Témoin de la nuit : Kishwar Desai

Titre : Témoin de la nuit

Auteur : Kishwar Desai
Édition : De l’aube – Aube Noire (2013)
Édition Originale : Witness the night (2010)
Traducteur : Benoîte Dauvergne

Résumé :
Si l’intrigue est très bien troussée, ce n’est pourtant pas le principal intérêt de ce livre.

Les crimes servent de prétexte à la romancière pour brosser le tableau d’une société à la fois ancrée dans la tradition et en pleine mutation.

Simran, par exemple, est une femme émancipée, contrairement à Durga, qui vient d’une famille très conventionnelle, riche, bridant ses filles, faute d’avoir pu les tuer à la naissance.

Ce roman devint un best-seller à sa parution à New Delhi, il y a quatre ans, et il vaut bien des documents.

Critique :
Pour une fois, le résumé n’est pas trompeur : une intrigue bien troussée mais qui n’est pas le principal intérêt de ce roman noir.

Toute l’enquête de la travailleuse sociale atypique Simran Singh sur l’assassinat de toute une famille riche (13 membres) n’est que le prétexte pour nous parler de la société indienne (hindoue) qui est patriarcale à mort et où les femmes et les filles n’ont que le droit de pondre des fils et de tenir le ménage.

— Alors dès le début, on m’a mis la pression pour que je ponde, ponde, ponde… comme une putain de poule.

On se plain des plafonds de verre chez nous ? Croyez-moi, nous sommes le cul dans le beurre et il est bordé de nouilles déposées à la cuillère en argent.

Le récit est âpre, violent, dénonçant les injustices et le sex-ratio inégalitaire puisqu’il est mal vu de mettre au monde des filles, alors, on les élimine direct et on ne garde que les mâles. Vous imaginez qu’au final on se retrouve avec 350 filles pour 650 garçons et que ces derniers doivent importer des femmes d’ailleurs puisqu’il n’y en a pas assez.

Le médecin nous a appelés pour nous dire que le bébé était une petite fille en bonne santé. J’étais tellement heureuse que j’ai presque sauté de joie. Et puis j’ai vu le visage de mon beau-père. Pendant tout le trajet de retour, il a eu l’air très mécontent. À la maison, la nouvelle a reçu le même accueil.

La plume est trempée dans le vitriol, par le biais de sa personnage principale, Simran Singh qui s’est toujours révoltée contre de telles pratiques mais qui ne peut pas faire grand-chose à son niveau. Pourtant, elle essaie.

Simram a tourné le dos à toutes ces traditions du Punjab, elle a 45 ans et ne s’est pas mariée, ce qui fait que tout le monde regarde cette vieille fille avec mépris et sa mère la harcèle pour qu’elle lui offre un petit-fils. Pas facile de dire merde aux traditions.

Les portraits dressés de certains personnages sont taillés à la serpe, le genre de personnage qu’on aimerait flinguer assez vite, imbu d’eux-mêmes, jaloux de tout et prêt à tout pour y arriver.

Les flics étaient corrompus sous Al Capone et le sont toujours ? Ici, on est dans le haut du panier niveau magouilles, les médailles d’or tombent, n’en jetez plus, tout marche à la corruption, même les soins dans les hôpitaux.

Au fur et à mesure que Simran Singh dénoue l’écheveau de ce meurtre multiple et tente d’entrer dans le passé de Durga, la fille cadette de cette famille, suspectée d’être l’auteure des meurtres, elle tombe dans le glauque absolu, et nous avec.

On referme ce roman noir avec le coeur au bord des lèvres, le dégoût suintant de tout nos pores (on aimerait écrire « porcs » mais ce serait une insulte à l’animal) et le guide du Routard peut me dire ce qu’il veut mais je n’ai pas envie de poser un pied là-bas.

Un roman noir où l’enquête est un prétexte pour écrire un réquisitoire sur le pays de l’auteure, sur son gouvernement, sur les hommes qui ne veulent pas de l’égalité et sur des gens qui n’ont pas encore compris qu’on va droit dans le mur en ne sélectionnant qu’un seul sexe et en éliminant systématiquement l’autre.

Un roman noir qui laisse le lecteur groggy, pantelant, en proie à de multiples émotions qui ne sont pas celle de la joie, évidemment. Avec un tel sujet, on se doute qu’on ne va pas nager dans les petites fleurs et les arc-en-ciel des Petits Poneys.

Je savais qu’en Inde, il était illégal de demander le sexe de son enfant, alors j’ai cru qu’il voulait savoir si le bébé était en bonne santé et j’ai accepté. Cependant, j’ai été très surprise lorsqu’il m’a dit que nous devions attendre le compte rendu avant de rentrer.

Un roman noir où l’enquête est accessoire, même si elle est utile pour nous brosser, au vitriol, un portrait peu flatteur de la société hindoue dont certains sont encore plus rigides que les plus rigides anglais victoriens.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et Le mois du Polar Chez Sharon (Février 2019).

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Jusqu’à la bête : Timothée Demeillers

Titre : Jusqu’à la bête

Auteur : Timothée Demeillers
Édition : Asphalte Noir (31/08/2017)

Résumé :
Erwan est ouvrier dans un abattoir près d’Angers. Il travaille aux frigos de ressuage, dans un froid mordant, au rythme des carcasses qui s’entrechoquent sur les rails.

Une vie à la chaîne parmi tant d’autres, vouées à alimenter la grande distribution en barquettes et brochettes. Répétition des tâches, des gestes et des discussions, cadence qui ne cesse d’accélérer…

Pour échapper à son quotidien, Erwan songe à sa jeunesse, passée dans un lotissement en périphérie de la ville, à son histoire d’amour avec Laëtitia, saisonnière à l’abattoir, mais aussi à ses angoisses, ravivées par ses souvenirs. Et qui le conduiront à commettre l’irréparable.

Jusqu’à la bête est le récit d’un basculement, mais également un roman engagé faisant résonner des voix qu’on entend peu en littérature.

Critique :
De tous les personnages que j’ai croisé dans mes lectures, j’ai rarement eu droit à un qui bosse dans un abattoir aux environs d’Angers. On peut même dire que c’est assez rare dans la littérature.

Erwan bosse à la chaîne, baigne dans le sang des bovins qui arrivent dans son frigo et son boulot est répétitif, sans embellie aucune pour cet jeune homme qui a quitté l’école trop tôt que pour lui donner accès à d’autres professions plus lucratives et moins abrutissantes.

Bosser dans un abattoir, au milieu de toutes ces carcasses de viande, de leurs tripailles, de leur sang, fait que lorsque vous rentrez chez vous, malgré la douche, malgré le savon, vous ne sentez pas la rose printanière. Cette odeur est engoncée dans vos narines et elle vous poursuit partout.

Erwan va nous conter sa vie, une partie de son enfance, son boulot abrutissant, ses chefs narquois, sa recherche de l’amour et sa déchéance car dès le départ, nous savons qu’il est en prison, mais sans savoir le délit ou le crime qu’il a commis.

Non, ce roman noir n’est pas un manifeste vegan ou végétarien, loin de là, ce serait réducteur de l’accuser de cela. Il est un fait que durant sa lecture, on grincera des dents en découvrant le travail dans les abattoirs et on ne regardera plus la barquette de viande dans un hypermarché de la même manière et sans avoir une pensée pour tous les Erwan qui ont trimé pour que nous l’ayons au rayon froid.

