Dites-leur que je suis un homme : Ernest J. Gaines

Titre : Dites-leur que je suis un homme

Auteur : Ernest J. Gaines
Édition : Liana Lévi Piccolo (2004)
Édition Originale : A lesson before dying 1993)
Traducteur : Michelle Herpe-Voslinsky

Résumé :
Dans les années quarante, en Louisiane, Jefferson, un jeune Noir démuni et ignorant, est accusé d’un crime qu’il n’a pas commis : l’assassinat d’un Blanc.

Au cours du procès, il est bafoué et traité comme un animal par son propre avocat commis d’office devant la cour et, pour finir, condamné à mort.

La marraine du jeune homme décide alors que ce dernier doit, par une mort digne, démentir ces propos méprisants.

Elle supplie l’instituteur, Grant Wiggins, de prendre en charge l’éducation de Jefferson. Le face à face entre les deux hommes, que seule unit la couleur de la peau, commence alors…

Critique :
En ouvrant ce roman, je me doutais qu’il était porteur d’émotions fortes mais je ne savais pas comment l’auteur allait dérouler son récit, donc, je me suis laissée porter et niveau émotions, j’ai eu mal ma gueule.

C’était couru d’avance avec un jeune homme Noir condamné à mort par un juge Blanc, par 12 jurés Blancs, arrêté par des policiers Blancs, défendu par un avocat Blanc qui l’a assimilé à un porc pour faire pencher la balance de son côté.

Mon dieu, à un porc… Violent.

Voilà à quoi est réduit Jefferson, ce jeune homme qui a eu le malheur, la malchance, de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Les deux braqueurs ont été tués par l’épicier, l’épicier est mort, mais puisque se trouvait sur les lieux du crime un autre Noir, allez hop, à la chaise électrique.

Je ne spoile pas en disant qu’il se fait condamner, nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours mais dans l’Amérique, fin des années 40. Ne nous leurrons pas ! Un Noir accusé d’avoir descendu un Blanc… Le contraire aurait été pardonné, par contre.

Lors de ma lecture, j’ai pensé au départ que l’instituteur Grant Wiggins, à qui la tante de Jefferson lui demande d’aller lui apprendre à marcher comme un Homme était un Blanc… Stupide fille que je suis ! On ne demanderait pas à un Blanc d’aider un Noir à marcher comme un Homme quand on l’a rabaissé au niveau d’un cochon. Oui, désolé, j’ai encore parfois des rêves impossibles.

L’auteur a su éviter le larmoyant et je le remercie. Certes, on a mal sa gueule sur la fin parce que l’on voit un innocent, un pauvre gosse de 21 ans, qui sait difficilement lire et écrire, s’avancer vers la faiseuse de veuves électrique. Enfin, non, on n’y assiste pas, mais on sait que…

Mais avant d’arriver à cette monstruosité, nous allons être immergé dans un quartier Noir, dans une petite ville du Sud des États-Unis où les Noirs ont beau avoir leur liberté, doivent tout de même s’incliner devant l’Homme Blanc tout puissant.

Oh, ce n’est pas un racisme méchant, c’est juste un état d’esprit chez ces gens Blancs. On leur expliquerait qu’ils ne comprendraient pas. On a toujours fait ainsi, nous diraient-ils. Ils ne pensent même pas mal en se comportant de la sorte.

Pour eux, un Noir doit être à peine éduqué, juste le minimum syndical (lire, écrire, mais un peu), répondre par des « oui monsieur » ou des « oui madame », bosser, fermer sa gueule et garder les yeux baissés.

Doit-on les blâmer ? Oui et non. Oui de nos jours, l’Histoire les blâmera et nous aussi, mais si nous avions vécu à cette époque et en ces lieux, comment nous serions-nous comporté ?? C’est l’éternelle question que je me pose : comment me serais-je comportée, moi ? Et vous ? Pas sûr que nous en sortions grandi.

Anybref, l’auteur a su comment nous faire passer le message, comment nous faire passer les émotions, comment nous faire passer la douleur des Noirs d’être en bas de l’échelle, dont les Blancs font souvent comme s’ils n’existaient pas, comme s’ils étaient des animaux, rien de plus. Les humiliations sont légions.

Il se dégage des émotions en tout genre de ce roman, l’auteur ne tombant jamais dans le manichéisme, nous montrant que la solidarité n’existe pas toujours chez les Noirs, qu’un instituteur peut ne pas avoir envie d’aller aider un gamin de 21 ans à se comporter comme un Homme devant les Blancs pour leur montrer qu’il est un humain et pas un porc.

La tâche sera ardue, Jefferson n’étant pas réceptif, Grant n’ayant pas très envie et le pasteur, lui, il veut sauver l’âme de Jefferson, le reste, ça ne le concerne pas.

