Nous, les vivants : Olivier Bleys

Titre : Nous, les vivants

Auteur : Olivier Bleys
Édition : Albin Michel (22/08/2018)

Résumé :
Perché dans les Andes (🇦🇷) à 4200 mètres d’altitude, le refuge de Maravilla défie la raison. C’est là, au ras du vide, que Jonas, un pilote d’hélicoptère venu ravitailler le gardien, se trouve bloqué par une tempête.

Dans la petite maison cernée par les neiges, il fait la connaissance d’un personnage étrange prénommé Jésus que l’on a chargé de surveiller l’improbable frontière entre l’Argentine et le Chili (🇨🇱).

Commence alors, dans l’immense solitude des montagnes, une longue randonnée dont le lecteur – et peut-être le narrateur – ne sait plus très bien s’il s’agit de la réalité ou d’un rêve.

Un roman envoûtant par l’auteur de Concerto pour la main morte et de Discours d’un arbre sur la fragilité des hommes.

Critique :
Lorsque j’ai commencé la lecture de ce roman, je n’ai pas pris la peine de lire le résumé, je savais juste que l’histoire se déroulait dans un refuge des Andes, à la frontière entre l’Argentine et le Chili.

Jonas, pilote d’hélicoptère, est envoyé ravitailler le refuge de Maravilla. Une tempête le bloque avec les deux autres hommes et à partir de là, j’ai mis un moment à comprendre où l’auteur voulait en venir.

Non, non, oubliez les récits d’anthropophagie, de survivalisme ou plus trivial de partouze entre mecs. Rien de tout cela, malgré tout, il y avait comme une atmosphère bizarre dans le récit, comme si tout contribuait à retenir Jonas, le pilote, dans le refuge.

Le récit se lit assez vite, le style est simple, sans pour autant être simpliste. Les décors sont assez bien décrits et l’auteur arrive sans problème à nous immerger dans la neige, le froid et l’immensité des montagnes. La Nature est un personnage à part entière et ne pas l’écouter serait dangereux, à cet endroit.

Si Jonas, le pilote, est normal, les personnages du refuge, par contre, ne sont pas banals du tout. Surtout le vérificateur de frontière, Jésus (non, je ne ferai pas mon mauvais jeux de mots qui pourrait choquer les gens).

Tu fais quoi dans la vie ? Ben je vérifie la frontière entre l’Argentine et le Chili… Ben mon vieux ! Déjà que tu ne portes pas un prénom des plus facile… Même si, en Amérique du Sud, il soit plus courant que dans nos contrées.

Ce roman est un huis-clos qui ne devient jamais oppressant, sauf lorsque l’on se demande si tout n’est pas en train de se liguer contre Jonas, l’empêchant de quitter cette montagne.

L’élément fantastique semble être tout proche et pourtant, non, rien de fantastique, dans le fond. Mais la chute pourrait être brutale, si on ne la voit pas venir… Je l’avais pressentie, malgré tout, ce fut un choc de constater que j’avais raison.

Un roman bizarre, que j’ai lu sans vraiment l’apprécier, mais sans le détester. Pas d’ennui ressenti, mais zéros émotions.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°18).

Le cycliste de Tchernobyl : Javier Sebastian

Titre : Le cycliste de Tchernobyl

Auteur : Javier Sebastian 🇪🇸
Édition : Métailié (2013)
Édition Originale : El ciclista de Chernóbil (2013)
Traduction : François Gaudry

Résumé :
Un vieil homme hagard, entouré de sacs remplis de vêtements, est abandonné dans un self-service sur les Champs-Élysées. « Ne les laissez pas me tuer », c’est tout ce qu’il sait dire.

Pripiat, ville fantôme, à trois kilomètres de la centrale de Tchernobyl : dans les rues désertes, entre la grande roue neuve et les autos tamponneuses abandonnées, pas âme qui vive. Sauf les samosiol, ceux qui sont revenus dans la zone interdite.

Laurenti Bakhtiarov chante Demis Roussos devant la salle vide du ciné-théâtre Prometheus, deux Américains givrés testent les effets de la radioactivité sur leur corps…

Au cœur d’une apocalypse permanente, Vassia, l’homme à vélo, croit encore à la possibilité d’une communauté humaine. Ce roman magistral est librement inspiré de la vie de Vassili Nesterenko, physicien spécialiste du nucléaire, devenu l’homme à abattre pour le KGB pour avoir tenté de contrer la désinformation systématique autour de Tchernobyl.

Des paysages hallucinés aux aberrations du système soviétique, Sebastián signe un texte d’une force rare, à la fois glaçant et étrangement beau, hymne à la résistance dans un monde dévasté.

Critique :
J’ai failli arrêter cette lecture, car entre elle et moi, le courant ne passait pas.

Le récit prenait du temps, je ne voyais pas où il allait arriver, pas de tirets cadratins pour les dialogues (pas de guillemets non plus). Bref, ça commençait mal.

Pourtant, le début avait tout de même éveillé ma curiosité : un vieil homme est abandonné dans un self-service, aux Champs Élysées. Le narrateur est accusé d’avoir abandonné son père. Ceci n’est pas son père. un quiproquo qui va faire naître une histoire peu banale…

Lorsque nous sommes entré à Pripiat, après la catastrophe d’avril 1986, la fusion a commencée, entre le roman et moi. Au diable les tirets cadratins manquants devant les dialogues, j’étais dans le récit et cela ne m’a plus gêné.

Une ville abandonnée, les villages aux alentours aussi. Tout qui se retrouve figé, notamment les auto-tamponneuses. Vertigineux, horrible. Tout le monde a dû partir, abandonnant tout sur place, n’emportant qu’une petite valise, obligé même de laisser leurs animaux de compagnie sur place…

Toute cette partie-là, ainsi que les quelques passages consacrés à ce qu’il se passa juste après l’accident, est terriblement instructive, intéressante et fait froid dans le dos.

