Scotland Yard – Tome 1 – Au cœur des ténèbres : Dobbs & Stéphane Perger

Titre : Scotland Yard – Tome 1 – Au cœur des ténèbres

Scénariste : Dobbs
Dessinateur : Stéphane Perger

Édition : Soleil (04/07/2012)

Résumé :
Londres, 1890. L’inspecteur Tobias Gregson est une des valeurs montantes du Yard.

Mais sa carrière serait accélérée s’il n’était pas considéré comme un humaniste trop sensible et avant-gardiste, et surtout s’il n’avait pas pour fonction principale d’être le défouloir quotidien de son supérieur Lestrade.

Alors lorsqu’un transfert de prisonniers ne se passe pas comme prévu, Gregson se retrouve au placard.

Un blâme qui va vite se transformer en opportunité afin de démontrer sa vraie valeur aux yeux du patron des patrons, le commissionner Fix.

À la tête d’une équipe atypique réunissant un gamin des rues, ancien informateur de Sherlock Holmes, un médecin psychiatre aux méthodes atypiques ainsi que son étrange assistante, Gregson va faire alliance avec le diable : coopérer avec la pègre londonienne pour traquer deux fous extrêmement dangereux qui ont profité du fiasco de l’opération de transfert pour se volatiliser.

Deux aliénés mentaux qui vont apprendre aux citoyens de Londres la signification du mot terreur. À leurs côtés, plongez à votre tour au cœur des ténèbres…

Critique :
Londres, décembre 1889… Décidément, je suis abonnée au Londres de l’époque de Jack l’Éventreur, moi. Et, une fois de plus, me voici plongée dans des crimes sordides.

Oui, j’aime ça…

Ici, point d’élément fantastique, point de van Helsing, chasseurs de vampires ou de toute autre créature de la nuit aux dents longues et pointues.

Non, pas de ça, même si le criminel est digne d’un Dracula point de vue des sentiments… C’est vous dire son empathie envers ses victimes. Un sadique de la pire espèce.

Par contre, point de vue références littéraires de l’époque, ça foisonne ! En ce qui concerne la plupart, je les ai tous croisé dans le canon holmésien.

Que du beau linge : l’inspecteur Lestrade (en version moins sympa que dans les aventures de Sherlock Holmes originales), l’inspecteur Gregson (défouloir de Lestrade, ici, sinon, il apparaît dans quelques récits de Sherlock Holmes), Bradstreet, le colonel Moran, âme damnée du professeur Moriarty (cité mais pas croisé), Wiggins, ancien des « Baker Street Irregulars », employé par Sherlock Holmes (cité lui aussi, mais non présent).

Pour le reste de la littérature, citons le docteur Seward qui est présent dans Dracula de Bram Stoker, présent aussi dans la bédé, aux côtés du commissioner Fix, discutant d’un certain Phileas Fogg.

Dernière référence, l’assistante du docteur Seward, Faustine Clerval, était présente dans « Mister Hyde contre Frankenstein ».

Que des têtes connues !

Mais que font-ils, tous ces gens connus, dans cette bédé ?

Et bien, vu que deux criminels jugés extrêmement intelligents et tout aussi extrêmement dangereux ont joués les filles de l’air, une partie de ces personnages vont atteler à les retrouver en menant une enquête et quelques investigations avec l’aide de la pègre londonienne.

Mariage contre-nature ? Oui, mais la pègre préfère coopérer avec la maison poulaga, dans son intérêt. Enfin, la coopération ne se fera qu’avec Gregson.

Vous pourriez penser que l’intrigue n’est donc pas d’une folle originalité puisque consacrée à une évasion et à des meurtres. Croyez-moi, il n’en est rien.

La narration devient rapidement captivante, surtout vu la manière dont le livre commence : deux filles poursuivies dans Hyde Park, munies d’un collier fort étrange… et d’un type qui vous ficherait les chocottes si vous le croisiez !

Le scénariste se base aussi sur des luttes internes au Yard, sur Lestrade qui déteste Gregson et qui a Wiggins en horreur, sur la traque des deux prédateurs avec l’aide d’un médecin psychiatre, sur cette alliance contre-nature avec la pègre, sur cette foule de personnages qui restent tout à fait crédibles et séduisants.

Un récit qui se dévore.

Et le graphisme de Stéphane Perger ?

Une sacrée surprise ! M’attendant à des dessins « habituels », dirais-je, quelle ne fut pas ma stupéfaction en découvrant des dessins aux lavis et en aquarelle…

Spécial, mais au bout de deux pages, j’étais dedans. Ce genre de dessins donnent des ambiances différentes de celles auxquelles je suis habituée.

Cela donne de la lumière sur certaines scènes tandis que d’autres sont plus sombres. Certaines scènes sont même dénuées de décor, ne gardant que le personnage et un fond « uni ». Cela renforce les expressions des personnages, le lecteur n’étant pas distrait par les décors.

Le seul bémol à l’époque ? Ben, c’est que le second tome n’était pas paru ! Oui, j’avais grand envie de lire la suite, même si l’auteur n’avait pas terminé l’album par un cliffhanger comme j’aurais pensé qu’il le ferait.

Pas un sadique, l’homme. Merci à lui.

La critique de ce premier album, je l’avais posté sur mon site, maintenant, je la rapatrie sur le blog, je fais du regroupement de fiches et vous trouverez la chronique du tome 2 à cet endroit : Scotland Yard – Tome 2 – Poupées de sang.

L’Homme de l’année – Tome 13 – 1888 : Céka & Benjamin Blasco-Martinez

Titre : L’Homme de l’année – Tome 13 – 1888

Scénariste : Céka
Dessinateur : Benjamin Blasco-Martinez

Édition : Delcourt Histoire & histoires (18/04/2018)

Résumé :
Comment un rescapé des pogroms russes, arrivé en Angleterre avec sa famille, est devenu le plus célèbre psychopathe de l’ère victorienne ? Rencontrez l’homme qui se cache derrière Jack l’Éventreur…

1888. Londres. Un mystérieux assassin s’attaque aux prostituées de Whitechapel. Les corps sont atrocement mutilés. Qui est capable de telles horreurs ?

Scotland Yard échoue à arrêter celui qui devient le plus célèbre tueur en série de l’histoire.