On aura une belle bataille de regards noirs, de paroles retenues, entre Grant, le croyant non pratiquant et le pasteur, sans oublier les regard encore plus noirs de sa tante, grande pratiquante, elle.

Oui, l’auteur a su donner sa place aussi aux croyances des uns et des autres, à la religion qui prenait une place énorme chez certains, le tout sans blâmer l’un ou l’autre, sans donner raison à l’un ou l’autre, mais en insufflant les paroles qui fallait aux différents protagonistes.

Putain, c’est un beau roman, c’est fort, ça fait mal à sa gueule, c’est bien écrit, touchant, jamais larmoyant gratuitement et on se dit que fin des années 40, il y avait encore un sacré chemin à faire pour les Droits civiques des personnes Noires.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°71.

Les larmes de la liberté / Fuir la colline aux esclaves : Kathleen Grissom [LC avec Bianca]

Titre : Les larmes de la liberté / Fuir la colline aux esclaves

Auteur : Kathleen Grissom
Édition : Pocket (01/02/2018)
Édition Originale : Glory over Everything : Beyond The Kitchen House (2016)
Traducteur : Isabelle Allard

Résumé :
Philadelphie, 1830. Pour sauver un jeune garçon victime de marchands d’esclaves, James, va devoir affronter les secrets de son passé.

Orfèvre respecté de la bonne société de Philadelphie, James devient l’amant de Caroline, jeune femme malheureuse dans son mariage. Quand celle-ci tombe enceinte, James est rattrapé par son passé.

Mais avant d’avoir pu avouer ses origines à Caroline, il est appelé au secours par Henry, un ancien esclave qui lui a autrefois sauvé la vie. Son fils Pan a disparu. Tout porte à croire qu’il a été enlevé et vendu.

Pour retrouver Pan, James doit retourner sur les lieux de son enfance, la colline aux esclaves…

Critique :
Le premier opus, « La colline aux esclaves » m’avait retourné les tripes, me procurant des émotions en grand.

J’avais un peu peur de ne pas ressentir la même chose dans sa « suite » puisque je ne serais plus en compagnie du personnel de la plantation du capitaine Pyke à Tall Oaks puisque nous allions suivre la destinée de James et celle de Suckey, dont on avait fait connaissance dans le précédent volume.

Niveau émotions, elles furent différentes mais toujours au rendrez-vous car le personnage de James – qui s’est enfui de la plantation et apprend à se débrouiller seul – est émouvant dans le fait qu’il refuse sa condition de Nègre (sorry pour le mot, mais à cette époque de 1830…) puisqu’on lui a toujours dit qu’il appartenait à la classe Blanche.

Son secret, il va falloir le préserver, le protéger, car si les gens qu’il fréquente à Philadelphie apprennent ses origines négroïdes, il peut dire adieu à sa vie sociale, à sa position, à tout.

Bien que nous soyons dans le Nord et que les Noirs soient un peu mieux traité que dans le Sud, ils sont toujours esclaves et exclus de la Société. Nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours et même si la liberté a une meilleure saveur dans le Nord que dans le Sud, il s’avère que les Noirs occupent toujours les places les plus basses dans la société.

Une trame prenante, plusieurs récits qui s’entrechoquent, car en plus de découvrir la vie de James, nous aurons celle du jeune Pan, enlevé par des marchands d’esclaves et celle de Suckey, qui n’a rien à envier à ses semblables.

Les conditions de vie déplorables et inhumaines des Noirs en ces temps reculés est bien décrite, et quelques scènes sont assez éprouvantes, comme ces colonnes d’esclaves, enchaînés et tirés par des cavaliers hargneux maniant le fouet en cuir avec violence et plaisir.

Ce roman est différent du premier, mais il m’a permis d’avoir des nouvelles des personnages qui évoluaient dans le premier et ces nouvelles m’ont fait plaisir pour certains et j’ai été peinée pour d’autres.

James est un personnage intéressant, émouvant et qui va évoluer au fil du temps, apprenant à considérer les Noirs comme des êtres vivants, des êtres humains et non comme des animaux. On ne peut pas trop lui en vouloir, on l’a élevé dans cette mentalité et en changer prend du temps.

Il va vivre des aventures stressantes, éprouvantes et devra renaître différemment pour pouvoir avancer sur le chemin de l’acceptation de soi et des autres. L’auteur amorce ces changements de manière subtiles ou brusques, tout dépend du moment et des événements, mais le tout est amené de manière réaliste.

Le récit est, une fois de plus, éprouvant pour l’âme et le cœur, il tord les tripes, donne envie de hurler, d’entrer dans le roman et d’en liquider quelques uns.

