La bombe : Alcante, Laurent-Frédéric Bollée et Denis Rodier

Titre : La bombe

Scénaristes : Alcante & Laurent-Frédéric Bollée
Dessinateur : Denis Rodier

Édition : Glénat 1000 feuilles (04/03/2020) – 459 pages

Résumé :
L’incroyable histoire vraie de l’arme la plus effroyable jamais créée.

Le 6 août 1945, une bombe atomique ravage Hiroshima. Des dizaines de milliers de personnes sont instantanément pulvérisées. Et le monde entier découvre, horrifié, l’existence de la bombe atomique, première arme de destruction massive. Mais dans quel contexte, comment et par qui cet instrument de mort a-t-il pu être développé ?

Véritable saga de 450 pages, ce roman graphique raconte les coulisses et les personnages-clés de cet événement historique qui, en 2020, commémore son 75e anniversaire. Des mines d’uranium du Katanga jusqu’au Japon, en passant par l’Allemagne, la Norvège, l’URSS et le Nouveau-Mexique, c’est une succession de faits incroyables mais vrais qui se sont ainsi déroulés.

Tous ceux-ci sont ici racontés à hauteur d’hommes : qu’ils soient décideurs politiques (Roosevelt, Truman), scientifiques passés à la postérité (Einstein, Oppenheimer, Fermi…) ou acteurs majeurs demeurés méconnus, tels Leó Szilàrd (le personnage principal de cet album, un scientifique qui remua ciel et terre pour que les USA développent la bombe, puis fit l’impossible pour qu’ils ne l’utilisent jamais), Ebb Cade (un ouvrier afro-américain auquel on injecta à son insu du plutonium pour en étudier l’effet sur la santé) ou Leslie Groves (le général qui dirigea d’une main de fer le Projet Manhattan) – sans oublier, bien sûr, les habitants et la ville d’Hiroshima, reconstituée dans La Bombe de manière authentique.

Extrêmement documenté mais avant tout passionnant, comparable en cela à la série TV Chernobyl, cet ouvrage s’impose déjà comme le livre de référence sur l’histoire de la bombe atomique.

Critique :
J’ai beau savoir comment cela s’est terminé, j’avais envie d’apprendre comment tout cela avait commencé : La bombe atomique.

Celle qui laisse peu de survivant lorsqu’elle explose et qui en fait encore d’autres longtemps après. Les Japonais vous le dirons.

La bombe atomique, nous en avons souvent entendu parler, un chtarbé a même menacé de nous en lancer une sur le coin de la gueule…

Mais que sait-on exactement de son histoire, de la genèse de sa fabrication, des scientifiques qui ont travaillés dessus ?

Peu de choses, mais grâce à cette bédé de 450 pages, très documentée, remplie de détails et très précise, vous serez incollable sur le sujet (à condition de tout retenir, bien entendu).

Les dessins sont en noir et blancs, d’un réalisme saisissant et vont s’attacher à suivre quantité de personnages réels. Les seuls personnages qui ont été inventés, ce sont les quelques Japonais afin de symboliser le peuple qui a eu la désagréable malchance d’en recevoir deux et d’en tester les ravages.

Comme des Américains eurent la malchance de servir de cobaye, à leur insu, pour des injections de plutonium…

On a beau être dans un récit qui laisse la place à la science, il ne faut pas croire que vous aller avoir l’impression de vous retrouver sur les bancs d’un université à écouter un cours de physique. Les auteurs ont réussi à rendre leur récit compréhensible, même pour le cancre de la classe et il n’y a pas que la conception de la bombe, dans ce récit.

C’est prenant, une fois commencé, on a envie de tout dévorer d’un coup, mais je me suis accordée des pauses dans la lecture, vu le poids de la bédé et vu le sujet traité.

Les auteurs ne se sont pas contentés d’illustrer un seul point de vue, mais plusieurs, allant des scientifiques aux militaires, au président des États-Unis, de Staline, des Allemands, des Japonais, des pilotes d’avion…

Ce donne du corps au récit et une vision plus globale, notamment avec des scientifiques qui ont compris le danger d’utiliser la bombe, là où les militaires et les politiques croyaient dur comme fer que posséder une telle arme mettrai fin à tous les conflits.

Il est facile de dire, en 2022, qu’ils se sont fourrés le doigt dans l’œil, et ce, jusqu’au coude (pour rester polie), parce que l’utilisation de la bombe n’a pas fait cesser toutes les guerres. Maintenant, d’autres pays la possèdent et le premier qui l’utilisera, anéantira totalement les autres…

Le point d’orgue est bien entendu le largage de Little Boy sur Hiroshima (avant Fat Man sur Nagasaki)… Ces quelques pages seront les plus émouvantes du récit. Les pires, aussi. Sans entrer dans le voyeurisme, le dessinateur, en quelques cases, est parvenu à rendre tout l’horreur de la chose. J’ai beau connaître l’Histoire, revoir cet épisode, même en dessins, ça m’a foutu les chocottes et noué les tripes.

Anybref, au lieu de lire ma chronique qui n’arrivera pas à rendre justice à cette bédé, ni à dire tout le bien qu’elle a pensé de cette lecture, filez l’acheter chez votre dealer de bédés ou la louer à biblio/médiathèque, et découvrez-là, elle en vaut plus que la peine.

Ne fut-ce que pour savoir… que pour comprendre… que pour se dire que rien ne valait qu’on utilise cette horreur ! Et si en 1945, elle était déjà terrible, cette bombe, imaginez la puissance de celles de notre époque…

Une bédé qui pèse son poids, au sens propre comme au figuré. Une bédé extrêmement bien documentée, où le narrateur sera parfois l’uranium, lui même. Une bédé où tout est vrai, hélas, ce qui la rend d’autant plus glaçante.

À gauche: à Hiroshima, une montre au milieu des décombres est arrêtée sur 8h15 du matin, le moment de la détonation atomique. À droite: à Hiroshima, l’ombre d’une silhouette humaine a laissé sa trace sur les marches d’une banque, gravée dessus par la chaleur extrême de l’explosion (Getty Images)

 

Atmom[ka] – Franck Sharko et Lucie Hennebelle 03 : Franck Thilliez

Titre : Atmom[ka] – Franck Sharko et Lucie Hennebelle 03

Auteur : Franck Thilliez
Édition : Pocket Thriller (2017) – 604 pages

Résumé :
Lucie Henebelle et Franck Sharko, policiers dans la fameuse section criminelle du 36, Quai des Orfèvres, tentent de se remettre d’un drame qui a failli les séparer. Ils essaient de faire un enfant, en vain. Et à quelques jours de Noël, ce qui les attend est loin d’être l’annonce d’un heureux événement. À l’heure où tout le monde rentre se réchauffer, le froid, la mort et les souvenirs maudits guettent.