Lors de ma lecture,j’ai repensé à une de mes connaissances qui est devenue végétarienne et qui avait un jour, fait une charge assez virulente sur les employés d’un abattoir, les accusant d’être des assassins.

Lorsque je lui avais souligné que s’ils faisaient ce métier, c’était plus de manière alimentaire, parce qu’ils n’avaient sans doute pas le choix d’un autre métier et que les cadences devaient être infernales, elle n’avait rien voulu entendre. Trop jeune elle était, avec une vision du Monde en noir et blanc, sans nuances aucune.

Si ce roman ne fera pas de moi une végétarienne, il pousse tout de même à la réflexion de savoir qui est responsable de toute cette merde dans les abattoirs.

Est-ce de la faute des ouvriers qui sont sans cœur, ou est-ce la faute des directions qui veulent toujours pousser plus fort la chaine pour arriver à des rendements de malade, quitte a pousser ses travailleurs jusqu’à ce qu’ils tombent ?

Ou tout simplement est-ce la faute à la société de con-sommation qui consomme toujours plus, qui consomme mal, qui ne vit que par la consommation de masse, voulant toujours plus alors qu’elle n’en a pas un besoin vital ?

Un peu de tout ça, bien que je classe les ouvriers des abattoirs en fin de liste car j’ai l’impression qu’ils ne sont que les symptômes résultant de notre société malade et de cette course au profit puisque la réserve de bras est inépuisable. L’un tombe ? Il y en a d’autres qui attendent sa place.

Ce roman noir est sanglant, non pas à cause d’un crime, mais à cause de cette société qui consomme trop et qui se fiche de savoir si d’autres trinquent derrière pour arriver à produire cette masse ou si les éleveurs vendent à un bon prix leurs bêtes vivantes (et là, je vous assure que non, ils ne gagnent pas assez, les intermédiaires s’en foutent plein les poches, mais pas les agriculteurs).

Un roman social dérangeant, qui gratte là où ça fait mal, qui pique, nous offrant un personnage principal dont le portrait tourmenté est plus que réussi, qui suscite l’empathie et on le plaint car sa déscolarisation a fait qu’il n’a pas eu de nombreuses possibilités d’embauches, la crise n’ayant pas arrangé le reste non plus.

Un roman social noir troublant… Horrible… Beau et puissant. Une écriture qui n’a pas puisée son encre dans les bas morceaux de la bête, mais dans son arrière-train, là où se trouvent les plus nobles quartiers de barbaque.

Un roman social qui laisse un goût amer en bouche, un goût de sang.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

Oliver Twist / Les Aventures d’Oliver Twist : Charles Dickens [LC avec Bianca]

Titre : Oliver Twist / Les Aventures d’Oliver Twist [Édition Intégrale]

Auteur : Charles Dickens
Édition : Le Livre de Poche- Classiques de poche (2005)
Édition Originale : Oliver Twist or the Parish Boy’s Progress (1839)
Traducteur : Alfred Girardin

Résumé :
Oliver Twist (1838) est un feuilleton criminel d’une noirceur concentrée.

Un angélique orphelin échappe aux sévices que les institutions charitables de l’Angleterre victorienne réservent aux enfants abandonnés pour tomber dans les plus fangeux cloaques des bas-fonds londoniens.

L’apprentissage précoce du vice et du crime y est de règle pour échapper à la misère et à la faim.

On n’oubliera guère, après les avoir croisés, ni l’abominable Bumble ni le ténébreux Fagin, cette saisissante préfiguration des gibiers de bagne qui hanteront Les Misérables de Victor Hugo.

Créations de l’imaginaire ? Ombres portées des terreurs et des cauchemars de l’enfance ? Peut-être.

Toujours est-il que les contemporains y virent le reflet de la réalité. « Il n’y a pas tant de différence entre ce noir tableau de l’enfance et le tableau de l’usine par Karl Marx », remarque d’ailleurs le philosophe Alain. Il faut s’en souvenir à chaque page en découvrant Les Aventures d’Oliver Twist.

Critique :
Cela faisait des années que je me disais qu’il serait temps que je lise Mes Classiques et que j’en profite, par la même occasion, pour découvrir Dickens, entre autre.

Je l’avais déjà fait avec « A Christmas Carol » que j’avais adoré.

Donc, lorsque Bianca, ma complice de LC, avait stabiloté ce titre présent dans nos biblio, je m’étais sentie toute en joie à l’idée d’enfin le lire !

Une plongée dans les bas-fonds londoniens, dans la misère noire du peuple de l’Abîme, vous qui me connaissez, vous vous doutez que je ne me sentais plus.

Je connaissais l’histoire, comme tout le monde, de plus, je l’avais découverte en version BD et cela m’avait plu. Donc, la version intégrale de plus de 700 pages ne me faisait pas peur du tout, j’avais l’intention de le dévorer à la Cannibal, c’est-à-dire en finissant la première dans un temps ridiculement petit.

Ce que je fis… Et là, je vous sens tous et toutes pendus à mes lèvres (du haut, bande de sacripants) pour savoir si j’ai apprécié ma lecture ou pas. Roulement de tambour…

Passons d’abord en revue ce que j’ai vraiment apprécié dans ce roman : les descriptions des bas-fonds, celles des baby farm, de l’assistance publique, des asiles pour indigents, et j’en passe.

Dickens connait son sujet et il n’est pas avare sur les détails, pour mon plus grand plaisir. Niveau misère noire, j’en ai eu pour mes sous, je me suis couchée moins bête et j’ai pesté contre l’illogisme d’un système qui, au lieu d’aider les gens, les enfoncent un peu plus.

Par contre, là où j’ai buté souvent, c’est devant le style de Dickens ! Phrases trop longues, ampoulées, circonlocutions, à tel point que j’ai dû relire des pans entiers de phrases parce que arrivée à la fin, avec tout ces détours, je ne savais plus de quoi on parlait au départ de la phrase.

De plus, je n’ai pas retrouvé les émotions que je m’attendais à ressentir dans un pareil contexte. M’attendant à avoir le cœur serré devant tant d’injustice et de misère noire; pensant hurler sur ceux qui, investit d’un petit pouvoir, en usent et abusent; croyant tempêter devant un système d’aide illogique; tomber de ma chaise devant des pensées et des paroles horrible, et bien, je n’ai rien ressenti !

Oh, j’ai bien un peu grogné, levé les yeux au ciel devant le mode de pensées de certains, mais on ne peut pas dire que j’ai ressenti de l’empathie pour Oliver. Personnage un peu trop lisse à mon goût, trop fade, transparent…

Quand je pense que j’ai lu des romans où certains personnages intervenaient tard dans l’intrigue et que malgré tout, je ressentais leur présence de manière tangible (Dreamcatcher, du King, avec le personnage de Duddits) et où ma rencontre avec eux fut mémorable. Ici, que dalle !

Fagin était mémorable, Finaud aussi, ils avaient de la présence, de la prestance, faisant partie de ces personnages que l’on oublie rarement, mais Oliver, lui, je pense que je ne garderai que peu de souvenirs de lui. Il ne m’a pas emballé alors qu’il aurait dû, vu le nombre d’injustices et de coup du sort qui lui sont tombés dessus durant sa vie.

