Inestimable : Zygmunt Miłoszewski

Titre : Inestimable

Auteur : Zygmunt Miłoszewski
Édition : Fleuve (14/10/2021)
Édition Originale : Kwestia ceny
Traduction : Kamil Barbarski

Résumé :
À Varsovie, le couple Zofia et Karol doit faire face à un quotidien compliqué. Zofia a été licenciée du musée national pour raisons politiques et Karol est atteint d’une maladie neurodégénérative qui efface ses souvenirs rattachés aux émotions fortes.

Lorsque Zofia est contactée par une ancienne connaissance, Bogdan Smuga, pour retrouver la collection perdue des artefacts Aïnou, apportés en Europe il y a cent ans depuis l’île de Sakhaline par un ethnologue de renom, elle ne peut refuser.

Alors que Karol est placé dans une clinique spécialisée dans les Pyrénées françaises pour traiter sa maladie, Zofia, accompagnée de Bogdan, se lance dans sa nouvelle mission qui l’amène notamment à Saint-Pétersbourg et Paris, et plus particulièrement au musée national d’Histoire naturelle.

Mais nombreux sont ceux qui, comme eux, veulent mettre la main sur l’un des artefacts d’une valeur inestimable, une sculpture représentant un ours…

En plein milieu d’une lutte acharnée entre un groupe pharmaceutique et un ensemble de scientifiques indépendants, commence alors une course contre la montre, qui risque fort de pousser Zofia et Bodgan au bout de leurs limites…

Critique :
Après avoir lu et apprécié 4 romans de Zygmunt Miłoszewski, je m’apprêtais à en ajouter un cinquième au rayon des coups de coeur et malheureusement, il n’y entrera pas.

Non pas qu’il soit mauvais, mal écrit, chiant à lire ou tout autre chose qui font que l’on n’apprécie pas une lecture.

Le problème est que je n’ai pas réussi à accrocher aux personnages, alors que j’en connaissais déjà deux : Zofia Lorentz et Karol Boznanski, découvert dans « Inavouable« .

Cela faisait 4 ans que nous avions eu notre aventure ensemble, ils ne pouvaient pas avoir changé à ce point, tout de même ? Ben si, apparemment. Karol perd la mémoire et Zofia est froide, trop froide à mon goût. Je n’ai pas ressenti le plaisir de crapahuter aux côtés de Zofia comme dans le premier roman.

Le début du roman est assez lent, pourtant, il ne manquait pas de sujets intéressants, comme ces zinzins de la cancel culture qui voient midi à toutes les portes et en profitent pour faire interdire tout et n’importe quoi, sur les peuples qui vivent différemment de nous, ainsi que d’autres sujets que je vous laisserai découvrir par vous-mêmes.

Les affres de la maladie de Karol sont aussi bien présents, l’auteur insistant bien que le fait que ces pertes de mémoires impactent plus les autres que la personne qui en souffre.

Ce thriller, moins punchy que le premier, va nous faire voyager un peu partout, nous faisant passer de la Pologne à l’île de Sakhaline, puis à Paris (où l’on ne bouffe que des croissants et où l’on boit des cafés crème), dans les Pyrénées et naviguer sur des mers avant de rallier l’Afrique. Le tout sans être obligé de faire des tests ou de remplir des PLF. Dépaysement garantit.

Comme quoi, malgré mes bémols, tout n’est pas négatif. L’auteur égratigne un peu tout le monde, la Pologne y comprise. Tout le monde en prend pour son grade, les petits travers étant mis en évidence, le tout sans que cela ne vire à l’humour gras ou bête.

Le point le plus positif du livre, c’est que l’auteur nous réserve des petits surprises et que ce roman n’est pas juste qu’un thriller lambda bourré d’adrénaline et de courses-poursuites. Non, il va plus loin…

De nombreuses thématiques se trouvent en filigrane et l’auteur mélange habillement la réalité, la fiction, la science, la philosophie, la folie de certains, les mensonges, une chasse au trésor, l’Histoire, l’art, le capitalisme, le libéralisme, les désastres écologiques… Le tout servi par des personnages secondaires dont on ne sait pas vraiment de quel côté ils penchent.

C’est ce qui fait la force de ce roman : pas de manichéisme, des personnages secondaires travaillés, avec de la présence et certains étaient même truculents (le navigateur solitaire).

Par contre, notre Zofia pourrait presque remplacer notre bon vieux James Bond tant elle va devoir accomplir des péripéties un peu folles, à la limite du surréalisme, notamment dans la flotte. De plus, le passage était long et j’ai sauté des pages, tellement cela devenait ennuyeux, sa baignade en mer.

Anybref, j’ai eu du bon et du moins bon dans ce thriller que j’ai tout de même trouvé moins punchy que le précédent (Inavouable). J’ai mis près de 6 jours à le lire, et non à cause d’un travail harassant, je suis en congé. Zofia ne me revenait pas, je n’ai pas retrouvé le même plaisir d’enquêter et de courir à ses côtés, certains passages du roman, assez long, m’ont aussi un peu endormi.

Ces petits bémols mis à part, le reste est de très bonne facture, l’auteur ne sombrant jamais dans le manichéisme, la facilité ou le thriller pur et dur puisqu’il fait intervenir bien des sujets de société et qu’il arrive à tisser un fil rouge entre eux.

