Au bal des absents : Catherine Dufour

Titre : Au bal des absents

Auteur : Catherine Dufour
Édition : Seuil Cadre noir (10/09/2020)

Résumé :
Claude a quarante ans, et elle les fait. Sa vie est un désert à tous points de vue, amoureux et professionnel ; au RSA, elle va être expulsée de son appartement.

Aussi quand un mystérieux juriste américain la contacte sur Linkedin – et sur un malentendu – pour lui demander d’enquêter sur la disparition d’une famille moyennant un bon gros chèque, Claude n’hésite pas longtemps.

Tout ce qu’elle a à faire c’est de louer la villa « isolée en pleine campagne au fond d’une région dépeuplée » où les disparus avaient séjourné un an plus tôt. Et d’ouvrir grands les yeux et les oreilles. Pourquoi se priver d’un toit gratuit, même pour quelques semaines ?

Mais c’est sans doute un peu vite oublier qu’un homme et cinq enfants s’y sont évaporés du jour au lendemain, et sans doute pas pour rien.

Une famille entière disparaît, un manoir comme premier suspect. Entre frissons et humour Au bal des absents est une enquête réjouissante comme on en lit peu.

Critique :
Est-il possible, dans un roman fantastique, de faire du social, de tirer à la kalach sur Pôle Emploi, le chômage, les formations à la con (qui ne mènent à rien), sur le RSA, sans que le tout ne soit un gloubi-boulga immangeable ?

Pardon, j’oubliais de dire que l’auteure fait aussi une belle déclaration d’amour aux livres du King et s’amuse avec les films d’horreur et  d’épouvante, qu’ils soient kitschissimes ou cultissimes.

Oserais-je dire que c’était presque un roman feel-good même s’il m’a fait dresser les poils des bras ? Ou était-ce tout simplement un roman fantastique d’épouvante (mais pas trop) qui se serait accouplé avec un roman social, à tendance noire (parce que le social chez les friqués, c’est pas un roman noir) et dont l’humour, noir, bien entendu, servirait à graisser les rouages ?

Inclassable, ce roman est tout bonnement inclassable, sauf à la caser dans les putain de romans qui réussissent à faire passer un excellent moment de divertissement, tout en ayant un fond et de l’épaisseur, autant dans son scénario que dans son personnage principale.

Claude, femme de 40 ans, émarge du RSA et la voilà qu’elle se retrouve à jouer les détectives privées dans une maison perdue dans le trou du cul de la France pour rechercher ce qui a pu arriver à une famille de touristes américains, disparue un beau jour…

Inclassable je vous dis, même avec un point de départ ultra conventionnel. Déjà, Claude n’est pas une femme banale, elle a du caractère, de la hargne et jamais je ne regarderai ma binette de jardin de la même manière.

Ce roman policier, roman noir, fantastique (dans les deux sens du terme) est à découvrir car sous le couvert du divertissement et de l’épouvante, il parle d’une société à double vitesse : celle qui laisse les plus démunis sur le côté, celle qui enfonce les demandeurs d’emploi au lieu de les aider, celle qui nous étouffe sous la paperasserie, celle des plans sociaux, des dégraissement, des start-up nation (je cause bien le dirigeant de multinationale, hein ?)…

L’angoisse est bien dosée, jamais trop exagérée et souvent suggérée (votre esprit est votre pire ennemi dans cette lecture). Malgré tout, j’ai frémi de peur mais toujours avec le sourire aux lèvres car Claude est une enquêtrice drôle qui manie aussi bien l’humour sarcastique que la binette de jardin.

Jamais le roman ne devient désespérant et malgré les ennuis, les coups du sort, le peu d’argent possédé par Claude (qui lui fait développer des combines pour manger, boire ou se laver gratuitement), jamais on a la sensation d’une ambiance plombée.

Plume trempée dans l’encrier du cynisme, additionnée d’humour noir, l’écriture est incisive, mordante, désopilante et laisse peu de moment de répit au lecteur. Mais l’encre n’est pas aussi noire que le café corsé, il y a de la lumière dans ce roman social, de l’espoir.

PS : Ok, peu d’espoir qu’un jour, les sites de l’administration arrêtent de buguer quand on a besoin d’eux, peu d’espoir aussi qu’au bout du fil (si on arrive encore à y trouver de la vie), une personne compatissante et professionnelle nous réponde que « oui, le site c’est de la merde, mais pas de soucis, on va tenir compte de votre inscription et vous aider ». Ça arrive parfois, mais c’est comme les apparitions de la Sainte Vierge : très rare !

Une lecture comme j’aimerais en faire plus souvent. Addictif à tel point que j’ai tout dévoré d’un coup. Un roman à lire car le plus horrible dans tout cela, c’est notre société à la « marche ou crève ».

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°2XX].

