Les hommes n’appartiennent pas au ciel : Nuno Camarneiro

Titre : Les hommes n’appartiennent pas au ciel

Auteur : Nuno Camarneiro
Édition : JC Lattès – Littérature étrangère (2014)
Édition Originale : No meu peito não cabem pássaros (2011)
Traducteur : Brigitte Jensen

Résumé :
En 1910, le passage de deux comètes au-dessus de la terre propagea une onde de panique. Partout dans le monde des hommes devinrent fous, se suicidèrent ou simplement observèrent, silencieux et vaincus, ce qu’ils croyaient être la fin du monde.

Les personnages de ce roman vécurent à l’époque où le ciel prit feu, trois hommes trop sensibles et intelligents pour vivre une vie normale et portant en eux un monde imaginaire foisonnant.

En dépit des milliers de kilomètres qui séparent Karl, ce jeune immigré qui nettoie les vitres des gratte-ciels de New York, Jorge, cet enfant argentin qui s’invente des mondes et Fernando, ce jeune homme qui déambule dans Lisbonne sans savoir comment vivre, leurs vies sont liées par leur sensibilité, le regard qu’ils portent sur les hommes qui les entourent, les lieux où ils ont grandi et sont devenus des adultes.

Alors que leurs contemporains se laissèrent emporter par la peur, par une vision tragique des comètes, Karl, Jorge et Fernando furent touchés par le génie.

Cent ans plus tard tous trois demeurent dans nos mémoires.

Un premier roman époustouflant de la nouvelle voix de la littérature portugaise, qui rend hommage à sa manière à trois figures littéraires majeures du XXe siècle : Borges, Pessoa et Kafka.

Critique :
À quoi ça tient, parfois, une lecture… Si je n’avais pas été lire l’interview d’un collègue Babéliote (Le_Bison), jamais je n’aurais entendu parler de ce roman dont il publia un jour la chronique après l’avoir acheté par hasard.

Éveillant la curiosité d’autres membres, ceux-ci l’ont lu à leur tour et apprécié. Puisque je suis curieuse en littérature et que je ne m’étais pas encore faite un Portugais, je me suis dit « soyons folle ! ».

Il m’avait bien prévenue dans le fait que je trouverais pas de cadavre sanglant, mais que c’était bourré de poésie et que je devais le lire avec une bonne bière à mes côtés.

Une pénurie de bière m’a obligé de me tourner vers un café glacé… Cela n’a pas entravé mon plaisir de lecture.

N’ouvrez pas ce livre si vous cherchez un truc trépidant, mais si vous êtes à la recherche d’une écriture que l’on lit doucement pour mieux en profiter, à la recherche de phrases qu’il faut relire deux fois pour bien en saisir le quintessence, ce roman est fait pour vous.

Je suis passée de New-York au sommet des grattes-ciels à la moiteur de l’Argentine et puis, je suis passée à Lisbonne.

Karl, Fernando et Jorge. Trois portraits de personnes simples, mais pas simplistes, trois destins différents, trois vies aux antipodes l’une de l’autre, sauf en ce qui concerne leur sensibilité.

Et puis, au fil du récit, on sent bien que le Karl est Kafka, que Fernando est Pessoa et que Jorge est Borges, même si ce dernier était enfant au début du récit, tout comme Fernando.

C’est un roman que l’on ne dévore pas car il faut en savourer tous les mots, toutes les phrases, faut les relire deux fois, les répéter à haute voix et puis, on s’extasie sur le phrasé de l’auteur.

Une belle découverte ! J’ai eu raison d’écouter Le_Bison qui me conseillait de me faire un portugais !

Un roman spécial mais bourré de poésie.

Un roman qui, sitôt entré dans ma PAL a été lu de suite… Dernier entré, premier lu… Si ma prof de compta apprenait ma gestion désastreuse de mon Stock À Lire, elle me tuerai sur place.

Le Mois Espagnol chez Sharon (Mai 2018).

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Agatha Raisin enquête – Tome 8 – Coiffeur Pour Dame : M.C. Beaton [Par Dame Ida]

Titre : Agatha Raisin enquête – Tome 8 – Coiffeur Pour Dame

Auteur : M.C. Beaton (Marion Chesney)
Édition : Albin Michel (02/11/2017)
Édition Originale : Agatha Raisin and the Wizard of Evesham (1999)
Traducteur : Marina Boraso

Résumé :
Pour toutes ses clientes, Mr John est un magicien : un coiffeur aux doigts d’or qu’elles adorent !

Mais, peu après avoir confirmé ses talents auprès d’Agatha Raisin qui voit poindre ses premiers cheveux blancs, Mr John meurt dans son salon, victime d’un empoisonnement, sous les yeux de la détective.

Voici Agatha embringuée dans une drôle d’enquête. Qui en effet pouvait en vouloir à Mr John, adulé par ses nombreuses clientes qui lui confiaient leurs plus troubles secrets ?

Critique :
Agatha Raisin s’ennuie dans son bled paumé, et entre deux réunions de la société des Dames de Carsely…

Toutes ces dames de Carsely ne parlent plus que du nouveau coiffeur d’Evesham et en sont folles.

Effectivement, il semble faire un excellent travail améliorant leurs tignasses de provinciales.

Cela tombe bien ! Agatha qui se doit toujours d’être au sommet de la sofistication doit impérativement se refaire une beauté , et prend donc rendez-vous avec l’artiste des tifs!

Non seulement Agatha trouvera son nouveau chignon très classe… Mais le coiffeur se révèle en outre être un bellâtre plein de charme, qui en use et en abuse auprès de toutes ces dames en les complimentant bassement comme un habile gigolo.

Or… Depuis que James lui fait la tronche à cause de leur mariage raté, l’obligeant à jouer régulièrement les cougars pour éviter que des toiles d’araignées n’empêchent son gynéco de faire son job, et accessoirement l’obligeant aussi à se rassurer sur le fait qu’elle n’est pas encore si vieille que ça… Agatha est prête à se laisser conquérir par tout ce qui porte un pantalon et se montrerait disposé à lui jouer la comédie du grand amour.

Mais… Agatha n’est pas dupe. Elle se rend bien compte que quelque chose cloche et que le bellâtre se montre entreprenant avec toutes celles qui le paient pour un chignon, une permanente, une teinture ou plus si affinité. Il y a forcément quelque chose qui cloche ! Une intrigue ! Un loup ! Un complot !

Et ce n’est pas Sir Charles un de ses anciens flirts locaux qu’elle a ressorti du placard pour aiguillonner la jalousie de son voisin James, qui l’en dissuadera.

Et tandis qu’elle s’escrime à essayer de mettre à jour les secrets de son coiffeur en jouant les Mata Hari prête à donner de sa personne… s’illusionnant au passage sur une association professionnelle potentielle avec son as du brushing pris subitement par l’ambition de créer sa propre chaîne de salons…

La voilà qui renoue avec Sir Charles qui fait un sex-friend tout à fait acceptable à l’occasion.

Or… Le bellâtre de coiffeur pour dames meurt subitement, zigouillé pratiquement sous les yeux d’Agatha !

Evidemment… Accumulant quelques mensonges aussi maladroits qu’inavouables face aux enquêteurs qui commencent à trouver ça louche, et ayant malgré elle entretenu la rumeur publique d’un début de liaison avec la victime à qui elle a fait imprudemment des cadeaux de prix histoire de l’appâter en vue de révéler ses complots au grand jour, Agatha se trouve en situation de faire un suspect potentiel…

Comme c’est original ! Cela ne lui était jamais arrivé!

Et quand on est une enquêtrice amatrice et suspecte à la fois… on n’a plus le choix : il faut trouver le ou la coupable pour se disculper. Et la voici partie, accompagnée de Sir Charles (James est parti en vacances pour ne plus voir Agatha lui infliger le défilé de ses amants) dans un recensement de toutes les victimes à qui le défunt artiste capillaire a réussi à soutirer des sous, déclenchant ainsi de nouvelles catastrophes et péripéties.

Agatha Raisin serait-elle une obsédée sexuelle ? Que nenni ! C’est une sentimentale ! Elle veut être aimée pour elle-même ! Mais de préférence par de beaux mâles dominants et charmants capables de satisfaire ses besoins qui ne se limitent pas à prendre une tasse de thé avec la femme du pasteur en parlant théologie !

Et ce n’est pas sa faute à elle si James continue à lui en vouloir de ne pas lui avoir dit qu’elle était encore mariée (puisqu’on vous dit qu’elle l’avait oublié !), chose qu’il n’a appris que devant l’autel et accessoirement devant tout le village (c’est embarrassant vous en conviendrez…)!

Il faut bien qu’elle trouve quelqu’un voulant bien d’elle avait qu’elle n’ait définitivement passé la date de consommation !