Mon cœur s’est serré plusieurs fois, dont une fois de trop car j’aurais aimé une autre destinée pour un personnage, mais il est vrai que nous aurions franchi alors les limites du réalisme pour entrer dans l’ère des Bisounours et que cela aurait enlevé cette part de réalité au récit.

Un roman qui m’a ému, comme son précédent, mais d’une autre manière car l’auteur, tout en restant dans le même sujet qu’est l’esclavage, a su renouveler son récit tout en gardant ce qui avait fait la recette du premier.

Un roman fort, profond, émouvant, dont on ne sort pas vraiment indemne. J’ai donc demandé à Bianca, ma complice de LC, de nous mettre des Oui-Oui et des Petzi au menu de nos prochaines LC.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

 

L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu – Tome 4 – La Loi du plus fort : Wilfrid Lupano & Salomone

Titre : L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu – Tome 4 – La Loi du plus fort

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Salomone
Édition : Delcourt (21/06/2017)

Résumé :
Dans cette Amérique de 1900 où le Congrès est dominé par les millionnaires, l’application de la loi Dawes permet la spoliation de milliers d’hectares de terres indiennes et la NRA, jeune association de promotion des armes à feu, intrigue pour faire voter une loi à sa mesure.

Tandis que dans les banques, le TIC TIC d’une nouvelle machine est en train de changer le monde, nos héros se retrouvent pour un chassé-croisé impitoyable…

Critique :
J’ai toujours eu un faible pour les auteurs qui me parlent de l’Amérique telle qu’elle est en vrai et qui, avec un certain cynisme noir me démontre qu’en effet, l’être humain est difficilement récupérable lorsque l’on agite devant lui la possibilité de palper des billets.

Dans les albums de Lupano, on a croisé des tas de gens peu fréquentables : des magouilleurs, des tueurs, des salopes, des bonnes sœurs méritant les flammes de l’enfer, mais les pires seront toujours ceux qui reprennent d’une main ce qu’ils avaient donné de l’autre.

Notamment les 30.000.000 (30 millions, vous lisez bien) d’hectares de terres données aux indiens après les guerres… Et les amerloques viennent toujours donner des leçons de morales aux autres.

Si dans l’Ouest d’où nous sommes parti, ce sont les flingues qui font la loi, à la jeune capitale de Washington D.C. c’est la finance qui fait la loi. Et la jeune société baptisée N.R.A, si vous voyez de qui je veux parler. Le lobby des armes qui ne voudrait pas voir son futur marché juteux s’écrouler pour quelques papiers signés Madison.

La loi du plus fort étant toujours la meilleure, va falloir ruser afin d’arriver à ses fins. Si on y arrive, parce que les bâtons dans les roues sont nombreux dès qu’il s’agit de business florissant ou de lobby.

C’est avec un plaisir non dissimulé que j’ai retrouvé toute ma petite bande à la poursuite des fameuses lettres : Margot et ses atouts  qui se trouvent aussi bien dans sa te^te que dans son corsage qu’elle a bien rempli, Byron en fâcheuse posture, Knut et son langage à lui, nos deux jeunes indiennes, Jack, son père adoptif.

Ce tome 4 clôt la série et les fins de séries sont attendues avec impatience, mais aussi avec crainte car la question reste toujours de savoir comment les auteurs vont mettre fin à tout ça. Vont-ils rallier la fiction à la réalité (on sait ce qu’il en est du 2ème amendement) ou faire une uchronie avec un Amérique qui changerait de bord ?

Les États-Unis resteront tels qu’ils sont, ils ne changeront pas, seule le décor de notre bédé à changé puisque nous avons quitté les plaines de l’Ouest pour la « civilisation » de l’Est et ses grandes villes, ce qui donne un air mon western à ce dernier album qui clôt de manière honorable la série, à mon avis.

Puisque les États-Unis ne peuvent changer, autant que ce soit l’un des personnages qui fasse preuve d’un peu d’humanité, bien que je ne l’aurais jamais imaginé faire preuve d’amour ou de compassion. Les miracles n’ont pas lieu qu’à Lourdes, apparemment.

Un dernier tome moins burlesque que les précédents, des petits coups de plumes assassines envers les States et leur mentalité, leur mode de fonctionnement qui écrase les minorités qui y habitaient bien avant les nouveaux arrivants, une fin inattendue où la fiction rejoint la réalité, avec une explication appartenant aux auteurs mais qui pourrait être plausible aussi.

Une belle saga que je prendrai plaisir à relire encore et encore.

