Le coma des mortels : Maxime Chattam [LC avec Bianca]

Titre : Le coma des mortels

Auteur : Maxime Chattam
Édition : Albin Michel (01/06/2016) – Presse Pocket (novembre 2017)

Résumé :
Qui est Pierre ? Et d’ailleurs, se nomme-t-il vraiment Pierre ?
Un rêveur ? Un affabulateur ? Un assassin ?

Une chose est certaine, on meurt beaucoup autour de lui.
Et rarement de mort naturelle.

Rebondissements incessants, métamorphoses, humour grinçant… un livre aussi fascinant que dérangeant, en quête d’une vérité des personnages qui se dérobe sans cesse.

Un roman noir virtuose dont l’univers singulier n’est pas sans évoquer celui d’un cinéma où David Lynch filmerait Amélie Poulain.

Critique :
Avez-vous déjà ressenti ce grand vide lorsque, dégustant un verre de vin, vous cherchiez vainement où les professionnels de l’œnologie avaient trouvé des senteurs boisées de fraises des bois, de noisettes, d’écurie ou de caramel alors que vous, du côté des sensations olfactives et gustative, vous sentiez nada ?

C’est ce que j’ai ressenti en commençant ce livre pour ma LC avec Bianca et cherchant là où les autres avaient ressenti du plaisir et un David Lynch filmant Amélie Poulain.

Soporifique, voilà pour la note boisée.

Confus, voilà pour la senteur noisette.

Abandonné, voilà pour le goût du bouchon.

Le narrateur a réussi à me pomper l’air, à me donner envie de dormir pendant qu’il me racontait le meurtre horrible de sa copine et qu’il me causait de sa vie.

J’ai finalement ressenti lors de ma lecture de ce 10 juillet 2018 après-midi ce que j’ai ressenti pour le match de foot du soir : nos Diables Rouges courant partout mais n’arrivant pas à conclure !

Ce n’est pas avec ce roman-ci que je reviendrai à Maxime Chattam et ce n’est pas avec ce roman-là qu’il faut le découvrir car nous sommes aux antipodes de l’auteur qui m’avait conquise avec sa « Trilogie du Mal », avec son « 5e règne » ou subjuguée avec son roman noir « Que ta volonté soit faite ».

Une LC sur la même longueur d’onde avec Bianca puisque de son côté, c’est un abandon aussi, mais à la page 80, ce qui fait d’elle une plus courageuse que moi qui l’ai arrêté à la page 50.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

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Sauf : Hervé Commère

Titre : Sauf

Auteur : Hervé Commère
Édition : Fleuve Editions (08/03/2018)

Résumé :
L’année de ses six ans, à l’été 1976, Mathieu a perdu ses parents dans l’incendie de leur manoir en Bretagne. Rien n’a survécu aux flammes, pas le moindre objet.

Mathieu est aujourd’hui propriétaire d’un dépôt-vente. Comme à chaque retour de congés, il passe en revue les dernières acquisitions.

La veille, ses employés ont récupéré un album photos à couverture de velours. Sur chaque page de cet album, des photos de lui enfant. Sauf que cet album ne devrait plus exister. Il ne peut pas exister. Et pourtant…

Mathieu a toujours aimé se raconter des histoires, mais à quarante ans passés, il semblerait que la sienne lui ait échappé.

De Montreuil à la pointe du Finistère, cherchant à comprendre quel message la vie veut lui adresser, il traquera les vérités, ses vérités, celles que recèle un album de famille resurgi brutalement des décombres.

Critique :
Mais il est fou, dis ! Dingue ! (comme le disait Jacquouille). Oui, il est dingue, cet auteur, moi je te le dis !

Hervé Commère m’avait déjà époustouflé avec « Ce qu’il nous faut c’est un mort » et là, il m’a décoiffé.

Pire, je pourrais même dire qu’il m’a troué le c** mais je ne voudrais pas qu’il ait des problèmes et qu’on l’accuse d’abus textuel sur la pauvre lectrice que je suis.

Oui, ce roman est un truc de ouf (pour parler djeuns), tout en étant réaliste. C’est court, c’est intense, sans que l’auteur ait bradé la qualité de son histoire, de ses personnages ou de son écriture.