Pas un coup de coeur espéré, mais une chouette lecture tout de même.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°106] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°102].

Sapiens – T02 – Les piliers de la civilisation : Yuval Noah Harari, David Vandermeulen et Daniel Casanave

Titre : Sapiens – T02 – Les piliers de la civilisation

Scénaristes : Yuval Noah Harari et David Vandermeulen
Dessinateur : Daniel Casanave

Édition : Albin Michel (13/10/2021)

Résumé :
Animal insignifiant parmi les animaux et humain parmi d’autres humains, Sapiens a acquis il y a 70 000 ans des capacités extraordinaires qui l’ont transformé en maître du monde.

Harari, Vandermeulen et Casanave racontent avec humour la naissance de l’humanité de l’apparition de Homo sapiens à la Révolution agricole.

Une bande dessinée pour repenser tout ce que nous croyions savoir sur l’histoire de l’humanité.

Critique :
Lorsque j’avais lu le premier tome, j’en étais restée sur le cul : si on m’avait expliqué la préhistoire de la sorte, j’aurais été plus assidue en classe et au moins, on ne m’aurait pas farci le crâne d’imbécilité.

Mon seul regret est de ne pas avoir fait de fiche pour le blog et Babelio, pour cause de manque de temps.

Je ferais mieux de relire le premier tome et d’éditer une chronique, car ce sont des bédés qui instruisent et qui nous font aller nous coucher moins bête.

Affichant 256 pages au compteur, ceci n’est pas un roman graphique qui se lit d’une traite, même si ce n’est pas l’envie qui manque tant il est intéressant et aborde des sujets qui concernent l’Humanité toute entière, parlant de ses erreurs, de ses comportements qui ont isolés la moitié de l’humanité (les femmes), d’autres personnes (selon leur couleur de peau ou leur caste).

Ceci est un pavé qui, loin d’être indigeste, se doit d’être lu à son aise, tranquillement, sans être dérangé. C’est du costaud et il mériterait d’être jeté à la figure de tous ceux (et celles) qui nous disent que les bédés, c’est pour les enfants, mais en aucun cas pour les adultes (bon, j’arrête là, sinon la fumée va encore me sortir par les oreilles).

Lors de ma lecture du premier tome, j’avais été un peu déstabilisée par les dessins qui sont assez spéciaux, comme le choix des couleurs et puis, sans même m’en rendre compte, je m’y suis très vite habituée et cela ne m’a plus gêné du tout.

Ce deuxième tome aborde le passage de Sapiens à l’agriculture, quittant petit à petit son mode de vie de fourrageur (chasseur-cueilleur) et de toutes les emmerdes qui en ont découlées (maladies, déformation des os, guerres, montée de la natalité, changement de régime alimentaire,…).

Pensant faire bien et ainsi assurer des stocks de nourriture pour leurs enfants et eux-mêmes, les Sapiens se sont échinés sur la terre, esclaves du blé qu’ils sont devenus sans même s’en rendre compte. L’enfer est pavé de bonnes intentions et là, ils ont construit un boulevard !

C’est bien expliqué et j’apprécie toujours les petits interventions de Captain Fiction, de la détective Lopez, des aventures de Bill & Cindy… Cela illustre bien ce que les scénaristes nous ont expliqués juste avant, mettant leur théories en scène. Cela apporte un petit vent de fraicheur, tout en nous instruisant.

Les auteurs aborderont aussi des sujets tels que l’esclavagisme, le racisme, sur le pourquoi du comment cela a commencé, à perduré, sur les excuses que se donnaient les riches planteurs du Sud…

Idem avec le système de castes en Inde et nous proposerons différentes théories qui pourraient expliquer pourquoi nos sociétés sont patriarcales alors qu’elles sont souvent matriarcales dans le règne animal.

Leurs explications sur le « ‘normal/naturel » opposé au fameux « contre-nature » est à rebalancer à la tronche de ceux qui pensent qu’il est naturel pour une femme d’utiliser son utérus et contre-nature les relations homosexuelles. Magnifique et magistral, même si ça ne fera pas changer d’avis les bas-de-plafond du cerveau (qui ne l’utilisent pas, alors que la Nature leur en a donné un !).

Je suis allée me coucher moins ignorante qu’avant, avec des tas de choses qui frémissaient dans mon petit cerveau et maintenant, le plus compliqué sera de tout retenir et là, c’est un autre soucis.

Une bédé roman graphique intelligente et scientifique, sans jamais devenir lourde et qui est accessible à nos petites têtes sans avoir besoin d’être un prix Nobel de science !

Le bureau des affaires occultes : Eric Fouassier [LC avec Bianca]

Titre : Le bureau des affaires occultes

Auteur : Eric Fouassier
Édition : Albin Michel (28/04/2021)

Résumé :
Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente.

Valentin Verne, jeune inspecteur du service des mœurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges, susceptible de déstabiliser le régime.
Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité.

Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences.

Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ?

Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ?

Qui est le chasseur, qui est le gibier ?

Critique :
S’inspirer de la science pour commettre des crimes ? L’idée n’est pas nouvelle, les criminels ayant toujours une longueur d’avance sur le reste du monde, surtout des policiers.

