Un profond sommeil : Tiffany Quay Tyson

Titre : Un profond sommeil

Auteur : Tiffany Quay Tyson
Édition : Sonatine (25/08/2022)
Édition Originale : The Past Is Never (2018)
Traduction : Héloïse Esquié

Résumé :
Cachée au milieu de la forêt, la carrière fascine autant qu’elle inquiète. On murmure que des esprits malveillants se dissimulent dans ses eaux profondes.

Par une chaude journée d’été, Roberta et Willet bravent toutes les superstitions pour aller s’y baigner avec leur petite sœur, Pansy. En quête de baies et à la faveur d’un orage, ils s’éloignent de la carrière.

Quand ils reviennent, Pansy a disparu. Quelques années plus tard, Roberta et Willet, qui n’ont jamais renoncé à retrouver leur sœur, suivent un indice qui les mène dans le sud de la Floride.

C’est là, dans les troubles profondeurs des Everglades, qu’ils espèrent trouver la réponse à toutes leurs questions.

Critique :
Les disparitions d’enfants sont des sujets que j’évite comme la peste, en littérature (et à la télé aussi), pourtant, j’ai sauté à pied joints dans ce roman noir, parce que le récit n’était pas QU’UNE histoire de disparition d’enfant.

En littérature, j’apprécie toujours d’aller dans l’Amérique profonde, dans le Sud, ségrégationniste au possible, haineux, pauvre…

Attention, je n’aime pas le racisme, la ségrégation me fait vomir, mais les atmosphères du vieux Sud me plaisent, en littérature. Cela donne souvent de grands romans.

Le récit s’écoule comme le Mississippi, lentement et il est aussi boueux que sombre. Sombre comme les eaux dans la carrière, celle que l’on dit maudite. Ne cherchez pas des fins de chapitres avec un suspense à couper au couteau, il n’y en a pas.

Ce roman noir, véritable drame, est surtout le récit de ce qu’il se passe dans une famille lorsque l’un des membres disparaît, surtout si cette personne est à l’orée de sa vie, trop jeune pour disparaître.

De plus, dans une disparition, les questions se posent, restent et empoisonnent la vie de tous les membres de cette famille, puisque nul ne sait si la  disparue est vivante ou morte.

Roberta, dite Bert, notre narratrice, se retrouve coincée entre une mère qui ne vivait déjà que pour sa petite dernière et qui maintenant, vit comme un légume (lit, divan), un père absent (on ne sait où il est, ni quand il reviendra) et un frère aîné qui gère le ménage, mais qui souvent, oublie qu’elle est vivante, qu’elle existe.

La disparue, tel un trou noir, aspire tout ce qui est vivant, reléguant les autres dans un coin, les enfonçant dans l’oubli.

Les débuts de chapitre sont consacrés à une période de l’Histoire, un passé dont les pièces du puzzle vont se mettre à former une image et nous éclairer sur bien des choses dans cette famille bizarre.

Le récit se déroule dans les années 70, les Blancs n’aiment pas se mélanger avec les Noirs et 20 ans auparavant, on tuait des Noirs sans que cela prête à conséquence. L’effet de meute était présent.

Un gamin Noir aurait fait un clin d’œil à une dame Blanche ? Horreur, malheur, punissons-le ! Une jeune Noire enceinte d’un Blanc ? La question d’un possible viol ne se posait même pas, elle l’avait séduit, donc, mise à mort ! Le shérif ne levait pas le petit doigt. Ça ne lui en touchait même pas une, alors, pour faire bouger l’autre, il aurait fallu shooter dedans.

Roberta est touchante, elle est humaine, elle est jeune, fait des erreurs, se regarde parfois le nombril, ne trouve pas sa place dans cette société où les superstitions sont nombreuses, où le racisme est omniprésent et où elle a l’impression que sa famille lui cache des choses sur le passé de leur paternel.

Justement, parlons de la famille, celle que, contrairement aux copains, on ne choisit pas, ou que parfois, on nous choisit… Roberta n’est pas gâtée avec sa famille et pourtant, c’est auprès de sa grand-mère (un sacré personnage, Clem), qu’elle trouvera réconfort et travail, mais pas les réponses à ses questions.

Cet excellent roman noir, aux atmosphères poisseuses comme les Everglades, commence dans le Mississippi pour se terminer dans les marais de Floride, où notre jeune Roberta va mener une enquête, afin de re retrouver son père.

Un roman noir qui, malgré qu’il traite d’un drame, n’est pas dénué de lumière, notamment grâce à ses personnages marquants, certains étant plein de secrets, mais aussi grâce à son scénario maîtrisé qui nous entraîne dans une certains Amérique, celle qui est profonde, le tout sans manichéisme aucun.

De plus, ce roman noir donne une place importante aux femmes, alors, raison de plus pour le lire, mesdames et messieurs !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°46] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Blackwater – 01 – La Crue : Michael McDowell

Titre : Blackwater – 01 – La Crue

Auteur : Michael McDowell
Édition : Monsieur Toussaint Louverture (07/04/2022)
Édition Originale : Blackwater, book 1: The Flood (1983)
Traduction : Yoko Lacour et Hélène Charrier

Résumé :
Alors que les flots sombres et menaçants de la rivière submergent Perdido, une petite ville du sud de l’Alabama, les Caskey, une riche famille de propriétaires, doivent faire face aux innombrables dégâts provoqués par la crue.

Mené par Mary-Love, la puissante matriarche, et par Oscar, son fils dévoué, le clan s’apprête à se relever.