Trilogie de la crise – 03 – Pain, éducation, liberté : Pétros Márkaris

Titre : Trilogie de la crise – 03 – Pain, éducation, liberté

Auteur : Pétros Márkaris
Édition : Points Policier (26/03/2015)
Édition Originale : Psōmí, paideía, eleuthería (2012)
Traduction : Michel Volkovitch

Résumé :
2014. À Athènes, la survie quotidienne est de plus en plus difficile pour les citoyens appauvris et pour les immigrés harcelés.

C’est alors qu’un tueur en série jette son dévolu sur des personnalités d’envergure issues de la génération de Polytechnique qui, après s’être rebellées contre la junte militaire, ont eu une carrière fulgurante. Le criminel reprend le célèbre slogan des insurgés de l’époque pour formuler sa revendication : « Pain, éducation, liberté».

Qui se cache derrière ces meurtres ? Un membre de l’extrême droite ou un ancien gauchiste mû par le désir de vengeance ? Le commissaire Charitos, privé de son salaire depuis trois mois, tente avec sa ténacité habituelle de comprendre les mobiles du coupable.

Pain, éducation, liberté est le troisième volet de la trilogie de la crise grecque, après Liquidations à la grecque (prix Le Point du Polar européen 2013) et Le Justicier d’Athènes.

Critique :
Dernier volet de la Trilogie de la crise où l’auteur continue d’explorer son pays, la Grèce et à nous faire vivre sa crise financière de l’intérieur, avec un réalisme bluffant, en imaginant que la Grèce aurait abandonné l’euro pour revenir à la drachme.

Comme souvent dans les romans policiers, l’enquête n’est là que pour permettre d’investiguer dans le passé pour expliquer la catastrophe qui sévit au présent car tout est lié.

Pendant que le commissaire Kostas Charitos enquête sur les meurtres de trois crapules, l’auteur en profite pour fouiller les tiroirs de la Grèce et en sortir le linge sale qu’il va laver en public.

Des tiroirs bourré de naphtaline, il extirpe dehors de la misère, de la pauvreté, des destins brisés, mais aussi de la débrouille car lorsqu’on est pauvre, on devient plus intelligent et on essaie de trouver des solutions.

Comme on ne sait pas laver plus blanc que blanc, il faut aussi s’attendre à des magouilles, de l’opportunisme, des tortures, des révolutionnaires devenus comme les colonels qu’ils ont chassé, des vestes qui se retournent, de celles qui craquent de tous les côtés à force d’avoir été retournées… À la prochaine révolution, certains retourneront leurs pantalons…

Imaginant un retour du pays à l’ancienne monnaie (la drachme), l’auteur développe son univers avec réalisme, n’épargnant rien aux lecteurs et montrant que même diplômé, il est difficile de s’en sortir quand son pays est en crise.

Il ne se prive pas non plus de taper sur ceux qui se sont engraissés durant des années, sur le clientélisme, sur les faux handicapés qui touchaient des pensions et sur le fait que lorsque l’argent arrivait, tout le monde en profitait, même si certains se sont empiffrés plus que d’autres.

L’extrême droite dans le pays fait ce qu’elle fait de mieux : elle casse, elle brûle, elle frappe sur les immigrés, leur reprochant tout, oubliant qu’ils sont dans la même merde que tout le monde et que ces derniers voudraient quitter le navire puisqu’il n’y a plus rien comme travail. Hélas, partir coûte de l’argent, ils sont bloqué et doivent subir les attaques des décérébrés.

Ce que j’apprécie dans cette saga, c’est que les assassinés soient des salopards, des crapules, bref, des victimes que l’on n’a pas du tout envie de pleurer. Pire, on croise même les doigts que notre commissaire Kostas Charitos ne découvre jamais les coupables car ce sont bien souvent des assassins sympathiques

Oui, je devrais avoir honte de dire qu’on devrait décorer les assassins de cette trilogie, mais si j’ai honte, c’est juste un tout petit peu…

Un roman policier qui sert de support pour parler de la tragédie de la crise grecque, pour nous la montrer telle qu’elle était, telle qu’elle fut et combien certains en ont souffert. Les conneries, les exactions des uns provoquent toujours la chute des autres, mais l’auteur ne donne pas le beau rôle aux grecs et les mets aussi face à leurs fautes.

Anybref, un roman policier aux arômes de roman noir qui vole plus haut que le polar de gare et qui nous fait visiter une Grèce qui ne se trouvera jamais sur les cartes postales ou dans le guide du Routard. Mais ses personnages qui seront nos guides valent plus que tout les autres guides car ils sont devenus des amis.

Ce troisième tome aurait dû clôturer la trilogie de la crise, mais ouf, il y en a un quatrième à déguster.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°201] et Le Mois du Polar – Février 2021chez Sharon [Fiche N°27].

 

Le train des orphelins – Tome 8 – Adieux : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 8 – Adieux

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo (2017)

Résumé :
À la fin des années 1920, Lisa a été élue maire de Cowpoke Canyon par acclamation. Elle désigne la veuve Goswell comme shérif.

Au grand désespoir du petit Joey, Lisa se laisse courtiser par le beau Lee, venu construire la maison des orphelins. Mais Lee imagine déjà Lisa en épouse soumise.

