Mémoires de Fanny Hill – Femme de plaisir : John Cleland

Titre : Mémoires de Fanny Hill – Femme de plaisir

Auteur : John Cleland
Édition : Gallimard (1976) / Pocket (2009)
Date de publication originale : 21 novembre 1748

Résumé :
Fanny Hill est aujourd’hui considéré comme le plus grand livre érotique anglais de l’âge d’or du libertinage.

Le personnage clé de Fanny Hill est en effet inspiré de Fanny Murray, prostituée de dix-sept ans qui était l’idole des aristocrates londoniens, tant son zèle au travail la consacrait de loin, chaque mois, meilleure employée de toutes les « maisons » britanniques.

Sous la plume de Cleland, elle raconte ses expériences, décrivant son arrivée dans la capitale, son initiation dans un établissement fameux, puis sa spécialisation dans les orgies les plus débauchées.

Ce faisant, elle délivre des conseils sur la manière de bien se conduire dans un lieu de plaisir ! L’audace du récit est telle que ce n’est qu’en 1963 que la Grande-Bretagne en autorisa vraiment la publication.

Guillaume Apollinaire a livré la première édition très érudite de Fanny Hill, à qui il a donné ses vraies lettres de noblesse littéraire.

Il en a livré les passages les plus compromettants… mais en notes de bas de page…

Voici donc la première édition intégrale, non expurgée, publiée en français d’un véritable chef-d’ oeuvre. Gageons qu’il met encore aisément le rose aux joues.

Critique :
J’ai comme l’impression que bons nombres de mes abonnés auront sursauté en découvrant la couverture choisie par moi-même pour illustrer ma chronique…

Je supputerais même que certaines en ont recraché leur café sur le clavier du PC, que d’autres en auront avalé leur mojitos de travers ou que même, d’autres plus prudes, auront reclapé en vitesse le clapet de leur PC portable de peur que leur époux ne pensent qu’elles fréquentassent un blog porno.

J’aurais pu, j’aurais dû, certainement, choisir en image de tête l’édition Presse Pocket, plus sobre, mais cela n’aurait pas été moi.

À lire ainsi l’arrière du livre (on commence où on veut, après tout), on pourrait croire que l’on va lire tout un récit érotique, plus long que ceux insérés dans les magazines placés en hauteur dans les librairies.

Je vous en prie, refermez vos bouches béantes, posez vos deux mains sur la table et ouvrez grands vos esgourdes (et vos jambes ensuite si ça vous chante, tout cela ne nous regarde pas).

Avant d’entrer dans le vif du sujet, si je puis me permettre, nous avons plus de 100 pages (sur 220) d’introduction aux mémoires de cette Fanny Hill…

Oui, ça donne les plus longs préliminaires de l’histoire du livre érotique, sans aucun doute !

J’en entends déjà certain(e)s murmurer « On n’a qu’à les sauter et aller de suite au Saint-Graal » et il est vrai qu’il serait tentant de les balancer et d’entrer de suite dans le vif du sujet.

Il n’est sans doute pas conseillé de commencer l’ascension du Mont de Vénus de suite car cette longue introduction de Guillaume Apollinaire nous éclaire, en partie, sur le fonctionnement des bordels londoniens à l’époque du 18ème siècle (années 1700 pour les ignares) en se basant sur les écrits du sieur Casanova, excusez du peu.

Avec un style empesé, lourd et fastidieux, l’introduction nous contera des tas de petites histoires de bordels (appelés sérails), mais aussi des tas de petites mésaventures arrivées à des jeunes filles qui, après avoir été grugées, finirent dans la profession de putes ensuite car une fois que la dèche fut venue, elles n’avaient pas d’autres solutions pour subvenir à leur besoin.

C’est long, je l’avoue, assez fastidieux par moment car écrit d’une manière que n’avons pas l’habitude de lire, les tournures de phrases n’étant pas celles auxquelles nous sommes habités, sans compter que nous avons aussi de longues énumérations de tarifs en tout genre, le tout sans que des mots grivois soient écrits puisque tout est suggéré.