Un châle maculé de traces ADN nous permet de révéler, plus d’un siècle après l’affaire, l’identité du fameux Jack l’Éventreur et ce qui le poussait à tuer…

Critique :
Enfer et damnation, encore cet Aaron Kosminski et cette stupide histoire de châle bourré de traces d’ADN que j’avais lue dans le roman de Russell Edwards : « Naming Jack The Ripper » (Jack l’éventreur démasqué) !

Bardaf, après quelques cases, lors de la découverte d’un châle dans une vieille malle au grenier, j’ai compris qu’on allait nous proposer cette théorie tout ce qu’il y a de plus loufoque.

Mais bon, le vin était tiré, il fallait le boire, ou plutôt, la bédé était commencée, fallait l’achever.

Juste après cette découverte, les auteurs basculent sur la nuit du 31 août 1888 avec Mary Ann Nichols, ivre et rencontrant son tueur. Par contre, ils oublient de parler de l’incendie sur les docks…

Les dessins ont su donner à ce récit l’atmosphère qu’il lui fallait en présentant, avec réalisme, des bans de brume typiquement londonienne, même si, durant les meurtres, il n’y avait ni fog, ni smog, ni brouillard.

Les clichés cinématographiques ont la vie dure et effectivement, ça vous plonge encore mieux dans les rues miteuses de Whitechapel si vous ajoutez ces effets spéciaux que sont les brouillards de l’époque victorienne.

La lumière des quelques réverbères est elle-même noyée dans la brume, tamisant la lumière, lui donnant une autre aura, plongeant un peu plus le lecteur dans l’ambiance de 1888 et de ses meurtres. Rien à redire, j’ai aimé les décors.

Les meurtres sont violents, sordides, le sang gicle, bref, on s’y croirait ! Les couleurs, style aquarelles, mettent bien en scène l’histoire, que ce soit au niveau des meurtres ou des événements qui l’entourent puisque nous allons pénétrer au coeur de la vie de Kosminski.

Là où j’ai trouvé que l’on manquait de réalisme, c’est lorsque notre garçon coiffeur, le fameux Aaron Kosminski est vêtu d’un haut-de-forme et d’une belle redingote lorsqu’il quitte son boulot. Apparemment, les apprentis coiffeurs savaient se vêtir. On vit piteusement mais on s’habille en grand seigneur.

Pour mieux comprendre les mobiles du tueur de Whitechapel, les auteurs le mettent en scène dans ce qui fut son passé, avant qu’il n’arrive en Angleterre, quand il était dans son village en Pologne, sous occupation Russe.

Et les Russes, ils s’en prenaient aux Juifs Polonais… Non, rien n’a changé, les boucs émissaires sont toujours les mêmes.

Mettant en scène ce qui aurait pu être la vie de Kosminski, les auteurs lui ont donné une vie, un mobile, un regard un peu fou, dans les tons bruns-rouges des plus troublants et flippants. On frôle même parfois des regards méphistophéliques.

Leur tueur, vu ses yeux fous et son comportement a tout d’un tueur crédible, mais on ne me fera pas gober le test ADN que Russel Edwards a réalisé sur le châle trouvé aux côtés du cadavre de Catherine Eddowes et (sois-disant) volé par un policeman à l’époque (celui arrivé le premier sur les lieux du crime) pour l’offrir à sa femme.

Un truc plein de sang et de coups de couteau, dans la bédé… Quelle femme voudrait de ça ? Là, je n’y crois pas un instant, je n’y ai jamais cru, encore moins en lisant le roman de Edwards, mais la bédé est plus centrée sur les meurtres de 1888 que sur les tests ADN réalisé sur le châle et au final, moi qui pensais soupirer et ronchonner, et bien, c’est tout le contraire qui s’est passé.

La manière d’aborder le sujet, les dessins, la mise en scène, le découpage (si je puis me permettre), les couleurs aquarelles dans les tons qui rendent justice à l’ambiance glauque des rues de Whitechapel, tout ces détails réussis ont fait pencher la balance vers le plaisir livresque, alors que c’était des plus mal barré au départ.

Les auteurs ont bien réussi leurs coups et on a vraiment l’impression d’être face à un potentiel tueur, même si, dans le fond, ce serait trop facile et que de toute façon, pour moi, Jack l’Éventreur doit rester à jamais sans identité, le mythe s’effondre toujours quand on sait.

Une réussite. En mettant de côté le fait que ce châle soit vraiment celui trouvé sur Catherine Eddowes ! Cette vente aux enchères avait attisée la curiosité de cerains Ripperologues mais personne n’a pris cette histoire au sérieux car tous doutaient de l’authenticité de ses origines.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

L’Affaire Jack l’Éventreur : Christian Coudurier

Titre : L’Affaire Jack l’Éventreur

Auteur : Christian Coudurier
Édition : Publibook (12/01/2000)

Résumé :
En 1887 et 1888, sous le règne de Victoria, l’Angleterre allait connaître une flambée de violence sans précédent (…).

Au début de l’année 1888, la presse s’intéressa soudain aux « crimes de l’East-End ».

Ces assassinats sont ceux du plus notoire des serial-killers de l’Histoire de l’Angleterre : Jack l’Éventreur.

Critique :
Voilà un petit livre qui, sans trop entrer dans les détails, donne une vue d’ensemble de l’affaire Jack The Ripper.

Pour celui ou celle qui voudrait en savoir plus, je conseillerai toujours « Le livre rouge de Jack l’Éventreur » de Stéphane Bourgoin qui est archi complet et sans théories foireuses.

Ici, l’auteur abordera les théories foireuses et en peu de mots, expliquera pourquoi elles ne tiennent pas la route.

Malheureusement, en leur temps, elles firent fureur et certaines ont encore de beaux jours devant elles car dès que l’on parle de complot, certains deviennent comme une chienne de ma connaissance (Nikita, si tu me lis) devant sa gamelle que l’on va remplir (elle tourne sur elle-même, langue pendante, sourire béat).

La seule chose qui m’a dérangé, dans le récit, c’est la mise en majuscules des noms propres des gens et des villes. À la longue, on a l’impression qu’on nous crie sans cesse dessus.

De plus, l’auteur laisse penser que les lettres reçues sont belles et bien celles de Jack l’Éventreur alors que la « From Hell », la « Dear Mister Lusk » ou la carte « Saucy Jacky » sont considérées comme « pouvant être de l’Éventreur lui-même » car il reste et restera toujours un doute quant à leur authenticité !