C’est bien mal la connaître.Soixante-dix ans plus tard, le vieux Joey a pris la route du Connemara, à la rencontre de la petite Louisa. Il est accompagné par la lumineuse Aileen, dont il continue à douter de l’existence réelle.

Devant la situation préoccupante de Louisa, Joey voit un signe envoyé par Lisa et un sens à donner à son histoire.

Critique :
♫ Et voilà, c’est fini ♪… Et c’est le coeur lourd que je termine cette série car je m’étais attachée aux personnages.

Mais je les quitte aussi le cœur léger car je sais que maintenant, tout va bien aller.

La saga du train des orphelins se termine définitivement avec ce tome, même s’il est plus consacré au voyage que va faire Joey pour retrouver ses origines.

Tous les arcs narratifs sont terminés et j’avais le coeur gros en arrivant à la fin car je m’étais attachée à cette bande d’orphelins qui ont suivi des destins fort différents l’un de l’autre.

On pourrait trouver ces deux derniers tomes « hors sujet » mais malgré le fait qu’ils se déroulent plus dans le présent que dans le lointain passé, je les ai trouvé utiles afin de clore cette belle saga d’une manière plus douce, plus complète.

Je ne vais pas me plaindre d’avoir eu deux albums de plus rien que pour mon plaisir, autant celui des yeux avec les dessins et les couleurs, que celui de mon esprit avec des bons scénarios.

Une fois l’album refermé, j’avais un sourire triste puisque je quittais tout le monde, un sourire amusé car j’avais eu droit à quelques situations cocasses et un sourire ému.

Mon seul regret sera de ne pas avoir eu l’occasion de lire toute la saga l’année dernière…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°90] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Le train des orphelins – Tome 7 – Racines : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 7 – Racines

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo (2017)

Résumé :
Les femmes du train prennent le pouvoir à Cowpoke Canyon.

À la fin des années 1920, à Cowpoke Canyon, Lisa est entrée en résistance suite au véto que les employeurs d’orphelins de la ville ont mis à son projet d’école du soir.

De son côté, la veuve Goswell a décidé que Coleman, son fiancé, serait le prochain maire.

Mais Coleman, est poltron, misogyne et sans aucun sens politique. Pour la veuve c’en est trop, elle se rallie à l’avis de Lisa : les femmes doivent prendre les choses en mains.

Soixante-dix ans plus tard – depuis le décès de Lisa, le vieux Joey broie du noir et souffre de la solitude.

Son radio émetteur reste son seul lien avec le monde et c’est grâce à lui qu’il fait la connaissance de la jeune Louisa qui vit esseulée sur une petite île d’Irlande.

Critique :
Le train des orphelins est terminé et ce nouveau cycle nous parle de l’après…

Tout le monde s’est retrouvé, tout le monde continue sa vie et Joey décide de voyager.

Dans le passé, nous allons savoir ce qui s’est passé après le décès d’Effron et comment Lisa est devenue une femme de poigne, une femme de pouvoir, une femme qui pense aux orphelins que l’on exploite dans la ville.

C’est une bonne idée que les auteurs ont eu de prolonger la série d’un nouveau cycle de deux albums.

On retrouve les personnages que l’on apprécie, et le gamin Joey est moins agaçant que dans les premiers volumes. Plus âgé, il prend de grandes décisions, lui qui est introverti et casanier.

Les racines, c’est important. Savoir d’où on vient, qui on est, qui sont nos ancêtres. Nos orphelins ont grandi avec ce vide en eu et Joey aura au moins l’occasion d’aller en terre d’Irlande pour tenter de chercher ses racines.

Par contre, si on avait toujours eu un parallèle entre le passé et le présent, l’un éclairant l’autre, ici, ce sont deux récits différents qui sont présentés : le voyage de Joey et la vie qu’il a eu avec Lisa, à Cowpoke Canyon.

Il me reste un tome à découvrir et ensuite, je laisserai mes amis tranquille et continuerai la route avec d’autres.

Une belle série, toute en émotions, sombre à ses heures, mais lumineuse aussi car ces enfants ont réussi, tant bien que mal, à faire leur vie comme ils le pouvaient.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°87] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Le train des orphelins – Tome 6 – Duels : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 6 – Duels

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo (2016)

Résumé :
À sa mort, Lisa, l’adolescente qui avait pris soin des orphelins déplacés vers l’Ouest américain dans les années 1920, laisse une lettre dévoilant le secret d’Harvey.

Le garçon qui a volé l’identité de Jim, l’un des orphelins, a été témoin d’un meurtre commis par Joey, le jeune frère de Jim.

Soixante ans plus tard, Jim et Joey, âgés mais toujours solidaires, décident de se rendre chez Harvey pour apprendre la vérité à leur petite sœur Anna, restée toute sa vie auprès de celui qu’elle pense être son frère.