Paris, 1830. Valentin Verne est un inspecteur atypique : solitaire, se liant difficilement avec les autres, intelligent, cultivé, talentueux, fortuné de par son père, ayant des connaissances en pharmacie. Il est beau et pourtant, ce n’est pas un coureur de jupons. Ah oui, il semble torturé.

Oui, je conviens que le portrait de l’enquêteur n’a rien de novateur… Limite cliché, mais l’auteur arrive tout de même à le rendre sympathique. Mon bémol sera pour le fait qu’on répète un peu trop souvent qu’il a un visage d’ange, d’archange… Ok, on avait compris.

Le mystère arrive assez vite dans l’histoire et nous en aurons deux pour le prix d’un : un suicide bizarre d’un jeune homme à qui la vie sourit et de l’autre, un pédophile qui enlève des enfants et que semble traquer Valentin Verne.

Nous n’en saurons pas plus sur celui qui se fait appeler le Vicaire puisqu’il semble insaisissable, sans doute sa traque sera-t-elle pour une suite. Dommage, son ombre plane sur le récit, il semble d’une cruauté sans borne, mais l’auteur n’a pas jugé bon de nous en dire plus. Mystère !

L’enquête de Valentin Verne ne manque pas de rythme, sans pour autant virer à la course-poursuite. L’inspecteur prend son temps, remonte les pistes, étudie les indices, pose des questions et devra éviter les pièges qui lui seront tendus.

Afin d’ajouter du piment à son récit, l’auteur a incorporé un récit dans le récit, celui de Damien, jeune garçon prisonnier du Vicaire. Son récit n’est pas juste là pour faire pleurer dans les chaumières. L’explication viendra en temps voulu sur son incorporation à l’enquête de Verne.

La recherche historique est importante dans ce récit car l’Histoire est elle aussi un personnage du récit. Les petites anecdotes ou faits historiques, ancrent mieux le récit dans l’Histoire et l’incorporation de personnages réels aussi.

Dommage que les personnages soient un peu clichés, comme la belle Aglaé, la comédienne. Jeune, belle, talentueuse… Dans la réalité, il existe de telles femmes (heureusement), mais généralement, elles ont des défauts pour contrebalancer toutes ces qualités. Bizarrement, je l’ai tout de même appréciée… Cherchez pas, docteur.

Anybref, ce polar historique, bien ancré dans son époque, a tout de même réussi à me subjuguer avec ses mystères, à me trouer le cul avec un coupable, à me le re-trouer deux fois avec des révélations inattendues et à me scotcher dans le canapé. Pas si mal, tout de même.

Alors oui, il a des défauts, les personnages principaux auraient pu être moins too much, malgré tout, on s’attache au beau Valentin Verne, à son côté ténébreux et torturé, on lui passe ses grosses ficelles pour se sortir des pièges tendu par les autres.

La lecture était plaisante et ce n’est pas Bianca qui va me contredire sur ce point. Notre LC était réussie et je compte bien lire la suite des enquêtes de Valentin Verne, si elles ont lieu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°87].

Alienés : Fabrice Papillon

Titre : Alienés

Auteur : Fabrice Papillon
Édition : Plon (14/10/2021)

Résumé :
Mai 2022. À 400 kilomètres de la terre, la station spatiale internationale sombre dans la nuit artificielle. Tandis que l’équipage dort, le cadavre éventré d’un astronaute américain flotte en impesanteur dans l’un des modules de recherche.

Le même jour, à Lyon, le corps éviscéré d’un biologiste américain est retrouvé à 30 mètres de profondeur, dans un mystérieux réseau de galeries souterraines baptisé les  » arêtes de poisson « .

S’engage une double enquête, d’abord internationale avec la NASA, aux États-Unis, pour tenter d’élucider un meurtre inédit dans l’histoire : celui d’un astronaute dans l’espace.

À Lyon, Louise Vernay, commandant de la brigade criminelle, fait rapidement le rapprochement entre les deux assassinats, très semblables et synchrones, l’un dans l’espace, l’autre sous terre… Qu’est-ce qui les relie ? Pour quelle raison ces deux Américains ont-ils été visés ? Comment ont-ils pu être éliminés au même moment, à une telle distance ?

Louise fait rapidement la rencontre d’un étonnant moine jésuite, astrophysicien et directeur de l’observatoire du Vatican, de passage à Lyon et qui avait rendez-vous avec la victime. Ce personnage troublant lui laisse entendre que des signes d’une présence extraterrestre se multiplient, et qu’ils pourraient bien être à l’origine de ces deux meurtres…

Critique :
Dans l’espace infini, la station ISS et à l’intérieur, le cadavre éventré d’un des astronautes, flotte, éventré ! Éventré ? ALIEN est à bord ???

Putain, exfiltrez de suite le chat et faite péter le vaisseau avant que le monstre ne revienne encore pour plusieurs films.

Voilà un meurtre en chambre super close que Hercule Poirot n’aura jamais eu à résoudre.

Et dans ce roman qui mêle l’univers de Da Vinci Code (en moins poussé) et de James Bond (sans les gadgets et les filles en maillot), ce ne sera pas Thomas Pesquet qui mènera l’enquête.