Mais c’est compter sans l’apparition , aussi soudaine que mystérieuse, d’Elinor Dammert, jeune femme séduisante au passé trouble, dont le seul dessein semble être de s’immiscer au cœur de la famille Caskey.

Critique :
« Puisque vous ne m’avez pas crue, vous m’aurez cuite », comme le disait si bien Jeanne D’Arc sur le bûcher. La ville de Perdido (Alabama du sud) pourrait dire (si elle savait parler) : « Le jour de la crue, j’ai été cuite ».

Submergée par les flots de la Perdido et de la Blackwater, la ville est recouverte d’eau, de boue, tout est dévasté.

La première chose qui m’a attiré, dans cette saga de 6 romans, ce sont les couvertures ! Purée, elles sont magnifiquement ouvragées. Alors, pourquoi pas ?

Ce premier tome pose les bases de la famille Caskey, une famille qui a fait fortune dans le bois, avec une scierie. Nous sommes en 1919 et à cette époque, les Noirs peuvent servir les Blancs, mais pas s’asseoir à leur table.

Les premières pages du livre sont intrigantes : la crue a eu lieu et Oscar Caskey, en barque avec Bray, un de ses employés (Noir), trouve une femme dans l’hôtel de la ville. Elle n’a pas été prévenue de la crue. Bizarre, bizarre se dit Bray (et les lecteurs aussi). Surtout lorsqu’il remarquera la hauteur où l’eau s’est arrêtée, à ce premier étage !

Elinor est un personnage énigmatique. Le côté fantastique vient d’elle. Sans en dire plus, soit les mystères qui l’entourent n’en sont pas (effet d’optique dû au soleil), soit il y a un truc qui sent mauvais dans son cas. Pour moi, ça pue, méfiance !

On ne peut pas dire que l’action est présente dans ce premier tome. Et pourtant, j’ai eu du mal à le lâcher. Les mystères qui entourent le personne d’Elinor, m’ont happé, tel le courant puissant de la rivière.

De plus, j’ai apprécié les autres personnages, même si nous sommes en présence d’une mère limite castratrice, qui ne veut pas que ses enfants partent ailleurs, que son fiston se marie… Mary-Love, puissante matriarche du clan Caskey, est une roublarde, mais elle pourrait tomber sur pire qu’elle.

Oui, à Perdido, ce sont les hommes qui bossent, mais ce sont les femmes qui décident, qui tirent les ficelles, qui manipulent. Girl power ! Attention, les femmes Blanches, bien entendu. N’oubliez pas que nous somme en Alabama du Sud et en 1919 ! Machiavel pourrait trouver à qui parler, avec certaines femmes, dont Mary-Love et Elinor.

La plume de l’auteur est aussi fluide que les cours d’eau, elle glisse toute seule et on a envie de voguer sur les flots de ces deux rivières qui se rejoignent en créant un tourbillon mortel. Merde alors, je viens de succomber aussi à la maladie de l’année : Blackwater ! Paraît que ça se soigne facilement, en lisant tous les tomes. Je vais me soigner, alors !

Sans que ce soit le livre de l’année, l’univers mis en place par l’auteur m’a bien plu, sans pour autant que je puisse vous dire précisément pourquoi. Sans doute grâce au contexte historique (ségrégation raciale), à cette famille peu ordinaire et au personnage mystérieux de Elinor, que l’on n’arrive pas à cerner.

Les tensions, les secrets cachés, le petit côté fantastique maîtrisé, tout ça m’a fait plonger dans ce roman avec plaisir. Je compte remettre mon maillot de bain et aller à nouveau nager dans les eaux troubles de la famille Caskey prochainement.

Alors, qui plongera aussi ??

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°41] et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Deadwood Dick – Tome 3 – Black Hat Jack : Mauro Boselli, Stefano Andreucci et Joe R. Lansdale

Titre : Deadwood Dick – Tome 3 – Black Hat Jack

Scénariste : Mauro Boselli et Joe R. Lansdale
Dessinateur : Stefano Andreucci

Édition : Paquet (18/08/2021)
Édition Originale : Deadwood Dick, tomo 3 : Black Hat Jack (2020)
Traduction : Roma Paris London

Résumé :
27 juin 1874, seconde bataille d’Adobe Wells. Deadwood Dick, son ami Black Hat Jack et une centaine de chasseurs de bison font face à des centaines de Comanches, Cheyenne et Kiowas.

Un jour où il n’a pas été facile de conserver son scalp !

Critique :
Chevaucher aux côtés de Deadwood Dick est synonymes d’emmerdes !

Déjà, il est Noir et dans l’Ouest hyper raciste, surtout après la guerre de Sécession, c’est garantit sur facture qu’il va se faire refouler de partout.

Les autres emmerdes qui se pointent, ce sont les Comanches qui circulent dans la plaine et qui n’ont pas l’air d’y être pour se balader et prendre l’air.

Mais lorsque que des centaines de guerriers Comanches, Cheyennes et Kiowas se rassemblent et entrent sur le sentier de la guerre, ça sent le roussi pour les scalps des chasseurs de bisons.

Je me plaignais du tome 2 qui, tout en étant ultra violent, était un peu faiblard du scénario, le tome 3 a comblé mes attentes en me proposant un récit où le scénario n’était pas résumé à sa plus simple expression !