Au départ, tu te poses moult questions sur le pourquoi du comment un album photo, censé avoir brûlé avec le manoir, se retrouve dans les mains de Mathieu, propriétaire d’un dépôt-vente et, accessoirement, fils de ses parents qui sont mort dans l’incendie dudit manoir. Tu m’suis ?

Il y a du mystère, qui, tel un brouillard léger, entoure cet album photo. Ensuite, le brouillard s’épaissi, tout comme le mystère et les questions affluent dans ta tête, sans que tu puisses trouver la solution de l’affaire. Je pensais l’avoir trouvé et je me suis plantée. Et royalement !

Avançant à vitesse élevée dans ta lecture, malgré la purée de pois, tu la vois se lever vers la moitié du roman et là, tu as la trouille : si l’auteur nous raconte tout, qu’est-ce qu’on va faire le reste du roman ? Se gratter les cou…des ??

Si le brouillard s’est levé en partie, l’auteur sort ensuite le canon à smog et t’enfumes un peu plus, te faisant tourner en bourrique au niveau cérébral car tu cherches le fin mot de l’histoire, mais aucun des scénarios échafaudés dans ta tête ne sera plausible.

D’ailleurs, la tête, je me la suis prise, éliminant l’impossible pour que, ce qui me reste, si improbable soit-il, devienne nécessairement la vérité. Et je me suis plantée…

Punaise, quel roman ! Je suis essoufflée par l’enquête menée par Mathieu et sa femme, Anna, aidé tout deux par les employés de Mathieu : Gary, le gitan (♫ que tu ne connais pas ♪) et la vendeuse, Mylène (pas Farmer).

Du rythme, du mystère, du suspense, de l’action, des personnages intéressants, sympathiques, avec leur part d’ombre, une enquête qui ne sera pas pépère, sorte de chasse à la vérité, une chasse au présent pour éclairer le passé et ce qui est arrivé dans ce putain de manoir, la nuit 6 au 7 août 1976.

Un truc de fou, je vous le dis ! Et comme le disait si bien Jeanne D’Arc alors que les flammes dansaient autour d’elle « Vous ne m’avez pas crue, et bien, vous m’aurez cuite ».

Faites fumer vos méninges sur ce roman de fou et, comme moi, perdez le sens du temps, oubliez ses heures (Qui tuaient parfois À coups de pourquoi ♫), oubliez de manger, de boire et lancez-vous comme un affamé sur ce roman qui vous enfumera plus que si vous étiez une noix de jambon dans un fumoir.

Son précédent roman avait placé la barre très haute au niveau émotions et profondeur.

Celui-ci ne le dépassera pas, ne l’égalera pas, mais ce n’est pas grave car les histoires ne sont pas les mêmes. En tout cas, il le talonne de près.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

 

Sombre mardi – Le jour où les vieilles dames parlent aux morts : Nicci French

Titre : Sombre mardi – Le jour où les vieilles dames parlent aux morts (Tome 2)

Auteur : Nicci French
Édition : Pocket (15/05/2014) / Fleuve Noir (2013)

Résumé :
Lorsque l’assistante sociale vient faire sa visite de routine à Michelle Doyce, une dame d’une soixantaine d’années victime de troubles de la personnalité, elle ne s’attend pas à trouver dans le salon un homme mort, nu comme un ver, une pâtisserie à la main…

Michelle est incapable d’expliquer les circonstances ni de donner le nom de la victime, plongeant la police dans le plus profond désarroi. En dernier recours, le commissaire Karlsson fait donc appel à la psychologue Frieda Klein, qui a déjà prouvé lors de leur dernière enquête à quel point son analyse est précieuse.

Frieda est persuadée que Michelle est innocente mais qu’elle détient la clé du mystère.

Critique :
Frieda Klein est une psychothérapeute complexe, travaillée, bourrée de secrets, de contradictions, de profondeur…

Un peu à l’image du roman que je viens de lire.

Ce qui implique qu’il faut du temps avant de la connaître et qu’on ne lit pas ce roman comme un banal page-turner de gare.

