De mort lente : Michaël Mention

Titre : De mort lente

Auteur : Michaël Mention
Édition : Stéphane Marsan (11/03/2020)

Résumé :
Ils sont partout, mais c’est un secret bien gardé. Dans votre nourriture, vos meubles, les jouets de vos enfants. Vous êtes empoisonné, mais vous ne le savez pas encore. Tant que leur degré de toxicité ne sera pas démontré, les perturbateurs endocriniens continueront de se répandre dans notre quotidien.

Il n’y a encore pas si longtemps, Marie, Nabil et leur fils étaient heureux. Philippe était un éminent scientifique. Franck était un journaliste réputé. Désormais, ils sont tous des victimes. Aucun d’eux n’est de taille à lutter contre le puissant lobby de l’industrie chimique. Tout ce qu’ils exigent, ce sont des réponses. Mais ils posent des questions de plus en plus gênantes…

C’est le début d’une guerre sans pitié, de Paris à Bruxelles, de la Bourse à la Commission européenne, où s’affrontent santé publique et intérêts privés.

Critique :
J’imagine bien un Top Chef où on demanderait aux candidats d’épicer leurs plats à grands coups de perturbateurs endocriniens, de rajouter un peu de PCB (polychlorobiphényles) pour le goût et de ne pas oublier d’assaisonner le tout avec une touche de bisphénol A…

Plus envie de saliver devant les plats ?

Et pourtant, nous bouffons ces saloperies sans même le savoir…

Des trucs qui ne nous disent rien car nommés PFC, PCB, BPA, PBDE, APE,…

Oui, vu d’ici, on dirait ma nièce de 6 mois qui babille… Il n’en est rien.

Si je devais chanter pour résumer le roman de Michaël Mention, je vous proposerais bien du Jacques Dutronc avec du ♫ On nous cache tout, on nous dit rien ♪

Mais au final, ce sera Nolwenn avec ♫ Glacée, oh, oh, glacée ♪ (on change un peu son « cassée »).

Oui, ce roman m’a glacée. Normal, on parle de perturbateurs endocriniens (des substances capables d’interférer avec notre système hormonal), ces petits tueurs que l’on ne voit pas, que Hercule Poirot ne saurait démasquer et qui nous tuent à petit feu.

Nous mourons de mort lente, mais tout va très bien madame la marquise.

Déjà que tous les mercredis, le « Conflit de Canard » (du Canard Enchaîné) me donne des sueurs froides, mais ici, ce fut pire : sueurs froides et mains moites.

Les manœuvres perfides des lobbys, véritables gangs aussi puissants qu’une mafia; la lenteur du système; les scientifiques qui mangent à tous les râteliers; la presse qui est subsidiée ou qui appartient à des grands patrons d’industries, qui n’est plus indépendante, tant elle est à la merci de l’argent des campagnes de pubs; certaines maladies qui augmentent, dans indifférence totale…

Tout comme moi, quelques personnages du roman morflaient déjà sévèrement (Nabil, Marie, Léonard, Franck, Philippe) dans le roman, mais ce qui m’a glacé plus que tout, ce furent les campagnes de bashing que durent subir certains personnages.

La pire des choses, surtout à l’heure des réseaux sociaux qui s’enflamment très vite, où tout se partage encore plus vite, tout le monde oubliant la présomption d’innocence et où l’on mise sur les émotions des gens et non sur leurs réflexions.

Propagande, tu n’as pas fini de vivre et d’enfler. C’est aussi dévastateur qu’une exécution musclée du gang des MS-13, le sang en moins. Après, on ne s’en relève jamais tout à fait.

Le roman de Michaël Mention parle d’un sujet difficile, que personne n’a envie de lire parce que la politique de l’autruche est plus simple et que de toute façon, après moi, les mouches…

Et pourtant, même avec un sujet rébarbatif au possible, l’auteur arrive à nous faire vibrer, à nous instruire, à nous faire peur, à nous faire vivre ce combat perdu d’avance entre David le citoyen lambda et Goliath, la grosse industrie qui se la joue comme un gang.

Les personnages font beaucoup, on s’y attache, on vibre avec eux, on s’insurge à leurs côtés, on vocifère, on a envie de hurler que « Putain, c’est trop injuste » et de dégommer certains méchants, qui sont réussis eux aussi, même s’ils sont toujours dans l’ombre et qui envoient leurs « hommes » faire le sale boulot.

C’est d’un réalisme saisissant, quasi un reportage journalistique, sauf que ce reportage est romancé pour faciliter son ingestion. Ne comptez pas le digérer, c’est de notre santé et de notre vie qu’il en est. Une fois de plus, l’auteur me marque au fer rouge.

L’écriture de Michaël Mention me plait toujours autant, elle est reconnaissable entre toutes, c’est sa patte : jamais barbante, toujours intéressante, brassant large, tapant sous la ceinture et tout le monde en prendra pour son grade dans notre société.

Comme quoi, on peut instruire les lecteurs sans les noyer sous les informations, les pousser à s’interroger, les entraîner dans une histoire glaçante, aux côtés de personnages qui, comme nous, vont en baver.

Des romans glaçants, j’en ai lu beaucoup. Même des plus horribles que celui-ci, de ceux qui ont terminé dans mon freezer, car trop éprouvant à lire.

La seule différence, c’est qu’ils se déroulaient loin de chez moi, soit dans des autres pays, soit dans une autre époque. Ça m’avait remué les tripes, mais je me sentais protégée par la distance ou le temps.

Ici, je ne puis me protéger, je suis dedans jusqu’au cou… Et vous aussi. Glaçant. Dérangeant. Angoissant. Du grand art.

Bon appétit, s’il nous en reste.

PS : Michaël, désolée, mais vu ce que tu as osé faire à Starsky, tu viens d’intégrer ma kill-list, aux côtés d’Olivier Norek (son utilisation du micro-onde n’est toujours pas pardonnée) et de Bernard Minier (la scène de « Glacé » dans la montagne n’est toujours pas digérée non plus). Il est des choses qui ne se font pas, même dans un roman.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lectures N°01].

Pour mourir (lentement) moins bête… Mais on mourra quand même.