Le point de départ est intéressant, déroutant, même, car sur Terre, un autre cadavre est retrouvé, lui aussi avec les tripes à l’air. On nage dans le mystère, dans la SF et longtemps je me suis demandée si une sorte de poulpe n’était pas sortit de leur ventre.

J’ai apprécié l’aventure menée tambour battant et qui nous entraînera ailleurs qu’en France et ailleurs que sur Terre et qui nous fera croiser la route de personnages connus, ainsi que d’entités terrestres dangereuses (ça commence par GA et se termine par FAM et ça te bouffe les données).

Que les allergiques aux sciences se rassurent, on bouffe de la science mais jamais ad nauseam, les explications faisant partie d’un tout, vulgarisées pour que nous comprenions et que la commissaire Louise Vernay capte tout aussi. Cela reste compréhensible et une fois de plus, on va se coucher moins bête.

Là où je n’ai pas accroché du tout, c’est dans le choix du personnage de Louise Vernay, véritable bulldozer sans freins, sans éducation, qui jure comme plusieurs charretiers, parle argot mieux que les Tontons Flingueurs, considère souvent les autres avec condescendance, leur répondant sur un ton moqueur et cynique (sans arriver à la cheville d’un docteur House).

Elle est totalement barje, se moque des règles, grogne comme un dogue enragé et ensuite, elle fond en larme dans un parc avec quelques souvenirs. Même si elle est inspirée d’une personne qui existe, dans le récit, elle frôle la caricature et l’arrivée d’Ethan, le bogosse, n’aidera pas à la sortie de cette caricature. Là, elle sombrera dans l’imbécilité digne d’une collégienne en chaleur.

Anybref, hormis ce point de détail important sur le personnage principal, pour le reste, je me suis amusée durant ma lecture, sans jamais savoir où l’auteur allait finir : les pieds sur terre avec du rationnel ou avec du rationnel fictionnel (SF) ?

Les deux solutions étaient valables car dans ce roman, ce n’est pas de la fiction à la M.I.B (film que j’adore) : on est dans la science et l’épisode covid a renforcé certaines choses, les ancrant dans la réalité.

Mêlant les scènes d’action digne des blockbusters, des films de SF, du Da Vinci Code (pape et jésuites), de James Bond, l’auteur fait en sorte de toujours rester à la limite de la sacro sainte ligne rouge à ne pas franchir, sous peine de perdre ses lecteurs dans le grand n’importe quoi.

Malgré tout, nous sommes dans la fiction : on se doute que jamais il n’arriverait une aventure pareille à une policière. Enfin, je l’espère !

Au moins, c’est un récit qui n’a pas des airs de déjà-lu ! Il est innovant, addictif, scientifique, oscillant sur le fil entre le réel et l’extra-terrestres, sans que jamais cela ne devienne exagéré.

C’est un récit imaginatif, brillant, bien pensé, bien écrit, intelligent, même si, pour ma part, je lui préfère « Régressions ».

Et comme toujours, derrière l’histoire un peu folle et à cent à l’heure (ou plus), il y a aussi un message que tout le monde lira, comprendra. Pas dit que les gens laisseront tomber les réseaux sociaux et tous les outils mis en place par les GAFAM et les NATU pour nous faciliter la vie et nous pomper notre temps de cerveau.

Un roman brillant qui nous fait aller au lit moins bête qu’avant.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°82].

La fuite du cerveau : Pierre-Henry Gomont

Titre : La fuite du cerveau

Scénariste : Pierre-Henry Gomont
Dessinateur : Pierre-Henry Gomont

Édition : Dargaud (18/09/2021)

Résumé :
Le 18 avril 1955, Albert Einstein passe de vie à trépas. Pour la science, c’est une perte terrible. Pour Thomas Stolz, médecin chargé de l’autopsie, c’est une chance inouïe. Il subtilise le cerveau du savant afin de l’étudier.

S’il perce ses mystères, il connaîtra la gloire… Le problème, c’est que le corps d’Einstein le suit !

Privé de cerveau, Albert continue à bouger, à marcher, à parler. La perspective de comprendre le fonctionnement de ses neurones l’excite au plus haut point. « Formidable ! On va faire ça ensemble, tous les deux « , dit-il à Stolz.

Reste à trouver un laboratoire à l’abri des regards. Ce qui n’a rien d’évident quand on a le FBI aux trousses…

Critique :
Je ne pourrai pas dire que cette bédé n’est pas originale car assurément, elle est des plus originale !

Albert Einstein vient de décéder et Stolz, le médecin légiste chargé de son autopsie, subtilise le cerveau du savant afin de l’étudier et de tenter de comprendre pourquoi Einstein était si intelligent.

Là où cela devient amusant et totalement barré, c’est quand Albert Einstein (la boîte crânienne ouverte) apparaît soudain dans sa cave !

Au départ, ma lecture a été épanouie, je kiffait le récit et m’amusait de voir ce pauvre Stolz courir partout pour essayer d’échapper à tous ceux qui étaient à sa poursuite.

Le fantôme d’Einstein, visible par tout le monde, m’a vraiment plu. Il est attendrissant, plein d’humour, d’espièglerie et le voir porter une chapka était un must. Par contre, le côté trépané du crâne, c’est moins agréable à voir.

