Les Chiens de Pasvik – Les enquêtes de la police des rennes 04 : Olivier Truc

Titre : Les Chiens de Pasvik – Les enquêtes de la police des rennes 04

Auteur : Olivier Truc
Édition : Métailié Noir (2021) / Point Policier (2022)

Résumé :
Ruoššabáhkat, « chaleur russe », c’est comme ça qu’on appelait ce vent-là. Ruoššabáhkat, c’est un peu l’histoire de la vie de Piera, éleveur de rennes sami dans la vallée de Pasvik, sur les rives de l’océan Arctique.

Mystérieuse langue de terre qui s’écoule le long de la rivière frontière, entre Norvège et Russie. Deux mondes s’y sont affrontés dans la guerre, maintenant ils s’observent, s’épient.

La frontière ? Une invention d’humains.

Des rennes norvégiens passent côté russe. C’est l’incident diplomatique. Police des rennes, gardes-frontières du FSB, le grand jeu. Qui dérape. Alors surgissent les chiens de Pasvik.

Mafieux russes, petits trafiquants, douaniers suspects, éleveurs sami nostalgiques, politiciens sans scrupules, adolescentes insupportables et chiens perdus se croisent dans cette quatrième enquête de la police des rennes.

Elle marque les retrouvailles – mouvementées – de Klemet et Nina aux confins de la Laponie, là où l’odeur des pâturages perdus donne le vertige.

Olivier Truc nous raconte le pays sami avec un talent irrésistible. Il sait nous séduire avec ses personnages complexes et sympathiques.

Et, comme dans Le Dernier Lapon et La Montagne rouge, il nous emmène à travers des paysages somptueusement glacés.

Critique :
Le Pasvik du titre n’est pas un être humain qui posséderait des chiens… Non, Pasvik, c’est une réserve naturelle, à cheval sur la Norvège et la Russie.

C’est aussi le nom de la rivière qui sépare la Norvège, la Finlande et la Russie, en pleine Laponie, dans le Nord !

Ah, cette foutue frontière… Lorsque les rennes la franchissent, c’est l’incident diplomatique, comme si des animaux pouvaient connaître une invention humaine, qui n’a de sens que pour nous (et encore, les frontières bougent au gré des conflits).

Ensuite, ce sont des chiens errants, en provenance de Russie, qui franchissent la frontière. Ils sont soupçonnés d’être porteurs de la rage et les voilà entrés en Norvège. My god, on a déclenché des guerres pour moins que ça. Il va falloir faire preuve de diplomatie, car les relations entre les deux pays sont plus tendues que la corde d’un string.

Le Grand Nord, le froid polaire, les rennes, la culture sami, les policiers Klemet et Nina, de la culture, de la politique, les us et coutumes, les jours faibles en lumière, la Laponie, la Russie, les vieilles querelles, rancœurs,…

Bref, j’étais contente de retrouver ce qui m’avait enchanté dans les trois précédents romans, me délectant à l’avance du fait que j’irais me coucher moins bête après cette lecture.

Et effectivement, j’ai appris des choses sur la politique, sur les corruptions, ordinaires ou grandes, j’ai remis à jour mes connaissances sur la culture sami, l’élevage des rennes, la difficulté qu’à le peuple Sami pour survivre, puisqu’ils ont de moins en moins de pâturages pour leurs bêtes.

Malheureusement, il faut attendre près de la moitié du roman pour que cela commence à bouger et que l’enquête débute vraiment. Klemet et Nina ne font plus équipe, Klemet semble encore plus paumé qu’avant, comme s’il n’était pas vraiment là.

De plus, l’auteur se répète souvent, notamment avec Klemet et ses problèmes d’ombre, sur le fait que dans le tome précédent, Nina, sa collègue, l’avait surprise en train de se mesurer le crâne… La répétition, ce n’est pas bon.

Les personnages qui gravitent autour de Klemet et de Nina sont bien campés, sans manichéisme, avec de la profondeur, des contradictions, des blessures profondes et hormis le vrai méchant, ses sbires pouvaient être touchants. Oui, un comble, mais c’est ce que j’apprécie dans les personnages.

Ce polar du Nord (bien qu’écrit par un français) est comme tous les polars nordique : il prend son temps. En fait, l’enquête policière ne commencera qu’après une bonne moitié du récit et ne sera pas tout à fait conventionnelle.

D’ailleurs, cette enquête n’est là que pour permettre à l’auteur de parler de géopolitique, de politique, de l’Histoire entre les pays du Grand Nord, de la Russie, des problèmes des éleveurs Sami, du communisme et de quelques unes de ses dérives, des territoires qui ont appartenu un jour, aux Samis et où leurs rennes broutaient, avant qu’on ne les foute plus loin, comme s’ils n’étaient que des fétus de paille qui dérangeaient.

Les conflits, la collaboration avec les Allemands, les traités, les vainqueurs, ont retracé les frontières, sans prendre en compte les gens qui vivaient sur ces territoires.

La Guerre Froide est terminée depuis longtemps, mais dans ce roman, dans ces territoires, des remugles en provenance de l’Histoire s’échappent encore et toujours. Durant ma lecture, j’ai souvent eu l’impression d’être toujours dans cette période, tant ça y puait.

Un polar nordique qui s’attache plus à la politique, aux différentes populations, à la cohabitation difficile entre tous ces peuples, de culture Sami, à la difficulté de vivre de l’élevage des rennes, sur la recherche de son identité, sur le patriotisme exacerbé, sur le fait qu’une partie du peuple russe vit dans la pauvreté, tout en continuant de porter son pays aux nues.

C’est très documenté, très approfondi, les paysages sont bien décrits, on ressent bien le froid et le fait que tout le monde se retrouve le cul entre deux chaises, dans ces confins glacés où le soleil est soit ultra-présent ou soit au minimum syndical.

Malgré tout cela, la première partie a été assez longue à lire et contrairement aux précédents romans, ce ne fut pas le coup de coeur, sans doute dû au fait que Klemet et Nina n’enquêtent plus ensemble et qu’ils m’ont semblé un peu pâlot, comme effacé, dans ce roman.

Cela ne m’empêchera pas de lire la suite, si suite il y a un jour…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°118] & et Le Mois du Polar, chez Sharon – Février 2023 (N°01).

