2. Le Roman Noir Américain dans la mythique « Série Noire » des éditions Gallimard : La traduction

II. Traduction à la con…

Et encore, je pèse mes mots lorsque je dis « traduction à la con »… on pourrait dire aussi « à l’emporte pièce », à la « mord-moi-le-noeud ».

Vous ne me croyez pas ? Petit exemple tiré du livre de Jean-Bernard Pouy, « 1280 âmes » et faisant référence au roman noir de Jim Thompson « 1275 âmes » dans sa traduction française alors que sa V.O avait pour titre « Pop. 1280 »

— Vous connaissez Jim Thompson, bien sûr.
— Quand même…
— Et le numéro 1000 de la Série Noire.
— « 1275 âmes ». Un chef d’œuvre.
— Traduit par Marcel Duhamel himself. Titre anglais ?
— « Pop 1280 ».
— Voilà le problème. Soi-disant que ça sonnait mieux. Mais avec des conneries comme ça, lors de cette traduction, cinq personnes ont disparu, cinq habitants de la bourgade de Pottsville.
— Ploucville, comme disait Duhamel.
— Ça me taraude. Ça m’empêche de considérer cette littérature, la noire, comme parfaite, un truc comme ça. J’aimerais que vous me les retrouviez, ces passés à l’as, pour raison signifiante. Je vous en garderais une éternelle reconnaissance.

Et oui, le roman de Jim Thompson, après traduction, perdait 5 habitants que le personnage de J-B Pouy se fera un plaisir de nous retrouver dans son roman « 1280 âmes » (chronique ICI).

Lorsqu’ils commencèrent à traduire dans les années 50 (et jusqu’à peu), les maisons d’éditions ne faisaient pas dans la dentelle et n’ont jamais hésité à grignoter sur les coûts de traduction des romans policiers, considéré comme un sous-genre (y’a qu’à voir la tête de votre famille lorsque vous leur annoncez que vous ne lisez QUE des polars).

En 1945, lorsque nait la « Série Noire », le but est de toucher un large public, donc il faut réduire les coûts ! Puisque de toute façon, le roman policier est truc pour les classes sociales d’en bas, populaires, faut le faire pas cher et qui dit « pas cher », dit économie sur tout.

Alors qui va casquer en premier ? Le traducteur, c’est élémentaire, mon cher lecteur.

Allez monsieur le traducteur, bâclez le travail, je vous en prie ! De plus, si comme beaucoup vous n’êtes pas trop spécialiste de la langue de Shakespeare « version Lincoln », sûr que vous allez accumuler les erreurs, les non-sens, les conneries et les traductions brutes de décoffrage, à l’emporte pièce.

De plus, les traductions étaient bien trop « libres », la violence de l’écrit étant détournée au profit de traits d’humour. Moi, ça me scie !

Certains romans furent carrément tronqués pour de vulgaires problèmes de format. En effet, le livre devait avoir 254 pages maximum.

Pratique : avec le même format, on peut « groupir » différents volumes pour les envoyer ensemble à l’impression, ce qui diminue encore plus la facture.

— Heu, c’est trop long, chef, je fais quoi ? [voix du soldat Pithiviers]
— Coupe dedans ! Enlève des pages, licencie des passages, débite les mots, vire-les, dynamite-les, disperse-les, ventile-les, éparpille-les par petits bouts façon puzzle !
— Mais où je coupe, chef ?
— Dans les monologues, dans les descriptions trop longues, dans les passages spychologiques,… psychologiques. Fais tomber les séquences les plus littéraires, celles qui ne sont pas vitales pour l’intrigue.

L’ennui dans leurs traductions à la con, c’est que non content d’accumuler les approximations, ça nuit à la qualité du texte initial.

La richesse du chef-d’œuvre ? On s’en tamponne, merci bien.

Ils ont fait pire en traduisant les textes de William Irish, faisant de ses textes – qui avait une langue brutale – « un discours de vieilles dames qui prennent le thé » (dixit François Guérif, éditeur de Rivages).

Pareil dans les textes de Chandler qui furent coupé comme du jambon chez votre charcutier. Exit les séquences les plus littéraires, parfois un chapitre tout entier, des phrases, des paragraphes entiers, une réplique, de nouveaux 8 lignes…

Et quand bien même ce fut fait avec du bon sens, cela a porté sur que Chandler tenait le plus.

Donald Westlake frôla sans doute la crise cardiaque en découvrant à la BiLiPo (Bibliothque des littératures policières) les exemplaires originaux de ses livres, le tout énergiquement raturés par les traducteurs qui avaient sabordé des passages entiers.

Il a récupéré de suite ses droits et à chargé un autre traducteur (François Guérif) de faire retraduire l’ensemble de ses romans.

Dans « L’échappée » de Jim Thompson : le dénouement ambigu est passé à la trappe. Sans doute voulaient-ils économiser une feuille de papier…

La maison d’édition « Rivages », en 2012, a enfin proposé la version intégrale et certains se rendirent compte que la fin du film « Guet-Apens », adapté du livre « L’échappée » par Sam Peckinpah, qui avait fait hurler les critiques à cause de sa fin presque « happy-end » (alors que dans le bouquin, elle était terrible) était bien la bonne.

Ce n’était pas l’adaptation ciné qui était fausse, mais la première traduction !!

Depuis que Westlake a repris en main ses textes et les a refait traduire, les autres auteurs furent aussi retraduit.

De grands noms tels que Thompson, Elmore Leonard, Shirley Jackson… sont de nouveau sur le marché avec leurs textes intégraux.

François Guérif le dit lui-même que pas un livre n’échappa à la terrible découpe sanguinaire de l’époque.

La Série Noire ne fut pas la seule à la faire, Le Masque fit pareil (je me souviens d’horribles traductions des recueils de Sherlock Holmes qui firent quelques colonnes dans le journal « Le Monde » à l’époque – ICI) ainsi que Fleuve Noir (limité à 212 pages).

Justement, en parlant de Guérif, il détonna lorsqu’il arriva avec sa collection « Red Label » chez Hachette : rien n’était coupé.

Certains ont dû en chier des pendules parce que pour eux un polar ne devait pas être trop long à lire et facile à lire

— Hé oh, nous prenez pas pour des caves ou des branques, hein !

Tiens, puisque l’on parle d’argot… voilà aussi un autre problème après les coupe à la Jack The Ripper… Le changement de langage, de mots.

Oui, fallait que du langage argotique ressemblant à du mauvais « Tontons Flingueurs ».

Partout, partout, de l’argot de France qui nuit à la beauté du texte original. Dashiell Hammet en fit les frais dans « Moisson rouge ».

La patron de Gallemister en fit aussi l’amère découverte avec les livres de Ross MacDonald, un des grands fondateurs du roman noir américain avec Chandler et Hammett : dans les romans traduits qu’il avait acquis et les originaux, c’était le jour et la nuit.

Dans la V.F, dès la première page, il manquait la moitié du texte et le style d’écriture avait été aplati, affadi.