Les dessins sont spéciaux, mais j’ai apprécié les mises en page dynamiques et la représentation des métaphores. C’était original.

Le récit est déjanté, burlesque, puisque l’auteur débride son imagination et la laisse courir là où elle veut, mélangeant des faits réels avec d’autres, totalement inventés et loufoques. Le pire, c’est que l’on marche à fond et que Einstein est plus vrai que s’il n’était pas décédé.

Par contre, à un moment donné, ce road movie commence à devenir trop long et j’ai perdu mon souffle dans les multiples rebondissements, perdu un peu le fil rouge lorsque le scénario a commencé à partir dans tous les sens, battant la campagne américaine.

Comme ils disent souvent à Top Chef : ce n’est pas équilibré ! On se retrouve avec un roman graphique rempli de saveurs et de goûts différents, mais tous ne se marient pas harmonieusement. Il y a tellement d’ingrédients dans ces pages (et de portes ouvertes scénaristiquement et qu’il faut refermer ensuite), qu’à la fin, le plat devient indigeste.

Mitigée je suis, avec ce roman graphique. D’un côté, j’ai aimé la folie du récit, son côté déjanté, le culot et l’imagination qu’il fallait à l’auteur pour mettre tout cela en page (sans oublier le boulot, côté dessins) et de l’autre, j’ai trouvé que ce récit manquait d’équilibre tant il donne l’impression de tourner en rond comme un chien après sa queue et de traîner en longueurs.

Malgré tout, cela valait la peine de le découvrir pour la richesse artistique dans les illustrations et les bonnes idées de l’auteur (qui ne marchent qu’avec une bédé). Dommage que le récit peine à trouver son rythme à un certain moment, comme si l’auteur n’avait pas trop su comment faire avancer son histoire.

Le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde (Fantômes).

Les aventures du fils de Sherlock Holmes racontées par le Dr. Watson : Dr Watson

Titre : Les aventures du fils de Sherlock Holmes racontées par le Dr. Watson

Auteur : Dr Watson
Édition : PRNG (2019) / De Varly (01/03/2020)
Édition Originale : The Adventures of the Son of Sherlock Holmes (1910)
Traduction :

Résumé :
Quel est le lecteur qui ne se souvienne d’avoir suivi avec un intérêt parfois passionné le récit des aventures du célèbre Sherlock Holmes ? Mais voici plus de dix ans que le génial policier a cessé d’étonner les deux mondes par ses exploits prodigieux.

Hâtons-nous de les rassurer : Sherlock Holmes n’est pas mort. Il a eu la bonne fortune d’entrer en possession d’un héritage qui en fit, presque du jour au lendemain, un des plus riches propriétaires du Royaume-Uni.

Depuis lors, son existence se passa dans son manoir, au milieu de ses vastes domaines dans le Comté de Devon, où il goûte un repos bien gagné, après tant d’années d’une existence aventureuse, où sa vie fut si souvent à la merci du moindre incident.

Il y mène l’existence du gentilhomme, partagé entre la gestion de son bien et l’éducation de ses enfants.

Son fils aîné, qui porte le nom de Sherlock, comme son père, vient d’atteindre sa vingt-sixième année . il est sorti depuis trois ans du Collège of Physicians und Surgeons avec le grade de docteur en médecine.

Très répandu dans la société élégante de New-York, où le grand renom de son père et sa fortune, et les manières affables du jeune homme lui ont valu le meilleur accueil, il va y trouver matière à d’intéressantes études et les aventures ne vont pas lui manquer.

Ce sont quelques-unes de ces aventures, racontées par le docteur Watson — qui se fait l’historiographe du fils après avoir été celui du père — que le lecteur va lire.

Il pourra se convaincre que, si Sherlock Holmes a disparu de la scène, son génie, comme son nom, va revivre dans son fils, en qui s’annoncent déjà toutes les qualités qui font les grands détectives…

Critique :
Ce roman de 200 pages comporte trois nouvelles. C’est le format qui convient le mieux aux enquêtes de Sherlock Holmes qui sont plus rapides que celle d’Hercule Poirot.

Ici, le Sherlock qui enquête est le fils du célèbre détective du 221b Baker Street.

S’il possède l’intelligence de son père, il lui manque malheureusement son charisme et sa prestance. Là, j’ai souvent eu l’impression d’être face à un gamin riche et gâté qui aurait peut-être eu besoin d’une bonne fessée de temps en temps.

Quant à ce pauvre Watson, il n’a pas le plus beau rôle car il fait figure de l’homme qui doute de tout, même de l’innocence du fils de son meilleur ami.

Sans compter que dans la première affaire, il n’a pas été très futé, notre brave docteur Watson ! J’avais compris le truc bien avant lui, il était tellement flagrant qu’il m’avait sauté à la gueule et mordu le nez.

Avant d’aller plus loin, je tiens tout de même à m’insurger contre l’édition lue qui était bourrée de coquilles en tout genre : faute de frappe, oubli de lettre, erreur d’espacements au niveau de la ponctuation (oubli d’un espace après la virgule, oubli de l’espace après le point, oubli de l’espace avant le point d’exclamation – et souvent dans les dialogues, un espace entre le mot et la virgule,…) ou présence de point final au milieu d’une phrase et j’ai même eu un S majuscule fait avec le sigle $ (dollar) et ce n’était pas un jeu de mot. Sur un clavier AZERTY, ils ne sont pas l’un près de l’autre, pourtant.

