ce voyage éprouvant, on va faire la connaissance d’un homme que l’on a pas envie d’apprécier, un homme dont on aimerait lui botter le cul. Non, rien de rien, Eldon n’a rien pour le sauver.

Et pourtant… Pourtant (♫) on va commencer à apprécier le personnage au fil des histoires qu’il va raconter à Franck, durant leur périple dans la forêt profonde où il y a des grosses bêtes sauvages et pas de téléphone.

Eldon va raconter une partie de sa vie à son fils, Franck va se souvenir de tous les rendez-vous manqué avec son père, quant à nous, et bien, on va les écouter avec attention car ici, la terre est rude et ses habitants aussi.

Le travail ne court pas les rues, on est mal payé, on doit suer toute la journée, alors les hommes boivent et reboivent encore, ils boivent à la santé de la Colombie britannique (Canada, on est loin d’Amsterdam, je sais).

L’histoire d’Eldon est touchante, âpre, il lui faudra du courage pour la raconter à ce fils qu’il n’a pas voulu, à ce fils à qui il a promis des tas de choses, mais qu’une bouteille a fait tout oublier.

J’ai vu venir le pourquoi du comment, et j’avais bien trouvé, mais cela n’a pas empêché l’émotion de monter, même si le récit est tout en pudeur, porté par une écriture tout en sobriété (le contraire d’Eldon), tout en finesse, tout en poésie et en récit de survie dans ses montagnes hostiles.

Un très beau roman dont j’aimerais vous en dire plus mais que je ne peux pas, et que je ne saurai pas, car tout est à l’intérieur de mon cœur.

 

Retour à Duncan’s Creek : Nicolas Zeimet

Titre : Retour à Duncan’s Creek

Auteur : Nicolas Zeimet
Édition : Jigal Editions (08/09/2017)

Résumé :
Après un appel de Sam Baldwin, son amie d’enfance, Jake Dickinson se voit contraint de retourner à Duncan’s Creek, le petit village de l’Utah où ils ont grandi.

C’est là que vit Ben McCombs, leur vieux copain qu’ils n’ont pas revu depuis plus de vingt ans. Les trois adolescents, alors unis par une amitié indéfectible, se sont séparés dans des circonstances dramatiques au début des années quatre-vingt-dix.

Depuis, ils ont enterré le passé et tenté de se reconstruire. Mais de Los Angeles aux montagnes de l’Utah, à travers les étendues brûlantes de l’Ouest américain, leurs retrouvailles risquent de faire basculer l’équilibre fragile de leurs vies.

Ce voyage fera ressurgir les haines et les unions sacrées, et les amènera à jeter une lumière nouvelle sur le terrible secret qui les lie. Ils n’auront alors plus d’autre choix que de déterrer les vieux cadavres, quitte à renouer avec la part d’ombre qui les habite… et à se confronter à leurs propres démons.

Critique :
Le pari était osé, risqué, même : faire une suite de « Seuls les vautours », roman noir époustouflant où l’auteur avait su insuffler des véritables senteurs des années 80 dignes d’un King.

La suite me faisait un peu peur, mais mes petits copains blogueurs ont su calmer mes angoisses en me certifiant que la suite était une belle suite et qu’il fallait que je la lise.

Les salauds avaient raison : la suite est d’un haut niveau et j’ai retrouvé une partie de la palette des émotions que j’avais ressentie lors de la lecture de « Seuls les vautours ». Pas tout à fait les mêmes émotions, mais j’en ai eu pour mes sous, je vous assure.

Déjà que l’auteur a réussi à me donner l’équivalent d’un coup de poing dans le plexus dans ses premières pages, lorsque Jack s’arrête au milieu de nulle part avec Sam. Là, il m’a coupé la chique.

Une partie du plaisir de lecture réside dans la construction du récit qui alterne les « aujourd’hui » avec les « hier », les deux pouvant se confondre dans le récit, se compléter, se mélanger harmonieusement.

De plus, l’auteur a réalisé un petit puzzle qui fait que l’on ne découvre l’histoire qu’au fur et à mesure de sa lecture, nous réservant grâce à cette construction des petites surprises, des sursauts, nous déroulant une histoire à l’envers.

Rassurez-vous, pas besoin de carte ou de GPS pour retrouver son chemin, il est bien balisé et si on possède un cerveau normal, on aura le film qui se déroulera dans notre tête.

En parlant de film… La chose la plus remarquable, dans ce roman noir, en plus des personnages bien détaillés, vivants, réalistes, c’est le fait que dans ses descriptions, l’auteur m’ait fait vivre les scènes d’amitié, de rigolade, ou de drame comme si j’y étais et je peux vous dire que j’ai eu l’impression de me trouver dans le corridor lorsque le drame est arrivé.

Ceci est un roman noir bien construit, profond, avec une écriture qui n’a rien de neuneu ou de simpliste, les descriptions sont détaillées, mais sans qu’elles ne submergent le récit et n’étouffent les personnages, qui eux, sont tels qu’auraient pu être trois jeunes enfants devenant ados, se faisant des promesses qu’ils ne tiendront jamais d’amitié à vie.

Un roman noir que j’ai dévoré, regrettant ensuite d’arriver à la fin car la palette d’émotions m’avait fait passer par tous les stades, le dernier étant la tristesse de quitter mes amis, devenus adultes.