Oui, la violence est omni présente, on ne se bat pas contre des Indiens en la jouant Bisounours, eux-mêmes n’étant pas des enfants de cœur. Avec le recul, on les comprend, ils étaient chez eux, tout compte fait, comme nous le dira, avec philosophie, le copain de Deadwood, Black Hat Jack.

L’auteur n’a pas fait l’erreur de rendre Deadwood Dick solidaires des Indiens, même s’il comprend lui aussi leur rage, il ne va pas se transformer en défenseur de ce peuple, ce serait un peu anachronique et ne donnerait rien d’intéressant point de vue scénaristique.

Il n’a pas la haine des Rouges comme les autres, mais quand il faut se défendre, il n’hésite pas à flinguer, à y aller franco et à risquer ses fesses pour sauver deux pauvres cow-boys solitaires, loin de chez eux. Ah non, un seul, l’autre est déjà mort, tué par les Indiens en colère.

Les Indiens, eux, ne comprennent pas toujours comment ce soldat, Noir, victime des Blancs comme eux (et tout son peuple aussi), peut défendre leur cause et se battre à leur côté. Deadwood est seul, être ami avec un Blanc est mal vu, avec un autre Noir, c’est double emmerdes assurées, alors, faire copains avec les Indiens, ce serait un suicide. Deadwood a choisi son camp.

La saga de Deadwood Dick, c’est du super bon western, violent, bourré de racisme des Blancs (ce qui était la norme à l’époque, ne pas en tenir compte serait débile), mais au moins, il sait se défendre, il a de la répartie, que ce soit avec sa langue ou avec ses colts (et si un Blanc voyait la taille de son tich, il en tomberait à la renverse, sauf sans doute un certain Rocco Sifredi).

Voilà du western comme je les aime : de la violence (non, j’en suis pas fière) et des scénarios qui tiennent la route, qui sont travaillés, même si on sent, dessous, le côté pulp ou dîme novel.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°40], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Deadwood Dick – Tome 2 – Entre le Texas et l’enfer : Maurizio Colombo, Pasquale Frisenda et Joe R. Lansdale

Titre : Deadwood Dick – Tome 2 – Entre le Texas et l’enfer

Scénariste : Maurizio Colombo et Joe R. Lansdale
Dessinateur : Pasquale Frisenda

Édition : Paquet (2021)

Résumé :
Il est des moments où vouloir rendre service peut créer des problèmes aux bons samaritains. Imaginez le cow boy noir américain Deadwood Dick, qui essaie d’aider un mourant dans le désert.

Et maintenant, imaginez tout ce qui lui tombe dessus: des flingueurs flous, des prostituées chinoises, et un corps plus que douteux…

Adapté d’une nouvelle de Joe R. Lansdale dont il reprend le style irrévérencieux et enjoué, cet album nous plonge dans un Far-West poussiéreux, sombre et violent.

Critique :
Poursuivant mes aventures avec Nat Love, mieux connu sous le nom de Deadwood Dick, je l’ai rejoint sur une attaque par des pillards sadiques : la bande de Rayo.

Les emmerdes vont commencer et ne vont pas se terminer avant la fin de cet album, le faisant plus ressembler à un western sanglant de Tarantino qu’à un épisode de la vie dans l’Ouest.

Le premier tome était assez violent, mais la violence me semblait « juste », non exagérée, mais ici, c’est massacres et compagnie, à tel point que le scénario se retrouve noyé dans les coups de feu tirés par Deadwood Dick et ses opposants qui veulent lui faire la peau.

Pourtant, Deadwood ne demandait qu’une chose : pouvoir enterrer l’homme qu’il avait croisé, coincé sous son cheval, au pied d’un arbre. Le cimetière avait l’air bien, j’y ai même aperçu la tombe d’Arch Stanton (cfr Le Bon, la Brute et le Truand – Il buono, il brutto, il cattivo : « Bill Carson m’avait seulement dit : La tombe marquée Inconnu, a côté d’Arch Stanton »).

La ville de Hide and Horns est un vrai modèle de sauvagerie, de barbarie, d’inhumanité. Peuplé de mecs bas de plafond ou d’un proxénète Chinois véreux, qui voient tous d’un mauvais œil l’arrivée d’un Buffalo Soldier, Noir de peau, qui veut y enterrer un autre Noir.

Un bain de sang, voilà le résumé de cet album qu’il faut lire avec les tripes bien accrochées, tant c’est du western ultra violent, sans concession, avec une pointe de lumière tout de même, sur le final.

Les dessins de Pasquale Frisenda sont différents de ceux du premier album, dessinés par Corrado Mastantuono. Entre nous, je préférais les premiers. Corrado Mastantuono avait un coup de crayon qui me plaisait mieux pour Deadwood Dick.

Mais Pasquale Frisenda réussi à rendre la glauquitude de la ville et de ses habitants. Pour peu, on sentirait bien l’odeur de poudre, de sang, de tripes qui se rependent, de la merde, de la pisse et du sperme, parce que d’après les filles, Deadwood en a une grande et elle est toute noire !

Je préférais le premier tome, où il y avait un scénario moins violent, même s’il n’en manquait pas et que ce n’était pas un album pour les petits enfants. Ici, c’est encore pire, en ce qui concerne la violence et le racisme (ce qui était normal à l’époque), mais cela noie un peu le scénario dans des scènes de flingage dignes du roman « Une assemblée de chacals » de S. Craig Zahler.

Un western ultra violent, à réserver aux cœurs bien accrochés ou à ceux et celles qui ont envie de vivre l’Ouest dans ce qu’il avait de plus crasse, de plus gore, de plus dégueu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°32], Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur. et le Mois Américain (Non officiel) – Septembre 2022.