Allez hop, on retraduit tout et correctement, s’il vous plaît, sans caviarder des passages.

Mais pourquoi tant de haine et de découpes ??

À l’époque, on pensait avec dédain qu’il ne fallait pas dérouter le lecteur, le perturber, alors, on coupait l’ironie, les digressions, les monologues intérieurs… bref, on demandait au texte de MacDonald de fermer sa gueule…

On pourrait croire que ça ne sert plus à rien de retraduire des livres qui ont déjà été vendus… et bien si !

Malgré les dizaines de milliers d’ouvrages vendus par Westlke, on a encore bien vendu ses retraductions en texte intégral parce que lors des retraductions, on retrouve des passages entiers qui ont été gommé de l’œuvre !

Ça peut aussi permettre à d’autres, des plus jeunes, de découvrir des romans noirs dans toute leur beauté de texte.

Toutes ses découpes sont dommageables parce que si la « Série Noire » a implanté le polar noir en France, elle l’a aussi enfermé dans des clichés en transformant des textes grandioses en daube bas de gamme.

Ce qui a pour conséquence de cloisonner les romans noirs dans la rayon « polars de gare », chez les « vite lu, vite oublié », comme si les auteurs de Noir n’étaient pas des écrivains, mais des scribouillards du dimanche après-midi.

Guérif comprend qu’ils furent obligé de cloisonner les textes dans les années 50, mais ce qui l’agace prodigieusement c’est que ces textes mal traduits soient toujours en vente en 2014 !

En 1980, quand Westlake s’est rendu compte de l’horreur pratiquée dans ses textes, on ne pouvait plus utiliser l’excuse des impératifs économique de l’après-guerre.

Tiens, au fait, Marlowe a été aussi retraduit, sauf que les traductions réalisées par Boris Vian n’ont pas été revues

Hors, Vian était un fantaisiste qui changeait tout ce qui ne lui plaisait pas…

Vian serait-il plus important que le texte original de Chandler ? Si on l’avait fait avec un écrivain majeur, tout le monde aurait hurlé, mais ici, ce sont des polars et ils ont encore mauvaise presse…

ENFIN… Last but not least… Nos amis Hammett et Chandler ont enfin été retraduits correctement dans les années 2000 (plus que temps, non ??) et grâce aux maisons Rivages et Gallmeister, les auteurs de romans noirs ont pu bénéficier d’un travail de qualité qui rend justice à leurs textes initiaux.

Maintenant, je peux prouver que les auteurs que je lis sont des grands écrivains, na !

Malheureusement, d’autres grands auteurs ont encore leurs textes caviardés qui dorment dans des rayons et pire encore, des auteurs ne sont plus traduits à partir de leur langue d’origine, mais de leur traduction en anglais.

Sachant qu’aucune traduction ne sera jamais fidèle à 100%, le fait de traduire la traduction enlève un peu plus à l’œuvre originale.

Quand je vous disais « traduction à la con » !!

Sources : Articles du magazine « Le Monde – Hors-Série – Polar, Le Triomphe Du Mauvais Genre » N°40H

1. Le Roman Noir Américain dans la mythique « Série Noire » des éditions Gallimard : Histoire

— Au fait, tu le bois comment, ton policier ?

— Noir, sans lait et sans sucre, merci…

I. Le roman noir américain : Histoire et traduction

L’histoire du polar noir est pour aujourd’hui; la traduction sera pour l’article suivant.

1. Histoire du Polar :

Les amateurs de Roman Policier ou de Polars ont peut-être succombé un jour aux fameux « Romans Noirs » de la « Série Noire » des éditions Gallimard ou aux autres « Noirs », ceux que l’ont nomme « Hardboiled » (littéralement « durs à cuire »), car type de littérature trouve son origine en Amérique…

Même si vous n’êtes jamais allé du côté obscur de la Force, je suppose que vous avez tous vu, au moins une fois, ces fameuses couvertures jaunes et noires de la collection « Série Noire ».

Les romans « noirs » étaient souvent considérés comme « littérature au rabais » et ils ne traitent, à priori, que d’énigme policière ou d’aventures de truands de deuxième zone.

Un pur produit 100% américain, le roman noir ? Peut-être pas tant que ça… mais la Série Noire de chez Gallimard leur doit beaucoup.

Avant de vous parler des problèmes de traduction et des découpages brutaux que l’on fit dans ses textes (partie II), je vous tout d’abord vous parler un peu de ce qu’est un roman noir.

1.2 Définition :

J’ai souvent « lu » que des personnes qualifiait un roman qu’elles venaient de lire de « roman noir » et lorsque vous demandiez quel titre elles avaient lu, je voyais fleurir des titres appartenant à des Chattam, des Thilliez et autres auteurs de thrillers ou de romans policiers « classiques ».

Si l’une ou l’autre personne leur signifiait qu’elle ne voyait pas ce qui qualifiait ces romans de « noir », il lui était répondu que le roman était « sombre, dur »…

Non, ces livres n’étaient pas des romans noirs et le fait d’avoir de la violence ou un récit « dur » n’en fait pas des romans dits « noirs ».

Alors, qu’est-ce qui fait qu’un roman est noir ou pas ??

— La réalité sociale présente dans le roman…

Autrement dit, c’est un roman policier qui donne une vision réaliste des conditions sociales et de la criminalité.

Il met lui aussi en scène l’univers du crime mais il insiste sur la critique de la société. Un genre en plein essor aux États-Unis dans les années 1950.

Le roman noir peut être à la fois considéré comme un sous-genre ou une sous-catégorie appartenant au roman policier et qui regrouperait le roman d’énigme et le roman à suspense, mais aussi comme un genre à part entière possédant ses propres critères génériques.

Dès lors, le roman noir désigne aujourd’hui un roman policier inscrit dans une réalité sociale précise, porteur d’un discours critique, voire contestataire.

Le roman noir, tout en étant un roman détective, se fixe ses propres frontières en s’opposant au roman d’énigme, car le drame se situe dans un univers moins conventionnel et moins ludique (non, vous ne devez pas chercher QUI a tué).

En anglais, on parle aussi d’hardboiled novel… Et ce n’est pas à mettre entre toutes les mains car pour peu que vous soyez habitué à des romans policiers classiques, vous risquez d’être dépaysé !

Sur fond de prohibition, la question n’est plus tant de savoir « qui a tué ? » mais « pourquoi ? ». Le climat est à la violence de la pègre et à la corruption.

Le crime et l’enquête qu’il déclenche ne disparaissent pas, mais le détective devient un révélateur.

C’est un homme de terrain, souvent cynique et désenchanté, malmené par les aléas de sa quête.

Dès lors, le roman noir s’ancre fermement dans une réalité sociale et politique et rend compte de la violence qui y sévit.

Les pages de ces romans dégagent une forte odeur de poudre, de sang et de bourbon « single malt ».

C’est le début le la série des détectives légendaires.