À une moyenne de 2 à 3 coquilles par pages, multiplié par 200 pages, ça en fait beaucoup. Alors oui, nous faisons tous des fautes d’inattention dans nos chroniques, j’en retrouve toujours dans les miennes, même après relecture, j’en loupe des tonnes aussi, mais le prix de cet ouvrage étant de 17€, je l’ai trouvée saumâtre !

Passons au point plus agréable maintenant que l’abcès est percé : les trois nouvelles sont bien conçues point de vue enquête et résolution. On ne cassera pas la baraque, mais elles étaient bien fichues.

Rien d’exceptionnel, des enquêtes de bonne facture, correctes, sans jamais posséder des résolutions qui déchirent puisque j’ai vu venir bien des trucs et astuces, contrairement à Watson. Hors ce dernier ne doit jamais être plus bête que le lecteur, mais à son niveau !

Se déroulant en Amérique, à New-York pour être plus précise, ces nouvelles manquaient des épices anglais traditionnels, ceux dans lesquels ont baigné Holmes et Watson, formant un duo complémentaire et équilibré.

Le fiston, bien que très intelligent et fougueux, n’atteint jamais le charisme de son père (dont on ne saura rien, même pas le nom de son épouse), semble être une pâle copie. Son immigration aux États-Unis n’apporte rien, à mon sens, aux récits des enquêtes qui auraient eu plus d’ancrage, de poids, de sel, si elles avaient été en Angleterre.

Pas tout à fait une réussite, pas tout à fait un échec, c’est le cul entre deux chaises que j’ai terminé ce recueil de nouvelles qui dataient de l’an 1910…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°313].

L’île du docteur Moreau (BD) : Dobbs, Fabrizio Fiorentino et H. G. Wells

Titre : L’île du docteur Moreau (BD)

Scénaristes : Dobbs et H. G. Wells
Dessinateur : Fabrizio Fiorentino

Édition : Glénat (2017)

Résumé :
Unique survivant d’un naufrage, Edward Prendick est secouru par Montgomery, l’assistant d’un certain Docteur Moreau.

Depuis une dizaine d’années, sur leur île isolée du monde, les deux scientifiques se livrent à de terribles expériences, greffant et modifiant génétiquement des animaux pour les rendre doués de conscience et de parole.

Sur place, les « Hommes-bêtes » obéissent à un ensemble de règles bien précises, la Loi, leur interdisant tout comportement primitif, et vénèrent Moreau tel un dieu. Mais Prendick découvrira bien vite que les pulsions animales de ces créatures sont loin d’être oubliées…

Interrogeant les questions de l’identité et de la dignité animale, le troublant et visionnaire L’Île du Docteur Moreau n’a rien perdu de sa pertinence. Retrouvez ce classique de la science-fiction aujourd’hui en BD !

Critique :
Chaque année, le Mois Anglais me permet de découvrir des classiques et Wells en fait partie intégrante.

Ne connaissant la réputation de la terrible île du docteur Moreau que par ouï-dire, j’ai posé le pied sur cette plage qui n’avait rien d’ensoleillé, coquillages et crustacés…

La première chose qui frappe dans cette adaptation, c’est la qualité des dessins, des couleurs. Là, on est dans le haut du panier. Ils sont réalistes et précis.

L’histoire est connue de tout le monde, sans doute mal ou pas dans les détails. Sachez juste que Prendick, un beau blond, est l’unique survivant d’un naufrage. Il est recueilli par Montgomery et à cause du capitaine du navire qui le foutra à l’eau, Montgomery sera contraint de le faire venir sur l’ile de ce fameux docteur Moreau.

On ne le répètera jamais assez : science sans conscience n’est que rune de l’âme ! La créature du docteur Frankenstein en était déjà un bel exemple, mais ici, on a franchit un autre palier et voulant jouer à Dieu et les créatures hybrides du docteur pourraient se retourner contre lui.

Ce qui choque dans cet album, ce sont les expérimentations du docteur et ses créatures, dont on ne sait trop si elles sont plus bêtes que humaines ou le contraire.

L’animalité reste en elles, comme elle se trouve cachée en nous, quelque part, surgissant souvent dans les moments les plus extrêmes de nos existences (guerres, agressions ou achat de PQ avant un confinement).

Si l’histoire ne dira pas comment ces expériences ont pu avoir lieu, on a tout de même un aperçu de la salle d’opération de ce docteur fou et ça ne donne pas envie d’aller y faire un tour.

Prendick n’est pas un personnage lisse, s’il critique les autres de ne pas traiter les hommes/bêtes correctement, il n’hésitera pas, plus tard, à leur tirer dessus, la peur prenant le dessus sur son humanité.

Une belle adaptation qui me donne envie de plonger dans le roman original (que je possède, en plus) afin de voir ce qui a été passé à la trappe pour faire tenir le tout en 56 pages. En tout cas, les ambiances horribles sont bien présentes dans la bédé et elles donnent des frissons durant la lecture.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°311], Le Challenge A Year in England pour les 10 ans du Mois anglais [Lecture N°64], Le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B – 56 pages), Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°00] et Le Mois anglais (Juin 2021 – Season 10) chez Lou, Cryssilda et Titine.