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Le palais des mille vents – 01 – L’héritage des steppes : Kate McAlistair [LC avec Bianca]

Titre : Le palais des mille vents – 01 – L’héritage des steppes

Auteur : Kate McAlistair
Édition : L’Archipel (14/10/2021)

Résumé :
Lahore, 1838. Adolescent, Morgan vit sous le joug de son père, un mercenaire aussi cruel qu’ivrogne. Il tombe amoureux de Chali, une jeune princesse mongole, mais celle-ci doit épouser le petit-fils de l’empereur du Pendjab.

Morgan s’efforce de l’oublier en prenant sous son aile Maura, une fillette venue rejoindre son père, le colonel Fleming, redoutable chef de la police de l’empereur.

Un jour, c’est le drame : alors que Morgan tente de s’opposer à son père ivre, ce dernier tombe du balcon et se tue. Fleming l’accuse de meurtre. Le jeune garçon parvient à lui échapper et s’enfuit dans l’Himalaya.

Dix ans ont passé. Maura est mariée à un botaniste britannique qui œuvre dans le renseignement. Au cours d’une réception au Palais des mille vents, en Russie, elle reconnaît Morgan. À nouveau sous son charme, elle manœuvre pour qu’il devienne le guide de l’expédition de son mari. Attiré par Maura, Morgan refuse tout d’abord.

Mais lorsqu’il comprend que cette expédition est en réalité une mission de sauvetage de la princesse Chali, à présent veuve et pourchassée par des tueurs, il n’a plus qu’un désir : venir en aide à celle qu’il n’a jamais pu oublier…

Critique :
Pour qui veut voyager sans bouger de son canapé, ce roman est parfait, puisque, en plus de vous faire voyager sur la carte de l’Asie et de la Russie, il vous offrira aussi une plongée dans le temps, puisque l’histoire commence en 1838.

Au Pendjab, Morgan vit dans un élevage de chevaux, avec sa mère, d’origine Hindoue et son père, un anglais violent, alcoolique et tout basculera lorsque ce crétin à la main lourde, qui passe ses rages sur son épouse, chutera de son balcon… Oui, bien fait pour sa gueule, mais Fleming, le redoutable chef de la police de l’empereur, l’accusera et le poursuivra jusque dans les montagnes.

Si vous cherchez un roman qui dépote avec de l’action à tous les chapitres, il faudra laisser ce roman de côté, car lui, il s’attache plus aux us et coutumes des pays, des époques et est très descriptif dans les lieux, les paysages. Sans rire, j’ai été transportée du Pendjab à la Russie, les steppes, je les ai bien visualisées et je dois dire que c’est ce qui a fait que je me suis attachée à ce roman.

L’histoire est des plus conventionnelles, le plaisir étant dans la manière dont l’autrice nous la conte. Là où le bât blesse un peu (un comble, lorsque l’on voyage dans une caravane), c’est dans l’histoire d’amour et dans les personnages principaux.

Morgan est un jeune garçon sympathique, qui crève de trouille devant son père. Dix ans plus tard, le voici paré de toutes les qualités (beau, intelligent, parfait cavalier, il sait se battre, il est gentil,…). Fleming est le grand méchant, mais on ne sait pourquoi il voue une telle haine au jeune Morgan, qui ne lui a jamais rien fait. Pas de nuances dans les portraits des personnages, ce qui est dommage.

L’histoire d’amour est un peu bateau, à mon sens, dû au fait que Morgan, à 15 ans, est tombé amoureux de Chali (dernière descendante du célèbre Gengis Khan), avec qui il n’a échangé quelques mots, bien qu’il ait passé du temps avec elle (barrière de la langue). En même temps, il aime bien aussi Maura (par amour du goût ?), 12 ans, qui lui offrira un baiser avant qu’il ne s’enfuie.

Ce sont des gosses, des ados, des amourettes de jeunesse, à laquelle, en principe, on ne donnera jamais suite. Bingo, 10 ans après, Morgan croise à nouveau la route de Maura, mariée : son comportement sera un peu aberrant, jouant un jeu de séduction dangereux, bien que Morgan la repousse.

Rien n’est logique dans le comportement de Maura qui reveut un baiser, afin d’être sûre qu’elle aime son mari et non Morgan (comme si c’étaient des mets à goûter). Elle m’a fait penser à une gamine et non à une femme de 22 ans (à cette époque, on était mûre plus tôt). Morgan, lui, aime toujours sa princesse, mais peut-être aussi Maura, il ne sait pas…

Je n’ai rien contre les histoires d’amour dans les romans, mais j’apprécie tout de même qu’elles n’aient rien à voir avec du Harlequin. Morgan aime le souvenir de Chali, il l’idéalise et Maura fait pareil avec lui.

Bref, on perd du temps avec leurs chipoteries et autant ou j’avais apprécié Maura jeune, autant où elle m’a un peu exaspéré adulte. Rien de grave, mais j’ai eu l’impression d’un « tout ça pour ça ? ».

Malgré tout, cela ne m’a pas empêché de déguster le récit du voyage de la caravane de chevaux et de chameaux, dans les steppes kirghizes, chevauchant durant des heures, chassant avec un aigle, vivant à la dure, toujours à la merci de pillards. Les descriptions sont précises, très vivantes, belles et c’est ce qui m’a fait le plus vibrer dans ce roman.

Un roman à l’histoire ultra classique, mais racontée autrement, avec beaucoup de précisions dans les us et coutumes des différentes cultures abordées, de détails dans les paysages traversés, le climat, la nature, afin d’y immerger le lecteur pour qu’il se sente plus proche de ce que vivent les personnages, que ce soit dans la chaleur du Pendjab ou dans la froide Russie.

C’est grâce à ma copinaute Bianca que j’ai lu ce roman avec elle. Une LC réussie ! Comme il est à suivre, nous avons décidé de poursuivre le voyage. Tout comme moi, Bianca a apprécié le voyage. Suivez le lien et vous saurez tout !

La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – Tome 07 – Joseph Staline : Bernard Swysen et Ptiluc

Titre : La véritable Histoire vraie / Les méchants de l’Histoire – Tome 07 – Joseph Staline

Scénariste : Bernard Swysen
Dessinateur : Ptiluc

Édition : Dupuis (2020)

Résumé :
Impossible de considérer une collection « Les méchants de l’Histoire », sans Staline, « le petit père des peuples », l’homme d’acier de l’URSS, connu pour les purges et la déportation de ses opposants politiques, les déplacements forcés de populations entières et les famines qu’il provoqua. Bilan : plusieurs millions de morts.

Avec cette collection, Bernard Swysen n’hésite pas à sauter à pieds joints dans les nids de guêpes de l’histoire en brossant le portrait des vilains et en assaisonnant la réalité historique de son humour pimenté pour s’attaquer à ces grandes figures historiques et tragiques.