Et comme ils disent sur le site de Gallimard à propos de la Série Noire  (en abrégé) :

Amateur d’énigmes à la Sherlock Holmes, tu oublies ! Ton compte, tu ne  trouveras pas.

Optimiste, va voir ailleurs. Ici, tu entre dans ce que l’humain a de plus sombre.

L’immoralité y est chez elle, tout autant que les beaux sentiments. L’esprit en est rarement conformiste.

Amateur de justice, tu y croiseras des policiers plus corrompus que les malfaiteurs qu’ils poursuivent.

Ici, il n’y a pas vraiment un détective sympathique ou « déducteur » pour résoudre le mystère. Parfois, il n’y a pas de mystère. Et quelquefois même, pas de détective du tout.

Mais alors, il y a quoi dans le roman noir ?…

De l’action, de l’angoisse, de la violence — sous toutes ses formes et particulièrement les plus honnies — du tabassage et du massacre.

Les états d’âmes se traduisent par des gestes, et les lecteurs friands de littérature introspective devront se livrer à la gymnastique inverse.

Il y a aussi de l’amour — préférablement bestial — de la passion désordonnée, de la haine sans merci.

Bref, le but est fort simple : vous empêcher de dormir.

« Joli programme, n’est-il pas ?? »

1.2 Histoire :

Je vous signalais plus haut que le roman noir n’était pas à 100% amerloque car parmi les précurseurs français du genre, on peut citer Balzac : « Une ténébreuse affaire » (1843) ou Eugène Sue et ses « Mystères de Paris » (1842-1843), mais Émile Zola pourrait peut-être s’en réclamer aussi pour « L’Assommoir », voire « Thérèse Raquin ».

Les racines du roman noir sont donc parfois liées à celles du roman policier qui débuteraient au XIXè siècle.

Le genre naît véritablement aux États-Unis dans les années 1920, avec des auteurs, notamment Dashiell Hammett, qui écrivent des romans avec pour ambition de rendre compte de la réalité sociétale du pays : gangstérisme, corruption politique et policière, toute-puissance de l’argent, utilisation ostensible de la violence, crimes organisés et terreau mafieux…

Dashiel Hammet apparaît comme le représentant de cette littérature populaire naissante appelée « hard-boiled » (« durs à cuire »), dont il créa l’école avec Carroll John Daly.

Ces auteurs publient leurs textes dans des magazines populaires et peu coûteux, surnommés les dime magazines (un dime = 10 cents) ou les pulp magazines (du nom de la pulpe de papier de piètre qualité qui sert à l’impression).

Plusieurs écrivains se bornent à exploiter les ingrédients bassement commerciaux de cette littérature destinée avant tout aux jeunes hommes (sexe, alcool, violence), mais les meilleurs suivent les traces de Hammett pour détourner les conventions du genre à des fins subversives de dénonciation du capitalisme, de la corruption policière et de la collusion entre le pouvoir politique et la pègre : W.R. Burnett, Jonathan Latimer, Raymond Chandler, Howard Fast, Ross Macdonald, Jim Thompson, Chester Himes, William P. McGivern, Fredric Brown…

Avec Dashiell Hammett, on entre de plein fouet dans cet univers réaliste et un peu glauque. Ici on ne fait plus appel à l’intelligence du lecteur mais à son cran et à ses tripes.

On est dans l’action, loin des salons du roman à énigme. Les rues sont dangereuses, les meublés crasseux, les arrières salles enfumées et les personnages troubles. 

Chez Hammett, la vengeance s’exerce et le coupable trouve souvent la mort, révélant ainsi une critique acerbe des institutions américaines (ce qui lui vaudra même d’être emprisonné par MC Carty).

1.3. Décollage ! :

Le roman noir connaîtra véritablement son essor qu’après la Seconde Guerre mondiale.

En Amérique ?? Non, en France !

Juin 1944… Marcel Duhamel, traducteur de Steinbeck ou d’Hemingway (entre autres) et agent pour Gallimard, sort de chez Marcel Achard avec trois bouquins que ce dernier vient de lui confier : « This man is dangerous » et « Poison Ivy » de Peter Cheyney, et « No orchids for miss Blandish » d’un certain James Hadley Chase.

Cet homme ne le sait pas encore, mais il tient sous le bras les trois premiers romans d’une longue saga qui va profondément et durablement marquer la littérature.

C’est en 1945 que la mythique collection « Série Noire » verra vraiment le jour.

À ce jour, plus de 2800 titres parus… si quelqu’un a dans l’idée d’en faire collection, il devra avoir une grande bibliothèque !

Les deux premiers titres appartiennent à Peter Cheyney avec « La Môme vert-de-gris » (titre français de « Poison Ivy ») et « Cet homme est dangereux » (septembre 1945).

Si un lecteur les possède dans sa biblio en première édition, je suis intéressée contre un don moyennant paiement en espèces…

Lors de la Libération, on découvre le jazz, les cigarettes blondes, les bas nylon, les capotes, les chewing-gum… On découvre ♪ l’Amérique ♫

Collection encore anecdotique à cette lointaine époque…

La populace est en liesse et attirée par tout ce qui vient du Nouveau-Monde et est un peu blasée de ses Hercule Poirot ou autre Rouletabille.

La « Série noire » est vite devenue LA référence… Ou comment voir le monde au travers du polar.

S’ils ont commencé par traduire des romans policiers américains, les fondateurs sont ensuite passé aux romans français, avant de s’engager dans une littérature noire sans frontière.

Une future mythique collection venait de naître et personne n’aurait parié un franc que soixante ans plus tard, elle se composerait de plus de 2 800 romans (dont plusieurs quintaux de chef-d’œuvres !) et hanterait les nuits blanches de centaines de milliers de lecteurs.

Les débuts furent difficiles et tenaient plus du bricolage que d’autre chose.

C’est Marcel Duhamel qui se trouvera au four et au moulin (occupé par mille autres activités) et la « Série noire » s’offrira un long tour de chauffe,  ne publiant que six titres en trois ans, malgré des chiffres de vente plus qu’honorables et un enthousiasme sans cesse croissant.

Leur signature ? Un langage populaire, l’emploi de l’argot, des univers glauques dépeignant un monde austère et froid…

En un mot, ces romans rompent avec le style feutré et « aristocratique » du roman à énigme du début du siècle, genre ceux de la grande dame qu’était Agatha Christie.

Ici, pas de meurtres dans des châteaux, pas de majordome ou de Colonel Moutarde tuant le docteur Lenoir avec le chandelier dans la véranda…

Un seul problème dans tous ces romans… LA TRADUCTION à la mord-moi l’zob !

(Mais cet article, c’est pour demain).

1.4 Auteurs de Noirs Français :

Dans le domaine francophone, les grands représentants du genre sont Jean Amila ou Léo Malet (avec son personnage de Nestor Burma).