Contrairement à un épisode des Experts où l’enquête se déroule sur des chapeaux de roues, notre couple d’auteurs prennent leur temps durant l’enquête, nous parlant des amis, de l’ex-amour et des emmerdes de notre Frieda, et si vous avez une plainte à déposer à son encontre, prenez un ticket et faites la file.

D’ailleurs, vu de prime abord, on pourrait penser que d’enquête, il n’y en aura point, qu’elle sera vite classée, c’est d’ailleurs ce que souhaite le chef… Allez hop, circulons, y’a plus rien à voir, on tient notre coupable, elle est zinzin, dossier bouclé, au suivant.

Frieda Klein a tout du chien qui, une fois accroché à son bout de bois, ne veut plus le lâcher, ou alors, avec réticence… Tel le chien de chasse, une fois qu’elle flaire un truc louche, elle poursuit sa piste, reniflant les petites incohérences tel un Sherlock Holmes, et quand bien même le commissaire Karlsson la sifflerait, elle continuera à garder la truffe au vent, ruminant ce qu’elle pense jusqu’à ce qu’on l’écoute.

Oui, il y a un peu de Sherlock Holmes en elle : elle fait quelques petites déductions basées sur l’observation des petits détails; elle a une vie de couple compliquée; une vie sociale qui a l’air pauvre en amis, même si les rares qu’elles possèdent lui sont tout dévoués; des sombres secrets; et une personnalité complexe.

Ce qui m’a plu, dans ce roman, c’est la psychologie des personnages, leur côté humain, et donc, faillibles, tous autant qu’ils sont, commettant des impairs qui auront quelques fois des conséquences dramatiques.

Lorsqu’une psychothérapeute n’écoute pas ce qu’un de ses amis veut lui dire, boudant sur lui pour une mini faute qu’il a commise (pour moi, la faute était mini), additionné d’une policière qui ne veut pas écouter la théorie de Frieda et de flics qui ne répondent pas à une alerte, les conséquences sont souvent tragiques.

Mais comme tout le monde est humain, tout le monde a un jour envoyé un(e) ami(e) sur les roses parce qu’il avait un autre truc en tête, de la rancœur, autre chose à faire.

Alors, si vous chercher un policier qui file comme le vent, passez votre chemin, ici, tout n’est que prise de temps, mise en place des personnages, de leur vie, de leurs emmerdes, de leur amours ratés et l’enquête prendra son temps, progressant comme une véritable enquête, c’est-à-dire pas très vite et remplie de restrictions budgétaires de tout poils.

Même si j’avais compris qui était coupable, même si je l’avais vu venir de loin avec ses gros sabots (par contre, je ne savais ni le pourquoi du comment), j’ai pris plaisir à lire ce livre, malgré les petites longueurs.

Le final est à tiroirs, inattendu, bourré de suspense. Tu crois que tout est fini, mais non, ça continue ! Te donnant envie aussi d’entamer directement le troisième volet.

Un roman dont il vaut mieux commencer par le premier car dans celui-ci, notre Frieda Klein s’étoffe, prend de l’épaisseur (sans prendre de kilos) et puis, dans le deuxième, vous avez toute la résolution de sa première enquête !

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

Version officielle : James Renner

Titre : Version officielle

Auteur : James Renner
Édition : Super 8 éditions (09/02/2017)

Résumé :
Professeur d’histoire, Jack Felter revient dans sa petite ville natale de l’Ohio. Son père, pilote à la retraite atteint de démence, est en train de perdre la mémoire.

Ce retour forcé ravive de douloureux souvenirs : celui de Samantha, la fille dont il tomba amoureux et qui a fini par épouser Tony Sanders, un psychiatre et son ancien meilleur ami. Sauf que Tony a disparu depuis maintenant 3 ans, et est présumé mort.

Le seul qui semble capable de lui apprendre quelque chose est Cole Monroe, le dernier patient de Tony – un garçon de 16 ans soigné pour paranoïa. Jack est contraint de faire cause commune avec lui pour suivre la trace de son ami. Leur quête – sidérante – va les mener de Manhattan à des structures secrètes enfouies sous les montagnes des Catskills, pour s’achever sur une île secrète du Pacifique.