Le vieil homme va tout doucement raconter son histoire et ce que l’on va découvrir sera bouleversant, en quelque sorte. Une vie après la mort d’une région. Cela valait la peine que je persévère dans ce roman. Mon début fut un peu laborieux, mais j’ai été récompensée ensuite.

On se demande ensuite ce qui fut le plus horrible : construire une centrale nucléaire sur une faille sismique, l’accident survenu suite à un test de sécurité mal assuré, le sacrifice des vies humaines pour enlever le graphite, la désinformation, la minimalisation de l’accident ou l’incapacité de l’URSS à réagir comme il fallait face à cet accident nucléaire ?

Sans doute le mélange de tout. Dans un scénario catastrophe, on trouverait cela exagéré et pourtant, la réalité a dépassé la plus mauvaise fiction.

Ce roman est une biographie romancée de Vassili Nesterenko, physicien spécialiste du nucléaire, qui s’est dressé, le poing levé, face au régime soviétique et face à tous ceux qui voulaient minimiser l’ampleur des dégâts, notamment sur la santé. Il a eu le KGB aux fesses, les flics, on a tenté de le tuer pour le faire taire.

Certaines scènes sont dramatiques, comme ces enfants qui ont mangé et bu ce qu’il ne fallait pas, parce que leurs parents n’étaient pas informés (ou mal informés), parce que seuls les habitants de Moscou étaient épargnés par les viandes, légumes, tubercules et autres produits des champs en provenance de la zone contaminée.

Le roman donne lieu aussi à de belles scènes, notamment celle de cette petite communauté vivant à Pripiat, soudée, qui danse, qui chante et où tout le monde prend soin de tout le monde.

Un beau roman, une belle histoire.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°15).

Les Tourments : Rodrigo Hasbún

Titre : Les Tourments

Auteur : Rodrigo Hasbún 🇧🇴
Édition : Buchet / Chastel (03/10/2016)
Édition Originale : Los afectos (2015)
Traduction : Juliette Barbara

Résumé :
Bolivie, années 1950 : Hans Ertl, ancien cameraman de Leni Riefenstahl, a quitté l’Allemagne avec sa famille pour s’installer à La Paz.

Là, dans cette Amérique latine sauvage et mystérieuse, le patriarche hors norme se réinvente un destin d’explorateur, obsédé jusqu’à la folie par la cité inca perdue de Païtiti dans la forêt amazonienne.

Ni sa femme ni ses trois filles ne sortiront indemnes de ces aventures ; et alors que la famille se délite et que chacun tente d’émerger de ce maelstrom, les soubresauts d’une autre histoire, celle des mouvements de libération nationale qui secouent l’Amérique latine, viennent à leur tour bouleverser la destinée des Ertl.

Le texte prend corps à travers les voix des trois filles et d’un des amants de l’aînée, Monika ; s’y mêle, sur près de vingt ans, fiction, éléments biographiques et faits historiques pour livrer une fresque concise et subtilement nostalgique sur le destin d’une de ces familles marquées au fer par les errances idéologiques du XXe siècle et sur l’histoire sanglante d’un pays, la Bolivie.

Critique :
Cela devait arriver, à force de dévorer des livres, je devais bien tomber sur une déception littéraire.

Entre ce roman et moi, la magie n’a pas eu lieu, la sauce n’a pas pris, la mayonnaise n’est pas montée et même une tonne de liant pour sauce n’aurait pas suffit, tant je l’ai survolé, n’arrivant à m’accrocher au récit que peu de fois.

Hans Ertl, père de trois filles et ancien cameraman de Leni Riefenstahl (qui avait réalisé Les Dieux du stade, pour documenter les Jeux olympiques de Berlin, en 1936).

Il a quitté l’Allemagne et est allé s’installer avec sa famille en Bolivie. Explorateur après avoir été alpiniste, il entraînera deux de ses filles dans son expédition pour tenter de trouver la citée perdue Inca de Païtiti, dans la forêt amazonienne.

Dans ce roman, plusieurs voix se succéderont pour nous raconter le destin de cette famille, mais hélas, si j’ai accroché à certains passages, les autres m’ont laissés de marbre et cette lecture fut laborieuse.

Mélangeant des moments de fictions avec des moments réels, cette biographie romancée d’une famille allemande exilée en Bolivie n’a jamais réussi à me faire décoller.

Le changement de personnages y est sans doute pour quelque chose, rendant le récit un peu chaotique, sans oublier cette économie de tirets cadratins (ou de guillemets) devant les dialogues… Les dialogues se retrouvent pris dans la narration et cela pèse sur la lecture.

C’est une méthode d’écriture que je retrouve souvent chez les auteurs sud américains et cela foire mes lecture à 97% (chez certains, ça passe tout seul car les dialogues sont bien incorporés au texte). Heureusement, il y avait peu de dialogues. Ou malheureusement, parce qu’un récit avec peu de dialogues, cela appauvri le tout, je trouve (sauf exceptions).

Je n’ai jamais réussi à entrer dans le récit et j’en suis sortie sans regrets. Dommage, j’avais envie d’en apprendre un peu plus sur la vie à La Paz, sur l’exil de cette famille allemande, sur leur père qui se comporte comme un fantôme, sur ses filles, dont on ne saura que peu de choses, finalement, l’auteur ne développant même pas ce qu’a fait l’une d’elle pour se retrouver au ban de la société. L’aînée restera une énigme.

Bon, tant pis, ça devait arriver… Au suivant !

