1794 : Niklas Natt och Dag

Titre : 1794

Auteur : Niklas Natt och Dag
Édition : Sonatine (06/05/2021)
Édition Originale : 1794 (2019)
Traduction : Rémi Cassaigne

Résumé :
Entre Le Parfum et L’Aliéniste : le nouveau chef d’œuvre du thriller historique !

Stockholm, 1794. Une nouvelle année commence sous le régime autoritaire du baron Reuterholm, conseiller du roi. À l’hôpital de Danviken, un jeune noble se morfond, tourmenté par le crime horrible dont on l’accuse.

Dans une métairie de l’intérieur du pays, une mère pleure sa fille, assassinée lors de sa nuit de noces. L’affaire ne suscitant que peu d’intérêt, elle décide de faire appel à Jean Michael Cardell, un invalide de guerre qui, traumatisé par sa dernière enquête, n’a plus guère de raisons de vivre.

Alors que ses investigations le mènent vers un mystérieux orphelinat, Cardell va bientôt se retrouver aux prises avec une étrange société secrète, les Euménides.

Après 1793, Niklas Natt och Dag nous plonge à nouveau dans le monde grouillant et pourrissant d’une fin de règne suédoise que la Révolution terrifie. D’une écriture toujours aussi évocatrice, noire et puissante, il captive le lecteur dès la première page, pour ne plus le lâcher. Mieux qu’un roman : une expérience fascinante.

Critique :
Blood & Sugar en avait fait sa toile de fond, 1794 en a ajouté une couche en confirmant que le sucre, c’est dangereux pour la santé… des esclaves !

C’est eux qui meurent sur les plantations de cannes afin que les Blancs adoucissent leurs thés ou autres mets à boire ou à manger.

Direction Saint-Barthélemy (Johnny n’y est pas encore enterré) où l’Homme s’est transformé en monstre et en a asservi d’autres.

Ces Noirs, prélevés sur le continent Africain, futurs esclaves, futurs damnés de la Terre, sont vendus aux négriers par leurs frères, contre des verroteries. Leur vies ne vaut maintenant rien de plus qu’un meuble…

Ce polar historique, qui fleure le roman noir à toutes ses pages, est de ceux qui vous foutent un coup de poing dans la gueule, de ceux qui restent dans votre mémoire, même après le passage des ans et d’Alzheimer.

Ce deuxième opus commence avec les déboires de Erik Tre Rosor, jeune fils de noble de quatorze ans qui va découvrir la noirceur du monde, bien que, n’ayant pas les connaissance que nous avons, nous, lecteurs, il ne comprendra pas dans quelle sordide toile d’araignée il vient d’aller s’engluer… Nous, oui.

Pour sa défense, il était tellement en recherche de compréhension de la part des autres, de reconnaissance, qu’il était la victime parfaite pour le Grand Méchant dont le personnage était parfaitement réussi, sadique et retors à souhait. J’en ai eu des frissons. Notre vieille connaissance, Mickel Cardell, arrivera ensuite, fidèle à lui-même.

L’auteur adore torturer ses personnages, leur faire vivre une vie de merde, une vie en enfer, les tordre, les fracasser. Le contexte historique de la Suède n’a rien du monde des Bisounours non plus, il était donc parfait pour monter un thriller noir de chez noir, sans sucre, bien entendu.

La partie historique est copieuse, sans jamais devenir laborieuse ou indigeste, l’auteur ayant le talent nécessaire pour intégrer l’Histoire à son enquête (ou c’est l’enquête qui s’intègre parfaitement dans le contexte historique). En tout cas, l’équilibre est parfait et c’est difficile de s’embêter dans ce roman.

Les décors ne sont pas non plus oublié dans cette grande fresque et l’auteur décrit d’une manière très précise les bas-fonds de Stockholm, nous parle de ses petites gens, les gens de la Suède d’en bas, opposés à ceux de la Suède d’en haut à qui tout est permis. Il ne sert à rien de traverser la route pour trouver mieux, on peut s’élever un peu au-dessus de sa condition, mais jamais très haut.

Un roman historique noir de chez noir, sombre, violent, sanglant, où l’Homme Blanc et riche adore exploiter l’Homme pauvre et l’Homme de couleur (qu’il considère comme un moins que rien).

Un roman où le contexte historique est bien présent, sans jamais être indigeste. Un thriller où les personnages sont réussis, réalistes et où le Méchant n’est pas d’opérette.

Un roman social qui parle de misère, d’esclavage, de politique, de magouilles, de conditions sociales vraiment horribles et où tout est relié par une enquête qui entraînera Mickel Cardell et Emil Winge dans les horreurs de l’humanité, et les lecteurs avec.

Dommage qu’il n’ai pas eu 6 pages de plus pour pouvoir entrer dans le Challenge du Pavé de l’Été 2021.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°315].

L’épopée de Gengis Khan – 03 – La chevauchée vers l’Empire : Conn Iggulden

Titre : L’épopée de Gengis Khan – 03 – La chevauchée vers l’Empire

Auteur : Conn Iggulden
Édition : Pocket (2011) – 608 pages
Édition Originale : The epic story of the great conqueror : Bones Of The Hills (2008)
Traduction : Jacques Martinache

Résumé :
La conquête des terres chinoises à peine achevée, Gengis Khan se voit contraint d’envoyer ses guerriers dans une autre direction.

Mohammed, le shah du Khwarezm, a en effet torturé et massacré les émissaires que le chef mongol lui avait envoyés, et Gengis se doit de laver cet affront.

Pour le grand khan et ses armées menées par ses frères et ses plus fidèles généraux, c’est le début de la plus longue campagne qu’ils aient jamais entreprise, à l’assaut d’un immense territoire qui s’étend de la mer d’Aral aux rives de la mer Caspienne.

La conquête continue… Mais si Gengis sait se montrer à la hauteur lorsqu’il s’agit de conquérir, sera-t-il capable d’assurer sa succession afin de veiller à la pérennité de son empire et de son peuple ?

Critique :
Pour ma dernière chevauchée aux côtés de Gengis Khan et de ses guerriers Mongols, j’ai été servie en action, sang, violences…

Pourtant, ma soif de conquêtes littéraire n’est pas prête d’être étanchée, tout comme celle de Gengis, sauf que lui, c’était conquérir des territoires.

Lorsque l’Empire Romain s’est étendu et qu’ils ont conquis toute la Gaule (sauf un village peuplé d’irréductibles Gaulois), ils ont construit des routes, des bâtiments, des aqueducs, apporté leur savoir, leur culture (après avoir saigné à blanc les territoires et les populations, bien entendu).

Bref, ils ont joué au parfait petit colonisateur (ironique) venant apporter la lumière aux barbares, ainsi que leur savoir-faire.

Gengis Khan, lui, n’a rien apporté que la désolation, les pillages, la mort… puisqu’il n’a rien construit sur les territoires qu’il a conquis, n’ayant pas assez de guerriers que pour les occuper et n’ayant pas envie de changer de vie, passant de nomade à sédentaire.

D’ailleurs, lui et ses hommes pillaient les richesses, mais sa yourte ne portait pas de signe de richesse extérieure, ni intérieure. Aucun de ses généraux, les chefs des tumans (10.000 guerriers) n’avait de signe extérieur de richesses et n’occupait leurs postes que grâce à leur mérite.