Mais je laisserai le dernier mot à notre cher ami Knut Hoggaard et sa poésie bien à lui :
— Lha SoolOop ! LaA SSSoLoôp ! La LooAaaah Mon KUuL ! Moooonde eeest fouuu !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Sweet sixteen : Annelise Heurtier

Titre : Sweet sixteen

Auteur : Annelise Heurtier
Édition : Casterman (2014)

Résumé :
RENTRÉE 1957.
Le plus prestigieux lycée de l’Arkansas ouvre pour la première fois ses portes à des étudiants noirs.
Ils sont neuf à tenter l’aventure.
Ils sont deux mille cinq cents, prêts à tout pour les en empêcher.

Cette histoire est inspirée de faits réels.

Critique :
1954 après J-C. La Cour Suprême des États-Unis vote la déségrégation et permet aux étudiants Noirs d’aller étudier dans les écoles de Blancs.

Toute l’Amérique se soumet ? Non, les états du Sud résistent encore et toujours à ce jugement.

Entre une décision de justice et la réalité, il y avait un monde à traverser.

Arkansas, 1957 : le prestigieux Lycée Central de Little Rock doit ouvrir ses portes à neuf étudiants noirs… et c’est là que les Romains s’empoignèrent.

En Amérique, les Sweet Sixteen symbolisent le passage à l’âge adulte. 16 ans, c’est un cap, mais pour certains étudiants, ce ne sera pas sweet du tout.

Qu’il en a fallu du courage et une grosse paires de cojones à ces 9 étudiantes et étudiants Noirs pour effectuer leur rentrée scolaire dans un bahut composé de plus de 2500 Blancs qui n’étaient pas du tout disposés à leur faciliter la vie. Pire, même…

Une foule incroyable était massée devant l’école. Les trottoirs étaient noirs de Blancs.

Ils n’en voulaient pas, de ces « Nègres », comme ils disaient, ces étudiants dont le crâne avait été bourré de préjugés et de théories à la con par leurs parents, leurs grands-parents et tous leurs ancêtres esclavagistes.

Molly avait beau avoir grandi dans ce quotidien là, elle était tout à fait consciente de l’iniquité de la situation. La vie des Noirs semblait être faite d’un ingénieux assemblage d’injustices courantes, ne visant qu’à une chose : les maintenir à leur place, c’est-à-dire sous les semelles des Blancs.

Dans ce court roman d’un peu plus de 200 pages, il y a du concentré d’imbécilité humaine, des préjugés raciaux, des conneries à l’état pur dites ou pensées par les Blancs et je vous avoue que voir des gens civilisés (sois-disant) se comporter comme des enfoirés de première, et bien, ça fait mal à la gueule.

Mal ma gueule parce que ce sont les Noirs qui sont désignés comme des non-civilisés par des gens qui se comportent pire que des singes (les Blancs). Honte pour eux, les Blancs. Même le président Eisenhower devra intervenir…

Le Président Eisenhower en personne était intervenu dans l’affaire. Dès le lendemain, mille soldats de la 101è division aéroportée seraient parachutés à Little rock, pour permettre à Molly et à ses huit camarades de suivre les cours en toute sécurité. La 101è division. Des hommes qui faisaient la guerre dans le monde entier.

Voir ces honnêtes (tu parles) mères de famille blanches grimper aux grillages de l’école, les cheveux décoiffés, les jupes déchirées par l’exercice, la rage déformant leurs traits… tout ça pour quoi ?? Pour agresse Molly, noire, une des deux narratrices du roman. Pitoyable…

L’autre narratrice est Grace, une jeune fille blanche, de « bonne famille », c’est-à-dire que ses parents ne sont pas trop enchanté de l’arrivée des étudiants noirs. L’autre est Molly, étudiante noire, qui fait partie des Neuf. Molly est inspirée d’une des véritables étudiantes.

J’ai aimé avoir l’avis de Grace qui se trouve être plus modérée que les autres Blancs, bien qu’elle ne se frotte pas pour autant aux étudiants de couleurs, de peur de perdre sa popularité. Pour le reste, elle ne brutalise personne, elle est d’avis de ne pas faire attention à eux et puis c’est tout. Pourtant, elle n’est pas faite de bois et c’est bien une des rares qui réfléchisse et qui comprenne.

Molly, elle, elle va en baver durant son année scolaire… j’ai aimé sa fraicheur, ses peurs, ses faiblesses, son cran. Elle sait qu’elle et les autres sont des pionniers et que plus tard, d’autres en profiteront, il faut juste ouvrir la voie.

L’intégration était suspendue ? Peut-être que cela valait mieux, après tout. Sa vie redeviendrait comme avant. Injuste, mais normale et rassurante. Avec des écoles minable, mais sans menaces de mort au téléphone.

Tout le roman se lit sous tension, on a peur pour eux parce qu’un Blanc peut tuer un Noir sans que cela entraine des sanctions. C’est comme s’il avait écrasé une mouche. Le Blanc peut insulter le Noir, mais le pauvre ne peut pas répondre. Facile, non ?