Critique :
Ce qui est perdu l’est à jamais, surtout en ce qui concerne le temps. Jim et Joey se sont retrouvés, mais après 70 ans, on n’a pas toujours grand-chose à se dire.

Si les deux frères sont rassemblés, c’est l’équivalent d’une sœur, d’une mère, que Joey perd quand Lisa s’en va définitivement. Or, une soeur, il en avait déjà une, lorsqu’il était petit… Anna, qui a été séparée de ses frères.

Dans ce tome, fort émouvant, on rassemble une partie des orphelins, vieux et on retrouve ce salopard d’Harvey, qui, même à son âge, a toujours son petit sourire mauvais en coin.

Une fois de plus, il a joué un rôle important à Cowpoke Canyon, lorsqu’il a dû y aller, malgré lui, afin que ses parents adoptifs ne découvrent pas son secret.

Comme toujours, il manipule les adultes, jouent avec eux, fait du chantage, des promesses, des menaces et pousse le machiavélisme très loin, si loin que Lisa gardera jusqu’au bout le secret de sa véritable identité, afin de ne pas nuire à une autre personne.

Lisa… Un personnage qui, contrairement à ce qu’on pourrait croire, ne s’est pas laissée marcher sur les pieds par son mari et a réussi à tirer des ficelles dans l’ombre afin d’éviter que plus d’orphelins ne se fassent exploiter à Cowpoke Canyon. Avec elle, le Girls Power va prendre une autre envergure.

Les aller-retours entre le présent et le passé sont toujours bien exécutés, on ne perd jamais le fil du récit et sont dans la continuité de ce que l’on venait de lire.

Les mystères soulevés ont été résolus, sans devoir attendre plusieurs tomes puisque les auteurs ont découpés leur récit en cycle, fermant un avant d’en entamer un autre.

Les différentes révélations sont venues au compte-goutte car il faut faire durer le suspense du cycle, mais au moins, maintenant, on sait le plus important et on peut entamer le dernier cycle (ou s’arrêter ici). Moi, je vais jusqu’au bout.

Une excellente série, sombre, dure, où l’Homme ne se montre pas sous son meilleur jour et où l’exploitation de l’enfant par l’adulte était quelque chose de tout à fait normal, dans les années 20. Personne pour s’en indigner, ou si peu.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°78] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Le train des orphelins – Tome 5 – Cowpoke Canyon : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 5 – Cowpoke Canyon

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo Edition (07/01/2015)

Résumé :
1990 : Jim a trouvé la paix auprès de Bianca, mais Joey, son frère, reste pétri de haine pour Harvey, celui qui a volé l’identité de Jim, et rien ni personne ne l’en guérira… pas même Lisa, l’amie de toujours.

Pourtant, à la mort de Lisa, Joey annonce qu’il accompagnera Jim pour rendre à Harvey son dossier d’adoption.

1922 : à Cowpoke Canyon, les affaires sont florissantes et la main d’oeuvre bon marché grâce aux orphelins qu’Effron, le maître des lieux, fait venir en grand nombre. Le petit Joey, livré à lui-même, survit tant bien que mal.

Lisa, mariée à Effron, est maman d’un petit garçon et tentent de faire oublier ses origines de fille des rues.

Critique :
Que peuvent se dire deux frères qui se revoient après 70 ans de séparation ?

Joey voulait tant retrouver son frère quand il l’avait perdu, après leur voyage dans le Orphean Train et voilà qu’en 1990, ils se regardent comme deux étrangers.

Personne n’a eu la vie facile dans les orphelins, hormis Harvey la crapule machiavélique et Joey semble être celui qui est le plus rancunier, qui a gardé les blessures les plus profondes, comme s’il ne voulait pas qu’elles cicatrisent.

La page sombre de l’Amérique continue, l’exploitation des enfants, main d’oeuvre bon marché aussi.

Quand on a une ville à construire, à étendre (Cowpoke Canyon) et qu’on est son maire, son shérif et le chef tout puissant, quoi de mieux que de faire venir des orphelins de New-York et de leur offrir le bon air pur de la campagne en leur faisant construire une partie de la ville ? Des Légos grandeur nature…

Harvey continue son petit manège, séduit tout le monde, continue de pousser l’imposture et de manipuler les adultes, faisant chanter les uns, promettant des choses à d’autres, tirant les ficelles dans l’ombre.

L’album alterne toujours l’histoire entre le passé et le présent, l’éclairage commence à se faire, on comprend certaines choses, d’autres sont encore obscures, comme le fait que Lisa s’en veuille pour quelque chose. C’est la première fois qu’elle en parle.

Un 5ème tome qui est toujours dans la lignée des premiers et qui nous montre une partie de ce que fut la vie de Lisa et Joey, à Cowpoke Canyon et ce n’était pas du gâteau.

Anybref, une saga que j’adore et que j’ai bien fait de découvrir !!!

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°75] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Le train des orphelins – Tome 4 – Joey : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 4 – Joey

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo Edition (12/03/2014)

Résumé :
Faute d’être bien nés, ils feraient tout pour être bien adoptés.