Une affaire d’envergure démarre alors. Christophe Gamblin, journaliste de faits divers, est retrouvé mort de froid, enfermé dans son congélateur. Sa collègue et amie a disparu, alors qu’elle enquêtait sur un gros dossier dont personne ne connaît le contenu.

Sa seule trace est son identité griffonnée sur un papier, détenue par un enfant errant, très malade, aux organes déjà vieillissants. En parallèle, une ancienne affaire de femmes enlevées refait surface : des victimes jetées vivantes mais inconscientes dans des lacs quasi gelés, et secourues in extremis par des coups de fil mystérieux à la police.

Tandis que l’enquête s’accélère, Sharko est confronté à de vieux démons. Une ombre évolue dans son sillage, jouant avec lui de manière dangereuse, et semblant particulièrement lui en vouloir. Un duel secret et cruel s’engage alors, détruisant le flic à petit feu.

Critique :
Lire est dangereux pour la santé… Puisque je m’étais plainte que ma copinaute de LC m’ait emmené à Paris, durant la Semaine Sanglante de la Commune, j’ai pensé qu’avec un Thilliez, ce serait plus sûr.

Tu parles, dans son prologue, je me suis retrouvé à Prypiat, pile quand la centrale de Tchernobyl a eu sa très très grosse fuite.

Déjà que nous, en Belgique, nous n’avons pas eu la chance d’avoir des gardiens aux frontières, comme vous en France, voici que je me faisais à nouveau farcir de radioactivité. Oui, lire est dangereux.

Heureusement, après, l’auteur nous ramène à Paris. Oups, en décembre 2011 ! Il fait froid, il y a de la neige, il gèle… Je lève les yeux au ciel : il est bleu, le soleil chauffe à mort et c’est la canicule de juillet. Tout compte fait, c’est un excellent choix, ce roman, il va me refroidir !

Et oui, il m’a bien refroidit, le bougre (le roman et son auteur). Notamment en parlant du nucléaire, de ses dangers, de l’Homme qui se prend pour Dieu, qui expérimente sur des animaux, des humains, qui se fout de tout, qui ne respecte rien… Le nucléaire est hyper dangereux d’un côté et de l’autre, il est difficile de se passer de lui.

Problèmes : vos centrales, comme les nôtres et comme celles des autres, ont des fuites et si un accident nucléaire devait se reproduire, aucune leçon n’a été tirée de l’Histoire, du passé… Souvent, durant ma lecture, j’ai eu des frissons de peur.

Lire Thilliez, c’est être assuré de passer de bons moments de lecture, de se faire balader royalement, de ne pas comprendre les mystères avant qu’il ne nous les ai tous expliqués. Même si, dans celui-ci, il y en avait moins que dans certains autres…

Nous sommes dans un thriller scientifique, avec des crimes crapuleux, violents, mais sans énigmes tarabiscotées qui nous laisse pantelants, la bouche ouverte.

Une fois de plus, j’ai douté à un moment donné (oui, j’ai honte, mais ça passera) : nous étions à la page 180 et boum, on courrait déjà après un suspect plus que potentiel.

Quoi, si vite ? Mais enfin, qu’est-ce que l’auteur allait nous raconter ensuite, durant les 400 pages restantes ? La vie sexuelle des escargots de Bourgogne en Basse-Provence ? Des blagues à Toto ? Bon, cela aurait été drôle, assurément, mais ce ne fut pas le cas (sorry pour ceux et celles qui voulaient des blagounettes ou du sexe).

Non, non, l’auteur est intelligent, il nous donne du foin à mâchouiller, mais ce n’est jamais gratuit ! Sa maîtrise de son scénario est totale, il donne du mou aux poissons que nous sommes, pour ensuite mieux nous ferrer.

Il résout une chose et directement, il nous replonge la tronche dans un autre mystère, une autre énigme, un autre crime.

Dans ses romans, il y a toujours des ramifications qui sont plus importantes que l’on ne pourrait le croire. Et une autre affaire est venue se greffer à la première, ajoutant du mystère aux mystères. Sont-elles liées ou pas ?

Autre fait important, le commissaire Sharko ne croise jamais la route d’assassin du dimanche, du meurtrier qui tue par nécessité, ou par accident. Non, ce n’est jamais pour élucider le meurtre du Docteur Lenoir, dans la biblio, avec le revolver que le commissaire déboule sur une scène de crime.

Le commissaire Sharko est un aimant à serial-killer, à assassins retors, démoniaques, aux intelligences rares, aux mises en scène recherchée, aux vengeances gratinées, bref, les assassins qui te mitonnent les crimes aux petits oignons et te font revenir dans du beurre clarifié. Des assassins méticuleux, maniaques, bref, la crème de la crème, le Top Chef Ultime des meurtriers.

Ce n’est pas la première fois que le criminel est aussi amateur d’un jeu que je ne nommerai pas et, comme dans « Le Manuscrit Inachevé », une partie très célèbre de ce jeu se retrouve citée.

Si le scénario est hyper addictif, hyper instructif, avec de véritables morceaux de science dedans (rassurez-vous, on comprend tout), il est aussi parfois très violent, avec des descriptions un peu gore (faut parfois sauter une ligne).

Mon petit bémol sera surtout pour les deux personnages principaux : Sharko et Henebelle. Les personnages s’appesantissent trop sur leur horrible passé (ils cumulent les horreurs à eux deux et des proches victimes de tueurs en série).

Je pense qu’on a plus de chance de se faire mordre par une chauve-souris enragée que de se retrouver à deux victime d’un prédateur hors-norme dans le sadisme. Bon, on a bien les copy-cat et les élèves, mais tout de même, trop c’est trop.

Mon malaise a porté aussi sur le fait qu’ils veulent un enfant (lui a perdu sa fille, elle a perdu ses jumelles, assassinées par un tueur en série) à tout prix. Cela m’a donné une impression affreuse que Lucie voulait remplacer ses enfants décédées…

Une impression, je dis bien, mais cette focalisation sur le désir de maternité m’a mis mal à l’aise durant toute la lecture, comme son comportement m’avait exaspéré dans le tome suivant : [ANGOR]. Sharko n’était pas mieux, il fait des tas de cachoteries à sa compagne et il a peur qu’elle ne le trompe avec un autre. Heu ?

Attention, ceci n’est que mon avis, cela ne m’a empêché de prendre un plaisir total dans cette lecture, en faisant abstraction de la concentration de super-méchants (sans charisme, nous sommes loin d’un Hannibal) au mètre carré et à l’énervement que Lucie a déclenché quelques fois.

Pour le reste, le thriller est rudement efficace, on passe un très bon de lecture, on a du mal à se détacher du bouquin (il colle aux mains) et je l’ai liquidé en deux journées de lecture (oui, j’ai été couchée tard).