Et des injustices crasses, en plus !

Peine perdue, j’ai ramé pour ma lecture, j’ai sauté des lignes, des paragraphes, j’ai soupiré, ne me réveillant que lorsque j’avais des indications sur la vie à cette époque dans les bas-fonds miséreux.

Clairement, je suis passée à côté de ce roman, de ma lecture, ce qui est le plus râlant que je m’en faisais une joie de lire ce roman, sans compter que mes collègues babéliottes lui avaient collé des 5 étoiles.

Bianca et moi sommes sur la même longueur d’onde pour cette LC en demi-teinte… 

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019), Le Challenge « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (JOKER), Le challenge British Mysteries (Janvier 2018 – décembre 2018) chez My Lou Book et le RAT de l’Épouvante chez Chroniques Littéraires – Automne, plaid et cocooning (736 pages).

Knockemstiff : Donald Ray Pollock

Titre : Knockemstiff

Auteur : Donald Ray Pollock
Édition : Phebus Libretto (2010)
Édition Originale : Knockemstiff (2008)
Traducteur : Philippe Garnier

Résumé :
Knockemstiff – littéralement « étale-les raides » – existe vraiment. Ce n’est pas la moindre bizarrerie de ce premier livre de Donald Ray Pollock.

En référence aux classiques de Sherwood Anderson, les histoires racontées ici sont toutes liées à ce bourg.

Mais les turpitudes et les hypocrisies individuelles de Winesburg, Ohio, sur lesquelles écrivait Anderson en 1919, paraissent soudain bien pâles devant les visées de tante Joan sur un paumé défoncé à la Bactine, devant Daniel, le violeur de poupées, ou encore devant la Fish Stick Girl, qui serait le meilleur plan de la région, si elle n’avait pas la manie de trimballer des beignets de poisson pané au fond de son sac.

Plus encore que les camionneurs speedés, les fondus de la fonte ou les papys Alzheimer qui peuplent Knockemstiff, c’est l’humanité atrocement comique de ces personnages qui dérange.

Donald Ray Pollock est assurément la voix la plus singulière et la plus exaltante de la nouvelle littérature américaine depuis Larry Brown ou Chuck Palahniuk (lui-même fan de Pollock).

Certaines de ses histoires tachent comme le péché ou le mauvais vin, et vous collent à la peau, même après plusieurs douches.

Critique :
Dire que je trouvais que le roman « Kentucky straight » de Chris Offutt était peuplé de crétins pathétiques, de loosers fabuleux, de débiles congénitaux, d’une bande de ploucs irrécupérables…

Et bien, figurez-vous que je viens de tomber sur pire qu’eux ! D’ailleurs, face aux habitants de Knockemstiff (Ohio), ceux de Kentucky Straight sont fréquentables, c’est vous dire.

Je vous préviens de suite, après avoir terminé ce roman, vous vous sentirez poisseux et aurez juste une envie : vous doucher et vous récurer à la brosse en crin tant les gens sont crasseux mentalement.

Ici, il n’y a rien à faire, si ce n’est avoir des relations incestueuses, tuer des gens, boire de la bière bon marché, se shooter avec tout ce qui passe, laisser traîner des bâtonnets de poissons panés au fond de votre sac à main, traiter son gamin de gonzesse, lui apprendre à se battre, violer des poupées, fuguer,…

Je descendais juste des Mitchell Flats avec trois pointes de flèches dans ma poche et un serpent copperhead mort qui me pendait autour du cou comme un châle de vieille bonne femme, quand j’ai surpris un gars nommé Truman Mackey en train de baiser sa petite soeur dans Dynamite Hole.

Déjà, en temps normal, parler au vieux c’était comme d’être enfermé dans l’ascenseur avec un cannibale qu’on n’aurait pas nourri depuis trois jours.

« Tu t’es bien défendu », je me répétais, encore et encore. C’était la seule chose que mon père m’ait jamais dite que je n’ai pas essayé d’oublier.

Ne jamais sortir de ses eaux territoriales, ne jamais explorer une ville voisine. Rester en vase clos (et se reproduire). De toute façon, celui qui a fugué pour tenter sa chance ailleurs est tombé sur un camionneur bizarre et sordide.

Toutes ces belles choses, vous le retrouverez dans ce roman composé de nouvelles toutes plus sordides les unes que les autres.

Je ne suis pas toujours fan des nouvelles, mais ce format va à merveille pour ce genre de récits car il permet de remonter à la surface pour prendre une goulée d’air avant de replonger dans la noirceur poisseuse, style cambouis épais, d’une autre nouvelle.

Le fait qu’elle restait avec moi était juste une autre preuve de son indolence. Dans une société plus évoluée, on nous aurait probablement tués tous les deux pour nourrir les chiens.

Au total, il y en a 18, toutes du même acabit car l’auteur nous dresse des portraits au vitriol de cette petite ville qui existe vraiment et où on ne voudrait pas passer ses prochaines vacances, ni en être originaire.

Même les célèbres Barakis de chez nous sont moins atteints que ceux qui hantent ces pages. Pourtant, dans le fond, ils ont le même mode de vie : chômeurs, alcoolos, vivant dans des caravanes pouraves, portant le training… (Je vais me faire lyncher, là).

…on était toujours fauchés. Arrivée la fin du mois, on était à court de tous les trucs essentiels qui rendent la vie tolérable – confiseries, glaces et cigarettes – et je me mettais à insinuer à Dee qu’il serait peut-être temps de vendre un peu de sang. C’était le seul type de travail que j’arrivais à lui faire faire. Le mien ne valait rien à cause de mon hépatite, mais celui de Dee était AB négatif et encore sans pathogènes, alors les techniciens l’accueillaient à bras ouverts.

Droit debout en calcif devant le duplex rose fané qu’il louait avec Geraldine, Del a émergé de sa vape en train de pisser dans l’herbe cuite du mois d’août. C’était ça l’ennui de revenir à soi : la minute d’avant il avait autant de cervelle qu’une carpe en train de mastiquer de la merde à fond de Brain Creek, et pop, une lueur s’allumait et voilà qu’il se retrouvait sur la terre ferme, surpris dans une position embarrassante ou une autre.

Des récits sombres de déchéances humaines, des portraits de gens dont on ne voudrait pas croiser la route, des pères qui gagneraient à passer l’arme à gauche tant ils font subir le pire à leurs gosses, des femmes qui auraient gagné à se casser la jambe le jour où elles ont rencontrés leurs maris et le col de l’utérus le jour où ont couplés ensemble.

Si elle dirigeait toutes les pines qui lui sont passées dessus pointées vers l’extérieur, elle ressemblerait à un foutu porc-épic.

Je me suis réveillé en croyant que j’avais encore pissé au lit, mais c’était juste une tache collante, là où moi et Sandy on avait baisé la veille.

Des récits sombres, violents, poisseux dont il fallait le talent de conteur de Donald Ray Pollock pour arriver à les mettre en toutes lettres tant ils sont à la limite du supportable, ou alors, il faut déconnecter son cerveau et ne pas trop penser lorsqu’on lit car ceci n’est pas vraiment de la fiction mais la réalité dans ses tristes oripeaux.

