Sherlock Holmes et les protocoles des Sages de Sion : Nicholas Meyer

Titre : Sherlock Holmes et les protocoles des Sages de Sion

Auteur : Nicholas Meyer
Édition : L’Archipel Suspense (14/04/2022)
Édition Originale : The adventure of the Peculiar Protocols (2019)
Traduction : Sophie Guyon

Résumé :
6 janvier 1905. Sherlock Holmes – qui fête ses cinquante ans – et le Dr John Watson sont convoqués par Mycroft, le frère du célèbre détective, au club Diogène.

Sur place, ce dernier leur remet les documents retrouvés sur le corps d’une agente des Services secrets britanniques, repêché dans la Tamise : Les Protocoles des Sages de Sion.

Holmes et Watson prennent alors l’Orient-Express pour la Russie des tsars, d’où provient ce texte explosif, bien que sujet à caution. S’agit-il vraiment du procès-verbal d’une réunion tenue par des complotistes dont le but est la domination du monde ?

Mais à leurs trousses s’élancent des adversaires déterminés à les empêcher de découvrir la vérité. Par tous les moyens… Sans doute l’enquête la plus périlleuse du plus célèbre des détectives.

Critique :
Je suis toujours excitée comme un morbac au salon de l’échangisme, lorsque je tombe sur un apocryphe holmésien, mais celui-ci me faisait un peu peur (comme tous les apocryphes).

Non pas parce que Holmes allait encore être mis à la sauce fantastique, mais parce que son titre faisait référence à cet immonde torchon antisémite, complotiste et que je me demandais bien ce que Holmes allait pouvoir foutre dans cette galère.

Nicholas Meyer est un bon pasticheur holmésien, malgré tout, j’avais peur qu’il ne se prenne les pieds dans le tapis, ou dans ce pamphlet.

Les protocoles de sages de Sion, si on n’a rien d’un complotiste, on sait que c’est une bullshit, un faux qui se présente comme un plan de conquête du monde établi par les Juifs. Maintenant, si l’on remplace dans ce pamphlet, le mot « Juifs » par « Femmes », on pourrait accuser la moitié de l’humanité de comploter contre l’autre.

Pareil si vous le remplacez le bouc émissaire habituel par Asiatiques, Musulmans, Chrétiens, Américains, Banquiers, Politiciens, Assureurs… Cela donnera la même impression qu’une nation, corporation, sexe, s’est réunie pour établir un programme de domination mondiale à votre insu.

Pire, remplacez le terme « Juifs » par « Chats » et je parie que certains goberont tout de même que les félins préparent un sale coup pour dominer le monde (mais après leur sieste, hein). Même si Internet peut vous expliquer que ce texte a été inventé de toutes pièces par la police secrète du tsar (Okhrana) et publié pour la première fois en Russie en 1903.

Pas la peine de faire durer le suspense plus longtemps, l’auteur ne s’est pas pris les pieds dans le tapis et Holmes non plus. Peut-être a-t-il eu les doigts dans le corsage de Mme Walling, mais ça, l’histoire ne nous le dira pas.

Nicholas Meyer nous offre donc une bonne enquête de Holmes, même s’il ne devra pas démasquer un assassin. Une enquête différente, non teintée de danger, et où Holmes va comprendre les potentiels dangers que ces écrits subversifs pourraient avoir, avant de s’en rendre compte de visu, face à une jeune fille juive victime de la vindicte populaire.

Les personnages sont assez conformes aux originaux, mais ils suivent les trames que l’auteur avaient amorcées dans ses précédents romans, notamment en ce qui concerne Moriarty et Freud.

Commençant à Londres avant de s’étendre jusqu’à Odessa, l’enquête de Holmes et Watson ne sera pas de tout repos et ébranlera le détective durablement.

Ce polar historique mélange habillement la fiction et la réalité, sans la forcer, se basant tout simplement sur la bêtise humaine, sur cette propension au complot et que le fait que la vérité met toujours plus de temps que le mensonge à lacer ses chaussures, sans oublier que certains préfèrent croire des conneries, si ça les sert.

L’auteur expliquera ensuite dans son épilogue que les protocoles refont surface de temps, tel un serpent de mer et qu’ils ont été déclarés comme vrais, par Hitler, lorsqu’il parlera du complot juif. Le but d’un virus, c’est de contaminer le plus de monde possible et ce pamphlet antisémite est un virus dont il n’existe pas encore de vaccin, hélas.

Un bon pastique holmésien, différents de ceux que j’ai pu lire dernièrement, mais au moins, Holmes n’est pas cuisiné à la sauce fantastique, ce qui me fait plaisir, car je le préfère dans de bonnes vieilles enquêtes !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°36] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 03 – L’hiver de la sorcière : Katherine Arden [LC avec Bianca]

Titre : Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 03 – L’hiver de la sorcière

Auteur : Katherine Arden
Éditions : Denoël Lunes d’encre (2020) / Folio SF (2021)
Édition Originale : Winternight, book 3: The Winter of the Witch (2019)
Traduction : Jacques Collin

Résumé :
Moscou se relève difficilement d’un terrible incendie. Le grand-prince est fou de rage et les habitants exigent des explications. Ils cherchent, surtout, quelqu’un sur qui rejeter la faute. Vassia, avec ses étranges pouvoirs, fait une coupable idéale.

Parviendra-t-elle à échapper à la fureur populaire, aiguillonnée par père Konstantin ? Saura-t-elle prévenir les conflits qui s’annoncent ?

Arrivera-t-elle à réconcilier le monde des humains et celui des créatures magiques ? Les défis qui attendent la jeune fille sont nombreux, d’autant qu’une autre menace, bien plus inquiétante, se profile aux frontières de la Rus’.

Critique :
J’attendais avec impatience que l’on termine la lecture de cette trilogie, tant je voulais connaître la suite des mésaventures de la jeune Vassia.

Dans le tome deux, nous l’avions laissée en fâcheuse position. Le suspense était présent et il est toujours préférable de ne pas traîner dans la lecture des trilogies dont l’histoire se suit.

Je ne ferai pas durer le suspense plus longtemps : je n’ai pas été déçue de ma lecture, ni du final gigantesque que nous a offert l’autrice.

J’avais apprécié le folklore Rus’, ses légendes, ses contes, ses tchiorti, ses démons et regretté qu’ils soient moins présent dans le deuxième tome. Chouette, ils étaient de retour, en force, dans le dernier tome, qui se trouve être aussi le plus mature, le plus sombre.