Bref, en plus d’être une série de romans policiers sans prétention, les aventures d’Agatha Raisin ont un petit parfum de Barbara Cartland, voire de Bridget Jones (ben oui… elle est un peu gaudichonne sur les bords Agatha quand il s’agit de séduire les zômes)… car oui Agatha est très fleur bleue…

Mais une fleur qui a perdu la sienne et ne veut pas courir le risque de la laisser repousser ! Bref… c’est une chaudasse ! Et je vous avoue… que bien que n’étant pas particulièrement prude, je trouve les obsessions d’Agatha pour retrouver l’amour en se jetant sur tout ce qui porte un pantalon un peu lassante au bout de la huitième aventure.

Evidemment, elle reste attachiante (nan ! la faute est volontaire, on ne la corrige pas !)… Et son côté « je mets les pieds dans le plat » et « je résous mes enquêtes  à la machette en manquant de provoquer la fin du monde » à la façon des époux Beresford est même parfois assez jubilatoire bien que là encore quelque peu répétitive à la longue…

Anybref, c’est toujours avec plaisir et gourmandise que je retrouve Agatha et ses amis de Carsley… mais j’aimerais toutefois que son créateur accepte l’idée de faire évoluer son personnage…

Juste un tout petit peu… Histoire de l’aider à se renouveler.

Agatha Raisin enquête – Tome 7 – À la claire fontaine : M.C. Beaton [Par Dame Ida]

Titre : Agatha Raisin enquête – Tome 7 – À la claire fontaine

Auteur : M.C. Beaton (Marion Chesney)
Édition : Albin Michel (02/11/2017)
Édition Originale : Agatha Raisin and the Wellspring of Death (1998)
Traducteur : Françoise du Sorbier

Résumé :
La population d’Ancombe, village voisin de Carsely, est divisée suite à l’arrivée d’une société d’eau minérale qui veut exploiter la source d’eau douce.

Agatha Raisin, qui travaille pour les relations publiques de cette société, enquête sur le meurtre du président du conseil du village qui aurait été assassiné avant de pouvoir donner son accord pour l’exploitation de la source.

Critique :
Or donc… Je résume les épisodes précédents… Agatha avait réussi à convaincre son séduisant voisin James Lacey de l’épouser.

Or son premier mari dont elle n’était pas divorcée et dont elle avait préféré refouler l’existence en se persuadant qu’il était mort depuis longtemps a la très très mauvaise idée de surgir comme un diable de sa boîte pendant la cérémonie où James et Agatha devaient s’unir…

Léger malaise…

Et voilà que le mari ressurgi du passé ne trouve rien de mieux que de se faire assassiner, d’obligeant ainsi Agatha, première suspecte de la liste pour la police, à résoudre l’énigme de son violent départ pour un mode meilleur…

Cela étant, toujours très fâché (on se demande pourquoi, il aurait dû se douter qu’Agatha n’est jamais à court de surprises), James était partit seul profiter de leur voyage de noces à Chypre…

Agatha tenta de le poursuivre jusque-là bas pour se jeter tête baissée dans une nouvelle enquête puisque partout où Agatha passe… y a des gens qui trépassent (purée ! pourvu qu’elle ne passe jamais près de chez moi – Je ne lui donnerai pas mon adresse en tout cas)…

A son retour, Agatha trouve les Cotswolds en ébullition car au petit village d’Ancombe, près de Carsely, où réside notre Agatha préférée, la propriétaire d’un terrain sur lequel jaillit une source qui alimente le village, accepte de laisser un accès à son eau une grande entreprise afin qu’elle puisse la commercialiser.

Voilà une décision qui provoque des remous terribles au conseil municipal où les élus se font la guerre…

Et voilà qu’Agatha tombe sur le cadavre du président du dit conseil municipal en allant remplir sa gourde à la source pour préparer son thé. Et la voici à nouveau en selle pour une nouvelle enquête qui la conduira à renouer avec son ancien métier de chargée de communication au service de l’entreprise voulant revendre l’eau de la source… position et couverture bien pratique pour être au cœur des évènements…

Elle en profitera au passage pour coucher avec un des séduisants patrons de la firme, bien plus jeune qu’elle, histoire de bien faire remarquer à James ce qu’il manque.

Comme si l’empilement des cadavres ne suffisait pas, voilà que d’obscures groupuscules soi-disant écologistes manipulés par on ne sait trop qui viennent rajouter une couche de complications à cette affaire que l’on trouvera au final assez embrouillée et difficile à suivre mais qui va contribuer à ce que James et Agatha reprennent leur collaboration… Au moins pour cette fois.

Entre les préoccupations sentimentales d’Agatha, celles de son ami policier dont les parents effrayants font fuir toutes les copines, les potins du village, les inimitiés intestines des membres du conseil municipal, les arcanes de la grande entreprise et les mystères mystérieux de ceux qui y travaillent, et l’instrumentalisation de l’écologie pour mettre davantage le souk…

Je vous avoue que je me suis un peu perdue au point d’avoir fini par renoncer à comprendre, me laissant mener passivement par l’auteur…

Et de fait… en perdant une bonne part de plaisir à suivre cette intrigue labyrinthique.

Mais Agatha c’est Agatha… Odieuse, cynique, mesquine, avec son sens de la répartie so british, s’embarrassant peu des convenances… Et en même temps… avec ses petits points de fragilité… Bien cachés… tout au fond… Qui nous la rendent un peu humaine…

Bref, c’est ma copine, et c’est toujours avec plaisir que je vais passer quelques jours dans les Cotswolds avec elle par le biais des pages…

J’y retrouve avec plaisir les personnages récurrents qui l’entourent et leurs petits drames. Je suis donc fan de la série.

Mais cette fois ci… l’intrigue était un peu trop embrouillée à mon goût. Trop d’informations pour mon petit cerveau un peu ramolli par les fêtes de fin d’année sans doute…

J’espère que le tome 8 sera à la hauteur !

 

Hillbilly Elégie : J. D. Vance

Titre : Hillbilly Elégie

Auteur : J. D. Vance
Édition : Globe (06/09/2017)

Résumé :
Dans ce récit à la fois personnel et politique, J.D. Vance raconte son enfance chaotique dans les Appalaches, cette immense région des États-Unis qui a vu l’industrie du charbon et de la métallurgie péricliter.

Il décrit avec humanité et bienveillance la rude vie de ces « petits Blancs » du Midwest que l’on dit xénophobes et qui ont voté pour Donald Trump.

Roman autobiographique, roman d’un transfuge, Hillbilly Élégie nous fait entendre la voix d’une classe désillusionnée et pose des questions essentielles. Comment peut-on ne pas manger à sa faim dans le pays le plus riche du monde ?

Comment l’Amérique démocrate, ouvrière et digne est-elle devenue républicaine, pauvre et pleine de rancune ?

Critique :
Pourquoi les Hillbillies ont-ils voté pour Trump ? Vous ne le saurez pas (contrairement à l’annonce du 4ème de couverture), l’auteur ne l’expliquant pas, mais après ma lecture et mes déductions, sans doute ont-ils vu un sauveur dans la personnalité de Donald… Un mec, un vrai…

Enfin, tout ceci n’est que suppositions, je n’ai pas vu les bulletins de vote des Hillbillies.

Anybref, ce roman ne portera pas sur le pourquoi du comment un type tel que Donald est arrivé à la présidence, il ne sera même pas question de racisme, dans ces pages, ce sera juste un portrait ethnique d’une communauté précise, les Hillbillies, une sorte de photographie familiale, analysée sur plusieurs décennies.

Pour celui ou celle qui ne saurait pas ce qu’est un Hillbilly, on peut le traduire pas « péquenot ». Chez nous, en Belgique francophone, on dirait sans doute « barakis d’kermesse ».

Les Hillbillies (péquenot des collines), ce sont les descendants des Irlando-Écossais qui ont émigrés aux États-Unis.

Bref, un Hillbilly, c’est une sorte de Redneck, de White Trash, de plouc : ça fume, ça boit, ça se drogue, ça passe sa vie à s’engueuler avec sa femme ou son mari, ça glandouille, ça voudrait s’en sortir, mais sans faire un seul effort. Ça perd son job parce que ça ne fout rien et que ça arrive en retard, mais ça accuse le boss.

Dans des endroits comme Middletown, les gens parlent tout le temps de travail. Vous pouvez traverser un ville où 30% des hommes jeunes bossent moins de 20 heures par semaine sans trouver personne qui ait conscience de sa propre fainéantise.

J.D Vance est né dans cette communauté où les femmes se retrouvent en cloques à 15/16 ans et en loques à 40 ans, laminées par des compagnons brutaux, alcoolique ou tout simplement parce que tout le monde reproduit le schéma des parents : on s’engueule à tour de bras en gueulant pour tout le voisinage car on est perpétuellement sur le qui-vive. La vie privée n’existe pas, tout le monde rentre chez tout le monde sans frapper.