Deadwood Dick – Tome 1 – Noir comme la nuit, rouge comme le sang : Michele Masiero, Corrado Mastantuono et Joe R. Lansdale

Titre : Deadwood Dick – Tome 1 – Noir comme la nuit, rouge comme le sang

Scénariste : Michele Masiero
Dessinateur : Corrado Mastantuono
Adapté de : Joe R. Lansdale

Édition Originale : Deadwood Dick, tomo 1 : Nero come la notte, rosso come il sangue (2018)
Traduction : Roma Paris London

Édition : Paquet (03/02/2021)

Résumé :
Nat Love, jeune Noir plus connu sous le nom de Deadwood Dick, manque de se faire lyncher parce qu’il a osé regarder une Blanche.

Afin de sauver sa peau, il s’engage dans l’armée et devient l’un des soldats noirs du 9e de cavalerie US.

Il affrontera la vie de caserne avec courage et abnégation, jusqu’au jour où retrouvera face à une troupe d’Apaches sur le sentier de guerre !

Critique :
Lorsqu’on est un Noir dans l’Amérique Blanche, peu de temps après la fin de la Guerre de Sécession, il vaut mieux faire profil bas et ne pas regarder la croupe incendiaire de l’épouse Blanche du type qui t’emploie à couper son bois pour des clopinettes.

En ce temps-là, on lynchait les Noirs pour un rien, le Blanc ayant toujours raison. Non, tout n’est pas encore parfait à l’heure actuelle.

La première chose qui m’avait attirée, dans cette bédé, c’était le nom de l’auteur Joe R. Lansdale. Je connais ses romans, sa gouaille, ses portraits réussis des personnages, quelque soit leur couleur de peau.

Ce gros album en noir et blanc, aux dessins réalistes et superbement bien dessinés, commence par un épisode rempli de suspense de la vie de notre Nat Love, jeune Noir connu pour le moment sous le nom de Dick. Aux prises avec un Indien, il nous interpelle, commençant par nous raconter sa vie et comment il en est arrivé là.

La particularité de Dick, c’est qu’il s’adresse à nous, lecteurs, tel un Deadpool. C’est assez inhabituel et j’apprécie toujours la chose. Les épisodes de sa vie vont s’enchaîner, avant que nous le retrouvions là où nous l’avions laissé, en mauvaise posture avec un Indien vindicatif.

Notre personnage est irrévérencieux, ce qui le rend hautement intéressant. Il sait parler, il sait baratiner, il sait se vendre, mentir ou omettre une grande partie de la vérité. Sans sombrer dans la caricature, Deadwood Dick est réaliste et ses aventures ont un goût de vécu, ce qui fait que l’on dévore cet album de 128 pages sans s’arrêter.

Ceci n’est pas un album pour les enfants, bien entendu, c’est trash en plus d’être irrévérencieux, mais sans pour autant virer à l’exagéré ou tomber dans la facilité de la violence pour la violence ou des scènes de sexe.

Sachez juste que ce n’est pas lissé comme dans les Lucky Luke ou les Jerry Spring, on se trouve dans un tout autre genre de western. Imitant les dime novels (les romans à 2 sous), ce western envoie du lourd.

Le scénario est intelligent, bien pensé, les dialogues ne manquent pas d’humour noir, d’ironie et ils dénoncent, avant tout, le comportement des Blancs envers les autres peuples, qu’ils soient Noirs ou Rouges.

Un western réussi, à réserver pour les amateurs du genre, mais pas que ! Moi, j’attends avec impatience de trouver les deux suivants pour les lire sans plus tarder !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2022 au 11 Juillet 2023) [Lecture N°24] et Le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur.

Ring Shout – Cantique rituel : P. Djèli Clark

Titre : Ring Shout – Cantique rituel

Auteur : P. Djèli Clark
Édition : L’Atalante – La Dentelle du cygne (21/10/2021)
Édition Originale : Ring Shout (2020)
Traduction : Mathilde Montier

Résumé :
Macon, 1922. En 1915, le film Naissance d’une nation a ensorcelé l’Amérique et gonflé les rangs du Ku Klux Klan, qui depuis s’abreuve aux pensées les plus sombres des Blancs. À travers le pays, le Klan sème la terreur et se déchaîne sur les anciens esclaves, déterminé à faire régner l’enfer sur Terre.

Mais les Ku Kluxes ne sont pas immortels. Sur leur chemin se dressent Maryse Boudreaux et ses compagnes de résistance : une tireuse d’élite à la langue bien pendue et une Harlem Hellfighter.

Armées de fusils, de bombes et d’une épée imprégnée de magie ancestrale, elles chassent ceux qui les traquent et renvoient les démons du Klan tout droit en enfer ; alors qu’un complot effroyable se trame à Macon et que la guerre contre le mal est sur le point de s’embraser.

Critique :
La fantasy a ses codes et dans ce court roman, l’auteur s’en affranchi, les bouscule, afin de nous offrir de a fantasy qui en est sans vraiment en être…

Années 20, Géorgie, sud des États-Unis, le KKK et une bande de gonzesses qui leur tiennent tête…

Où est le côté fantasy, se demande-t-on en commençant la lecture ?

Rassurez-vous, il est bien présent, avec les Ku Kluxes et je ne vous dirai rien de plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de frémir.