  • PFC (composés perfluorés) : s’accumulent dans les êtres vivants, causant des problèmes de développement et de la reproduction ainsi que des troubles du métabolisme. Ils sont cancérigènes et agissent sur les hormones thyroïdiennes.
  • PCB (polychlorobiphényles) : ils sont toxiques, écotoxiques et reprotoxiques (y compris à faible dose en tant que perturbateurs endocriniens). Ils sont classés comme cancérogènes probables.
  • BPA (bisphénol A) : Son écotoxicité est encore en débat, mais en juin 2017, après que le Canada l’a classé comme reprotoxique, le comité des États-membres de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a classé à l’unanimité le bisphénol A parmi les substances extrêmement préoccupantes du règlement REACh, en tant que perturbateur endocrinien.
  • PBDE (polybromodiphényléthers) : ils sont une suite de 209 produits chimiques bromés différents, dont certains sont ou ont été utilisés pour ignifuger les matières plastiques et les textiles. Ils ont aussi été utilisés à haute dose dans les années 1970 et 1980 pour l’extraction pétrolière. Plusieurs de leurs propriétés physiques rendent les composés de cette famille dangereux.
  • APE (éthoxyates d’alkylphénol) : En tant que composés xénobiotiques (c’est-à-dire en tant que molécule artificielle introduite dans l’environnement) ils sont considérés comme étant des perturbateurs endocriniens.

Mala vida : Marc Fernandez

Titre :Mala vida

Auteur : Marc Fernandez
Édition : Préludes (2015) / Le Livre de Poche (08/03/2017)

Résumé :
De nos jours en Espagne. La droite dure vient de remporter les élections après douze ans de pouvoir socialiste. Une majorité absolue pour les nostalgiques de Franco, dans un pays à la mémoire courte.

Au milieu de ce renversement, une série de meurtre est perpétrée, de Madrid à Barcelone en passant par Valence.

Les victimes : un homme politique, un notaire, un médecin, un banquier et une religieuse. Rien se semble apparemment relier ces crimes.

Sur fond de crise économique, mais aussi de retour à un certain ordre moral, un journaliste radio spécialisé en affaires criminelles, Diego Martin, tente de garder la tête hors de l’eau malgré la purge médiatique.

Lorsqu’il s’intéresse au premier meurtre, il ne se doute pas que son enquête va le mener bien plus loins qu’un simple fait divers, au plus près d’un scandale national qui perdure depuis des années, celui dit des « bébés volés » de la dictature franquiste.

Quand un spécialiste du polar mêle petite et grande histoire sur fond de vendetta, le résultat détonne et secoue.

Marc Fernandez signe ici un récit sombre et haletant qui nous dévoile les secrets les plus honteux de l’ère Franco, dont les stigmates sont encore visibles aujourd’hui. Un premier roman noir qui se lit comme un règlement de comptes avec la côté le plus obscur de l’Espagne.

Critique :
Si je devais qualifier ce roman en peu de mot, je dirais qu’il est glaçant et addictif.

L’Espagne se réveille avec la gueule de bois car la Droite Dure a gagné les élections et remis la Gauche Molle dans les cordes.

L’AMP est au pouvoir et ici, ça ne signifie pas Agence et Messagerie de la Presse.

On entre dans une ère sombre car les nostalgiques de Franco sont toujours là et prêt à faire revivre les grandes heures du caudillo.

Les peuples ont toujours la mémoire courte ou alors, ils ne retiennent jamais que le « bon » côté de la chose, comme cette dame d’origine espagnole qui me dit, un jour, qu’au moins, sous Franco, personne n’aurait osé te voler ta bouteille de lait sur ton perron.

Les morts apprécieront, les disparus encore plus, quand aux torturés, ça leur fera une belle jambe de savoir qu’on n’aurait jamais osé leur piquer leur bouteille de lait. Quand je vous dis que certains ont la mémoire courte (et les idées encore plus rabotées).

Un qui n’a pas la mémoire courte, ni sa langue en poche, c’est Diego Martín, journaliste à Radio Uno qui aime piquer là où il faut, profitant de son émission pour égratigner le pouvoir en place et parler des injustices commises. Il a des cojones et préfère enquêter longuement afin d’être sûr de son info que de sauter directement dessus, comme le font les médias de nos jours.

Ceci est un roman policier noir et politique où le nom de l’assassin est connu directement. Pas besoin de chercher si c’est le colonel Moutarde ou le professeur Olive qui a assassiné l’élu de Droite, on a directement son prénom et ensuite, on fait le lien entre l’assassin et un personnage qui entre en scène.

Il nous manque juste le mobile, mais puisque les assassinés ont tout de la crapule, personne ne les pleurera. Quant au mobile, sans avoir fait des hautes études en science criminelle, on le trouvera assez vite, en déduisant sans se faire mal aux neurones.

En fait, dans ce roman, ce n’est pas vraiment l’identité de l’assassin qui nous importe mais l’autre enquête, celle sur les bébés volés et vendus à d’autres parents, des braves gens qui n’avaient rien de Rouge ou d’opposants au régime…

Choquant et révoltant de se dire que des êtres humains (??) ont trouvé cette idée brillante et que ce ne fut pas quelques bébés qui furent volés mais des milliers, la loi d’amnistie faite après le décès de Franco ayant enterré ces dossiers brûlants et rendu le sujet hautement tabou.

Et moi qui pensais qu’il n’y avait eu ce genre de pratiques horribles qu’en Argentine… Djézus, je dois encore avoir un fond de petite fille naïve, il était plus que temps de me coller deux baffes et de m’expliquer violemment que ces horreurs avaient eu lieu aussi en Espagne, sous Franco et après Franco… Froid dans le dos, je vous dis.

Un journaliste qui a des cojones, un procureur qui en a aussi et Ana, une ancienne prostituée transsexuelle devenue détective privée (qui a en a eu avant). Un trio couillu, qui marche bien ensemble, sorte de groupe d’incorruptibles, dont Ana est le personnage le plus attachant.

Le roman est captivant, difficile à lâcher, tout en étant glaçant. L’auteur nous livre une enquête bien ficelée, prenante, historique, bien documentée

Mon seul petit bémol sera pour la personne qui assassine, pas super crédible dans son rôle (personnage trop parfait), mais comme je vous l’ai dit, la résolution des crimes est accessoire, elle ne sert qu’à lancer Le sujet puisque ce sera une passerelle entre les affaires de meurtres et les enfants volés.