Déjà que tous les Ripperologues ne sont pas d’accord sur le nombre de victimes… Faut tout prendre avec le doute, dès qu’on s’intéresse à Jack.

C’était court, c’était bref, l’essentiel était dit et pour celui ou celle qui voudrait en savoir un peu plus sans trop entrer dans les détails, ce petit livre est parfait, il fait le job, mais rien de plus.

Pas une lecture indispensable, je n’ai rien appris de neuf sous le soleil, ceux qui connaissent l’histoire peuvent zapper ce récit ou bien faire comme moi, le lire juste pour le plaisir ♫

Je ne plaindrai pas de cette lecture, vu toutes les horreurs sur le sujet que j’ai déjà pu lire dans ma vie, celui-ci est dans le haut du panier (mais plus bas que le livre de Bourgoin et celui de Sophie Herfort).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

J’étais Jack l’Éventreur : Claude Ferny

Titre : J’étais Jack l’Éventreur

Auteur : Claude Ferny
Édition : Florent Massot (16/01/1996)

Résumé :
« Toutes les nuits, des cauchemars me faisaient haleter. En rondes lubriques, des femmes enlacées dansaient dans mon cerveau sur des collines de fumier. Elles me harcelaient de leurs gestes provocants et de leurs sarcasmes. Je me persuadai que je n’arriverais à recouvrer un sommeil réparateur qu’après que j’aurais au moins, de mes propres mains, tué une femme »

Le roman « J’étais Jack l’Éventreur » nous retrace l’itinéraire d’un tueur conscient de sa folie, éprouvant une haine féroce envers la gent féminine.

Un roman sanglant qui retrace les agissements de celui qui deviendra l’illustre psychopathe.

Critique :
J’hésite entre le qualifier de diarrhée ou incontinence verbale…

La meilleure solution aurait été de placer Charley Dorsett sous camisole de force ou de lui tirer une balle directement, mais non, on lui a donné une plume pour qu’il nous raconte tout.

Ne me demandez pas la référence à Jack The Ripper.

Son nom se trouve dans le titre mais ça s’arrête là.

Certes, on a un Jack dans le récit qui tue des femmes qui lui doivent des sous ou qui ont tenté de le gruger, mais les noms ne correspondent pas aux victimes de 1888, pas plus que les femmes que le docteur maléfique va assassiner, tout ça parce qu’il voit la plupart des femmes comme des chiennes.

Oui, mesdames, nous sommes des chiennes pour cet homme qui ne rêve que de pureté, même dans l’acte sexuel. Entre nous, il est tellement lunatique que, lorsqu’il trouve des femmes plus pures que les autres, il les tue ou il les chasse car il a toujours un prétexte pour nous vilipender.

J’adjurai Dieu de me permettre de rencontrer enfin une femme pure, une femme que je pourrais aimer et posséder pieusement, avec toute la ferveur qui doit s’attacher au plus noble des actes, à celui par lequel se perpétue la vie.

Tout ça parce qu’une fille qui s’était intéressée à lui s’est faire fourrer la taupinière par un autre furet que le sien. Qu’il ne la ramène pas, ce crétin ne comprenait même pas que la fille désirait qu’il jouasse au docteur avec elle.

Là-dessus, lorsqu’il la surprend en train de se faire gâter la bonbonnière par le caramel dur de son copain de classe, il pète une durite et voit toutes les femmes avec des gueules de chiennes.

Une autre chose m’a ennuyé durant ma lecture : nous sommes un peu avant 1889 et la médecine a l’air d’être super avancée, surtout en gynécologie et en obstétrique.

— Mais si vous affirmez à Bruce que vous êtes fou, il ne voudra jamais vous croire. En principe, un psychiatre croit seulement à la folie des gens qui se jurent sains d’esprit.

Rien de cohérent, rien de concret, des mobiles bancals, un médecin qui trucide et ses pensées qui ne m’ont fait que soupirer et bailler.

Anybref, une lecture à oublier, tellement à oublier que j’en avais oublié ma conclusion, c’est vous dire la motivation pour écrire cette chronique ! Ainsi que sa cotation et les logos !!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Jack l’éventreur – Le retour : Gilles Vincent

Titre : Jack l’éventreur – Le retour

Auteur : Gilles Vincent
Édition : Paul & Mike (02/04/2015)

Résumé :
Quand Michael Connors, quatorze ans, son frère Vel, leur amie Rose et leur chat Wilde, matou au Q.I. de chat-policier, débarquent à Londres chez leur Tante Augusta, le corps sans vie d’une femme de chambre vient d’être retrouvé.

Elle est la seconde victime d’un mystérieux assassin qui terrorise la ville.

Cent vingt-cinq ans après la célèbre affaire Jack l’Éventreur, l’ombre d’un tueur rôde à nouveau dans le quartier de White Chapel. La police est tenue en échec ; la peur gagne les esprits.

Les trois adolescents, aidés de Wilde et Wallace – un vieux chat de gouttière au caractère bien trempé – vont se lancer à la poursuite du serial killer.

Ils vont affronter un ennemi inattendu, sinistre imitateur du célèbre Jack l’Éventreur.

Mais la plus terrible des surprises est parfois au rendez-vous car la vérité n’est jamais celle qu’on attend…

Et si Jack l’Éventreur n’avait pas dit son dernier mot ?

Critique :
Je n’ai rien contre la littérature jeunesse, j’en consomme, sans honte, mais il y a la littérature jeunesse et celle qui prend les lecteurs pour des quiches !

Que deux gamins et une gamine mènent l’enquête, je ne dis rien, c’est un postulat qui me plait.

Par contre, que Miss Margaret Higgins, une espèce de Sherlockette en vieilles dentelles, amie de Sir Archibald Forsythe, le directeur de la police chargé de l’enquête, divulgue toutes ses infos aux trois gosses, comme s’ils étaient de véritables enquêteurs, ça ne passe plus.

Forsythe raccrocha brusquement, et songea que cette vieille chouette de Margaret Higgins pouvait bien lui rendre service. Plus d’une fois, il l’avait sortie d’affaire, sans doute même lui avait-il sauvé la vie. Sorte de Sherlock Holmes en jupons, Margaret Higgins était une emmerdeuse aux manières d’éternelle vieille fille, c’est sûr, mais une détective hors pair qui – Forsythe ne l’avait pas oublié – avait depuis longtemps sa théorie personnelle sur la fameuse affaire de Jack l’Éventreur.