L’enjeu ? Aux frontières de la folie et du temps, percer le mystère du Grand Oubli, cette gigantesque conspiration chargée de dissimuler les véritables évènements de la Seconde Guerre mondiale.

Tandis que tout ce que pensait savoir Jack s’effondre, une question demeure, essentielle : est-il préférable d’oublier notre plus grande erreur, ou de se la rappeler pour ne plus jamais la commettre ?

Critique :
Jack Felter n’a rien d’un héros, rien d’un Indiana Jones, c’est juste un prof d’histoire qui revient dans sa ville natale, en Ohio, afin d’aider sa soeur à s’occuper de leur père atteint de démence et d’Alzheimer.

Je viens d’écrire ces quelques lignes et déjà j’ai des doutes en ce qui concerne ce que je viens de pianoter sur mon clavier.

Est-ce bien la réalité ou ai-je déjà été réinitialisée ??? Le calendrier me signale que nous sommes jeudi 23 mars 2017, mais depuis que j’ai dévoré ce roman, je ne me fie plus aux calendriers.

Putain, j’espère qu’on ne va pas faire un bon en arrière dans le temps car je n’ai pas envie de refaire ma journée de travail ! Merde quoi !

Si vous lisez ce roman (et je vous le conseille), laissez une fois de plus vos certitudes à la porte et laissez-vous emporter par le récit qui risque de vous laisser choir votre mâchoire à un moment donné.

Sur le moment, j’ai pensé à voix haute « Hé oh, faut pas pousser bobonne dans les orties, là, surtout quand elle n’a pas de petite culotte », j’ai même failli déposer le roman – bête que j’aurais été – quand je me suis souvenue que j’étais dans de la fiction, de la science-fiction, ou dans une sorte d’uchronie dystopique.

Bon sang, mais c’est bien sûr ! Tout était normal…

Si vous êtes amateur de grand complot mondial, ce roman est pour vous ! Si ce genre de couillonades vous faire sourire doucement, ce roman est pour vous aussi car il risque de vous divertir et de vous faire réfléchir.

Souvenez-vous de vos cours d’Histoire reçus à l’école, qui, comme vous l’avez sûrement remarqué, ont tendance à changer de version au fil des générations ou selon la personne qui s’approprie le fait historique.

D’ailleurs, lorsque je découvre toutes les faussetés historiques qu’on nous a fait gober à l’école, je me dis que l’Histoire est souvent un beau mensonge arrangé par les vainqueurs.

Ici, vu la théorie,  je dois dire que l’auteur a une sacrée paire de couilles pour reprendre des faits historiques mondiaux tels que ceux abordés dans ce roman et de les coupler avec une tragédie américaine post  année 2000.

Et vous savez le pire ? C’est que ça marche du tonnerre ! Tout se goupille l’un dans l’autre et la sauce prend sans avoir besoin d’en faire des tonnes pour vous la faire avaler.

Si j’ai ricané au départ devant ce que je pensais être un truc de fou, je n’ai plus ri ensuite et j’étais tellement absorbée par l’histoire que j’aurais bien tout lâché pour finir le roman de suite. 430 pages, tout de même, ça fait un sacré morceau.

Oui, absorbée je l’étais ! Normal, l’écriture était agréable, les personnages bien campés, diversifiés, réalistes, le mystère et le suspense montent doucement pour ne plus vous quitter ensuite et jusqu’au dernier moment vous vous accrochez à ces pages comme si votre vie en dépendait.

Ce roman qui mélange l’uchronie et la dystopie risque de vous laissera pantois devant ces théories dignes d’un conspirationniste mais qui, dans la trame du roman, restent tout à fait réalistes. Elles s’intègrent parfaitement au récit et on prend tout comme si de rien n’était.

Oui, j’ose le dire, moi qui suis une grande septique et dont les théories des conspirationnistes ou les Grands Complots Mondiaux me font toujours ricaner.

Un roman divertissant et troublant, même si dans le fond, je sais que ce n’est pas possible… Quoique… J’ai des doutes, là, subitement !