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°10) et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Bolivie).

Les Mots immigrés : Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini

Titre : Les Mots immigrés

Auteurs : Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini
Édition : Stock (02/02/2022)

Résumé :
À l’heure où revient le débat sur l’identité, avec des opinons opposées de plus en en plus violentes, Erik Orsenna a voulu, par la voie du conte commencée avec sa Grammaire est une chanson douce, raconter l’histoire de la langue française.

Pour une telle ambition, le savoir lui manquait. Bernard Cerquiglini, l’un de nos plus grands linguistes et son ami de longue date, a bien voulu lui apporter ses lumières aussi incontestées que malicieuses.

Et nous voilà partis, deux millénaires en arrière, chez nos ancêtres les Gaulois dont les mots sont bientôt mêlés de latin, puis de germain. Avant l’arrivée de mots arabes, italiens, anglais… Un métissage permanent où chaque langue s’enrichit d’apports mutuels.

Jusqu’à ce que déferle une vague de vocables dominateurs nés de la mondialisation économique et inventés pour son service. Ce globish aura-t-il raison de la diversité linguistique, aussi nécessaire à nos vies que cette biodiversité dont nous avons appris à reconnaître l’importance capitale, et la fragilité ?

Et si les mots immigrés, c’est-à-dire la quasi-totalité des mots de notre langue, s’ils décidaient de se mettre un beau jour en grève ? Ce jour-là, les apôtres de cette illusoire pureté nationale deviendraient muets. Il n’est pas interdit d’en rêver…

Critique :
Lorsque ma nièce (2 ans même pas et demi), me parlera de son « bogan » (comprendre « toboggan »), je pourrai lui glisser que le mot est d’origine algonquine (en espérant qu’elle n’entende pas kikine).

Bon, pas sûre que ça l’intéresse grandement, mais ce n’est pas grave, j’aurais enrichi son petit cerveau à ma manière, comme j’ai enrichi le mien en lisant ce drôle de petit livre.

Imaginez, à l’heure où des candidats à l’élection présidentielle ont fait leur campagne sur le rejet des autres, sur l’exclusion des étrangers, sur le fait qu’il fallait revenir à nos origines gauloises (purée, quel retour en arrière), imaginez que tous les mots d’origine étrangère se mettent en grève et que ces gens ne puissent plus les employer. Les voici muets ! On peut rêver, non ?

Je me suis vraiment amusée à lire ce petit livre, qui a égayé ma journée et rempli un peu plus mon petit cerveau. Je connaissais l’étymologie de certains mots, car c’est un plaisir de découvrir l’origine des mots, mais j’en ai appris bien d’autres.

La fable des auteurs est gentille, ça pique un peu, mais pas trop. Ils auraient pu être plus cyniques, plus caustiques, mais ils sont resté dans le registre du conte amusant et c’était une bonne idée.

Les mots deviennent des personnages c’est Indigo qui va convoquer les mots purement gaulois en entrée de débat, nous expliquant l’origine de certains mots, nous rappelant que les Celtes n’étaient pas les premiers sur ce territoire qui n’était pas encore la France que l’on connait.

Transformer des mots en personnages étaient une bonne idée et Indigo poursuivra l’Histoire de la langue française, qui a emprunté bien des mots aux autres, les transformant un peu, qui en a donné (aux Anglais, par exemple), qui les a vu revenir transformé, les adoptant ensuite.

Les mots sont voyageurs, ils bougent, ils se transforment dans les bouches de ceux qui s’en accaparent, puis poursuivent leur route. Il est dit, dans le roman, qu’entre la France et l’Angleterre, c’était un véritable ping-pong des mots.

Les langues ne sont pas appelées à être figées, des mots nouveaux doivent venir l’enrichir, d’autres disparaissent, changent de signification, c’est ce qui en fait une langue vivante. Il n’est rien de pire qu’une langue qui se meurt faute d’avoir des gens pour la parler, la comprendre.

Après cette lecture, je me suis couchée moins bête. Tiens, j’ai même appris, dans la partie consacrée aux patois locaux, que les Français ne connaissaient pas le terme « pause carrière », très utilisé chez nous, en Belgique (vous devriez l’adopter !).

Voilà donc un petit roman bien fait, drôle, sympathique, qui rend plus intelligent (ou plus cultivé) et qui, au travers d’une fable avec les mots, aborde un sujet important : la xénophobie, le rejet de l’autre, le racisme.

Un ami m’avait dit un jour que ceux qui voulaient mettre dehors les étrangers oubliaient une chose importante : que c’était avant tout des consommateurs ! Ben oui, ils travaillent et quand bien même ils toucheraient de l’argent à ne rien faire, cet argent repasse illico presto dans le système, puisque tout est dépensé dans le coin, faisant vivre des commerçants. L’argent doit circuler pour faire de la richesse.

Autre chose, ici, ce sont les mots d’origine étrangère qui se mettent en grève, mais que se passerait-il, demain, si toutes les personnes d’origine étrangère, se mettaient en grève du travail ? Plus de métros circulant à Bruxelles (à Paris, je ne sais pas), plus de poubelles ramassées, plus de taxis (ou si peu), plus de livraisons, plus d’épiceries ouvertes, et j’en passe… Ce serait une catastrophe sans nom.

Faudrait peut-être que certains y pensent, avant de parler à tort et à travers… La crise de la covid nous a démontré que nous avions besoin de gens qui livrent les marchandises, des caissières, de ceux qui s’occupent des déchets, du personnel de soin (hôpitaux comme dans les homes – EHPAD chez vous)…

Bref, de ceux qui bossent dans des fonctions qui ne sont pas mises en valeur, mal rémunérées. Des types comme les Carlos Ghosn ne nous ont servi à rien, dans cette pandémie. Pensons-y…

 

Voyage au bout de l’enfance : Rachid Benzine

Titre : Voyage au bout de l’enfance

Auteur : Rachid Benzine
Édition : Seuil Cadre rouge (07/01/2022)

Résumé :
Fabien est un petit garçon heureux qui aime, le football, la poésie et ses copains, jusqu’au jour où ses parents rejoignent la Syrie.