De par son récit largement autobiographique, l’auteur va nous présenter une tranche de cette communauté d’américains ruraux, ces paumés qui ont été s’installer dans la Rust Belt parce que toutes les usines de sidérurgies s’y trouvaient.

Je n’ai pas écrit ce livre parce que j’ai fait quoi que ce soit de remarquable. Au contraire, je l’ai fait après avoir réussi une chose assez commune qui, pourtant, n’arrive presque jamais à ceux qui ont grandi là où je suis né. Car, voyez-vous, je viens d’une famille pauvre de la Rust Belt, une ancienne région industrielle, ayant vécu dans une petite ville de l’Ohio où l’on produisait de l’acier et qui subit une récession et connaît une découragement croissant d’aussi loin que remontent mes souvenirs.

Parce qu’à l’époque, lorsque tout allait bien, des sociétés comme Armco engageait des types sans diplômes qui avaient quitté les bancs de l’école bien trop tôt. Puis ce fut la crise dans les années 80… Les pertes d’emplois, le chômage, la misère noire.

Il existait une véritable politique d’encouragement à l’émigration massive : les candidats qui avaient un parent chez Armco figuraient en tête de liste.

Pourtant, bizarrement, alors qu’on sent bien que l’auteur aimerait botter les fesses de certains de ses congénères, on sent aussi pour eux une sorte de tendresse, de compréhension, puisque tous ces paumés sont ses voisins, ses amis, sa famille.

Véritable petite étude sur une partie de l’Amérique, le roman se lit tout seul car les références à des études poussées et sérieuses sont peu nombreuses, ce qui me fait penser que pour certains faits, l’auteur a sans doute généralisé. À tort ou à raison…

Sans vouloir être un plaidoyer pour la communauté Hillbilly, on sent tout de même que la plume de Vance est plus celle d’un avocat que celle d’un péquenot mal dégrossi car ces gens ont, malgré tout, des circonstances atténuantes et tout le monde sait qu’il est très difficile de s’extraire de sa misère et de son milieu, surtout quand celui-ci se trouve fort bas dans l’échelle sociale.

Ce que j’ai apprécié, c’est que l’auteur ne se jette pas des fleurs parce qu’il a réussi à s’en extraire, mais remercie tout ceux qui ont, un jour, mis la main à la pâte pour l’aider et le pousser en avant afin qu’il fasse des études et s’en sorte.

À Middletown, 20% de ceux qui entrent au lycée n’obtiendront pas leur diplôme. La plupart des 80% restants n’auront aucun diplôme universitaire. Et quasiment personne n’ira dans une université située hors de l’Ohio. Les élèves n’attendent pas grand chose d’eux mêmes car autour d’eux les gens ne font rien ou presque.

Vance a eu beaucoup de chances, car toutes les cartes étaient réunies dans ses mains pour foirer et devenir, lui aussi, un de ces Hillbilly qui glande à longueur de journée, sans diplôme, s’enfonçant dans la drogue.

Ce qui donne des frissons dans le dos, c’est qu’ils durent être plusieurs à ses côtés, au bon moment, pour pousser le jeune J.D Vance dans la bonne direction, que ce soit ses grands-parents, sa soeur, des profs, et le système des bourses pour les universités américaines.

Ce qui donne froid dans le dos aussi, c’est le fait que ces gens ne s’en sortiront jamais, que leur situation ne fera qu’empirer, et qu’ils auraient bien tous besoin d’un petit coup de pouce, ne fut-ce que pour les aider à remplir des formulaires ou à chercher un bon travail. Pour leur machisme, on ne saura rien faire…

Sommes-nous assez durs pour nous [les hillbillies] regarder dans le miroir et admettre que nos comportements font du mal à nos enfants ? Les politiques publiques peuvent aider, mais aucun gouvernement ne peut résoudre ces problèmes à notre place.

Moi, j’ai pris mon pied à découvrir cette partie de l’Amérique, retrouvant aussi des travers qui sont bien propres à l’humain qui ne fout rien, qui vit des allocs, mais qui reproche à son voisin d’être un glandeur et un parasite de la société.

Un portrait d’une Amérique Blanche sans concession, froid, dur, sans édulcorants, les faits bruts de décoffrage, mais le tout avec une certaine tendresse à l’égard de certains membres de sa famille, qui, étant mal parti dans la vie (alcoolisme), se sont rattrapés après, accédant à une forme de rédemption.

Métro 2033 : Dmitry Glukhovsky [Critique – Défi CannibElphique]

Titre : Métro 2033

Auteur : Dmitry Glukhovsky
Édition : Livre de Poche (11/01/2017)

Résumé :
2014. Une guerre nucléaire a ravagé la Terre. 2033. Quelques dizaines de milliers de Moscovites survivent tant bien que mal dans le métro. Ils sont organisés en microsociétés qui habitent une ou plusieurs stations de métro, se dotent de diverses formes de gouvernement et de croyances.

Les tunnels sont laissés aux parias, aux rats et à tout ce qui rode dans les ténèbres.

Artème est l’un de ces survivants. Une menace plane de l’extérieur, sa portée est connue par quelques-uns, Artème est chargé de transmettre cette information et doit atteindre Polis – une communauté de stations qui préservent les derniers vestiges de la civilisation humaine. Il est le dernier espoir de survie de l’humanité.

Commence alors une quête homérique, une odyssée dans le métro moscovite, où il va croiser tour à tour trafiquants, mystiques, néo-nazis et leur quatrième Reich, la première brigade « interstationnale », des religieux, des sectaires.

Il baignera dans les légendes urbaines du métropolitain.

Critique (Stelphique ICI) :
Toi qui ouvre ce livre, n’oublies pas de prendre avec toi un AK 47, des chargeurs avec des balles à profusion car dans ce monde souterrain, ce sera ta survie, mais aussi ta monnaie d’échange car les billets ne servent plus à rien, ou alors, à se torcher le cul.

Ça, c’est ce qu’il te faut si tu décides de te balader dans les tunnels du métro moscovite… On ne sait jamais qui on peut croiser dans les coursives.

Si tu désires aller prendre l’air dehors, pauvre fou, n’oublies pas d’enfiler une combinaison étanche et de te munir d’un masque à gaz ! Et d’un bazooka !

Tant que j’y suis, je te donne un conseil d’initié : si un mec commence à faire dans son froc en bégayant qu’il y a des Noirs dans le tunnel, tire à vue ! Non, ce n’est pas un acte raciste mais de survie car ces espèces de trucs n’ont rien d’humains.

Tant que vous y êtes, tirez aussi à vue sur les chiens et surtout sur les bibliothécaires ! Ces derniers sont des abominations et rien à voir avec vos livres rentrés en retard. Devant eux, un seul mot d’ordre « Fuyez, pauvres fous, mais en silence »… Ben oui, il est déconseillé d’être bruyant dans les biblios et paraît que le bruit attire ces sales trucs.

Ah, au fait, pas besoin d’abonnement du métro, votre passeport suffira et prévoyez assez bien de munitions, c’est le plus important.

Le post-apocalyptique n’est pas mon genre de prédilection, mais de temps en temps, j’aime sortir de ma zone de confort et m’encanailler ailleurs que dans des polars. Surtout quand l’idée vient de ma binôme de lecture.

Niveau angoisses, j’ai été plus que servie et je ne regarderai plus les stations de métro du même œil, dorénavant.

Après une guerre nucléaire qui a ravagé toute la terre (toute ?), les survivants se terrent dans le métro de Moscou, reproduisant à petite échelle les différentes sociétés telles qu’on les connait à grande échelle : entre les stations gouvernées par des nazis, des communistes, des Rouges, des mystiques, des tarés, des mafiosis, des commerçants, faites votre choix.

Le personnage principal, Artyom, est un jeune homme qui n’est jamais sorti de sa station et qui se voit confier une quête qui va lui faire traverser une partie du métro.

En se mettant en route, notre jeune homme, qui n’a rien d’un héros, ne sait pas qu’il va vivre sa plus fabuleuse aventure de toute sa life. Accroche tes mains à sa taille, pour pas que la chenille déraille… Et n’oublies pas de tirer à vue (et de bien viser) si jamais tu croises un truc pas net !

L’écriture est facile à suivre, agréable, elle vous entraîne dans les méandres du métro Moscovite, qui a tout d’un enfer, et heureusement qu’il y a un plan en première page, sinon, je m’y serais perdue, vu les nom des stations assez compliqué.

Là où j’ai tiqué, c’est que notre Artyom aurait pu mourir 20 fois et qu’à chaque fois, il a été tiré d’affaire pas la Providence qui a mis la bonne personne sur son chemin afin de le sauver… Bon, une fois, ça passe, deux fois, ça fait lourd, mais trois fois, faut arrêter car ça devient répétitif et moins plausible.