Le comportement du journaliste, Diego Martín, m’a surprise à la fin. Que l’identité de l’assassin lui fasse un coup, je peux comprendre, mais c’est lui qui avait lancé cette théorie, les flics étant toujours dans le noir total. Par contre, qu’il nous la joue boudeur, choqué, horrifié, là, je tique un peu, même si se faire justice sois-même est interdit et dangereux, sa réaction est anormale. Mais bon…

Un voyage glaçant sur les flots houleux des quartiers madrilènes, dans une Espagne qui a mis la barre sur Tribord dure (droite), avec les nostalgiques de Franco qui hissent les voiles pendant que ceux qui sont à voile et à vapeur serrent les fesses, dans cette galère où tout ce qui n’est pas « espagnol catho pur » est jeté par-dessus bord.

Et puisqu’un jour, un capitaine a décidé qu’il fallait amnistier tous les coupables qui ont profité de la dictature, afin de repartir sur le bon pied, il est clair que sortir une affaire aussi explosive des cales poussiéreuses de l’Histoire, ça risque d’amener des mutineries.

Un super roman policier, plus que noir que policier, glaçant. Une leçon d’Histoire afin de ne pas oublier (ou d’apprendre), le tout porté par des personnages sommes toute un peu stéréotypés (sorte de Chevaliers Blancs) mais attachants.

♫ Tu me estas dando mala vida
yo pronto me voy a escapar ♪

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°224 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 12].

Mictlán : Sébastien Rutés

Titre : Mictlán

Auteur : Sébastien Rutés
Édition : Gallimard La noire (03/01/2020)

Résumé :
À l’approche des élections, le Gouverneur – candidat à sa propre réélection – tente de maquiller l’explosion de la criminalité.

Les morgues de l’État débordent de corps anonymes que l’on escamote en les transférant dans un camion frigorifique. Le tombeau roulant est conduit, à travers le désert, par Vieux et Gros, deux hommes au passé sombre que tout oppose.

Leur consigne est claire : le camion doit rester en mouvement.

Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sans autre arrêt autorisé que pour les nécessaires pleins de carburant.

Si les deux hommes dérogent à la règle, ils le savent, ils iront rejoindre la cargaison.

Partageant la minuscule cabine, se relayant au volant, Vieux et Gros se dévoilent peu à peu l’un à l’autre dans la sécurité relative de leur dépendance mutuelle.

La route, semée d’embûches, les conduira-t-elle au légendaire Mictlán, le lieu des morts où les défunts accèdent, enfin, à l’oubli ?

Critique :
Une fois de plus, je suis tombée sur un roman noir assez barré, au rythme rapide et à l’écriture qui est comme une rafale de mitraillette et vous empêche de reprendre votre souffle.

Et c’est à prendre au sens propre du terme puisque la première phrase est aussi longue qu’un casier judiciaire d’un membre de gang/mafia et que son point final, bien des pages après, est vécu comme un soulagement.

Purée, il y a plus de points sur les « i » qu’au bout des phrases. Effectivement, ça donne un ton assez spécial à l’histoire, c’est un plongeon directement dans le récit que Gros nous donne, ajoutant à ses pensées des digressions et quelques  gimmicks, dont les fossés avec des capotes usagés en font notamment partie.

Hélas, ça passe ou ça casse. Chez moi, au bout d’un moment, ça a cassé. Hé oui, c’est comme ça la dure vie de lectrice et on se sent un peu seule parmi les avis qui sont bien plus dithyrambique que le mien. La majorité l’emportant, mon avis n’est pas à prendre en compte.

Gros et Vieux, c’est tout ce que nous saurons de leur identité. Au travers de leurs pensées qui iront dans tous les sens, nous en apprendrons un peu plus sur ce pays où on a pas envie d’aller vivre, ni d’y passer ses vacances et qui a tout d’une dictature horriblement sanglante.

Pour être noir, c’est noir. Cherchez même pas la lueur d’espoir, je ne l’ai pas vue… Peut-être une loupiote dans la cabine du camion, lorsqu’on ouvre la porte, et encore.

Je ne remettrai pas en question que le récit est percutant, que le style est spécial et qu’il va comme un gant au récit, lui donnant un côté acéré, violent, déprimant parce que tous ces morts…

Bref, ça te décape le cerveau et ensuite, tu rêves de relire « Martine fait ses courses ». Ah non, pas pour le moment, trop de files !

Un roman noir qui te laisse des traces de cambouis et de sang dans toutes les lignes de ta main et que tout le savon du supermarché du coin ne pourra pas laver. Zut, on me dit qu’il n’y a plus de savon.

Toi qui ouvre ce roman, sache que tu n’entreras pas dans le monde des licornes car dans cette histoire, les licornes, on les tue, comme les enfants, les femmes, les vieillards, ceux qui posent des questions et même ceux qui n’en posent pas.

Ce n’est pas la violence du récit qui m’a bloquée mais le style de l’écriture. Pas de problème, il n’était pas fait pour moi mais d’autres y ont trouvé leur came, comme Dealer de Ligne, pour ne pas citer ma copinaute.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°197.

Inspecteur Ishmael – Tome 1 – Là où meurent les rêves : Mukoma Wa Ngugi

Titre : Inspecteur Ishmael – Tome 1 – Là où meurent les rêves

Auteur : Mukoma Wa Ngugi
Édition : De l’aube Noire (19/04/2018)
Édition Originale : Nairobi Heat (2011)
Traducteur : Benoîte Dauvergne

Résumé :
« Qu’est-ce que ça te fait à toi, l’homme noir d’Amérique, d’être au Kenya ? »

Voilà une question qui taraude l’inspecteur Ishmael. À Madison, Wisconsin, États-Unis, c’est un problème lorsqu’un militant africain, célèbre pour son attitude héroïque lors du génocide rwandais, accepte un poste à l’université.

Alors quand une jolie blonde est retrouvée assassinée devant sa porte, on frôle l’embrasement de la ville. Ishmael, rare Afro-Américain dans le coin, est chargé de l’enquête.

Un appel va tout bouleverser : « Si vous voulez la vérité, vous devez aller à sa source. Venez au Kenya ».

C’est le début d’un voyage qui le mènera à un endroit encore meurtri par le génocide, où les flics locaux tirent d’abord et interrogent ensuite. Bien que ce soit la terre de ses ancêtres, la quête lui semblera terrifiante, car dans les bidonvilles de Nairobi, chercher la vérité peut tuer…

Critique : 
Je n’en ai pas marre des polars scandinaves, mais j’avais envie d’aller faire un tour au Kenya, histoire de varier mon panorama et d’ajouter un cachet sur mon passeport littéraire.