Ce roman poignant et d’une grande humanité raconte le cauchemar éveillé d’un enfant lucide, courageux et aimant qui va affronter l’horreur.

Critique :
C’est ce qu’on peut appeler une lecture bouleversante, bourrée d’émotions fortes et remplie de tristesse.

Comme quoi, on peut faire un roman court, mais intense. Comme quoi on peut, en 96 pages, nous montrer une partie de l’horreur du régime islamique de Daesh, ainsi que l’inhumanité des camps de réfugiés.

Sans trop de préambules, l’auteur nous plonge directement dans la vie d’un couple de français qui se sont convertis à l’Islam et sont ensuite parti en Syrie, combattre pour Daesh et pour vivre dans ce qu’ils pensent être le paradis sur Terre pour les musulmans.

Las, je pense que même l’Enfer est mieux que ce qu’ils découvrent au fur et à mesure. Le problème est qu’ils ont un enfant, Fabien, devenu Farid, qui lui, n’a rien demandé. Notre garçon aime le foot et surtout la poésie. Lui, tout ce qu’il voudrait, c’est revenir en France, retrouver ses grands-parents, ses copains et son prof, Monsieur Tannier.

Hélas, l’État Islamique veut faire de lui un assassin, un enfant soldat, un égorgeur, un tueur, un parfait soldat du Djihad et au pire, un martyr qui se fera sauter avec une ceinture d’explosifs.

Ce court roman montre combien il est facile d’embrigader les gens, de leur mentir, ou tout simplement de leur laisser se faire un film tout seuls, pensant dur comme fer que là où il vont aller, ils seront mieux, qu’ils seront respectés, compris, qu’ils pourront vivre leur nouvelle foi de la meilleure manière qu’il soit.

Faux et archi faux, sauf si vous avez vraiment l’âme d’un assassin et que cela vous fait kiffer d’égorger du mécréant, de les assassiner, de les torturer…

Raconté du point de vue du petit Fabien/Farid, qui va passer quelques années chez les fous furieux de Daesh et ensuite, finir dans un camp de réfugiés, ce petit roman est encore plus intense, puisque raconté à hauteur des yeux d’un enfant qui ne comprend pas ce qui lui arrive et qui se raccroche à la poésie pour ne pas sombrer.

Si les passages chez Daesh sont violents, horribles et inhumains, l’auteur fait en sorte de ne pas sombrer dans le pathos inutile, racontant simplement ce qu’il en est chez eux, le traitement réservé aux femmes devenues veuves et aux enfants, que l’on endoctrine.

Les passages consacré à la vie dans un camp de réfugiés sont tout aussi violents, rempli d’inhumanité, de délations, de privations, de manque d’hygiène, de tortures, mais jamais l’auteur ne fait l’erreur de surdoser l’indicible, sans pour autant nous édulcorer ses propos.

L’équilibre est parfait, ni trop, ni trop peu. Le résultat est que votre âme se liquéfie, que votre coeur se brise en pensant à tous ces enfants de nos pays qui sont toujours enfermés là-bas, nos populations (et nos dirigeants), ne voulant pas qu’ils reviennent, puisqu’ils sont partis.

Oui, mais ce sont des enfants, personne ne leur a demandé leur avis, personne ne s’est soucié d’eux. Les laisser mariner dans de telles conditions, dans de tels endroits, les abandonnant à leur triste sort, c’est peut-être prendre le risque que leurs convictions, celles qu’on leur a enfoncé de force dans le crâne, ne s’ancrent un peu plus, faisant d’eux, ensuite, des parfaits petits terroristes, ivres de vengeance.

Un roman poignant, court et intense. On pourrait trouver qu’il est trop court, j’aurais aimé en apprendre plus, surtout avec la plume de cet auteur qui est allé visiter des camps, qui sait de quoi il parle.

Un petit concentré d’émotions fortes qui m’a brouillé la vue à bien des moments.

Verre cassé : Alain Mabanckou [LC avec Rachel]

Titre : Verre cassé

Auteur : Alain Mabanckou
Édition : Points (2017)

Résumé :
Ce roman baroque aux allures rabelaisiennes a pour décor un bar congolais où la crasse et la misère font bon ménage avec le rire et l’ivresse.

Le narrateur, Verre Cassé, n’est rien moins que le patriarche des lieux, vieil ivrogne désabusé qui vient y oublier au détour d’une énième bouteille les avanies de l’enfer conjugal. Il nous présente toute une galerie de personnages hauts en couleur dont les prouesses sont aussi truculentes que leurs surnoms.

Critique :
Ma copinaute Rachel a l’habitude de me sortir de mes sentiers littéraires habituels et je ne dis jamais non à ses propositions de lectures qui me sortent de mon confort habituel.

Là, on peut dire que j’ai été secouée et que j’ai fait du hors-piste comme il est difficile d’en faire. Dans le genre lecture qui dépote qui et qui n’est pas dans les habitudes, Verre Cassé se pose.

En tout cas, grâce à ce roman, nous sommes, une fois de plus, sur deux longueurs d’ondes différentes, ma copinaute et moi.

Moi, je me suis perdue dans ce roman. Déjà, j’ai perdu mon souffle à la première phrase, cherchant en vain le point qui terminerait la longue phrase.