18 nouvelles trash, 18 nouvelles noires, peuplées de personnages tous plus tarés les uns que les autres, tous irrécupérables, de personnages que l’on croisera au détour d’une autre nouvelle, et qui viendra confirmer que oui, même lui était irrécupérable.

18 nouvelles sordides où l’Homme ne veut pas s’élever au-dessus de sa condition, préférant barboter dans sa crasse, sa misère, son petit train-train banal et nauséabond.

18 nouvelles qui dérangent et qui grattent là où ça fait mal.

Néanmoins, j’avais préféré ses deux romans « Le diable tout le temps » et « Une mort qui en vaut la peine » qui, tout en étant aussi sordide et nauséabond, m’avaient plus emballé.

Il avait besoin de cheveux longs. Sans eux, il n’était qu’un sinistre bouseux mal fichu de Knockemstiff, Ohio – lunettes de vieux, acné en germes, poitrine de poulet. Jamais essayé d’être quelqu’un comme ça ? À 14 ans, c’est pire que la mort.

J’ai soulevé les couvertures un chouïa, passé mon doigt sur le KNOCKEMSTIFF, OHIO bleuté que Sandy s’était tatoué comme un panneau routier sur son cul maigrichon. Pourquoi ces gens ont besoin d’encre pour se rappeler d’où ils viennent, ça restera toujours un mystère pour moi.

Je m’étais encore jamais trouvé dans personne, et quand je me suis mis à jouir, c’était comme si plus rien de ce que j’avais connu avant avait d’importance. Toutes les années de vache enragée et de solitude coulaient hors de moi et bouillonnaient dans cette petite fille comme une source sortie d’un flanc de colline.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019) et le Mois Américain chez Titine (Septembre 2018).

Satanas : Mario Mendoza

Titre : Satanas

Auteur : Mario Mendoza
Édition : Asphalte (08/02/2018)
Édition Originale : Satanás (2002)
Traducteur : Cyril Gay

Résumé :
Bogota, années 1980. Lasse de vivre d’expédients, María décide de prendre sa revanche sur la société en dépouillant les clients des clubs chics de la ville.

Artiste à succès, Andrés découvre que ses portraits prédisent les maladies dont ses modèles vont souffrir. Prêtre dans un quartier populaire, Ernesto voit sa foi mise à rude épreuve quand son chemin croise celui d’un assassin refusant tout repentir.

Qui peut bien relier ces trois âmes tourmentées qui errent dans les rues de la capitale colombienne ?

La réponse, c’est Campo Elías, vétéran du Vietnam hanté par ses souvenirs de guerre et obsédé par le thème du double maléfique.

L’ancien soldat ne connaît qu’une seule façon de régler ses problèmes : la violence. Et il n’hésitera pas à y recourir.

Critique :
Quoi ? Satanas sans Diabolo ? Mais c’est une hérésie !

Autant commencer sa chronique par un petit trait d’humour parce que tout le reste de ce roman noir ne se prête vraiment pas à rire.

Ici, on aurait plutôt envie de chanter ♫ Oui, je suis Belzébuth, je suis un bouc, je suis en rut ♪ et encore, c’est trop festif pour aller avec ces pages sombres de chez sombres.

Nous sommes dans les années 80. Il y a quelque chose de pourri à Bogotá, capitale de la Colombie pour ceux qui se sont endormis aux cours de géographie.

Comme si un démon avait ensorcelé les gens, les poussant vers le côté obscur du la Force et du Mal. Le Démon serait-il à Bogotá ? Satan l’habite ?

En tout cas, c’est la question que se pose un prêtre, Ernesto face à tous ces gens qui se transforment en assassins ou devant cette jeune fille qui n’est pas loin de crier « baise-moi » comme dans L’Exorciste.

Destins croisés de plusieurs personnages qui, de prime abord, n’ont rien en commun : le prêtre Ernesto, le peintre Andrés qui fait des portraits prophétiques, María la pulpeuse jeune fille qui irait bien sur #balance-tous-ces-porcs et qui prendra sa revanche ensuite avant de se faire tacler bien salement et Campo Elías, un vétéran du Vietnam qui a du mal à trouver sa place dans cette société.

Rien en commun entre ces personnages… Pourtant, ces destins fracassés vont se croiser avant de se rejoindre dans un restaurant, pour une bouffe mémorable dont tout le pays se souviendra.

Ce roman, je l’ai dévoré, je me suis immergé dedans, j’ai plongée toute habillée et j’avais du mal à en sortir, tant les destins et les vies des personnages m’avaient emportées dans cette Colombie qui est loin des cartes postales.

Le final m’avait laissé groggy, mais là où j’ai eu des sueurs froides, c’est lorsque j’ai lu la postface et appris que ces événements avaient eu lieu réellement ! Là, ça te glace encore plus.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018),le Mois Espagnol chez Sharon (Mai 2018).Le Challenge et « Les Irréguliers de Baker Street » repris par Belette [The Cannibal Lecteur] et sur le forum de Livraddict (N°44 – L’Aventure du Pied du Diable : lire un livre comportant des démons).

Le chemin s’arrêtera là : Pascal Dessaint

Titre : Le chemin s’arrêtera là

Auteur : Pascal Dessaint
Édition : Payot et Rivages (04/02/2015)

Résumé :
Sur une côte nordiste industrielle et fantomatique, sept personnages en déshérence survivent au jour le jour, poursuivis par un passé dont la noirceur ne les empêche pas de faire preuve de courage.

Critique : 
Garanti que ce roman a dû faire grincer les dents des syndicats d’initiative du Nord !

Si le film « Bienvenue chez les Ch’tits » vous donnait envie de visiter le Nord, ce livre vous donnera plutôt envie d’aller voir au Sud si la misère est moins pénible au soleil.

Parce qu’ici, tout est gris ! M’est avis qu’ici, un canal s’est pendu, comme le chantait si bien mon cher Jacques.

M’est avis aussi qu’il  n’y a pas qu’un canal qui s’est pendu lorsque toutes les usines ont fermées leur porte, mettant au chômage des milliers de gens.

Les personnages qui gravitent dans ces pages sont tous en déshérence, leurs portraits ne sont pas glorieux, leurs vies sont fracassées, fichues, et c’est avec un œil désabusé et cynique qu’ils contemplent tous et toutes le déclin de leur région autrefois si prospère.

Au travers des vies de 7 personnages, l’auteur nous dresse une histoire comme un puzzle : chaque chapitre est comme une nouvelle, narrée par l’un des personnages, mais on comprend vite que tout le monde se connait, se fréquente, se croise et que toutes les fils disparates de leur putain de vie vont, à un moment ou à un autre, s’entremêler, et ce sera pour le meilleur ou pour le pire.

C’est étouffant et trash, ces histoires, car entre le père alcoolique qui a la main lourde, le père qui se frotte l’entre-jambe contre sa fille, le frère qui s’est disputé avec sa sœur, avec son ami, celui qui se complait dans sa vie qu’il passe assis sur sa chaise tout en gémissant sur son pauvre sort, celui qui ne vit que pour la pêche, celle qui trime, et les deux gosses qui s’en sortent difficilement à l’école, on a l’impression qu’on a réuni une majorité de tous les portraits miséreux et possibles de l’humanité.

Malgré tout, cela reste humain, profond.

Les portraits des personnages sont brossés en peu de phrases, mais on s’en moque, on a l’impression qu’on les connait, de toute façon, et puis, pas besoin d’en dire plus, on vient déjà de s’immiscer dans leur vie merdique, alors, pas la peine d’en rajouter.