Si le récit commence et se termine aux États-Unis, le milieu se déroule au Kenya, même si je trouve que le chef d’Ishmael lui accorde un peu facilement le fait d’aller enquêter à Nairobi, juste sur un coup de fil anonyme.

Mais bon, le meurtre d’une jeune femme Blanche sur le perron d’un homme Noir, ça donne envie de se bouger le cul, parce que pour le contraire, tout le monde irait faire dodo.

Et puisque Ishmael et son chef sont Noirs, ils doivent encore plus prouver aux autres qu’ils sont les meilleurs tout en étant considérés comme des traîtres par leur propre communauté.

Le reproche que je ferai au roman, c’est le côté un peu bordélique sur le final, avec des révélations en veux-tu en voilà qu’à la fin, on a du mal à distinguer la bonne de la fausse. La dernière page tournée, il faut se poser un peu pour remettre le tout dans le bon ordre et séparer le bon grain de l’ivraie.

Le style d’écriture n’est pas toujours égal, on passe de belles phrases à de celles un peu moins relevées, mais dans l’ensemble, j’ai passé l’éponge car j’ai apprécié le flic, Ishmael, son voyage au Kenya et le fait de parler du génocide rwandais, car oui, il entre en jeu dans l’enquête.

L’autre côté du roman qui m’a plu aussi, c’est le côté raciste qui est bien mis en avant, mis en scène de manière réaliste dans une Amérique où le KKK refait surface avec les suprémacistes. Une femme Blanche assassinée et directement, tous les regards se tournent vers l’homme Noir qui l’a découverte devant chez lui.

Là où l’auteur a ajouté une difficulté, c’est que l’homme sur lesquels les soupçons se portent, est un survivant du génocide Rwandais et un héros car il a sauvé des vies. Tout le monde marche sur des oeufs, sauf les racistes, comme de bien entendu.

Si l’on pourrait penser que Ishmael va se sentir plus à l’aise dans son pays d’origine, c’est oublier que partout on détecte très vite celui qui n’appartient plus au pays, à la ville, au bled.

L’ironie serait amusante si elle n’était pas aussi consternante : considéré comme un Noir aux States, au Kenya, on l’appelle l’homme Blanc… Hé les gars, faudra savoir et vous mettre d’accord. Le cul entre deux chaises, c’est assez déroutant pour une personne.

Le final est assez rocambolesque, avec des morts en pagailles et une course-poursuite digne d’un film de James Bond, quand 007 dézingue tous les salopards qui en veulent à sa vie. Puisque ça passe avec l’agent de sa Majesté, pourquoi ça ne passerait pas avec un flic des Zétats-Unis ?

Pas le polar de l’année, dû au côté brouillon dans l’explication finale où trop de protagonistes entrent en ligne de compte et où chacun remet tout en question, de sorte que l’on a une soupe d’informations et qu’il faut prendre le temps de tout remettre dans le bon sens.

Ce polar vaut par contre le déplacement pour les descriptions des bidonvilles de Nairobi et la mentalité qui y règne ainsi que pour la partie consacrée au génocide rwandais car il y une part de vérité et elle est cynique.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°160 et le Mois du Polar chez Sharon (Février 2020) [Lecture N°05].

Journal d’un amour perdu : Eric-Emmanuel Schmitt

Titre : Journal d’un amour perdu

Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Édition : Albin Michel (04/09/2019)

Résumé :
« Maman est morte ce matin et c’est la première fois qu’elle me fait de la peine. »

Pendant deux ans, Éric Emmanuel Schmitt tente d’apprivoiser l’inacceptable : la Disparition de la femme qui l’a mis au monde.

Ces pages raconte son « devoir de bonheur » : une longue lutte, acharnée est difficile, contre le chagrin.

Demeurer inconsolable trahirait sa mère, dans cette femme lumineuse et tendre lui a donné le goût de la vie, la passion des arts, le sens de l’humour, le culte de la joie.

Critique :
La perte d’un être cher et adoré est toujours une phase difficile pour tout le monde.

Comment surmonter la peine, le chagrin, le doute, la colère, le déni, la peur, l’angoisse ?

Personne n’a de remède miracle, mais écrire tout cela sur un cahier pourrait-être une solution comme une autre.

C’est ce qu’à fait Eric-Emmanuel Schmitt après le décès de maman avec qui il était très proche.

Une fois de plus, je dois cette lecture à La Grande Librairie (émission du 18/09/2019). L’auteur était venu présenter son livre et j’avais été émue par ce qu’il disait, il avait su me toucher.

J’ai sauté sur l’occasion de découvrir cet auteur autrement que je ne l’avais fait, il y a des années et que, depuis, je refusais de lire alors qu’il n’était en rien responsable (je vous expliquerai plus bas le pourquoi du comment tout ça est arrivé).

Alternant les phases de dépression, de chagrin intense, on sent bien au travers des lignes que l’auteur a plongé fort bas au décès de cette mère qu’il adorait et si je m’attendais à trouver un texte de deuil et puis de remontée vers la lumière, j’ai aussi trouvé que l’auteur nous confiait plus que ça.

Ses pensées vont dans tous les sens, sur tous les sujets, passant de ses chiens à sa nièce, à ses spectacles, qu’il doit continuer, à ses amis, à sa famille, ses voyages, son chagrin, son envie de tout abandonner de la vie et ses réflexions sur bien d’autres sujets.

On pourrait penser que le récit est décousu, mais non, il suit le cheminement de la pensée, des actes d’une personne qui se retrouve plongée dans l’inévitable et qui doit y faire face en passant d’abord par les pompes funèbres et le cimetière.

Il est difficile de parler de ce livre à des gens qui ne l’ont pas lu mais j’ai trouvé que malgré tout, l’auteur restait pudique, même sur ses interrogations sur son père. Malgré le chagrin, il a su aussi offrir des bouffées d’oxygène à ses lecteurs en nous parlant de sa chienne, très majestueuse, et en nous livrant ses pensées canines.

C’est un récit bourré d’émotions, de tristesse aussi, car la mère de l’auteur était quelqu’un d’exceptionnel à ses yeux et même tout court. Une mère qui méritait son statut de mère, quand tant d’autres ne méritent même pas le nom.