PS 1 : mon bémol ira, encore et toujours, au nom de son personnage : Sharko… Bien souvent, ma langue fourche et le « h » tombe (pas tag), ce qui fait que je vois le petit excité que vous connaissez bien en lieu et place de son grand flic un peu bourru. Ça ne dure pas, heureusement, mais imaginer son flic avec la tête de l’autre, imaginer son dandinement des épaules et l’entendre parler comme les imitateurs le font, avec « J’vais vous dire, moi, m’sieur », et bien, ça casse l’ambiance ! mdr

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°003] et Le pavé de l’été 2022 (Sur mes Brizées).

Immortel – Tomás Noronha 10 : José Rodrigues dos Santos

Titre : Immortel – Tomás Noronha 10

Auteur : José Rodrigues dos Santos 🇵🇹
Édition : HC (2020) / Pocket (2021)
Édition Originale : Imortal (2019)
Traduction : Adelino Pereira

Résumé :
L’un des plus grands scientifiques chinois vient d’annoncer la naissance de deux bébés génétiquement modifiés, il disparaît juste après sa conférence.

La presse internationale commence à poser des questions, les services secrets tentent de trouver des réponses, un Américain contacte Tomás Noronha à Lisbonne.

Celui qui se présente comme un scientifique travaillant pour la DARPA, l’agence de recherche avancée de la Défense américaine, est à la recherche du savant disparu. Tomás découvre alors les véritables enjeux du projet chinois…

Critique :
J’ai longuement hésité et puis que je me suis dit que non je ne commencerais pas cette chronique en vous chantant « Immortelle » de Lara Fabian. Ce n’est pas l’envie qui m’a manqué…

Si je n’avais pas lu une critique de Geneviève, jamais je n’aurais ouvert ce roman qui me faisait un peu trop penser à ce qui s’est fait il y a des années, du temps du Da Vinci Code (que j’ai lu et apprécié pour le divertissement qu’il m’avait offert).

Non, non, rien à voir avec le Da Vinci Code où l’on court partout, dans tous les sens, avec la moitié du monde à son cul.

D’ailleurs, durant plus de la moitié du roman, nous avalerons les conversations intéressantes qui ont lieu entre Tomás Noronha (historien et cryptologue) et un scientifique américain de la DARPA, l’agence de recherche avancée de la Défense américaine, au sujet d’un scientifique chinois disparu (le professeur Yao Bai), le tout en alternance avec ce qui se déroule dans le labo de ce scientifique.

Durant tout ce bla-bla, on pourrait penser que l’on va se faire chier, s’ennuyer ferme, et bien non ! J’étais immergé dans leurs conversations et j’ai oublié le temps qui passait, ne ronchonnant que pour le fait que l’Américain foutait le mot « man » toutes les dix phrases (c’était redondant).

Certes, cela pourrait faire un peu cliché que tout ce dont Tomás Noronha a mis en garde le scientifique, fan de nouvelles technologies et d’intelligence artificielle générale, se déroule justement ensuite et donne raison à notre historien.

Oui, si l’on n’y prend pas garde, ce thriller de vulgarisation scientifique pourrait faire penser à un mauvais film de Hollywood où, après avoir causé durant plus de la moitié du film, nos deux protagonistes se mettent tout d’un coup à courir pour sauver leur peau plus de fois que ce pauvre John McClane dans ses films (Die Hard).

En fait, ce roman aurait dû m’horripiler grandement, notamment avec les dialogues qui semblent nous mâcher tout ce qui arrivera ensuite, nous mettant en garde contre la science sans conscience, les technologies nouvelles et leurs dangers, notamment le Net et tous les GAFAM qui nous contrôlent (Google, si tu me lis…).

Oui, il y avait moyen de me perdre, de m’énerver dans cette construction de roman, avec les dialogues entre une personne pro-technologies et une qui s’en méfie, le tout faisant un peu manichéen, durant plus d’une moitié de ce pavé, avant que tout ne s’accélère.

Et pourtant, j’ai apprécié ma lecture, j’ai été plus qu’intéressée par leurs discussions, des plus instructives, qui ne m’a jamais donné la sensation d’être dans un café du commerce en compagnie de types bas de plafond. J’ai même eu la sensation d’aller me coucher moins bête qu’avant.

La partie consacrée à la Chine et à ses millions de caméras permettant de surveiller toute la population m’a fait froid dans le dos, une fois de plus. Le contrôle est total, les chinois possédant un crédit social (système carotte/bâton) dont ils ne peuvent descendre en dessous d’un certain score, sinon ils perdent le droit de prendre le train, de faire des emprunts,…

Orwell nous avait mis en garde, nous ne l’avons pas écouté. Moi, des caméras de sécurité dans les villes, je préfère qu’il y en ai un strict minimum, ça peut toujours être mal utilisé ensuite… 

Il y avait moyen de m’énerver aussi avec la partie course pour rester en vie, où nos deux protagonistes vont devoir échapper à un truc plus fort que tout, capable de tout, juste pour assurer sa survie, ne faisant pas plus attention aux vies humaines que nous n’en aurions pour une colonie de fourmis écrasées par mégarde.

Anybref, ce roman aurait pu finir balancé au milieu de la pièce et pourtant, je l’ai dévoré, ayant bien du mal à la lâcher, malgré ses défauts, comme ce scientifique américain un peu stéréotypé, cette manière de nous prémâcher la seconde partie du roman avec les mises en garde de Tomás et cette sensation d’être dans un mauvais film hollywoodien dans la partie « adrénaline, faut courir pour sauver notre peau ».

À réserver aux lecteurs et lectrices avides d’en savoir plus sur les avancées médicales et technologiques, afin de briller au prochain repas de famille, à la machine à café ou au barbec avec les voisins.

Le récit est fort riche d’apprentissages technologiques, médicales, de morale, de sciences, de conscience et cela pourrait vite devenir indigeste pour ceux ou celles qui préfèrent en manger à petite dose.

À noter aussi que l’épilogue, assez long, concernera la philosophie, l’eugénisme et ce qui est permis ou non, ce qui est moral ou qui ressemble à des pratiques nazies et que les dialogues entre les différents protagonistes pourraient, eux aussi, lasser une partie des lecteurs/trices.

J’ai aimé le fait que tout, dans ces questionnements, ne soient ni tout à fait blancs, ni tout à fait noirs, mais mis en balance avec ce qui se fait déjà et qui aurait sans doute crispé bien des gens il y a quelques années. Ce sera aux lecteurs de se faire leur opinion, la mienne n’étant pas tranchée sur ses sujets hautement sensibles et éthiques.