Autre chose que j’ai trouvée dommage, c’est que durant sa quête, les compagnons de marche d’Artyom ne fassent que de passer… Je ne dis pas qu’il fallait nous faire une fraternité de la quête de l’anneau, mais bon, j’aurais aimé voyager plus longtemps avec certains, dont Khan, et ne pas me contenter de les voir durant quelques chapitres avant qu’ils ne disparaissent en faisant pchiiitttt.

Tant que je suis dans l’énumération des petites choses qui dérangent, je me demande aussi où sont passées les femmes ?? Putain, on en croise pas des masses dans les couloirs, à croire qu’il ne reste plus que des mâles. La Nature a inversé les choses, ou alors c’est à cause de l’apocalypse, car après lecture, j’ai l’impression qu’on a 90% de bistouquettes pour 10% de nibards.

Malgré ces petits points noirs, le reste est passé comme une rame de métro sur des rails bien huilés : le voyage était intéressant, rempli de rencontres bizarres ou intéressantes, avec une bonne louche de mysticisme et d’ésotérisme, mâtiné de religions toutes plus folles les unes que les autres.

Avec quelques réflexions profondes et pas dénuées d’intérêts pour qui voudrait y réfléchir plus fort après sa lecture.

Je me suis attachée à Artyom, j’ai aimé son côté un peu adolescent, paumé, couard, pas très sûr de lui, et qui, malgré ses peurs, continue d’avancer en se tapant des kilomètres et des kilomètres de tunnels sombres de métros, avec tout les dangers qui s’y cachent, tapis dans l’ombre.

Si le début est un peu lent, s’il y a quelques passages un peu moins intéressants, je peux vous dire que les 200 dernières pages se lisent à la vitesse du TGV roulant sur des pelures de bananes ! Cours, Artyom, cours !! Mon cœur a palpité.

Alors oui, ce n’est pas de la toute grande littérature, ce n’est pas du post-apocalypse avec un message à la clé (le message est juste un peu plus long que 3 tweet de Donald), on a des moments de réflexions profondes, mais l’action ou la marche à pied sont plus présentes dans le récit que la philosophie. De plus, la succession des régimes politiques dans les stations pourraient devenir indigeste pour certains…

S’il y a du réalisme dans ce roman, il y a aussi une dose de fantastique ou de SF, à vous de voir dans quelle catégorie vous classerez le bestiaire des animaux qui ont mutés suite aux radiations nucléaires.

Un roman post-apocalypse qui n’a rien de la lecture de l’année, pourtant, j’ai apprécié la lecture, j’ai ressenti de l’effroi dans les tunnels sombres et habités par on ne sait pas trop quoi, j’ai eu de l’empathie pour ce brave Artyom, j’ai tremblé pour lui, j’ai armé ma Kalachnikov en même temps que lui et je compte bien redescendre sous terre pour les deux tomes suivants !!

Le Challenge « Pavé de l’été 2017 » chez Sur Mes Brizées (864 pages en version poche).

Pourquoi je l’ai choisi (par Stelphique) :
J’étais très curieuse de partir à la découverte d’un nouveau territoire… J’ai reçu les appels de phares, et je n’ai pu résister à l’attraction du post-apocalyptique de ce métro russe… Je suis très contente d’avoir convaincue ma binômette de se lancer dans ces tunnels, parce que seule, j’avais un peu la frousse….

Synopsis :
2033. Une guerre a décimé la planète. La surface, inha­bitable, est désormais livrée à des monstruosités mutantes. Moscou est une ville abandonnée. Les survivants se sont réfu­giés dans les profondeurs du métro­politain, où ils ont tant bien que mal orga­nisé des micro­sociétés de la pénurie.

Dans ce monde réduit à des stations en déli­quescence reliées par des tunnels où rôdent les dan­gers les plus insolites, le jeune Artyom entre­prend une mission qui pour­rait le conduire à sauver les derniers hommes d une menace obscure… mais aussi à se découvrir lui-même à travers les rencontres improbables qui l’attendent.

Les personnages :
C’est bien la première fois, que je me lie autant à un lieu, et pas forcément, aux personnages. Finalement, la force de ce roman, c’est que c’est le Métro lui même qui devient le personnage principal, et non pas les êtres qui crapahutent en ces tunnels…

On a du mal à s’attacher à ses personnages sans élan héroïque, ils leur manquent un pointe de luminosité, même si je pense que c’est intentionnel, pour faire mieux briller ce lieu de ténèbres… C’est très original !

« L’important c’est de reste le même au fond de son cœur, ne pas renoncer, ne pas s’avilir… »

Ce que j’ai ressenti :… Une terrifiante traversée souterraine…

« Est-ce qu’un être humain qui n’a jamais vu d’étoiles peut imaginer l’infini ? »

Bienvenue dans l’antichambre de l’Enfer, heu, dans le Métro russe, version post-apocalyptique !!! Comment vous dire ?! Il ne fait pas bon vivre dans ses tunnels obscurs, avec l’ombre de la menace des Noirs, continuellement enfermés dans les ténèbres

Peu de place pour la rêverie, les bons sentiments et l’hospitalité… Il règne en ces lieux, une ambiance oppressante qui ne vous lâche plus! Saisissante, asphyxiante, viciée, chaque inspiration est une souffrance autant pour ses personnages que pour nous, lecteurs.

Cette ballade dans ce Moscou revisité, est empreinte d’une menace sourde, presque surnaturelle, affreusement anxiogène…

Tous nos sens sont aux aguets: le danger réel et irréel se glisse dans ses lignes, chaque détour est un abysse profond, chaque intersection, une angoisse supplémentaire…

« Maintenant qu’il mesurait l’ampleur de la déchéance humaine, sa foi dans les lendemains radieux s’était évanouie . »

De tous les romans dans ce genre, je crois que celui ci, se distingue vraiment par cette atmosphère plombée par cette peur ancestrale du noir, mais pas seulement le Noir, presque le Néant… Absence de lumière, de beauté, et a fortiori d’espoir…

Le Metro devient le héros ténébreux, et  il nous dévoile ses pires recoins entre ses ombres monstrueuses, ses pièges nébuleux, ses inquiétantes voies, ses pires détracteurs…

Ce qui m’a vraiment plu, c’est cette manière d’aborder le post-apocalyptique,  il ne reste Rien : rien à sauver, rien à valoriser, (presque plus) rien à Croire. On sent vraiment que c’est la Fin de tout, du monde mais aussi des moindres valeurs…

Ici l’auteur se penche sur l’aspect spirituel de l’humain face à l’inéluctable, il nous donne matière à réfléchir sur les questions existentielles, et en même temps dresse un portrait peu reluisant de la nature humaine, la balance entre le Bien et le Mal penche affreusement d’un côté, et du coup offre un incroyable thriller d’une noirceur poisseuse…

Avec cette intrigue, la claustrophobie te saisit au détour d’un rail, et elle ne te lâche plus jusqu’à la fin du voyage…

« Celui qui trouvera en lui-même assez de patience et de courage pour scruter toute sa vie les ténèbres sera le premier à y apercevoir un éclat de lumière. »

En suivant Artyom, jeune homme qui se lance dans une mission quasi suicidaire, on fait le tour des stations et des pires travers humains. Chaque voie empruntée par ce personnage, nous offre un panorama des violences  dans lequel l’Homme peut s’illustrer en tant de crise, autant psychologique que physique…

En plus de l’absence de luminosité du lieu, cette excursion emprunte tous les cercles du vice et de la cruauté, se nourrit du sang et de l’incrédulité des plus faibles, et il parait, (selon une légende), qu’en creusant un peu, les Enfers seraient au centre de la Terre: on s’en approche dangereusement dans ses pages…

« Mais le diable a de ces blagues parfois! »

Un premier tome qui pose bien ses bases: On voyage dans les bas-fonds de la Russie, la philosophie prend le pas sur nos peurs les plus primales,  l’horreur rencontre un lieu parfait de perdition, on se délecte de cette tension de tous les instants…

Alors bien sûr, on se jette sur la suite de ses aventures souterraines, histoire de se faire encore plus peur que nécessaire…Vite Metro 2034 !

« Ce n’est pas la mort qui effraie. C’est son attente. »

Le petit plus : Le plan du Metro moscovite en couleurs! Déjà, il rend super à l’œil, mais surtout, il est absolument nécessaire, pour cette lecture étant donné, la complexité des noms russes des stations. A chaque chapitre, on sait où l’on est, et c’est vraiment appréciable pour la visualisation de la progression…

Ma note Plaisir de Lecture  9/10

Lien vers la chronique de ma partenaire de folie : Stelphique

L’ordre des choses : Frank Wheeler Jr.