Pas de voyeurisme dans ces petites histoires, juste le constat brut de décoffrage de ce que peut-être l’Humain dans toute sa splendeur.

De ce que la Vie peut être violente, de ce que les industries peuvent être criminelles, que ce soit au plan humain ou écologique.

Un roman  noir contemporain, qui n’explore pas les voies des hors-la-loi, mais celles des marginaux, ceux qui tirent le diable par la queue tous les jours, ceux qui ont été broyés par le système, ceux qui se sont relevés, ceux qui se sont laissés couler.

Un roman noir choral où toutes les voix hurlent leur mal-être, leur misérabilité, mais aussi leur envie de vivre.

M’est avis que ça donnerait envie à Mylène Farmer de chanter « Désenchantée » ! La chanson collerait bien à l’ambiance des pages : sombre, grise, sans lumière.

Un roman noir à découvrir si vous en avez l’occasion, parce que les français peuvent aussi écrire de bons romans noirs, comme les Américains.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018).

La Route au tabac : Erskine Caldwell

Titre : La Route au tabac

Auteur : Erskine Caldwell
Édition : Gallimard (02/06/1937)
Édition Originale : Tobacco Road (1937)

Résumé :
Ada, sa femme, malade, la grand-mère dont personne ne s’occupe, Ella May, la fille nymphomane au bec de lièvre, le fils Dude et la petite soeur âgée de douze ans, déjà mariée au voisin.

Le seul fil conducteur du livre est la faim et tous les stratagèmes imaginés par la famille pour tenter de la combler.

La réalité décrite par Caldwell, à peine déformée, est une vision du Sud très proche de celle de Faulkner, sur fond de modernisation et d’expropriation du monde rural. Mais, chez lui, l’angoisse est diffuse, non dite, comme si les personnages n’avaient aucune conscience de leur état.

Critique :
Dans la masse des sorties de 1937, j’avais ce petit roman de ce grand auteur qu’est Erskine Caldwell !

Petit à petit je comble mon retard dans les rentrées littéraires et donc, aujourd’hui, on met un oldies sous la lumière des projecteurs.

80 ans de retard dans la lecture, une paille ! Je ne fais pas mon âge non plus…

Direction la Georgie très profonde (et pas la Gorge) pendant cette période noire que fut Grande Dépression de 1929.

La famille Lester possède une maison délabrée sur la route au tabac et cette famille est ravagée par la faim et la misère… Le père Lester, son épouse Ada, leurs deux enfants et la grand-mère ne mangent pas à leur faim tous les jours. C’est même rare qu’ils mangent de tout leur soûl.

Là où elle habitait, sur la route au tabac, personne ne riait. Là où elle habitait, les filles devaient sarcler le coton en été, le ramasser en automne, et couper du bois en hiver.

— Quand j’ai bien mal au ventre, j’ai qu’à prendre une petite chique, et j’sens plus la faim de la journée. Le tabac, y a rien de meilleur pour conserver un homme en vie.

Non, ne plaignez pas le père, Jeeter Lester, il est seul responsable de la misère crasse dans laquelle il vit, lui et sa famille, car c’est un grand fainéant devant l’Éternel dont il pense que ce dernier va pourvoir à sa survie et faire pleuvoir de la nourriture sur sa pauvre carcasse.

Jeeter se demandait où Lov avait trouvé les navets. Il ne lui venait pas à l’idée que Lov eût pu les acheter. Jeeter, depuis longtemps, était arrivé à cette conclusion qu’on ne peut se procurer de quoi manger qu’en volant.

— Pourquoi que vous allez pas quelque part voler un sac de navets ? dit Dude. Vous n’êtes plus bon à rien. Vous restez là assis à jurer, parce que vous n’avez rien à manger, pas de navets. Pourquoi qu’vous allez pas voler quelque chose ? Vous n’pensez pas que Dieu va venir vous servir. Il n’va point vous faire tomber des navets du ciel. Il n’a pas de temps à perdre avec vous. Si vous étiez point si fainéant, vous feriez quelque chose au lieu de rester là à jurer.
— Mes enfants rejettent la faute sur moi parce qu’il a plu à Dieu de me réduire à la misère, dit Jeeter.

C’est beau de croire… Bien que chez lui, ce soit plutôt une des excuses dont il se sert à tout bout de champ.

— […] M’est avis, Lov, qu’j’ai qu’à attendre que le bon Dieu veuille bien pourvoir à nos besoins. On dit qu’Il prend soin de Ses créatures. J’attends qu’Il daigne s’apercevoir que je suis là. J’crois point qu’il y ait personne d’aussi mal en point que moi, d’ici à Augusta. Et dans l’autre direction non plus, entre ici et McCoy. Il semblerait que je suis le seul à n’avoir point de vivres ni de crédit. J’sais pas d’où ça vient, parce qu’enfin, j’ai toujours donné Son dû au bon Dieu. Lui et moi, on a toujours été honnêtes en affaires. Il serait temps qu’Il remarque dans quel pétrin je me trouve. J’vois point autre chose à faire que d’attendre qu’Il le remarque.

Il rejette la faute sur les autres : ce n’est pas de sa faute s’il ne sait pas cultiver son champs car personne ne veut lui vendre des semences et du guano à crédit, lui prêter une mule et il ne peut pas aller bosser à l’usine puisque Dieu l’a fait naître sur cette terre et donc, il doit y rester et y faire pousser du coton… mais puisque personne ne lui fait crédit… Le chien se mord la queue.

— […] J’peux pas gagner d’argent puisque y a personne pour me donner du travail. On n’veut plus de métayers. J’vois point où que j’pourrais me placer. J’peux même pas faire pousser ma propre récolte, d’abord parce que j’ai pas de mule, et ensuite parce que personne n’veut me donner de graines et de guano à crédit. Alors, j’peux point m’procurer de vivres ni de tabac, sauf de temps en temps quand j’peux porter une charge de bois à Augusta.

— […] J’ai ça dans le sang : brûler des herbes et labourer à c’t’époque-là de l’année. V’là cinquante ans bientôt que j’le fais, et mon père et son père étaient tout pareils à moi. Nous autres Lester, sûr qu’on aime retourner la terre et y faire pousser des choses. J’peux point m’en aller dans les filatures, comme font les autres. La terre me tient trop fort.

Jeeter Lester, c’est le type même de personne à qui l’on a envie de botter les fesses tant il n’arrête pas de se plaindre, de gémir, d’envier les autres et surtout, de reporter à demain ce qu’il pourrait faire aujourd’hui. Le roi de la procrastination, c’est lui ! Le plus gros poil dans la main, c’est lui qui le possède.

Pour tout ce qu’il voulait faire, Jeeter faisait toujours dans sa tête des plans très détaillés, mais, pour une raison ou une autre, il n’accomplissait jamais rien. Les jours passaient, et il était beaucoup plus facile d’attendre au lendemain. Le lendemain venu, il repoussait invariablement les choses jusqu’à un moment plus propice. Il avait employé cette méthode aisée pendant presque toute sa vie […]

Sur ses douze enfants vivants, dix sont déjà parti sans demander leur reste pour bosser en ville ou dans des usines. Les deux qui restent sont Dude, un garçon de 16 ans un peu simplet et Ellie May, pauvre fille pourvue d’un bec de lièvre et qui a le feu au cul.