— La fumée ne vous dérange pas, très chère ?
Il aurait bien ajouté « Sherlock Holmette, » « Herculine Poirot » ou quelque chose de ce genre, mais il préféra se taire car ce qu’elle avait à lui dire, pour peu qu’il sache lui poser les bonnes questions, cette vision des choses qui n’appartenait qu’à elle, il ne voulait surtout pas en perdre une miette.

La coïncidence est tout de même bien fichue, le directeur de la police connait la tante des gamins et passe chez elle avec sa Miss Higgins pour parler des meurtres. On nage en plein surnaturel, je trouve. Mais j’avais encore rien vu, j’ai eu pire ensuite, dans le surnaturel !

Au moment précis où Allister Mac Brain déposa le dessert sur la table – un imposant pudding aux pommes encore fumant – tante Augusta s’adressa à Miss Higgins qui, depuis le début du repas, n’avait pas prononcé trois mots.
— Nous parlons, nous parlons, mais si vous nous exposiez votre version de l’affaire. Trois meurtres en moins de trois jours, j’imagine qu’après une carrière comme la vôtre, vous avez bien une idée là-dessus. D’autant qu’il m’a semblé comprendre que vous avez une hypothèse toute personnelle sur les crimes de Jack l’Éventreur. C’est bien cela ?

— Je peux prendre des notes, m’dame ? Ça m’aidera, après, dans mes investigations.
— Parce que toi aussi tu mènes l’enquête ? s’étonna l’ancienne détective de Scotland Yard.
— En fait, je ne suis pas tout seul. Il y a Michael, mon frère, et Rose, notre amie. Et puis, ça n’est pas la première fois. Au printemps dernier, en France, on a démasqué la Bête du Gévaudan 1. C’était pas rien, je…
— Je vois à ton carnet, l’interrompit Miss Higgins, que tu as déjà pris des notes. Si ce sont des remarques concernant l’affaire qui nous occupe, tu peux nous en parler. Je suis sûre que c’est intéressant.

Même leur tante, chez qui ils sont en vacances durant une semaine, leur expliquera au moment de leur arrivée, tout ce qu’il y a à savoir sur les crimes horribles qui ont eu lieu dans le quartier, depuis quelques jours. L’aîné des gamins va sur ses 14 ans… Heu ?

Le chat qui parle (en zozotant), ça passe moins bien aussi. Enfin, non, il ne parle pas vraiment, les gens entendent des miaulements, mais les trois gosses, eux, ils le comprennent, ainsi que tout ce que miaulent les autres matous.

Oui, moi aussi je comprends le langage chat, mais ils ne font pas des phrases avec le sujet, verbe et complément ! Généralement, les miaulements veulent dire « Faim » ou « Donne-moi à bouffer » ou « On veut du lait », à la rigueur « Laisse-moi rentrer à la maison », la plus longue phrase étant « Tu peux nous refiler les foies de volaille cuit dans du riz comme tu donnes aux chiens, on bouffera même les rondelles de carottes ».

Mais jamais au grand jamais je n’ai encore réussi à charger un des minous à enquêter, à voler des fanions de la police, à récupérer des pièces à convictions, à suivre un suspect de sa propre initiative, à prendre le bus, ni à trouver un trou de ver qui vous conduit directement le 30 septembre 1888, le soir de l’assassinat de Catherine Eddowes, dans un cimetière… Hein ?? Dans un cimetière ?

Eddowes fut tuée à Mitre Square et retrouvée contre une palissade donnant sur l’arrière d’un immeuble. Ok, ferme les yeux, ça va passer… La touche fantastique et les voyages dans le temps, ça passe ou ça casse. Ici, ça casse car le voyage temporel ne sert pas à grand-chose, mais ceci n’est que mon humble avis.

Ce qui ne passera pas, c’est le fait que la Higgins, en observant les yeux d’une des femmes décédées, y ai décelé la plus intense des surprises. Pitié, n’en jetez plus !

— Vous savez, Archibald, on dit qu’une personne garde dans sa rétine la dernière image perçue avant de mourir.
— Et alors, vous y avez vu de l’effroi ? Quoi de plus naturel, vu les circonstances.
— Non, pas de l’effroi, Archibald, mais la plus intense des surprises.

— Bon, vous venez, les deux belettes cendrées. Z’ai de l’éducation, moi. Pas question que z’me goinfre sans vous.

Anybref, vous l’aurez compris, ce sera la lecture pas super du mois (je reste polie), qui ira rejoindre les lectures à oublier de l’année et qui ne me laissera qu’un souvenir de n’importe quoi, comme si les jeunes à qui cette littérature est destinée étaient des crétins à qui ont peut tout refourguer, tout faire avaler, l’auteur prenant ses aises avec le réalisme afin de faciliter au possible l’enquête de ses jeunes héros.

Yapuka trouver un meuble bancal à caler et ce sera parfait !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois anglais (Juin 2018 – Saison 8) chez Lou & Titine.

Sept – Tome 13 – Sept Détectives : Herik Hanna & Eric Canete

Titre : Sept – Tome 13 – Sept Détectives

Scénariste : Herik Hanna
Dessinateur : Eric Canete

Édition : Delcourt (23/05/2012)

Résumé :
Londres, 1920. Une série de meurtres atroces frappe la ville.

À chaque nouvelle victime, non loin des corps, Scotland Yard retrouve une liste de sept noms : ceux des sept plus grands détectives connus de par le monde, invités à participer à l’enquête… par le tueur lui-même.

Sept détectives dans le salon de l’un d’entre eux, Ernest Patisson, détective Suisse installé là depuis peu.

Autour de lui, Adélaïde Crumble, institutrice retraitée ; Frédérick Abstraight, ex-inspecteur du Yard, qui a traqué en vain « l’égorgeur de Greenhill » ; Martin Bec, de la PJ française ; Richard Monroe, détective privé de Los Angeles ; le docteur Eaton « aide de camp » du plus grand détective du monde, Nathan Else, qui est bien évidemment présent à cette réunion hors du commun.

Aucun des ces fins limiers ne se doute de la raison de leur convocation chez Patisson, qui l’ignore lui-même…

Malgré le scepticisme général face aux menaces du criminel, ces derniers acceptent de relever le macabre défi.