Titre : L’ordre des choses

Auteur : Frank Wheeler Jr.
Édition : Série Noire Gallimard (14/11/2016)

Résumé :
Earl Haack Junior a été élevé pour devenir un Machiavel armé d’un flingue et portant une étoile… Son père, shérif dans une petite ville du Nebraska située sur l’autoroute de la drogue arrivant du Mexique – la fameuse Interstate 80 -, lui a très tôt enseigné sa façon particulièrement radicale et expéditive de maintenir l’ordre des choses.

Lorsqu’après un passage par les Stups de Denver (où il perd définitivement ses illusions) il revient prendre la succession de son père, il sait déjà qu’on ne vainc pas le chaos. Tout au plus, on peut tenter de faire jeu égal – un jeu sans règles ni limites.

Puisque la drogue et son commerce sont une donnée indépassable (surtout dans une société capitaliste marquée par la loi de l’offre et de la demande), la priorité principale de Haack sera donc de mettre sur pied un réseau de distribution composé de personnes qui lui sont redevables…

Son père avait raison : l’ordre passe avant tout, et il exige son tribut de sang.

Critique :
♫ Black is black ♪ comme le chantait si bien Los Bravos… et ces paroles sont parfaites pour illustrer l’atmosphère de ce roman noir qui ne se décline pas en 50 nuances de « grey » (gris) mais en 50 nuances de black (noir).

Ces 50 nuances de black allant du noir serré au noir sombre, en passant par le noir profond comme le trou d’une tombe creusée en pleine nuit dans un coin perdu du Nebraska, afin d’y enterrer une personne qui dérange l’ordre.

Conseil d’ami, ce roman noir n’est pas fait pour les personnes sensibles ou possédant un sens de la justice aigu, car ici, les gens nuisibles qui menacent l’ordre sont appelés des animaux et doivent être ou enfermé en cage ou muselé… Pour toujours ! Si vous voyez ce que je veux dire…

— On est au milieu du trou du cul de la cambrousse, frangin. Qu’est-ce qu’on fout ici ?

Certes, bien qu’étant pour une justice équitable, je ferme volontiers les yeux (dans un roman) quand on élimine les trafiquants de drogues et toute la racaille qui tourne autour comme des mouches autour d’une merde bien fraiche…

MAIS… (ben oui, il y a tout de même un « mais) le problème est que le shérif Earl Haack Jr qui élimine cette racaille de trafiquants et tout ce petit monde, est une raclure lui aussi. D’accord, il les élimine pour faire régner l’ordre dans sa ville, comme son père shérif avant lui, mais c’est aussi surtout pour mettre la main sur une partie de leur trafic.

— Devenir un caïd dans ce business, c’est comme se dessiner une cible dans le dos.

Sa philosophie est que puisqu’on ne peut lutter contre les narcos-trafiquants, autant aller dans le même sens qu’eux et se remplir les poches par la même occasion, tout en maintenant l’ordre dans la ville. D’une pierre deux coups.

Si on est intelligent et observateur, en bossant à la Brigade des stupéfiants, au niveau fédéral ou local, on apprend une chose très vite… Rien ne pourra jamais arrêter le trafic. Ceux qui acceptent cette évidence font un choix. Ils peuvent se résigner à pointer et à compter les heures avant la retraite, ou bien ils peuvent en profiter.

L’écriture est âpre, sans concession, les personnages sont plus dans les nuances de gris sombre ou de noir que d’une autre couleur, ne cherchez pas de rédemption, il n’y en aura pas, ou très peu. Même pas un personnage à sauver du lot !

Ce que les gens ne disent pas, en général, c’est qu’il est très difficile de commettre un homicide, quelles que soient les circonstances. Même en cas de légitime défense, il y a une résistance naturelle à l’acte de tuer.

Et pourquoi on a besoin de fusils de chasse ? Il n’en avait pas la moindre idée. La balistique. Il est impossible de faire des études balistiques avec des cartouches de fusil de chasse. Ça ne laisse quasiment aucun indice.

Autant j’avais ressenti de l’empathie pour le shérif Corey dans « Pottsville, 1280 habitants » de Jim Thompson, autant je n’ai ressenti aucun atomes crochus avec le shérif Earl Haack Jr, ni avec sa femme, ni avec sa troupe d’éliminateurs de premier ordre.

L’ordre dans la ville et non le chaos… Le shérif Earl applique l’adage de son père, et on peut dire qu’il l’applique avec zèle, créant pour finir du chaos en voulant mettre le l’ordre.

Un roman noir âpre, des personnages qu’on n’aimerait pas croiser ou boire un verre avec eux, une écriture au cordeau, une analyse d’une société qui tranche dans le lard, des morts à la pelle, des balles qui sifflent, tout le monde qui surveille tout le monde, une guerre larvée pour prendre le pouvoir et le contrôle du marché, bref, une OPA qui n’est pas publique et qui aura tout du RIP inscrit sur votre tombe anonyme.

Un roman noir sombre, qui possède un rythme propre à lui, assez agité sur le final, et très giclant de sang avant, un roman noir rural, sauvage, des personnages énigmatiques, dangereux comme des crotales enragés.

Un roman noir intense et violent.

— Tu sais ce qui se passera quand il tombera, n’est-ce pas ?
— La nature a horreur du vide.
— Hein ?
— Un truc que j’ai appris à l’université. Je veux dire, une fois que le chef n’est plus là, les autres vont se battre pour prendre sa place. Une putain de foutue guerre entre les parties concernées.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018),  Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

 

Bienvenue à Oakland : Eric Miles Williamson

Titre : Bienvenue à Oakland

Auteur : Eric Miles Williamson
Édition : Points – Roman Noir (2012)

Résumé :
T-Bird Murphy est un homme révolté qui rejette la société et vit dans un garage isolé du Missouri. Violent, raciste et marginalisé, il revendique la déchéance comme nouvelle forme de liberté et tire sa force de la musique et de la littérature, apprises en secret.

Critique :
Bienvenue à Oakland ? Mon cul, oui ! Pas vraiment la destination rêvée pour les vacances et une fois la lecture entamée, on est vachement heureuse de ne pas être originaire de là.

Y a rien de plus beau que la volonté de vivre lorsqu’on baigne dans le désespoir absolu. L’espoir c’est pour les connards. Il n’y a que les grandes âmes pour comprendre la beauté du désespoir.

Qu’est-ce qui à Oakland ? Des gens qui travaillent pour gagner leur vie, des bosseurs manuels, des trimeurs, des esclaves, genre damnés de la terre, des gens qui se salissent dans leur boulot et qui ne seront jamais propres, même après s’être lavé les mains à la javel  ou à l’essence de térébenthine.

Il y a, dans ces pages, un monde souterrain, une faune d’humains qui vivent d’une autre manière que nous, des gens qui ont les mains abîmées à force de les avoir plongées dans le cambouis ou de les avoir récurées au solvant.

Ce livre ne raconte pas comment j’ai surmonté l’adversité ou lutté contre mon environnement, parce que j’aime et que j’ai toujours aimé mon milieu – sauf la fois où j’ai fait le snob en épousant une fille des quartiers résidentiels.

Ce livre parle de gens qui travaillent pour gagner leur vie, les gens qui se salissent et ne seront jamais propres, les gens qui se lavent les mains à la térébenthine, au solvant ou à l’eau de javel …quand ils pèlent comme un serpent qui mue, dessous il reste encore de la graisse, de l’huile et de la crasse, imprégnées jusqu’à l’os. Pour toi, ce sont des personnages, pour moi c’est la famille, ceux avec qui j’ai grandi.

Bienvenue chez le peuple de l’abîme version américaine. T-Bird, le narrateur, n’a pas eu besoin de se déguiser pour découvrir la vie de ces miséreux alcoolos, drogués, paumés, cocus de première, non, il y est né, il y a grandi et même après s’en être sorti, il y est revenu, parce que c’est ici son Home Sweet Home, même si avait rêvé d’aller chez les Autres, ceux qui avaient du fric et qui  l’étalaient.

Ils me foutaient la gerbe, parce que leur monde était à une telle distance du mien, tellement barré dans les étoiles, que c’est tout juste si j’avais droit, de temps à autre, à une petite culotte en soie en dentelle qui ne sortait pas du centre commercial du coin. Mais je voulais une adresse, un numéro de téléphone, une vie normale et sans surprise. Je voulais une télévision que je pourrais regarder tous les soirs de la semaine, un lit et des rideaux. Je voulais être heureux, aussi heureux qu’eux. Aussi heureux qu’eux.