Lire ces événements aux travers le récit d’un personnage inspiré d’un vrai donne plus de corps au récit, plus de punch, plus de peine et de cœur serré. Nous sommes en 1957, mais c’est dans le Deep South qu’on est tombé et ça pue encore le racisme de la guerre de Sécession.

Voir autant de conneries humaines, ça ne vous fait pas vous sentir bien. Savoir que l’on ferma ensuite le Lycée durant plus d’une année scolaire, empêchant ainsi TOUS les étudiants d’y entrer, je trouve ça du gâchis. Un manque de logique grave que d’empêcher 2500 élèves de faire leur rentrée juste pour ne pas que quelques uns (les Noirs) rentrent eux aussi.

Mais ce qui me donne encore plus de sueurs froides, c’est lorsque je me demande comment nous réagirions, nous, si demain, on faisant entrer dans nos écoles certains enfants… vous savez, ceux des gens qui nous font resserrer instinctivement les bras sur nos sacs à main lorsqu’ils arpentent les métros, ceux que Daniel Guichart mettaient à l’honneur dans une chanson ♫ Il ne sait pas d´où il vient ♫ Mais il sait toujours où il va, Il a des milliers de cousins ♪

Comment réagirions-nous si… ? Et là, j’ai peur de la réponse, peur de voir des gens se comporter aussi mal que dans ce roman.

Parce qu’une foule, c’est bête ! Une foule en colère, ça ne réfléchit pas. Parce que les préjugés et la démagogie ont encore de beaux jours devant eux et que certains aiment jeter de l’huile sur le feu.

La stupidité était la chose la mieux partagée au monde.

Un grand roman fort, brutal, servi par une plume que l’on sent au service de la littérature jeunesse, mais qui n’écorchera pas les yeux d’un lecteur adulte.

Un roman qui fait réfléchir sur les comportements totalement fous de certains humains qui auraient juste mérité le titre de tarés profonds et dangereux. Non, pas taré, ce serait encore trop gentil.

Heureusement qu’il reste l’espoir dans ces pages, même si les actualités me font douter parfois…

Peut-être que finalement Maxene Tate avait raison. Peut-être que tout cela ne faisait que commencer. Peut-être que le jour viendrait où les Noirs pourraient assister aux mêmes spectacles que les Blancs. Peut-être que les piscines leur seraient ouvertes toute la semaine, et pas seulement la veille du nettoyage. Qu’un chanteur noir aurait le droit de faire swinguer une femme blanche sans être boycotté. Qu’il serait permis de se marier en mélangeant les couleurs.
– Et peut-être même qu’un jour il y aura un président noir à la Maison-Blanche ! s’enflamma-t-elle devant son miroir.

« Le Mois Américain » chez Titine.

CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur : Harper Lee

Titre : Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur                                  big_5

Auteur : Harper Lee
Édition : Livre de Poche (2006)
Première publication : To Kill a Mockingbird (11 juillet 1960)

Résumé :
Dans une petite ville d’Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche.

Petit Plus : Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 – au coeur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis –, a connu un tel succès. Mais comment est-il devenu un livre culte dans le monde entier ?

C’est que, tout en situant son sujet en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la court story américaine et du roman initiatique.

Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde entier.

LC réalisée en partenariat avec Bianca, La tête dans mes livres, Isabelle, Lydie et ses livres et Catherine.

Critique : 
Pour ce roman, j’ai fait honneur à mon deuxième pseudo qui est « Cannibal Lecteur » car j’ai dévoré ce roman en presque une seule journée.

Mais lundi 07/09, il était tard, il me restait une petite centaine de pages à lire et je devais me lever tôt. Ce fut donc avec regret que j’ai posé le roman, juste à la fin du procès, l’âme en peine à l’idée de ne pas le terminer de suite, le cœur lourd en sachant qu’il serait bientôt fini.

Qu’est-ce qui a fait que j’ai bouffé, avalé, dévoré, cannibalisé ce roman ? Tout ce qui est dedans était appétissant… et tout en étant simple, c’était un récit complexe. J’vous explique.

Le récit se passe dans la petite ville de Maycomb (fictive) en Alabama, au cœur de l’Amérique sudiste très raciste et remplie de préjugés. Les années 30, c’est toute une époque, notamment celle de la récession économique.

La petite ville de Maycomb a tout du trou du cul de l’Alabama, toutes les familles se connaissent et il fut un temps où tout le monde se reproduisait entre eux, ce qui donne des familles liées à plusieurs degrés, bien souvent.

Malgré tout, il y a des classes dans la ville. Selon votre nom de famille, vous êtes en haut du panier, au milieu, dans le fond du panier ou encore plus bas, si vous être noir. Et on est prié de ne pas se mélanger entre classes, s’il vous plait !