Tu mourras moins bête – Tome 1 – La science, c’est pas du cinéma ! : Marion Montaigne

Titre : Tu mourras moins bête – Tome 1 – La science, c’est pas du cinéma !

Scénariste : Marion Montaigne
Dessinateur : Marion Montaigne

Édition : Ankama (2011)

Résumé :
Si vous avez toujours rêvé de manier le sabre laser ou de rétrécir vos gosses, réveillez-vous : le cinéma, c’est pipeau et compagnie !

Si vous aussi vous ne voulez pas mourir bête, découvrez le blog de vulgarisation scientifique en BD de Marion Montaigne : la célèbre Professeure Moustache y épluche les aberrations scientifiques qui peuplent vos films et séries préférées.

La science, ce n’est peut-être pas du cinéma, mais avec la Prof Moustache, c’est terriblement drôle !

Critique :
N’ayant pas encore eu l’opportunité de lire le premier tome de vulgarisation scientifique de Marion Montaigne, je l’ai commandé à la librairie et j’ai pris le temps de le déguster pour faire durer le plaisir le plus longtemps possible.

Mais c’est comme des bonbons, on se dit que c’est le dernier, puis on en ajoute un autre, puis un autre et au final, alors qu’on s’était promis de lire une historiette chaque soir, on dévore les 3/4 de l’album d’un coup avant d’arriver à le poser.

Le Professeur Monstache s’attaque aux conneries que le cinéma peut nous offrir et je ne parle pas des scénarios sur la moitié d’un ticket de métro, mais des choses toutes simples comme les armes à feu : blessures par balles, manière dont les héros du cinéma utilise les armes à feu et les incohérences innombrables (moins évidentes à repérer que le fait qu’ils tirent à tire-larigot sans jamais recharger).

Le cinéma de SF y passera aussi, ainsi que les séries, avec nos chers Experts et autres séries télés qui ne s’embarrassent pas du réalisme.

Marion Montaigne répond à bien des questions, toujours avec humour, toujours en vulgarisant la science et même une brêle dans le domaine sera capable de comprendre que les sabres lasers dans Star Wars, c’est matériellement impossible !

Les dessins sont dans un style épuré, par trop de décors, les visages ne sont pas les mieux faits, mais avec l’auteure, ça passe tout seul car ils sont drôles, amusants et j’adore ce côté minimaliste de l’album.

À ne pas lire si vous n’avez pas envie de vous gâcher vos soirées télés en repérant tout ce qui est impossible, dorénavant… Moi, c’est une de mes petites marottes devant la télé et je m’extasie toujours avec ironie devant ces femmes qui se réveillent coiffées et maquillées ou ces gens qui dorment avec les rideaux et tentures grands ouverts !

Ben maintenant, je pourrai étaler ma science au lieu de repérer des petits détails insignifiants et pourrir les soirées télés de tout le monde ! Mhouhahahaha !

Ah merde, avec la covid, le confinement, le déconfinement, bref, avec ce brol de merde, je ne pourrai pourrir les soirées télé que de mon homme… Là, c’est moins drôle…

Dans la combi de Thomas Pesquet : Marion Montaigne

Titre : Dans la combi de Thomas Pesquet

Scénariste : Marion Montaigne
Dessinateur : Marion Montaigne

Édition : Dargaud(24/11/2017)

Résumé :
Le 2 juin 2017, le Français Thomas Pesquet, 38 ans, astronaute, rentrait sur Terre après avoir passé 6 mois dans la Station spatiale internationale.

La réalisation d’un rêve d’enfant pour ce type hors-norme qui après avoir été sélectionné parmi 8413 candidats, suivit une formation intense pendant 7 ans, entre Cologne, Moscou, Houston et Baïkonour.

Dans cette bande dessinée de reportage, Marion Montaigne raconte avec humour, sa marque de fabrique, le parcours de ce héros depuis sa sélection, puis sa formation jusqu’à sa mission dans l’ISS et son retour sur Terre.

Critique :
Ou, de novembre 2016 à juin 2017, j’étais cachée dans une grotte au Boukistan oriental soit je souffre précocement d’Alzheimer car je n’ai aucun souvenir d’un français ayant été dans la station orbitale ISS durant 6 mois !

Pourtant, le battage médiatique devait être là pour me le faire savoir, mais non, rien de rien, zéro souvenir.

Pas de panique, avec la bédé de Marion Montaigne, j’allais tout savoir sur ce grand voyage, sa préparation, bref, elle allait me raconter, avec humour, la vie de l’astronaute Thomas Pesquet avant, pendant et après son départ sur la station spatiale internationale.

Lorsque les scientifiques causent à la télé (ou dans des journaux), j’ai souvent l’impression qu’ils parlent une autre langue que la mienne car je n’y comprend pas grand-chose ! Avec Marion Montaigne, je comprend tout puisqu’elle vulgarise la science et je comprend tout !

C’est bourré d’humour, de trucs croustillants, de choses scatologiques (mais faut bien que l’on sache comment on fait ses besoins dans une station orbitale), mais c’est surtout hyper bien mis en page et bougrement intelligent !