Critique :
« 7 détectives », ou comment se prendre un bon coup de poing dans le plexus ! Je viens de finir de le lire et je suis encore sous le choc.

Pourtant, en ouvrant par curiosité cette bédé dans un magasin, j’avais passé mon tour, les dessins ne m’aguichant pas. C’est une connaissance qui l’avait lue qui me l’a vivement conseillé. J’ai écouté et j’ai bien fait.

Une seconde lecture ne serait pas pour me déplaire, afin de repérer ce que j’aurais pu manquer… Même si je ne suis pas séduite par les dessins, je le fus par le scénario bien fichu.

L’histoire se passe en juillet 1920. Depuis quelques semaines, une série de meurtres ont frappé la ville de Londres.

Trois meurtres ont eu lieu pour le moment, sans lien apparent, hormis une lettre, laissée à chaque fois, un simple chiffre 7 inscrit sur celle-ci et une liste, comme un appel, comme un défi, celui des 7 plus grands détectives connus à travers le monde…

Ces 7 détectives sont finalement réunis, dans la demeure d’un d’entre eux, afin d’en découdre avec celui qui a mis à défaut la police locale durant ces dernières semaines et qui a osé les défier sur leur propre terrain de jeu : le crime…

Première question que je me suis posée : qui est ce mystérieux narrateur qui nous signale que ces pages ne sont pas destinées à être lues ? On se doute que c’est l’un des témoins de cette enquête, il le dit lui-même plus bas. Mais la question sera, jusqu’à la fin : QUI ? (il nous sera dévoilé).

Bon sang, d’entrée de jeu je suis déjà en train de faire tourner les rouages poussifs de mes méninges en découvrant cette première page de la bédé couverte d’une écriture manuscrite.

Ensuite, nous passons aux dessins et par une présentation de nos sept protagonistes.

Tour à tour, chaque enquêteur se présente au capitaine MacGill, qui les a réunis, à ses confrères et à nous aussi également.

A la différence d’autres bédé, la présentation des personnages se fait sur des grandes planches, une page étant consacrée à chacun d’entre eux.

Les sept premières pages sont donc consacrées à nos détectives.

Dialogues croustillants, plongée dans l’ambiance, découverte du caractère de chacun et on imagine bien que l’affaire ne va pas être une partie de plaisir, sauf pour nous, le lecteur.

Sept personnages : trois Britanniques, une presque Écossaise, un Américain, un Suisse et un Français.

Sept personnages face à un meurtrier… du 7 contre 1.

A savoir que certains sont la copie de personnages de romans policiers : le docteur John Watson (nommé ici John Eaton) et Sherlock Holmes (nommé ici Nathan Else).

Le cadre est posé, les personnages se sont présentés et les crimes nous sont expliqués. Et les questions se multiplient.

Qui a commis ces crimes ? Pourquoi ? Pour quelle raison réunir ces 7 experts du crimes ? Pourquoi 7 ? Qui est ce fichu narrateur ?

Voilà un petit aperçu de toutes les réflexions qui m’ont submergées au fil des pages.

Je nageais dans le brouillard, comme les personnages eux-mêmes.

Au fil de ma lecture, les morts s’empilant comme des paquets aux pieds d’une femme un jour de soldes, j’entrevis une hypothèse qui se révéla payante.

Sans vouloir jeter le discrédit sur tous les auteurs de romans policiers, on peut dire que TOUS les scénarios possibles et inimaginables ont été écrits en ce qui concerne les coupables (surtout si on a lu Agatha Christie) : du majordome à la bonne, en passant par le jardinier, sans compter celui qui avait un alibi en béton armé, le narrateur, le détective lui-même, le flic, le mort qui se faisait passer pour mort, la victime qui s’est tuée sans le faire exprès, celui qui s’est suicidé faisant accuser un autre, celui qui n’avait aucun mobile,…

Bref, là-dessus, on ne pouvait pas vraiment me surprendre. Mais c’est grâce à Agatha Christie et ses coupables « que je n’ai jamais vu venir » que j’ai compris où se trouvait celui de l’album…

« Victoire ! me suis-je écriée. Eurêka ! Sabrons le champagne. Ah, tiens, il reste quelques pages à la fin »…

Remisons le champagne, le scénariste avait plus d’un tour dans son sac et c’est le final qui m’a collé ce formidable coup de poing dans le plexus.

Même si, a contrario et à tête reposée, cela fait du criminel un homme encore plus intelligent que le véritable Holmes ou que son clone, dans le livre.

Un coupable encore plus retors que… heu…que le plus grand des retors.

Je dirais même plus : diaboliquement retors, méphistophélique.

Pire : méphistophélèstique (cherchez pas dans le dico, je dois encore proposer ce néologisme à Larousse).

En quelques mots : « le scénariste m’a scier » (faute d’orthographe intentionnelle à « scier », pour ne pas dire qu’il m’a « tuer », même s’il ne s’appelait pas Omar… seuls les cancres du fond n’auront pas compris).

Je viens donc de lire une formidable enquête, un véritable jeu proposé par le meurtrier, dans lequel les 7 détectives se plongent à coeur joie dans l’enquête, tentant de résoudre cette série de crime tout en picolant, tout en chassant le dragon (fumer de l’opium) ou discutant avec la fée verte (absinthe). Oui, ils ont leurs petits travers !

En tout cas, le défi méritait d’être relevé et il est fait de manière brillante…Aussi bien par les détectives que par le scénariste, aussi retors que son criminel.

L’intrigue est prenante et bien ficelée, nous poussant à jouer avec nos détectives.

Tenter de repérer des indices qui pourraient trainer sur chaque page, sur chaque case, lancer des hypothèses, validées ou non par la suite de l’aventure, sans compter qu’il y a toujours une dose de surprise et d’imprévu.

Pour l’amatrice d’enquêtes policières que je suis, c’est jouissif. le pied intégral.

Je suis sûre que les amateurs d’enquêtes apprécieront celle-ci. Il n’y a pas à dire, le scénariste a dû se lever de bonne heure pour nous pondre un scénario d’une telle densité.

Tout est pensé, rien n’est laissé au hasard, tout se tient, bref, un régal !

Ici, le chiffre 7 n’est pas être un simple accessoire, une contrainte créée par le concept de cette série (14 albums de la série « 7 »).