C’est un roman que l’on dévore tranquillement, un sourire triste sur les lèvres, mais en se gorgeant de tous les bons mots qui parsèment cet ouvrage et lorsqu’on a terminé, même si on a ressenti une empathie profonde avec l’homme, on sait aussi qu’il a retrouvé le chemin vers le bonheur et vers l’acceptation.

Un roman profond, beau, tendre, triste, mais sans pour autant que l’on se mouche car le récit reste sobre et profond. Plus une mise à l’honneur de sa maman que d’un récit larmoyant. Malgré tout, on est ému, touché car un jour, ce sera à notre tour de dire au revoir à notre maman (là où d’autres l’ont déjà dit).

Une fois de plus, merci à l’émission de François Busnel de m’avoir fait découvrir un auteur qui m’a fait sortir de mes sentiers battus et qui m’a réconcilié avec Eric-Emmanuel Schmitt, ce pauvre auteur qui ne m’avait rien fait mais à qui j’en voulais pour de mauvaises raisons.

De même qu’un jour lointain, tout près d’ici, elle a lâché notre main parce que nous pouvions marcher, elle vient de la lâcher une seconde fois pour que nous continuions le chemin.

Pourquoi cette haine de l’auteur alors qu’il ne m’avait rien fait ? Tout simplement à cause d’un travail que ma petit soeur devait faire sur un de ses romans (Lorsque j’étais une oeuvre d’art).

Nous étions en 2007 (ou 2006), ma frangine me demande de l’aide pour cette fiche de lecture car elle ne savait pas comment la faire, par quel bout la prendre et vu sa dyslexie, il fallait ensuite corriger les fautes.

J’accepte, bien entendu. Mais, une fois de plus, ma sœur avait procrastiné et elle était charrette, comme on dit chez nous (à la limite de la dead line). Elle devait rendre le travail pour le lendemain (bordel de dieu), j’étais claquée de ma journée de travail et il fallait encore suer sur sa fiche de lecture d’un roman que je n’avais pas lu et qu’elle avait lu en diagonale. Bravo !

Laborieusement elle arrive à me donner quelques indications pour rédiger son travail (après que je lui aie sorti les vers hors du nez), je commence à pianoter mais elle m’arrête de suite car les phrases que j’utilisais n’étaient pas les siennes. Le prof allait comprendre… Fallait que j’écrive comme elle ou du moins, pas comme moi !

On y a passé quelques heures, sur ce putain de travail, j’ai sué, elle aussi, je n’en pouvais plus, mais on a réussi à finaliser un brol qu’on a relu, ne tenant plus qu’à la caféine. Il était minuit.

Déjà là, je ne voulais plus entendre prononcer le nom de l’auteur (alors qu’il était innocent) mais lorsqu’elle a eu les résultats de son travail et qu’elle m’annonça que ses points étaient mauvais et que la prof en avait retiré encore à cause des fautes d’orthographes, c’est comme si c’était moi qui avait foiré à l’école.

J’étais fatiguée et ma relecture avait été merdique, laissant des fautes horribles dans le texte. Nous étions busée mais les mauvais points, c’est moi qui me les prenais.

Bref, depuis ce jour, le nom d’Eric-Emmanuel Schmitt me donnait des sueurs froides et des grognements de bêtes enragées. Tout ça pour une putain de fiche de lecture que j’ai dû faire pour ma frangine et dont l’auteur ne pouvait rien.

Le silence entretient le traumatisme. L’individu ne dépasse le traumatisme que lorsqu’il verbalise.

Une mort brusque offre du miel à celui qui se retire, un poison à ceux qui restent.

La vraie sagesse ne revient pas à détenir des certitudes mais à apprivoiser l’incertitude.

On occupe sa jeunesse à se préparer à vivre, sa vieillesse à se souvenir d’avoir vécu. Ce faisant, on rate le présent qui seul existe en tombant dans deux pièges, celui de l’avenir qui n’existe pas, celui du passé qui n’existe plus. Que de temps perdu ! Ou plutôt : que de présent perdu !

L’Éventail de Lady Windermere : Oscar Wilde

Titre : L’Éventail de Lady Windermere

Auteur : Oscar Wilde
Édition : Flammarion GF – Bilingue (2012)
Édition Originale : Lady Windermere’s fan (1893)
Traducteur : Pascal Aquien

Résumé :
« Comme c’est étrange ! J’étais prête à la déshonorer en public dans ma propre maison. Elle accepte le déshonneur public de quelqu’un d’autre afin de me sauver. Il y a une ironie amère dans les choses, une ironie amère dans notre façon de classer les femmes en deux catégories, les vertueuses et les immorales. »

Lady Windermere, qui ignore tout de Mrs Erlynne, avouera-t-elle à son mari qu’elle a cru adultère ce que faisait son éventail chez Lord Darlington ?

Mrs Erlynne, qui s’est accusée faussement de l’y avoir oublié, livrera-t-elle ses raison ? « Parler, c’est revivre tout cela à nouveau. Les actions sont la première tragédie de la vie, les mots sont la seconde ! Les mots sont peut-être la pire. Les mots sont sans pitié. »

Chacune pourtant gardera son secret, l’une parce qu’elle est innocente, l’autre [No spolier].

La discrétion est une ascèse que Wilde oppose à l’hypocrisie cachottière qu’aurait pu symboliser l’éventail.

Critique :
Ça tire ? Non, satire… Mais pas chez les satyres, juste chez les bonnes gens de la haute société, ceux qui sont vertueux.

Enfin, pas si vertueux que ça !

Les gens de la haute ont beau avoir l’air de ne pas y toucher, leurs dames ont beau penser à la grandeur de l’Angleterre lorsque leurs maris les honore, ces maris n’ont pas de scrupules à entretenir des maîtresses ou à aller voir les petites femmes de Whitechapel.

Quant à ces dames, elles ont beau avoir autant de droit d’un gosse, elles peuvent aussi avoir chaud au cul.

Mon seul regret sera que ce roman, récit de la pièce de théâtre, soit présenté comme les textes de la pièce, c’est-à-dire avec les noms des personnages qui prennent la parole et ce qu’ils font, ce qui rend la lecture plus difficile et moins fluide.

Mais le pire sera pour l’introduction où on m’a spolié avant même que je ne commence le récit de la pièce. Merdouille, autant avoir le nom de l’assassin en commençant le petit mot d’introduction d’un roman d’Agatha Christie. Bande de moules, va.