Dans le dernier tome de cette trilogie (les suivants ne sont pas traduits, dommage), on n’aura aucun moment de répit (ou si peu), sans pour autant que la chevauchée devienne fatigante.

Que du contraire, l’auteur atteint même son apogée avec ce troisième opus de la vie de Gengis Khan. Les descriptions de combats et de violences sont parfaitement décrites (sans jamais devenir lourde).

Après avoir suivi les formations militaires des fils du khan, on assistera, impuissants, aux tensions entre les deux fils aînés de Gengis : Djötchi et Djaghataï, sans qu’aucun généraux n’osent dire au khan qu’il exagère dans son mépris pour Djötchi. Hé, c’est que le khan, il en impose et que tout le monde est à ses ordres.

Gengis est un assassin en puissance, il a peut-être uni les différentes tribus de son peuple, mais à quel prix ? Celui de la mort et du sang puisqu’il entraînera tout son peuple derrière lui pour attaquer sans cesse ou faire le siège de différentes cités.

Le khan est inflexible, têtu et ne souffre pas qu’on lui fasse l’affront de tuer ses émissaires, alors, il a envahi et razzié le Khwarezm (l’actuel Ouzbékistan et une petite partie du Turkménistan).

Pourtant, si l’on fait les comptes, vu le nombre de vies perdues (dizaines de milliers), même parmi les femmes et les enfants, cela en valait-il vraiment la peine ? Pas besoin d’y répondre, on connaît la réponse.

Aux travers des yeux de ses généraux ou de ceux de ses ennemis, on comprendra ses stratégies de batailles, mais aussi leur manière de vivre, de penser, d’être. C’est tout un pan de la culture mongole, nomade, qui nous est offert. Et ils vivaient à la dure.

Dans ce dernier tome du règne de Gengis Khan, jamais l’auteur ne fait l’apologie des méthodes du grand khan, il le met en scène, lui, ses généraux, ses guerriers, son peuple, nous parle de leur méthode de vie, de leur pensées, sans jamais prendre parti.

Sa plume virevolte sur les pages mieux qu’un petit cheval mongol et son récit se lit tout seul, les 600 pages passant même trop vite.

Une excellente biographie de Gengis Khan, romancée, tout en restant fidèle à l’Histoire. C’est très instructif à lire, sans jamais devenir redondant, sans jamais être lourd ou chiant à lire. Une fresque historique à découvrir afin de mieux connaître les invasions Mongoles et leur terrible Khan qui fut plus un razzieur, un pilleur, un démolisseur qu’un bâtisseur.

Lu dans son édition Pocket – 608 pages

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°309], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°62], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°67], Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Les Dernières heures : Minette Walters [LC avec Bianca]

Titre : Les Dernières heures

Auteur : Minette Walters
Édition : Pocket (28/04/2021) – 752 pages
Édition Originale : The Last Hours (2017)
Traduction : Odile Demange

Résumé :
Mois de juin de l’an 1348 : une épidémie monstrueuse s’abat sur le Dorset et décime peu à peu les habitants. Nobles et serfs meurent par milliers dans d’atroces souffrances.

Quand la pestilence frappe Develish, Lady Anne a l’audace de nommer un esclave comme régisseur. Ensemble, ils décident de mettre le domaine en quarantaine pour le protéger.

Bientôt, les stocks de vivres s’amenuisent et des tensions montent car l’isolement s’éternise. Les villageois craignent pour leur sécurité lorsqu’un événement terrible menace le fragile équilibre.

Les gens de Develish sont en vie, mais pour combien de temps encore ? Et que decouvriront-ils quand le temps sera venu pour eux de passer les douves ?

Critique :
♫ Confinés ♪ On était tout le monde confiné ♪ À voir nos existences s’arrêter ♪  À s’emmerder en se demandant pourquoi ♪ La peste est là ♪

♫ Confinés ♪ Inutile de fuir ou de lutter ♪ C’est écrit dans notre destinée ♪ Vous ne pourrez pas y échapper ♫ C’est gravé… ♪

♪ L’avenir ♪ Malgré nous est totalement plombé ♪ Tous nos désirs de liberté inespérés ♪ Limités, terminés ♫ (*)

Angleterre, 1348… La peste vient de faire une entrée remarquée, exterminant des populations entières dans des petits villages, n’épargnant ni les riches, ni les serfs.

Les conditions d’hygiène de l’époque étaient déplorables, puisque l’on vidait les pots de chambre dans des ruisseaux, sur le seuil de sa maison, que l’on déféquait dans les champs ou que l’on se soulageait là où l’on se trouvait.

Pourtant, à Develish, on est un peu plus propre qu’ailleurs, un peu plus intelligent aussi, plus éveillés, tout ça grâce aux conseils éclairés de Lady Anne. C’est d’ailleurs d’elle que va émaner l’ordre de se retrancher sur le domaine et de n’y laisser entrer quiconque.

Ça vous dirait un p’tit confinement de derrière les fagots ? De voir comment ça se déroule, lorsqu’on ne peut sortir du domaine où l’on s’est retranché ? Et qu’en 1348, Netflix n’existait pas, l’Internet non plus, la télé encore moins, la littérature était pauvre et réservée à ceux qui savaient lire (ils sont peu nombreux), pas de tuto sur You Tube pour apprendre la zumba, la guitare sans peine ou le macramé.

En 1348, pas question de se tourner les pouces, il faut consolider les murs, creuser des latrines, surveiller les réserves de bouffe parce que le supermarché du coin n’a pas encore été inventé. Faudra aussi occuper ses serfs, une fois que le boulot sera terminé et qu’ils ne pourront, aux champs, retourner.

Je ne suis pas exempte de reproches envers ce roman historique, notamment en ce qui concerne les personnages, un peu trop tranchés à mon goût, limite des caricatures, sans aucune nuances ou alors, quand ils en ont, c’est à la grosse louche, comme Thaddeus, le bâtard qui a appris à lire, qui est intelligent, beau mec, calme, pondéré, qui ne possède pas son cerveau dans sa queue et qui, parfois, alors qu’il est paré de toutes les vertus, réagit de manière bizarre, alors qui si un autre avait fait de même, il l’aurait raillé.

Lady Anne est une sainte femme, on la canoniserait bien de son vivant : elle est intelligente, elle sait lire, est instruite, rusée, subtile, est aimée de ses serfs, leur a inculqué des idées de libertés, est à deux doigts d’inventer le socialisme (le vrai) avant l’heure, a donné des conseils sexuels aux femmes et n’hésite pas à remettre en question les dictats de l’Église.

Or nous sommes en 1348, ne l’oublions pas. L’Église a la puissance de croiseurs de combats. Les messages de lady Anne sont beaux, porteurs d’espoir, elle est humaine, réfléchie, ce qu’elle dit est vérité, mais on plonge à fond dans la caricature non réaliste vu l’époque. Elle pourrait le penser mais le dire… Oups.

A contrario, sa fille, Eleanore, est aussi bête que méchante (mais sans faire rire, comme le ferait un Joe Dalton), stupide, bornée, débile, mauvaise foi comme ce n’est pas possible de l’être (Fillon en jupons et en pire). Sans doute a t-elle trop regardé des Disney, car elle se prend pour une grande princesse, la chérie de son papounet d’amour (un débile, crétin, aviné, concupiscent, la totale) et refuse d’ouvrir les yeux quand son monde s’écroule.