Une lecture très divertissante, très instructive, un thriller qui reste calme durant plus de la moitié de ses 654 pages (pocket) avant de nous précipiter dans une course-poursuite haletante, digne d’un grand blockbuster. Les chapitres sont courts et nous laisse souvent sur un cliffhanger.

Il faudrait que je me penche sur les autres romans mettant en scène le personnage de Tomás Noronha, car il m’a semblé un peu fade, manquant de profondeur et j’aimerais en savoir plus sur lui.

À noter que les romans peuvent se lire de manière indépendante l’un de l’autre puisque leur parution en français ne suit pas l’ordre de parution portugaise.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°212] et Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°33).

Le cycliste de Tchernobyl : Javier Sebastian

Titre : Le cycliste de Tchernobyl

Auteur : Javier Sebastian 🇪🇸
Édition : Métailié (2013)
Édition Originale : El ciclista de Chernóbil (2013)
Traduction : François Gaudry

Résumé :
Un vieil homme hagard, entouré de sacs remplis de vêtements, est abandonné dans un self-service sur les Champs-Élysées. « Ne les laissez pas me tuer », c’est tout ce qu’il sait dire.

Pripiat, ville fantôme, à trois kilomètres de la centrale de Tchernobyl : dans les rues désertes, entre la grande roue neuve et les autos tamponneuses abandonnées, pas âme qui vive. Sauf les samosiol, ceux qui sont revenus dans la zone interdite.

Laurenti Bakhtiarov chante Demis Roussos devant la salle vide du ciné-théâtre Prometheus, deux Américains givrés testent les effets de la radioactivité sur leur corps…

Au cœur d’une apocalypse permanente, Vassia, l’homme à vélo, croit encore à la possibilité d’une communauté humaine. Ce roman magistral est librement inspiré de la vie de Vassili Nesterenko, physicien spécialiste du nucléaire, devenu l’homme à abattre pour le KGB pour avoir tenté de contrer la désinformation systématique autour de Tchernobyl.

Des paysages hallucinés aux aberrations du système soviétique, Sebastián signe un texte d’une force rare, à la fois glaçant et étrangement beau, hymne à la résistance dans un monde dévasté.

Critique :
J’ai failli arrêter cette lecture, car entre elle et moi, le courant ne passait pas.

Le récit prenait du temps, je ne voyais pas où il allait arriver, pas de tirets cadratins pour les dialogues (pas de guillemets non plus). Bref, ça commençait mal.

Pourtant, le début avait tout de même éveillé ma curiosité : un vieil homme est abandonné dans un self-service, aux Champs Élysées. Le narrateur est accusé d’avoir abandonné son père. Ceci n’est pas son père. un quiproquo qui va faire naître une histoire peu banale…

Lorsque nous sommes entré à Pripiat, après la catastrophe d’avril 1986, la fusion a commencée, entre le roman et moi. Au diable les tirets cadratins manquants devant les dialogues, j’étais dans le récit et cela ne m’a plus gêné.

Une ville abandonnée, les villages aux alentours aussi. Tout qui se retrouve figé, notamment les auto-tamponneuses. Vertigineux, horrible. Tout le monde a dû partir, abandonnant tout sur place, n’emportant qu’une petite valise, obligé même de laisser leurs animaux de compagnie sur place…

Toute cette partie-là, ainsi que les quelques passages consacrés à ce qu’il se passa juste après l’accident, est terriblement instructive, intéressante et fait froid dans le dos.

Le vieil homme va tout doucement raconter son histoire et ce que l’on va découvrir sera bouleversant, en quelque sorte. Une vie après la mort d’une région. Cela valait la peine que je persévère dans ce roman. Mon début fut un peu laborieux, mais j’ai été récompensée ensuite.

On se demande ensuite ce qui fut le plus horrible : construire une centrale nucléaire sur une faille sismique, l’accident survenu suite à un test de sécurité mal assuré, le sacrifice des vies humaines pour enlever le graphite, la désinformation, la minimalisation de l’accident ou l’incapacité de l’URSS à réagir comme il fallait face à cet accident nucléaire ?

Sans doute le mélange de tout. Dans un scénario catastrophe, on trouverait cela exagéré et pourtant, la réalité a dépassé la plus mauvaise fiction.

Ce roman est une biographie romancée de Vassili Nesterenko, physicien spécialiste du nucléaire, qui s’est dressé, le poing levé, face au régime soviétique et face à tous ceux qui voulaient minimiser l’ampleur des dégâts, notamment sur la santé. Il a eu le KGB aux fesses, les flics, on a tenté de le tuer pour le faire taire.

Certaines scènes sont dramatiques, comme ces enfants qui ont mangé et bu ce qu’il ne fallait pas, parce que leurs parents n’étaient pas informés (ou mal informés), parce que seuls les habitants de Moscou étaient épargnés par les viandes, légumes, tubercules et autres produits des champs en provenance de la zone contaminée.

Le roman donne lieu aussi à de belles scènes, notamment celle de cette petite communauté vivant à Pripiat, soudée, qui danse, qui chante et où tout le monde prend soin de tout le monde.

Un beau roman, une belle histoire.

Le Mois Espagnol (et Sud-Américain) chez Sharon – Mai 2022 (Fiche N°15).

La supplication – Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse : Svetlana Alexievitch

Titre : La supplication – Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse

Auteur : Svetlana Alexievitch
Édition : J’ai Lu (05/10/2016)
Édition Originale : Tchernobylskaïa molitva (1996)
Traduction : Galia Ackerman et Pierre Lorrain

Résumé :
« Des bribes de conversations me reviennent en mémoire… Quelqu’un m’exhorte :
— Vous ne devez pas

 oublier que ce n’est plus votre mari, l’homme aimé qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination. Vous n’êtes pas suicidaire. Prenez-vous en main ! »

Tchernobyl. Ce mot évoque dorénavant une catastrophe écologique majeure.

Mais que savons-nous du drame humain, quotidien, qui a suivi l’explosion de la centrale nucléaire ?

Svetlana Alexievitch nous fait entrevoir un monde bouleversant : celui des survivants, à qui elle cède la parole. L’évènement prend alors une toute autre dimension.

Pour la première fois, écoutons les voix suppliciées de Tchernobyl.

Critique :
Le premier témoignage m’a déjà foutu par terre : c’était celui de l’épouse d’un des pompiers envoyés sur la catastrophe au tout début.

On les a appelé pour un incendie, ils sont partis le cœur tranquille, pensant n’avoir affaire qu’à un simple feu qu’ils maîtriseraient facilement. Il n’en était rien, mais ils ne le savaient point.

Partis sans protection, ils revinrent ensuite sous totale contamination.

Quatorze jours, c’est le délai maximum de votre existence après avoir été soumis à des radiations comme ils le furent.

