Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 03 – L’hiver de la sorcière : Katherine Arden [LC avec Bianca]

Titre : Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 03 – L’hiver de la sorcière

Auteur : Katherine Arden
Éditions : Denoël Lunes d’encre (2020) / Folio SF (2021)
Édition Originale : Winternight, book 3: The Winter of the Witch (2019)
Traduction : Jacques Collin

Résumé :
Moscou se relève difficilement d’un terrible incendie. Le grand-prince est fou de rage et les habitants exigent des explications. Ils cherchent, surtout, quelqu’un sur qui rejeter la faute. Vassia, avec ses étranges pouvoirs, fait une coupable idéale.

Parviendra-t-elle à échapper à la fureur populaire, aiguillonnée par père Konstantin ? Saura-t-elle prévenir les conflits qui s’annoncent ?

Arrivera-t-elle à réconcilier le monde des humains et celui des créatures magiques ? Les défis qui attendent la jeune fille sont nombreux, d’autant qu’une autre menace, bien plus inquiétante, se profile aux frontières de la Rus’.

Critique :
J’attendais avec impatience que l’on termine la lecture de cette trilogie, tant je voulais connaître la suite des mésaventures de la jeune Vassia.

Dans le tome deux, nous l’avions laissée en fâcheuse position. Le suspense était présent et il est toujours préférable de ne pas traîner dans la lecture des trilogies dont l’histoire se suit.

Je ne ferai pas durer le suspense plus longtemps : je n’ai pas été déçue de ma lecture, ni du final gigantesque que nous a offert l’autrice.

J’avais apprécié le folklore Rus’, ses légendes, ses contes, ses tchiorti, ses démons et regretté qu’ils soient moins présent dans le deuxième tome. Chouette, ils étaient de retour, en force, dans le dernier tome, qui se trouve être aussi le plus mature, le plus sombre.

Vassia n’est plus la petite fille que nous avons rencontré dans le premier tome, ni la jeune fille rebelle du deuxième, qui était encore un peu capricieuse, un peu gamine, qui manquait de maturité. Ici, elle a grandi dans sa tête, elle sait ce qu’elle veut, elle sait ce qu’il faut faire, sera moins téméraire, réfléchira un peu plus aux conséquences de ses actes, même si elle aura de nombreux doutes et se demandera si la voie qu’elle est en train de suivre ne causera pas sa perte.

L’autrice a bien mené sa barque, en tout cas, et le niveau n’a pas baissé au fil des tomes, que du contraire, les personnages ont grandi, pris de l’ampleur, ont changé, nous ont montré une facette inattendue de leur personnalité profonde. Deux personnages surtout m’ont surpris là où je ne les attendais pas.

J’avoue avoir eu peur à un moment donné, quand Vassia affrontera l’Ours une nouvelle fois, car cela se terminait un peu trop vite à mon goût. Femme de peu de foi, que j’étais (chat souvent échaudé craint l’eau froide, en même temps) : le final sera vraiment à la hauteur de toute la trilogie !

En plus d’être addictif, de posséder des personnages intéressants, ni tout à fait blancs, ni tout à fait noirs (pour certains, ont hésitera jusqu’au bout), de parler de religion sans rien oublier de tout ce qu’elle peut impliquer (apaisement, haine, domination, pouvoir, superstitions), le récit se base aussi sur des le folklore Rus’ et sur des faits historiques. La bataille qui a lieu est véridique.

Certains des personnages évoluant dans ce récit ont existé. Voilà de quoi ajouter de la valeur à cette trilogie qui n’en manquait pas.

Une trilogie fantastique qui met bien en valeur le folklore de la Rus’, ses démons, ses croyances, la nouvelle foi qui progresse rapidement et qui relègue les anciennes croyances, celles du monde de l’invisible, aux rangs des fadaises à ne plus pratiquer. Le récit n’est jamais ennuyant, toujours intéressant et les personnages prendront de l’épaisseur en évoluant dans l’histoire.

Avec un final plus que réussi, qui amène les personnages là où ils le souhaitaient (et qui est leur place légitime), on peut classer cette saga dans les réussies et dans celles que je ne regrette pas d’avoir lues. Je suis même un peu triste de laisser les personnages poursuivre leur vie sans moi.