Après avoir fugué de leur famille d’adoption, Lisa et Joey arrivent à New York dans l’espoir de retrouver leur ami et grand frère, Jim.

Sur place, ils demandent l’aide de M. Coleman, en charge du placement des orphelins à bord du train où ils voyageaient, et aujourd’hui licencié et poursuivi pour trafic d’enfants.

Lorsque ce dernier apprend que Jim serait en ville, il y voit l’occasion de tirer profit du secret du jeune garçon en le faisant chanter.

Jim, qui n’est autre qu’Harvey l’usurpateur, ne voit pas d’un très bon oeil les recherches de Lisa et Joey, et la pression de Coleman, car elles pourraient mettre en péril son identité auprès de ses richissimes parents adoptifs..

Critique :
Qu’aurait été le destin de ces orphelins s’ils avaient grandi à New-York au lieu d’être dispersé dans l’Ouest, offert à des familles qui manquaient de bras ou juste d’enfants ?

Le destin d’Harvey aurait été tout autre, sans la cuillère en argent qu’il a su mettre dans sa bouche, Joey n’aurait pas été séparé de son grand frère mais il n’aurait jamais rencontré Lisa…

Leurs vies auraient-elles été mieux ou pire ? Nul ne le saura jamais, mais une chose est sûre, ce qu’ils ont vécu durant leur enfance leur forgera leur caractère une fois adulte.

Joey, jeune ou vieux, est toujours bougon, tête de mule et nous balance toujours ces « Moi j’aime pas… ».

Alternant les moments du passé (1920) et ceux du présent (1990), ce tome nous fera voyager aussi dans le pays puisque nous serons à New-York avant de repartir ailleurs…

Le périple phénoménal que Joey et Lisa ont réalisé dans le tome précédent leur refera croiser la route d’une vieille connaissance : Harvey.

Ce diable de merdeux joue toujours à cacher ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire un gamin fourbe, manipulateur, menteur, qui sait jouer tout en finesse et manœuvrer sa barque là où il veut qu’elle aille. Plus habile qu’un politicien véreux, cet enfant donne des envies de meurtre.

Machiavélique comme ça, c’est presque pas possible pour un enfant de cet âge… Manipulateur, oui, mais jamais à un tel degré de puissance, du moins, pour un gosse d’à peu près 10 ans… Même à 12. Irréaliste mais ça met pimente l’histoire de fourberie puisque tous les coups sont permis pour ce démon en culottes courtes et à casquette.

Ce tome 4 joue avec nos émotions et ne manque pas de rythme vu les rebondissements et le fait que tous les sales coups sont permis… L’arrivée d’un nouveau personnage énigmatique ouvre aussi d’autres possibilités et on se demande ce que le tome 5 va nous réserver, maintenant que le sort en est jeté.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°62] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Le train des orphelins – Tome 3 – Lisa : Philippe Charlot et Xavier Fourquemin

Titre : Le train des orphelins – Tome 3 – Lisa

Scénariste : Philippe Charlot
Dessinateur : Xavier Fourquemin

Édition : Bamboo Edition (12/06/2013)

Résumé :
1990. Jim habite désormais une ferme au coeur du Kansas avec sa femme.

Mais ce nouveau bonheur n’apaise pas pour autant les blessures du passé, et ses interrogations sur son frère Joey ne cessent de le hanter : qu’est-il devenu ? Où est-il ?

Est-il toujours en vie ? De son côté, Joey, qui a été adopté par un couple de Mexicains et vit toujours dans la petite ville de Cowpoke Canyon, se pose les mêmes questions.

Un nouveau cycle tout aussi rythmé et touchant que le précédent pour parler de la fraternité après plus de sept décennies de séparation.

Critique :
J’avais découvert cette bédé l’année dernière, pour le Mois Américain (septembre 2019) et malgré le fait que j’avais apprécié découvrir cette page très sombre de l’histoire américaine, je n’avais pas continué avec le deuxième cycle, shame on me.

Faute réparée, je viens de lire la saga en entier, à la chaîne, afin de ne plus rester sans savoir ce qu’il est advenu de certains personnages du train des orphelins, cette horreur qui distribuait des enfants dans l’Ouest, pensant offrir à ces gamins orphelins une nouvelle vie loin des rues de New-York.

Que sont devenus Lisa, la jeune fille plus âgée qui s’occupait des enfants et Joey, le petit frère de Jim qui dit tout le temps « Moi j’aime pas… » tel un Schtroumpf grognon ?

Bien que le tome se concentre sur le destin de Lisa, les autres personnages ne sont pas mis sur le côté puisque Joey va retrouver Lisa dans le saloon, propriété de l’homme qui l’a adoptée et qui veut faire d’elle sa femme.

Une fois de plus, l’album se construit sur deux périodes : celle des années 1990 où nos protagonistes sont âgés et celle de 1920, où leurs vies ont pris un tournant radical et où peu d’orphelins tombèrent dans des familles aimantes et attentionnées.