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Apnée Noire : Claire Favan

Apnée Noire - Claire Favan

Titre : Apnée Noire

Auteur : Claire Favan
Édition : Éditions du Toucan (2014) / Pocket

Résumé :
« Vêtue d’un pyjama en satin écru, la jeune femme repose dans une baignoire remplie, en position de fœtus inversé. Ses mains et ses chevilles sont étroitement liées derrière son dos et elle flotte encore avec un soupçon de grâce. »

À Columbia, sur la côte est des États-Unis, c’est la scène macabre que découvre le lieutenant Sandino. Officier intègre, c’est aussi un homme brisé depuis la disparition de sa famille.

Pour mener cette enquête, il doit collaborer avec Megan Halliwell, l’agent du FBI qui a permis l’année précédente l’arrestation de Vernon Chester, un tueur psychopathe qui vient d’être exécuté.

Très vite pourtant, il apparaît que ce dernier meurtre présente des ressemblances troublantes avec les crimes commis par Chester. Comment est-ce possible ?

Tandis que Megan n’ose imaginer le pire, une erreur judiciaire, Sandino se concentre sur certaines incohérences.

De discordes en silences la relation des deux policiers évolue, alors que chaque jour le tueur semble se rapprocher d’eux, omniprésent et insaisissable…

fbibadgeCritique : 
Pas toujours facile de proposer de nouveaux plats avec les ingrédients archi connus que sont les tueurs en série leurs cadavres semés un peu partout.

Soit le plat est insipide, manquant de sel, soit l’intrigue est déjà lue et rare sont ceux qui peuvent vous mitonner un repas somptueux et vous surprendre avec de tels ingrédients.

Claire Favan y est arrivée : de cet air de déjà-lu, elle nous change toute la recette – tout en gardant les ingrédients – et propose quelque chose de relevé niveau scénario mais nous foire l’affaire du côté des cuisiniers, pardon, je veux dire « des personnages ».

Le lieutenant Vince Sandino, de la police de Columbia et l’agent Megan Halliwell du FBI sont clichés à mort et j’ai eu du mal à m’attacher à eux deux.

Pour Vince Sandido, des circonstances horribles ont fait qu’il est devenu une loque imbibée d’alcool et j’ai soupiré devant cet éternel cliché du flic brisé par la vie qui sombre dans l’alcoolisme sans avoir le panache d’un Jack Taylor de Ken Bruen. N’est pas alcoolo avec classe et désinvolture qui veut.

Quant à la Megan, cette agent du FBI froide comme un iceberg, détachée de tout, sauf de ces nouvelles affaires qui ont l’air d’être de la main de son tueur en série – Vernon Chester, mort par injection létale à la prison. Megan est un véritable robot sans émotions qui peut devenir tout à coup plus chaude qu’un volcan sur le point d’entrer en éruption… Pas accroché du tout à elle.

Pire, je me suis demandée comment une femme aussi « bordeline » avait pu monter en grade au FBI alors qu’elle est souvent hors limite, hors logique et têtue au point de tenter de faire coller les faits avec ses théories débiles.

Et quand je dis « débile », c’est parce que c’est tellement tiré par les cheveux qu’elle même devrait s’en rendre compte, sauf si on se trouvait dans la Quatrième Dimension. Mais nous sommes dans la réalité et elle ne le sait sans doute pas, pensant que la Vérité est ailleurs.

Si le scénario tenait bien la route (hormis les sorties de route de Megan), il était prenant, intriguant et, bien que n’étant pas Sherlock Holmes, j’avais déjà entrevu la seule théorie possible puisque, ayant éliminé l’impossible, ce qui restait devait être la vérité. Mais malgré ce que j’avais deviné, il me restait encore des choses à découvrir.

Là où le bât a blessé aussi, c’est au niveau des dialogues entre nos deux représentants de l’ordre : ce n’était pas Byzance mais parfois limite dialogues de Séries B. Dommage.

Les fanfaronnades de Vince ne sonnaient pas toujours juste dans les dialogues, mais bon, vous me direz que c’est sans doute dû au fait que quand un fanfaron se met à fanfaronner, ce n’est jamais juste dans ses propos.