Vassia n’est plus la petite fille que nous avons rencontré dans le premier tome, ni la jeune fille rebelle du deuxième, qui était encore un peu capricieuse, un peu gamine, qui manquait de maturité. Ici, elle a grandi dans sa tête, elle sait ce qu’elle veut, elle sait ce qu’il faut faire, sera moins téméraire, réfléchira un peu plus aux conséquences de ses actes, même si elle aura de nombreux doutes et se demandera si la voie qu’elle est en train de suivre ne causera pas sa perte.

L’autrice a bien mené sa barque, en tout cas, et le niveau n’a pas baissé au fil des tomes, que du contraire, les personnages ont grandi, pris de l’ampleur, ont changé, nous ont montré une facette inattendue de leur personnalité profonde. Deux personnages surtout m’ont surpris là où je ne les attendais pas.

J’avoue avoir eu peur à un moment donné, quand Vassia affrontera l’Ours une nouvelle fois, car cela se terminait un peu trop vite à mon goût. Femme de peu de foi, que j’étais (chat souvent échaudé craint l’eau froide, en même temps) : le final sera vraiment à la hauteur de toute la trilogie !

En plus d’être addictif, de posséder des personnages intéressants, ni tout à fait blancs, ni tout à fait noirs (pour certains, ont hésitera jusqu’au bout), de parler de religion sans rien oublier de tout ce qu’elle peut impliquer (apaisement, haine, domination, pouvoir, superstitions), le récit se base aussi sur des le folklore Rus’ et sur des faits historiques. La bataille qui a lieu est véridique.

Certains des personnages évoluant dans ce récit ont existé. Voilà de quoi ajouter de la valeur à cette trilogie qui n’en manquait pas.

Une trilogie fantastique qui met bien en valeur le folklore de la Rus’, ses démons, ses croyances, la nouvelle foi qui progresse rapidement et qui relègue les anciennes croyances, celles du monde de l’invisible, aux rangs des fadaises à ne plus pratiquer. Le récit n’est jamais ennuyant, toujours intéressant et les personnages prendront de l’épaisseur en évoluant dans l’histoire.

Avec un final plus que réussi, qui amène les personnages là où ils le souhaitaient (et qui est leur place légitime), on peut classer cette saga dans les réussies et dans celles que je ne regrette pas d’avoir lues. Je suis même un peu triste de laisser les personnages poursuivre leur vie sans moi.

Merci à ma copinaute Bianca de m’avoir proposé cette trilogie en LC. Elle non plus n’est absolument pas déçue de cette découverte.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°199].

Sara : Steve Epting et Garth Ennis

Titre : Sara

Scénariste : Garth Ennis
Dessinateur : Steve Epting
Traduction : Thomas Davier

Édition : Panini Comics – Best of Fusion Comics (2020)

Résumé :
Nous sommes en Russie pendant l’interminable hiver 1942, et nous suivons le sniper soviétique Sara, tandis qu’elle résiste aux envahisseurs nazis avec ses camarades.

Les femmes du campement sont isolées dans un baraquement à part et l’unité repousse vaillamment l’ennemi, mais pour combien de temps ?

Une histoire complète inspirée d’une histoire vraie.

Critique :
Russie, 1942. Il fait un froid glacial, il y a de la neige, les Allemands on envahi le territoire russe et ces derniers se défendent avec acharnement, même les femmes. Dans ce camp, toutes les femmes sont des tireuses d’élite, des snipers.

Lorsque j’ai commencé à lire cette bédé, aux infos, on parlait toujours de covid et l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes n’avait pas encore eu lieu.

Laissons le présent sur le côté durant un moment et partons 80 ans en arrière en URSS.

Sara est une sniper, au même titre que ses collègues Mari, Nata, Katrina, Vera, Lydi et Darya. La vie est dure, elle ne fait pas de cadeaux et elles n’en feront pas non plus.

Dans cet album, qui s’inspire de faits historiques et des faits de guerre de la sniper Lioudmila Pavlitchenko (qui compte environ 300 morts à son actif), ce sont les femmes qui sont mises à l’honneur.

Les hommes ne sont pas loin, ils les entourent, certains lancent des plaisanteries graveleuses, un chef espérera même une faveur sexuelle en échange de renseignements, mais tous finiront le bec dans l’eau, ou avec la queue en berne. Sara est plus glaciale qu’un iceberg. Vera, elle n’hésite pas à torturer les soldats allemands.

Oui, l’histoire est assez violente, les balles fusent, elles font mouche, les soldats allemands tombent, les russes aussi et malheureusement, dans la troupe d’élite des filles, ce sera pareil. La guerre n’est pas un jeu, ni un sport, ni un amusement.

Le côté historique est bien rendu, les auteurs ayant pris soin des détails sur les uniformes, sur le matériel utilisé, sur la mentalité des différents personnages, mettant l’accent sur le côté mère patrie des Russes qui obligent les soldats à se dépasser, à donner leur vie pour leur mère patrie, pendant que les gradés restent le cul à l’abri, sont incompétents et corrompus.

On s’est battus toute la nuit, on veut aller se coucher et ne jamais nous réveiller, mais il faut qu’on écoute cette petite merde ? Nous dire qu’on a fait du bon travail dans une bataille dont il ne s’est même pas approché.

— On est censées tuer un tireur d’élite. Mais tu refuses d’admettre ce qu’on affronte vraiment. Tu refuses d’admettre que nous avons des connards incompétents et corrompus derrière nous. Tu veux que je te dise comment gagner, mais tu fais toujours ta prude avec ma petite astuce des grenades ?

Ces mêmes dirigeants, cette bande de salopards, qui ne se sont pas privés de tester le patriotisme de leurs populations de la plus abjecte des manières qui soit. Et même si Sara le sait, elle doit toujours les servir, continuer à tuer, à se battre pour la mère patrie.

Les cases sont grandes, dans les premières pages, on a souvent deux cases par page, ce qui laisse la place pour les détails, les expression de visages, pour poser les décors. Le nombre de pages (152 pages) permet aussi aux auteurs de ne pas aller trop vite, de laisser leur récit aller à son rythme, sans pour autant qu’il soit trop lent.

Le dosage entre les acènes d’action et de guet est subtil, l’équilibre est parfait entre les récits de guerre et ceux des femmes, lors de leur retour au camp. Le récit fera quelques aller-retour dans le temps, nous montrant des scènes avant que l’on n’en sache plus sur l’entièreté de cette dernière.