— Pourquoi, Tatie ? C’est des gens bien.
Elle me jeta un regard par-dessus ses lunettes qu’elle portait pendant ses travaux d’aiguille :
— Jean Louise, je ne doute pas un instant que se soient des gens bien, cependant, ils ne sont pas de notre milieu.

Les gens de couleurs sont appelés « Nègres » par ces charmantes personnes et ont moins de droit qu’un chien galeux. D’ailleurs, ils n’en n’ont même pas, de droits, et leur parole vaut moins que celle d’un Blanc au tribunal.

Il y a quelque chose dans notre monde qui fait perdre la tête aux hommes. Ils ne pourraient pas être justes s’ils essayaient. Dans nos tribunaux, quand c’est la parole d’un homme blanc contre celle d’un Noir, c’est toujours le Blanc qui gagne. C’est affreux à dire mais c’est comme ça.

Ambiance « Amérique rurale sudiste et raciste » assurée et j’aime lire ce genre de portrait de celle qui a, parfois, un peu trop tendance à donner des leçons aux autres.

C’est Scout Finch (Jean-Louise, de son véritable prénom) qui nous raconte cette histoire qui va se dérouler sur un peu plus de 3 ans. La simplicité du récit vient du fait que c’est une petite fille qui a presque 6 ans qui nous le narre.

La complexité vient du fait qu’au début du roman, Scout nous dit qu’elle se souvient de tout, donc, elle est plus âgée lorsqu’elle prend la plume pour nous conter cette partie de sa vie. C’est pour cela que la narration est tout de même différente de celle d’une gamine de 6 ans.

Malgré tout, dans son récit, Scout Finch se montre toute innocente, ne sachant pas toujours de quoi les grands parlent, surtout quand les femmes parlent de leurs « périodes ».

Il y a de l’innocence dans le récit, celle d’une petite fille qui ne désire que peu de choses : porter des salopettes, ne pas aller à l’école et suivre son grand frère, Jem (Jeremy) partout et jouer toutes les vacances avec Dill, un petit garçon étrange, à l’imagination bien développée.

Si le début du roman est tout doux avec les trois enfants qui sont intrigués par un de leur voisin Boo Radley qui vit reclus chez lui et tentent par tous les moyens de savoir s’il est vivant ou non, la suite deviendra plus sombre, plus profonde, plus émotionnelle.

Le père des enfants, Atticus Finch est chargé de défendre Tom Robinson, un Noir accusé du viol d’une Blanche et c’est là que le récit prend de l’ampleur.

Le racisme des habitants de la ville est un racisme crasse, bête et méchant, limite risible si ce n’était pas aussi grave.

—Jem, demandai-je, c’est quoi un métis ?
— Un enfant à moitié blanc, à moitié noir. Tu en as vu, Scout. Tu sais, ce petit rouquin aux cheveux frisés qui livre chez l’épicier. Il est à moitié blanc. Ils sont très tristes.
— Pourquoi tristes ?
— Parce qu’ils n’appartiennent à aucune communauté. Les gens de couleur n’en veulent pas parce qu’ils sont à moitié blancs; les Blancs n’en veulent pas parce qu’ils sont de couleur; alors ils sont entre les deux, c’est-à-dire nulle part.

Pour eux, défendre un Nègre est honteux, être l’ami d’un Nègre encore plus et les enfants Finch vont en voir de toutes les couleurs à cause de la défense que leur père doit assurer pour Tom Robinson.

Ici, tout le monde a été biberonné au racisme, enfants comme adultes perdent tout sens commun et nous entrainent dans des situations qui m’ont fait froid dans le dos parce qu’il suffirait de peu pour qu’on le revive en 2015. N’allons pas croire que nous serions différents… Rien de plus stupide qu’une foule.

Le récit du procès m’a fait couler la sueur froide dans le dos, j’ai eu mal ma gueule devant tant de bêtise humaine, devant tant de préjugés. Ça me prend aussi devant les infos…

— Je voudrais que tu comprennes ce qu’est le vrai courage. C’est savoir que tu pars battu d’avance, et malgré cela, agir quand même et tenir jusqu’au bout.

— Avant de vivre en paix avec les autres, je dois vivre en paix avec moi-même. La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l’individu.

Tout le roman est profond, émotionnellement fort, mais le procès et l’après-verdict le seront encore plus.

Tuer un oiseau moqueur est un péché, tout comme accuser un innocent et le condamner. C’est nier l’évidence la plus flagrante, c’est ne pas vouloir voir, c’est condamner à cause d’une couleur de peau et se moquer de la Justice.

Un roman qui m’a pris aux tripes, un roman dont la plume, simple et complexe, vous entrainera dans le Deep South, le Sud profond, dans tout ce qu’il a de plus laid, mais dans tout ce qu’il a de plus beau aussi.