Enfin, certaines choses apprises dans cette longue mise en bouche pourraient vous donner matière de discussions au prochain repas familial…

De plus, ces longs préliminaires vous préparent bien à l’arrivée du gros morceau que John Cleland, l’auteur, va vous proposer. On peut dire que ces préliminaires vous passent la vaseline en plus de préparer à l’arriver de la pièce principale.

Vous ne pourrez pas dire que vous n’aviez pas été prévenu des mœurs dissolues de certains, du manque d’hygiène et des orgies sexuelles qui avaient lieu dans ces maisons closes.

Last but not least, après deux longues lettres de Fanny Hill, nous arrivons dans le saint des seins ! Ou dans le sein des saints… car la petiote va nous raconter son arrivée en ville après le décès de ses parents et sa découvert du corps humain féminin et surtout masculin.

Ne cherchez pas des mots grivois dans ses récits, ni même des mots ordinaires comme « sexe, pénis, verge, vagin, fesses, testicules, éjaculer, sperme, forniquer, baiser,… » car tout est sous forme de métaphore et à vous d’imaginer ce que l’on sous-entend comme partie du corps ou comme besogne par ces jolies phrases.

[…] il tira l’engin ordinaire de ces sortes d’assauts et le poussa de toutes ses forces, croyant le lancer dans une voie déjà frayée.

Cependant son athlète, levant fièrement la tête, reparut dans tout son éclat.

Je me hâtai donc, pour être de moitié dans le bonheur de mon jeune homme, de placer sous moi un coussin qui servit à élever mes reins, et dans la position la plus avantageuse, j’offris à Will le séjour des béatitudes où il s’insinua.

En 2017, c’est sans doute trop gentillet que pour nous faire rougir ou nous émoustiller (quoique…), mais à l’époque, ce texte était jugé sulfureux et fut interdit de publication en Grande-Bretagne jusqu’en 1963.

Son phénix étant ressuscité se percha au centre de la forêt enchantée qui décore de ses ombrages la région des béatitudes. Je sentis derechef une émotion si vive qu’il n’y avait que la pluie salutaire dont la nature bienfaisante arrose ces climats favorisés qui pût me sauver de l’embrasement.

Un comble alors qu’on parlait de ce qu’il se passait chez eux, dans leurs bordels, avec leurs péripatéticiennes, et que c’était leurs mœurs dissolues qui y étaient décrites !

À cette époque, les rues de Londres étaient, le soir, pleines de filous et de filles. La dépravation des Londoniens était à son comble.

Ceci expliquant peut-être cela… Il n’est jamais agréable que le monde sache les horreurs qui se commettaient à cette époque chez les très distingués anglais. Shocking !

Dans un coin de la salle était le pot à pisser, où chacun se soulageait sans vergogne, et comme l’on tenait le plus souvent les fenêtres fermées, les vapeurs de l’urine, se mêlant aux vapeurs de l’alcool et du vin, rendaient l’atmosphère irrespirable pour d’autres que des Anglais.

Une lecture plaisante à partir de la page 100, instructive dans ses premières pages (50) et redondante et laborieuse entre la page 50 et la 100.

À lire afin de savoir comment vivait la société en ces temps là… ou pour mettre à jour son catalogue de métaphores sexuelles et pouvoir en parler devant les enfants sans dire que l’on a envie de faire une petite lessive. Zut, monsieur l’a faite à la main !!

Ses doigts en se jouant s’exerçaient à tresser les tendres scions de cette charmante mousse, que la nature a fait croître autant pour l’ornement que pour l’utilité.

Tandis que le drôle se débraillait, mes yeux eurent le loisir de faire la revue des plus énormes choses qu’il soit possible de voir et qu’il n’est pas aisé de définir. Qu’on se représente une paire de cuisses courtes et grosses, d’un volume inconcevable, terminée en haut par une horrible échancrure, hérissée d’un buisson épais de crin noir et blanc, on n’en aura encore qu’une idée imparfaite. Le héros produisit au grand jour cette merveilleuse et superbe pièce qui m’avait été inconnue jusqu’alors et dont le coup d’œil sympathique me fit sentir des chatouillements presque aussi délectables que si j’eusse dû réellement en jouir. 

Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda (dernier article).

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