On pourrait la comprendre, les certitudes et les illusions qui s’envolent, ça fait mal. Devoir ouvrir les yeux sur son avenir, qui part en couilles, demande du courage, s’inventer un monde imaginaire et accuser les autres de tous les maux peut aider à passer des caps difficiles.

Le problème est que rien ne vient atténuer son portrait et qu’elle s’enfoncera de plus en plus dans ses mensonges, dans sa réalité tronquée, alternée, dans sa haine, son mépris des autres, ses contradictions, à tel point qu’être aussi stupide n’est pas réaliste (un peroxydé blond a fait de même et c’était trèèèès lourd) car c’est le grand écart entre les deux personnages et là, trop is te veel (trop c’est trop).

On a juste envie de balancer la fille dans les douves et ensuite, après repêchage, de la foutre dans les latrines remplies et de déféquer dessus. Il y a des baffes qui se perdent, parfois.

Autant la mère est parée de toutes les vertus (un Christ au féminin) autant sa fille est parée de toutes les tares de la terre et de tous ses défauts (sauf qu’elle est bêêêlle et qu’elle le sait).

Le rythme du roman n’est pas trépidant non plus, il prend le temps de se mettre en place, sans pour autant en profiter pour éclairer le lecteur sur le côté historique (ou si peu). Nous sommes en 1348, il y a la peste, la guerre de Cent Ans, l’auteure aurait pu ancrer un peu plus son récit dans l’Histoire, nous apporter des détails, mais là, c’est assez pauvre.

Si on prenait la tension du récit, on serait dans la chute de tension totale. Votre palpitant ne risque pas grand-chose durant votre lecture.

Le récit n’offrira guère de péripéties aux lecteurs, hormis quand certains iront nous la jouer « En balade », bien que ça ressemble plus à une escapade du Club des Cinq, version enfants gâtés et pleurnichards (pendant une épidémie de peste, d’accord), qu’autre chose. Quelques moments plus intenses que d’autres, mais pas de quoi vous donner de la tachycardie. Le suspense était parti en vacances, sans aucun doute.

Puisque j’en suis à rhabiller le roman pour l’hiver, j’ajouterai qu’il manquait d’émotions, n’ayant pas réussi à me faire vibrer avec son histoire de confinement (qui se passe presque mieux que celui imposé par nos gouvernants), d’épidémie de peste, ni avec ses différents personnages trop parés de toutes les vertus, opposés à d’autres parés de tous les défauts du monde. Ils étaient trop lisses, sans aspérités, sans rien pour équilibrer les portraits.

Avec Ken Follet ou Kate Moss, ça passe, mais ici, ça coince un peu aux emmanchures.

Pourtant, malgré cette volée de bois vert que je viens de lancer sur ce roman (qui en plus possède une suite, argh !!!), je l’ai avalé en deux jours, sans sauter de pages (juste quelques lignes quand je me faisais chier).

Non pas par pur masochisme, n’exagérons pas, c’est juste que je voulais savoir comment tout cela allait se terminer (j’en suis pour mes frais, la suite au prochain épisode), si, à un moment donné, la peste de Eleanore allait ouvrir les yeux et arrêter de répandre ses bubons fielleux sur tout le monde. Et parce que, malgré ma critique sévère, je ne me suis pas trop emmerdée en lisant ce roman… Paradoxe, quand tu nous tiens.

Un roman historique qui aurait pu être un roman noir, mais qui a loupé le coche, qui aurait pu apporter un peu plus de détails sur la vie dans l’Angleterre de 1348 et qui est passé à côté de sa mission, où la Guerre de Cent Ans n’est nullement mentionnée, un roman où les personnages auraient pu être plus équilibrés, moins fades, moins caricaturés à l’extrême, mais qui a failli à ce principe là aussi.

Un roman mettant en scène la peste noire sans que cette dernière soir l’héroïne du récit, où le confinement de toute une population dans l’enceinte du château semble plus facile que ce que nous avons vécu en mars 2020 (avec nos technologies pour nous divertir)…

Sans oublier un manque flagrant de rythme, d’émotions, l’impossibilité pour le récit de vraiment prendre son envol afin d’emporter son lecteur. Le plat avait l’air super mais au final, il manquait de corps (oups) et l’équilibre des goûts n’était pas là. Dommage.

Bianca, ma copinaute de LC, a pensé la même chose que moi de cette lecture (voyez sa chronique). Nous sommes déçues de concert. La pauvre a mis plus de temps que moi à en venir à bout. Ma motivation était que, une fois celui-ci terminé, j’allais pouvoir retourner à mon « Gengis Khan – Tome 03 » qui lui était addictif à fond.

(*) Parodie de la chanson « Destinée » de Guy Marchand (merci à lui, encore une fois, car je lui emprunte souvent sa chanson).

Lu l’édition Pocket faisant 725 pages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°305], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°58], Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Troie – 03 – La chute des rois : David Gemmell et Stella Gemmell

Titre : Troie – 03 – La chute des rois

Auteurs : David Gemmell et Stella Gemmell
Édition : Milady Fantasy (2016) – 637 pages
Édition Originale : Troy, book 3: Fall of Kings (2007)
Traduction : Rosalie Guillaume

Résumé :
Les ténèbres tombent sur la Grande Verte, et le Monde Ancien est cruellement déchiré.
Sur les champs de batailles autour de Troie, la cité d’or, se réunissent les armées fidèles au roi mycénien, Agamemnon.

Parmi ces troupes se trouve Ulysse, le fameux conteur, devenu leur allié malgré lui. Il sait que rien n’arrêtera Agamemnon pour s’emparer du trésor que renferme la cité,et qu’il devra bientôt affronter ses anciens amis en un combat à mort.

Malade et amer, le roi de Troie attend. Ses espoirs reposent sur deux héros: Hector, son fils préféré, le plus puissant guerrier de son époque, et le redoutable Hélicon, détermine à venger la mort de son épouse aux mains des mycéniens.

La guerre a été déclarée. Même si ces ennemis, qui sont aussi des parents, laissent libre cours à leur soif de violence, ils savent que certains d’entre eux, hommes ou femmes, deviendront des héros, dont les exploits vivront à tout jamais dans un récit transmis à travers les âges…

Critique :
Ces derniers jours, j’ai vécu la guerre de Troie deux fois, chacune étant différente l’une de l’autre puisqu’elles revisitaient la légende et le texte d’Homère (d’alors).

Si avec les Chroniques de St Mary’s 03, j’ai passé plus de temps dans la ville de Troie avant la guerre, j’avais tout de même eu un bel aperçu de quelques batailles, du duel Achille/Hector et apprécié la relecture du coup du cheval de Troie.

Gemmel nous offrira plus de récits de batailles et d’escarmouches, puisque c’est sa spécialité dans ses romans : des combats épiques, au cœur de l’action, au plus près des hommes, respirant leur sueur, sans oublier quelques moments désespérés ou tout semble perdu avant que…

N’y allons pas par quatre chemins, Gemmel fait du Gemmel et, si vous avez lu nombreux de ses romans, vous aurez l’impression de retrouver des situations vues ailleurs, de croiser le même genre de personnages légendaires… Pourtant, si dans certains romans de l’auteur, cela m’a gêné, ici, ce ne fut pas le cas.

Ses personnages sont bien travaillés, ils ont de la profondeur, on s’attache à beaucoup d’entre eux, se demandant quel sort l’auteur va leur réserver, même si on connait certains destins légendaires et que l’on a aucun doute quant à leur mort prochaine.