Non l’ami, pas de majuscules (ça, je m’en fous un peu), mais que des virgules pour séparer les phrases et aucun point final pour reprendre son souffle. Faudra le faire aux virgules. Dès le départ, entre le roman et moi, c’était déjà l’enfer.

Effectivement, pour rendre l’oralité des histoires, c’est une bonne idée, sauf pour le lecteur qui passera du coq à l’âne dans toutes les élucubrations de ce bon Verre Cassé qui s’amuse à écrire l’histoire des clients du bar « Le Crédit a voyagé » (Brazzaville), que son patron garde ouvert 365 jours par an, quoi que ça lui en coûte.

Verre Cassé, il écrit comme il parle. Ce qui est horrible lorsque tout est retranscrit tel quel sur les pages d’un livre.

Au fil de ses rencontres, il va tout nous dire. Ou plutôt, tout écrire sur son cahier. Les gens qu’ils va croiser sont tous haut en couleur, des cas sociaux et il ne va rien nous épargner dans son récit, pas même le scatologique ou le sexe.

La scène du concours de celui qui pisse le plus longtemps ne m’a même pas fait rire. Au moins, je pourrai dire qu’avec ce roman, j’ai croisé tous les vices possibles de l’Humain.

Dans ses phrases qui semblent sortir d’un esprit enfiévré, l’auteur s’est amusé à glisser des références littéraires ou cinématographiques, qu’il est plaisant de croiser au détour d’un immense paragraphe, lorsque l’on commence à manquer d’air.

Alain Mabanckou a eu la bonne idée de décrire tous les vices des congolais, de nous immerger dans cette faune un peu glauque qui fréquente le bar, de nous parler de l’Histoire du Congo à travers les récits des clients. C’est féroce et sans concessions.

Ce roman ne manque pas d’originalité, mais la forme m’a rebuté, je me suis ennuyée au possible, j’ai sauté des pages, j’ai beaucoup soupiré, j’ai surtout suffoqué devant ces longues phrases et pour finir, j’ai tracé ma route jusqu’au final.

Une LC déroutante, un roman totalement burlesque, qui ne m’a pas fait rire et où je me suis perdue. Par contre, elle fut meilleure pour Rachel et je vous invite à aller lire son point de vue. Il vous donnera plus envie de découvrir ce roman que ma chronique.

Petit Piment : Alain Mabanckou

Titre : Petit Piment

Auteur : Alain Mabanckou
Édition : Points (2017)

Résumé :
Jeune orphelin de Pointe-Noire, Petit Piment effectue sa scolarité dans une institution placée sous l’autorité abusive et corrompue de Dieudonné Ngoulmoumako. Arrive bientôt la révolution socialiste, les cartes sont redistribuées.

L’aventure commence. Elle le conduira notamment chez Maman Fiat 500 et ses dix filles, et la vie semble enfin lui sourire dans la gaité quotidienne de cette maison pas si close que ça, où il rend toutes sortes de services.

Jusqu’à ce que ce bonheur s’écroule. Petit Piment finit par perdre la tête, mais pas le nord : il sait qu’il a une vengeance à prendre contre celui qui a brisé son destin.

Critique :
« Tokumisa Nzambe po Mose yamoyindo abotami namboka ya Bakoko » peut se vanter d’avoir le nom le plus long de toute la création !

Afin de vous coucher moins bête ce soir, cela signifie « Rendons grâce à Dieu, le Moïse noir est né sur la terre des ancêtres ».

À l’orphelinat de Loango (République du Congo) où il a été placé depuis sa naissance, on le nomme Moïse. C’est plus facile. Ensuite, on le connaîtra sous le surnom de Petit Piment.

Tout allait plus au moins bien à l’orphelinat, Moïse était satisfait, il adorait Papa Moupelo qui leur donnait catéchisme toutes les semaines et qui était très gentil avec les orphelins, qui les respectaient. Hélas, vint la Révolution socialiste et tout changea du jour au lendemain, passant de « pas trop mal » à « horrible ».

Dieudonné Ngoulmoumako est le directeur de l’orphelinat, est corrompu jusqu’au trognon, c’est un lécheur de bottes, il est cruel, autoritaire, despotique, raciste envers les autres ethnies et comme tout bon magouilleur qui se respecte, il a placé à ses côtés les membres de sa famille. Son socialisme est fait de caviar.

Moïse, lui, est un garçon auquel on s’attache assez vite. Il est notre narrateur et se fera un plaisir de vous raconter ce qu’il sait de son pays, de l’orphelinat, de la société congolaise, avec ses ethnies, son racisme (qui n’est pas l’apanage des Blancs), ses codes, ses superstitions, ses croyances… Il en sait peu, n’ayant jamais mis les pieds dehors, mais son témoignage est éclairant et l’on en saura plus sur la société congolaise des années 60/70.

Le changement interviendra lorsqu’il sortira de l’orphelinat, passant d’un monde semi-protégé à celui de la délinquance juvénile, dans les bas-fonds de Pointe-Noire où le roman prendra un tour plus sombre, plus noir, plus social, avec ses prostituées, la politique du maire, les différentes bandes de gamins des rues, voleurs, chapardeurs et autres.

Jusqu’à son incorporation dans la maison close de Maman Fiat 500, le récit me plaisait, le plume d’Alain Mabanckou m’enchantait (je la découvrais) et c’était un réel plaisir de parfaire mes connaissances sur l’Afrique.

L’auteur ne se voile jamais la face, il dit les choses telles qu’elles sont, sans tourner autour du pot. Le récit de Moïse/Petit Piment est empreint d’un mélange de naïveté et de grande lucidité. Les deux étant équilibrés.