Petit à petit, tout en ronchonnant sur le Vince qui engloutissait plus de bières qu’un pipe-line et sur son chef qui le couvrait pire qu’une poule couvant ses poussins, j’ai commencé tout doucement à m’attacher à lui sur la fin, quand il se réveille de sa torpeur et qu’il se met vraiment à enquêter.

Pour Megan, peau de zob, je n’ai jamais apprécié son personnage même si je lui ai trouvé des circonstances atténuantes. J’ai compris sa rancœur, mais pas pardonné son obsession jusqu’au boutisme pour sa théorie à la six-quatre-deux, ayant toujours eu une aversion pour ceux et celles qui s’entêtaient alors que tout leur indiquait le contraire.

Niveau final, j’ai été gâtée ! Du suspense, de la course, une enquête prenante, un Vince réveillé, un Vince prêt à tout, un Vince digne d’un Sherlock Holmes.

Un roman avec un scénario bien inspiré, des retournements de situations, un personnage qui va s’élever tandis qu’un autre va descendre bien bas, une enquête qui va prendre de la vitesse sur la fin et une conclusion qui m’a fait sursauter (j’avais pas tout deviné) mais je ne vous dirai rien de plus.

Dommage que les personnages n’aient pas eu plus d’épaisseur et qu’on ait pas pu éviter le cliché du flic alcoolique qui a vécu un grand malheur et d’une agent du FBI aussi tranchée, aussi têtue, aussi butée…

Ma découverte de l’univers de Claire Favan ne s’est pas déroulée aussi bien que que je le pensais, mais je ne compte pas m’arrêter à cette première impression un peu mitigée.

Étoile 2,5

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016) et Le « Challenge US » chez Noctembule.

Cible mouvante : John Ross MacDonald

Titre : Cible mouvante                                                                   big_3-5

Auteur : John Ross MacDonald
Édition : Gallmeister (2012)

Résumé :
Qu’un homme d’affaires surmené ait une envie de « disparaître » pour s’aérer un peu, quoi de plus naturel ? Mais quand il s’agit d’un industriel aussi fortuné que Ralph Sampson qui « pèse » au bas mot cinq million de dollars et fréquente assidûment les milieux louches de Los Angeles, on peut s’interroger sur la réalité de ladite fugue.

Pour Lew Archer, le privé chargé de l’enquête, le problème est clair: il ne peut s’agir que d’un enlèvement savamment orchestré.

Plus inquiétant cependant : c’est dans l’entourage de Sampson qu’il faut chercher les coupables. Pour mener à bien sa mission et protéger la vie de l’otage, Archer doit aller vite.

Mais le jeu est dangereux et lui-même n’est pas certain d’en sortir vivant… Et pour cause! La rançon demandée est de cent mille dollars.

Critique : 
Lew Archer, ancien flic, est devenu un privé. Sa prochaine mission, s’il accepte : retrouver Ralph Sampson le multimillionnaire dont on ne sait s’il a fait une fugue volontaire ou si on l’a enlevé. C’est Darty mon kiki !

Conseil : on ne doit pas ouvrir un Lew Archer pour son intrigue ou son tempo d’enfer, les deux étant secondaires.

Non pas que l’enquête soit bâclée, lente, à chier ou capillotractée, loin de là, mais ici, le plus important, c’est toute la galerie de personnages qui gravite autour d’Archer (lui aussi vaut le détour).

Cette petite galerie est un joli panel de ce que la société peut nous offrir… Ils valent tous leur pesant de cacahuètes. Quand à Lew Archer, il est entêté, utilise des remarques d’une fine ironie et à une connaissance de la psychologie humaine acérée. Mais il reste humain car il lui arrive de se tromper et alors là, ça le décourage.

J’ai aimé son attitude glaciale, son culot, son arrogance, ses répliques qui font mouche et son humour un peu mi-ironique mi-pince-sans-rire. C’est un détective qui sait comment susciter n’importe quelles réactions chez ses interlocuteurs afin de les traire de leurs précieuses informations pour résoudre ses enquêtes. La fin justifie l’utilisation de moyens pas toujours honnêtes pour faire parler les gens, même en les saoulant.