— Ellie May s’comporte tout comme votre vieux chien quand ça le démangeait, dit Dude à Jeeter. Regardez-la donc qui se frotte le cul sur le sable. Votre vieux chien, il faisait le même bruit aussi. Comme un petit goret qui couine, pas vrai ?

— Dude n’est pas assez intelligent pour s’en aller. S’il était aussi malin que vos autres enfants il ne resterait pas ici. Il se rendrait compte de l’absurdité d’essayer d’exploiter une ferme étant donné l’état actuel des choses.

Ajoutez à cela que Jeeter est un pitoyable voleur, un faux croyant doublé d’un roublard avec un petit air lubrique, un prometteur des beaux jours qui ne tient jamais ses promesses… Bref, vous avez face à vous le portrait d’un type détestable et minable. Et pourtant, on a du mal à le détester…

— Quand tu n’voudras plus de ta salopette, tu devrais bien me la donner, dit Dude. J’ai jamais eu de combinaison neuve, autant que j’me rappelle. P’pa dit qu’il nous en achètera une à chacun de nous, un de ces jours, quand il aura vendu beaucoup de bois, mais j’ai jamais confiance dans ce qu’il dit. Il ne le vendra jamais son bois, pas plus d’une charge à la fois en tout cas. Il n’y en a pas comme lui pour mentir. M’est avis qu’il aimerait mieux mentir sur cette question du bois plutôt que d’en porter à Augusta. Il est tellement fainéant que, des fois, il n’a pas le courage de se relever quand il s’fout par terre, j’lai vu rester sur place près d’une heure avant de se relever. Le bougre d’enfant de garce ! J’en connais pas de plus fainéant.

On se demande même ce qu’il va nous inventer comme excuses pour ne pas accomplir le travail et le reporter aux calendes grecques !

— J’ai l’intention d’en porter demain ou après-demain, dit Jeeter. J’aime pas qu’on me bouscule. Il faut du temps pour se préparer à faire un voyage comme ça. Faut que je pense à mes intérêts. Mêle-toi de ce qui te regarde.
— T’es qu’un fainéant, t’es pas autre chose que ça.

— J’t’entends dire ça tous les ans, à la même époque, mais j’te vois jamais commencer. V’là bien sept ou huit ans que t’as pas creusé un sillon. Y a si longtemps que je t’entends parler de faire valoir cette ferme que je te crois plus maintenant. C’est que des menteries. Les hommes, vous êtes tous les mêmes. Et il y en a plus de cent comme toi, dans le pays. Parler, c’est tout ce que vous savez faire. Les autres s’en vont mendier, mais toi, t’es même trop fainéant pour ça.
— Écoute-moi, Ada, dit Jeeter. J’commencerai demain matin. Dès que les champs seront brûlés, j’emprunterai des mules. Dude et moi, on peut faire une balle par arpent, si je peux trouver de la graine et du guano.
— Pfff ! dit Ada en quittant la véranda.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, sous ses dehors de gros looser, de doux rêveur, de « procrastineur » et d’adepte des excuses faites pour s’en servir, Jeeter ne dit pas que des conneries quand il gémit sur le monde ou sur la vie.

Son discours, sur les banquiers qui prêtent des sous à de pauvres fermiers qui veulent de l’argent pour cultiver leurs terres, a tout de la critique et de la satire sociale : ces avides banquiers réclament leurs intérêts, le montant de la dette, et encore des intérêts et il ne reste qu’au pauvre fermier, après la vente de sa récolte, que quelques dollars en poche, ou pire, il se retrouve avec encore des dettes.

Il n’avait jamais traité avec personne d’aussi rapace que les banques de crédit. Une fois, il avait emprunté à l’une d’elles la somme de deux cents dollars […] Tout d’abord, on venait l’inspecter deux ou trois fois par semaine. La banque envoyait des gens à sa ferme pour essayer de lui apprendre comment planter le coton et combien de guano il lui fallait répandre sur chaque arpent. Ensuite, le premier de chaque mois, ils venaient toucher les intérêts de l’emprunt. Il ne pouvait jamais payer, et ils ajoutaient l’intérêt au capital et lui comptaient un intérêt sur le tout. En automne, le jour où il avait vendu sa récolte, il ne lui était resté que sept dollars. Pour commencer, il lui fallait payer trois pour cent par mois pour son emprunt, et, au bout de dix mois, il avait dû payer trente pour cent, sans compter un autre trente pour cent sur les intérêts non payés. […] Quand tous les comptes furent réglés, Jeeter s’aperçut qu’il avait payé plus de trois cents dollars et qu’il en retirait personnellement un profit de sept dollars. Sept dollars au bout d’une année de travail ne lui paraissaient pas une juste rétribution pour la culture du coton, surtout étant donné qu’il avait fait tout le travail et avait, par-dessus le marché, fourni le terrain et la mule. Il était même encore endetté, car il devait dix dollars à celui qui lui avait prêté la mule pour faire pousser son coton.

Un roman court dont la plume d’Erskine Caldwell m’a enchanté ! On dit toujours du bien de Faulkner pour parler du Sud Profond, mais c’est injuste de laisser Caldwell méconnu car il a tout d’un Grand et le portrait qu’il nous brosse du Sud durant la Grande Dépression vaut bien Faulkner et Steinbeck !

C’est cru, c’est trash, c’est la misère sociale, la misère morale, la misère crasse et la crasse absolue car cette famille se lave une fois l’an et a des habits qui partent en couilles.

— Bessie, dit-elle, il faudra que vous veilliez à ce que Dude se lave les pieds de temps en temps, parce que, sans ça, il salira toutes vos couvertures. Des fois, il reste tout l’hiver sans se laver, et les couvertures deviennent si sales qu’on ne sait plus comment faire pour les nettoyer.

Pourtant, j’ai passé un excellent moment de lecture avec cette famille improbable, mais comme il doit encore en exister, celles qui dans « Aide-toi et le Ciel t’aidera » ne retiennent que « Le Ciel t’aidera ».

— Ça ne fait rien, Lov. J’ai pas un sou, et toi, t’en as.
— Que voulez-vous que j’y fasse ? Le Seigneur nous aime tous également, à ce qu’on dit. Il me donne ce qui me revient, s’Il vous oublie, c’est avec Lui qu’faut vous entendre. Ça n’est point mes affaires. J’ai bien assez de mes soucis personnels.

Un grand roman noir…

Ellie May et Dude étaient les deux seuls enfants qui habitaient encore chez les Lester. Tous les autres étaient partis et s’étaient mariés. Quelques-uns étaient partis tout tranquillement, comme lorsqu’ils allaient au dépôt de charbon regarder les trains de marchandise. Quand, au bout de deux ou trois jours, on ne les voyait pas revenir, on comprenait qu’ils avaient quitté la maison pour toujours.