L’épouse d’un est allée à l’hôpital, s’est occupée de son mari, qui avait été transformé en mini centrale nucléaire. La dégradation du corps est horrible. Son amour était immense, peu de femmes seraient restées auprès de leur mari. Hélas, le prix à payer était le plus fort. L’épouse était enceinte de 6 mois… Je n’en dirai pas plus.

Ce roman est composé de multiples témoignages, que ce soit ceux des habitants, des soldats, des liquidateurs, des témoins, des déplacés… Tous ces témoignages sont ceux et celles des suppliciées de Tchernobyl.

Ceci n’est pas une fiction, rien n’est romancé, ce sont des témoignages bruts. Les gens racontent, se souviennent et chaque récit semble plus glaçant que le précédent.

Ces villages vidés de tous leurs habitants, où sont resté uniquement les animaux domestiques. Tout ces gens qui pensaient revenir ensuite et qui sont parti avec le minimum…

Certains sont revenus, en douce, pour cultiver leur jardin, reprendre leurs affaires. Ou voler ce que les militaires enterraient, les objets contaminés… Sans penser qu’ils allaient se contaminer encore plus.

Les dirigeants ont sacrifiés les populations et les liquidateurs envoyés sur le toit pour enlever le graphite, sans protection.

Parfois, on leur en donnait, mais puisque les chefs minimisaient les effets et payaient bien, les hommes y sont allés, le cœur léger, les tire-au-flanc étant très mal vu, chez eux. Ils avaient une autre mentalité, ils servaient la patrie, ils obéissaient et surtout, la vodka coulait à flot, alors, il ne pouvait rien leur arriver de grave !

Avec le recul et les maladies arrivant, bien des soldats ou des liquidateurs, comprendront les risques qu’on leur a fait prendre au mépris de tout danger. Les roubles qu’on leur donnait en plus, les salaires triples, ne valaient pas les conséquences qu’ils ont subis ensuite.

Il fallait ne rien dire, mettre une chape de plomb sur l’incident (un incident, rien de plus) et brosser les merdes sous les tapis. C’est ce qu’ils ont fait et on devrait les en remercier, car ils ont pris des risques énormes pour les autres.

Le problème étant que la radioactivité, ça ne se voit pas, ça n’a pas d’odeur, alors, comment y croire ? Comment arriver à comprendre qu’il ne faut pas manger les fruits de son verger, cultiver sa terre ou boire le lait de sa vache ?

Les différents témoignages sont bouleversants, ils sont bruts de décoffrage, ils expriment la souffrance, l’incompréhension, les départs pour d’autres lieux, la perte de tout, ainsi que l’exclusion par les autres, puisqu’ils venaient de la zone.

Durant ma lecture, l’émotion m’a souvent submergée, me forçant à faire des pauses et à lire autre chose, afin de ne pas sombrer totalement.

Ceci n’est pas un roman, ni une fiction, ce sont des portraits de gens réels, de personnes fracassées, arrachées à leurs terres, à leurs vies. Des gens que l’on a sacrifié, des vies que l’on a considérées comme sans valeur. Des victimes à qui on a jamais donné la parole.

Ce sont aussi des soldats (liquidateurs) qui ont été envoyés en première ligne, sans connaître vraiment les risques et certains, même en les connaissant, on tout donné, afin d’épargner des vies. Des liquidateurs qui ne savaient pas qu’ils étaient déjà morts, à force de respirer et de manger des röntgens.

Dame Ida va encore me traiter de « Glauque-trotter » et elle n’aura pas tort…

Pourtant, je ne regrette pas d’avoir osé lire ce recueil de témoignages afin de savoir, de rendre un hommage silencieux à ces femmes, à ces hommes, ces enfants, morts ou déplacés, ces gens à qui on n’a rien voulu dire. À ces gens dont on ne parle jamais.

Et puis, malgré le fait que j’avais 10 ans lors de la catastrophe, il ne m’en restait aucun souvenir, comme si ma mémoire avait tout oublié. On ne peut pas oublier.

Le Challenge « Le tour du monde en 80 livres chez Bidb » (Biélorussie).

Sidérations : Richard Powers

Titre : Sidérations

Auteur : Richard Powers
Édition : Actes Sud (22/09/2021)
Édition Originale : Bewilderment (2021)
Traduction : Serge Chauvin

Résumé :
Dans une Amérique au bord du chaos politique et climatique, un père embarque son jeune fils souffrant de troubles du comportement dans une sidérante expérience neuroscientifique.

Richard Powers signe un nouveau grand roman questionnant notre place dans le monde et nous amenant à reconsidérer nos liens avec le vivant.

Critique :
Robin est un garçon de 9 ans qui n’est pas comme les autres. Les médecins ne savent pas trop s’il souffre d’autisme, d’asperger, ou encore d’un autre syndrome.

Il a du mal à canaliser ses colères, est instable, pas facile à élever, très intelligent et cultivé. Son père est seul devant la tâche, la mère de l’enfant étant morte dans un accident.

Les médecins veulent tous mettre le gamin sous psychotropes ou autres médocs, comme les 8 autres millions d’enfants aux États-Unis. Le père ne veut pas, fait de la résistance et tente d’apaiser son enfant par d’autres moyens.

Ce roman est bardé de nombreux prix, de chroniques élogieuses et moi, une fois de plus, je n’ai pas ressenti toutes les émotions dont ce roman était pourvu.

Cela tien à plusieurs choses, mais la première fut que la rencontre entre les personnages principaux et moi n’a jamais eu lieu. Durant 400 pages, j’ai vibré quelques minuscules fois, ce qui est très peu, vous m’avouerez.

Les personnages ne m’ont jamais touché. La mère décédée est parée de toutes les vertus. Certes, lors d’un décès, on gomme les défauts de la personne qui nous a quitté, mais faut pas pousser non plus. Que le fils l’idéalise, c’est normal, mais si on écoute le père, son épouse était merveilleuse…

Le père lui, fait ce qu’il peut face à son enfant qui n’est pas considéré comme normal par la société, alors qu’il est juste différent, qu’il ressent la souffrance animale en lui et ne comprend pas pourquoi personne ne bouge alors que les espèces animales disparaissent et que la maison brûle.

Robin a raison, en effet, mais j’aurais aimé que de temps en temps, son père lui explique que tout le monde ne reste pas les bras ballant, que des gens se battent et le font à la hauteur de leurs moyens et qu’il le recadre. Bien souvent, il a laissé son enfant s’entêter dans sa voie, afin d’éviter des ennuis avec lui et après, ce fut pire.

Le père aurait pu s’affirmer un peu plus et essayer de faire comprendre à Robin que les décisions prises par lui n’étaient pas les bonnes et n’ont rien apporté de bon. L’enfant est spécial, mais cela reste un enfant soumis à l’autorité du père.