Dans le présent, Jim cherche toujours son petit frère Joey et c’est nous, lecteurs, qui croisons sa route, dans un vieux bar, en compagnie d’une vieille femme nommée Lisa…

Le personnage de Joey m’a un peu agacée, quand il était gamin, car il est bougon, boudeur, ne fait que des conneries et c’est Lisa qui en paie les conséquences, ou eux deux en même temps.

Lisa est trop tolérante, elle aurait dû le secouer un peu plus, lui coller une fessée (pas interdite en 1920) et lui demander de fermer sa bouche, qu’il ouvre trop souvent, balançant des vérités qu’il ne faut pas toujours dire, ne sachant pas garder un secret et les foutant dans la merde par la même occasion.

Ce qui va donner un périple assez phénoménal…

Les dessins sont toujours de la même facture, agréables à l’oeil, même si certains visages sont assez pointus vers le menton. Les cases ne sont pas pauvres en détails, ce qui leur donne une autre dimension lorsque nous sommes en 1920.

Jusqu’à présent, cette série me comble en tout. Le scénario peut parfois être un peu rocambolesque, surtout dans le périple qu’effectueront Lisa & Joey, mais il permet aussi à l’auteur de présenter d’autres visage de l’Amérique, notamment avec les vagabonds du rails.

Une bande dessinée assez sombre de par le sujet traité car même si les couleurs sont chaudes, le cœur des Hommes est noir de suie et tout ça ne nous réconciliera pas avec le genre humain qui aime le pouvoir, qui aime dominer, qui aime maltraiter et transformer des orphelins en animaux corvéables et taillables à merci.

Ou pire, si affinités…. Ce qui peut laisser des traumatismes durables que tous ne pourront pas surmonter.

Heureusement que je ne dois pas attendre la publication du tome suivant… L’avantage de lire des séries lorsqu’elles sont terminées.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°47] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Mala vida : Marc Fernandez

Titre :Mala vida

Auteur : Marc Fernandez
Édition : Préludes (2015) / Le Livre de Poche (08/03/2017)

Résumé :
De nos jours en Espagne. La droite dure vient de remporter les élections après douze ans de pouvoir socialiste. Une majorité absolue pour les nostalgiques de Franco, dans un pays à la mémoire courte.

Au milieu de ce renversement, une série de meurtre est perpétrée, de Madrid à Barcelone en passant par Valence.

Les victimes : un homme politique, un notaire, un médecin, un banquier et une religieuse. Rien se semble apparemment relier ces crimes.

Sur fond de crise économique, mais aussi de retour à un certain ordre moral, un journaliste radio spécialisé en affaires criminelles, Diego Martin, tente de garder la tête hors de l’eau malgré la purge médiatique.

Lorsqu’il s’intéresse au premier meurtre, il ne se doute pas que son enquête va le mener bien plus loins qu’un simple fait divers, au plus près d’un scandale national qui perdure depuis des années, celui dit des « bébés volés » de la dictature franquiste.

Quand un spécialiste du polar mêle petite et grande histoire sur fond de vendetta, le résultat détonne et secoue.

Marc Fernandez signe ici un récit sombre et haletant qui nous dévoile les secrets les plus honteux de l’ère Franco, dont les stigmates sont encore visibles aujourd’hui. Un premier roman noir qui se lit comme un règlement de comptes avec la côté le plus obscur de l’Espagne.

Critique :
Si je devais qualifier ce roman en peu de mot, je dirais qu’il est glaçant et addictif.

L’Espagne se réveille avec la gueule de bois car la Droite Dure a gagné les élections et remis la Gauche Molle dans les cordes.

L’AMP est au pouvoir et ici, ça ne signifie pas Agence et Messagerie de la Presse.

On entre dans une ère sombre car les nostalgiques de Franco sont toujours là et prêt à faire revivre les grandes heures du caudillo.

Les peuples ont toujours la mémoire courte ou alors, ils ne retiennent jamais que le « bon » côté de la chose, comme cette dame d’origine espagnole qui me dit, un jour, qu’au moins, sous Franco, personne n’aurait osé te voler ta bouteille de lait sur ton perron.

Les morts apprécieront, les disparus encore plus, quand aux torturés, ça leur fera une belle jambe de savoir qu’on n’aurait jamais osé leur piquer leur bouteille de lait. Quand je vous dis que certains ont la mémoire courte (et les idées encore plus rabotées).

Un qui n’a pas la mémoire courte, ni sa langue en poche, c’est Diego Martín, journaliste à Radio Uno qui aime piquer là où il faut, profitant de son émission pour égratigner le pouvoir en place et parler des injustices commises. Il a des cojones et préfère enquêter longuement afin d’être sûr de son info que de sauter directement dessus, comme le font les médias de nos jours.

Ceci est un roman policier noir et politique où le nom de l’assassin est connu directement. Pas besoin de chercher si c’est le colonel Moutarde ou le professeur Olive qui a assassiné l’élu de Droite, on a directement son prénom et ensuite, on fait le lien entre l’assassin et un personnage qui entre en scène.