À partir des années septante, des auteurs comme Jean-Patrick Manchette, Frédéric H. Fajardie ou Tonino Benacquista témoignent encore de l’influence du roman noir américain. Les œuvres de ces auteurs sont parfois qualifiées de « néo-polars ».

Dans cette catégorie du roman noir, il faudrait sans doute aussi citer l’auteur algérien Yasmina Khadra ou le Sénégalais Abasse Ndione.

Sources : Article basé sur des infos de Wiki, sur les notes se trouvant sur le site de chez Gallimard additionné de quelques furetages sur le Net au gré de mes ballades.

Challenge « Le mois Américain » chez Titine.

Le mois américain : Septembre 2014

Mon mois anglais en juin avait été consacré à deux grandes figures de l’Angleterre victorienne : Sherlock Holmes pour le côté « justice » et « littérature » et Jack l’Éventreur pour le côté « mauvais » mais « réel ».

Une grosse partie des auteurs présents dans mon écurie Palesque sont en majorité des yankees. J’aurais pu en sortir quelques uns, mais j’ai préféré faire tout autre chose.

C’est pourquoi j’ai décidé, durant le mois américain, de me consacrer à ce qui fait aussi l’Amérique : le western !

Réanimez cette pauvre Titine, je n’ai nullement l’intention de d’enquiller tous les westerns spaghettis et de la submerger avec 69 fiches, mais juste de présenter quelques bandes dessinées consacrées au western, far west, cow-boys, et d’un genre toutes différentes.

Au lieu de me consacrer à une seule collection, comme j’aurais pu le faire en relisant toute mes bédés de « Comanche », j’ai préféré diversifier les choses et faire quelques fiches sur un panel allant de bédés « humoristique », « gentillet » à « violentes » et « pas pour les enfants ».

Voilà pourquoi je commenterai mes « Lucky Luke » préférés pour le côté humour et familial, que je vous parlerai des premiers tomes de la série « Comanche » pour le côté « violent parfois », que le côté « gentillet » sera réservé à quelques titres de la série « Jerry Spring » et la partie « pas pour les enfants » sera réservée à « Durango ».

En plus j’ai un marathon lecture qui vient de s’ajouter pour le week-end du 5 au 7 septembre ! Réanimez Titine, je vous prie ! 😆

Malheureusement, je n’aurai sans doute pas le temps de vous causer de la série « écolo réaliste » qu’est « Buddy Longway » ni de la très réaliste et sans fin qu’est la très célèbre série « Blueberry ». Lire des bédés, ça va vite chez moi, mais ça met plus de temps pour rédiger les chroniques…

Niveau séries, quelques unes que j’adore ou que j’ai découvert alors que je n’aurais pas misé un kopeck dessus.

« Esprits criminels » fait partie de mes séries policières préférées, j’adore ces mentalist du comportement humain, les personnages, l’ambiance, trash parfois, et même si je n’ai plus trop suivi les dernières saisons pour manque de temps, elle reste une de mes préférées.

« Elementary », au départ, bof, je n’en attendais pas grand-chose, surtout après avoir vu « Sherlock BBC » mais je dois dire que j’ai apprécié la suivre et que sans casser trois pattes à un unijambiste, elle se laisse voir avec plaisir, mais Jonny Lee Miller ne sera jamais un Holmes pour moi.

« Deadwood » était  une super série western, très trash, puant le purin, le pot de chambre et les sous-vêtements pas frais (jaunes devant et brun derrière) mais qui a vu sa réalisation s’arrêter après 3 saisons car peu suivie par les spectateurs. Je resterai sur ma fin, merci les gars !

Avec « The Big Bang Theory » j’étais mitigée… ma sœur m’avait fait visionner un épisode qui passait sur M6 mais je n’avais pas accroché. Il faut dire que j’étais crevée et que puisque nous étions 6 avec mes parents, la séance télé n’était pas dans ses meilleures conditions.

Une fois seule à la maison (Chouchou est un silencieux) j’ai repris la série à son premier épisode et là, je vous avoue que j’ai pissé de rire !

Séries dont je voudrais réaliser une fiche :

  • The Big Bang Theory
  • Elementary
  • Deadwood
  • Esprits criminels

Articles :

  • Le roman noir américain et sa traduction à la « mord-moi l’fion »

Romans :

  • La malédiction du gitan : Harry Crews

La Clé de verre : Dashiell Hammett

Titre : La Clé de verre                                       big_3

Auteur : Dashiell Hammett
Édition : Folio Policier (2009)

Traducteurs : Nathalie beeunat & Pierre Bondil (Nouvelle traduction intégrale)

Résumé :
Le sénateur Ralph Henry est candidat à la mairie. À la veille des élections, son fils est découvert assassiné dans la rue. Des lettres anonymes, puis la presse, accusent l’influent politicien Paul Madvig, principal soutien du sénateur dont il doit épouser la fille Janet.

Alors que la guerre reprend entre les gangs pour s’assurer le contrôle de la ville, Ned Beaumont, collaborateur de Madvig, s’efforce d’innocenter son ami.

Avec des méthodes souvent brutales, il s’improvise détective pour démêler le vrai du faux dans une ville rongée par la corruption.

Roman noir par excellence, « La clé de verre » décrit l’obscénité de la manipulation, et son corolaire, la trahison.

Critique : 
Un autre roman noir de lu, un de plus… Cette addiction est sévère et mon médecin m’en a prescrit beaucoup pour le bien de ma santé mentale. En « traduction intégrale », pour bien faire, ce que je fis avec ce roman nouvellement traduit correctement !

Dashiell Hammett, je le connaissais de par « Moisson Rouge », alors je me suis lancée sur cet autre roman noir qui se passe dans le milieu politique et ses quelques magouilles…

Qui a tué le fils du sénateur Henry ? Nul ne le sait, pas même Ned Beaumont qui l’a trouvé gisant raide mort dans une ruelle sombre.

Pourtant, tous les regards se tournent vers Paul Madvig, le politicien qui tire les ficelles de la ville et principal soutien du sénateur dont il doit épouser la fille Janet.

Ned, bras droit (et gauche) de Madvig n’y crois pas trop et il décide d’enquêter à sa manière, qui est loin d’être très catholique…

Oubliez les enquêteurs classiques et traditionnels, munis d’une loupe et de petites cellules grises. Nous sommes dans un roman noir et l’enquêteur est aussi véreux que son politicien d’employeur.

L’atmosphère de cette Amérique des années 30 est sombre, remplie de magouilles, de guerre des gangs pour avoir la main mise sur la ville. On patauge dans les jeux politiques, toujours ambigus, on nage dans la corruption, on côtoie les gangsters, on s’amuse dans les tripots avec des jeux de hasard… On boit de l’alcool et on se prend quelques coups dans la tronche.

L’auteur ne nous épargne rien dans son récit : si Ned boit un verre ou dévore une omelette au bacon, on le saura. Idem s’il mâchouille un cigare.