Moi qui m’attendais à un roman plus engagé dans la voie de l’écologie, je suis assez déçue. Hormis les crises de Robin, sur le fait que le Monde parte en couilles, et que personne ne bouge pas, il n’y a pas grand-chose d’autre.

Le récit a des airs d’anticipation avec le traitement que l’on fait à Robin pour l’aider dans sa gestion de lui-même, de dystopie avec les décisions d’un président fou (qui doit être le Donald) qui transforme l’Amérique en pays invivable pour les étrangers, notamment les asiatiques.

En bref, le roman tourne vite en rond, une grande partie de l’histoire étant centrée sur le père et le fils, ses combats pour le garder loin des médicaments (ce qui est salutaire), ses refus d’écouter les médecins, leur relation père/fils ou l’un fait tout pour aider l’autre à aller mieux.

Peu d’action, aussi. Si cela ne m’a pas posé de problèmes durant la moitié du récit, après, c’est devenu trop lourd et j’ai zappé des passages, les survolant de loin.

En clair, ce roman ne m’a pas donné les émotions que j’attendais, que j’espérais et c’est d’autant plus emmerdant que j’avais une envie folle de le lire depuis le passage de son auteur à La Grande Librairie.

Le Monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique : Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain

Titre : Le Monde sans fin, miracle énergétique et dérive climatique

Scénariste : Jean-Marc Jancovici
Dessinateur : Christophe Blain

Édition : Dargaud (29/10/2021)

Résumé :
La rencontre entre un auteur majeur de la bande dessinée et un éminent spécialiste des questions énergétiques et de l’impact sur le climat a abouti à ce projet, comme une évidence, une nécessité de témoigner sur des sujets qui nous concernent tous. Intelligent, limpide, non dénué d’humour, cet ouvrage explique sous forme de chapitres les changements profonds que notre planète vit actuellement et quelles conséquences, déjà observées, ces changements parfois radicaux signifient.

Jean-Marc Jancovici étaye sa vision remarquablement argumentée en plaçant la question de l’énergie et du changement climatique au coeur de sa réflexion tout en évoquant les enjeux économiques (la course à la croissance à tout prix est-elle un leurre ?), écologiques et sociétaux.

Ce témoignage éclairé s’avère précieux, passionnant et invite à la réflexion sur des sujets parfois clivants, notamment celui de la transition énergétique.

Christophe Blain se place dans le rôle du candide, à la façon de son livre « En cuisine avec Alain Passard » et de « Quai d’Orsay » signé avec l’expertise d’un coauteur : un pavé de 190 pages indispensable pour mieux comprendre notre monde, tout simplement !

Critique :
Jamais je n’aurais pensé que j’utilisais autant de ressources différentes lorsque je me brossais bêtement les dents devant le miroir…

L’empreinte carbone est lourde pour fabriquer du sorbitol, du plastique, le verre réfléchissant du miroir, transporter le tout, le raffiner… Stop, n’en jetez plus !

Ce geste tout simple, nécessaire pour l’hygiène dentaire (éviter les caries et l’haleine de chacal) entraine une utilisation phénoménale de machines. Le smartphone, c’est encore pire.

Ce roman graphique est comme une enquête grandeur nature : les armes du crime sont les énergies fossiles et les coupables, les machines, grandes consommatrices de ces énergies. Machines qui sont, bien entendu, sous les ordres de nous, les êtres humains qui en avons grand besoin.

Le graphisme m’a bien plu, j’ai apprécié les pages avec des dessins minimalistes, il n’y avait pas besoin de plus, le poids des mots suffisait à expliquer dans quelle merde nous nous trouvons et que ça ne va pas s’arranger avec le temps, que du contraire…

Il y a énormément à lire, c’est limite indigeste, tant il y a des informations dans cette bédé, c’est pour cela que j’ai fractionné ma lecture, afin d’éviter la surchauffe de mon pauvre cerveau (on est sur un album de 193 pages !).

Attention, ce n’est pas une critique, cette abondance de textes, de dialogues, de chiffres, d’informations… Que du contraire, c’est bénéfique, on comprend mieux les problèmes, on remarque qu’ils sont plus complexes que d’accuser les proutes des vaches de tous les maux (en fait, ce sont leurs rots). Nous sommes tous coupables, certains plus que d’autres.

C’est très bien expliqué, mais effectivement, si j’arrive à retenir ne fut-ce que le quart de la moitié du dixième et à le ressortir pour briller en société, je pourrai m’estimer heureuse.

Je pourrai toujours leur dire que l’on pense s’enrichir avec la croissance alors qu’on s’appauvrit. Le PIB n’est pas l’indicateur unique, ce n’est pas lui qui nous rend heureux, la croissance non plus. Ainsi que les énergies dites renouvelables (non carbonées, donc), sont incapables de remplacer les énergies fossiles…

Les conséquences d’un réchauffement climatique sont bien expliquées, sans que l’on se luxe le cerveau en tentant de le comprendre. Les dessins aident aussi, ils sont ludiques et bien pensés.

Le nucléaire sera expliqué, ses avantages comparés à des énergies non carbonées comme les éoliennes et les panneaux solaires, leur place prise dans l’environnement (tout à l’éolien est impossible, il en faudrait partout), mais aussi l’accident de Tchernobyl…

Bref, c’est hyper intéressant, super instructif et je suis allée me coucher avec le cerveau plus lourd, moins bête, mais ne me demandez pas de vous faire une conférence sur le sujet, j’en serais incapable (à moins de pouvoir lire le livre à voix haute).

Dans cette bédé, on ne vous dira pas d’arrêter de manger de la viande, non, juste en manger moins, de revaloriser le travail des agriculteurs, de revenir à des circuits plus courts, à des produits moins transformés…

Pas d’agribashing, pas de chapeau non plus à faire porter à ceux qui ont été là avant nous, la responsabilité est sur chacun, nous sommes, nous aussi, des consommateurs qui consommons trop. Il faudrait acheter moins, se servir plus longtemps des objets, faire en sorte qu’ils puissent être réparés,…

On nous explique aussi que ce n’est pas si facile que ça de changer tout, qu’il faut le vouloir et le faire intelligemment, alors que nous nous concentrons souvent sur des choses qui n’en valent pas la peine ou qui ne résoudront pas le Schmilblick.

Impossible de parler de tout dans cette pauvre chronique qui aura un bilan carbone lourd (mince alors), mais une chose est sûre : c’était très instructif !

Une enquête énorme où les coupables sont nombreux et les victimes aussi… C’est pas demain la veille qu’un Columbo viendra arrêter tout ce petit monde.

Comme disait l’autre « Nous étions face à un précipice, aujourd’hui, nous avons fait un grand pas en avant »… Et on va valser la gueule dedans…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°129] et Le Mois du polar chez Sharon – Février 2022 [Lecture N°11].