Âmes sensibles ou puritaines, abstenez-vous d’ouvrir ce roman et de le lire car le narrateur ne fait pas dans la dentelle, c’est cru, violent, sans édulcorant, brut de décoffrage. Nous explorons le monde d’en bas…

Ce dont on a besoin, c’est d’une littérature imparfaite, d’une littérature qui ne tente pas de donner de l’ordre au chaos de l’existence, mais qui, au lieu de cela, essaie de représenter ce chaos en se servant du chaos, une littérature qui hurle à l’anarchie, apporte de l’anarchie, qui encourage, nourrit et relève la folie qu’est véritablement l’existence quand nos parents ne nous ont pas légué de compte épargne, quand on n’a pas d’assurance retraite, quand les jugements de divorce rétament le pauvre couillon qui n’avait pas de quoi se payer une bonne équipe d’avocats, une littérature qui dévoile la vie de ceux qui se font écrabouiller et détruire, ceux qui sont vraiment désespérés et, par conséquent, vraiment vivants, en harmonie avec le monde, les nerfs à vif et à deux doigts de péter un câble, comme ces transformateurs électriques sur lesquels on pisse dans la nuit noire d’Oakland.

Avis aux puritains : si vous voulez tout de même le lire, vous me ferez le compte de tout les gros mots tels que enculés, putains, bites, loches, baiser, merde, nègres, négros, et j’en passe !

Oui, le style est cru, violent, les paroles haineuses, la plume n’y va pas par quatre chemins, elle a la rage et le narrateur digresse souvent dans son récit, nous expliquant des tas de choses tout en nous causant d’autre chose et j’ai parfois perdu le fil du départ. Mais on s’habitue vite et le récit devient addictif.

Dans ces pages, on ne fréquente pas le beau monde, ni le haut du panier, on est dans une sorte de ghetto blanc, chez ce qu’on appelle des White trash, ou déchets blancs, on boit dans un bar miteux, on croise des gens peu fréquentables, mais uni par une profonde amitié et par le fait qu’ils vivent dans le même quartier.

L’Amérique décrite ici n’a rien à voir avec ce que l’on voit dans les séries clinquantes, nous ne sommes pas à Beverly Hills mais à Oakland avec les paumés de la vie, avec les gens qui, quoiqu’ils fassent, ne sortiront jamais de là et trimeront jusqu’à leur mort, qu’elle survienne dans leur lit, par un gang ou par un accident de travail.

Le père Camozzi était un expert en mariages. J’avais joué dans des mariages mexicains qui avaient tourné en guerre des gangs; une fois, je l’avais vu ouvrir le crâne de six gars avec une matraque qu’il cachait sous sa soutane.

Un roman noir qui malmène son lecteur, qui ne lui laisse que peu de fois respirer, qui insulte le lecteur bobo qui jouit de tout le confort.

Un roman dont l’auteur a trempé sa plume dans de la rage pure, dans le vitriol, mais sans jamais sombrer dans le manichéisme, le pathos ou dans la violence gratuite avec des descriptions insoutenables.

Bienvenue dans le monde des gens qui bossent pour ne pas crever de faim, pour essayer de payer leurs factures, d’avoir un toit sur leur tête ou au moins une caravane, bienvenue dans un monde où la femme n’en sort pas grandie (nos consœurs qui frayent dans ces pages sont de vraies salopes), où l’on boit pour oublier que l’on trime du matin au soir et qu’on change de boulot plus souvent que de calebard !

Quand on descend une salope dans son genre, surtout une salope d’ex, la caution va pas chercher plus loin que dans les deux mille. Les juges comprennent ce qu’un homme est obligé de faire parfois.

Noir c’est noir, il ne reste même plus l’espoir, pourtant, je me suis immergée dans cette noirceur avec facilité et j’ai même ri avec le bon tour  joué à Fat Daddy  ou avec certains personnages totalement déjanté.

Une lecture à réserver aux amateurs du genre, ou à ceux qui veulent que leur lecture leur foute un coup de pied dans le cul !

Et toi, qui est en pleine crise existentielle, j’ai un petit conseil à te donner : trouve-toi un putain de boulot. Les pauvres vont pas chez le psy. Ils vont bosser.

Personne ne savait que je lisais tous ces bouquins. C’est pas le genre de truc qui s’avoue, dans mon quartier. Si tu racontes qu’au lieu de mater le match des Raiders ou de picoler de la bière tu lis des bouquins, merde, tout le monde va penser que t’es une tarlouze, plus personne ne t’adressera plus jamais la parole et, ce qui est clair, c’est que plus personne ne te fera plus jamais confiance, pas avec cette tête remplie de gentilles petites conneries artistiques de coco, cette tête dans les nuages qui regarde tout le monde de haut. Si tu lis des bouquins, eh ben, tu le gardes pour toi.

Challenge « Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017) et Le « Challenge US 2016-2017 » chez Noctembule.

Les Vieux Fourneaux – Tomes 1 – 2 – 3 : Wilfrid Lupano & Paul Cauuet

Titre : Les Vieux Fourneaux – Tomes 1 – 2 – 3

  • Tome 1 – Ceux qui restent (2014)
  • Tome 2 – Bonny and Pierrot (2014)
  • Tome 3 – Celui qui part (2015)

Scénariste : Wilfrid Lupano
Dessinateur : Paul Cauuet

Édition : Dargaud

Résumé :
Les Vieux Fourneaux raconte les aventures de trois septuagénaires, amis depuis leur plus tendre enfance: Antoine, Emile et Pierrot. Chacun a suivi sa route, chacun a fait ses choix, chacun a fondé (ou pas) une famille.

Séquelles, souvenirs, fragments de vies (presque) passées. Il reste pourtant à ces trois-là de belles choses à vivre, et une solide amitié chevillée au corps.

Les Vieux Fourneaux, à travers dʼincessants va-et-vient entre les années cinquante et les années 2010, raconte sur un mode tragi-comique notre époque, ses bouleversements sociaux, politiques et culturels, ses périodes de crise.

vieux-fourneaux-autre_232992Critique :
Après quelques romans noirs sur les truands, la prohibition ou la Grande Dépression, il me faut de quoi me remonter le moral… Après avoir vu les infos aussi !

— Quand on fait fortune en fabriquant des anti-dépresseurs , forcément , un monde de merde , ça fait rêver.

Pour cela, j’ai un bon plan : « Les vieux fourneaux » de Wilfrid Lupano, celui-là même qui m’avait déjà bien fait rire avec « L’ Homme qui n’aimait pas les armes à feu ».

Vieillir tue ! On ne nous le dit pas assez… Et vieillir con, aussi.

— Tu comptes faire chier le monde encore longtemps ?
— Le plus longtemps possible, oui. Qu’est ce que tu veux faire d’autre ? À nos âges, il n’y a plus guère que le système qu’on peut encore besogner. Du coup, ma libido s’est reportée sur la subversion. C’est ça ou moisir du bulbe.

Mais il ne sera pas dit que nos trois p’tits vieux ont l’intention de vieillir con, surtout pas Pierrot qui, avec son collectif « Ni yeux, ni maîtres » est déjà un sacré militant et un fouteur de bordel aux congrès de l’UMP ou autre parti politique français.

— Des non-voyants anarchistes ! « Ni yeux ni maître », qu’on s’appelle ! On fait du terrorisme situationnel. C’est bidonnant. On s’incruste dans les réceptions, les soirées branchées, les cocktails, les réunions politiques, et pis on fout le boxon. Que des handicapés et des vieux méchants comme des teignes ! Le cauchemar des services d’ordre. S’ils nous touchent, on porte plainte, on demande des dommages et intérêts, ça arrondit les fins de mois.

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Ces trois tomes, je les ai cherché longtemps, une fois que je les ai eu enfin en main à la bibli, je ne les ai plus lâché et je me suis plongée dans les tribulations de ces trois septuagénaires, ces trois amis d’enfance- Pierrot, Mimile et Antoine – qui se retrouvent à l’occasion de l’enterrement de Lucette, l’épouse d’Antoine.

L’occasion de se remémorer des bons souvenirs entre amis !

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Le style est avant tout drôle, caustique, sarcastique, ironique et qui pique juste là où il faut, dénonçant notre société de consommation, les gros industriels qui se foutent de tout – la Nature, l’Humain – la connerie humaine et notre génération qui a tout foutu en l’air et qui continue, droit dans le mur…

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— Vous êtes inconséquents, rétrogrades, bigots, vous votez à droite, vous avez sacrifié la planète, affamé le tiers-monde ! En quatre-vingts ans, vous avez fait disparaître la quasi-totalité des espèces vivantes, vous avez épuisé les ressources, bouffé tous les poissons ! Il y a cinquante milliards de poulet élevés en batterie chaque année dans le monde, et les gens crèvent de faim ! Historiquement, vous… VOUS ÊTES LA PIRE GÉNÉRATION DE L’HISTOIRE DE L’HUMANITÉ ! Et un malheur n’arrivant jamais seul, vous vivez HYPER vieux !