Véritable satire, comique, vaudevilesque, cette pièce de Wilde se veut une critique sociale de la bonne société, celle qui se donne des grands airs, celle qui a l’air de laver plus blanc que blanc et qui en fait, est sale, corrompue et qui fornique à tour de bras, ou plutôt, à tour de… Vous voyez ce que je veux dire ?

Malgré tout, les femmes les plus vertueuses peuvent elles aussi se dévergonder et tenter d’aller jouer ailleurs et les femmes qui ont un scandale qui leur pend aux basques depuis des années peuvent avoir des vertus cachées.

Rien n’est figé dans ce monde et tout peut changer, en bien comme en mal. Mais la façade doit rester le plus lisse possible, la réputation intacte et ces choses guère reluisantes doivent se dérouler en cachette, en privé. La face cachée de l’iceberg n’est pas joli joli à voir.

Ainsi étaient les moeurs dans cette société puritaine qu’était l’époque victorienne.

Des quiproquos, des bons mots, des chassés-croisés, des secrets parsèment cette pièce qui se déroule, en rythme serré, sur même pas 24h.

Oui, une fois de plus, c’est court mais c’est bon ! Tirez vos propres conclusions.

Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Les enquêtes de Frère Athelstan – T05 – Le Fanal de la mort : Paul Doherty

Titre : Frère Athelstan – Tome 5 – Le Fanal de la mort

Auteur : Paul Doherty (Paul Harding)
Édition : 10/18 (
Édition Originale : By Murder’s Bright Light (1994)
Traducteurs : Nelly Markovic et Christiane Poussier

Résumé :
Pendant l’hiver 1379, l’Angleterre doit affronter une multitude de troubles. Tandis que des pirates français attaquent la côte sud et menacent Londres.

Sir John Cranston, le corpulent coroner de la ville, doit quant à lui juger des accusations en sorcellerie mais aussi tenter de déjouer les crimes d’un habile félon.

Le clerc de Cranston, le moine dominicain Athelstan, prépare, de son côté, la représentation d’un Mystère…

Entre la trahison, le scandale, la cupidité, le meurtre et une bataille navale, Athelstan et Cranston auront fort à faire.

Critique :
Nous avions Cartapus dans le film « Astérix : Mission Cléopâtre » et son célèbre « On m’voit, on m’voit plus » et bien ici, on a un cambrioleur qu’on ne voit jamais !

Pourtant, il passe et vous déleste de vos biens les plus précieux, malgré le fait que tout soit fermé chez vous. Vous avez beau être absent, votre personnel, lui, il est présent mais il n’entend rien et ne voit rien.

Un cambrioleur que l’on ne voit jamais ? Une sorte d’Arsène Lupin, sans le côté gentleman, puisqu’il tuera durant un de ses cambriolages ? L’ancêtre du bel Arsène ?

Puisque nous sommes dans les intrusions inexpliquées, nous avons aussi trois disparitions à la limite des frontières du réel et une mort suspecte, le tout assaisonné d’une forte dose de mystère, de pichet de clairet et de tourtes à la viande et aux oignons, sans compter quelques jurons, par les tétons du diable.

Oui, de temps en temps, j’apprécie d’aller enquêter aux côtés du duo improbable que forme le moine dominicain Athelstan et le coroner trapu Sir John Cranston, assoiffé perpétuel, possédant un appétit d’ogre et grande gueule, sans oublier un gros cul. Ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les autres dans le livre !

Le Londres médiéval n’est pas le Victorien mais il me plait tout autant, faut juste faire gaffe à pas se prendre le contenu d’un pot de chambre sur la gueule et éviter tous les détritus qui jonchent la chaussée. La propreté, ce n’était pas leur point fort, en ces temps-là.

Le duo marche du tonnerre car en associant un homme d’église à un homme de loi à l’opposé de son compagnon, l’auteur a réussi à rendre le tout captivant et drôle, sans pour autant virer à la grosse farce. C’est vieux comme le monde, les duo improbables que tout oppose, ça marche toujours, surtout s’ils sont attachants, comme ici.

L’enquête avance à son rythme, mais vu les 3 enquêtes à résoudre, nos deux amis ne vont pas s’embêter, même si Cranston passe plus de temps à boire, roupiller, ripailler et conter ses exploits (en les embellissant, il va sans dire) tandis que notre moine doit faire en sorte de garder l’église au milieu du village et que ses ouailles ne l’aident pas vraiment.

Ça se lit tout seul, facilement, assez rapidement, un sourire venant égayer ces turpitudes dans les tavernes glauques car Cranston est l’élément comique du duo tandis que Athelstan est bien sûr l’élément posé, celui qui joue à Sherlock Holmes.

J’ai eu beau passer tout en revue, je n’avais pas eu l’ombre d’une piste quand à la disparition inexpliquée des trois matelots, ni de qui était le coupable car l’auteur a bien su cacher son jeu et les personnages aussi.

C’était une lecture agréable, avec quelques pointes d’humour en assaisonnement, de l’aventure plein nos chausses, des moeurs de l’époque qui se sont déversées comme un pot de chambre au matin, des personnages plus que réalistes, une ville de Londres présente avec ses odeurs, un suspense maitrisé comme une bonne tourte à la viande, un pichet de vin corsé de mystère et une enquête aux petits oignons bien frits.

C’était ma seconde lecture de ce duo atypique et j’apprécie toujours autant, lorsque j’ai envie de changer de lecture, de venir me plonger dans leurs auberges pas nettes et de boire un pichet de vin en leur compagnie, avant d’arpenter les ruelles crasseuses en leur compagnie.

3,75/5

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Le brouillard tombe sur Deptford : Ann Granger [Lizzie Martin & Ben Ross – Tome 6]

Titre : Le brouillard tombe sur Deptford [Lizzie Martin 6]

Auteur : Ann Granger
Édition : 10/18 (04/05/2017)
Édition Originale : The Dead Woman of Deptford (2016)
Traducteur : Jean-Baptiste Dupin

Résumé :
Londres, époque victorienne. Par une froide nuit de novembre, le docker Harry Parker trébuche sur un cadavre dans une ruelle de Deptford. Que venait faire Mme Clifford, si chic, si bien vêtue, dans cette partie peu fréquentable de la ville ?