Il nous manque juste le mobile, mais puisque les assassinés ont tout de la crapule, personne ne les pleurera. Quant au mobile, sans avoir fait des hautes études en science criminelle, on le trouvera assez vite, en déduisant sans se faire mal aux neurones.

En fait, dans ce roman, ce n’est pas vraiment l’identité de l’assassin qui nous importe mais l’autre enquête, celle sur les bébés volés et vendus à d’autres parents, des braves gens qui n’avaient rien de Rouge ou d’opposants au régime…

Choquant et révoltant de se dire que des êtres humains (??) ont trouvé cette idée brillante et que ce ne fut pas quelques bébés qui furent volés mais des milliers, la loi d’amnistie faite après le décès de Franco ayant enterré ces dossiers brûlants et rendu le sujet hautement tabou.

Et moi qui pensais qu’il n’y avait eu ce genre de pratiques horribles qu’en Argentine… Djézus, je dois encore avoir un fond de petite fille naïve, il était plus que temps de me coller deux baffes et de m’expliquer violemment que ces horreurs avaient eu lieu aussi en Espagne, sous Franco et après Franco… Froid dans le dos, je vous dis.

Un journaliste qui a des cojones, un procureur qui en a aussi et Ana, une ancienne prostituée transsexuelle devenue détective privée (qui a en a eu avant). Un trio couillu, qui marche bien ensemble, sorte de groupe d’incorruptibles, dont Ana est le personnage le plus attachant.

Le roman est captivant, difficile à lâcher, tout en étant glaçant. L’auteur nous livre une enquête bien ficelée, prenante, historique, bien documentée

Mon seul petit bémol sera pour la personne qui assassine, pas super crédible dans son rôle (personnage trop parfait), mais comme je vous l’ai dit, la résolution des crimes est accessoire, elle ne sert qu’à lancer Le sujet puisque ce sera une passerelle entre les affaires de meurtres et les enfants volés.

Le comportement du journaliste, Diego Martín, m’a surprise à la fin. Que l’identité de l’assassin lui fasse un coup, je peux comprendre, mais c’est lui qui avait lancé cette théorie, les flics étant toujours dans le noir total. Par contre, qu’il nous la joue boudeur, choqué, horrifié, là, je tique un peu, même si se faire justice sois-même est interdit et dangereux, sa réaction est anormale. Mais bon…

Un voyage glaçant sur les flots houleux des quartiers madrilènes, dans une Espagne qui a mis la barre sur Tribord dure (droite), avec les nostalgiques de Franco qui hissent les voiles pendant que ceux qui sont à voile et à vapeur serrent les fesses, dans cette galère où tout ce qui n’est pas « espagnol catho pur » est jeté par-dessus bord.

Et puisqu’un jour, un capitaine a décidé qu’il fallait amnistier tous les coupables qui ont profité de la dictature, afin de repartir sur le bon pied, il est clair que sortir une affaire aussi explosive des cales poussiéreuses de l’Histoire, ça risque d’amener des mutineries.

Un super roman policier, plus que noir que policier, glaçant. Une leçon d’Histoire afin de ne pas oublier (ou d’apprendre), le tout porté par des personnages sommes toute un peu stéréotypés (sorte de Chevaliers Blancs) mais attachants.

♫ Tu me estas dando mala vida
yo pronto me voy a escapar ♪

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°224 et le Mois Espagnol et Sud-Américain chez Sharon – Mai 2020 [Lecture – 12].

Kim Jiyoung, née en 1982 : Nam-joo Cho

Titre : Kim Jiyoung, née en 1982

Auteur : Nam-joo Cho
Édition : NiL (02/01/2020)
Édition Originale : Palsip yi nyeon saeng kim jiyeong (2016)
Traduction : Kyungran Choi et Pierre Bisiou

Résumé :
Kim Jiyoung est une femme ordinaire, affublée d’un prénom commun – le plus donné en Corée du Sud en 1982, l’année de sa naissance.

Elle vit à Séoul avec son mari, de trois ans son aîné, et leur petite fille. Elle a un travail qu’elle aime mais qu’il lui faut quitter pour élever son enfant. Et puis, un jour, elle commence à parler avec la voix d’autres femmes. Que peut-il bien lui être arrivé ?

En six parties, qui correspondent à autant de périodes de la vie de son personnage, d’une écriture précise et cinglante, Cho Nam-joo livre une photographie de la femme coréenne piégée dans une société traditionaliste contre laquelle elle ne parvient pas à lutter.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : Kim Jiyoung est bien plus que le miroir de la condition féminine en Corée – elle est le miroir de la condition féminine tout court.

Critique :
Il ne fait pas bon être née femme sur terre, mais en Corée du Sud, ce n’est guère brillant, à découvrir leur modèle de société, on la croirait d’une autre ère.

Hélas non… Ne nous gaussons pas, ce que nous avons gagné en Europe l’était de haute lutte et nous pouvons les perdre à tout moment.