Joseph Staline est né Iossif Vissarionovitch Djougachvili en 1878 à Gori, en Géorgie. Son père était cordonnier. Il est surtout décrit comme un ivrogne qui battait sa femme et voulait empêcher son fils de suivre des études pour devenir prêtre. À l’école, Staline se détourne de la foi religieuse puis adhère au Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) en 1898.

Ptiluc, un des plus grands fabulistes animaliers contemporains, s’empare de cette trajectoire dans son trait burlesque en mettant en perspective la manière dont Staline se racontait lui-même.

Du décalage naît le rire grinçant de la caricature, à partir d’un récit chronologique rigoureux, qui ne cache rien des ambitions et de l’autoritarisme du dictateur. Staline décède en 1953. Il reste sans doute le fantôme le plus controversé de l’histoire.

Critique :
Cette série sur les Grands Méchants de l’Histoire continue de m’enchanter, tout en me faisant frémir.

L’horrible Torquemada m’avait fait grincer des dents, j’avais apprécié l’humour noir qui se mélangeait bien au récit historique et Staline ne dément pas cette recette qui marche.

Là aussi, l’humour est présent, mais il est noir, sombre, caustique, grinçant.

Le fait de représenter Staline en animal (un ours), ainsi que tout les autres personnages, donne une tout autre dimension au récit.

Une brillante idée que l’on retrouve aussi dans Hitler (que je suis en train de lire).

Comme pour les autres Méchants, on commence par leur naissance, on nous montre leurs parents, leurs travers et pour peu, on se prendrait d’affection pour cet ourson qui vient de naître. Pas longtemps, je vous rassure de suite.

Le personnage de Iossif (futur Staline) est abject, bête mais aussi intelligent (ben oui, on le comprend en lisant la bédé), cynique, retors, menteur, colérique, manipulateur d’une méchanceté crasse et il finira parano sur la fin de sa vie. Le portrait est grinçant, nullement indulgent. Ah, il était battu par son père et aussi par sa mère, mais ceci n’excuse en rien.

On voit Staline qui dicte ses mémoires a un écrivain, le pauvre homme se faisant fusiller du regard ou menacer de mort s’il n’acquiesce pas aux dires du Petit père des peuples (qui fit crever son peuple et les autres).

Dans les dialogues et les dessins, les auteurs ont réussi à mettre en scène tout l’illogisme du système de Staline, son iniquité, sa brutalité, sa perversité et sa débilité, notamment dans une case qui résumera tout de manière formidable. Un petit dessin est souvent plus éclairant qu’une longue phrase.

Les camps de travail, les goulags, la famine en Ukraine (Holodomor – la collectivisation forcée des campagnes), ne seront pas expliqués dans les détails, quelques cases suffiront à en parler, les auteurs préférant se concentrer sur l’horrible personnage qu’est Staline, nous montrant aussi que dans nos pays, on le voyait comme un grand homme…

La seconde guerre mondiale sera une part importante de l’album, ce qui permettra aux auteurs de nous faire découvrir le rat Hitler et de nous signaler que Staline avait fait passer par les armes 80% des cadres de l’Armée Rouge, laissant l’armée sans têtes pensantes au début de la guerre. Un des personnage se permet de lui rappeler se fait, dans cet album, il ne fera pas long feu…

On nous parle aussi du massacre de Katyń, ainsi que du fait que l’armée russe eut l’interdiction (par Staline) d’intervenir en Pologne, laissant les nazis massacrer tout le monde, afin qu’ensuite, ce tyran moustachu puisse occuper le pays sans y trouver de résistance. Machiavélique.

Une bande dessinée excellente, qui arrive à faire de l’humour avec un sujet difficile, avec un personnage qui ne prête pas à rire, le ridiculisant au passage, ne se privant pas de l’égratigner, de le montrer dans fard, tel qu’il était et de nous brosser, avec un humour noir et froid, le portrait de ce dictateur assassin qui possède plus de morts à son actif que l’autre moustachu allemand.

Avec son système, pas besoin de preuves, de procès (ou alors, ils étaient truqués), de simples soupçons suffisent. Ou alors, fallait juste que la personne disparaisse parce qu’elle avait contrarié Staline, parce qu’elle était un artiste, un intellectuel, que cette personne lui faisait de l’ombre ou aurait pu lui en faire…

À lire pour aller se coucher moins bête ! Et pour ressentir toute l’horreur du communisme qui n’avait de communisme que le nom. Ce qu’il a fait, ce n’était rien de plus qu’un dictature, un système sanguinaire, à sens unique, tout devant être tourné vers lui, pour son profit.

PS : à noter que dans cet album, il y a quelques références à des bédés bien connues, à vous de les retrouver !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°90].

Bêtes, hommes et dieux – À travers la Mongolie interdite (1920-1921) : Ferdynand Ossendowski

Titre : Bêtes, hommes et dieux – À travers la Mongolie interdite (1920-1921)

Auteur : Ferdynand Ossendowski
Édition : Phebus Libretto (2000/2011)
Édition Originale : Beasts, Men and Gods (1923) – Zwierzęta, ludzie, bogowie lub Przez kraj ludzi, zwierząt i bogów. Konno przez Azję Centralną
Traduction : Robert Renard

Résumé :
Krasnoïarsk (Sibérie centrale), hiver 1920. L’homme vient d’apprendre qu’on l’a dénoncé aux « Rouges », et que le peloton d’exécution l’attend. Il prend son fusil, fourre quelques cartouches dans la poche de sa pelisse, sort dans le froid glacial – et gagne la forêt.

Commence alors une course-poursuite dont il ne sortira vivant, il le sait, que s’il ose l’impossible : gagner à pied l’Inde anglaise à travers l’immensité sibérienne, puis les passes de Mongolie, puis le désert de Gobi, puis le plateau tibétain, puis l’Himalaya…

L’itinéraire qu’il suivra sera quelque peu différent, et si possible plus sidérant encore. Mais ce que le livre révèle – et que le lecteur n’attend pas – c’est, parallèle au voyage réel, une étrange odyssée intérieure qui nous introduit au coeur des mystères de l’Asie millénaire.

Car Ossendowski, géologue de son état, n’est pas qu’un savant doublé d’un aventurier. C’est un esprit exalté et curieux qui vit sa marche folle à la manière d’une initiation… Un livre-culte de la littérature d’aventure vécue.