Inestimable : Zygmunt Miłoszewski

Titre : Inestimable

Auteur : Zygmunt Miłoszewski
Édition : Fleuve (14/10/2021)
Édition Originale : Kwestia ceny
Traduction : Kamil Barbarski

Résumé :
À Varsovie, le couple Zofia et Karol doit faire face à un quotidien compliqué. Zofia a été licenciée du musée national pour raisons politiques et Karol est atteint d’une maladie neurodégénérative qui efface ses souvenirs rattachés aux émotions fortes.

Lorsque Zofia est contactée par une ancienne connaissance, Bogdan Smuga, pour retrouver la collection perdue des artefacts Aïnou, apportés en Europe il y a cent ans depuis l’île de Sakhaline par un ethnologue de renom, elle ne peut refuser.

Alors que Karol est placé dans une clinique spécialisée dans les Pyrénées françaises pour traiter sa maladie, Zofia, accompagnée de Bogdan, se lance dans sa nouvelle mission qui l’amène notamment à Saint-Pétersbourg et Paris, et plus particulièrement au musée national d’Histoire naturelle.

Mais nombreux sont ceux qui, comme eux, veulent mettre la main sur l’un des artefacts d’une valeur inestimable, une sculpture représentant un ours…

En plein milieu d’une lutte acharnée entre un groupe pharmaceutique et un ensemble de scientifiques indépendants, commence alors une course contre la montre, qui risque fort de pousser Zofia et Bodgan au bout de leurs limites…

Critique :
Après avoir lu et apprécié 4 romans de Zygmunt Miłoszewski, je m’apprêtais à en ajouter un cinquième au rayon des coups de coeur et malheureusement, il n’y entrera pas.

Non pas qu’il soit mauvais, mal écrit, chiant à lire ou tout autre chose qui font que l’on n’apprécie pas une lecture.

Le problème est que je n’ai pas réussi à accrocher aux personnages, alors que j’en connaissais déjà deux : Zofia Lorentz et Karol Boznanski, découvert dans « Inavouable« .

Cela faisait 4 ans que nous avions eu notre aventure ensemble, ils ne pouvaient pas avoir changé à ce point, tout de même ? Ben si, apparemment. Karol perd la mémoire et Zofia est froide, trop froide à mon goût. Je n’ai pas ressenti le plaisir de crapahuter aux côtés de Zofia comme dans le premier roman.

Le début du roman est assez lent, pourtant, il ne manquait pas de sujets intéressants, comme ces zinzins de la cancel culture qui voient midi à toutes les portes et en profitent pour faire interdire tout et n’importe quoi, sur les peuples qui vivent différemment de nous, ainsi que d’autres sujets que je vous laisserai découvrir par vous-mêmes.

Les affres de la maladie de Karol sont aussi bien présents, l’auteur insistant bien que le fait que ces pertes de mémoires impactent plus les autres que la personne qui en souffre.

Ce thriller, moins punchy que le premier, va nous faire voyager un peu partout, nous faisant passer de la Pologne à l’île de Sakhaline, puis à Paris (où l’on ne bouffe que des croissants et où l’on boit des cafés crème), dans les Pyrénées et naviguer sur des mers avant de rallier l’Afrique. Le tout sans être obligé de faire des tests ou de remplir des PLF. Dépaysement garantit.

Comme quoi, malgré mes bémols, tout n’est pas négatif. L’auteur égratigne un peu tout le monde, la Pologne y comprise. Tout le monde en prend pour son grade, les petits travers étant mis en évidence, le tout sans que cela ne vire à l’humour gras ou bête.

Le point le plus positif du livre, c’est que l’auteur nous réserve des petits surprises et que ce roman n’est pas juste qu’un thriller lambda bourré d’adrénaline et de courses-poursuites. Non, il va plus loin…

De nombreuses thématiques se trouvent en filigrane et l’auteur mélange habillement la réalité, la fiction, la science, la philosophie, la folie de certains, les mensonges, une chasse au trésor, l’Histoire, l’art, le capitalisme, le libéralisme, les désastres écologiques… Le tout servi par des personnages secondaires dont on ne sait pas vraiment de quel côté ils penchent.

C’est ce qui fait la force de ce roman : pas de manichéisme, des personnages secondaires travaillés, avec de la présence et certains étaient même truculents (le navigateur solitaire).

Par contre, notre Zofia pourrait presque remplacer notre bon vieux James Bond tant elle va devoir accomplir des péripéties un peu folles, à la limite du surréalisme, notamment dans la flotte. De plus, le passage était long et j’ai sauté des pages, tellement cela devenait ennuyeux, sa baignade en mer.

Anybref, j’ai eu du bon et du moins bon dans ce thriller que j’ai tout de même trouvé moins punchy que le précédent (Inavouable). J’ai mis près de 6 jours à le lire, et non à cause d’un travail harassant, je suis en congé. Zofia ne me revenait pas, je n’ai pas retrouvé le même plaisir d’enquêter et de courir à ses côtés, certains passages du roman, assez long, m’ont aussi un peu endormi.

Ces petits bémols mis à part, le reste est de très bonne facture, l’auteur ne sombrant jamais dans le manichéisme, la facilité ou le thriller pur et dur puisqu’il fait intervenir bien des sujets de société et qu’il arrive à tisser un fil rouge entre eux.

Pas un coup de coeur espéré, mais une chouette lecture tout de même.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°106] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°102].

Sapiens – T02 – Les piliers de la civilisation : Yuval Noah Harari, David Vandermeulen et Daniel Casanave

Titre : Sapiens – T02 – Les piliers de la civilisation

Scénaristes : Yuval Noah Harari et David Vandermeulen
Dessinateur : Daniel Casanave

Édition : Albin Michel (13/10/2021)

Résumé :
Animal insignifiant parmi les animaux et humain parmi d’autres humains, Sapiens a acquis il y a 70 000 ans des capacités extraordinaires qui l’ont transformé en maître du monde.

Harari, Vandermeulen et Casanave racontent avec humour la naissance de l’humanité de l’apparition de Homo sapiens à la Révolution agricole.

Une bande dessinée pour repenser tout ce que nous croyions savoir sur l’histoire de l’humanité.

Critique :
Lorsque j’avais lu le premier tome, j’en étais restée sur le cul : si on m’avait expliqué la préhistoire de la sorte, j’aurais été plus assidue en classe et au moins, on ne m’aurait pas farci le crâne d’imbécilité.

Mon seul regret est de ne pas avoir fait de fiche pour le blog et Babelio, pour cause de manque de temps.

Je ferais mieux de relire le premier tome et d’éditer une chronique, car ce sont des bédés qui instruisent et qui nous font aller nous coucher moins bête.