On peut réécrire une légende, changer le mythe, l’adapter, apporter d’autres théories pour le Cheval de Troie (qui est tout aussi pertinente que celle dans les Chroniques de St Mary’s, même si différente), mais l’on ne peut changer le destin des héros trop profondément ou changer l’issue de la guerre, sinon, on va droit au fossé.

Rassurez-vous, Gemmel n’est pas un imbécile : il a gardé les grandes lignes initiales et a apporté son génie imaginatif pour changer certaines parties, les interpréter à sa sauce, y apporter son grain de sel, son souffle épique (dommage qu’il fut son derner souffle).

L’histoire originale à beau être dans notre mémoire, malgré tout, on ne peut s’empêcher d’espérer que les personnages que l’on apprécie, tels les guerriers Banoclès et Calliadès, Hélicon le Bienheureux (Énée), Andromaque, Xander l’infirmier, Ulysse le conteur ou Hector le guerrier de survivre à cette guerre débile, provoquée sur un motif vieux comme le monde : l’envie de s’approprier les richesses des autres.

Les méchants resteront foncièrement méchants jusqu’au bout, tel Agamemnon, cruel, arrogant, sans cervelle parfois, buté jusqu’au bout, ne voulant pas croire ceux qui lui disaient que le trésor de Priam serait vide puisqu’il a dû le dépenser pour défendre sa ville, acheter des mercenaires, des armes…

Si cette dichotomie est présente pour les grands méchants, elle n’a pas lieu pour les autres personnages qui, bien qu’on les considère comme des amis, n’en sont pas moins des tueurs, des assassins, des pilleurs, comme les autres. Et pourtant, on les aime. Paradoxe, quand tu nous tiens.

Dans ce récit, ne chercher pas l’élément fantastique, il ne s’y trouve pas. Vous ne croiserez pas la route d’un Dieu de l’Olympe, ni même celle d’un demi-dieu tel le Minotaure. Les gens y croient, le moindre phénomène naturel, pour eux, provient des dieux, mais nous, lecteurs, ne nous y tromperons pas et nous ne verront qu’une éruption volcanique, un tsunami, une tempête…

La construction du récit est bien pensée, les moments plus calmes alternent avec des batailles. On vivra l’attente, l’angoisse, la douleur, le stress avant de partir au combat, l’exaltation de la victoire et les émotions seront au rendez-vous, sans pour autant que cela vire à la guimauve à deux balles.

Tous les personnages sont engagés dans une tragédie et hormis le salopard d’Agamemnon que l’on détestera d’emblée, il sera fort difficile de choisir son camp car bien des personnages appréciés se trouveront face à face et pas dans le même camp.

Mon voyage à Troie est terminé et j’ai quitté les murs de cette cité mythique, en ruine, avec le coeur lourd car j’aurais souhaité poursuivre cette aventure avec ces personnages qui m’avaient emportés dans leur quête.

Une saga épique qui monte en puissance au fil des tomes et qui emporte les lecteurs sur son passage, tel un tsunami rempli d’émotions, d’aventures, d’action, de bravoure, de combats, de drames, de tragédies, d’amour, de légende et d’hommes valeureux.

Lu l’édition Milady Fantasy faisant 637 pages (pavé de l’été 2021).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°302], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°55], Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine et Le pavé de l’été – 2021 (Saison 10) chez Sur Mes Brizées.

Le magicien d’Auschwitz : José Rodrigues dos Santos

Titre : Le magicien d’Auschwitz Comment celui que l’on surnommait le Grand Nivelli a survécu à l’enfer

Auteur : José Rodrigues dos Santos
Édition : Hervé Chopin (08/04/2021)
Édition Originale : O Mágico de Auschwitz (2019)
Traduction : Adelino Pereira

Résumé :
Prague, 1939. Les Allemands envahissent la Tchécoslovaquie où se sont réfugiés Herbert Levin, sa femme et son fils pour fuir le régime nazi.

Le magicien, qui se fait déjà appeler le « Grand Nivelli » est très vite remarqué par les dirigeants SS fascinés par le mysticisme et les sciences occultes.

Léningrad, 1943. Le jeune soldat Francisco Latino combat pour Hitler au sein de la Division bleue espagnole. Ce légionnaire réputé pour sa brutalité se fait remarquer durant le siège russe. Les SS décident de l’envoyer en Pologne où les enjeux sont devenus prioritaires.

Ni Herbert Levin, ni Francisco Latino ne savent encore que leurs destins vont se croiser à Auschwitz. Un destin qui va dépasser leur propre histoire.

Critique :
Herbert Levin, connu sous son nom de scène du Grand Nivelli est un illusionniste, un magicien et il est Juif… Il a fui Berlin, s’est réfugié en Tchécoslovaquie et pensait mener une vie tranquille, loin des folies des nazis.

Pas de chance, cette maudite engeance ne s’est pas privée de montrer à tout le monde qu’elle n’avait peur de personne…

L’armée allemande s’est même permise le luxe de faire tout ce que le traité de Versailles lui interdisait de faire et sans recevoir de plus fort qu’un froncement de sourcils de la part des autres pays…

Ce que j’ai apprécié le plus dans ce roman, c’est le réalisme et le travail de documentation que l’on sent derrière le récit. Les réactions des gens collent à la réalité et le lecteur s’immerge assez vite dans les décisions iniques prisent par les nazis envers les Juifs. Niveau restrictions, ils ont tout eu, tout vu… Ils ne savent pas encore qu’on peut faire pire.

D’un côté nous suivons le Grand Nivelli et sa famille, aux proies avec les restrictions de liberté (et de tout), pensant que tout va s’arranger et que les nazis ne pourront pas faire tout et n’importe quoi. Lorsque l’on connait l’Histoire, on a les tripes qui se nouent mais on sait très bien qu’à l’époque, on n’aurait jamais cru que cela irait aussi loin dans l’horreur.

En parallèle, nous suivons aussi les pas de Francisco Latino, légionnaire portugais qui s’est battu en Espagne durant la guerre civile aux côtés des nationalistes de Franco et qui se sent en dette avec l’Allemagne et part combattre sur le front russe dans une division composée de volontaires, l’Espagne n’étant pas entrée en guerre.

On se doute qu’à un moment donné, les destins de nos deux personnages vont se télescoper mais l’on ne sait ni où, ni quand. Une chose est sûre, ce ne sera pas dans la neige et le froid du front russe où l’on va cailler des billes aux côtés de Francisco et de son ami Juanito.

Bref, le côté réaliste n’est pas à remettre en cause, ni le travail de documentation qui se trouve derrière, ni même le fait que le lecteur en apprendra un peu plus sur les nazis et leur folie de l’ésotérisme poussé jusqu’à l’imbécilité.

D’un côté, ils sont hyper rationnels dans leur méthode d’extermination et de l’autre, ils croient à l’astrologie, à l’Atlantide avec sérieux, aux dieux Wotan et Thor, ainsi qu’à la société de Thulé, se contredisant dans leurs discours, dans leurs manières de faire, sans que cela leur posent le moindre problème…

Là où le bât a blessé, c’est au départ du récit car je n’arrivais pas à m’attacher à Levin (Le Grand Nivelli) et il m’a fallu une bonne cinquantaine de pages avant que la magie opère avec lui. J’ai mis du temps aussi avec Francisco et c’est seulement sur le front russe que le personnage s’est révélé plus profond que je ne le pensais.