Le final est monumental, sans pour autant être celui d’un blockbuster. Il est calme, empreint d’intelligence de la part de Sara afin de piéger le tireur d’élite allemand. Pas de folie, un plan simple, génial et machiavélique.

Un comics bourré d’émotions, sans jamais en faire trop et sans voyeurisme. Un récit de guerre glacial et glaçant où ce sont les femmes qui sont les héroïnes, laissant les hommes sur le côté, leur damant le pion.

Excellent !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°164].

Dressé pour tuer ‭–‬ 02 ‭–‬ Une enquête de Drongo, ex-agent du KGB : Tchinguiz Abdoullaïev

Titre : Dressé pour tuer ‭–‬ 02 ‭–‬ Une enquête de Drongo, ex-agent du KGB

Auteur : Tchinguiz Abdoullaïev
Édition : De l’Aube – Noire (2015)
Édition Originale : День гнева (1999)
Traduction : Robert Giraud

Résumé :
Une mystérieuse série d’attentats vise un ­ministre du gouvernement russe. Le contre-espionnage hésite à faire appel au fameux privé Drongo, ex-agent du KGB, car ce serait reconnaître qu’il ne maîtrise pas la situation.

Le laissera-t-on ­remonter la filière du complot jusqu’au sommet ? Et où se situe ce sommet, dans un État miné par les intrigues et la corruption et où, par conséquent, tout le monde a tendance à soupçonner tout le monde ?

Critique :
Russie, dans les années 90… Un attentat est perpétré contre le ministre des finances. Ce sont des pros et celui qui est à la tête de ses assassins est un ancien liquidateur que l’on a fait évader de prison.

Dans ce polar, les liquidateurs sont les hommes dressés à tuer les cibles qu’on leur désignait. Pas le genre qui laisse des traces, pas le genre de type à se laisser prendre facilement.

L’intrigue de ce polar noir est concentrée sur trois journées, mais quelles journées ! Elles seront longues, pour les personnages. Hautement stressante et super dangereuses. Certains ont intérêt à ce que le ministre des finances ne présente pas le budget au vote. Il est l’homme à abattre.

Il a fallu attendre le tiers du roman avant de voir débouler ce bon vieux Drongo. Dans la ligne du temps, on fait appel à lui le soir du premier jour, mais il y avait tellement de choses à dire pour ce premier jour, que ça a mis plus de 130 pages.

Si, comme moi, cela ne vous dérange pas d’apprendre des choses sur la politique Russe des années 90, alors le temps passera agréablement.

Par contre, si vous y être réfractaire, vaut mieux aller voir ailleurs car de la politique, il va en être question à tous les étages et vous en boufferez à tous les râteliers !

Amoureuse de la Russie comme de l’Angleterre (pas de leurs travers, je vous rassure), appréciant la politique lorsqu’elle est bien décrite dans les livres, je n’ai pas trouvé le temps long, même si Drongo me manquait. Son esprit, son intelligence, son amour des livres, ses déductions… Bref, tout ce qui fait son charme, m’a manqué durant le premier tiers.

Une fois qu’il entre dans la dance, le rythme augmente un peu, sans jamais devenir 24h chrono, bien que, vu les détails des journées, on s’en approchait un peu. Avec le côté Die Hard pour les bombes et autres attentats.

Sans jamais aller trop loin, l’auteur est resté du côté du réalisme. J’ai apprécié ce voyage dans le temps, dans la Russie des années 90, sans Internet et avec peu de téléphones portables. Les personnages ne sombrent jamais dans le manichéisme et sont tous très réalistes.

Une enquête qui ne va pas à cent à l’heure, qui prend le temps de poser les bases, de parler de la politique, de la situation de la Russie dans les années 90, de son passé trouble et pas brillant, de ses cadavres dans les placards, de corruption…

Un polar à réserver aux lecteurs/lectrices qui aiment qu’une enquête prenne son temps, même si elle ne dure que 3 jours et qui ne sont pas réfractaires à la politique.

Drongo est un ex-agent du KGB qui mériterait d’être mieux connu car c’est un personnage très intéressant.

PS : je viens de me rendre compte que ce billet était le 3.000ème de posté sur le blog depuis septembre 2012. Waw, ça en fait des conneries d’écrites par moi, tout ça ! PTDR

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°153], Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°35] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Azerbaïdjan).

Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 02 – La Fille dans la tour : Katherine Arden [LC Bianca]

Titre : Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 02 – La Fille dans la tour

Auteur : Katherine Arden
Éditions : Denoël Lunes d’encre (2019) / Folio SF (2021)
Édition Originale : Winternight, book 2: The Girl in the Tower (2017)
Traduction : Jacques Collin

Résumé :
La cour du grand-prince, à Moscou, est gangrenée par les luttes de pouvoir. Pendant ce temps, dans les campagnes, d’invisibles bandits incendient les villages, tuent les paysans et kidnappent les fillettes.

Le prince Dimitri Ivanovitch n’a donc d’autre choix que de partir à leur recherche s’il ne veut pas que son peuple finisse par se rebeller. En chemin, sa troupe croise un mystérieux jeune homme chevauchant un cheval digne d’un noble seigneur. Le seul à reconnaître le garçon est un prêtre, Sacha.

Et il ne peut révéler ce qu’il sait : le cavalier n’est autre que sa plus jeune sœur, qu’il a quittée il y a des années alors qu’elle n’était encore qu’une fillette, Vassia.

Critique :
C’est avec délectation que j’ai de nouveau foulé les terres froides et enneigées de la Rus’, chevauchant aux côtés de la jeune Vassia, devenue le jeune Vassili parce qu’en ce temps-là, les filles (femmes) n’avaient aucun droit.

Juste l’obligation de rester à sa place dans la cuisine (ou dans une tour, pour les nobles), de se marier, de faire des gosses, d’aller au couvent (si les autres options ne plaisaient pas) : bref, interdiction de se soustraire à l’autorité des mâles.

Le premier tome nous faisait découvrir la vie dans un petit village de la Rus’ des années 1300, les folklore, les légendes, les contes, l’intrusion de plus en plus grande de la religion, reléguant aux orties les esprits des maisons, alors que celui-ci nous fera voyager jusqu’à Moscou et ses complots politiques pour devenir calife à la place du calife.

Si la première partie de ce récit est plus calme (sans jamais me sembler ennuyeuse), dans la seconde partie, l’autrice change de vitesse et appuiera sur le champignon, nous faisant  entrer dans un rythme plus trépidant, aux multiples rebondissements.