Merci à ma copinaute Bianca de m’avoir proposé cette trilogie en LC. Elle non plus n’est absolument pas déçue de cette découverte.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 12 Juillet 2021 au 11 Juillet 2022) [Lecture N°199].

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Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 01 – L’ours et le rossignol : Katherine Arden [LC avec Bianca]

Titre : Trilogie d’une Nuit d’Hiver – 01 – L’ours et le rossignol

Auteur : Katherine Arden
Édition : Denoël – Lunes d’encre (2019) / Folio SF (2020)
Édition Originale : Winternight, book 1: The Bear and the Nightingale (2017)
Traduction : Jacques Collin

Résumé :
Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante.

Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela.

En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt.

Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.

Critique :
Winter is coming… L’hiver vient.

Et en Rus’, quand l’hiver vient, c’est du costaud : on se gèle les miches, on ne mange plus à sa faim, on maigrit, la neige est haute, elle recouvre tout et le gel vous mord les chairs à tel point que vous pourriez perdre des membres.

M’attendant à lire de la fantasy, j’ai été surprise en constant que l’univers resterait dans le registre du fantastique, lui-même puisant son inspiration dans le folklore et la mythologie slave.

Pas de soucis ! J’ai adoré découvrir ce moyen-âge Rus’ (la Russie n’existait pas encore en tant que pays) et me plonger dans la vie d’une famille, 200 ans avant Ivan Le Terrible.

Dans les années 1300, la femme n’avait pas de droits, si ce n’est de se marier et de pondre des chiées de gosses, si possible des garçons vigoureux, merci bien. L’autre option, c’est le couvent… Sympa.

Vassia, elle, adore porter les habits d’un de ses frères, grimper aux arbres et parler aux esprits protecteurs de la maison, sorte d’Elfes de maison qui la protège, si on leur laisse des offrandes. Et pour que le domovoï me reprise mes chaussettes, je lui laisserai tout le pain sec qu’il désire ! Idem pour le vazila (l’esprit des chevaux).

La Russie m’a toujours fascinée, tout en m’effrayant. Ressentir son Histoire, son folklore, son climat, sa Nature, ses habitants au travers de la littérature, c’est ce qu’on a inventé de mieux pour éviter tout risque de se faire tuer par un guerrier du Khan de la Horde d’Or (empire turco-mongol gouverné par une dynastie issue de Djötchi, fils aîné de Gengis Khan), de crever de froid dans une forêt en plein hiver, de finir au couvent ou mariée avec une chiée de gosses à mes basques !

Ce roman fantastique ne brillera pas par son rythme endiablé, que du contraire. Il se passe peu de choses durant des centaines de pages, ou alors, juste des petits évènements et pourtant, jamais je n’ai ressenti de l’ennui durant ma lecture. Il est des romans guère plus épais qui m’ont semblé plus longs et qui furent lus en plus de jours (suivez mon regard sur ma chronique des enquêtes de Irene Adler et Holmes).

Découvrir le folklore et les contes Rus’ m’a passionné, les personnages m’ont emportés, surtout la jeune Vassa, jeune fille qui aimerait être libre et que tout le monde regarde de travers en la traitant de sorcière parce qu’elle veut vivre différemment des autres… Ajoutons à cela le poids de la religion et la place importante que va prendre Konstantin, le prêtre local en les faisant tourner le dos à leurs anciennes croyances.

Tous les personnages, même Anna, la belle-mère bigote, sont bien traités, ont de l’épaisseur et évitent le côté manichéen que l’on retrouve souvent d’autres romans. Oui, on aimerait baffer Anna, mais on peut aussi comprendre ses peurs, elle qui n’a pas accepté ce qu’elle était.

Anna est terriblement humaine et comme les autres, son désir le plus cher est de protéger la fille qu’elle a eu. À elle non plus, on ne lui a pas demandé son avis, lorsqu’on l’a mariée de force, elle qui voulait entrer au couvent.

Ce que j’ai apprécié aussi, dans ce roman fantastique, c’est qu’il n’y a pas de chevalier sans peur, de super homme fort. Il y aura des hommes courageux, de ceux qui donneraient leur vie pour leur famille, mais rien de surhumain. Des frères et des pères, tout simplement, qui craignent pour les leurs, même s’ils ne le disent pas.