Je vous laisse aller voir sous les cagoules et les taies d’oreillers ce qui se cache. Non, revenez, bande d’inconscients ! C’est trop dangereux !

De la fantasy qui se passe dans notre Monde, au temps de la ségrégation raciale, avec des KKK, ce n’est pas banal et c’est ce qui m’a attiré vers ce roman, en plus de son auteur, dont j’ai déjà lu deux novellas et aimé.

L’auteur arrive, en 170 pages, à créer un univers réaliste, auquel on adhère sans problème, à donner de l’épaisseur à ses personnages et à nous offrir un récit abouti, avec un début, un développement et une fin.

C’est de manière très habile aussi qu’il mélange le côté fantasy (et ses codes), le fantastique, les Multivers avec des faits historiques, de la violence raciale, de la résistance et des films existants (Naissance d’une nation).

Si on se laisse emporter par le récit et ses personnages, on s’y croirait totalement. C’est ce qui m’est arrivé… J’ai été emportée par le récit et ces filles badass qui n’ont pas leur langue en poche. Girl power !

Comme dans « Les Tambours du dieu noir », certains personnages parlent un phrasé indigène, issu de la culture Gullah et qui doit se lire phonétiquement afin d’être compris. Un beau travail de la part de la traductrice qui n’a pas dû avoir si facile que ça.

Une très bonne novella fantasy qui, tout en respectant certains codes, s’affranchi des autres en nous proposant un univers réaliste, dans l’Amérique des années 20.

Sous la couvert de chasse aux monstres du KKK, c’est une partie de l’Histoire de l’Amérique que l’auteur nous conte et il le fait brillamment. Ne se contentant de pondre une histoire horrifique pour ficher la trouille à ses lecteurs, l’auteur lui a insufflé de la profondeur, de l’épaisseur, du réalisme et de belles réflexions.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°118].

Temps noirs : Thomas Mullen

Titre : Temps noirs

Auteur : Thomas Mullen
Édition : Rivages Noir (04/03/2020)
Édition Originale : Lightning Men (2017)
Traduction : Anne-Marie Carrière

Résumé :
L’officier Denny Rakestraw et les « officiers nègres » Lucius Boggs et Tommy Smith ont du pain sur la planche dans un Atlanta surpeuplé et en pleine mutation.

Nous sommes en 1950 et les tensions raciales sont légion alors que des familles noires, y compris la sœur de Smith, commencent à s’installer dans des quartiers autrefois entièrement blancs.

Lorsque le beau-frère de Rake lance un projet visant à rallier le Ku Klux Klan à la « sauvegarde » de son quartier, les conséquences deviennent incontrôlables, forçant Rake à choisir entre la loyauté envers sa famille et la loi.

Parallèlement, Boggs et Smith tentent d’arrêter l’approvisionnement en drogues sur leur territoire, se retrouvant face à des ennemis plus puissants que prévu : flics et ex-détenus corrompus, chemises noires nazies et voyous du Klan.

Critique :
Darktown, le premier volume, était déjà du tout grand roman noir. La suite est du même acabit et peut trôner parmi les grands sans aucun problème.

Dans ce roman noir qui se déroule à Atlanta en 1950, au coeur de la ségrégation raciale, vous croiserez des personnages peu fréquentable, dont certains se baladent avec une taie d’oreiller blanche sur la tête.

D’autres, pas mieux, adorent porter des costumes bruns avec des éclairs rouges cousus en insignes. Cela fait 5 ans que l’Adlolf s’est fait sauter le caisson et aux États-Unis, certains ont la nazi nostalgie.

Si vous lisez ce roman et que vous faites partie de la cancel culture, vous risquez de tressaillir à toutes les mentions « Négros » ou de « singes »… Je n’aime pas ces mots, mais en 1950, dans le Sud des États-Unis, montrer du respect pour une personne de couleur vous valait l’exclusion de tout. Personne ne parle d’afro-américains.

Ne pas utiliser les termes insultants dans un roman se déroulant à ces époques serait un anachronisme aussi gros que de doter les femmes du droit de vote à une époque où elles ne l’avaient pas.

Ce fut avec un plaisir énorme que j’ai retrouvé mes deux agents Noirs (ou nègres, pour l’époque) : Lucius Boggs et Tommy Smith. Ce n’est pas à proprement parler d’une suite de leur première enquête, nous sommes 2 ans plus tard, mais l’auteur y fera quelques allusions. Les deux romans peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre, mais faites-vous plaisir avec les deux.

Deux années se sont écoulées et rien n’a changé dans leurs droits, qu’ils n’ont pas. La frontière entre les quartiers Blancs et Noirs bouge, pour la plus grande peur des Blancs, bien entendu et les envies de lyncher du Noir est toujours présente, chez les membres du KKK, chez les nazis ou tout simplement chez les citoyens lambdas, ceux des beaux quartiers.

L’intrigue est une véritable toile d’araignée, aux multiples ramifications. Rien n’est simple, tout est imbriqué et rien n’est comme on pourrait le penser. Les arcs narratifs sont multiples, comme les personnages et la ville d’Atlanta est un personnage à part entière, qui vit, qui bouge.

C’est tout un pan de la vie sudiste qui est décrit dans ce roman noir puissant. Tout y pue le racisme primaire, la ségrégation, que l’on soit chez les Blancs ou chez les Noirs qui vivent dans les beaux quartiers de Sweet Auburn et qui méprise ceux des quartiers populaires vivant dans des taudis (ou s’apparentant à des taudis). Personne n’est frère.