Un pied dans le présent et des retours en arrière pour nous expliquer un peu le passé de ces drôles de zigs qui n’ont pas toujours été droit dans leurs bottes…

J’ai adoré les actions folles réalisées par tout un groupe de vieux qui sont bien déterminés, avant de partir pour le terminus de Saint-Pierre, de dénoncer certains faits ici-bas, le tout avec un style bien à eu, avec des hackeurs, des aveugles et un des leur qui peut se transformer en Human Bomb et péter sur commande. Effet garantit au prochain meeting des Républicains !

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Ça grince des dents, mais cela reste avant tout une comédie, on est en plein dans la lutte des classes, dans le choc des générations, dans le social, les syndicats, la chute de notre société et des activistes en déambulateur.

Les dialogues sont à déguster dans modération, à relire plus lentement pour les savourer une fois de plus, tout en se marrant allégrement.

— J’aurais préféré le tuer à coups de pied, mais avec mon arthrite…

— Qu’est-ce que tu viens faire ici ? T’es sur une propriété privée !
— M’emmerde pas, c’est pour les bêtes que je suis là.
— Fous-moi le camp, je te dis ! Mes bêtes elles préfèrent crever que de voir ta tronche !
— Ben, puisque t’as l’air d’être le chef du troupeau, t’as qu’à leur montrer l’exemple !

Niveau dessins, faut les savourer aussi, surtout les mimiques de nos gars… Le diable se cache dans les détails, c’est bien connu.

Une saga politiquement incorrecte, des vieux qui n’ont rien à perdre, rien à foutre de ce que l’on pense d’eux, ils n’ont pas peur de se faire arrêter par des flics, de conduire comme des manches, ou de se taper un road-movie jusqu’en Toscane pour laver un affront…

— Dis, tu vas klaxonner et faire des appels de phare tout le long comme ça ?
— Oui, j’ai remarqué que les gens sont plus attentifs quand je fais ça.

— Pfffiou ! Dis donc, parler à des flics, ça reste quand même le dernier grand vertige intellectuel. À nos âges on devrait être dispensés.

Le tout en demandant à Sophie, la petite-fille préférée d’Antoine, de les conduire jusque là, alors qu’elle est enceinte jusqu’au dents !

— Il faut faire des enfants, c’est merveilleux, les enfants…
— Un beau petit qui va avoir une belle vie.
— Ou pas.
— Comment ça, ou pas ?
— Je sais pas, vous le trouvez si merveilleux, vous le monde ? C’est bien les vieux, ça.
— Ben… Sophie…
— Quoi, c’est vrai ! Vous autres, les vieux, vous êtes toujours là à vous extasier devant les enfants ! « Et qu’il est mignon, et gnagnagna ! » Vous feriez mieux de vous excuser, ouais ! Regardez autour de vous ! Vous nous laissez un monde tout pourri, vous avez tout salopé, et ensuite vous venez souhaiter bon courage aux locataires suivants ! Vous manquez pas d’air !

Et puis, de temps en temps, c’est eux qui s’en prennent plein la tronche par Sophie qui déterrera un vieux secret peu reluisant sur nos petits vieux préférés.

— J’ai déjà eu honte, dans ma vie, comme ça, en amateur, mais depuis deux jours, j’ai vraiment l’impression d’être passé professionnel.

— Des fois, j’ai envie de vous frapper, les vieux, quand je vois votre bilan. Faut pas vous étonner s’il y a plus de respect pour les anciens, hein…

Je m’en vais militer pour un 4ème tome, moi !

—  Mais lâchez-moi !
—  Michel, amène le taser.
—  NAZIIIS !
—  N’en fais pas trop, va ! T’as pas la tenue adéquate.*
—  Y a pas de tenue pour s’indigner !
[* déguisé en abeille]

Pierrot : « Tu sais ce que je crois ?
Antoine : Non…
Pierrot : Je pense que le monde ne nous mérite pas ! A nous deux, c’est bien simple, on fait trembler les puissants, et on relance l’économie ! Et encore, on n’est pas chauds, il est même pas onze heures !
Antoine : Et Mimile n’est même pas là ! »

Étoile 4,5

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Né sous les coups : Martyn Waites

Titre : Né sous les coups                                            big_5

Auteur : Martyn Waites
Édition : Payot et Rivages (2013)

Résumé :
1984 : Margaret Thatcher est au pouvoir, les mineurs sont en grève. « Deux tribus partent en guerre », pour reprendre un tube célèbre.

À Coldwell, cité minière du Nord, les mineurs ont lutté quasiment jusqu’à la mort, mais ça n’a pas suffi : manipulant l’opinion, recourant à la violence policière, les Tories avaient, à l’époque, méthodiquement cassé les reins du mouvement ouvrier.

Pour les vaincus, le prix de la défaite sera exorbitant : vingt ans plus tard, Coldwell est une ville sinistrée, gangrenée par tous les fléaux sociaux.

Histoire d’un affrontement impitoyable aux conséquences dévastatrices, histoire de criminels qui prospèrent sur la misère, histoires d’amour contrariées, tragiques, mais aussi poignantes, Né sous les coups est la fresque de tout un monde mis à terre qui lutte pour survivre sur deux générations, baignant dans la musique anglaise des années 70 et 80.

Critique : 
Tout comme le chantait Renaud, moi aussi je me changerais bien en chien, et comme réverbère quotidien, je m’offrirais Madame Thatcher. Et je ne serai pas la seule à aller me soulager sur sa tombe, je le sais.

Pourquoi est-ce que je parle de Miss Maggie dans ma chronique ? Parce qu’il est question de son gouvernement dans ce roman noir social.

Ce fut une lecture  dure, âpre, une lecture qui me marquera profondément, un roman dont j’ai dévoré les 200 dernières pages sans pause, restant épuisée à la fin de ma lecture à cause de ma course effrénée dans les rues de la ville, les flics à mes trousses, leurs matraques me chatouillant les côtes et fracassant le sommet de mon crâne, j’ai sauté par-dessus les haies, les chiens policiers à mes trousses, les policiers montés m’ont coursé dans les rues, je me suis faite plaquer contre le mur par les destriers rendu fous par leurs cavaliers, les chevaux redevenant des machines de guerre pour la cause.

Le rapport de force se trouva inversé. Les mineurs étaient quelques centaines, les policiers cinq mille.
Ils attendirent le départ des caméras de télévision, puis ils chargèrent.
La police montée. Les chiens policiers. Ils attaquèrent tout le monde, sans distinction. Quiconque avait un lien avec la grève, homme ou femme, jeune ou vieux, était une cible légitime. Les matraques antiémeutes furent réutilisées pour la première fois depuis dix ans. La dernière fois qu’elles l’avaient été, elles avaient causé la mort d’un manifestant antinazi.
Les gens se firent bastonner, piétiner, mordre.

Il ne faisait pas bon être mineur gréviste en 1984…

« 1984 » n’est pas qu’un roman célèbre d’Orwell… C’est en 1984 que l’Angleterre est entrée dans les temps modernes tels que nous les connaissons. C’est en mai 1984 que la bombe à retardement à été enclenchée et que le compte à rebours fut lancé dans un sinistre « tic-tac ».

Une seul nom : Margaret Thatcher, dite « la dame de fer ». Elle a été réélue pour un second mandat, les gens n’ayant aucune autre alternative crédible. La dame de fer s’est attaqué aux mineurs et les mines ont fermés, entrainant des combats, des tabassages en règle de mineurs et la mort des villes qui vivaient du charbon, pourtant rentable. Les grévistes n’ont pas eu le soutien de la population…

Le succès de ces opérations modifia les mentalités des membres du gouvernement. Il autorisa à penser l’impensable. S’ils pouvaient faire ça impunément, alors ils pouvaient se permettre tout et n’importe quoi.
Les gens ne diraient rien si les mineurs se faisaient démolir. Ils auraient trop peur de perdre leur propre boulot.
On pouvait faire tout et n’importe quoi sans avoir rien à craindre.

Ce roman jongle avec deux périodes, celle de 1984, nommée « avant » et 2001, nommée « maintenant », nous faisant changer d’époque mais avec les mêmes personnages, sans savoir ce qui s’est passé pour eux pendant ces 17 ans (on le saura à la fin).

1984, dans la ville minière de Coldwell, près de Newcastle… Nous sommes  en compagnie de  Tony, un jeune footballeur professionnel qui a du potentiel; de Louise qui cherche l’amour; de Tommy, une jeune brute, bras droit et gauche d’un caïd de la pègre locale; Mick un mineur syndicaliste qui aime la dive bouteille et Stephen Larkin, un journaliste idéaliste.

Tout ce petit monde évolue alors que les mineurs se lancent dans leur ultime combat, certains étant plus impliqués que d’autre.

2001… de la ville de Coldwell en état de siège en 1984 à celle décrépite et moribonde, tout a changé et ♪ « non, non, rien n’a changé » ♫.

Si la révolte semble être morte sous les coups de matraque donné en 1984, la résignation qui a engourdi les mineurs continue de faire son œuvre en 2001. La ville est morte et seule la pègre fait son beurre en vendant de l’herbe.