Les personnages ne sont pas figés, ils peuvent cacher leur jeu et j’ai eu quelques surprises, comme dans le premier tome. Morozko, le démon de gel évolue, c’est un personnage complexe qui ne se dévoile pas, ou peu. Je l’ai trouvé très touchant. Il sent que la religion nouvelle est en train de le faire disparaître et son déclin fait peine à voir.

Vassia, elle, sera plus téméraire, n’écoutant pas la voix de la sagesse de son grand frère, foutant le bordel monstre dans sa famille, tant elle voudrait être un garçon afin de s’affranchir des règles qui pourrissent les vies des femmes.

Elle aurait pu faire preuve d’un peu de discernement et ne pas foncer tête baissée… Ses combats sont justes, mais parfois, il faut savoir faire profil bas et laisser pisser le mérinos.

Son caractère vif lui joue souvent des tours, sa soif de liberté aussi. Bah, nous avons été jeunes aussi et nous n’avons pas écouté les voix des anciens qui nous disaient de faire attention… Cela le rend plus réaliste, plus crédible, toutes ces contradictions.

La vie sociale dans cette époque lointaine est très importante dans le récit, elle prend une place non négligeable. Heureusement, l’Histoire, la religion et la vie sociale sont toujours incorporées de manière subtile dans le récit, sans jamais le rendre lourd ou redondant.

Il en sera de même pour l’aspect politique, avec les rivalités, les tributs à payer au Khan, les jeux de trônes… Tout cela est incorporé par petites touches, sans que cela pèse sur le rythme du récit. D’ailleurs, les combats sont toujours les mêmes, que l’on soit en 1300 ou en 2022, même si nous avons plus de droits et plus l’obligation d’aller à la messe. Ouf !

Le petit bémol sera pour la perte du folklore Rus’ : les esprits des maisons (Tchiorti) et tous les autres sont moins présent dans ce deuxième tome, sans doute dû au fait que la religion catholique prend plus d’ampleur et que les gens oublient de laisser des offrandes à tous ces diables des contes et légendes qui existent bel et bien.

Le côté fantastique et la magie sont plus présents que dans le premier tome, ce qui n’est pas un soucis, que du contraire. L’univers créé par l’autrice est riche d’Histoire, de contes, légendes et cette lecture fut enjouée, ne manquant pas de rythme et de surprises.

Ce sera donc sans hésitation que j’ouvrirai le troisième et dernier tome de cette trilogie qui plaira aux plus jeunes comme aux plus anciens, qu’ils aiment ou pas la fantasy car les romans lorgnent plus du côté du fantastique.

Une LC réussie, même si Bianca a trouvé la première partie un peu trop lente.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°143], Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°108] et Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°25].

[SÉRIES] Les Chroniques de Sherlock (Sherlock : The Russian Chronicles)

Les Chroniques de Sherlock (titre original : Шерлок в России, Sherlock en Russie) est une série télévisée russe de 8 épisodes, créée par Nurbek Egen et diffusée depuis 2020 sur la plateforme Start.

La série est diffusée en version française depuis le 17 septembre 2021 sur la plate-forme Salto.

En Belgique, elle est disponible sur RTLplay, le site de streaming de RTL TVI. Il s’agit d’une adaptation des aventures de Sherlock Holmes ayant la particularité de se dérouler à Saint-Pétersbourg.

Synopsis : 
Après avoir commis plusieurs crimes à Londres, Jack l’Éventreur fuit à Saint-Pétersbourg.

Le détective Sherlock Holmes l’y suit, laissant en Angleterre le docteur Watson. Sur place, il est logé par un autre médecin, le docteur Kartsev, avec qui il se lie d’amitié et mène plusieurs enquêtes.

Distribution :

  • Maxime Matveïev : Sherlock Holmes
  • Vladimir Michoukov : Docteur Kartsev
  • Irina Starchenbaum : Sofia Kasatkine
  • Pavel Maïkov : Lavr Trudniy
  • Konstantin Bogomolov : Piotr Znamenski

Épisodes :

  1. Jack l’Éventreur à Saint-Pétersbourg, partie 1
  2. Jack l’Éventreur à Saint-Pétersbourg, partie 2
  3. La Vengeance du Kélé, partie 1
  4. La Vengeance du Kélé, partie 2
  5. Le Diable boiteux, partie 1
  6. Le Diable boiteux, partie 2
  7. Le Châtiment divin, partie 1
  8. Le Châtiment divin, partie 2

Ce que j’en ai pensé :
Lorsque je regardais une série à la télé, j’avais vu plusieurs fois le spot publicitaire parlant des Chroniques de Sherlock, à voir sur Salto.

Crénom, je n’ai pas Salto, moi ! Heureusement, une chaîne de télé belge a passé les épisodes.

Manque de bol, je n’ai pas su voir les deux premiers épisodes avec Jack l’Éventreur.

Ce qui fait que je n’avais pas capté que le Sherlock Holmes devant moi était bien anglais, expatrié en Russie. C’est Wiki qui s’est chargé de me le raconter : poursuivant Jack The Ripper et ayant déduit qu’il était Russe, Holmes a abandonné Watson à Londres et s’est lancé à la poursuite du serial-killer.

Tant pis, j’ai au moins eu la chance de ne pas louper les épisodes avec La Vengeance du Kélé, Le Diable boiteux et le Châtiment divin.

Ne pas être dans à Londres m’a un peu perturbé, Saint-Pétersbourg a compensé. Hélas, j’ai eu l’impression que certains décors naturels comme des bâtiments étaient un peu trop modernes pour la série. Ça ne sentait plus l’époque contemporaine (ou celle d’il y a 50 ans) que celle de 1888…

La Vengeance du Kélé a un petit côté fantastique et, a un scénario qui ressemble un peu à un roman célèbre de Conan Doyle… Ses racines viennent d’un endroit lointain et si vous cherchez un peu, cela vous aidera à trouver le roman dont on s’est inspiré, même si l’intrigue est différente (mais le mobile est vieux comme le Monde). J’ai vu venir le mobile des crimes de trèèèèès loin.

Le Sherlock Holmes russe est mignon à croquer, avec ses cheveux mi-longs, sa petite barbe de trois jours et j’aurais bien joué la scène chaude à la place de l’actrice… Oui, dans Le Diable boiteux, il y a une scène de cul ! Chaude, même si on ne verra pas le zeb de Holmes… Juste ses tatouages !