Critique :
Voilà un récit d’aventures comme je les aime : un homme fuyant les Rouges et qui, pour vivre, va devoir affronter la Nature et ses éléments déchaînés.

Nous sommes en Russie (Sibérie centrale), il fait froid, ça caille à mort dehors, mais notre homme va se mettre sur la route pour échapper à la mort, alors qu’il peut tout aussi bien mourir dehors. Mais au moins, il mourra libre.

Quel périple ! À pied, à cheval ou à dos de chameau, notre auteur arrivera au Thibet (oui, avec un h), avant de remonter vers le haut.

Ne vous fiez pas à la couverture de chez Libretto, elle est très belle, mais à aucun moment nos aventuriers fuyant les Rouges, ne voyageront avec un traîneau tiré par des chiens !

Son voyage est tout sauf un voyage de santé ! Il faut sans cesse surveiller ses arrières ou ses avants, des fois que les bolcheviks surgiraient. Les rencontres peuvent être bénéfiques, mais aussi terriblement meurtrière. On a des traîtres partout, des vendus à l’ennemi, des Rouges déguisés en gentils monsieur.

Survire dans les étendues glacées, dans les montagnes abruptes, savoir chasser, faire du feu, suivre des pistes, viser juste, savoir soigner ses blessures et celles des autres, bref, faut s’accrocher pour survivre !

La première partie est dédiée à la fuite, à la survie, tandis que la deuxième sera plus politique, faite de rencontres des peuplades, des nomades, des guerriers. La dernière est plus mystique, plus spirituelle, dédiée à la religion en jaune, au bouddhisme. Le tout donnant un récit de voyage qui change un homme, autant dans sa chair (suite à tout ce qu’il a vécu) et dans son âme.

Mon seul bémol sera pour la traversée du désert de Gobi, dont l’auteur ne donne que quelques détails, alors que la traversée n’a pas dû être une partie de plaisir. J’aurais aimé avoir la description de ce périple aussi.

Une belle aventure (même si sans doute romancée), un beau récit humain, un périple de dingue, des rencontres marquantes, qu’elles soient faites avec des gens qu’on n’a pas envie de croiser ou les autres, ceux qui ont aidé l’auteur et sa troupe (oui, il parti seul et par un prompt renfort…).

Un récit parfait pour l’aventurière du fond de son canapé que je suis. Une visite de l’Asie comme on n’en fera plus.

Le dernier paradis : Antonio Garrido

Titre : Le dernier paradis

Auteur : Antonio Garrido
Édition : Grasset (2016) / LP Policier (2017) – 672 pages
Édition Originale : El Último Paraíso (2015)
Traduction : Nelly et Alex Lhermillier

Résumé :
Jack, comme tant d’autres travailleurs, est une victime de la crise des années 30. Renvoyé parce qu’il est juif de l’usine Ford où il travaillait à Détroit, il retourne habiter chez son père, à New York.

L’homme, vieux, colérique, sombre, à l’instar du pays, dans la dépression. Jack, sans travail, sans argent, a bien du mal à s’occuper de ce père devenu alcoolique, et à payer le loyer que le propriétaire, Kowalski, leur réclame chaque semaine de façon toujours plus insistante.

Un soir que Kowalski débarque avec deux hommes de main, un coup de feu part.

Persuadé qu’il va être accusé de meurtre, Jack n’a d’autre choix que de fuir le pays. Il s’embarque alors avec son ami Andrew, un idéaliste et militant communiste de la première heure, pour l’Union soviétique car cette nation nouvelle, paradis des travailleurs, cherche des ouvriers qualifiés pour développer son industrie automobile.

Pourtant, une fois en URSS, les promesses s’évanouissent et les illusions laissent la place au désenchantement. Jack découvre un monde où tout est respect de l’ordre, répression et corruption.

Devenu agent double bien malgré lui, il se laisse entraîner par les événements, mais il va bientôt devoir chercher à comprendre qui tire réellement les ficelles de son destin et choisir son camp, en politique comme en amour.

Critique :
États-Unis, années 30, la crise a frappé de plein fouet tout un tas d’entreprises, des chômeurs font la file pour tenter de trouver un emploi, de la nourriture. Jack, qui bossait chez Ford, a été mis à la porte parce qu’il était Juif. Sympa, monsieur Ford (ironie).

En URSS, on offre des tas d’emplois dans les usines, des logements gratuits, des bons salaires, des congés payés… Chez eux, on prêche l’égalité, le plein-emploi, limite si demain, on ne va pas raser gratis. Le communisme semble si tentant, de loin, avec ses belles paroles.

♫ Caramels, bonbons et chocolats ♪ comme le chantait si bien Dalida à Alain Delon.

Puisque Jack crève la dalle, puisqu’il vient de tirer sur son usurier de propriétaire, puisque plus rien ne le retient dans le pays qui n’est pas encore celui de Donals Trump, il cède aux sirènes prêchées par son ami d’enfance, Andrew Scott, syndicaliste et communiste fervent. L’U.R.S.S est le dernier paradis, là où ils pourront refaire leur vie, avoir du travail, vivre mieux.

Mon cul… Si j’avais pu leur parler, voilà ce que j’aurais dit à Jack. Je lui aurais conseillé de ne pas partir, que l’herbe n’était pas plus verte ailleurs, que là-bas, elle serait même jaune, amère, pire que celle d’Amérique.

Mais pour lui, là-bas, tout est neuf et tout est sauvage. Libre continent sans grillage… Faut du cœur et faut du courage, mais tout est possible à son âge. C’est pour ça que j’irais là-bas, a dit Jack. Merci à JJG pour ses paroles qui allaient bien à ce passage.

Le communisme et son illogisme, il se le prendra en plein dans la gueule. Égalité ? Mon cul (oui, encore lui). Toi, petit ouvrier, tu ne peux avoir accès à la propriété, mais les dignitaires du parti, eux, ne se privent pas d’avoir des propriétés, du fric, de magouiller, de faire trimer les paysans pour s’enrichir encore plus, plus vite.

L’auteur a fait des recherches, cela se sent dans son récit, qui colle au plus près à ces années noires du communisme, à son hypocrisie. C’est très intéressant à lire, à découvrir. On est immergé dans le récit, dans son époque trouble. J’ai toujours eu un faible pour la Russie (le pays, pas ses dirigeants, ni le communisme), j’étais donc dans mon élément, aux pays des Soviets.