— Dieu a peut-être bien voulu que les choses soient ainsi, dit Jeeter. Il en sait peut-être plus long que nous autres, mortels. Dieu est un vieux malin. On peut pas le rouler, Lui ! Il s’occupe de petits détails que les simples mortels ne remarquent même pas. C’est pour ça que j’veux pas quitter ma terre pour aller à Augusta vivre dans une de leurs sacrées filatures. Il m’a mis ici, et Il ne m’a jamais dit de m’en aller vivre ailleurs. C’est pour ça que je reste sur ma terre. Si j’entreprenais de déménager pour aller dans une filature, ça pourrait peut-être me coûter cher, à la fin du compte. Dieu pourrait bien se fâcher, et me faire tomber raide mort. Ou bien, Il me laisserait peut-être attendre ma mort naturelle, mais Il me harcèlerait tout le temps avec un tas de petites diableries. Des fois, c’est comme ça qu’il punit les gens. Il nous laisse vivre, tout doucettement, mais il nous harcèle à chaque pas, si bien qu’on n’a plus qu’un désir, c’est d’être mort et enterré. C’est pour ça que j’veux point me précipiter dans les usines comme ont fait tous les gens autour de Fuller. Ils sont partis là-bas, et ils ont tous en dedans d’eux-mêmes ce grand regret de la terre, et ils ne peuvent pas revenir. Faut qu’ils restent. Voilà ce que leur a fait le bon Dieu pour leur apprendre à quitter leur terre. Il ne leur laissera point de répit jusqu’à ce qu’ils meurent.

Le challenge US (2017-2018) chez Noctembule.

PS : attention, la cigarette, c’est pas bon pour la santé ! 😆 Même si le tabac de l’époque de la Grande Dépression comportait bien moins de produits toxiques que celui d’après-guerre.

Durango – Tome 11 – Colorado : Yves Swolfs

Titre : Durango – Tome 11 – Colorado

Scénariste : Yves Swolfs
Dessinateur : Yves Swolfs

Édition : Alpen Publishers (1992) / Les Humanoïdes Associés (2006) / Soleil (2007)

Résumé :
Un mystérieux personnage a fixé rendez-vous à Durango dans une ville minière du Colorado, Nortonville, pour une mission non moins mystérieuse. Fraîchement descendu du train, le tueur professionnel s’aperçoit que la ville en question est gérée par un shérif aux méthodes peu orthodoxes et par des adjoints à la gâchette facile.

Qui peut bien avoir besoin des services de Durango dans ces lieux où la population semble terrorisée ?

Critique :
Diantre, que diable, que vois-je ? Durango voyageant dans un train et non pas juché sur une monture tel un cow-boy solitaire loin de chez lui ?

Serait-ce une copie de notre Durango ? Non, pas possible… Le regard noir jeté à un importun un peu trop curieux fini de me rassurer : ceci est bien notre Durango !

De plus, si on veut se rassurer un peu plus, notre ami ne débarque pas dans une ville pour rejoindre le monde civilisé puisque celle ville est gérée par la poigne de fer de Norton, directeur de la mine qui tient ses travailleurs dans une misère noire digne de Germinal, épaulé par Maxwell, un shérif véreux, lui-même entouré d’hommes de mains qui n’ont rien d’enfants de cœur.

Nortonville, Colorado… T’as pas envie d’y passer tes vacances et encore moins de bosser pour Norton. Toute la ville lui appartient, il fixe le prix des loyers, des denrées alimentaires et ce que les mineurs gagnent ne suffit même pas à les nourrir correctement, eux et leurs familles.

Si Jack London était passé par-là, il les aurait nommé aussi « le peuple des abysses » tant leur misère est elle aussi organisée par la pouvoir en place. Un omnipotent qui gère la ville, ça ne donne jamais rien de bon, et un omnipotent qui confie la gestion à un shérif magouilleur et tueur aidé d’une milice privée, ça donne un truc encore plus pire !

Une fois de plus l’Amérique décrite dans cet album n’a rien de réjouissante, en même temps, quand on ouvre un Durango, il faut savoir qu’on va se trouver à cent mille lieues des Bisounours, mais en pleine ligne de mire des révolvers qui vont parler, et tout le monde sait que le luger de notre gaucher sexy fait plus de bruit que les autres.

Un album qui se déroule sur fond de misère sociale, de révolte des mineurs matée dans le sang et la poudre, avec une fille qui veut lutter contre son père tout puissant, et des hommes qui aimeraient que leurs gosses mangent à leur fin.

Quant à notre blondin de Durango, il aura fort à faire pour s’en sortir vivant, même si la dernière case pourrait nous donner l’impression qu’il va terminer sa carrière de tueur au tome 11.

L’aventure s’étalant sur deux albums, lors de ma première lecture, j’avais dû attendre un certain temps avant d’avoir droit à la suite, maintenant, les doigts de pieds en éventail et un café chaud en main, je peux enquiller les deux sans stress, avec plaisir et délectation, comme toujours avec mon cher Durango !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park, le Challenge « Il était une fois dans l’Ouest » chez The Cannibal Lecteur et Le « Mois Américain – Septembre 2017 » chez Titine.

Maurice : E. M. Forster

Titre : Maurice

Auteur : Edward Morgan Forster
Édition : 10-18 (2006)
Édition originale : Maurice (Edward Arnold Publishers Ltd) Écrit vers 1913, mais publié seulement en 1971

Résumé :
Dès son plus jeune âge, Maurice Hall est hanté par des rêves dont il s’explique mal la nature étrange et mélancolique.

Contrairement à « Howards End », « Avec vue sur l’Arno » et « Route des Indes », plongées dans la conscience féminine, ce roman publié à titre posthume retrace le parcours initiatique d’un jeune homme, Maurice (James Wilby dans l’adaptation de James Ivory), jalonné de ses rencontres avec Clive (Hugh Grant), étudiant comme lui à Cambridge, puis Alec, garde-chasse de ce dernier.

Éveil à la conscience (amorcé à Cambridge, lieu du bonheur et de la tolérance pour Forster), Maurice est le récit de la lente progression du héros vers une véritable connaissance de soi.

Au-delà de l’histoire d’amour et de la prise de conscience homosexuelle, Maurice se distingue des autres romans de Forster par son caractère plus intimiste et par la forme plus radicale que revêt l’expression de la liberté individuelle.

Placée sous le signe de la gradation, cette œuvre est peuplée de personnages qui sont aux autres autant d’étapes vers l’accomplissement de soi.

Maurice, jeune homme médiocre, devient par la grâce d’une liberté conquise de haute lutte contre lui-même un véritable héros forsterien.

Critique :
L’amour qui n’ose pas dire son nom… Ou l’homosexualité dans les très sélectes universités anglaises.

Maurice a mis du temps pour comprendre qu’il marchait de l’autre côté du trottoir ! Il a fallu qu’il entre à Cambridge pour enfin ouvrir les yeux sur ses préférences sexuelles.

Oui, sa préférence à lui, ce sont les jeunes garçons de son âge dont un camarade d’université qui deviendra son compagnon, même si jamais rien n’est affiché.

En ce temps-là (1910), en Angleterre, l’amour entre hommes était toujours considérée comme un crime et passible de peine de prison tandis qu’en France, le code Napoléon avait déjà rendu la chose « légale ».

Pour vous dire la bêtise humaine : si l’homosexualité masculine était punissable, celle entre les femmes pas car le législateur ne l’avait pas prise en compte. Paraîtrait que la reine Victoria avait trouvé tellement répugnant qu’elle avait jugé la chose impossible. Mais je n’ai aucune preuve de ses dires non plus.

Pas facile de vivre son homosexualité dans l’univers conformiste et répressif de l’Angleterre édouardienne !