Comme je vous le disais, les deux épisodes avec la Vengeance du Kélé a un petit côté fantastique, mais comme avec le toutou des Baskerville, le fantastique sera expliqué de manière rationnelle, bien qu’il restera un soupçon de magie ou d’inexplicable.

Rien qui empêche la compréhension de l’épisode ou sa résolution. Rien d’exceptionnel non plus, juste un soupçon de truc inexplicable.

Mon problème est avec le Docteur Kartsev, sensé remplacer le docteur Watson. Je ne suis pas en phase avec lui, il lui manque le côté protecteur, rempart, garde-fou, habituellement dévolu aux Watson, en pantalons ou en jupons. Je l’ai senti un peu en retrait. Sans doute parce qu’il ne connaît pas encore bien Holmes et qu’il garde sa réserve.

Quant au Sherlock Holmes, est-il un bon Sherlock Holmes ? Oui et non… Il lui manque ce qui fait son charme pour nous et l’exaspération de Watson : ses déductions faites en observant les gens. Il déduira des faits en observant les scènes de crime, mais rarement en observant les gens.

Comme d’habitude, on lui colle des démons, des addictions (la drogue, bien entendu), un côté hautain, fonceur, sûr de lui, joueur de tours à sa manière, mais on ne le verra déguisé qu’une seule fois. Dommage.

Bon, on ne va pas se mentir, c’est pas mal comme épisodes, j’ai connu mieux, mais j’ai aussi connu pire ! Le Holmes me plait, il ne me dérange pas, c’est déjà un bon point.

Ce qui fait que, après le visionnage des deux premiers épisodes, enregistrés par ma box, j’ai enquillé avec les deux suivants (et suis allée au lit passé minuit, ce qui a ravi le chat, lové contre moi).

Le Diable boiteux commence normalement, gentiment, je dirais… Une actrice se suicide et Sophia, son amie, engage Holmes pour prouver que le suicide est un meurtre. Sherlock et Sophia ont une boentje (se prononce bountche) l’un pour l’autre. Les jeunes diront un crush. Bref, pour les Nuls du fond de la classe, ils s’aiment, mais Sherlock ne fait pas le premier pas, lui posant même un lapin, le salaud !

J’ai apprécié ces deux épisodes car on s’éloignait du précédent, où j’avais compris le fin mot de l’histoire. Ici, je me suis faite tacler violemment, pour mon plus grand plaisir.

Le personnage du professeur Bachmetiev, sorte de psychologue, chirurgien, mi-Freud et mi-Holmes pour ses déductions, hypnotiseur et aussi mécène à temps plein pour les orphelins (oui, ça fait beaucoup pour un seul homme) de son institut Pavlioucha. Quel personnage ! Il était fascinant, tout simplement.

L’enquête ne sera pas facile, Holmes va devoir se montrer plus habile que l’assassin qu’il poursuit et je vous le dis, il va ramer ! C’est ça aussi que j’apprécie dans une série qui met Holmes en scène : qu’il n’ait pas trop facile, qu’il doive se sortir les doigts du cul, qu’il soit en danger, qu’il se trompe, bref, qu’il ne soit pas qu’une machine à penser qui ne se trompe jamais.

Canoniquement parlant, Holmes a fait des erreurs, de celles qui ont coûté la vie à des clients.

Le Châtiment divin est tout aussi sombre que les précédents. L’enquête ne sera pas facile du tout et partira dans tous les sens avant que Holmes ne comprenne le fin mot de l’histoire.

En tout cas, j’ai aimé son point de départ, qui était intriguant, mais ne semblait pas digne du détective : une lavandière lui explique que les draps qu’elle fait sécher sur le toit, après les avoir lavé, se retrouvent sales le lendemain et sales !

On commence avec un truc banal et ensuite, on met le pied dans un engrenage qui va entraîner nos deux hommes dans une enquête difficile, dangereuse, d’où ils ne sortiront pas tout à fait indemnes.

On voit Holmes avoir du mal à trouver ce qui relie les victimes (si lien il y a), tâtonner, avoir recours à des méthodes peu orthodoxes pour arriver à tirer les vers hors du nez de la mère maquerelle (pas de torture, juste de l’hypnose), se planter, mettre son cœur à nu et pleurer.

Les scénaristes sont des crapuleux, ils m’ont fait peur, les salauds ! Assassins, va ! Et c’était un peu limite comme tour, juste un truc pour faire croire que… Bon, la médecine fait des miracles apparemment. Heureusement, tiens.

Comme souvent dans les séries policières que je regarde, on aurait plus tendance à plaindre les coupables que leurs victimes, pire, à souhaiter que l’on n’eût jamais attrapé le ou les coupables. Il en fut de même pour les épisodes du Kélé et du Châtiment. Ma foi, les victimes avaient mérité leur sort (certaines plus que d’autres). Oui, je sais, c’est pas bien de dire ça !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°121] et Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°03].

Le dernier joyau des Romanov ‭:‬ Monique Dollin du Fresnel [LC avec Bianca]

Titre : Le dernier joyau des Romanov

Auteur : Monique Dollin du Fresnel
Édition : Sud Ouest (2018)

Résumé :
De la fin tragique des tsars aux archives secrètes du Vatican, une intrigue au cœur de la guerre 1914-1918.

En juin 1914, le lieutenant russe Dimitri Malkine est chargé de se rendre à Paris pour une mission diplomatique. La tsarine mère en profite pour lui demander secrètement de remettre à Londres un superbe bijou à sa sœur, la reine Alexandra.

Dimitri s’acquitte de sa tâche, mais n’est pas au bout de ses peines… La reine Alexandra souhaite à son tour faire un présent à sa sœur : un œuf de Fabergé unique, muni d’une serrure et dont le contenu reste énigmatique.

Avant même que le lieutenant puisse emprunter le chemin du retour à Saint-Pétersbourg, il se trouve entraîné bien malgré lui dans ce qui deviendra l’un des conflits les plus sanglants de l’histoire de l’humanité.

Il faudra alors attendre plus de soixante-dix ans pour que Camille, généalogiste successorale bordelaise, plonge dans cette histoire pour le compte de sa cliente, Madame de Limeuil. Ses recherches la conduisent de Bordeaux au cœur de la Gascogne, des Archives secrètes du Vatican à Cracovie, mais le mystère reste entier.

Qu’est-il arrivé à Dimitri Malkine ? Où est passé cet œuf de Fabergé à la valeur inestimable ? Enfin, pourquoi a-t-elle l’impression qu’on s’en prend à tous les témoins de l’affaire ?