Les protagonistes, nombreux, seront découverts au fur et à mesure, lorsqu’on suivra l’enquête de Ned Beaumont. Ils sont tous sombres et il n’y en pas un pour relever l’autre.

Nous sommes dans une sorte d’intrigue policière mâtinées de joutes politiques pour le pouvoir, où tous les coups, surtout les bas, sont permis. Niveau castagne, ça bastonne à fond, le tout sur fond d’histoires d’amour compliquées et de trahisons en tous genres.

Une écriture au cordeau, sans fioritures, brute de décoffrage et pour la première fois dans sa traduction intégrale. Avec un final assez « étrange », mais inattendu.

Pour ma part, j’ai préféré « Moisson Rouge »… mais ceci n’est que mon avis. En tout cas, si vous voulez découvrir le fameux « hard boiled », ce livre en fait partie.

Moi, je compte bien découvrir aussi « Le faucon Maltais » du même auteur.

Livre participant au Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014), Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre et Le « Challenge US » chez Noctembule.

Hard Revolution : George P. Pelecanos [Derek Strange et Terry Quinn 4]

Titre : Hard Revolution                                                     big_4

Auteur : George P. Pelecanos
Édition : Points (2006)

Résumé :
Washington D.C., 1959. Derek et Dennis Strange grandissent dans une famille noire qui lutte contre la violence et la misère ambiantes.

Neuf ans plus tard, le premier devient flic, le second, de retour du Vietnam, sombre dans la drogue et la délinquance. Les deux frères vont alors s’entredéchirer dans une ville au bord de l’explosion.

Critique : 
Celui qui cherche un livre rempli  de courses poursuites, de rebondissements à gogo, de suspense trépidant, devra aller chercher son bonheur ailleurs… Bien que je lui conseille fortement de se pencher sur ce roman aussi noir que la peau d’ébène des protagonistes et aussi noir que le coeur de certains ségrégationnistes, car ce livre en vaut vraiment la peine.

Dans cette histoire, l’homme Blanc n’en sortira pas grandi, que du contraire, mais de toute façon, on ne récolte jamais que ce que l’on sème. Et lorsque l’on sème la haine des autres, le mépris, l’arrogance, l’intolérance, le racisme, on sait qu’un jour on récoltera la tempête qui aura poussé dans ce terreau plus que fertile.

Comme toujours, les Blancs méprisent les Noirs et les considèrent comme des moins que rien, alors, à force, un jour, ces derniers risquent de renvoyer l’ascenseur afin de leur retourner leur morgue glaciale.

Mais venons-en au récit… 1959. Nous sommes avec le jeune Derek Strange, un ado qui vit dans un quartier noir de Washington. Quartier Noir qui a tout du ghetto… Malgré tout, la famille de Derek l’entoure, l’aime, et hormis quelques conneries de son âge, il grandit sans tomber dans la délinquance.

À quelques encablures de là, d’autres adolescents poussent aussi, et pas toujours en sagesse. Des Blancs,  pour la plupart (italiens, grecs, irlandais, juifs…). Entre les deux communautés, c’est pas l’amour fou, on se côtoie difficilement et la ségrégation est toujours une réalité…

Le rythme du livre est assez lent. Une grande partie du récit est consacrée à la jeunesse de Derek et de son frère aîné, Dennis, sans oublier la vie du quartier, personnage à part entière, lui aussi, avec ses délinquants, ses gens honnêtes, ses commerçants, ces jeunes blancs-becs qui roulent dans leur grosses bagnoles chromées.

1968… Derek est flic et ce n’est pas évident pour lui de faire son boulot alors qu’il est méprisé par sa communauté. Dennis, son aîné, lui, a mal tourné. Sans travail, il vit de petits trafics et se la joue petit trafiquant.

La force de Pelecanos est de nous captiver avec ses atmosphères, ses petits morceaux de vie de l’Amérique des années 50 et 60, cette part pas très réjouissante de son Histoire.

L’auteur ne jette pas la pierre à l’un ou à l’autre, ses personnages sont travaillés, on passe du temps avec eux, ils expriment leurs pensées et on s’attache à certains.

Oui, bien que « calme », le récit m’a captivé de par son histoire, de par sa force, de par le style d’écriture agréable de l’auteur et grâce à ses personnages bien travaillés.

Juste que, à un moment donné, je me suis dit que le 4ème de couverture était trompeur, car Derek et Dennis, bien que en désaccord, ne se déchiraient pas vraiment (comme annoncé sur la couverture) et que, bien que nous ayons déjà eu deux crimes crapuleux, l’embrasement de la ville ne se produisait pas (annoncé aussi sur le 4ème)…

Mal m’en pris ! À 60 pages de la fin, une balle a tout changé… Un mort et tout s’est déclenché. La ville s’est bel et bien embrasée.

Avec l’imbécilité des gens qui foutent en l’air leur quartier, leurs magasins, pillent les commerçants qui les servaient, leur faisaient crédit, les connaissaient tous par leurs prénoms…

Un livre fort sur une part obscure de l’Amérique qui, en 1968, n’aurait jamais élu un Obama.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et le « Challenge US » chez Noctembule.

Bilan Livresque : Février 2014

Février ne comptant que 28 jours, ça devrait me faire un livre de moins que janvier, en principe…

Bon, bilan un peu en-deçà puisqu’il ne compte que 7 livres plus un manga. Et j’ai honte de dire que un de ces romans avait déjà été entamé sur janvier…

Alors, tout d’abord, « Nécrologie » de Paul Cleave (ICI) que j’avais entamé en janvier ne s’est pas révélé aussi jouissif que je m’y attendais. Une narration au présent m’a rendu la lecture assez insipide et je n’ai pas su rentrer dans ce polar noir aussi bien que dans « Un employé modèle » du même auteur.

Pour ne pas mourir idiote, j’ai lu « Lignes de sang » de Gilles Caillot (ICI) qui s’est révélé un polar/thriller assez addictif ! Hormis un raccourci assez peu crédible (mais l’auteur fait ce qu’il veut), le reste tient la route et j’ai passé du réel au virtuel pour cette enquête assez hard.

Madame Giebel sait comment me parler dans ses livres, et, une fois de plus, j’ai été conquise par son roman « Purgatoire des innocents » (ICI). Je ne le conseillerais pas aux âmes sensibles car c’est assez violent, sans que la violence ne soit gratuite, à mon sens, car elle est « logique ».

Joe R. Lansdale est un auteur qui me fait rire dans ses romans et « L’Arbre à bouteilles » ne fait pas exception : du rire dans un roman sombre (ICI). Bien que j’ai trouvé que l’enquête était un peu « facile » puisque j’avais trouvé avant nos deux héros, Hap Collins, blanc et hétéro et Léonard Pine, noir et homo.

C’est une fois de plus Yvan (Blog ÉmOtionS) qui m’a fait découvrir un auteur qui m’était quasi inconnu : Amédée Mallock et son « Cimetière des hirondelles » (ICI).  On peut dire que ce thriller n’a pas la « vitesse » du genre, mais qu’il prend son temps pour nous dévoiler l’enquête. Une belle surprise, même si j’ai eu du mal avec le commissaire Mallock au départ.