Là où cela a coincé, c’est avec certains personnages, à la limite du manichéisme. Jack est le gentil, celui qui magouille sans trop arnaquer les autres, juste pou avoir de quoi s’en sortir, qui les aide, aussi. Il ne manque pas de réalisme, son pote Andrew non plus, lui qui ne voit que le bon côté du communisme et qui en a après tous les sales capitalistes.

L’inconvénient, c’est qu’ils manquent de subtilités, ça fait trop « gentil opposé au méchant ». Manque de finesses dans ces deux personnages, d’épaisseurs, de relief, de charisme. Pour peu, on se retrouverait avec un Tintin « Jack », le gentil qui aide tout le monde, même s’il rechigne un peu au début et qui va tout résoudre après.

De plus, Jack vire un peu trop à l’obsession avec son envie de se faire aimer par Elizabeth, une fille superficielle qui n’aime que les mecs riches. Jack, ouvre les yeux, nom de Dieu ! Un peu, ça va, mais à la fin, il devient lourd, le Jack.

Par contre, l’intrigue est très bien faite. Des sabotages ont lieu dans l’usine de la Zavod, à Gorki et notre Jack ne saura plus trop à quel saint se vouer. Qui joue avec ses couilles ? Qui lui ment ? Qui magouille et pourquoi ?

Dans ce système qui parle d’égalités, des ouvriers américains disparaissent, accusés de contre-révolution, la famine commence, on manque de tout, la répression frappe aveuglément et la corruption est la base de tout. Jack devra exécuter un sacré numéro d’équilibriste pour s’en sortir, tout en menant l’enquête sans savoir qui est dans son camp ou contre lui.

Hormis les quelques points d’achoppement avec les portraits trop manichéens de Jack et d’Andrew, j’ai apprécié le récit, cette plongée dans l’URSS des années 30, avec le moustachu Staline qui commençait déjà ses purges, qui menait tout le monde à la baguette, qui réprimait la population, tout en disant l’aider, tout en disant qu’il avait sorti les paysans de leur misère. Tu parles… Un génocidaire, voilà tout ce qu’il fut, tout ce qu’il était, le Joseph.

Un bon thriller que j’ai dévoré en peu de temps, tant je me sentais bien dans ses pages, bien qu’il ne fasse pas trop bon de traîner au pays des Soviets… Au moins, avec la littérature, on risque moins de se retrouver emprisonné.

Avec des personnages plus travaillés, plus profonds et moins superficiels, on aurait eu un très bon thriller. Là, ce qui sauve les meubles, c’est l’intrigue, le côté politique, le côté agent double qui ne sait plus à qui il peut faire confiance et l’immersion dans une époque terrible. Là, au moins, c’était bien travaillé !

#Challenge Halloween 2022

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°70] et et Le Challenge Halloween 2022 chez Lou & Hilde (Du 26 septembre au 31 octobre) – Thriller.

Tenir sa langue : Polina Panassenko

Titre : Tenir sa langue

Auteur : Polina Panassenko
Édition : de l’Olivier – Littérature française (19/08/2022)

Résumé :
« Ce que je veux moi, c’est porter le prénom que j’ai reçu à la naissance. Sans le cacher, sans le maquiller, sans le modifier. Sans en avoir peur ».

Elle est née Polina, en France elle devient Pauline. Quelques lettres et tout change. À son arrivée, enfant, à Saint-Etienne, au lendemain de la chute de l’URSS, elle se dédouble : Polina à la maison, Pauline à l’école. Vingt ans plus tard, elle vit à Montreuil.

Elle a rendez-vous au tribunal de Bobigny pour tenter de récupérer son prénom. Ce premier roman est construit autour d’une vie entre deux langues et deux pays.

D’un côté, la Russie de l’enfance, celle de la datcha, de l’appartement communautaire où les générations se mélangent, celle des grands-parents inoubliables et de Tiotia Nina. De l’autre, la France, celle de la materneltchik, des mots qu’il faut conquérir et des Minikeums.

Drôle, tendre, frondeur, Tenir sa langue révèle une voix hors du commun.

Critique :
Petite, on me disait de me tenir droite, de me tenir comme il faut, mais jamais de tenir ma langue, puisque j’étais une taiseuse.

Dans le cas de l’autrice, ce n’était pas tenir sa langue dans le sens que l’on connait, mais plutôt de parler français, de ne pas oublier le russe, langue maternelle et surtout, de ne pas mélanger les deux !

Souvent, lorsque l’on travaille avec des collègues bilingues (néerlandophones dans mon cas), les mots des deux langues se mélangent, un mot flamand sort à la place d’un français, mais tout le monde comprend, personne ne s’en offusque. Pas la mère de Polina qui veille sur le russe de sa fille comme sur le dernier oeuf du coucou migrateur…

Ma mère aussi veille sur mon russe comme sur le dernier œuf du coucou migrateur. Ma langue est son nid. Ma bouche, la cavité qui l’abrite. Plusieurs fois par semaine, ma mère m’amène de nouveaux mots, vérifie l’état de ceux qui sont déjà là, s’assure qu’on n’en perd pas en route. Elle surveille l’équilibre de la population globale. Le flux migratoire : les entrées et sorties des mots russes et français. Gardienne d’un vaste territoire dont les frontières sont en pourparlers. Russe. Français. Russe. Français. Sentinelle de la langue, elle veille au poste-frontière. Pas de mélange. Elle traque les fugitifs français hébergés par mon russe. Ils passent dos courbé, tête dans les épaules, se glissent sous la barrière. Ils s’installent avec les russes, parfois même copulent, jusqu’à ce que ma mère les attrape. En général, ils se piègent eux-mêmes. Il suffit que je convoque un mot russe et qu’un français accoure en même temps que lui. Vu ! Ma mère les saisit et les décortique comme les crevettes surgelées d’Ochane-Santr’Dieu. On ne dit pas garovatsia. On dit parkovatsia ou garer la voiture. La prochaine fois que garovatsia arrive je lui dis non, pousse-toi, laisse passer parkovatsia.

Ce roman, c’est le récit d’un exil, d’une immigration vers la France, c’est celui d’une famille qui a quitté un pays qui n’existe plus maintenant, l’U.R.S.S, devenu la Russie. C’est un roman d’apprentissage, celui d’une langue pas facile pour celles et ceux qui doivent l’apprendre, la maîtriser.

C’est aussi l’histoire d’une naturalisation qui s’est mal passée puisque son prénom a été francisé et que Polina croyait qu’elle pouvait utiliser utiliser le prénom de Pauline et/ou de Polina. Ben non, elle était devenue Pauline.