Critique :
J’ai deux amours : l’Angleterre victorienne et la Russie des Tsars. Alors, lorsque ma copinaute Bianca m’a proposé ce titre en LC, j’ai sauté dessus (sur le roman, pas sur ma pauvre copinaute).

Commençant doucement en 1990 avec la présentation de Camille, généalogiste successorale (enquêtrice), le roman va ensuite passer en 1914, peu avant la Première Guerre Mondiale, avec le lieutenant russe Dimitri Malkine, hussard de la garde impériale.

Ce grand écart sur deux périodes était des plus addictif et de plus frustrant aussi. Lorsque l’on a envie d’en savoir plus sur les aventures de Dimitri Malkine, on se retrouve avec Camille et alors qu’on trépigne d’en savoir plus, on revient en Russie.

J’adore ce genre de frustration dans un roman, cela lui donne une autre dimension et me fait cavaler encore plus vite dans ma lecture puisque je voulais absolument savoir comment les deux récits allaient se télescoper.

La partie historique était intéressante, même si peu de suspense pour les gens de notre époque qui savent exactement ce qui va se produire : nous ne sommes pas une dystopie, donc, on connait les issues de certaines batailles de 14/18.

Énormément d’émotions durant le passage de la fraternisation entre les Allemands et les autres en face, lors de la veille de Noël. Peu de militaires, beaucoup de civils appelés sur le front et des instituteurs ou autres professions transformés en militaires…

L’autrice apportera quelques éclairages historique à la fin de son roman, séparant le vrai du faux, comme pour ses théories avec la famille impériale.

Vous l’aurez deviné, la partie consacrée au tragique destin des Romanov ne sera pas tout à fait conforme à ce que l’on sait de nos jours, mais puisqu’en 1990, les reste des corps n’avaient été retrouvés, tout était possible. D’ailleurs, l’avantage des années 90, c’est que l’on doit encore chercher une cabine téléphonique et ça, c’est un détail que j’ai apprécié. Pas d’Internet non plus !

Les personnages sont attachants, surtout Dimitri. J’ai adoré suivre ses péripéties durant la guerre, lui qui était hussard de la garde impériale, le voici devenu soldat dans les tranchées, avant de voir son destin basculer et envoyé en Amérique.

Camille est une femme tenace, une enquêtrice qui ne lâche rien et les personnages secondaires ne seront pas en reste non plus, chacun possédant une part d’humanité qui le rendait réaliste.

Mon minuscule bémol sera pour le léger manichéisme que l’on retrouve dans la partie des « méchants », comme si une branche familiale avait concentré toutes les tares, tous les vices. Bon, ce n’est pas rédhibitoire, l’autrice ne s’attardant pas trop longuement sur ces personnes et n’en faisant pas des tonnes. Le final se précipite un peu trop vite à mon goût, mais cela n’a pas entamé mon plaisir ressenti durant cette lecture.

Les points les plus positifs de ce thriller historique, sont que l’autrice ne se prend pas les pieds dans le tapis en passant d’une époque à une autre, que tout se relie très bien, que la partie historique est bien documentée, bien traitée et que le récit est fluide, se lisant facilement, sans pour autant être gnangnan.

Même sa théorie sur le sort des Romanov est plausible, non capillotractée et s’insère bien dans le récit qui nous est fait (et dont je connaissais une partie pour l’avoir lue souvent). Je n’ai pas eu besoin de tartiner cette théorie de lubrifiant pour qu’elle passe dans ma petite cervelle et qu’elle s’y installe durablement, faisant naître un espoir et une étincelle dans mes yeux. On m’a bien fait croire au père Noël et au socialisme, alors, hein !

Anybref, voilà un roman historique comme je les aime : addictif, fluide, instructif, intéressant, jamais ennuyeux, jamais redondant, plaisant à lire, même si certaines scènes sont plus hard (il y en a peu) et qui nous entraîne dans plein de lieu chargés d’Histoire, faisant crisper notre cœur puisque l’on sait ce qui se passa à Verdun, sur le Chemin des Dames, avec le Lusitania, les Romanov, Lénine, la révolution russe…

Je remercie Bianca de m’avoir proposé cette lecture. J’étais loin de m’attendre à vivre une telle aventure et de lire un roman si intéressant. La surprise fut belle et inattendue. Cette LC est réussi puisque ma copinaute pense la même chose dans sa chronique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°117].

Donbass : Benoît Vitkine

Titre : Donbass

Auteur : Benoît Vitkine
Édition : Les Arènes (05/02/2020) / LP (24/03/2021)

Résumé :
Hiver 2018. Sur la ligne de front du Donbass, la guerre s’est installée depuis quatre ans. Plus grand monde ne se rappelle comment tout a commencé. L’héroïsme et les beaux principes ont depuis longtemps cédé la place à une certaine routine.

Et quand les enfants d’Avdiïvka sont assassinés sauvagement, même le colonel Henrik Kavadze, l’impassible chef de la police locale, perd son flegme. Il se lance à coeur perdu dans une enquête qui va vite réveiller les démons du passé…

Benoît Vitkine, lauréat du prix Albert-Londres 2019, aborde un angle mort de la géopolitique mondiale : le déchirement d’une région entre la Russie et l’Ukraine, volontairement ignoré et toujours d’actualité.

Critique :
Le Donbass n’est pas l’endroit idéal pour aller passer ses vacances, du moins, lorsqu’il y a la guerre.

Passez votre chemin pour vos prochaines vacances, mais restez et ouvrez ce roman si vous voulez en apprendre plus sur le conflit Russo- Ukrainien.

Ce polar prend son temps, si vous êtes à la recherche d’adrénaline, faudra prendre votre mal en patience car si nous avons un meurtre horrible d’un enfant, il faudra attendre les trois quart du roman pour en avoir un deuxième.

Non pas que je souhaitais que des enfants tombent comme des mouches sous les coups d’un assassin sadique, loin de là, mais je râle un peu sur le 4ème de couverture qui nous annonce « Et quand les enfants d’Avdiïvka sont assassinés sauvagement… ».

Ok, deux enfants, c’est du pluriel, cela correspond au « les enfants », mais dans ma tête, on montait à plus que deux. Fin de la parenthèse que je n’ai pas signalé que j’ouvrais.

Bref, revenons à nos moutons : la guerre qui sévit, depuis 2014, et dont personne ne nous parle. C’est loin de chez nous, donc, pas intéressant (ceci n’est pas ma pensée, bien entendu) pour les médias.