Chouette, la suite des aventures de comte Phantomhive et de son diable de majordome sont arrivées ! « Black Butler – Tome 15 » de  Yana Toboso fut de nouveau un régal (ICI). J’ai découvert dans ce manga le milieu des pensionnats anglais pour jeunes garçons dont les parents sont fortunés et nobles et je dois dire que le milieu n’est pas des plus reluisant ! Mais l’enquête avance bien et on aura le dénouement dans le tome suivant.

Un roman noir qui n’avait jamais été traduit pour nous, pauvres francophones, mais voilà que l’erreur est réparée ! C’est donc avec fébrilité que j’ai ouvert « Nu dans le jardin d’Éden » de Harry Crews et ce fut un joli coup de poing (ICI) ! Son univers est riche de par ses personnages, mais eux sont pauvres de par leur vie de misère. En tout cas, c’est mon coup de cœur du jour.

Puisque j’étais dans le registre des romans noirs, j’en ai profité pour sortir une pépite noire charbon « Anthracite » de Valerio Evangelisti (ICI).  Ici, pas de duels aux pistolets dans la rue, mais des duels à un niveau plus haut, celui des puissants conglomérats qui veulent gagner le combat afin de dominer ce jeune pays qu’est l’Amérique… Là, on va au charbon, c’est sombre, noir, sans concession et on en prend plein sa gueule !

Bref, bien que je n’ai pas explosé mon compteur lecture (je ne vous parle pas des bédés, j’ai relu tous mes tomes des « Trolls de Troy », ce qui fait 14 bédés à ajouter sur Goodreads), j’ai néanmoins découvert des bons romans noirs qui m’ont marqué.

Bilan Livresque Février : 6,5 romans, 1 manga et 14 bédés)

  1. Nécrologie : Paul Cleave (débuté en janvier) (Challenge « Thrillers et polars » de Liliba)
  2. Lignes de sang : Gilles Caillot (Challenge « Thrillers et polars » de Liliba)
  3. Purgatoire des innocents : Karine Giebel (Challenge « Thrillers et polars » de Liliba)
  4. Arbre à bouteilles (l’) : Lansdale (Challenge « Thrillers et polars » de Liliba / Challenge « US » chez Noctembule)
  5. Cimetière des hirondelles (le) : Amédée Mallock (Challenge « Thrillers et polars » de Liliba)
  6. Black Butler – Tome 15 : Yana Toboso (Challenge « Thrillers et polars » de Liliba / Challenge « XIXè siècle » chez Netherfieldpark / Challenge « I Love London 2 » de Maggie et Titine / Challenge « Victorien » chez Arieste)
  7. Nu dans le jardin d’Eden : Harry Crews (Challenge « Thrillers et polars » de Liliba / Challenge « US » chez Noctembule)
  8. Anthracite : Valerio Evangelisti (« Il était une fois dans l’Ouest » chez Arieste / Challenge « Thrillers et polars » de Liliba / Challenge « US » chez Noctembule / Challenge « XIXè siècle » chez Netherfieldpark)

Bilan Livresque : Novembre 2013

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Le Bilan de Novembre n’est pas terrible : 6 livres seulement au compteur… Mon pire score pour 2013 !

Et, une fois de plus, rien n’est sorti de ma PAL Noire…

D’accord, j’avais un sacré pavé au menu avec « Crime et châtiment » de Dostoïevski… 1000 pages que j’ai eu du mal à terminer, n’arrivant pas à entrer dans le roman (ICI). Bon, ça m’a permis de lire un auteur russe pour mon challenge « Myself », mais j’ai de la peine de n’avoir pas su apprécier ce roman noir à sa juste valeur…

Une bombe ensuite avec « Les Apparences » (ICI) de Gillian Flynn : waw, quel roman bluffant ! Assurément dans mes coups de coeur de l’année ! Un roman policier comme je n’en avais jamais lu et je remercie mon collègue Babelien Gruz qui est en même un collègue de blog : Yvan.

Un autre roman noir de la collection « Rivages & Payot », adapté au cinéma « Mort un dimanche de pluie » de Joan Aiken (ICI). Roman d’ambiance, sombre, angoissant, il est à lire un jour de pluie pour renforcer justement l’ambiance d’un petit village anglais. Au bord d’une piscine, on perdrait beaucoup. Roman sombre, court, bref, mais diablement efficace !

J’ai continué avec un roman noir, un des premiers même édité chez Gallimard, dans sa mythique « Série Noire ». Horace Mc Coy n’a pas connu le succès de son vivant, ce qui est bien dommage parce que son livre « Un linceul n’a pas de poches » méritait un meilleur accueil que celui qu’il reçu aux États-Unis (ICI). Écrit avant la Seconde Guerre Mondiale, McCoy nous dresse donc un portrait horriblement sinistre des États-Unis : censure de la presse, extrémisme, Ku Klux Klan….

Novembre devait être le mois du Noir parce que ensuite, comme si ça ne me suffisait pas, j’en ai ouvert un autre : « Serena » de Ron Rash (ICI). Entre western, roman noir et drame shakespearien, faisant la part belle à la nature sauvage des Appalaches, l’auteur dresse un impressionnant portrait d’une femme que je ne suis pas prête d’oublier. L’intervention régulière, dans le cours du récit, des ouvriers de l’exploitation qui commentent l’action qui se déroule sous leurs yeux, vient appuyer la dimension tragique de cette histoire puissante et sombre. Magnifique !

Je termine en beauté avec un roman encore plus sombre que tout les autres « Satan dans le désert » (ICI) de Boston Teran : un road movie sanglant, le récit d’une course poursuite entre un père, prêt à tout pour récupérer sa fille enlevée par un sadique psychopathe, aidé dans sa quête par une ex-toxico et ex-membre de la secte du tueur. C’est violent, cru et il faudra l’adresse de l’auteur pour ne pas sombrer dans le glauque gratuit.

Pour terminer mon mois, j’ai lu avec enthousiasme deux des bédés que mon homme m’avait offertes pour mon anniversaire. « Elfes T1 – Le Crystal des Elfes bleus » de Jean-Luc Istin et « Elfes T2 – L’Honneur des Elfes sylvains » de Nicolas Jarry.