Petit Piment (qui ne se prénomme plus Moïse) évoluait dans le bon sens, son parcours de vie était toujours instructif à suivre et l’auteur avait glissé habillement la politique dans le récit de notre gamin devenu adulte. Aucun ennui ne pointait son nez à l’horizon de cette lecture, même si le rythme est assez lent dans certains parties.

Là où le bât a blessé, c’est après l’opération « Pointe-Noire sans putes zaïroises » où notre narrateur va péter un câble voyant qu’il a perdu ses derniers repères, son dernier giron et à partir de ce moment-là, le récit ne m’a plus emballé du tout, je m’y suis ennuyée, ne me retrouvant plus dans les élucubrations de Petit Piment.

La sensation d’un récit d’embourbant, tournant en rond, ne m’a plus quitté. Cela devenait lourd et j’ai terminé le récit en sautant quelques passages, notamment dans le cabinet du psy.

Dommage, plus des trois-quarts du roman m’avait emballé et la panne s’essence à surgit dans les derniers kilomètres. Bien que je comprenne la folie qui prend Petit Piment, bien que je comprenne qu’il ne veuille pas en sortir, cette partie-là ne m’a pas enchanté.

Malgré ce bémol de fin de voyage, je garderai les bons côtés du roman, notamment l’apprentissage de la vie de Moïse, ses errances, ses erreurs et tout ce que j’ai appris sur la société africaine, en particulier celle de la République du Congo, avec ses règles, ses magouilles, ses problèmes entre ethnies.

Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (République Congo).

GrandMèreDixNeuf et le secret du Soviétique ‭: ‬Ondjaki [LC avec Rachel]

Titre : GrandMèreDixNeuf et le secret du Soviétique

Auteur : Ondjaki
Édition : Métailié Biblio portugaise (21/01/2021)
Édition Originale : AvóDezanove e o segredo do Soviético
Traduction : Danielle Schramm

Résumé :
Dans une banlieue de Luanda près d’une petite plage, GrandMèreDixNeuf (on l’a amputée d’un orteil) s’occupe de toute une bande de gamins, curieux et débrouillards, amateurs de baignades et de fruits chapardés.

Des coopérants soviétiques construisent un Mausolée gigantesque pour la momie de Agostinho Neto, le père de la Révolution. La guerre civile est terminée, ils vont moderniser le quartier si bien situé au bord de la mer.

L’un des officiers est ami de la GrandMère, sa maison a toujours de l’électricité grâce à la dérivation qu’il lui a installée. Il souffre de cette chaleur, de ce soleil impitoyable, il rêve des hivers russes.

Les enfants ne veulent pas qu’on touche à leur quartier, ils prennent les choses en main pour pouvoir continuer à plonger dans la mer pour pousser des “cris bleu”.

Critique :
Comment qualifier ce roman… Amusant ? Affirmatif. Déroutant ? Affirmatif. Onirique ? Aussi. Drôle ? Oui, un peu. Noir ? Oui, aussi.

En fait, il est difficile de le faire rentrer dans des cases, tant il est étrange, ce roman.

Angola, années 80. Après les colons Portugais, les angolais on eu, en 1975, leur premier président de leur histoire (Agostinho Neto). Ce dernier a instauré une dictature d’inspiration marxiste-léniniste.

Voilà nos angolais communistes qui se donnent du camarade à tout bout de champ, même les gosses.

Leur président est mort en 1979 et les soviétiques présent dans le pays sont en train de lui ériger un mausolée immense, dans lequel pourra reposer le corps empaillé du président… Heu, le corps momifié ? Non, pardon, le corps embaumé (beurk).

Le problème est que le quartier pauvre de PraiaDoBispo, situé en bordure d’une plage de la banlieue de Luanda, va disparaître pour faire place à cette horreur mégalomane.

GrandMèreDixNeuf, qui au départ ne se prénomme pas encore ainsi puisqu’elle a encore ses 10 doigts à la main et aux pieds) est une sorte de grand-mère débonnaire qui s’occupe des enfants du quartier, sans que l’on sache vraiment si les enfants sont bien de sa descendance ou pas.

Ce sont deux garnements qui vont entrer en résistance et tenter de sauver leur quartier de la destruction programmée. Le récit est d’ailleurs raconté par l’un deux, sur un ton enfantin, léger, tout en ne manquant jamais de profondeur.

C’est casse-gueule d’utiliser un enfant comme narrateur, mais ce ne fut pas le cas ici. Sans jamais connaître le prénom (ou surnom) de notre jeune narrateur en herbe, on s’attache à lui de suite (et aux autres aussi).

Les surnoms des gens sont le reflet de ce qu’ils sont et les plus notables, en plus de GrandMèreDixNeuf (GrandMèreAgnette de son vrai nom), sont EcumeDeMer, le fou du quartier, TroisQuatorze, le copain du garnement, surnommé ainsi car son prénom est Pinduta (π = 3,14) VendeurD’Essence (qui n’a pas d’essence à vendre), VieuxPêcheur, GrandMèreCatarina (qui reste un mystère)…

D’un côté, cette lecture est amusante avec les réflexions des enfants, leur vision du monde des adultes, leurs questionnements, leurs moqueries envers les soviétiques, engoncés dans leurs chemises manches longues, sous le soleil, se moquant aussi de l’accent de celui qu’il ont surnommé le camarade Botard (ou CamaradeBotardov qui sent mauvais des aissellofs)…

Et de l’autre, cette lecture est plus sérieuse qu’on ne pourrait le croire car le lecteur, adulte, comprend plus de choses que les enfants. Sous le ton léger de la narration, on sent bien le drame caché des habitants qui subissent le communisme, les files devant la boulangerie, le manque de nourriture, les coupures de courant, la pauvreté des habitants de ce quartier.