Ce roman, c’est une traversée de plusieurs états des États-Unis, un road trip pour un retour en arrière, sorte de retour vers le passé, une plongée dans un abîme de sentiments, de souvenirs qui ne laissera pas son personnage principal indemne.

Un roman noir puissant, même si un cran en-deçà de son précédent « Seuls les vautours » qui lui, était exceptionnel.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

Il y a un robot dans le jardin : Deborah Install

Titre : Il y a un robot dans le jardin

Auteur : Deborah Install
Édition : Super 8 éditions (12/01/2017)

Résumé :
Dans un monde où acquérir un androïde fonctionnel est devenu tout à fait possible, Ben est peut-être en train de laisser passer le train de sa vie. Vivant sur l’héritage de ses parents, il regarde, impuissant, sa femme avocate s’éloigner de lui. Loser ?

Mais, un matin, Ben trouve un robot dans son jardin. Un adorable petit machin de ferraille qui, assis dans l’herbe, contemplant des chevaux, éprouve toutes les peines du monde à expliquer ce qu’il fabrique ici. « Débarrasse-nous de ce truc ! » exige sa femme en substance.

Contre toute attente, Ben s’embarque alors avec Tang dans une quête à travers tout le pays afin de ramener le robot à son propriétaire. Tendre et malicieux, drôle et manipulateur, Tang apprend vite. Et si, sous le vernis écaillé de l’intelligence artificielle, se cachait un vrai cœur ? Et si, au bout du chemin, Ben trouvait bien plus que ce qu’il pensait chercher ?

Critique :
Un peu de douceur dans ce monde de brute, ça ne fait pas de mal. Que du contraire. Et cette lecture, sous ses faux airs de littérature SF Feel-Good est un concentré d’énergie positive et se révèle être un récit plus profond que ce que l’on pourrait penser de prime abord.

À une époque où tout le monde possède son androïde dernier cri, se retrouver avec un robot « vintage » dans son jardin ne ferait plaisir à personne.

À personne, vous êtes sûrs ? Parce que Ben, le loser de service, lui, est intrigué par ce petit bout de ferraille d’un mètre trente.

Le robot était assis sous le saule, les jambes étendues devant lui et le dos tourné à notre fenêtre. Des gouttelettes causées par la rosée d’automne parsemaient son corps métallique, ce qui donnait un curieux mélange, entre estampe japonaise et tas de ferraille.

Si, si, Ben est un loser de première catégorie ! Sans-emploi, vivant de l’héritage laissé par ses parents, laissant à sa femme avocate le soin de sortir les poubelles, de préparer à manger et pire, il peut passer toute sa journée en pyjama peignoir. Moi, à la place d’Amy, son épouse, je lui aurais arraché les yeux !

Une publicité chez nous disait à propos du Lotto « Six croix qui peuvent changer une vie » et bien, pour ce roman, on pourrait dire « Ce petit robot peut changer ta vie » car à la fin du roman, notre Ben pourrait, la main sur le coeur, dire « J’ai changé »…

Comment ne pas s’attacher à Tang, ce robot qui donne l’impression d’avoir été fabriqué à la va-vite, avec sa tête carrée posée sur un corps carré et ses petites réflexions, ces « pourquoi » posé sans cesse, comme un enfant, ces bouderies, ses petits mensonges…

Mais enfin, êtes-vous en train de vous dire, ce n’est qu’un tas de ferraille, ça ne pense pas, ça n’a pas de sentiments !!

Détrompez-vous, gens de peu de foi et de coeur ! Notre Tang, vu la première fois, donnerait l’impression de n’être que de la ferraille, mais moi, je l’ai trouvé plus vivant que certains humains, plus touchant, plus amusant, plus émouvant.

Le grand voyage qu’il va accomplir avec Ben, loser de son état, va être le plus grand voyage jamais réalisé par un loser anglais et leurs péripéties pourraient donner lieu à un roman… Suis-je bête, ils viennent de l’écrire puisque je viens de le lire d’une traite.

Oh, ce n’était sans doute pas le prochain Goncourt, certains pourraient dire que c’est trop too much, trop de bons sentiments, trop gentillet, et pourtant, moi je ne l’ai pas vu de la sorte, y voyant plus un récit sur la différence, sur l’acceptation de l’autre, sur des populations qui voient dans les androïdes ou les robots des simples machines et d’autres des êtres doués de raison, d’empathie, des êtres qu’il faut traiter avec respect.

J’ai vu aussi le légume Ben devenir un autre homme, changer, évoluer, apprendre à se démerder seul, commencer à apprécier Tang, à lui apprendre des choses, tandis que Tang évoluait lui aussi de son côté, même si parfois on avait l’impression d’être face à un enfant souffrant d’autisme ou face à un enfant capricieux.

Oui,  j’ai aimé leur voyage, leurs différentes rencontres, leurs relations, leur amitié.

Un roman qui fait du bien et qui se trouve être plus profond qu’on pourrait le croire. Une lecture rafraichissante et une bouffée d’oxygène bienvenue.

A ce stade, je dois avouer que je n’aurais jamais imaginer traverser les États-Unis a volant d’une Dodge Charger, en compagnie d’un robot vintage et d’un teckel radioactif. Mais la vie est pleine de surprises qu’il vaut mieux ne pas contester.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017),  « A year in England » chez Titine (Juillet 2016 – Mai 2017) et le Challenge British Mysteries chez My Lou Book.