Oui, on peut s’instruire en rigolant, ça rentre même mieux là où ça doit rentrer, c’est-à-dire dans la tête (et ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit mais que vous avez pensé, bougre de petits obsédés !).

Vulgarisation ne veut pas dire que l’on va niveler par le bas ou nous prendre pour des crétins congénitaux. Non, cela veut juste dire qu’on va mettre toutes ces infos rébarbatives et lourdes à digérer à notre niveau, nous qui ne sommes pas astronautes, même si nous avons tous et toutes été de nombreuses fois dans la lune.

Ça se lit tout seul, ça se dévore, les dessins sont bourrés de petits détails qui font rire (on retrouve madame Pichon, bien connue), les dialogues ne sont pas neuneus, sont composés de running gags (Ah, Youri !) et de petites anecdotes très instructives qui peuvent être ressortie à l’occasion d’un repas en famille (ok, pour le moment, c’est un peu loupé avec le covid).

J’ai fait durer mon plaisir sur plusieurs jours afin d’en profiter un maximum et c’est avec un sourire immense que j’ai refermé cette bédé où, une fois de plus, le talent de conteuse de Marion Montaigne ne s’est pas démenti.

 

Apocalypse cognitive : Gérald Bronner

Titre : Apocalypse cognitive

Auteur : Gérald Bronner
Édition : Presses Universitaires de France (06/01/2021)

Résumé :
La situation est inédite. Jamais, dans l’histoire de l’humanité, nous n’avons disposé d’autant d’informations et jamais nous n’avons eu autant de temps libre pour y puiser loisir et connaissance du monde. Nos prédécesseurs en avaient rêvé : la science et la technologie libéreraient l’humanité.

Mais ce rêve risque désormais de tourner au cauchemar. Le déferlement d’informations a entraîné une concurrence généralisée de toutes les idées, une dérégulation du « marché cognitif » qui a une fâcheuse conséquence : capter, souvent pour le pire, le précieux trésor de notre attention.

Nos esprits subissent l’envoûtement des écrans et s’abandonnent aux mille visages de la déraison. Victime d’un pillage en règle, notre esprit est au coeur d’un enjeu dont dépend notre avenir.

Ce contexte inquiétant dévoile certaines des aspirations profondes de l’humanité. L’heure de la confrontation avec notre propre nature aurait-elle sonnée ?

De la façon dont nous réagirons dépendront les possibilités d’échapper à ce qu’il faut bien appeler une menace civilisationnelle.

Critique :
Voilà une lecture qui rempli bien le cerveau et qui le rempli intelligemment.

J’avais du temps de cerveau disponible et je ne l’ai pas donné à une boisson gazeuse où à une chaîne de télé qui est souvent en tête des audiences.

Oui, cet essai est copieux mais sans jamais devenir indigeste. Malgré tout, je l’ai lu sans me presser afin de tout bien digérer (et en allant vérifier des mots au dico).

L’Homme n’a jamais eu autant de temps de cerveau disponible. Mais qu’en fait-il ? Le rempli-t-il de manière intelligente ou pas ?

Le consacre-t-on aux sacro saints écrans (et réseaux sociaux) ou à autre chose qui va nous élever ? Je vous le donne en mille, on se consacre tellement aux écrans que notre temps de sommeil a diminué.

Rassurez-vous, ceux ou celles qui ont le nez sur leurs écrans non stop ne sont pas responsables à 100%, les entreprises qui ont fait de nous leur produit savent ce qu’il faut faire pour monopoliser notre attention.

Grâce à nous, ils gagnent un pognon de dingue (mais moins que le groupe Carrefour, tout de même), pompent nos données, que nous leur avons données sans sourciller alors que nous nous hurlions si le Gouvernement nous en demande le quart de la moitié du tiers. Hors nos Gouvernements ne sont pas des entreprises…

Il serait difficile de résumer cet essai, j’aurais l’impression d’oublier des tas de trucs importants. Déjà rien qu’en écoutant son auteur en parler à La Grande Librairie, mon cerveau avait déjà doublé de volume et j’avais été me coucher moins bête. La lecture me l’a rempli encore plus et je me dois de digérer tout ça à mon aise.

J’ai beau apprécier les lectures instructives et les études du comportement humain (qui n’hésite pas à se contredire), mais je ne voudrais pas lire ce genre d’essai tous les jours car je pense que mes cellules grises surchaufferaient devant tant de données instructives. En fait, c’est épuisant, mentalement parlant, j’ose le dire.

Un essai qui associe la sociologie à la neurobiologie, qui parle des contradictions humaines (on veut des programmes instructifs mais on regarde TF1), de ce que nous faisons de notre temps de cerveau disponible et qui est sans concession car nous ne sortirons pas grandi de cette étude au scalpel.

Un essai copieux, un menu 5 étoiles, avec entrée plat et dessert, une lecture hautement nourrissante pour mon petit cerveau et qui me donnera matière à réfléchir car j’ai envie d’en parler autour de moi et d’expliquer aux gens pourquoi malgré notre désir de regarder ARTE, nous allons sur TF1…

PS : Étymologiquement parlant, le mot « apocalypse » n’a rien à voir avec la signification qu’on lui donne de nos jours…

Il faut lire ce livre pour le savoir ou alors, demander à Wiki…