Le ton de l’écriture est ironique, sarcastique, tout en étant aussi bourré de tendresse, de drôlerie, de naïveté, de touches d’humour, d’amitié, de joies simples et de vérités qui sortent de la bouche des enfants. C’est un mélange qui aurait pu foirer, s’il avait été mal dosé, mais ici, il est fait intelligemment et c’est un plaisir à lire.

J’ai même pris plaisir à lire l’espagnol cubain du docteur Camarade RafaëlTocToc, comprenant la majorité de ce qu’il disait. Pas de panique, la traduction de ses dires espagnoles sont traduits sous ses dialogues. Le fait de les lire en espagnol dans le texte nous fait comprendre les différences de langues entre lui et les habitants qui parlent le portugais, ainsi que les erreurs de compréhension de certains mots (expliqués en fin d’ouvrage).

Il règne une atmosphère de bonne humeur, d’innocence, de joie de vivre, dans ce quartier pauvre de PraiaDoBispo. On sent venir le drame, mais jamais l’auteur ne sombre dans le pathos, restant dans le registre de légèreté qui camoufle le sérieux de ce récit.

Un roman à la fois drôle et sérieux, amusant tout en étant intelligent, une bonne dose de bonne humeur pour bien commencer l’année, sans pour autant que ça manque de profondeur. Il faudra attendre la fin du récit pour connaître le secret du soviétique.

Il est dit, à la fin du roman, que l’auteur a puisé dans ses souvenirs d’enfance pour écrire ce roman.

Une excellente découverte et pour cela, je remercie ma copinaute Rachel qui me l’a proposé en LC. Une fois de plus, elle m’a fait sortir de ma zone de confort, m’a fait découvrir un auteur inconnu, l’univers décalé de ce roman inclassable et m’a fait cocher une case de plus sur ma carte des nationalités d’auteurs. Nous sommes raccord pour nos impressions de lecture.

Challenge Le tour du monde en 80 livres chez Bidb (Angola).

Un bref instant de splendeur : Ocean Vuong

Titre : Un bref instant de splendeur

Auteur : Ocean Vuong
Édition : Gallimard – Du monde entier (07/01/2021)
Édition Originale : On earth we’re briefly gorgeous (2019)
Traduction : Marguerite Capelle

Résumé :
« Un bref instant de splendeur » se présente sous la forme d’une lettre qu’un fils adresse à sa mère qui ne la lira jamais.

Fille d’un soldat américain et d’une paysanne vietnamienne, elle est analphabète, parle à peine anglais et travaille dans un salon de manucure aux États-Unis. Elle est le pur produit d’une guerre oubliée.

Son fils, dont la peau est trop claire pour un Vietnamien mais pas assez pour un Américain, entreprend de retracer leur histoire familiale : la schizophrénie de sa grand-mère traumatisée par les bombes ennemies au Vietnam, les poings durs de sa mère contre son corps d’enfant, son premier amour marqué d’un sceau funeste, sa découverte du désir, de son homosexualité et du pouvoir rédempteur de l’écriture.

Critique :
Ce roman m’avait attiré avec sa belle couverture, son titre beau et énigmatique, son résumé et en plus, il avait recommandé dans l’émission de « La Grande Librairie » (dans la partie des libraires).

Un fils écrit une lettre à sa mère, lettre qu’il lui sera impossible de lire puisqu’elle est analphabète et ne comprend que le Vietnamien.

Le narrateur ne lui cachera pas grand-chose et on se dit qu’heureusement qu’elle ne lira jamais cette lettre dans laquelle son fils parle, entre autre, des coups qu’il a reçu de sa mère.

Je ne sais pas ce que la mère aurait pensé de la lettre de son fils, si elle avait su la lire, mais moi, je me suis ramassée une pelle dans la gueule, et pas dans le bon sens du terme.

Le récit est assez décousu, passant souvent du coq à l’âne. Bon, lors de nos conversations en famille ou entre amis, on saute aussi souvent sur tous les sujets, on divague, on s’éloigne du point de départ, mais si à l’oral, ça marche, à l’écrit, c’est plus confus.

Sans problèmes, j’ai réussi à m’en sortir avec ses digressions, à dérouler le fil de l’histoire, à identifier les membres de sa famille et à comprendre que lorsqu’il parlait du garçon, c’était de lui qu’il parlait, se mettant en scène à la troisième personne du singulier, sans doute pour prendre plus de distance avec le récit, vu que ce qu’il lui arrivait était assez violent…

J’ai apprécié les sujets abordés, assez disparates mais formant un tout cohérent avec le personnage principal : l’exil aux États-Unis, la guerre du Vietnam, le métissage, les syndromes post-traumatiques, l’homosexualité, la difficulté de trouver une place dans la société américaine, les brimades à l’école, te dur travail de sa mère pour s’en sortir, les drogues, le racisme des Blancs envers les plus basanés et celui des Vietnamiens envers les métissés, ceux qui sont trop Blancs pour eux.

Le racisme n’est pas l’apanage de l’Homme Blanc, la connerie existe partout et l’Humain ramène tout à une histoire de couleur de peau ou de race. On le ressent bien dans ce récit, avec la mère du narrateur, fille d’une Vietnamienne et d’un soldat américain.

Le racisme ambiant, qu’il soit au Vietnam ou aux États-Unis est très bien décrit, magnifiquement rendu. Avec peu de mots, peu de situation, l’auteur arrive à nous faire comprendre toute l’imbécilité des gens, quelque soit leur couleur de peau, leurs origines.