Mais eux, c’est bien pire car les garçons sont les rois et on en arrive à un déséquilibre garçons/filles dans les naissances alors que la Nature (ou Dieu, ou le hasard qui fait si bien les choses) fait toujours en sorte d’avoir un certain équilibre.

En 6 parties, décomposant la vie de Jiyoung, l’auteure va nous plonger dans la société patriarcale de la Corée du Sud et nous montrer de manière simple mais limpide, les problèmes que cela pose pour les filles et les femmes.

Nous sommes face à une société contradictoire, qui râle si les filles sont trop intelligentes, qui se gausse des filles qui ne le sont pas et qui n’est pas plus satisfaite des filles qui sont dans la moyenne !

Quoiqu’elles fassent, elles sont vilipendées, mises à l’écart, contraintes de renoncer à leurs carrières professionnelles dès qu’elles ont un enfant et même là, elles se font encore piquer parce qu’elles n’ont pas mis au monde un garçon ou parce que, pour une fois qu’elles ont un peu de temps, se sont assises à la terrasse pour boire un café. Les voilà devenues parasites qui vivent avec l’argent de leur mari.

Bref, en Corée, vaut mieux posséder une banane et deux kiwis si on veut vivre en paix, être le roi, se permettre tout ce que l’on veut, faire carrière et avoir la paix avec les tripoteurs qui ne se privent pas pour vous toucher partout.

Une scène est flagrante dans la contradiction des mâles coréens : alors qu’elle participe à un souper organisé par d’autres pour des membres de sa boîte, Jiyoung se fait draguer lourdement par un homme qui ensuite dira aller rechercher sa fille car elle a peur, seule dans les rues, sans même se rendre compte qu’il contribue allègrement à rendre le monde moins sûr pour sa propre fille.

Jiyoung est un personnage attachant, engluée dans une société qui ne lui donne pas de droits, ou si peu, dans une société où l’homme est roi, où l’homme décide, où les fils sont des dieux.

Elles ont beau se démener, essayer que sa change, crier à l’injustice, la société patriarcale est bien ancrée, chez eux comme ailleurs et pour faire changer les choses, il faudra encore bien des générations, l’auteure nous l’illustrant d’une manière brillante en fin de roman, avec le médecin qui ausculte Jiyoung et qui termine le roman par une pensée des plus abjectes et en totale contradiction avec ce qu’il venait de nous livrer en pensées.

Ce roman, c’est 219 pages de conditions de la femme coréenne, qui ne sont jamais que les conditions des femmes un peu partout dans le monde, et dans le nôtre aussi car n’avons nous pas entendu (et participé aussi ?) des personnes donner des conseils graveleux et inappropriés à un couple qui tardait à avoir des enfants ou qui n’en avait qu’un ?

Les plafonds de verre sont une réalités chez nous aussi, le patriarcat idem et si maintenant les femmes choisissent leur carrière avant de faire des enfants, c’est sans doute une réponse à ce qui se passait avant : quand une femme se mariait, elle devait quitter son job (dans les années 60, je le sais de par une personne âgée qui a vu de nombreuses secrétaires quitter la boite dès qu’elles se mariaient) parce qu’on disait qu’elle devait se consacrer toute entière à son mari et ses enfants…

Kim Jiyoung, c’est un condensé de toutes les femmes, de toutes nos privations, de tous ces droits que l’on n’a pas encore ou ceux qu’on a acquis en poussant des gueulantes.

C’est aussi pour ces femmes qui voient leurs droits partir en fumée, dans un grand pays comme les États-Unis, notamment tout ce qui touche à leur utérus. Putain, mais quel est le problème des bananes-kiwis avec notre utérus ? Foutez-lui la paix.

Avec des mots simples, l’auteure nous assomme en nous racontant toutes ces injustices, ces discriminations sur le sexe, sans pour autant virer dans le larmoyant, mais en nous contant la vie de tous les jours, au pays du Matin calme.

Sans le savoir, les femmes se résignent, écoutent leurs maris prendre des décisions pour elles, sans tact, pensant sans doute qu’ils font bien… Pire, les femmes ne sont pas toujours tendre pour leurs cadettes ou leurs brus et ont tendance à leur couper les ailes aussi.

Un livre choc, à lire. Très beau mais très dur pour nous les femmes. Si ça pouvait faire changer certains hommes de Cro-Magnon…

PS : il ne faut pas aller jusqu’en Corée du Sud pour tomber sur des comportements rétrogrades… Je connaissais une personne (décédée depuis), qui, jeune, se révoltait que sa mère nourrisse en premier lieu les hommes de la maison (le père et les frères) alors qu’elle et ses soeurs devaient manger ensuite et qui, une fois mariée et avec des enfants, fit la même chose que sa mère ! Pour cette femme, les hommes/garçons étaient plus importants que les femmes/filles et ses fils ou ses petits-fils étaient limite des dieux vivants. Comme quoi…