Oui, je n’en ai lu que 2, je fais durer mon plaisir et le reste, c’est pour le mois de décembre qui compte déjà un coup de cœur littéraire…

Bilan Livresque Novembre : 6 livres et 2 bandes dessinées

  1. Crime et châtiment : Dostoïevski
  2. Les Apparences : Gillian Flynn
  3. Mort un dimanche de pluie : Joan Aiken
  4. Un linceul n’a pas de poches : Horace Mc Coy
  5. Serena : Ron Rash
  6. Satan dans le désert : Boston Teran
  7. Elfes T1 – Le Crystal des Elfes bleus : Jean-Luc Istin
  8. Elfes T2 – L’Honneur des Elfes sylvains : Nicolas Jarry

J’ai rempli encore quelques challenges puisque tous les livres participaient à l’un où l’autre, quand ce n’est pas à plusieurs en même temps : le Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014); le Challenge « Les 100 livres à avoir lu » de Bianca; le Challenge « La littérature fait son cinéma – 3ème année » de Kabaret Kulturel; le Challenge « Myself » par Près de la Plume… Au coin du feu; le Challenge « Victorien » chez Arieste; le Challenge « US » chez Noctembule; le Challenge « I Love London 2 » de Maggie et Titine et le Challenge « XIXè siècle » chez Netherfieldpark.

Apparences - FlynnSatan dans le désert - Teran

Un linceul n’a pas de poches : Horace Mc Coy

Titre : Un linceul n’a pas de poches       big_4

Auteur : Horace Mc Coy
Édition : Série Noire Gallimard N°4 (1946) / Folio Policier (1998)

Résumé :
Écœuré, Mike Dolan quitte le journal où il travaille. Il ne supporte plus de ne pouvoir faire éclater la vérité, le quotidien étant muselé par les annonceurs et soumis à diverses pressions.

Avec son meilleur ami et reporter judiciaire, Eddie Bishop, et avec Myra Barnovsky, ils décident decréer « Cosmopolite », un hebdomadaire dont la devise est « La vérité, toute la vérité et rien que la vérité ».

Les dents vont grincer et les menaces pleuvoir. La jeunesse et l’impétuosité auront-elles raison du système en place ?

Petit Plus : Avec Hammett et Chandler, McCoy est l’un des pères fondateurs du roman noir américain. Dans « Un linceul n’a pas de poches », son récit le plus autobiographique, il s’est servi de son expérience de journaliste pour dresser un violent réquisitoire contre la corruption et l’hypocrisie de la société.

Le sujet toujours d’actualité et la qualité de l’écriture font que ce roman publié en 1937 n’a pas pris une ride.

Critique :
Puisque j’affectionne régulièrement plonger dans le roman noir, je me suis dit que ce ne serait pas une mauvaise idée de me taper le numéro 4 de la mythique collection « Série Noire ».

Non, ne cherchez pas vainement un crime et en enquêteur habituel, ici, rien n’est habituel. Les crimes, se sont les notables de la ville qui les commettent avec leurs magouilles. Leurs complices ? Les journaux complaisants qui détournent la vérité ou la maquille.

L’enquêteur ? Mike Dolan, un jeune journaliste assoiffé de vérité qui a déniché une magouille et, puisque son patron ne veut pas publier son article sur le match de base-ball truqué, il plaque tout afin de créer sa propre revue, se disant qu’il pourra exercer son métier comme il l’entend ainsi que dénoncer tout ce qui lui semble contraire à la morale..

Mike sait que si les journaux n’osent plus appeler les enfants de salaud par leur nom, c’est à cause des pressions qu’excercent sur eux les notables de la ville et les annonceurs publicitaires. Tout le système est gangrené.

Mais ce n’est pas évident de créer sa propre revue lorsqu’on est sans le sous et criblé de dettes ! La rigueur de Mike fait peur et après quelques publications, son imprimeur se défile et sa revue est retirée des kiosques suite à un article qui a dérangé la personne visée.

Malgré plusieurs menaces, Mike est bien décidé de continuer à faire tomber les gros bonnets.

Son combat n’est-il pas perdu d’avance, lui qui voudrait nettoyer les écuries d’Augias d’un seul coup de torchon ? (non, pas au kärcher).

Plume trempée dans le vitriol, cynisme à tous les étages, personnages haut en couleur dont le « héros », rempli de défauts est un joli cœur, véritable bête noire des pères possédant une jolie fille, assoiffé de reconnaissance, voulant côtoyer les plus grands… Homme épris de justice, il me fait penser à un Don Quichotte des temps modernes.

Vous l’aurez compris, ce roman « noir de noir » est un violent réquisitoire contre la corruption et l’hypocrisie de la société américaine et de la société en général.

Écrit avant la Seconde Guerre Mondiale, McCoy nous dresse donc un portrait horriblement sinistre des États-Unis : censure de la presse, extrémisme, Ku Klux Klan…. Pays de la liberté ? Mon c**, oui !

Tout comme son personnage principal qui lui ressemblait beaucoup, Mc Coy paiera très cher cette peinture peu reluisante : son roman ne sera pas publié en Amérique, mais en Angleterre et ensuite en France, dans la mythique série noire de Marcel Duhamel.

« No pockets in a shroud » devra patienter jusque 1948 pour être édité : et encore, ce sera une version remaniée de l’édition anglaise, qui, elle-même, avait subi des coupes par rapport au manuscrit original.

La fin est brutale, mais il ne pouvait en être autrement…

Un roman qui se lit vite, les dialogues pulsent, l’action aussi, on ne s’ennuie pas et ça valait la peine d’être lu !

 

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014),  « Challenge US » chez Noctembule et « La littérature fait son cinéma – 3ème année » de Kabaret Kulturel.

Sous pression : Richard Stark (Pseudo de Donald Westlake) [Saga Parker 7]

Titre : Sous pression

Auteur : Richard Stark (Pseudo de Donald Westlake)
Édition : Gallimard (1966)

Résumé :
Parker le Casseur, l’efficace, le précis, le froid est de retour ! Cette fois, il s’agit de braquer le Casino installé sur une île par un Allemand qui travaille en solo.

Du gâteau, a priori ! oui, mais il faut compter avec les mouchard, le maladroits le hasard.

Sans oublier les flics fédéraux, qui ont la mauvaise habitude de se mêler de ce qui ne les regarde pas.

Critique : 
« Sous pression » m’a fait penser au film « Ocean Eleven » : un casino, du fric, un braquage, des casseurs sympas,…

Mais rien à voir ! Parker, contrairement à Georges Clooney, est un casseur taciturne qui a besoin d’argent et pour remplir ses poches (pas une vengeance).

Sur ce constat, il accepte le deal avec l’Organisation (criminelle) de Karns : braquer le casino de l’île Cocagne et raser tout ! Ça fera les pieds au proprio, un certain « Baron », qui n’a pas voulu « reverser » une partie de ses bénéfices à l’Organisation. Au racket, Baron dit « non » et ça fait chier Karns.

Parker, héros récurent de Richard Stark (Donald Westlake, en fait), m’a fait penser à Sherlock Holmes parce que notre homme est capable de déduction : remarquant que le marin qui doit piloter leur bateau a une couleur de peau qui tiendrait du cachet d’aspirine trempé dans du fromage blanc, il déduit qu’il est sorti de prison depuis peu… Ben oui, un marin, c’est bronzé, tanné, boucané ! Pas blanc.

Ce ne fut pas la seule fois qu’il se livre à des déductions. Parker est rusé et ne laisse rien au hasard.