Changer de prénom n’est pas difficile, en principe, si demain je voulais me faire appeler Caroline ou Elizabeth, cela passerait sans problème. Oui, parce que mon prénom est dans le calendrier, qu’il est francophone. Là, la magistrate ne comprenait pas pourquoi elle voulait récupérer un prénom russe ! Kafkaïen !

Il y a de l’humour, dans ces pages. Non, on ne s’esclaffe pas, on ne se tape pas sur la cuisse, mais on sourit devant cette petite fille, débarquant à la materneltchik et ne comprenant rien à ce qu’on lui dit, se liant d’amitié avec un gamin bègue, évincé des autres pour cause de différence, lui aussi.

On sourit devant les noms des magasins, des publicités, qu’elle comprend mal, qu’elle retranscrit en phonétique. Et cet accent qu’elle ne veut pas avoir, sauf si c’est celui du présentateur du J.T, qui n’en a pas.

Le ton de son écriture est enjoué, mais il est aussi caustique, notamment avec l’intégration. Pourquoi enfermer quelqu’un dans une culture, une seule, alors qu’il est plus enrichissant d’en avoir plusieurs, de jongler avec ?

Les arrière-grands-parents de l’autrice avaient russisés les prénoms de leurs enfants, notamment celui de sa grand-mère qui se nommait Pessah (trop juif) en Polina… Pour se protéger des persécutions. Polina, l’autrice, voulait juste récupérer celui de sa grand-mère, rien de plus, et ce fut un combat difficile, long et dur.

Un roman sur l’absurdité de certains systèmes judiciaires, administratifs et sur les difficultés de l’exil, sur ces deux langues avec lesquelles il faut jongler : être russe à la maison (dedans) et française à l’extérieure (dehors). Exercice d’équilibriste bien difficile.

Un roman pétillant, amusant, drôle, caustique. Le récit d’une double culture, d’un exil toujours difficile. J’ai autant apprécié les récits consacrés à sa vie en France qu’à ses retours en Russie, de voir le décalage entre deux cultures, ses retrouvailles avec ses grands-parents maternels, dont la question essentielle était « c’est mieux en France ou en Russie ? ».

C’est grâce au passage de l’autrice à La Grande Librairie que j’ai eu envie de découvrir son roman, qui m’a sorti de ma zone de confort, qui m’a fait découvrir d’autres horizons et c’était une très bonne chose.

Sherlock Holmes et les protocoles des Sages de Sion : Nicholas Meyer

Titre : Sherlock Holmes et les protocoles des Sages de Sion

Auteur : Nicholas Meyer
Édition : L’Archipel Suspense (14/04/2022)
Édition Originale : The adventure of the Peculiar Protocols (2019)
Traduction : Sophie Guyon

Résumé :
6 janvier 1905. Sherlock Holmes – qui fête ses cinquante ans – et le Dr John Watson sont convoqués par Mycroft, le frère du célèbre détective, au club Diogène.

Sur place, ce dernier leur remet les documents retrouvés sur le corps d’une agente des Services secrets britanniques, repêché dans la Tamise : Les Protocoles des Sages de Sion.

Holmes et Watson prennent alors l’Orient-Express pour la Russie des tsars, d’où provient ce texte explosif, bien que sujet à caution. S’agit-il vraiment du procès-verbal d’une réunion tenue par des complotistes dont le but est la domination du monde ?

Mais à leurs trousses s’élancent des adversaires déterminés à les empêcher de découvrir la vérité. Par tous les moyens… Sans doute l’enquête la plus périlleuse du plus célèbre des détectives.

Critique :
Je suis toujours excitée comme un morbac au salon de l’échangisme, lorsque je tombe sur un apocryphe holmésien, mais celui-ci me faisait un peu peur (comme tous les apocryphes).

Non pas parce que Holmes allait encore être mis à la sauce fantastique, mais parce que son titre faisait référence à cet immonde torchon antisémite, complotiste et que je me demandais bien ce que Holmes allait pouvoir foutre dans cette galère.

Nicholas Meyer est un bon pasticheur holmésien, malgré tout, j’avais peur qu’il ne se prenne les pieds dans le tapis, ou dans ce pamphlet.

Les protocoles de sages de Sion, si on n’a rien d’un complotiste, on sait que c’est une bullshit, un faux qui se présente comme un plan de conquête du monde établi par les Juifs. Maintenant, si l’on remplace dans ce pamphlet, le mot « Juifs » par « Femmes », on pourrait accuser la moitié de l’humanité de comploter contre l’autre.

Pareil si vous le remplacez le bouc émissaire habituel par Asiatiques, Musulmans, Chrétiens, Américains, Banquiers, Politiciens, Assureurs… Cela donnera la même impression qu’une nation, corporation, sexe, s’est réunie pour établir un programme de domination mondiale à votre insu.

Pire, remplacez le terme « Juifs » par « Chats » et je parie que certains goberont tout de même que les félins préparent un sale coup pour dominer le monde (mais après leur sieste, hein). Même si Internet peut vous expliquer que ce texte a été inventé de toutes pièces par la police secrète du tsar (Okhrana) et publié pour la première fois en Russie en 1903.

Pas la peine de faire durer le suspense plus longtemps, l’auteur ne s’est pas pris les pieds dans le tapis et Holmes non plus. Peut-être a-t-il eu les doigts dans le corsage de Mme Walling, mais ça, l’histoire ne nous le dira pas.

Nicholas Meyer nous offre donc une bonne enquête de Holmes, même s’il ne devra pas démasquer un assassin. Une enquête différente, non teintée de danger, et où Holmes va comprendre les potentiels dangers que ces écrits subversifs pourraient avoir, avant de s’en rendre compte de visu, face à une jeune fille juive victime de la vindicte populaire.

Les personnages sont assez conformes aux originaux, mais ils suivent les trames que l’auteur avaient amorcées dans ses précédents romans, notamment en ce qui concerne Moriarty et Freud.

Commençant à Londres avant de s’étendre jusqu’à Odessa, l’enquête de Holmes et Watson ne sera pas de tout repos et ébranlera le détective durablement.

Ce polar historique mélange habillement la fiction et la réalité, sans la forcer, se basant tout simplement sur la bêtise humaine, sur cette propension au complot et que le fait que la vérité met toujours plus de temps que le mensonge à lacer ses chaussures, sans oublier que certains préfèrent croire des conneries, si ça les sert.