Jamais les personnages ne sombrent dans le manichéisme, que l’on soit avec nos deux flics Noirs (Boggs et Smith), des gens qui quartier Blanc ou avec des klansmen. Tous ont des nuances, des peurs, des rêves, des casseroles au cul ou des squelettes dans les placards. C’est comme une pelote de laine que l’on dévide.

Oserais-je dire que personne n’est tout à fait blanc ou noir, mais dans des nuances de gris, pouvant passer de l’ombre à la lumière. Les gens ont des règles, des idéaux, mais parfois, ils se fracassent face à la vie dure que l’on mène à Atlanta ou face aux événements qui s’emballent et débouchent là où le personnage ne le pensait pas.

Face à un vrai roman noir se déroulant durant la ségrégation raciale des années 50, il ne faut pas s’attendre à ce que les Bons gagnent et que les Vilains aillent en taule. Dans un roman noir tel que celui-ci, le happy end, faudra s’asseoir dessus et se le carrer où… où vos voulez, c’est vous qui décidez.

Roman noir puissant, réaliste, à la trame scénaristique réfléchie, poussée, rien n’est simple, ni facile, où les multiples arcs narratifs nous entraînent dans plusieurs endroits d’Atlanta avant de tous se terminer dans un final hautement violent qui ne sera pas celui entre les Noirs et les Blancs (trop facile).

Pas de manichéisme, juste des personnages qui essaient de vivre comme ils peuvent, sans se mettre à dos leur communauté (pas facile), de louvoyer dans cet océan de haine tout en restant fidèle le plus possible à leurs idéaux, qu’ils soient respectueux des autres ou pas.

La ligne rouge n’est jamais loin et il n’est jamais facile de respecter ses engagements pris un jour, lorsque l’on se retrouve confronté à la complexité humaine.

Un roman noir puissant, sans édulcorants, sans sucre, noir de chez noir et à l’arôme brut que l’on savoure avec plaisir, même si l’époque n’est pas celle des Bisounours.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°53].

September September : Shelby Foote

Titre :September September

Auteur : Shelby Foote
Édition : Gallimard La noire (06/02/2020)
Édition Originale : September, September (1978)
Traduction : Marie-Caroline Aubert et Jane Fillion

Résumé :
En 1957, malgré la loi, le gouverneur de l’Arkansas refuse à neuf élèves noirs l’entrée de leur collège de Little Rock.

Pendant ce temps à Memphis, Rufus, Podjo et la gentille Reeny, trois apprentis gangsters blancs décident d’enlever Teddy, le fils des Wiggins, une famille bourgeoise noire, pour leur réclamer une rançon.

Septembre 1957 marque une date importante dans l’histoire des luttes raciales aux États-Unis : le gouverneur de l’Arkansas, Orval Faubus, brave la Constitution, les forces de l’ordre et la volonté du président Eisenhower en interdisant à neuf élèves noirs l’entrée de leur collège de Little Rock.

Le même mois, à Memphis, trois apprentis gangsters que l’on pourrait qualifier de pieds nickelés planifient et mettent à exécution un projet dont l’ironie est criante : ils sont blancs, mais le jeune garçon qu’ils vont kidnapper est issu d’une famille aisée de la bourgeoisie noire.

Sur fond d’émeutes retransmises par la télévision, nous voyons Podjo, joueur invétéré et stratège du trio, Rufus, l’abruti obsédé sexuel, et sa copine, l’aguicheuse Reeny, louer une maison isolée, séquestrer le petit Teddy et toucher la rançon. Et ensuite ? Ensuite, c’est comme dans un roman noir…

Critique :
Septembre 1957, Memphis, Tennessee. Et comme le disait le grand poète ♫ On a tous en nous quelque chose de Tennessee ♪

Ici, par contre, c’est moins drôle et infiniment plus sérieux que Johnny ou que la ville d’Elvis Presley.

Trois bras-cassés Blancs ont enlevés Teddy, un gamin Noir issu d’une famille de la classe aisée.

Avec l’équipe de John Dortmunder (Westlake), se serait drôle, ici, ça ne l’est pas du tout. C’est sérieux et dangereux.

Vu ainsi, ils n’ont pas l’air d’être des mauvais bougres, ces trois-là : une fille qui a le feu au cul, son copain Rufus à le feu à la bite et Podjo semble avoir la tête sur les épaules.

Oui, mais… Le stress d’un kidnapping peut pousser à faire des choses affreuses, folles, qui pourraient avoir des conséquences pour la vie du gamin. Et on s’attache à ce gentil gamin courageux.

Ce roman ne fait pas que de nous mettre en scène un enlèvement et une demande de rançon, il ne se contente pas de nous faire monter la tension et l’adrénaline…

Septembre 1957 est une date importante dans l’Amérique puisque le président Eisenhower avait permis que des étudiants Noirs aillent au collège parmi les Blancs et le gouverneur de l’Arkansas a fucké la constitution en interdisant l’entrée au Lycée de Little Rock à neuf élèves noirs.

Ce sera la trame de fond de ce roman ; la lutte pour les droits civiques, pour le droit d’étudier, avec les manifestations des Blancs, opposés aux Noirs, entre ceux qui demandent plus de droits et ceux qui estiment qu’ils en ont déjà assez et que cette revendication ne fera qu’attiser la haine des Blancs envers les Noirs alors que pour le moment, tout va pour le mieux madame la Marquise.