Homme peu causant, il réfléchit, planifie le plan de bataille et rien ne peu faire foirer l’affaire. Mais moi, je sais que ce qui foire en premier dans un plan de bataille, c’est le plan de bataille lui-même !

Tiens, deux fédéraux qui arrivent suite à un mouchardage… avec une proposition, eux aussi !

Faites vos jeux, rien ne va plus ! Et ça commence à partir en cou…. en vrille.

Un roman sympa, sans temps mort, agréable à lire, mais qui, aurait eu plus de cachet avec cinquante pages de plus pour étoffer certaines choses (sauf si, une fois de plus à la traduction, Gallimard a fait sauter des pages pour ne pas dépasser les 185 pages).

On remarque bien que la collection Série Noire a commencé à la fin de la Seconde guerre (1945 pour les trois premiers) parce que comme dans « L’étouffe serviette », on a un Fritz dans le coin. Nous avons beau être en 1966, à cette époque, les Casques à Pointes *version SS* qui ont filé après la guerre sont un peu partout.

Le style de Stark/Westlake est facile à lire, les bandits plus sympas que les flics, il y a de l’humour et on passe un bon moment de lecture.

Ils ont beau dire, chez Gallimard que : « les volumes de la « Série noire » ne peuvent pas être mis entre toutes les mains » et que « L’amateur d’énigmes à la Sherlock Holmes n’y trouvera pas souvent son compte » (moi, j’y ai trouvé le mien) ou que « L’esprit en est rarement conformiste parce qu’on y voit des policiers plus corrompus que les malfaiteurs qu’ils poursuivent, que le détective sympathique ne résout pas toujours le mystère, que parfois il n’y a pas de mystère et quelquefois même, pas de détective du tout »…

Et bien, malgré tout, il reste de l’action, de l’angoisse, de la violence, du tabassage en règle, des cadavres, et toussa toussa ! J’adore !

Lecteurs, il vous faut découvrir les petits chefs-d’œuvre oubliés de la Collection Série Noire, en vente dans toutes les bonnes bouquineries ou les vides grenier.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).

 CHALLENGE - DEstination la PAL CHALLENGE - Faire fondre la PALCHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2)

L’étouffe-serviette : Lawrence Block

Titre : L’étouffe-serviette

Auteur : Lawrence Block
Édition : Gallimard (1962)

Résumé :
Dans le hall, j’examinai la liste des locataires. Trois autres personnes habitaient au troisième étage. J’espérai qu’à cette heure tardive elles dormaient toutes paisiblement.

Quant à Sheila Kane, objet de ma visite, je ne risquais guère de la déranger. Elle venait de mourir et j’étais chargé de déménager subrepticement son cadavre…

Critique : 
C’est grâce à un membre de Babelio que j’ai découvert Lawrence Block  et après avoir lu « Huit millions de façon de mourir », je me suis mise à la recherche d’autres romans de l’auteur, bien décidée à poursuivre ma découverte des « Série Noire » des Éditions Gallimard.

Si j’ai aimé ? Affirmatif ! Durant ma lecture, j’ai même eu l’impression de me trouver dans un vieux films de gangsters des années 30 – avec les trench-coat et les chapeaux -, alors que nous sommes dans les années 60.

C’est l’effet Block, sans doute. Une écriture qui n’est pas celle d’un autre et qui a donné une atmosphère de vieux films en noirs et blancs à ma lecture. La couverture de ce vieux roman ne doit pas y être étrangère non plus. 50 piges, tout de même.

Alors, raconte ?

Ed London est un privé qui n’hésite pas à boire, mais pas autant que Matt Scudder, autre personnage de Block (il est impossible de boire plus que Matt, d’ailleurs) et London est plus agréable comme personnage de roman (mon avis en tant que lectrice). Avec lui, j’ai accroché dès le départ.

Le pitch ? Son beauf, Jack Enright, médecin gényco, trompe sa femme (la soeur de London) et pas de bol, sa maîtresse se mange un bastos dans la figure. C’est chez qui qu’il vient demander de l’aide ? Chez Ed, pardi, le seul qui puisse résoudre l’affaire et empêcher la police de remonter jusqu’à Jack (qui payait le loyer de l’appart).

Comment éviter que les flics lui tombent sur le paletot ? En déplaçant le cadavre pour le jeter ailleurs… Ce que Ed fera, dans Central Park.

Là, je dis « honteux » ! Et le tri sélectif, monsieur Ed ? C’est pour les chiens ? Un cadavre, c’est direct dans les poubelles conçues pour les déchets organiques ! Se débarrasser du corps sur l’herbe humide, au mépris de toutes les règles de recyclage, c’est direct une visite des Écolos Bobo.

Voilà pourquoi j’ai un compost, plus facile pour se débarrasser des corps…

Bon, tout avait été comme sur des roulettes quand tout à coup… Primo, ils apprirent par les journaux que Sheila Kane n’était pas connue de la police sous ce nom là et secundo, un coup de fil anonyme passé à London exigea qu’il remette la serviette qu’il avait dérobée…

– Ah non ! J’ai déjà dit que je n’avais pas la serviette, ça suffit maintenant ! Plus qu’assez de la serviette que l’on m’accuse d’avoir et que je n’ai pas.

– Oh, Monsieur London, restons calme, c’est juste une serviette…

– Qu’on ne me parle plus de serviette ! Je vais boire un verre de fine Napoléon pour la faire passer, cette maudite serviette.

– Pourtant, vous l’avez joué finement, monsieur le privé… vous m’avez épatée, étonnée, subjuguée.  Napoléon n’aurait pas fait mieux.

– Certes… D’ailleurs, chère lectrice, vous n’aviez rien vu venir…

– J’avoue que je n’ai pas vu tout venir. Sherlock Holmes avait raison, « une fois l’impossible éliminé, ce qu’il reste, aussi improbable que ce soit est la vérité ».

– Vous auriez dû l’appliquer, ce précepte du Maître !

– Ohlà, attention, je revendique tout de même d’avoir trouvé ce à côté de quoi vous étiez passé dès le début, monsieur London… C’était gros comme une maison, pour moi. Là, j’avais éliminé l’impossible et la réponse évidente s’imposait dans mon esprit.

– Oui, mais vous étiez détachée, vous, moi pas.

– Je le reconnais…  Allez, sans rancune, on passe un coup de torchon ? Ou de serviette ?

– Un verre de fine, Belette ?

– Beurk, non merci !

C’est donc un super petit roman (250 pages) que je viens de terminer cul-sec. Les cadavres se ramassent à la pelle et Ed a dû faire travailler ses petites cellules grises pour tirer cette affaire au clair. Il est fortiche, le privé London.

Bluffée jusqu’au bout je fus, l’auteur m’a donné quelques coups de pieds au cul et son roman aurait même pu s’appeler « magouilles et compagnie » tant tout était bien goupillé. Jusqu’à la dernière goutte, heu, dernière ligne.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014).

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