Maurice n’appartient pas à l’aristocratie proprement dite, mais nous évoluons dans les milieux bourgeois, les milieux où on ne se mélange pas entre classes, où les domestiques sont priés de rester à leur place, où il faut sauvegarder les apparences, quoiqu’il arrive.

Cette société bourgeoise anglaise est régie par des règles désuètes, vieillottes, bourrée de morale chrétienne, tout le monde était enfermé dans un carcan plus serré qu’un corset taille XS porté par le troll Hébus de la série fantasy Lanfeust !

Franchement, j’ai eu très envie d’en baffer plus d’un et plus d’une, dans ce roman riche en apprentissage de la vie chez les bourgeois, qui, comme le chantait si bien Jacques Brel ♫ Les bourgeois c’est comme les cochons Plus ça devient vieux plus ça devient bête ♫

Nous suivrons le récit du jeune Maurice, de ses 14 ans à ses 24 ans, passant d’un enfant effacé, paresseux, dans les jupons de maman, à un étudiant du collège effacé, paresseux, puis, enfin la chenille deviendra papillon avec Maurice amoureux d’un camarade, filant le parfait amour, mais sans le consommer !

Ah ben oui, messieurs dames ! L’amour entre hommes était plus toléré s’il était platonique. Se chipoter la chose, mon dieu, vous n’y pensez pas ! Nos deux amants s’aiment mais ne s’astiquent pas le manche mutuellement, aucun ne jouant avec la batte de criquet de l’autre.

Entre nous, bourré d’hormones qu’ils devaient l’être à 19-20 ans, je me demande comment ils ont fait pour ne pas succomber à la bêbête à deux dos.

James Wilby & Hugh Grant

Maurice est un personnage qui va évoluer au fil des pages, passant de chenille pataude effacée à papillon flamboyant d’amour, avant de virer tyran avec sa mère et ses deux petites sœurs.

Si la première histoire d’amour a tout d’une folie entre deux jeunes gens, la seconde histoire d’amour, celle qui sera le moins développée dans le livre, est pour moi la plus importante, la plus mûre, celle où Maurice aura le plus de couilles, ou il sera le plus touchant et où il prendra encore plus de risques en transgressant toutes les règles de l’époque, notamment le mélange des classes.

Un livre que j’ai tardé à lire, reportant sans cesse la lecture au fil des Mois Anglais et là, je suis contente d’avoir pris le taureau par les cornes car c’est une œuvre majeure en ce qu’elle nous parle des difficultés de vivre son homosexualité et des carcans empesés de la bourgeoisie anglaise.

Sans compter que le roman nous laisse avec moult question : Clive a-t-il vraiment changé de bord où a-t-il eu peur des conséquences à long terme de cet amour interdit ? Maurice avait-il vraiment envie de rentrer dans la normalité ?

Bon, yapuka se faire le film, maintenant, afin de découvrir le jeune Hugh Grant déjà super sexy et le futur Lestrade de la série Sherlock BBC (Rupert Graves).

Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.

J’ai été Johnny Thunders : Carlos Zanon

Titre : J’ai été Johnny Thunders

Auteur : Carlos Zanon
Édition : Asphalte (03/03/2016)

Résumé :
Barcelone, de nos jours. Ancien guitariste de rock, Francis revient dans le quartier où il a grandi, où il a noué ses premières amitiés et surtout où il a découvert le rock. Sauf qu’il a désormais la cinquantaine bien tassée et, sans le sou, il doit retourner vivre chez son père.

Francis a brûlé la chandelle par les deux bouts, avec pour seul principe de profiter de la vie, jusqu’à perdre plusieurs de ses proches dans la spirale de la toxicomanie.

Mais Francis a un plan en tête. Retrouver une vie normale, trouver un job qui va lui permettre de payer ses pensions alimentaires en retard, renouer avec ses enfants, rester à l’écart de la drogue – qu’il a arrêtée depuis peu -, mettre un peu de fric de côté…

Et aussi revoir sa petite soeur adoptive, afin qu’elle l’aide à se remettre en selle. Mais celle-ci fréquente un certain don Damiàn, le parrain du quartier, qui a la main sur tous les trafics…

Le retour à la réalité se révélera compliqué pour Francis, aux prises avec les démons de son passé, mais aussi avec la nostalgie d’une vie faite de musique, de passion, de sueur et d’excès.

Critique :
« Si à 50 ans t’as pas encore percé dans le rock, alors, t’as raté ta vie ! » Cette citation s’appliquerait à merveille à Francis, plus connu sous le nom de Mr Frankie, à l’époque où il était guitariste.

Enfin, niveau heure de gloire, à part avoir fait un concert avec Johnny Thunders à l’époque où il avait tout d’une loque imbibée d’alcool et de drogue et tenait à peine sur ses quilles.

Johnny Thunders ?? C’est bien beau tout ça, mais c’est qui, lui ? Wiki m’apprend qu’il a fait partie du groupe  The New York Dolls, qu’il quitta en 1975 en compagnie du batteur Jerry Nolan, pour fonder le groupe The Heartbreakers. Heu…

Heureusement que You Tube m’a rafraîchit la mémoire avec « Born to lose » que je connaissais, effectivement.

Frankie est un looser de première classe ! « Born to lose » pourrait s’appliquer parfaitement à lui. Il a 50 balais, est de retour chez son père, petit pensionné qui ne s’en sort déjà pas et traine un passé peu glorieux.

Frankie est un ancien junkie, un alcoolo, un type qu’a pas fait grand-chose de sa vie, même avec sa guitare, qui est divorcé avec deux fils qu’il n’a même pas vu grandir et une pension alimentaire qu’il est incapable de payer.

La Barcelone décrite dans ses pages n’a rien pour faire rêver ! Ses quartiers populaires sont hantés par des types louches, des dealers, des voleurs, des gangs, ou par des gens qui sont obligé de faire les poubelles des supermarchés pour bouffer.

Avec un roman noir qui a reçu le prix Dashiell Hammet entre les mains, où tous les ingrédients d’un petit noir corsé étaient réunis (bandits, voleurs, quartiers malfamés, bars louches, boites de nuit encore plus louches, magouilles et compagnies, nenettes super bien roulées, came, individus peu fréquentables, sexe, cocus, amants, drogues, pédophilie, musique et riff d’enfer, pauvreté, misère,…) assurément, la lecture ne pouvait qu’être bonne.

Elle le fut, assurément, au début, et puis, vers le milieu, j’ai décroché sévère, passant des lignes, des paragraphes, des pages., les personnages pourtant bien typés me laissant indifférente à leurs aventures merdiques, à leurs combines et même l’égoïsme crasse de Francis m’a laissée de marbre à ce moment là.

Sur la fin, là j’ai repris du poil de la bête et tout est repartit comme sur un bon rock endiablé.

Malgré tout, vu ce long passage qui m’a endormi pire qu’un reportage sur la vie sexuelle des escargots de Bourgogne, ma lecture qui s’annonçait palpitante et corsée me laisse un goût amer en bouche.

Je m’attendais à mieux comme roman noir social, ou alors, lui et moi on n’était pas fait pour se rencontrer et jouer ce morceau ensemble…

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et le Challenge du « Mois Espagnol » chez Sharon (Mai 2017) – Auteur Espagnol.