Ce roman nous montre la manipulation des masses par les médias qui, avec un reportage, peut faire passer le clan A pour des brutes et le clan B pour des victimes. Ici, ce furent les mineurs qui se firent passer pour des brutes sanguinaires et les poulets pour des pôvres petits. Démagogie, quand tu nous tiens.

Le gouvernement Thatcher voulait détruire la classe ouvrière et seuls les mineurs se sont révoltés… Le reste du monde ne comprenait rien et s’en fichait. Ce n’était pas son combat et de toute façon, les médias étaient instrumentalisées, les gens manipulés et les mineurs esseulés.

Les personnages de ce roman sont multiples, certains plus attachants que d’autres. Multiples, mais travaillés ! Ils ont leurs contradictions, ils ont des idéaux, des espoirs de vie meilleure, des envies, du courage mélangé à une part de lâcheté. Et les pire ne sont pas toujours les caïds… N’est-ce pas, Keith ?

Martyn Waites nous balance sans ménagements au milieu de cette population fracassée, moribonde, en état de mort clinique quasi. Il nous jette parmi cette population dépossédée de son travail, privée de son droit à faire bouillir la marmite, amputé de leur fierté et de la solidarité entre camarades mineurs.

Ils n’ont plus rien et ne peuvent léguer à leurs enfants que le malheur, le renoncement à tout et la haine de soi.

Pour eux et pour la génération suivante commence une longue et pénible descente aux Enfers, une descente bien plus dégradante que celle qui les transformait en rats qui grattaient la terre pour en extraire les pépites noires.

L’échec ne naît pas de la révolte mais de la résignation…

Un roman aussi noir que l’anthracite mais au bout du tunnel, il y a souvent de la lumière…

Photo d’illustration : Ce face-à-face à la mine d’Orgreave, près de Sheffield, a été l’un des tournants de la grève des mineurs de 1984-1985. La police a empêché les manifestants de fermer l’usine et ce fut le début d’une longue et douloureuse débâcle, jusqu’à la défaite finale.

Il y a eu d’autres batailles sanglantes après celle-ci, mais le fait que les mineurs n’aient pu obtenir le soutien d’autres ouvriers lors de la bataille d’Orgreave les a dégoûté et isolé. Bien que les grévistes aient recueilli des dons d’argent importants, la tactique du gouvernement Thatcher — anticiper en stockant du charbon et envoyer des troupes de briseurs de grève remplacer les manifestants — s’est révélée efficace et a marqué la fin de l’époque des puissants syndicats.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), le Challenge « I Love London II » de Maggie et Titine, le « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.

Dossier 64 : Jussi Adler-Olsen

Titre : Dossier 64                                                       big_5

Auteur : Jussi Adler-Olsen
Édition : Albin Michel (2014)

Résumé :
Copenhague. Une brutale agression dans les quartiers chauds de Vesterbro incite Rose à rouvrir un cold case sur la disparition inexpliquée d’une prostituée.

Cédant à ses pressions, le Département V exhume une affaire macabre datant des années 50, dont les ravages dévoilent le visage d’une société danoise loin d’être exemplaire…

Petit plus : À l’origine d’un véritable phénomène d’addiction chez les lecteurs, les enquêtes du Département V ont fait de Jussi Adler-Olsen, Grand Prix policier des lectrices de Elle et Prix polar des lecteurs du Livre de poche, une figure incontournable du thriller scandinave.

La nouvelle enquête du trio formé par l’inspecteur Mørck et ses assistants Assad et Rose fait monter la tension d’un cran en nous plongeant dans le sombre passé politique du Danemark.

Critique : 
Westeros a été le théâtre d’une brutale agression. Une tenancière d’agence d’escort girls s’est faite « saudecaustiquée » le visage. C’est à cause – ou grâce à ça – qu’un cold case sur la disparition inexpliquée d’une prostituée en 87 va atterrir sur le bureau de l’inspecteur Carl Mørck.

Westeros ? Heu, George R.R Martin se serait-il associé avec Jussi Adler-Olsen dans ce roman ? Oh pardon, mes yeux m’ont joué des tours, il s’agit de la ville de « Vesterbro ». J’ai eu le même soucis avec le personnage de Viggo Mogensen que mon esprit traduisait en « Viggo Mortensen », le bel Aragorn, alors que le personnage était plus que détestable

Mais revenons à notre cold case… Râlant un peu, soupirant beaucoup, comme à son habitude, Carl va la trouve très mauvaise en voyant débarquer son ancien collègue, Børge Bak, qui va utiliser le chantage et les sous-entendus pour amener son ancienne tête de turc à trouver le coupable de l’arrosage « soudecaustien » de sa sœur. Hé, on peut avoir été flic tout en ayant une sœur dans les milieux chauds.

Que ceux qui cherchent du trépidant passent leur chemin ! Chez Adler-Olsen, on prend son temps de poser les bases, de faire de réguliers passages dans le temps passé afin de nous raconter l’histoire. Ici, ce sera celle de Nete Hermansen, son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte.

C’est ce que j’aime dans ses romans : l’habile mélange entre le passé et le présent; le mélange subtil entre l’enquête sur un cold case, sur des faits criminels contemporains, sans oublier le fil rouge de l’enquête sur la bavure qui valu à Mørck de perdre ses 2 collègues, il y a quelques temps et une Histoire avec un grand H.

Au départ, on ne sait pas comment tout cela va se goupiller, mais petit à petit l’histoire se tricote, ne se dévoilant que tout doucement, vous donnant même un coup de pied dans le derrière à la fin. Quel plaisir.

L’écriture est simple mais à cent lieue de « gnangnan », saupoudrée d’humour ou de bons mots. 600 pages bouffées en même pas trois jours, dont une journée qui a vu 350 pages dévorées comme pour rire.

— Assad, ma chère victime innocente d’une grippe carabinée. Voudrais-tu avoir l’obligeance de venir tousser à la face de connard ici présent ? Prends bien ta respiration avant, surtout.

Les personnages sont haut en couleur, surtout Assad dont nous en découvrons un peu plus au fur et à mesure. Rose est un peu chtarbée et Carl a souvent des soucis dans sa vie de tous les jours, avec son ex-femme, sa maîtresse et ses locataires…

L’équipe de nos trois compères du « Département V » a eu du mal pour trouver ses marques, ça se fritte encore un peu, mais on sent bien qu’il y a de l’amitié entre ces trois là, même si on doit forcer le destin pour que certain s’en rende compte.

Ce roman, en plus d’être une enquête policière, c’est aussi une incursion dans les pages sombres de l’Histoire du Danemark, ce temps où l’on internait et stérilisait les femmes dites « de mauvaise vie » ou d’un niveau social qui dérangeait certaines personnes à la recherche d’une race pure. Oui, la bête est morte, mais les idées, elles, elles ne meurent jamais !

— Elles étaient maltraitées, elles travaillaient dur. Elles étaient menées à la baguette et brutalisées quotidiennement par un personnel sans qualification qui considérait ces filles, ainsi qu’on les appelait là-bas, comme des êtres inférieurs. Elles étaient surveillées nuit et jour. Il y avait des cellules on l’on mettait à l’isolement celles qui refusaient de marcher au pas. Elles pouvaient y rester des jours et des jours. Si l’une de ces filles nourrissait quelque espoir de partir un jour de Sprogø, il fallait de toute façon qu’elle accepte d’abord d’être stérilisée. Stérilisée de force ! On leur enlevait tout, Carl ! Excision et hystérectomie ! 

La politique et ses travers n’est jamais loin et on a froid dans le dos parce que les idées prônées par ce parti le sont aussi par d’autres partis européens. Dites d’une autre manière, mais si la forme change, le fond, lui ne change pas !

Lorsque l’on repose ce livre, l’ombre de Nete Hermansen reste présente dans la pièce et on a envie de lui crier que « Oui, Nete, tu étais une bonne fille » mais que c’est ce putain de système additionné des putains d’idées de merde de certains qui se pensaient plus « pur » que les autres, qui l’ont poussée dans le trou.  Nete, c’était une victime et on en a fait une coupable des maux de la société.

— Tss ??? « Attardées mentales », railla Rose.
— C’est ce qu’on prétendait, bien sûr. Et elles l’étaient sans doute au regard des tests d’intelligence ridicules et primitifs que leur faisaient passer les psychiatres.

Au fait, vous n’auriez pas un « Petzi » à me prêter ? J’ai besoin d’un peu de douceur après toute cette littérature sombre.

Challenge « Thrillers et polars » de Liliba (2014-2015), Challenge « Nordique » chez Mes chroniques Littéraires, « Challenge Ma PAL fond au soleil – 2ème édition » chez Métaphore et « Ma Pedigree PAL – La PAL d’excellence » chez The Cannibal Lecteur.