Autre avantage du roman : nous sommes après la Seconde Guerre Mondiale, dans les années 40 et donc, pas de GSM, smartphone, Internet, GPS, mouchard sur les bagnoles… Rien, que dalle, on fait tout à la vieille méthode : les téléphones à cadrans et les bonnes vieilles filatures ! Le privé dans toute sa splendeur.

Niveau plume, celle de Macdonald n’a rien d’académicienne… Non, son style à lui est fleuri, imagé, métaphorique, jouissif.

L’horloge mâchait très lentement, mastiquant chaque minute soixante fois.

Il me rendait nerveux, comme on peut l’être quand on parlemente avec un bouledogue inconnu sur les terres de son maître.

Il invente même des mots tels que « troudeballo-succion » (après « entrouducuter » de Loevenbruck). Bref, on peut dire que si certains ressemblaient plus à Robert qu’a Redford, la plume a plus du Victor que du Hugo. Ou plus de Hugo que de Victor, au choix. Sans jamais sombrer dans le vulgaire, le facile et en se permettant même des petits traits philosophiques.

— Vous ne pouvez pas en vouloir à l’argent pour le mal qu’il fait aux gens. Le mal est chez les gens, et l’argent n’est que la patère à laquelle ils l’accrochent. L’argent les rend fous quand ils ont perdu toutes leurs autres valeurs.

Le tout servi avec des dialogues savoureux comme un bon hamburger bien gras dégoulinant de sauce… Certes, à une réception chez la baronne de la Tronche-En-Biais, ça fait mauvais genre, mais qu’est-ce qu’on se relèche les doigts !

— Comment vous êtes-vous retrouvé là ?
J’avais la flemme de lui expliquer.
— J’y suis entré sur un coup de tête. Et j’en suis sorti sur un coup de poing.

L’enquête part un peu dans tous les sens et après quelques moments plus longs, pour planter le décor, le reste filera tout seul pour donner un final en feu d’artifice qui m’a emporté au-delà d’un Colonel Moutarde dans la véranda avec la clef anglaise.

Bien que j’ai vu venir certaines choses, l’auteur a tout de même réussi à me surprendre.

Il ne me reste plus qu’à aller prendre un bon bol d’air pur car après avoir écumé les bars enfumés avec Lew Archer (incarné au cinéma par Paul Newman, miam) et bu plus que de nature toutes sortes d’alcool, m’être pris des coups sur la tête, des flingues sur la tempe, et bien, j’ai besoin de calme.

Pas de panique, je compte bien remonter dans la décapotable de ce cher Lew pour une nouvelle enquête !! Mais attention, toujours avec les éditions Gallmeister qui nous offrent une traduction intégrale et pas amputé comme à l’époque de la mythique Série Noire.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre et « Le Mois Américain » chez Titine.

CHALLENGE - Thrillers Polars 2015-2016CHALLENGE - La littérature fait son cinéma 2014

Des nœuds d’acier : Sandrine Collette

Noeuds d'acier - ColetteTitre : Des nœuds d’acier                            big_4

Auteur : Sandrine Collette
Édition : Le Livre de Poche (2014)

Résumé :
Théo Béranger sort de prison. Dix-neuf mois de rapports humains violents et âpres, qu’il a passés concentré sur un seul objectif : sa libération.

Son errance le mène au fin fond de la France, dans une région semi-montagneuse couverte d’une forêt noire et dense. Là, kidnappé par deux frères déments, il va replonger en enfer.

Un huis clos implacable, où la tension devient insoutenable.

Critique : 
Si, pendant mes vacances dans le Sud, notre proprio nous parle d’une super balade qui ne se trouve pas sur les cartes et qu’il se met à tracer la route sur la carte, je vous jure que je fou le camp en hurlant !

« J’ai bu mon café à petites gorgées, heureux qu’il soit trop chaud, heureux de prendre mon temps. J’ai déplié la carte sur la table en teck. Mme Mignon m’a montré un trajet insoupçonnable. Je ne voyais aucun chemin et je le lui ai dit ; elle a répondu qu’il y avait une sente, et que si je réussissais à la trouver, j’arriverais dans une sorte de crevasse qui permettait de monter jusqu’en haut du petit mont. Et là, la vue était à couper le souffle.[…] Elle a tracé le chemin au crayon, elle a dit : À peu près, hein. Elle m’a montré où laisser la BM. Elle a souri ».