L’arrivée du camp d’Auschwitz ne se fera qu’au deux-tiers du récit (dans la troisième partie)… Sous-titré « Comment celui que l’on surnommait le Grand Nivelli a survécu à l’enfer », je trouve que c’est exagéré car notre illusionniste n’exécutera qu’un seul tour afin de montrer à un ami qu’il n’a pas perdu la main et ce, dans les dernières pages du récit…

Lorsque le mot « fin » est apparu, il m’a semblé venir trop brusquement car il laissait tout le monde en plan et notre Grand Nivelli n’avait pas encore réussi à survivre à l’enfer… Ouf, il y aura une suite, mais j’aurais aimé le savoir dès le départ…

Le sous-titre aurait pu être plus sobre car là, il vend une chose qui n’arrivera pas dans ce premier tome, Nivelli n’ayant même pas encore commencé à organiser, comme on dit là-bas…

Il n’est pas facile d’écrire un livre qui se déroule en partie dans le camp de travail d’Auschwitz I et en faible partie dans celui de Birkenau, bien plus inhumain que l’autre (oui, il est toujours possible de faire pire).

Pas évident non plus, dans les dialogues, de faire parler des nazis qui exposent leur point de vue sur ces horreurs et d’entendre que pour eux, c’est comme couper une jambe atteinte de gangrène afin de sauver le reste du corps… On pourrait croire que ça leur fait autant d’effet que de trier les fruits pourris afin de préserver les sains…

Pourtant, on apprendra que certains se sentirent mal au départ, que d’autres s’évanouirent, même les grands dirigeants, car au départ, ce n’est pas facile, puis, on s’habitue, selon notre guide dans le camp.

Le plus horrible, c’est que même les prisonniers s’habituent à l’indicible et ne sursautent plus, ne cillent plus, devant ceux ou celles qui se suicident en se jetant sur la clôture de haute-tension, passant à côté des corps sans que cela leur fasse quelque chose, ils en ont tellement vu.

Ce n’est pas la première fois que je lis ça et mes tripes se nouent toujours car je me doute que dans la situation, je ne m’en ferais plus à force de voir des corps morts.

L’Homme s’habitue à tout, même à l’indicible et ça, ça fait froid dans le dos, même si c’est une forme de protection, comme ces témoins qui furent prisonniers dans des camps et qui ont effacé les violences de leur mémoire.

La postface est intéressante aussi car l’auteur assène une vérité que trop souvent nous oublions : seuls les témoins survivants peuvent parler, les morts, eux, ne peuvent rien raconter. Personne ne saura ce qui s’est passé dans la tête des gens entrés dans une chambre à gaz, lorsqu’ils ont compris que…

On ne peut que l’imaginer, mais personne ne pourra jamais en témoigner car pas de survivants. Ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas en parler, ce n’est pas parce que certains camps n’ont eu aucun survivants qu’ils sont moins importants que les autres. Mais les morts sont toujours silencieux…

Un roman historique qui mêle la fiction avec la réalité, les personnages fictifs croisant les réels et qui nous parle de ces nazis fanas d’ésotérisme et de théories totalement farfelues, dingues, mais auxquelles ils croyaient dur comme fer. Rien n’a changé, certains racontent encore des imbécilités et on les écoute, on les croit…

Et cela mène à des horreurs telles que les camps d’extermination. L’auteur ne se contente pas d’accuser les nazis des horreurs commises, mais par l’entremise de notre guide dans Birkenau, il mettra aussi dans l’accusation les autres pays qui ont regardé leurs pieds, se contentant de faire des leçons de morale mais n’agissant pas, comme nous le faisons toujours.

On pourrait croire que c’est un énième roman sur la shoah, mais non, il est différent sans pour autant trahir l’époque, les faits, l’Histoire. C’est plusieurs histoires dans l’Histoire et c’est toujours bouleversant.

PS : on apprend aussi que pour ce qui est des motifs d’arrestation, l’arbitraire et l’imagination sont toujours au pouvoir… Comme cet homme, prisonnier du camp d’Auschwitz pour « sabotage »… Il avait acheté une patate dans la rue. Peut-être quelque part, à cette époque, il existait un livre secret que l’on se passait sous le manteau et intitulé « Comment foutre en l’air la machine nazie avec une patate » ?? Un tuto en version papier et non You Tube…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°253] et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Miroir de nos peines : Pierre Lemaitre [LC Bianca]

Titre : Miroir de nos peines

Auteur : Pierre Lemaitre
Édition : Albin Michel (02/01/2020) / LP (2021)

Résumé :
Avril 1940. Louise, trente ans, court, nue, sur le boulevard du Montparnasse. Pour comprendre la scène tragique qu’elle vient de vivre, elle devra plonger dans la folie d’une période sans équivalent dans l’histoire où la France toute entière, saisie par la panique, sombre dans le chaos, faisant émerger les héros et les salauds, les menteurs et les lâches… Et quelques hommes de bonne volonté.

Il fallait toute la verve et la générosité d’un chroniqueur hors pair des passions françaises pour saisir la grandeur et la décadence d’un peuple broyé par les circonstances.

Secret de famille, grands personnages, puissance du récit, rebondissements, burlesque et tragique…

Critique :
Dans ces deux précédents romans consacré à l’entre-deux-guerres, Pierre Lemaître m’avait emporté, bouleversé et apporté des émotions fortes telles que la colère (sur certains comportements, personnages), de la joie, de la tristesse.

Bref, j’en avais vu de toutes les couleurs aux côtés de ses personnages grandioses, réalistes, flamboyants, généreux ou qu’on avait envie de trucider.

Le dernier tome n’a pas dérogé à la règle, il terminera comme les autres dans mes coups de coeur car lui aussi m’a emporté, telle une foule en délire, dans des émotions fortes qui ont mis à mal mon pauvre cœur de lectrice.

L’exode, raconté par la mère de mon père, ça fleurait bien l’amusement, les chamailleries, la belle vie et l’aventure. Des bons souvenirs pour elle.

Oui, mais non, mémé, ce n’était pas la belle vie et l’amusement pour tout le monde, ces milliers de gens jetés sur les routes suite à la guerre et qui devait encore en plus subir les hausses des prix, le mépris des autres et les avions allemands qui ne lâchaient pas des confettis.

Quitter sa maison, son village, sa ville, son pays, avec son barda, les enfants, ça n’a rien d’une promenade de santé et où que vous alliez, on vous verra comme des envahisseurs. La peur est un ennemi mortel pour l’esprit humain, elle lui fait voir des choses qui n’existeront pas et le fait devenir une sorte d’ours enragé, que les exilés soient du pays voisin, du département voisin ou tout simplement son voisin.

Une fois de plus, Lemaître a réussi à nous emporter dans les affres de la drôle de guerre, suivant plusieurs personnages à la fois, sans avoir à quel moment leurs arcs narratifs vont se rejoindre, ni pourquoi.

Personnages flamboyants, une fois de plus, attachants, réalistes et pouvant évoluer et passer de salopard fini à un homme cachant de la fragilité sous de la colère.

Désiré est le plus magnifique, véritable caméléon qui joue tout au culot. Raoul est un magouilleur brutal, Gabriel un jeune homme timide, Louise, croisée toute jeune dans le premier tome est ici une femme en proie à des doutes et M Jules, patron du café est un sacré numéro aussi qui a réussi à m’émouvoir avec peu.