Affichant 256 pages au compteur, ceci n’est pas un roman graphique qui se lit d’une traite, même si ce n’est pas l’envie qui manque tant il est intéressant et aborde des sujets qui concernent l’Humanité toute entière, parlant de ses erreurs, de ses comportements qui ont isolés la moitié de l’humanité (les femmes), d’autres personnes (selon leur couleur de peau ou leur caste).

Ceci est un pavé qui, loin d’être indigeste, se doit d’être lu à son aise, tranquillement, sans être dérangé. C’est du costaud et il mériterait d’être jeté à la figure de tous ceux (et celles) qui nous disent que les bédés, c’est pour les enfants, mais en aucun cas pour les adultes (bon, j’arrête là, sinon la fumée va encore me sortir par les oreilles).

Lors de ma lecture du premier tome, j’avais été un peu déstabilisée par les dessins qui sont assez spéciaux, comme le choix des couleurs et puis, sans même m’en rendre compte, je m’y suis très vite habituée et cela ne m’a plus gêné du tout.

Ce deuxième tome aborde le passage de Sapiens à l’agriculture, quittant petit à petit son mode de vie de fourrageur (chasseur-cueilleur) et de toutes les emmerdes qui en ont découlées (maladies, déformation des os, guerres, montée de la natalité, changement de régime alimentaire,…).

Pensant faire bien et ainsi assurer des stocks de nourriture pour leurs enfants et eux-mêmes, les Sapiens se sont échinés sur la terre, esclaves du blé qu’ils sont devenus sans même s’en rendre compte. L’enfer est pavé de bonnes intentions et là, ils ont construit un boulevard !

C’est bien expliqué et j’apprécie toujours les petits interventions de Captain Fiction, de la détective Lopez, des aventures de Bill & Cindy… Cela illustre bien ce que les scénaristes nous ont expliqués juste avant, mettant leur théories en scène. Cela apporte un petit vent de fraicheur, tout en nous instruisant.

Les auteurs aborderont aussi des sujets tels que l’esclavagisme, le racisme, sur le pourquoi du comment cela a commencé, à perduré, sur les excuses que se donnaient les riches planteurs du Sud…

Idem avec le système de castes en Inde et nous proposerons différentes théories qui pourraient expliquer pourquoi nos sociétés sont patriarcales alors qu’elles sont souvent matriarcales dans le règne animal.

Leurs explications sur le « ‘normal/naturel » opposé au fameux « contre-nature » est à rebalancer à la tronche de ceux qui pensent qu’il est naturel pour une femme d’utiliser son utérus et contre-nature les relations homosexuelles. Magnifique et magistral, même si ça ne fera pas changer d’avis les bas-de-plafond du cerveau (qui ne l’utilisent pas, alors que la Nature leur en a donné un !).

Je suis allée me coucher moins ignorante qu’avant, avec des tas de choses qui frémissaient dans mon petit cerveau et maintenant, le plus compliqué sera de tout retenir et là, c’est un autre soucis.

Une bédé roman graphique intelligente et scientifique, sans jamais devenir lourde et qui est accessible à nos petites têtes sans avoir besoin d’être un prix Nobel de science !

Le bureau des affaires occultes : Eric Fouassier [LC avec Bianca]

Titre : Le bureau des affaires occultes

Auteur : Eric Fouassier
Édition : Albin Michel (28/04/2021)

Résumé :
Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente.

Valentin Verne, jeune inspecteur du service des mœurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges, susceptible de déstabiliser le régime.
Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité.

Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences.

Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ?

Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ?

Qui est le chasseur, qui est le gibier ?

Critique :
S’inspirer de la science pour commettre des crimes ? L’idée n’est pas nouvelle, les criminels ayant toujours une longueur d’avance sur le reste du monde, surtout des policiers.

Paris, 1830. Valentin Verne est un inspecteur atypique : solitaire, se liant difficilement avec les autres, intelligent, cultivé, talentueux, fortuné de par son père, ayant des connaissances en pharmacie. Il est beau et pourtant, ce n’est pas un coureur de jupons. Ah oui, il semble torturé.

Oui, je conviens que le portrait de l’enquêteur n’a rien de novateur… Limite cliché, mais l’auteur arrive tout de même à le rendre sympathique. Mon bémol sera pour le fait qu’on répète un peu trop souvent qu’il a un visage d’ange, d’archange… Ok, on avait compris.

Le mystère arrive assez vite dans l’histoire et nous en aurons deux pour le prix d’un : un suicide bizarre d’un jeune homme à qui la vie sourit et de l’autre, un pédophile qui enlève des enfants et que semble traquer Valentin Verne.

Nous n’en saurons pas plus sur celui qui se fait appeler le Vicaire puisqu’il semble insaisissable, sans doute sa traque sera-t-elle pour une suite. Dommage, son ombre plane sur le récit, il semble d’une cruauté sans borne, mais l’auteur n’a pas jugé bon de nous en dire plus. Mystère !

L’enquête de Valentin Verne ne manque pas de rythme, sans pour autant virer à la course-poursuite. L’inspecteur prend son temps, remonte les pistes, étudie les indices, pose des questions et devra éviter les pièges qui lui seront tendus.

Afin d’ajouter du piment à son récit, l’auteur a incorporé un récit dans le récit, celui de Damien, jeune garçon prisonnier du Vicaire. Son récit n’est pas juste là pour faire pleurer dans les chaumières. L’explication viendra en temps voulu sur son incorporation à l’enquête de Verne.

La recherche historique est importante dans ce récit car l’Histoire est elle aussi un personnage du récit. Les petites anecdotes ou faits historiques, ancrent mieux le récit dans l’Histoire et l’incorporation de personnages réels aussi.

Dommage que les personnages soient un peu clichés, comme la belle Aglaé, la comédienne. Jeune, belle, talentueuse… Dans la réalité, il existe de telles femmes (heureusement), mais généralement, elles ont des défauts pour contrebalancer toutes ces qualités. Bizarrement, je l’ai tout de même appréciée… Cherchez pas, docteur.

Anybref, ce polar historique, bien ancré dans son époque, a tout de même réussi à me subjuguer avec ses mystères, à me trouer le cul avec un coupable, à me le re-trouer deux fois avec des révélations inattendues et à me scotcher dans le canapé. Pas si mal, tout de même.

Alors oui, il a des défauts, les personnages principaux auraient pu être moins too much, malgré tout, on s’attache au beau Valentin Verne, à son côté ténébreux et torturé, on lui passe ses grosses ficelles pour se sortir des pièges tendu par les autres.

La lecture était plaisante et ce n’est pas Bianca qui va me contredire sur ce point. Notre LC était réussie et je compte bien lire la suite des enquêtes de Valentin Verne, si elles ont lieu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°87].