Après avoir purgé sa peine de 19 mois, Théo Béranger sort de prison. Il avait cassé la gueule à son frère, le laissant avec autant de dynamisme qu’un légume passé de date. Ses 19 mois furent constitués de rapports humains violents et âpres, qu’il a passés concentré sur un seul objectif : sa libération.

« La violence, j’en ai soupé et je n’en ai pas le goût. Mais que ce soit clair : s’il faut l’utiliser, je le fais. Je n’ai pas l’âme d’une victime. Certains ressortent écrasés par la prison, d’autres endurcis ; je suis de ceux-ci. Avec une conscience aiguë des choses pour lesquelles cela vaut la peine de cogner, et celles qui ne le justifient pas ».

S’il n’avait pas décidé d’aller faire le mariole devant son légume baveur de frère, il n’aurait pas eu les infirmiers aux fesses et n’aurait pas dû ficher le camp sur les chapeaux de roues afin de ne pas retourner à la case « prison » pour la violation de son « interdit de visite ».

Son errance le mène au fin fond de la France, dans une région semi-montagneuse couverte d’une forêt noire et dense. Logeant chez des petits vieux, il se lie avec madame Mignon, qui gère le gîte…

Randonnant gaiement, nos ancien taulard va se retrouver aux prises avec deux petits vieux tellement sadiques et salauds qu’à côté d’eux, ses anciens compagnons de cellule sont des anges !

Prisonnier, obligé de les servir comme un esclave, il va perdre petit à petit son humanité pour finir quasi comme un chien. Non, comme l’ombre d’un chien…

« Peu à peu, je suis devenu transparent. Les autres êtres transparents possibles sont peu nombreux dans l’univers. Les fantômes. Les ectoplasmes. La fumée peut-être. Comme eux, j’existe à peine et je me coule dans les recoins du monde ».

Oh, il a bien essayé de résister, mais les vieux l’ont cassés, physiquement et psychologiquement. Il s’est résigné, lui qui voulait tant se révolter.

Pourtant, Theo n’est pas une femmelette, j’aurais même pensé qu’il aurait résisté beaucoup plus.

« J’ai arrêté de lutter contre ma propre déchéance. Et oublié la moindre idée de révolte ».

Huis clos prenant, violent, inhumain… tout ça au menu.

On assiste, impuissant, à la déchéance d’un homme qui, au départ, répugnait à manger sa pitance sur le sol, apprendra à happer les os au vol où même tombé dans la crasse.

Il était devenu un chien…

« Je ne suis plus qu’un reste d’humanité. Une entité qui ne pense qu’à manger, boire et dormir, éviter les coups, et à se relever le lendemain. Les vieux avaient raison. Je ne vaux pas beaucoup plus qu’un chien. Je ne suis même pas affectueux. Je suis de la race de ces bêtes galeuses qu’on attache au bout d’une chaine et que personne ne veut plus caresser ».

L’écriture est simple, mais elle fait mouche parce que l’auteur ne décrit pas des scènes de tortures abominables, mais notre imagination fait le travail lorsqu’elle suggère avant de nous balancer le tout en pleine figure.

La narration est à la première personne, renforçant le sentiment du lecteur qu’il lit le journal écrit par Théo lui-même. Le prologue en avait déjà ajouté une couche : « Non, non, ce n’est pas l’auteur qui écrit, mais c’est bel et bien Théo » me suis-je dit, complètement immergée dans le récit.

Les personnages des deux vieux sont des salauds de première, rien ne les excuse, et on s’attache à Théo. Lui qui était un peu arrogant au départ va manger son pain noir et j’ai ressenti de l’empathie pour lui.

Ambiance tendue comme une corde de violon jusqu’à la fin, suspense psychologique assez lourd qui laissera le lecteur vidé.

L’auteure est vache et j’aime ça ! Et en plus, la boucle est bouclée.

PS : j’aime bien les Rottweiler, moi… Théo aussi je pense.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2013-2014) et Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (Grand Prix de la Littérature Policière 2013).

CHALLENGE - À tous prixCHALLENGE - Thrillers polars 2013-2014 (2)