Son dernier roman consacré à l’entre-deux-guerres, je l’ai dévoré en peu de temps tellement il était addictif, bien écrit, historiquement bien fait, précis, travaillé, au scénario excellent, mélangeant les drames avec de l’humour. Nous avons beau être en 1940, les réactions des gens ne sont pas éloignées des nôtres en 2021.

L’absurdité des décisions, les imbécilités des décideurs, sans oublier celles de la population (parce que nous n’avions rien à envier à nos gouvernants, point de vue conneries absurdes) sont présentes et bien que personne ne puisse Twitter, les rumeurs et la propagande vont bon train, pervertissant l’esprit de tout le monde, rendant les gens pareils à des bêtes féroces (heureusement, pas tout le monde).

Sur le final de cette magnifique fresque historique, j’ai eu envie de poser le livre et de laisser libre cours à mon chagrin. J’arrivais au bout de cette belle aventure, j’allais quitter les personnages à tout jamais et ils m’avaient apporté tellement de belles choses que j’avais le cœur lourd à l’idée de les quitter.

De plus, même si les pires bassesses humaines remontaient à la surface, même si la haine guidaient les actions de certains, si la colère envers les réfugiés sortait par tous les pores et que la peur commandait les esprits, les quelques gestes de solidarité m’avaient émus eux aussi. Tout n’est pas à jeter chez l’Humain.

Une fois de plus, ce sont des destinées personnelles qui nous font vivre de l’intérieur ces jours troubles de la drôle de guerre qui eut lieu en 1940, quand les Allemands sont entrés en Belgique comme en France comme du persil s’enfonçant dans du beurre mou, laissant derrière eux des corps sans vie, des vies brisées, exilées.

Une magnifique fresque historique, réaliste, portée par des personnages qui resteront dans ma mémoire tant ils étaient superbes, même avec leurs défauts ou leurs sales caractères.

Une LC réussie avec Bianca même si celle-ci préfèrera le tome 2 dans cette trilogie.

La république des faibles : Gwenaël Bulteau

Titre : La république des faible

Auteur : Gwenaël Bulteau
Édition : La manufacture de livres (04/02/2021)

Résumé :
Le 1er janvier 1898, un chiffonnier découvre le corps d’un enfant sur les pentes de la Croix-Rousse. Très vite, on identifie un gamin des quartiers populaires que ses parents recherchaient depuis plusieurs semaines en vain.

Le commissaires Jules Soubielle est chargé de l’enquête dans ce Lyon soumis à de fortes tensions à la veille des élections. S’élèvent des voix d’un nationalisme déchainé, d’un antisémitisme exacerbé par l’affaire Dreyfus et d’un socialisme naissant.

Dans le bruissement confus de cette fin de siècle, il faudra à la police pénétrer dans l’intimité de ces ouvriers et petits commerçants, entendre la voix de leurs femmes et de leurs enfants pour révéler les failles de cette république qui clame pourtant qu’elle est là pour défendre les faibles.

Critique :
Ce polar historique qui fleure bon le roman noir, nous parle de la France d’en bas, celle qui se lève tôt, celle des sans-dents.

En un seul mot : des prolétaires de tous bords. Ceux qui triment comme des bêtes, tirent le diable par la queue, où les hommes boivent, traitent les femmes comme des moins que rien, ont la haine des Juifs, des étrangers, des Prussiens, des flics…

En commençant son histoire par la découverte du corps supplicié d’un enfant, déposé dans une décharge, l’auteur nous balance directement dans la fosse à purin avant même que l’on ait pu tester la température du bouillon de culture.

La misère noire, on va en bouffer, mais sans jamais jouer au voyeur car l’auteur a évité le pathos et le larmoyant. Oui, c’est brut de décoffrage, oui c’est glauque, oui c’est violent et c’est à se demander si on en a un pour relever l’autre, dans ce petit monde qui est aux antipodes de La petite maison dans la prairie.

L’enquête aura plusieurs ramifications, elle servira de fil conducteur à l’auteur pour nous montrer la ville de Lyon en 1898, en pleine affaire Dreyfus, à une époque où Zola et son « j’accuse » fit l’effet d’une bombe et où les gens se transformèrent en bêtes sauvages dans le but d’aller casser du juif.

Le travail historique et documentaire est énorme, mais jamais nous n’aurons l’impression que l’auteur nous déclame une leçon apprise en cours d’histoire car tous les éléments historique s’emboîtent parfaitement dans le récit, sans jamais l’alourdir, l’appesantir, ou ralentir le ryhtme.

Mesdames, ne cherchez pas vos droits dans ces pages, nous n’en avons pas, ou si peu : celui de fermer notre gueule, d’écarter les cuisses et de rester à notre place, devant les fourneaux. Je préviens les petits esprits que cela pourrait choquer et qui voudrait ensuite porter plainte contre l’auteur pour maltraitance féminine.

L’Histoire ne fut pas tendre avec nous les femmes (nous le charme), comme elle fut violente aussi pour bien d’autres personnes ! On ne va pas renier le passé ou le passer sous silence sous prétexte que certains ne veulent pas en entendre parler ou veulent nous imposer la cancel culture.

Ce que ce roman décrit et met en lumière est terrible, car à cette époque, on a de la maltraitance enfantine, féminine, ouvrière, c’est bourré d’injustices, d’inégalités sociales, d’antisémitisme, de misère crasse, de mauvaises foi et de type qui ont des relations inadéquates avec des enfants.

La République (IIIème) avait promis de protéger les faibles, mais ce sont eux qui morflent en premier. La société est bourgeoise, l’ordre est bien établit dans les classes et ceux d’en haut n’ont pas trop envie que les trublions socialistes d’en bas viennent foutre en l’air cet ordre. S’il le faut, la police et le rouleau compresseur de la Justice viendront y mettre bon ordre, dans ces agitateurs.

Un roman noir puissant, violent, sans concession, brut de décoffrage. Une belle écriture, sans fioritures et une plume trempée dans l’acide des injustices sociales. Un très bon premier roman noir.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°225].

La cité de larmes : Kate Mosse

71-nktnlznl._ac_ul600_sr381600_

Titre : La cité de larmes

Auteur : Kate Mosse
Édition : Sonatine (21/01/2021)
Édition Originale : The City of Tears (2020)
Traduction : Caroline Nicolas

Résumé :
1572. Depuis dix ans, les guerres de Religion ravagent la France. Aujourd’hui, enfin, un fragile espoir de paix renaît : Catherine de Médicis a manœuvré dans l’ombre et le royaume s’apprête à célébrer le mariage de la future reine Margot et d’Henri, le roi protestant de Navarre.

Minou Joubert et son époux Piet quittent le Languedoc pour assister à la cérémonie. Alors que la tension est déjà à son comble dans les rues de Paris, on attente à la vie de l’amiral de Coligny. C’est le début du massacre de la Saint-Barthélemy. Précipités dans les chaos de l’Histoire, Minou et Piet sont sur le point de prendre la fuite quand ils découvrent la disparition de Marta, leur fillette de sept ans…

Après La Cité de feu, Kate Mosse nous propose une nouvelle fresque historique et familiale pleine de rebondissements. Du Paris de la Saint-Barthélemy à Amsterdam en passant par Chartres, elle tisse sa toile et le lecteur, captivé, regarde s’écrire l’Histoire.