Les débuts furent laborieux entre ce roman noir et moi, j’ai même failli abandonner et puis, je me suis secouée et j’ai poussé plus loin. L’action est lente, très lente, comme si le temps s’était figé dans cette maison louée afin d’en faire une planque avant et après le coup.

L’auteur alternera les points de vue des personnages centraux dans les différentes parties et nous aurons le plaisir de les voir évoluer, repenser à leur passé, leur jeunesse, leur vie…

Et pour augmenter un peu l’adrénaline, l’auteur donnera aussi la parole aux parents du petit Teddy, habitants eux aussi dans ce Sud profond si cher à l’auteur (comme à Faulkner) et qu’il décrit si bien durant son récit.

Un roman qui commence avec un kidnapping et qui se termine comme un vrai roman noir, rattrapant les débuts laborieux que j’avais eu en commençant ma lecture. Comme quoi, une mauvaise impression au commencement peut se terminer en une bonne impression sur le final.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°41].

 

Bluebird, bluebird : Attica Locke

Titre : Bluebird, bluebird

Auteur : Attica Locke
Édition : Liana Lévi (14/01/2021)
Édition Originale : Bluebird, Bluebird (2017)
Traduction : Anne RAabinovitch

Résumé :
Au bord du bayou Attoyac, le corps d’un homme noir, venu de Chicago, est retrouvé. Cause présumée de la mort: noyade après un passage à tabac. Motif de l’agression selon les autorités locales: le vol.

Mais pourquoi alors a-t-on retrouvé son portefeuille sur lui? Et pourquoi deux jours plus tard, au bord du même bayou, et juste derrière le café de Geneva Sweet, le cadavre d’une fille blanche est-il découvert ?

Dans ce Texas où Noirs et Blancs ne fréquentent pas les mêmes bars et où les suprémacistes blancs font recette, le Ranger noir Darren Mathews n’est pas particulièrement le bienvenu. Surtout quand il décide d’interférer dans l’enquête du shérif local.

Darren ne connaît que trop bien ce coin de terre, et, malgré son attachement indéfectible à ce pays, il sait qu’il lui faudra mener seul sa quête pour la vérité et la justice.

Un suspense aux accents de blues, doublé d’une réflexion toute en nuances sur les racines, les tensions raciales et les discriminations au sein même des communautés.

Critique :
Bluebird est un roman poisseux, de ceux qui collent aux doigts. Pas poisseux de sucre, mais poisseux de sang, de haine, de racisme.

Au Texas, dans la petite ville de Lark, il y a une frontière entre les Blancs et les Noirs, une ligne de démarcation qu’il vaut mieux éviter de franchir, surtout si vous êtes Noir et que vous décidez d’aller dans le bar des Blancs à tendances nazies.

Y’en a qui ont essayé, ils ont eu des problèmes…

Dans le bayou, on vient de retrouver successivement deux cadavres : celui d’un homme Noir en premier et ensuite celui d’une femme Blanche. Le Ranger Darren Mathews trouve cela bizarre aussi, d’habitude, c’est le contraire.

Voilà un roman fort sombre qu’il vaut mieux commencer en ayant du temps devant soi car il ne se lit pas d’une seule traite. L’ambiance est pesante, lourde, sombre et donne l’impression que l’on suffoque.

Nageant en eaux plus que troubles, Darren Mathews va avoir bien du mal à rassembler les indices (déjà qu’il ne sait pas vraiment s’il est viré dans Rangers ou pas) car les habitants ne se bousculeront pas au portillon pour l’aider dans son enquête et que personne ne semble sympathique, tout le monde dissimulant quelque chose.

Darren Mathews est un Ranger tenace, sorte de pitt-bull qui ne lâche pas sa piste, même s’il a trouvé un os qui semble prometteur. Englués dans les ennuis administratifs avec son boulot, pataugeant dans les soucis matrimoniaux, tenté de téter à la bouteille afin d’oublier ses emmerdes, il devra faire face avec de l’animosité des deux côtés et le fait que personne ne veuille entendre prononcer le fait que ce sont des crimes raciaux.

Il devra aussi se débrouiller pour ne pas se faire péter la gueule (ou pire) par les nazis nostalgiques de la Fraternité Aryenne du Texas, faire face à un shérif qui semble vouloir ménager plus la chèvre nazie plus que les choux afro-américains et faire péter les secrets que tout le monde tait.

Roman noir poisseux, il se lit lentement afin de bien s’imprégner des lieux, des histoires de chacun, de la peur qui règne à Lark, des secrets enfouis, de la ségrégation qui a toujours cours et des non-dits qui va falloir déterrer.

Une intrigue qui semble classique, mais qui ne l’est pas, un scénario qui semble banal au départ qui va se révéler bien plus riche qu’on ne le pense, des personnages bien campés, réalistes, profonds, qui se dévoileront au fur et à mesure de la lecture.

Des atmosphères pesantes, qui ne donnent pas envie de s’arrêter boire un verre de bourbon dans la ville de Lark, 178 habitants (comté de Shelby) tant la tension est à couper au couteau.

Le final est d’une grande subtilité, même s’il est vache, il est à applaudir tant il est retors et machiavélique.

Il ne m’aura manqué que l’attachement aux personnages et les émotions fortes que j’aurais aimé ressentir. Ce sera mon seul bémol.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°21].

Blanc autour : Wilfrid Lupano et Stéphane Fert

Titre : Blanc autour

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Stéphane Fert

Édition : Dargaud (15/01/2021)

Résumé :
1832, Canterbury. Dans cette petite ville du Connecticut, l’institutrice Prudence Crandall s’occupe d’une école pour filles.