Pas besoin d’être calé en géopolitique ou sur la guerre dans le Donbass pour comprendre le fond du roman. Mieux, en lisant ce polar, vous irez vous coucher moins bête.

Au fond, ces crimes ne servent qu’à nous parler, au travers des personnages de ce roman policier, de la situation inhumaine qui se passe là-bas, loin de nos contrées, loin de nos jardins.

Dans les conflits, quels qu’ils soient, les gens changent, pour le meilleur ou pour le pire et celui-ci ne fait pas exception à la règle : soit on devient un loup, soit on reste une proie. Pas de juste milieu, pas de nuances.

Les portraits des différents personnages qui parsèment ce roman sont très bien réalisés et en peu de mots, l’auteur arrive très bien à nous offrir une situation très claire de leur psychologie. Les méchants n’étant pas toujours les pires (ou le contraire) et les plus gentils n’étant pas toujours les moins pires.

Tout est camouflé, tout le monde joue un rôle, se donne une nouvelle personnalité, afin de survivre dans ce chaos ambiant ou d’échapper à des traumatismes d’anciens conflits (Afghanistan) ou du nouveau.

Nous ne sommes pas au pays des Bisounours et le colonel Henrik Kavadze, chef de la police locale nous l’expliquera avec beaucoup de cynisme. Lors d’une guerre, les magouilles et la corruption sont reines. Certains s’enrichissent, d’autres s’appauvrissent pour arriver à manger.

Finalement, ce polar n’en est pas vraiment un : l’enquête est un peu décousue, vu que le colonel Henrik Kavadze n’a que peu de pistes et qu’il y va lentement sans trop savoir où tout cela va le mener.

Cela donne un récit qui manque un peu de fluidité, qui pourrait gêner la lecture de certains. Dans mon cas, cela ne m’a gêné en rien, j’ai dévoré ce roman car j’avais soif d’apprendre. La géopolitique ne me dérange pas et le fait que cela se déroule à l’Ouest était un plus pour moi qui aime ces contrées (sans les guerres, bien entendu).

Le fait que Benoît Vitkine soit correspondant au journal « Le Monde », il est le spécialiste des pays de l’Est et de l’ex -URSS, ce qui fait qu’il connaît son sujet. C’est un sérieux plus.

Ce polar ne devient jamais lourd, l’auteur restant très pédagogue, mélangeant habillement la géopolitique avec son récit et ses personnages. Ce qui fait que ce polar devient un témoignage sur ce qu’il se passe là-bas car le côté polar passe en second lieu.

Une belle découverte en tout cas.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°110] et Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres » chez Bidb (France).

Inestimable : Zygmunt Miłoszewski

Titre : Inestimable

Auteur : Zygmunt Miłoszewski
Édition : Fleuve (14/10/2021)
Édition Originale : Kwestia ceny
Traduction : Kamil Barbarski

Résumé :
À Varsovie, le couple Zofia et Karol doit faire face à un quotidien compliqué. Zofia a été licenciée du musée national pour raisons politiques et Karol est atteint d’une maladie neurodégénérative qui efface ses souvenirs rattachés aux émotions fortes.

Lorsque Zofia est contactée par une ancienne connaissance, Bogdan Smuga, pour retrouver la collection perdue des artefacts Aïnou, apportés en Europe il y a cent ans depuis l’île de Sakhaline par un ethnologue de renom, elle ne peut refuser.

Alors que Karol est placé dans une clinique spécialisée dans les Pyrénées françaises pour traiter sa maladie, Zofia, accompagnée de Bogdan, se lance dans sa nouvelle mission qui l’amène notamment à Saint-Pétersbourg et Paris, et plus particulièrement au musée national d’Histoire naturelle.

Mais nombreux sont ceux qui, comme eux, veulent mettre la main sur l’un des artefacts d’une valeur inestimable, une sculpture représentant un ours…

En plein milieu d’une lutte acharnée entre un groupe pharmaceutique et un ensemble de scientifiques indépendants, commence alors une course contre la montre, qui risque fort de pousser Zofia et Bodgan au bout de leurs limites…

Critique :
Après avoir lu et apprécié 4 romans de Zygmunt Miłoszewski, je m’apprêtais à en ajouter un cinquième au rayon des coups de coeur et malheureusement, il n’y entrera pas.

Non pas qu’il soit mauvais, mal écrit, chiant à lire ou tout autre chose qui font que l’on n’apprécie pas une lecture.

Le problème est que je n’ai pas réussi à accrocher aux personnages, alors que j’en connaissais déjà deux : Zofia Lorentz et Karol Boznanski, découvert dans « Inavouable« .

Cela faisait 4 ans que nous avions eu notre aventure ensemble, ils ne pouvaient pas avoir changé à ce point, tout de même ? Ben si, apparemment. Karol perd la mémoire et Zofia est froide, trop froide à mon goût. Je n’ai pas ressenti le plaisir de crapahuter aux côtés de Zofia comme dans le premier roman.

Le début du roman est assez lent, pourtant, il ne manquait pas de sujets intéressants, comme ces zinzins de la cancel culture qui voient midi à toutes les portes et en profitent pour faire interdire tout et n’importe quoi, sur les peuples qui vivent différemment de nous, ainsi que d’autres sujets que je vous laisserai découvrir par vous-mêmes.

Les affres de la maladie de Karol sont aussi bien présents, l’auteur insistant bien que le fait que ces pertes de mémoires impactent plus les autres que la personne qui en souffre.

Ce thriller, moins punchy que le premier, va nous faire voyager un peu partout, nous faisant passer de la Pologne à l’île de Sakhaline, puis à Paris (où l’on ne bouffe que des croissants et où l’on boit des cafés crème), dans les Pyrénées et naviguer sur des mers avant de rallier l’Afrique. Le tout sans être obligé de faire des tests ou de remplir des PLF. Dépaysement garantit.

Comme quoi, malgré mes bémols, tout n’est pas négatif. L’auteur égratigne un peu tout le monde, la Pologne y comprise. Tout le monde en prend pour son grade, les petits travers étant mis en évidence, le tout sans que cela ne vire à l’humour gras ou bête.

Le point le plus positif du livre, c’est que l’auteur nous réserve des petits surprises et que ce roman n’est pas juste qu’un thriller lambda bourré d’adrénaline et de courses-poursuites. Non, il va plus loin…

De nombreuses thématiques se trouvent en filigrane et l’auteur mélange habillement la réalité, la fiction, la science, la philosophie, la folie de certains, les mensonges, une chasse au trésor, l’Histoire, l’art, le capitalisme, le libéralisme, les désastres écologiques… Le tout servi par des personnages secondaires dont on ne sait pas vraiment de quel côté ils penchent.