Une famille plongée dans l’enfer de la Saint-Barthélemy : l’Histoire de France comme vous ne l’avez jamais lue !

51176327Critique :
L’Histoire de France racontée par une Anglaise ! Et dans cette histoire, la perfidie n’est pas toujours du côté d’Albion…

Celle qui n’est pas encore Marianne se comporte aussi comme une traîtresse et plus le sang coule et plus les gens ont envie de le faire couler.

On a toujours quelque chose à venger et à ce rythme-là, on peut assassiner au nom d’une vieille rancune ou des morts durant des siècles.

Si je retournais dans le passé, je ferais en sorte d’éviter le mois d’août 1572 et la ville de Paris, car bien que étiquetée catho tendance « je me pose beaucoup de questions et je ne sais rien de rien », je risquerais ma tête en tant que non pratiquante, profane…

Une fois encore, l’auteure nous entraîne dans les horreurs des guerres de religions, dans les querelles sanglantes entre protestants (huguenots) qui pratiquent la religion réformée et les catholiques qui pratiquent la totale et ne démordent pas que leur religion est la seule, la vraie, la plus mieux, bref…

Pas de place pour les autres croyants qui voudraient un culte plus sobre, si ce n’est de la place au cimetière. Aimez-vous les uns et les autres… Tu parles !

Les ambiances sont travaillées pour que les lecteurs n’aient aucun doute sur l’époque à laquelle ils sont transportés, le travail de documentation de l’auteure est titanesque et c’est toujours un plaisir de découvrir l’Histoire de France dans ses romans.

Par contre, autant où le premier opus m’avait emporté de suite (La cité de feu), autant où celui-ci a pris plus de temps à arriver à un certain rythme de croisière et à entrer dans l’action. Les débuts sont un peu lents et il a fallu que l’on arrivasse à Paris, quelques jours avant la funeste Saint-Barthélemy pour que le roman se mette à bouger vraiment.

Entre nous, j’aurais préféré avoir plus de pages sur cet épisode sanglant que fut la Saint-Bath… Là, c’est assez vite expédié. Je l’avais vécu de l’intérieur avec Ken Follet (Une colonne de feu) mais j’aurais aimé que Kate Mosse y passe plus de pages.

Les femmes ont leur place dans les romans l’auteure et ce n’est pas jouer les seconds rôles, celui de la potiche de service qui fait à manger pour les hommes !

Non, dans ce roman, les femmes ont de la force de caractère, même si elles se font toujours rabrouer par les mecs qui leur demandent de tenir leur place, mais malgré tout, elles en veulent, elles ont la hargne et tous les mâles dans ses pages ne sont pas des Alphas, phallocrates, misogynes et empêcheur de dire haut ce que les femmes pensent tout bas.

Les chapitres sont nombreux mais assez courts, ce qui donne la possibilité à l’auteure de multiplier les points de vue des personnages et de nous faire voyager entre l’un et l’autre. Plusieurs intrigues se dérouleront sous nos yeux avant que toutes ne se rejoignent pour un final démentiel qui sera bourré d’action (sans pour autant en arriver à celle d’un 007, restons sérieux).

Un très bon roman historique qui parle des guerres de religions, des jeux de pouvoir entre les têtes couronnées, de massacres de Protestants, de haine de l’autre, d’inégalités sociales, de religions intransigeantes et qui met en scène un couple attachant (Minou et Piet), leur famille et bien des secrets enfouis que certains ne voudraient pas voir remonter à la surface.

Un roman historique hautement documenté, possédant des couleurs sociales, des références historiques, une jolie plume pour nous conter le tout et un rythme assez lent au départ, avant de prendre une vitesse de croisière plus intéressante pour la lectrice que je suis.

Étoile 3,5

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°223], Le Challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook et Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°08].

Thrillers polars 05

logo-a-year-in-england-02

logo-british-mysteries-new-02

La Brodeuse de Winchester : Tracy Chevalier [LC avec Bianca]

Titre : La Brodeuse de Winchester

Auteur : Tracy Chevalier
Édition : La Table ronde Quai voltaire (25/06/2020)
Édition Originale : A Single Thread (2019)
Traduction : Anouk Neuhoff

Résumé :
1932. Violet Speedwell est l’une de ces millions de femmes anglaises restées célibataires depuis que la Première Guerre mondiale a décimé toute une génération de fiancés potentiels.

Méprisées dans les journaux, tolérées par les familles malgré une condescendance exaspérée, elles vivent à une époque où les attentes de la société quant à l’avenir des femmes sont des plus rigides.

Des attentes que Violet est sur le point de faire voler en éclats. En quittant Southampton et sa mère acariâtre pour s’installer à Winchester, où elle continue de travailler comme dactylo pour une compagnie d’assurances, elle espérait trouver de nouveaux amis, une nouvelle vie.

En s’arrêtant dans la cathédrale un jour qu’elle est partie acheter un ruban de machine à écrire, elle découvre un cercle de brodeuses occupées à confectionner des coussins et agenouilloirs.

Violet, qui n’était pas particulièrement douée pour la couture, y trouvera l’amitié, le soutien et la créativité capables de rivaliser avec le dédain et les préjugés.

En toile de fond, la montée du fascisme sur le continent : Hitler arrive au pouvoir en Allemagne…

Dans ce monde encore hostile aux femmes, Violet n’a d’autre choix que de s’affirmer. Son histoire s’inspire de celle de Louisa Pesel, la fondatrice du cercle des Brodeuses de la cathédrale de Winchester.

Critique :
La brodeuse de Winchester est un écheveau qui entremêle plusieurs points de croix et dont le dessin final est de montrer un portrait de la femme anglaise en 1932.

À cause de la Grande Boucherie de 14/18 et de tous ces hommes tombés dans les tranchées (et ailleurs), il y a un excédent de 2 millions de femmes célibataires en Angleterre.

Condamnées à rester vieilles filles suite aux décès de leurs fiancés ou à cause de la pénurie de mâles, elles sont sujettes aux railleries de la population en général et même des autres femmes mariées, à cause de leur statut de célibataires.

Pourtant, elles ne sont pas coupables, ce n’est même pas un choix qu’elles ont fait délibérément, juste une offre d’hommes qui est plus petite que la demande faite par les femmes.

Mais comme toujours, la société se pose en juge intransigeant et les regarde de haut, sans savoir que dans moins de 8 ans, on repartira au front contre les mêmes.

Comme toujours, il est plus facile de fustiger ce qui se trouve sous nos yeux que les vrais coupables de la boucherie que fut la Première Guerre Mondiale… Comme à cette époque, le seul statut de la femme accepté, c’est celui de son mariage et pas son travail, les femmes excédentaires (terrible adjectif) sont mal vues.

De ce point de vue là, c’est un beau portrait des droits des femmes que ce livre nous brode (façon de parler, bien entendu). Les femmes ont peu de droits, hormis celui de fermer sa gueule et de retourner en cuisine.