L’auteur expliquera ensuite dans son épilogue que les protocoles refont surface de temps, tel un serpent de mer et qu’ils ont été déclarés comme vrais, par Hitler, lorsqu’il parlera du complot juif. Le but d’un virus, c’est de contaminer le plus de monde possible et ce pamphlet antisémite est un virus dont il n’existe pas encore de vaccin, hélas.

Un bon pastique holmésien, différents de ceux que j’ai pu lire dernièrement, mais au moins, Holmes n’est pas cuisiné à la sauce fantastique, ce qui me fait plaisir, car je le préfère dans de bonnes vieilles enquêtes !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°36] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 03 – L’hiver de la sorcière : Katherine Arden [LC avec Bianca]

Titre : Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 03 – L’hiver de la sorcière

Auteur : Katherine Arden
Éditions : Denoël Lunes d’encre (2020) / Folio SF (2021)
Édition Originale : Winternight, book 3: The Winter of the Witch (2019)
Traduction : Jacques Collin

Résumé :
Moscou se relève difficilement d’un terrible incendie. Le grand-prince est fou de rage et les habitants exigent des explications. Ils cherchent, surtout, quelqu’un sur qui rejeter la faute. Vassia, avec ses étranges pouvoirs, fait une coupable idéale.

Parviendra-t-elle à échapper à la fureur populaire, aiguillonnée par père Konstantin ? Saura-t-elle prévenir les conflits qui s’annoncent ?

Arrivera-t-elle à réconcilier le monde des humains et celui des créatures magiques ? Les défis qui attendent la jeune fille sont nombreux, d’autant qu’une autre menace, bien plus inquiétante, se profile aux frontières de la Rus’.

Critique :
J’attendais avec impatience que l’on termine la lecture de cette trilogie, tant je voulais connaître la suite des mésaventures de la jeune Vassia.

Dans le tome deux, nous l’avions laissée en fâcheuse position. Le suspense était présent et il est toujours préférable de ne pas traîner dans la lecture des trilogies dont l’histoire se suit.

Je ne ferai pas durer le suspense plus longtemps : je n’ai pas été déçue de ma lecture, ni du final gigantesque que nous a offert l’autrice.

J’avais apprécié le folklore Rus’, ses légendes, ses contes, ses tchiorti, ses démons et regretté qu’ils soient moins présent dans le deuxième tome. Chouette, ils étaient de retour, en force, dans le dernier tome, qui se trouve être aussi le plus mature, le plus sombre.

Vassia n’est plus la petite fille que nous avons rencontré dans le premier tome, ni la jeune fille rebelle du deuxième, qui était encore un peu capricieuse, un peu gamine, qui manquait de maturité. Ici, elle a grandi dans sa tête, elle sait ce qu’elle veut, elle sait ce qu’il faut faire, sera moins téméraire, réfléchira un peu plus aux conséquences de ses actes, même si elle aura de nombreux doutes et se demandera si la voie qu’elle est en train de suivre ne causera pas sa perte.

L’autrice a bien mené sa barque, en tout cas, et le niveau n’a pas baissé au fil des tomes, que du contraire, les personnages ont grandi, pris de l’ampleur, ont changé, nous ont montré une facette inattendue de leur personnalité profonde. Deux personnages surtout m’ont surpris là où je ne les attendais pas.

J’avoue avoir eu peur à un moment donné, quand Vassia affrontera l’Ours une nouvelle fois, car cela se terminait un peu trop vite à mon goût. Femme de peu de foi, que j’étais (chat souvent échaudé craint l’eau froide, en même temps) : le final sera vraiment à la hauteur de toute la trilogie !

En plus d’être addictif, de posséder des personnages intéressants, ni tout à fait blancs, ni tout à fait noirs (pour certains, ont hésitera jusqu’au bout), de parler de religion sans rien oublier de tout ce qu’elle peut impliquer (apaisement, haine, domination, pouvoir, superstitions), le récit se base aussi sur des le folklore Rus’ et sur des faits historiques. La bataille qui a lieu est véridique.

Certains des personnages évoluant dans ce récit ont existé. Voilà de quoi ajouter de la valeur à cette trilogie qui n’en manquait pas.

Une trilogie fantastique qui met bien en valeur le folklore de la Rus’, ses démons, ses croyances, la nouvelle foi qui progresse rapidement et qui relègue les anciennes croyances, celles du monde de l’invisible, aux rangs des fadaises à ne plus pratiquer. Le récit n’est jamais ennuyant, toujours intéressant et les personnages prendront de l’épaisseur en évoluant dans l’histoire.

Avec un final plus que réussi, qui amène les personnages là où ils le souhaitaient (et qui est leur place légitime), on peut classer cette saga dans les réussies et dans celles que je ne regrette pas d’avoir lues. Je suis même un peu triste de laisser les personnages poursuivre leur vie sans moi.

Merci à ma copinaute Bianca de m’avoir proposé cette trilogie en LC. Elle non plus n’est absolument pas déçue de cette découverte.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°199].

Sara : Steve Epting et Garth Ennis

Titre : Sara

Scénariste : Garth Ennis
Dessinateur : Steve Epting
Traduction : Thomas Davier

Édition : Panini Comics – Best of Fusion Comics (2020)

Résumé :
Nous sommes en Russie pendant l’interminable hiver 1942, et nous suivons le sniper soviétique Sara, tandis qu’elle résiste aux envahisseurs nazis avec ses camarades.

Les femmes du campement sont isolées dans un baraquement à part et l’unité repousse vaillamment l’ennemi, mais pour combien de temps ?

Une histoire complète inspirée d’une histoire vraie.

Critique :
Russie, 1942. Il fait un froid glacial, il y a de la neige, les Allemands on envahi le territoire russe et ces derniers se défendent avec acharnement, même les femmes. Dans ce camp, toutes les femmes sont des tireuses d’élite, des snipers.

Lorsque j’ai commencé à lire cette bédé, aux infos, on parlait toujours de covid et l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes n’avait pas encore eu lieu.

Laissons le présent sur le côté durant un moment et partons 80 ans en arrière en URSS.

Sara est une sniper, au même titre que ses collègues Mari, Nata, Katrina, Vera, Lydi et Darya. La vie est dure, elle ne fait pas de cadeaux et elles n’en feront pas non plus.

Dans cet album, qui s’inspire de faits historiques et des faits de guerre de la sniper Lioudmila Pavlitchenko (qui compte environ 300 morts à son actif), ce sont les femmes qui sont mises à l’honneur.

Les hommes ne sont pas loin, ils les entourent, certains lancent des plaisanteries graveleuses, un chef espérera même une faveur sexuelle en échange de renseignements, mais tous finiront le bec dans l’eau, ou avec la queue en berne. Sara est plus glaciale qu’un iceberg. Vera, elle n’hésite pas à torturer les soldats allemands.