La chose qui m’a le plus cruellement manqué, dans ce récit qui avait tout pour me plaire, ce sont les émotions ! Une fois de plus, j’ai eu l’impression qu’elles étaient aux abonnés absents : là où certains passages auraient dû me mettre le cœur en vrac, il ne s’est rien passé, comme si l’écriture n’avait pas su rendre les émotions palpables.

Le manque de dialogues m’a manqué aussi, cela a sans doute contribué à cette impression d’écriture froide. L’auteur a sans doute mis ses tripes dans son roman, mais à aucun moment je ne l’ai ressenti.

Une fois de plus, c’est un rendez-vous manqué avec un roman qui a été salué et encensé par la critique… Si j’ai réussi à tenir le coup durant toute la moitié du roman, la seconde partie fut survolée tant je n’arrivais plus à m’accrocher au récit et à la plume de l’auteur.

Malgré des portraits forts dans ses personnages, malgré un récit qui avait tout pour me plaire, j’ai battu la campagne pendant les 130 dernières pages et me suis enlisée dans la fin du récit, alors que j’avais réussi à apprécier un peu le début du roman.

 

Lorsque le dernier arbre : Michael Christie

Titre : Lorsque le dernier arbre

Auteur : Michael Christie
Édition : Albin Michel (18/08/2021)
Édition Originale : Greenwood
Traduction : Sarah Gurcel

Résumé :
D’un futur proche aux années 1930, Michael Christie bâtit, à la manière d’un architecte, la généalogie d’une famille au destin assombri par les secrets et intimement lié à celui des forêts.

2038. Les vagues épidémiques du Grand Dépérissement ont décimé tous les arbres et transformé la planète en désert de poussière. L’un des derniers refuges est une île boisée au large de la Colombie-Britannique, qui accueille des touristes fortunés venus admirer l’ultime forêt primaire.

Jacinda y travaille comme de guide, sans véritable espoir d’un avenir meilleur. Jusqu’au jour où un ami lui apprend qu’elle serait la descendante de Harris Greenwood, un magnat du bois à la réputation sulfureuse.

Commence alors un récit foisonnant et protéiforme dont les ramifications insoupçonnées font écho aux événements, aux drames et aux bouleversements qui ont façonné notre monde. Que nous restera-t-il lorsque le dernier arbre aura été abattu ?

Fresque familiale, roman social et écologique, ce livre aussi impressionnant qu’original fait de son auteur l’un des écrivains canadiens les plus talentueux de sa génération.

Critique :
En 2038, toute la Terre à connu le Grand Dépérissement : tous les arbres furent décimés et la planète est devenu un désert où il ne fait pas bon vivre.

Toute la Terre ?? Non, un petit village d’arbres résistent encore et toujours à l’envahisseur « désert » et cet oasis se trouve sur une île boisée au large de la Colombie-Britannique.

Cette dystopie est fort prenante, le début m’a aspiré littéralement dans cet univers où il ne fait absolument pas bon vivre, sauf si vous êtes pété de thunes.

Commençant en 2038, le récit va remonter l’échelle du temps pour nous présenter les ancêtres de Jacinda (dite Jake) Greenwood. Oui, ce sera une fresque familiale assez foisonnante et riche en aventures.

Malgré l’enthousiasme du départ, malgré l’écriture parfaitement calibrée de l’auteur, malgré le récit correctement construit qui remonte le fil du temps en nous éclairant sur le destin de la famille Greenwood, malgré les parallèles entre la famille et les arbres, malgré les personnages travaillés, il m’a manqué un petit quelque chose d’important dans ce récit : les émotions !

Que dalle, rien ressenti durant ma lecture, si ce n’est quelques unes, à certains moments, notamment la colère en voyant ses riches personnages qui viennent se ressourcer dans ce qu’il reste de forêt primaire avant de s’en retourner dans le monde dévasté pour le dévaster un peu plus…

Alors qu’en lisant et entendant les éloges fait à ce roman, je m’attendais à m’embraser tel un vieil arbre sec, et bien, ce ne fut pas le cas. Pourtant, ça avait bien commencé, j’étais happée par le récit et pas la remontée du temps.

À un moment donné, j’ai plutôt survolé certains passages devenus trop longs à mon goût, notamment lors de la cavale d’Everett.

M’attendant à lire un livre porté sur l’écologie ou du moins, sur les arbres, il m’a semblé que ces derniers n’étaient qu’une toile de fond, juste là pour parler des turpitudes de la famille Greenwood, dont les fondateurs ont commencé bien mal dans la vie avant que l’un des deux ne se hisse sur les hautes marches du capitalisme débridé et n’amasse du fric comme un arbre amasse la mousse et les champignons.

C’est donc mitigée que je ressors de cette lecture, sans doute parce que je m’attendais à autre chose et vraiment pas à ce que la saga familiale prenne autant dans place dans le récit, que j’aurais aimé être plus centré sur les arbres.

Même si, dans l’histoire, on comprend bien le mal que l’Homme leur fait en coupant à tort et à travers, en coupant à fond, comme s’ils allaient repousser de suite, grâce à une graine magique du druide Panoramix. Si Idefix avait lu ce roman, je pense qu’il aurait hurlé à la mort à chaque arbre tombé, à chaque forêt éradiquée…

Attention, je ne dis pas que ce roman est mauvais, loin de là, juste que nous nous sommes rencontré à un moment donné et qu’ensuite, nous nous sommes perdus de vue, avant de nous revoir et de passer un bon moment ensemble… Et ainsi de suite.

Je ressors donc de cette lecture mitigée, les longueurs l’ayant emporté sur les meilleurs morceaux (dommage). Sans oublier que le manque d’émotions ressenties a contribué à l’échouage de cette lecture, tel un arbre coupé et jeté dans un fleuve pour qu’il arrive à bon port, mais qui se perd en route.

Le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde – Écologie.