Même dans l’obscurité, il y a toujours un peu de lumière. Oui, il y a de la philosophie de vie, dans ces pages et ce serait bête de passer à côté.

— On va gagner Atticus ?
— Non, ma chérie.
— Alors pourquoi…
— Ce n’est pas parce qu’on est battu d’avance qu’il ne faut pas essayer de gagner.

— D’abord, Scout, un petit truc pour que tout se passe mieux entre les autres, quels qu’ils soient, et toi : Tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n’envisageras pas la situation de son point de vue …
— Pardon ?
— … tant que tu ne te glisseras pas dans sa peau et que tu n’essaieras pas de te mettre à sa place.

Une lecture marquante, lecture que j’aurais dû faire depuis longtemps et qui me donne envie de proposer d’ajouter une sixième étoile chez Babelio.

Un roman très grand… à faire lire aux petits esprits, mais pas sûr qu’ils comprendront le message. Non, comprendraient pas !

— Je voulais que tu comprennes quelque chose, que tu voies ce qu’est le vrai courage, au lieu de t’imaginer que c’est un homme avec un fusil à la main. Le courage, c’est de savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter. Tu gagnes rarement mais cela peut arriver.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016), « Le Mois Américain » chez Titine, Lire « À Tous Prix » chez Asphodèle (prix Pulitzer en 1961) et le Challenge « La littérature fait son cinéma – 4ème année » chez Lukea Livre.

BILAN - Coup de coeur
CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016 CHALLENGE - Mois Américain Septembre 2014

Le dernier arbre : Tim Gautreaux

316608~v~Le_Dernier_ArbreTitre : Le dernier arbre                                                                   big_5

Auteur : Tim Gautreaux
Édition : Sueil (2014)

Résumé :
Randolph, fils d’un riche négociant en bois de Pittsburgh est expédié par son père en Louisiane pour y récupérer son aîné Byron, qui fait office de constable dans une exploitation forestière perdue au milieu des marais.

Les ouvriers sont rongés par les fièvres et l’alcool, et Byron, moralement dévasté par son expérience de la Première Guerre en Europe.

Un misérable saloon tenu par des Siciliens (la Mafia étend son bras tout-puissant jusqu’aux bayous) catalyse la violence et le manque d’espoir de ces hommes coupés du monde. Tandis que Byron règle les problèmes à coups de feu et de poing, Randolph, lui, croit encore aux vertus du dialogue et de la diplomatie pour maintenir l’ordre dans la « colonie ».

Plus approche le moment où le dernier arbre sera coupé, et les ouvriers renvoyés chez eux aussi pauvres qu’ils étaient arrivés, plus l’on doute de voir Randolph ramener son frère à la civilisation — et à la raison.

Grand roman « sudiste » sur la fraternité et la paternité, mais aussi sur l’impitoyable capitalisme des années 20 dans une Amérique ivre de progrès technique. Un pays où être un bon citoyen, c’est être riche, ce qui signifie que celui qui possède l’argent est aussi celui qui dicte la loi.

Critique :
Bienvenue à Nimbus, concession forestière des Aldridge, un des nombreux trous du cul de la Louisiane. Bienvenue dans un enfer chaud et humide.

Attention, regardez où vous mettez les pieds car il y a des mocassins d’eau qui se nichent dans les flaques boueuses. Et rien à voir avec la chanson ♫ tes mocassins et les miens ♪ car ici, nous parlons de serpents d’eau.

Dans ce roman, les gars, va falloir bosser dur durant de longues années, le temps de couper tous les arbres, des cyprès chauves. Scier les troncs, les débiter 6 jours sur 7 avant de vous saouler la gueule du samedi soir au lundi matin dans le bastringue tenu par un sicilien louche ayant des cousins mafiosi.

Oubliez les syndicats et les droits des travailleurs, car en 1923, seuls les riches ont des droits. Je ne vous parlerai même pas du cas où vous seriez de couleur… là, le mot « droit » n’existe même pas pour vous, hormis celui de fermer votre gueule.

— Bon sang de merde, marshal, pourquoi vous avez descendu mon seul Blanc ? Merville cracha juste à côté de la botte du pilote.
— Le docteur refuse de soigner les nègres. Allez chercher votre brancard et emmenez-le à la clinique.

Sans user d’artifices, l’auteur nous décrit l’Amérique des années 20, celle qui avance à pas de géant, qui industrialise tout, qui déforeste tout… Le roman vous plongera dans un marais où les conditions de vie et de travail sont inhumaines, les accidents graves ou mortels nombreux et où le racisme, tel l’alligator dans le bayou, règne en maître.