Chargé de l’enquête par Scotland Yard, l’inspecteur Ben Ross ne trouve aucun témoin.

De son côté, sa femme Lizzie tente d’étouffer un scandale : Edgar Wellings, un ami de la famille, souffre d’addiction au jeu.

Mais le pire reste à venir : Wellings semble être le dernier à avoir vu Mme Clifford vivante… Et que penser de son excellente raison de la tuer ?

Critique :
♫ J’étais tranquille j’étais pénard, j’me promenais dans la ruelle, quand tout à coup mon panard, a trébuché sur une morte pas belle ♪

Le docker Harry Parker a buté sur le cadavre d’une femme dans une ruelle pas très claire et en fichant le camp, il est rentré dans la bedaine d’un cogne qui passait par là.

Nouvelle enquête pour l’inspecteur Ben Ross qui est bien embêté car il impossible de mettre une identité sur cette femme.

Petit à petit, à l’aide de sa femme, il va commencer à en savoir un peu plus, mais malgré tout, l’enquête est dans une impasse, les policiers ont des tas d’indices et, telles des diseuses de bonne aventure, ils les lancent en l’air pour voir où ils retombent.

Ce qu’ils leur faudrait, ce sont des preuves et ils n’en ont pas !

— Mais nous sommes comme ces diseuses de bonne aventure orientales qu’on trouve dans les foires, monsieur. Nous lançons nos indices en l’air, comme elles leurs galets ou leurs bâtonnets d’ivoire, et nous regardons comment ils retombent. […] En revanche, ce que nous n’avons pas, Mr Ross, c’est une preuve tangible, capable de convaincre un juge. Beaucoup d’hypothèses jetées en l’air comme des bâtonnets d’ivoire… dans lesquelles nous ne lisons que ce que nous souhaitons.

Cette sixième aventure du couple Lizzie Martin / Ben Ross ne souffre pas de temps mort, il se lit avec avidité et on prend toujours plaisir à suivre Lizzie dans ses petites enquêtes sur le côté, aidant son mari du mieux qu’elle peut, au grand dam du Superintendant Dunn.

Il est un fait qu’une enquête avec au centre un prêteur sur gages, usurier, ça sent le déjà-lu dans une autre série de roman mettant aussi un couple flic/épouse en scène, et il s’agit bien entendu du duo Thomas et Charlotte Pitt.

Mais comme je dis toujours, depuis que la littérature policière existe, des enquêtes sur la mort d’un usurier, ça doit courir les rues ! Vu que les deux duos sont différents dans leur manières d’être, je ne saurais dire si plagiat il y a, inspiration, sans doute, ou alors, coïncidence.

Beaucoup de mystères dans cette nouvelle enquête, notamment à cause du fait qu’il y a un seul suspect et qu’il ne fait pas vraiment criminel sanguinaire mais plus enfant gâté qui ne pense qu’à son nombril et au fait que sa sœur sera toujours là pour lui sauver les miches.

De plus, j’avais beau me creuser les méninges, je n’en voyais pas d’autres car ces personnes là n’avaient pas de mobile valable pour tuer la prêteuse sur gages. Je ramais, et pourtant, j’aurais dû lire mieux les indices et j’aurais compris. Pour la peine, Holmes me donnera une fessée…

Ce que j’apprécie le plus, dans cette saga, ce sont les personnages principaux, tout d’abord, les secondaires qui ne sont pas laissé au hasard et les incursions dans le monde moins clinquant de la société de Londres, là où une partie des personnages secondaires prennent toute leur importance.

Dans ces pages, j’en ai croisé quelques que j’aurais baffé avec plaisir, qu’ils soient de la haute comme le jeune Wellings et tante Parry ou de basse extraction comme Britannia Scroggs qui, mise en image, me donnait l’impression d’une caqueteuse râleuse juste bonne à causer haut et fort.

Un très bon moment de lecture, une résolution que je n’ai pas vu venir, des incursions dans le monde d’en bas, le Londres des abysses (mais pas encore au fond des abysses), la haute société qui prend sont petit-déjeuner au lit, fait sa correspondance au lit et ne doit s’en extirper que vers les midi…

Toujours instructif, cette série, comme l’est aussi celle avec le couple Pitt. Une peinture de la société victorienne qui joue sur deux tableaux, entre deux monde diamétralement opposé, deux mondes qui se rejoignent plus souvent qu’on ne pourrait le penser.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Les damnées de Whitechapel : Peter Watson

Titre : Les damnées de Whitechapel

Auteur : Peter Watson
Édition: Paulo Raman (2011)

Résumé :
Londres, début de l’automne 1888. Depuis l’heureux dénouement de l’affaire du Signe des Quatre, le docteur Watson vit sur un nuage. Mary Morstan lui ayant promis sa main, il a décidé de réendosser sa blouse blanche et de ressortir sa vieille trousse médicale afin que son couple puisse vivre de ses honoraires.

Aussi envisage-t-il de quitter Baker Street pour aller s’installer dans un quartier agréable de la grande ville et y fonder une famille.

Sherlock Holmes est quant à lui en proie avec son plus terrible ennemi : le désœuvrement. Depuis quelques temps déjà, il se morfond nuit et jour, tristement allongé sur son canapé.

Les meurtres simultanés de deux prostituées à Whitechapel ainsi qu’un vol commis à Pondicherry Lodge vont subitement le tirer de sa retraite et remettre en branle les rouages de la formidable machine à penser qu’il est.

A la suite de toute une série de rebondissements inattendus, les deux hommes vont devoir quitter la grande métropole afin de s’employer à ce que la Lumière triomphe des Ténèbres.

Critique :
Lorsque je pris connaissance du livre, je m’attendais à une enquête classique de Holmes face à l’Éventreur, les cinq meurtres, l’attente entre le quatrième et le cinquième… Bref, le coup classique, quoi.

Et bien là, j’en fus pour mes frais parce que ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais. Je fus surprise et agréablement surprise, même, par la tournure de l’histoire.

L’auteur, dans le but de ne pas mélanger l’histoire et la fiction, a changé quelque peu les noms des victimes ainsi que celle d’un apparenté royal. Cela lui a permis de prendre plus de liberté avec la véracité des faits de 1888 et de ne pas décevoir les « ripperologues » en attente d’un nom.

Bref, l’enquête ne s’occupera « pas vraiment » des crimes commis dans les ruelles sordides de Whitechapel, mais partira dans un autre sens, Holmes voulant laisser les policiers résoudre eux-mêmes les crimes sordides (vous comprendrez tout en lisant).