Heureusement qu’il y avait ces passages sur la place de la femme dans la société anglaise en 1932 (filles-mère et homosexualité féminine comprise), parce que sinon, je ne me serais endormie sur mon ouvrage tant le récit est lent et qu’il ne se passe pas vraiment grand-chose…

C’était ma première fois avec cette auteure et j’ai appris ensuite que ses romans étaient tous sur le même rythme. J’avais lu les multiples coups de cœur des copinautes de la blogo et ce roman me faisait vraiment envie, mais hélas, je vais une fois de plus ramer à contre-courant, ce qui me fait enrager car je préfère ressentir des émotions fortes plutôt que l’ennui durant une lecture.

Une partie du problème est venu du personnage principal, Violet, dont j’ai eu souvent envie de secouer ou de lui crier d’envoyer balader sa mère acariâtre, castratrice, et chiante au possible à force de se lamenter sur tout comme si elle était la seule à souffrir, à avoir de la peine.

Mes préférences sont allée à l’excellente Louisa Pesel, personnage ayant réellement existé, qui à elle seule porte une partie du roman car même moi j’aurais eu envie d’aller broder sous son patronage et à Gilda, l’amie que Violet va se faire à la broderie.

Si je suis passée à côté d’une partie de cette lecture, le fait n’est pas imputable au récit car jamais l’auteure ne sombre dans le neuneu ou le gnangnan à la guimauve. Elle reste profondément réaliste et certains dialogues où les hommes se font rabattre le claquet de manière courtoise mais ferme sont des bonbons qui explosent dans la bouche et nous font sourire.

La montée du nazisme est dans le toile de fond de l’ouvrage, les personnages se posent des questions sans savoir où l’arrivée d’Hitler va les mener, même si certains craignent qu’on reparte comme en 14…

Le sujet du nazisme n’est pas le plus important dans le récit qui repose avant tout sur la place de la femme en général dans la société de 1932 et sur celle des femmes célibataires sans l’avoir désiré.

Bianca a apprécié sa lecture et si vous voulez lire son avis, vous le trouverez dans le lien de son nom, ainsi vous pourrez avoir deux avis sur le même roman.

Gardez bien à l’esprit que l’écrasante majorité des chroniques sont positives envers ce roman. J’aurais aimé en faire partie aussi.

Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°06] et Le challenge « British Mysteries 2021 » chez MyLouBook.

Le Voleur de plumes : Kirk Wallace Johnson

Titre : Le Voleur de plumes

Auteur : Kirk Wallace Johnson
Édition : Marchialy (30/09/2020)
Édition Originale : The Feather Thief: Beauty, Obsession, and the Natural History Heist of the Century (2018)
Traduction : Doug Headline

Résumé :
Un soir de juin 2009, le jeune musicien virtuose Edwin Rist, destiné à une brillante carrière, commet un casse pour le moins incongru : après s’être produit à un concert de la Royal Academy of Music à Londres, il s’infiltre discrètement dans le musée d’Histoire naturelle pour voler des centaines d’oiseaux entreposés là depuis plusieurs décennies.

Plus étonnant encore, il ne s’empare pas des fleurons de la collection recueillis par Darwin, mais plutôt des paradisiers et autres spécimens rares aux couleurs éclatantes rapportés en Europe par un naturaliste méconnu du XIXè siècle.

C’est lors d’une partie de pêche à la mouche que Kirk Wallace Johnson entend parler de cette histoire pour la première fois.

Fasciné par l’affaire, il se lance dans une enquête passionnante, à la recherche de ces plumes disparues, et questionne notre obsession pour la beauté et notre désir de la posséder, à n’importe quel prix.

Critique :
Voler dans les plumes de quelqu’un est une expression connue (en référence aux combats de coqs) mais voler DES plumes à un musée, là, c’était tout de même du jamais vu !

Oser mettre sa carrière, sa réputation en l’air, pour piquer des oiseaux empaillés, collectés par Wallace au siècle dernier, tout ça pour pouvoir monter des mouches victorienne pour la pêche (et en revendre), ça me laisse pantoise…

Lorsqu’on a une addiction qui coûte la peau des fesses, faut trouver des combines et celle d’Edwin Rist était risquée mais d’une facilité déconcertante. 299 oiseaux volés pour une valeur d’un million…

La première chose qui m’a attirée dans ce roman, c’est sa couleur de couverture, un orange attirant, ainsi que la matière. C’est plus fort que moi, je l’ai pris dans mes mains et comme j’en avais entendu parler en bien, j’ai franchi le pas.

Partant d’un vol qui a réellement été commis, l’auteur a accompli une véritable enquête, remontant les pistes froides dans un milieu où règne l’omerta ! Non, on ne parle pas de la mafia mais de la fraternité des monteurs de mouche… On se serre les coudes, on ferme sa gueule car tout le monde connaît la difficulté de trouver des plumes d’oiseaux en voie d’extinction, protégés par des conventions ou disparus.

Ce qui m’a interpelé dans ce roman, en plus d’être captivant, c’est le côté conscience tranquille que l’on retrouve chez les monteurs de mouche et chez Edwin le voleur : puisque ces oiseaux collectés au siècle dernier, du temps de Darwin, ne sont pas utilisés et restent dans les tiroirs, les voler n’est pas un vol et les utiliser est une bonne chose puisque cela a sauver des oiseaux vivants…

Autant où au début j’avais eu de la sympathie pour le jeune Edwin et son rêve fou de monter des mouches rares, autant om ensuite je me suis détachée de lui, son discours rempli de bonne conscience me glaçant jusqu’à l’os.

Sans avoir besoin de beaucoup de mots, sans charger le baudet, l’auteur nous a dressé le portrait d’Edwin tel qu’il s’est livré lui-même durant l’interview. Il est en paix avec sa conscience, tout va bien… La perte immense du musée ? Bah, il n’en faisait rien de ses oiseaux… C’est le volé qui doit se justifier de ce qu’il fait de ses propriétés ou pas… Elle est forte, celle-là !

L’être humain est ainsi fait, ce qui est beau, il veut le posséder, se l’approprier ! Rien que pour lui… À n’importe quel prix. De toute façon, dans ce monde d’égoïstes centrés sur leur nombril et leur passion, rien ne peut les toucher, rien ne peut faire vibrer la corde sensible. Que ce soit celle d’Edwin, de ses copains qui montent des mouches ou de les autres qui chassent, détruisent, exterminent, volent…

L’Homme a exterminé des tas d’espèces vivantes, juste pour son plaisir, ça ne va pas changer maintenant dans les mentalités de certains. Et avant, on pensait que les animaux ne pouvaient pas s’éteindre, que Dieu y pourvoirait. Ben non les gars, fallait mieux gérer les ressources !

Véritable enquête dans un monde qui s’est fermé comme une huître dès que l’auteur a commencé à poser des questions sur le vol et la disparitions des oiseaux, ce qui avait commencé comme une enquête pour se changer les idées a débouché sur la mise en lumière d’un sport pas si respectueux des règles que ça et sur des pêcheurs prêt à vendre leur âmes au diable pour obtenir des plumes rares, quelque soit leur provenance.

L’auteur a réussi à rendre son roman intéressant, sans que j’aie envie de reposer le livre car on est tenu en haleine durant tout le temps.

J’étais loin de me douteur, en commençant cette lecture, que l’on pouvait captiver les gens avec un vol de plumes et que des pêcheurs étaient prêt à tout pour obtenir les plus belles plumes pour monter leurs mouches, quitte à niquer les lois et sans respect de la Nature.

PS : l’éditeur a soigné la présentation de son livre, c’est vraiment un bel objet que l’on tient en main et il en jette dans la biblio !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°164] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°34]