Un jour, elle accueille dans sa classe une jeune noire, Sarah. La population blanche locale voit immédiatement cette « exception » comme une menace.

Même si l’esclavage n’est plus pratiqué dans la plupart des États du Nord, l’Amérique blanche reste hantée par le spectre de Nat Turner : un an plus tôt, en Virginie, cet esclave noir qui savait lire et écrire a pris la tête d’une révolte sanglante.

Pour les habitants de Canterbury, instruction rime désormais avec insurrection. Ils menacent de retirer leurs filles de l’école si la jeune Sarah reste admise.

Prudence Crandall les prend au mot et l’école devient la première école pour jeunes filles noires des États-Unis, trente ans avant l’abolition de l’esclavage.

Critique :
Jeune enfant, on m’avait expliqué à l’école que la guerre de Sécession avait eu lieu parce que les vilains du Sud étaient esclavagistes et que les gentils du Nord pas.

Qu’au Nord, les Noirs n’étaient pas traités en esclaves mais en Hommes libres…

Puis, un jour, en lisant l’album « Black Face » des Tuniques Bleues, j’avais appris que si les Noirs n’étaient pas des esclaves dans le Nord, ils n’avaient pas de droits, zéro, nada, que dalle et étaient aussi mal considérés que dans le Sud (et sans doute dans nos pays aussi, ne nous faisons pas plus catho que le pape).

Les dessins sont spéciaux, mais ils ne m’ont pas dérangés une fois que je m’y suis habituée. J’ai aimé le style minimaliste de certaines cases, sans paroles, mais où les expressions affichées sur les visages des gens montraient bien tout le bien qu’ils pensaient qu’une jeune fille noire soit instruite et qu’ensuite, toute l’école pour jeunes filles Blanches devienne une école pour les jeunes filles Noirs.

Nous sommes dans le Nord, l’esclavage est aboli mais n’allez pas croire que les Blancs acceptent que les Noirs aient des droits, ni même le droit à l’instruction car c’est dangereux d’être instruit, de savoir lire, écrire. Le dernier Noir a qui on a appris à lire s’est révolté. Pour eux, pas question ! Déjà que l’on accepte que des jeunes filles blanches soient instruites… Manquerait plus que toutes les femmes le soient !

Les Noirs ont juste le droit d’être leurs bonnes à tout faire, leur homme à tout faire, bref, de bosser librement mais en se taisant, merci bien. Pourtant, si ces personnes qui poussent des hauts cris s’étaient intéressés à ces jeunes filles, ils auraient appris qu’elles venaient quasi toutes de familles afro-américaine appartenant à la middle-class.

Ce roman graphique, sans montrer trop d’horreurs, nous laisse quand même entrevoir entre les lignes, avec des images sans paroles, toute la violence contenue dans ces hordes de gens bien pensants qui estimaient que les jeunes filles Noires ne pouvaient pas être instruites.

Car ils se doutaient que cela ne s’arrêterait pas là, que ça impliquerait ensuite que leur monde allait changer et eux, comme des petits enfants, ne voulaient pas que leur monde change ! Normal, ils avaient le pouvoir… Il ne fallait pas compter non plus sur les femmes Blanches pour jouer la solidarité féminine puisque ces dames étaient des épouses soumises aux avis de leur mari.

Wilfried Lupano use toujours de finesse dans ses analyses de situation, sans manichéisme, ses portraits de personnages sont travaillés et l’auteur explore plusieurs pistes, plusieurs courant de pensées, nous remettant en mémoire que l’Enfer est pavé de bonnes intentions…

Avec peu de mots il arrive à regrouper tous les comportements aberrants, lâches, violents, disproportionnés, des gens quand ils ne sont pas d’accord avec quelque chose. Certains crient des choses sensées, véridiques, afin d’ouvrir les yeux des filles et le jeune Sauvage, petit garçon Noir libre d’aller où il voulait, sans jamais avoir été instruit, avait tout compris.

Les Blancs de cette Histoire sont instruits, la plupart (surtout les hommes), mais jamais ils n’useront du dialogue, ne s’exprimant que par la brutalité des gestes et des mots, comme s’ils étaient tous mal dégrossis. Et toujours à plusieurs parce que la lâcheté les empêcherait de le faire seul. Ensuite, comme toujours, ils et elles se donneront bonne conscience en disant qu’ils n’étaient pas d’accord avec cette folie furieuse.

Lorsqu’on connait l’Histoire américaine et que l’on sait qu’à la rentrée des classes 1957, dans les universités, il fallu accompagner les quelques étudiant(e)s Noirs qui y firent leur entrée par des gars de la Easy Compagny, on se dit que le chemin va être encore long et laborieux avant que le regard des gens changent…

Et au vu de l’actualité, je me dis que le regard des gens n’a pas changé autant que ça, malheureusement.

Un magnifique album graphique qui met en scène une partie de l’Histoire dont nous n’avions pas connaissance et je me suis réjouie de l’apprendre parce que dans toute cette merde ségrégationniste, il y avait des gens biens et malgré tout, des lueurs d’espoir.

Non, la liberté n’est pas gratuite, faut aller la chercher, se battre pour l’avoir, pour la garder, mais qui dit liberté dit aussi responsabilités.

Challenge bd « Des histoires et des bulles » chez Noctembule (Avril 2021 – Avril 2022) – Roman graphique.