Oui, l’histoire est assez violente, les balles fusent, elles font mouche, les soldats allemands tombent, les russes aussi et malheureusement, dans la troupe d’élite des filles, ce sera pareil. La guerre n’est pas un jeu, ni un sport, ni un amusement.

Le côté historique est bien rendu, les auteurs ayant pris soin des détails sur les uniformes, sur le matériel utilisé, sur la mentalité des différents personnages, mettant l’accent sur le côté mère patrie des Russes qui obligent les soldats à se dépasser, à donner leur vie pour leur mère patrie, pendant que les gradés restent le cul à l’abri, sont incompétents et corrompus.

On s’est battus toute la nuit, on veut aller se coucher et ne jamais nous réveiller, mais il faut qu’on écoute cette petite merde ? Nous dire qu’on a fait du bon travail dans une bataille dont il ne s’est même pas approché.

— On est censées tuer un tireur d’élite. Mais tu refuses d’admettre ce qu’on affronte vraiment. Tu refuses d’admettre que nous avons des connards incompétents et corrompus derrière nous. Tu veux que je te dise comment gagner, mais tu fais toujours ta prude avec ma petite astuce des grenades ?

Ces mêmes dirigeants, cette bande de salopards, qui ne se sont pas privés de tester le patriotisme de leurs populations de la plus abjecte des manières qui soit. Et même si Sara le sait, elle doit toujours les servir, continuer à tuer, à se battre pour la mère patrie.

Les cases sont grandes, dans les premières pages, on a souvent deux cases par page, ce qui laisse la place pour les détails, les expression de visages, pour poser les décors. Le nombre de pages (152 pages) permet aussi aux auteurs de ne pas aller trop vite, de laisser leur récit aller à son rythme, sans pour autant qu’il soit trop lent.

Le dosage entre les acènes d’action et de guet est subtil, l’équilibre est parfait entre les récits de guerre et ceux des femmes, lors de leur retour au camp. Le récit fera quelques aller-retour dans le temps, nous montrant des scènes avant que l’on n’en sache plus sur l’entièreté de cette dernière.

Le final est monumental, sans pour autant être celui d’un blockbuster. Il est calme, empreint d’intelligence de la part de Sara afin de piéger le tireur d’élite allemand. Pas de folie, un plan simple, génial et machiavélique.

Un comics bourré d’émotions, sans jamais en faire trop et sans voyeurisme. Un récit de guerre glacial et glaçant où ce sont les femmes qui sont les héroïnes, laissant les hommes sur le côté, leur damant le pion.

Excellent !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°164].

Dressé pour tuer ‭–‬ 02 ‭–‬ Une enquête de Drongo, ex-agent du KGB : Tchinguiz Abdoullaïev

Titre : Dressé pour tuer ‭–‬ 02 ‭–‬ Une enquête de Drongo, ex-agent du KGB

Auteur : Tchinguiz Abdoullaïev
Édition : De l’Aube – Noire (2015)
Édition Originale : День гнева (1999)
Traduction : Robert Giraud

Résumé :
Une mystérieuse série d’attentats vise un ­ministre du gouvernement russe. Le contre-espionnage hésite à faire appel au fameux privé Drongo, ex-agent du KGB, car ce serait reconnaître qu’il ne maîtrise pas la situation.

Le laissera-t-on ­remonter la filière du complot jusqu’au sommet ? Et où se situe ce sommet, dans un État miné par les intrigues et la corruption et où, par conséquent, tout le monde a tendance à soupçonner tout le monde ?

Critique :
Russie, dans les années 90… Un attentat est perpétré contre le ministre des finances. Ce sont des pros et celui qui est à la tête de ses assassins est un ancien liquidateur que l’on a fait évader de prison.

Dans ce polar, les liquidateurs sont les hommes dressés à tuer les cibles qu’on leur désignait. Pas le genre qui laisse des traces, pas le genre de type à se laisser prendre facilement.

L’intrigue de ce polar noir est concentrée sur trois journées, mais quelles journées ! Elles seront longues, pour les personnages. Hautement stressante et super dangereuses. Certains ont intérêt à ce que le ministre des finances ne présente pas le budget au vote. Il est l’homme à abattre.

Il a fallu attendre le tiers du roman avant de voir débouler ce bon vieux Drongo. Dans la ligne du temps, on fait appel à lui le soir du premier jour, mais il y avait tellement de choses à dire pour ce premier jour, que ça a mis plus de 130 pages.

Si, comme moi, cela ne vous dérange pas d’apprendre des choses sur la politique Russe des années 90, alors le temps passera agréablement.

Par contre, si vous y être réfractaire, vaut mieux aller voir ailleurs car de la politique, il va en être question à tous les étages et vous en boufferez à tous les râteliers !

Amoureuse de la Russie comme de l’Angleterre (pas de leurs travers, je vous rassure), appréciant la politique lorsqu’elle est bien décrite dans les livres, je n’ai pas trouvé le temps long, même si Drongo me manquait. Son esprit, son intelligence, son amour des livres, ses déductions… Bref, tout ce qui fait son charme, m’a manqué durant le premier tiers.

Une fois qu’il entre dans la dance, le rythme augmente un peu, sans jamais devenir 24h chrono, bien que, vu les détails des journées, on s’en approchait un peu. Avec le côté Die Hard pour les bombes et autres attentats.

Sans jamais aller trop loin, l’auteur est resté du côté du réalisme. J’ai apprécié ce voyage dans le temps, dans la Russie des années 90, sans Internet et avec peu de téléphones portables. Les personnages ne sombrent jamais dans le manichéisme et sont tous très réalistes.

Une enquête qui ne va pas à cent à l’heure, qui prend le temps de poser les bases, de parler de la politique, de la situation de la Russie dans les années 90, de son passé trouble et pas brillant, de ses cadavres dans les placards, de corruption…

Un polar à réserver aux lecteurs/lectrices qui aiment qu’une enquête prenne son temps, même si elle ne dure que 3 jours et qui ne sont pas réfractaires à la politique.

Drongo est un ex-agent du KGB qui mériterait d’être mieux connu car c’est un personnage très intéressant.

PS : je viens de me rendre compte que ce billet était le 3.000ème de posté sur le blog depuis septembre 2012. Waw, ça en fait des conneries d’écrites par moi, tout ça ! PTDR

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°153], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°35] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Azerbaïdjan).