C’est ce qui fait la force de ce roman : pas de manichéisme, des personnages secondaires travaillés, avec de la présence et certains étaient même truculents (le navigateur solitaire).

Par contre, notre Zofia pourrait presque remplacer notre bon vieux James Bond tant elle va devoir accomplir des péripéties un peu folles, à la limite du surréalisme, notamment dans la flotte. De plus, le passage était long et j’ai sauté des pages, tellement cela devenait ennuyeux, sa baignade en mer.

Anybref, j’ai eu du bon et du moins bon dans ce thriller que j’ai tout de même trouvé moins punchy que le précédent (Inavouable). J’ai mis près de 6 jours à le lire, et non à cause d’un travail harassant, je suis en congé. Zofia ne me revenait pas, je n’ai pas retrouvé le même plaisir d’enquêter et de courir à ses côtés, certains passages du roman, assez long, m’ont aussi un peu endormi.

Ces petits bémols mis à part, le reste est de très bonne facture, l’auteur ne sombrant jamais dans le manichéisme, la facilité ou le thriller pur et dur puisqu’il fait intervenir bien des sujets de société et qu’il arrive à tisser un fil rouge entre eux.

Pas un coup de coeur espéré, mais une chouette lecture tout de même.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°106] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°102].

Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 01 – L’ours et le rossignol : Katherine Arden [LC avec Bianca]

Titre : Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 01 – L’ours et le rossignol

Auteur : Katherine Arden
Édition : Denoël – Lunes d’encre (2019) / Folio SF (2020)
Édition Originale : Winternight, book 1: The Bear and the Nightingale (2017)
Traduction : Jacques Collin

Résumé :
Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante.

Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela.

En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt.

Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.

Critique :
Winter is coming… L’hiver vient.

Et en Rus’, quand l’hiver vient, c’est du costaud : on se gèle les miches, on ne mange plus à sa faim, on maigrit, la neige est haute, elle recouvre tout et le gel vous mord les chairs à tel point que vous pourriez perdre des membres.

M’attendant à lire de la fantasy, j’ai été surprise en constant que l’univers resterait dans le registre du fantastique, lui-même puisant son inspiration dans le folklore et la mythologie slave.

Pas de soucis ! J’ai adoré découvrir ce moyen-âge Rus’ (la Russie n’existait pas encore en tant que pays) et me plonger dans la vie d’une famille, 200 ans avant Ivan Le Terrible.

Dans les années 1300, la femme n’avait pas de droits, si ce n’est de se marier et de pondre des chiées de gosses, si possible des garçons vigoureux, merci bien. L’autre option, c’est le couvent… Sympa.

Vassia, elle, adore porter les habits d’un de ses frères, grimper aux arbres et parler aux esprits protecteurs de la maison, sorte d’Elfes de maison qui la protège, si on leur laisse des offrandes. Et pour que le domovoï me reprise mes chaussettes, je lui laisserai tout le pain sec qu’il désire ! Idem pour le vazila (l’esprit des chevaux).

La Russie m’a toujours fascinée, tout en m’effrayant. Ressentir son Histoire, son folklore, son climat, sa Nature, ses habitants au travers de la littérature, c’est ce qu’on a inventé de mieux pour éviter tout risque de se faire tuer par un guerrier du Khan de la Horde d’Or (empire turco-mongol gouverné par une dynastie issue de Djötchi, fils aîné de Gengis Khan), de crever de froid dans une forêt en plein hiver, de finir au couvent ou mariée avec une chiée de gosses à mes basques !

Ce roman fantastique ne brillera pas par son rythme endiablé, que du contraire. Il se passe peu de choses durant des centaines de pages, ou alors, juste des petits évènements et pourtant, jamais je n’ai ressenti de l’ennui durant ma lecture. Il est des romans guère plus épais qui m’ont semblé plus longs et qui furent lus en plus de jours (suivez mon regard sur ma chronique des enquêtes de Irene Adler et Holmes).

Découvrir le folklore et les contes Rus’ m’a passionné, les personnages m’ont emportés, surtout la jeune Vassa, jeune fille qui aimerait être libre et que tout le monde regarde de travers en la traitant de sorcière parce qu’elle veut vivre différemment des autres… Ajoutons à cela le poids de la religion et la place importante que va prendre Konstantin, le prêtre local en les faisant tourner le dos à leurs anciennes croyances.

Tous les personnages, même Anna, la belle-mère bigote, sont bien traités, ont de l’épaisseur et évitent le côté manichéen que l’on retrouve souvent d’autres romans. Oui, on aimerait baffer Anna, mais on peut aussi comprendre ses peurs, elle qui n’a pas accepté ce qu’elle était.

Anna est terriblement humaine et comme les autres, son désir le plus cher est de protéger la fille qu’elle a eu. À elle non plus, on ne lui a pas demandé son avis, lorsqu’on l’a mariée de force, elle qui voulait entrer au couvent.

Ce que j’ai apprécié aussi, dans ce roman fantastique, c’est qu’il n’y a pas de chevalier sans peur, de super homme fort. Il y aura des hommes courageux, de ceux qui donneraient leur vie pour leur famille, mais rien de surhumain. Des frères et des pères, tout simplement, qui craignent pour les leurs, même s’ils ne le disent pas.

L’ambiguïté du personnage de Morozko était un régal aussi, difficile de savoir avec certitude de quel côté de la Force il se trouvait. Le combat final n’est pas bâclé, il prend le temps de monter en puissance, les forces en opposition ont eu quelques escarmouches, Vassia résistant comme elle peut, à la mesure de ses moyens.

L’énorme avantage de cette trilogie est que le premier tome peut se suffire à lui-même. Il y a une véritable fin et nous pourrions en rester là. Ce que je ne ferai pas, car j’ai bien envie de découvrir ce qu’il va advenir de la petite Vassia et quel périple l’attend.

Un roman fantastique, touchant, rempli de folklore russe, de froids hivers où l’on se gèle les fesses, l’estomac vide et de personnages avec qui l’ont aurait envie de vivre cette aventure. Pas de naïveté et pas de mièvrerie, car elles n’avaient rien à faire dans ces contrées septentrionales où le vie était dure et rude.

Une belle découverte que j’ai faite grâce à la proposition de LC de Bianca, qui, une fois encore, est sur la même longueur d’onde que moi.

PS : le Bibliocosme en avait parlé en bien aussi.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°98].