Le 7 a toute son importance et vous remarquerez (ou un détective vous le fera remarquer) toutes les possibilités infinies du chiffre 7 dans cette bédé. Moi-même j’en avais loupé assez bien.

Le 7, c’est une véritable raison d’être dans le scénario, une sacré contrainte aussi pour le meurtrier (et le scénariste !) et une autre encore plus difficile à mettre en oeuvre pour la fin.

C’est une des raisons qui me font dire, à tête reposée, que le criminel aurait eu du mal à tout mettre en oeuvre. Mais vu que j’ai dit qu’il était plus que retors, diabolique, même… Oui, on peut lui laisser le bénéfice du fait qu’il était tout à fait capable de mettre tout en oeuvre.

Dans les nombreuses qualités de cet album, je mettrai en avant sa précision, avec le fait, notamment, que tout soit expliqué et tout est justifié sans qu’il y ait la moindre incohérence. du grand art, sans aucun doute. Diabolique, je vous le disais.

Autre détail qui a son importance pour ce genre de récit : la qualité de l’écriture, l’ambiance so british, les nombreuses surprises, la densité du récit, le fait que tout ait un lien, que tout se tienne,…

Chaque personnage est traité avec une minutie chirurgicale, les dialogues sont de grande qualité et mention spéciale à ces quelques pages de texte pur, sans la moindre case illustrée, où le narrateur expose les réflexions du groupe, l’avancée de l’enquête, comme si nous nous trouvions nous-même en possession de son carnet secret.

L’album fait 64 pages, et non, il n’est pas lourd. La lecture mettra plus de temps qu’un album classique, mais vu la qualité du récit, le clore au bout de 46 pages aurait été une hérésie, un crime.

Un grand moment de lecture, une sacrée claque, un véritable coup de pied dans mon postérieur, et une mâchoire qui est descendue de trois étages dans les « deux fois sept » dernières pages…

A l’avenir, avant de grimacer et de médire devant les dessins d’une bédé, je tournerai sept fois ma langue dans ma bouche…

 

Meurtres en majuscules : Sophie Hannah [Les nouvelles enquêtes d’Hercule Poirot 1] : Sophie Hannah

Titre : Meurtres en majuscules [Les nouvelles enquêtes d’Hercule Poirot 1]

Auteur : Sophie Hannah
Édition : du Masque (10/09/2014) / Livre de Poche (10/07/2015)
Édition Originale : The monogram murders (2014)
Traducteur : Valérie Rosier

Résumé :
Et dire que Hercule Poirot voulait prendre des vacances pour reposer ses petites cellules grises en surchauffe !

Pour cela, au lieu de prendre le large, il choisit de se réfugier incognito dans une pension londonienne. Et voici que l’aventure frappe à sa porte, alors qu’il souhaitait se mettre au vert.

Trois cadavres, le même jour, dans le même hôtel, dans trois chambres différentes, assassinés de la même façon et retrouvés avec un bouton de manchette dans la bouche !

C’est trop tentant pour Hercule Poirot, qui s’immisce joyeusement dans l’enquête de l’inspecteur Catchpool… à la grande joie de ce dernier.

Critique :
Afin de célébrer la rencontre Belgique/Angleterre de ce 28 juin, il me fallait un roman où un Belge tient tête à la Perfide Albion et qui de mieux que mon compatriote Hercule Poirot aurait pu accomplir le traditionnel 1-0 ?

Un Hercule Poirot oui, mais hélas pas de ma chère Agatha Christie… Et son style à elle était inimitable, inégalable et ses solutions introuvables tant elles étaient brillantes et hors codes du polar.

Pourtant, Sophie Hannah a réussi à rentrer dans les pantoufles de la mère Agatha en ce qui concerne son personnage et ses ambiances so british.

Donc, je ne vais pas bouder mon plaisir de retrouver mon cher Poirot dans une nouvelle enquête, aidé en cela par Deadpool !

Ah non, pardon, je confonds, il est aidé par Catchpool, de Scotland Yard, un gars un peu coincé, n’aimant pas voir des morts suite à un traumatisme enfantin et possédant ce fameux sens de l’honneur des anglais qui fait tellement soupirer Poirot.

Ça va me causer des ennuis, mais je n’ai pas réussi à trouver la solution des trois meurtres dans trois chambres d’hôtel et durant toute l’enquête, je me suis faite balader, promener et finalement entubée, le tout royalement !

Là, sûr que Holmes va soupirer devant mon manque flagrant d’observation et de collecte de tous les indices semés au gré de l’enquête de son collègue Poirot.

D’ailleurs, j’ai trouvé ce premier roman mettant en scène Hercule bien plus élaboré que le suivant, qui possédait une intrigue moins tarabiscotée que celle-ci qui, elle, bouscule le lecteur et les codes habituels du roman policier.

En prime, dans le second opus (La mort a ses raisons), je ne retrouvais pas mon Poirot habituel, il était changé par rapport à celui de dame Christie, une sorte de Canada Dry comparé au véritable qui lui, était un pur malt belge ! Oui, on produit du whisky en Belgique et paraît qu’il est extra (pub gratuite).

Même si notre petit détective ne sera jamais la copie conforme A.O.C de celui de A. Christie, cela va sans dite, mais au moins, ici, il fait plus vrai avec ses petites manies bien connues des habitués.

Et puis, le final est comme je les aime chez Hercule Poirot avec tout le monde rassemblé devant le petit homme et sa belle moustache pour enfin apprendre que le coupable était le colonel Moutarde dans la bibliothèque avec le chandelier, mais ne version plus élaborée, plus recherchée, plus poussée et à laquelle vous n’auriez jamais pensé.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Les dossiers Cthulhu – Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell : James Lovegrove

Titre : Les dossiers Cthulhu – Sherlock Holmes et les ombres de Shadwell

Auteur : James Lovegrove
Édition : Bragelonne (14/02/2018)
Édition Originale : The Cthulhu Casebooks – Sherlock Holmes and the Shadwell Shadows (2016)
Traducteur : Arnaud Demaegd

Résumé :
Automne 1880. Le Dr John Watson rentre d’Afghanistan. Blessé et prêt à tout pour oublier son passé, Watson voit sa vie changer lorsqu’il rencontre Sherlock Holmes.