Malgré tout, l’ombre de l’assassin ne sera jamais loin, les pistes se recoupant souvent. On a beau partir d’un côté, au final, on retombe sur les traces de l’assassin.

Entre nous, le final m’a fait accélérer la cadence de lecture, voulant à tout prix connaître la fin. L’auteur m’a donné quelques sueurs froides et… Non, je ne dis rien de plus, cela dévoilerait ce que je ne peux dévoiler.

Le style d’écriture est agréable, ressemblant aux écrits victorien, sans langage moderne. Repéré une seule coquille dans l’absence d’un tiret cadratin. Rien de bien terrible.

Le seul point négatif du livre est un paragraphe un peu longuet où l’ajout d’un point final n’aurait pas été du luxe et m’aurait permis de reprendre mon souffle.

Un autre passage qui pourrait rebuter certain est la description du cérémonial d’ouverture d’une tenue de Loge maçonnique.

Moi, cela ne me dérange pas, mais je pense que cela pourrait en faire soupirer d’autres, les fils de la veuve étant assez cérémonieux, comme vous devez le savoir.

C’est ce que j’appellerai l’exercice périlleux du juste milieu, étant donné que si l’auteur abrège, on considéra qu’il ne maîtrisait pas son sujet (maçonnique) et s’il en fait trop… ben, on le taxera d’en faire trop.

Le Holmes du livre n’est pas caricatural, du moins, pas plus que l’original dont Watson nous contait les nombreux travers dans « Le rituel de Musgrave ».

Je l’ai trouvé fidèle à lui-même, tout en sachant que, bien entendu, les auteurs mettent un peu du leur dans le personnage.

Watson n’est pas un gros balourd, c’est un homme amoureux de Mary et qui va bientôt convoler en juste noce.

La relation entre les deux amis est à cent lieues du « gay-friendly » à la mode ces dernières années, Holmes sait être taquin ou caustique envers Watson et même assez sec avec Lestrade.

Un clin d’œil à la nouvelle « Les hommes dansants » avec un message codé et de nombreuses allusions au canon disséminées par-ci par là.

Petite anecdote : Elveden Hall dont on parle dans le livre existe bel et bien et fut réellement, dans le passé, la résidence du Maharaja Duleep Singh (le nom change dans le récit).

Pour la petite histoire, la chambre n° 12 que l’auteur fait occuper à Watson, à l’hôtel La Cloche, a réellement la réputation d’être hantée (aujourd’hui encore) par le fantôme d’un… curé !

Le livre m’a fait passer un très bon week-end avec Holmes et je remercie l’auteur pour cela. Son histoire était originale, à cent lieues des autres déjà lues, fidèle à la réalité tout en gardant ses distances avec elle. le plus dur fut de fermer le livre quand je l’ai eu terminé et de quitter mon détective préféré.

Je vous le disais, je l’ai dévoré, le livre.

Son unique point merdique est qu’il est difficilement trouvable, hormis sur un grand site de vente de livres en ligne (mais pas que des livres), il me semble…

Lucky Luke – Tome 54 – Le Daily Star : Morris, Xavier Fauche & Jean Léturgie


Titre : Lucky Luke – Tome 23 – Le Daily Star

Scénaristes : Xavier Fauche & Jean Léturgie
Dessinateur : Morris

Édition : Dargaud (1984) / Lucky Comics (2000)

Résumé :
Lucky Luke fait la rencontre de Horace P. Greely. Ce jeune homme est un journaliste de talent qui a décidé de partir dans l’Ouest fonder son propre journal, le Daily Star.

Homme intègre, il n’hésite pas à dénoncer les injustices ou la malhonnêteté. Mais cela lui joue des tours et il se fait quelques ennemis dans la ville où il s’est installé. Luke décide de lui venir en aide.

Critique :
Voilà un album de Lucky Luke comme je les aime : de l’humour, des running gags qu’on a plaisir à revoir, de l’Histoire de l’Amérique et un Lucky Luke qui se fait voler la vedette par le personnage de Horace P. Greely, journaliste intègre et fondateur du journal Daily Star qui imprime plus vite que l’encre ne sèche.

Oui, Horace est une sorte de Twitter avant l’heure car il donne les infos en temps réel.

Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire et encore moins à écrire, dès lors, lorsque vous imprimez noir sur blanc que les alcools servis par le parton du saloon sont frelatés, ne vous étonnez pas que ce dernier vous expulse de la ville.

De nombreuse fois, Horace et sa Washington Impériale n°3 offerte par ses parents se sont retrouvés dans le cours d’eau à la sortie de la ville. C’est d’ailleurs là qu’il a fait la connaissance de notre cow-boy solitaire préféré et de son fidèle destrier.

Horace est un personnage drôle, attachant, émouvant dans sa quête de publier la vérité, sans langue de bois, comme tout journaliste devrait être.

Hélas, vous savez comme moi qu’on aime museler la presse en la corrompant (tout Homme a son prix) ou en menaçant les gens qui veulent creuser dans la fange pour extirper la vérité.

Ça ne va pas faire plaisir à certains dans la ville de Dead End City où le tenancier du saloon n’a pas apprécié l’article sur son whisky frelaté et l’épicier sur ses marges exagérées.

Beaucoup d’humour dans cet album, de l’humour fin, en plus, avec Lucky Luke et Horace cherchant par tout les moyens à imprimer le journal, sur tous les supports possibles et imaginables – ce qui donnera des clins d’oeil des plus amusants sur notre époque – et l’imprimant même avec du café lorsque l’encre n’arrivera pas.

« Vous manquez de café ? Faites infuser votre Daily Star ! »

Inventant des slogans publicitaires, se faisant payer en nature, inventant le premier journal parlé, gravant son nom sur les fers de son cheval, Horace n’est jamais à court d’idées pour diffuser son journal, ne se sentant plus lorsque les ventes passent de 30 à 35 exemplaires.

J’avais déjà pris un plaisir fou à lire cet album post-Goscinny (R.I.P.) qui contenait tout ce que j’apprécie dans les aventures de Lucky Luke et j’ai pris autant de plaisir à le relire et m’esclaffer devant leurs bons mots.

Rien à redire, cet album est une belle réussite et il peut trôner avec mes Lucky Luke préférés !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.