Utilisant une multitude de personnages, tous bien travaillés, tous bien distincts – certains étant même très attachants – l’auteur explore une partie des années 20, avec tout ce qu’elles avaient de démesuré niveau progrès industriel (le téléphone et les constructions à tout va, en bois). Sans oublier le traumatisme de la Première Guerre, bien présent chez un des frères Aldridge, Byron.

— J’ai compris que notre première vague d’assaut, lourdement chargée, était censée se faire faucher par l’artillerie allemande et rester coincée dans les barbelés, nos corps servant de dépôts d’armes pour les vagues suivantes, tu vois ? C’est à ce moment-là que j’ai su ce que valait une vie humaine aux yeux d’un de ces maudits généraux.

C’est toute la vie de la concession forestière qui se déroule dans ce roman aussi profond que l’étendue des cyprès : les maladies, les accidents, le débit de boisson, la mafia qui tient les ouvriers par l’alcool, les putes et le jeu, ces hommes dépensant jusqu’à leur dernier sous dans ce bouge dégoutant.

La sueur a coulée sur mon front durant la lecture, non pas que le roman était pompant, mais il est tellement puissant que j’ai été emportée dans le bayou, suivant ses méandres tortueux et boueux, j’ai pataugé dans tout cela et j’en suis ressortie bouleversée, épuisée, secouée… L’âme de certains hommes est plus boueuse et tortueuse que les méandres de ce diable de bayou !

La tension est palpable tout au long de l’histoire, les salauds vous harcèlent comme un moustique la nuit, vous ne savez jamais quand ils vont frapper et c’est au moment où l’attention se relâche qu’ils en profiteront pour vous piquer définitivement d’une balle bien placée.

Il y a aussi dans ce récit de l’amour fraternel, celui d’un frère cadet (Randolph) qui ne sait rien de la Grande Guerre et qui voudrait aider son aîné (Byron) à se ressaisir, lui qui a vu les horreurs de Verdun. Un père aussi, qui voulait que son fil Byron fasse la guerre, qu’il soit un héros, qu’il aille au feu et qui ne comprend pas pourquoi il est revenu traumatisé, se réfugiant dans l’alcool et le fuyant comme la peste.

Cette pensée ne lui apporta nul réconfort; cependant, elle lui donnait un aperçu du puits abyssal rempli de sombres pressentiments dans lequel tombait son frère chaque fois qu’il ouvrait les yeux sur une aube nouvelle.

Tant de personnages dont j’ai partagé la vie, les souvenirs sur cette Amérique, tout ces gens que je dois quitter, maintenant, les laisser aller ailleurs, détruire une autre forêt (pour les Aldridge), reconstruire d’autres baraquements minables et continuer à se faire exploiter car une partie de ces pauvres gars,  après 5 années de dur labeur, n’ont même pas mis un dollar de côté sur un compte en banque et repartent avec les mêmes frusques sur le dos.

Il savait que le monde des humains n’était qu’une installation temporaire, un ouvrage de pacotille qui exploitait la nature avant d’être lui-même absorbé par le monde qu’il avait tenté de détruire.

Un grand roman coup de cœur qui ne vous laissera pas indifférent, un roman sur l’impitoyable capitalisme des années 20 dans une Amérique qui se gave de progrès technique au point de ne pas réfléchir et de détruire tout le capital « arbres ». Ici, c’est pas Zorro qui fait la loi, mais les Zéro qu’on a après les chiffres, sur un compte en banque.

Un grand roman presque en vase-clos, dans un décor dévasté par les crues, la boue… Une nature qui était magnifique mais qui sera dévastée car ici, on coupe les arbres jusqu’au dernier…

Cependant, lorsque le train pénétra en ferraillant dans une clairière de quarante hectares hérissée de souches, le hameau lui apparut comme une maquette de ville en bois, pas encore peinte, bricolée par un gamin à l’aide d’un canif émoussé. Jonché de bois mort – des cimes d’arbres détachées du tronc – sillonné par trois rues boueuses, le lieu ne semblait pas ancien mais gorgé d’eau, torturé par les intempéries, assailli par les mauvaises herbes.

Enfile tes bottes, prends ta scie et regarde où tu marches, des fois qu’un alligator ou un serpent te mordrais… gaffe aussi aux mafiosi, comme ces animaux précités, ils n’aiment pas qu’on les dérange dans leur petit business…

Prends une Winchester à plusieurs coups et laisse-toi tenter par un verre de whisky frelaté dans le troquet. La paye n’est pas bonne, la boisson non plus, les conditions de travail sont merdiques, mais putain, tu vas lire un sacré bon roman !

Le « Challenge US » chez Noctembule et le Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2015-2016).

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CHALLENGE - Thrillers et polars 2015-2016 CHALLENGE - US