Le détective enquête sur une série de décès survenus dans le quartier londonien de Shadwell.

Des victimes qui semblent mortes d’avoir été affamées pendant des semaines ont été retrouvées, alors qu’elles ont été vues en bonne santé à peine quelques jours plus tôt…

Holmes établit un lien entre les morts et un sinistre baron de la drogue qui cherche à étendre son empire criminel. Cependant, Watson et lui sont bientôt obligés d’admettre que des forces sont à l’œuvre dont la puissance dépasse l’imagination.

Des forces que l’on peut invoquer, à condition d’être assez audacieux ou assez fou…

Critique :
Qu’as-tu lu ? Le Chtulhu ? Le cul qu’à lu ? Non, le Cul-Tu-Lu ! Et Sherlock Holmes…

En fait, on aura plus de Holmes que de Cthulhu car ce dernier sera cité mais jamais présenté à nos yeux avides ou révulsés.

Prendre le canon, en faire des confettis et le réécrire est un exercice qui peut se révéler casse-gueule s’il n’est pas bien réalisé.

Si à cette opération périlleuse vous ajoutez une confrontation de Holmes avec le fantastique, vous risquez de vous retrouver sur une planche savonnée et inclinée au-dessus d’une mer infestée de requins à jeun !

L’auteur doit aimer vivre dangereusement ou avoir eu envie d’assouvir ses fantasmes littéraires les plus fous. Beaucoup ont essayés et tous n’y sont pas arrivés.

Verdict de l’autopsie ? Ça aurait pu casser, ça a passé, mais à un certain moment, j’ai eu l’impression tout de même qu’on avait sorti les forceps ou la vêleuse car le truc était quand même gros à passer.

On se serait bien passé de la cantinière de Watson, du manuscrit qu’il n’a jamais osé écrire et qu’il rédige une fois qu’il est âgé, sur la fin de sa vie, pour confier, tenez-vous bien, à Lovecraft, l’auteur américain à qui il va demander de les enfermer dans un coffre et de jeter la clé car Watson veut exorciser littéralement ce qu’il a vécu au début de sa collaboration avec Holmes. On lui dirait bien de l’écrire et de le brûler ensuite !

Je ne m’attends pas que ces récits soient publiés. Au contraire, il est impératif qu’ils ne voient jamais le jour. J’ai l’intention de les confier aux soins d’un auteur américain du nom de Lovecraft. […] Lovecraft saura quoi faire de ces livres, à savoir les enfermer dans un coffre-fort dont il jettera la clé. Il n’est même pas utile qu’il les lise. Je veux simplement les extirper de moi, pour ainsi dire ; comme un chirurgien procède à l’ablation d’un organe malade. Avant de mourir, je souhaite me débarrasser de leur poids cumulé, de la gangrène que constitue leur présence dans mon âme. Ceci est donc une sorte d’exorcisme littéraire.

Anybref… Une fois passé cette intro qui m’a fait froncer les sourcils, j’ai entamé le récit réécrit de la rencontre Holmes/Watson et de ce côté là, je n’ai rien à redire, l’auteur a maitrisé ses personnages et la nouvelle version est tout à fait dans la ligne de ce qui va se dérouler ensuite.

Comme je le disais, l’exercice de la confrontation de Holmes et du fantastique est périlleuse, foire souvent, réussi rarement, surtout si le fantastique se révèle être du véritable surnaturel et pas de faux, comme dans le Chien des Baskerville, par exemple.

Une partie de l’enquête est bien contée, réaliste pour Holmes, avec un Watson aux avants-postes et pas en train de jouer les remplaçant sur le banc de touche ou le benêt de service.

On a du suspense, des morts mystérieuses, un méchant avec de l’envergure et on aurait pu continuer sur ce terrain là et puis, le surnaturel est entré en jeu et j’ai trouvé que l’auteur n’amenait pas la rencontre entre Holmes et le côté éthéré de la meilleure manière. Ça manquait de réalisme, c’est arrivé bien trop vite et de manière totalement inattendue.

Pourtant, pour le reste, le côté fantastique avec ses créatures sorties de je ne sais où passe assez bien et la créature qui m’a fait soupirer était une réelle, en la personne d’un certain professeur. Il allait bien dans le rôle et pour l’explication finale, mais j’aurais préféré un autre méchant que l’habituel canonique.

Au final, malgré ces bémols, j’ai tout de même trouvé le roman bien fichu et la sauce a pris entre Holmes et les créatures qui avaient tout des envahisseurs reptiliens de la série V ou de la créature version fog londonien tout noir.

Pas de coup de cœur mais le roman n’est pas à balancer dans le talus car il avait ses points forts et à souffert à cause de cette manie qu’on les auteurs de prendre la malle en fer blanc ou la cantinière de Watson ou de nous faire le coup du récit jamais raconté et qui tombe dans les mains d’une personne qui en hérite.

Minime, je sais mais l’auteur aurait pu trouver autre chose que Watson l’écrivant pour l’envoyer à un auteur qui devra l’enfermer… Ce n’est pas vraiment plausible si on désire réellement que ce récit ne soit jamais publié.

Mais là où le bât a blessé vraiment, c’est lorsque Holmes est mis devant ce qui règne dans l’obscurité et dans l’univers. Ça manquait un peu de réalisme dans la manière dont c’est amené.

Pour le reste, j’ai apprécié l’aventure, le mystère, le fantastique, les monstres des profondeurs, les incursions dans les bas-fonds londoniens, le suspense était bien dosé, les personnages réalistes par rapport au récit et assez fidèles canoniquement parlant, quant au final, il était enlevé et bourré d’adrénaline.

Si l’auteur publie les deux autres récits et qu’ils sont traduit, je serai au poste afin de voir les évolutions (ou pas) de nos deux héros qui devraient de nouveau se retrouver confrontés aux créatures divines et comment tout cela va être amené.

Un roman à déconseiller aux esprits cartésiens, aux allergiques au fantastique, aux adeptes du canon holmésiens pur et dur.

Pour ceux qui sont ouverts au fantastique et veulent voir Holmes dans une enquête inhabituelle, le roman pourrait leur procurer du plaisir. de mon côté, je ne regrette pas de l’avoir découvert.

Pour la cotation, un 2,5 aurait été vache, un 3 un peu trop large… Comptons un 2,75 pour la possibilité d’amélioration et en encouragement pour avoir osé réécrire le canon et confronter Holmes aux bestioles qui auraient eu plus leur place chez Lovecraft que chez Doyle (même dans ses mondes perdus). 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

 

Jack l’Éventreur – L’invention du serial killer : Faits divers à la Une ARTE (2017)

1888 : une série de crimes terrorise Londres. Alors que l’enquête piétine, les policiers de Scotland Yard reçoivent une lettre du présumé tueur.

La presse populaire s’empare alors de l’affaire et façonne une figure mythique et maléfique qui marque le XXe siècle.

Dans le quartier malfamé de White Chapel surgit « Jack l’Éventreur », le premier tueur en série de l’Histoire.

Jack the ripper est rapidement devenu un mythe repris dans la littérature – une centaine d’œuvres de fictions s’en sont emparées.

Et en langue anglaise, on compte plus d’une centaine d’ouvrages de non-fiction qui entend remonter l’histoire de cet assassin – ce qui fait de lui l’un des tueurs les plus étudiés.

Bien évidemment la littérature d’horreur profita amplement de ce personnage…

Ce que j’en ai pensé :
Vision du Londres ancien, vu d’en haut, c’est surprenant. Non, pas filmé avec un drone, mais sans doute d’un ballon…

Dans ce reportage, d’entrée de jeu, ils ajoutent Martha Tabram aux victimes de l’Éventreur…

La question reste ouverte de savoir si, oui ou non, elle faisait partie des crimes de l’Éventreur.

Dans le reportage, ils ne le soulignent pas, ce qui est une erreur, selon moi. Il faut informer le téléspectateur, pas toujours au fait de l’histoire, que cette victime ne fait pas l’unanimité au sein des Ripperologues.

Assez bien d’images d’archives dans ce reportage : on voit des fiacres et lourdes voitures tirées par des chevaux passant sur Tower Bridge (post 1888 puisque, si sa construction commença en 1886, Tower Bridge ne  fut ouvert au public que le 30 juin 1894).

D’ailleurs, durant tout le reportage, peut d’images tirées de films avec Jack seront présentées !

On nous montrera des illustrations de l’époque, parues dans les journaux ou le Police News, ou des images de Londres, tournées début du siècle ou dans les années 70, vu les couleurs.

Ce qui n’est pas plus mal, les films ne donnant pas toujours une vision correcte des meurtres et de ce fait, l’imagerie populaire a fait comme avec Holmes, l’affublant toujours de cet horrible deerstalker tout comme elle ajoute un chapeau haut-de-forme à Jack.

Pas trop de détails dans les mutilations, faudrait pas non plus dégoutter le téléspectateur lambda… de plus, le reportage ne faisant que 25 minutes, faut se concentrer sur le principal.

Les deux réalisateurs reviennent aussi sur la misère qui régnait dans ce pays riche, sur le fait qu’on pris conscience que les pauvres n’étaient pas toujours responsables de leur misère et que si prostituées il y avait, la plupart des clients des bordel étaient des bourgeois !

À l’immoralité des pauvres répond la perversité des bourgeois.

Robert Louis Stevenson a bien souligné le fait qu’une personnage respectable pouvait devenir une personne abjecte réalisant les pires choses lorsqu’il écrivit Docteur Jekyll et Mister Hyde.

On apprendra aussi que si le cinéma a toujours ajouté du fog à ses représentations des meurtres de 1888,ces jours-là, il n’y en avait pas ! Ce fait météorologique là, j’en avais connaissance, mais c’est bien qu’ils le soulignent pour les non-initiés.

Le fog représentait les pathologies résultant de l’industrialisation de la ville et le fait que Jack en était le rejeton, de cette société industrielle.

Un petit reportage un peu trop court (c’est toujours trop court), qui a eu l’intelligence de ne pas illustrer ses dires avec des scènes tirées des multiples films afin de ne pas embrouiller son monde.

Pour celui ou celle qui voudrait juste en savoir un peu plus ou se remettre les idées en place, c’est génial.

Et pour celui ou celle qui en sait déjà beaucoup (mais on ne sait jamais assez), le reportage est intéressant aussi parce qu’il donne une autre vision des ruelles de Londres, même si les images d’archives sont sans doute, pour la plupart, post 1888 dès qu’on a une caméra qui tourne.

Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

Sherlock Holmes revient : André-Paul Duchâteau

Titre : Sherlock Holmes revient

Auteur : André-Paul Duchâteau
Édition : Claude Lefrancq (01/01/1992)

Résumé :
La belle Janet Fields,comédienne de son état, a reçu un message lui annonçant qu’elle sera assassinée en cours de représentation.

Mais Sherlock Holmes aime trop l’art pour permettre un tel sacrilège… Raffles lance un défi ‘à Holmes : il commettra un forfait légitime et le grand détective ne pourra l’en empêcher ni le démasquer…

Avant de revoir la belle Janet Fields dans un rôle de composition fort différent, le Dr Watson nous amènera chez un écrivain aux têtes multiples…

Critique :
André-Paul Duchâteau est le scénariste de Ric Hochet, une bande dessinée que j’adore, du moins, dans les 19 premiers titres.

Ce scénariste s’est aussi attaqué à Sherlock Holmes et je n’ai pas vraiment apprécié la saga qu’il avait publiée dans les années nonante (80+10) aux éditions Lefranq, dans leur collection Bdétectives.

Ce petit roman regroupant 4 nouvelles écrites par Duchâteau, je l’avais acheté en 1996, lors de sa sortie et après 22 ans, je n’avais plus aucun souvenir de ce que j’avais éprouvé comme sentiments de lecture à l’époque.

Le Mois Anglais de 2018 était donc une bonne occasion pour ressortir de mes étagères ces nouvelles de mon détective préféré, me permettant ainsi d’augmenter les chroniques apocryphes sur Sherlock Holmes.

Vu mes précédentes déconvenues, c’est avec beaucoup de circonspection que j’ai entamé ma lecture.

Verdict docteur ? Faudra pas le piquer ! Il est tout ce qu’il y a de plus correct et Holmes s’épanouit toujours mieux dans le format des nouvelles que dans celui des romans de longues haleine.

Je soulèverai tout de même un point qui me hérisse les poils (avant épilation) : le docteur Watson qui appelle Holmes par son prénom ! Crémildiou, quelle hérésie !

 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).