L’ambiguïté du personnage de Morozko était un régal aussi, difficile de savoir avec certitude de quel côté de la Force il se trouvait. Le combat final n’est pas bâclé, il prend le temps de monter en puissance, les forces en opposition ont eu quelques escarmouches, Vassia résistant comme elle peut, à la mesure de ses moyens.

L’énorme avantage de cette trilogie est que le premier tome peut se suffire à lui-même. Il y a une véritable fin et nous pourrions en rester là. Ce que je ne ferai pas, car j’ai bien envie de découvrir ce qu’il va advenir de la petite Vassia et quel périple l’attend.

Un roman fantastique, touchant, rempli de folklore russe, de froids hivers où l’on se gèle les fesses, l’estomac vide et de personnages avec qui l’ont aurait envie de vivre cette aventure. Pas de naïveté et pas de mièvrerie, car elles n’avaient rien à faire dans ces contrées septentrionales où le vie était dure et rude.

Une belle découverte que j’ai faite grâce à la proposition de LC de Bianca, qui, une fois encore, est sur la même longueur d’onde que moi.

PS : le Bibliocosme en avait parlé en bien aussi.

Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°98].

Sorcières – La puissance invaincue des femmes : Mona Chollet [LC avec Bianca]

Titre : Sorcières – La puissance invaincue des femmes

Auteur : Mona Chollet
Édition : Zones (2018)

Résumé :
Tremblez, les sorcières reviennent ! disait un slogan féministe des années 1970. Image repoussoir, représentation misogyne héritée des procès et des bûchers des grandes chasses de la Renaissance, la sorcière peut pourtant, affirme Mona Chollet, servir pour les femmes d’aujourd’hui de figure d’une puissance positive, affranchie de toutes les dominations.

Davantage encore que leurs aînées des années 1970, les féministes actuelles semblent hantées par cette figure de la sorcière. Elle est à la fois la victime absolue, celle pour qui on réclame justice, et la rebelle obstinée, insaisissable. Mais qui étaient au juste celles qui, dans l’Europe de la Renaissance, ont été accusées de sorcellerie ?

Ce livre explore trois archétypes de la chasse aux sorcières et examine ce qu’il en reste aujourd’hui, dans nos préjugés et nos représentations : la femme indépendante – les veuves et les célibataires furent particulièrement visées ; la femme sans enfant – l’époque des chasses a marqué la fin de la tolérance pour celles qui prétendaient contrôler leur fécondité ; et la femme âgée – devenue, et restée depuis, un objet d’horreur.

Mais il y est aussi question de la vision du monde que la traque des sorcières a servi à promouvoir, du rapport guerrier qui s’est développé alors tant à l’égard des femmes que de la nature : une double malédiction qui reste à lever.

Critique :
Non, non, ce livre ne parlera pas des filles qui ont étudié à l’école de magie de Poudlard. Parce que elles, ce sont de vraies sorcières…

Non, plus terre à terre, Mona Cholet va nous parler de ces femmes accusées d’être des sorcières et qui n’en était pas.

Une vraie sorcière, telle que Minerva McGonagall, ne se serait jamais laissée brûler sur un bûcher ! Elle aurait changé tous ces juges laïcs en lombrics rampants. Na !

Le problème, c’est que les sociétés n’ont jamais aimé que des gens vivent différemment des autres, en marge de leurs règles. Et nous ne parlons pas des sociétés du Moyen-Âge, mais de celles de la Renaissance ! Comme quoi…

Quand des femmes, veuves ou célibataires, indépendantes, avec du savoir médical, avaient décidé de vivre sans être sous la coupe d’un père, d’un mari ou d’un fils, ça faisait grincer des dents et on finissait toujours par crier haro sur le baudet et à intenter des procès à ces pauvres femmes qui avaient voulu, ô les folles, vivre de manière indépendante !

À croire que nous foutons vraiment la trouille aux mecs lorsque nous refusons d’être des petites choses fragiles, des femmes à protéger, que nous parlons d’indépendance, de vivre sans compagnon, de faire des bébés toutes seules (♫) ou pire, quand on se rebelle ou qu’on se dresse devant le mec qui voulait nous agresser, sans peur dans nos yeux, mais avec la flamme qui dit « Viens, approche mon gars et tu vas voir ce que tu vas prendre dans ta gueule »…

Cette étude ne sera pas consacrée qu’aux chasses aux sorcières, aux femmes indépendantes, veuves, impertinentes… Mais l’autrice abordera aussi une bonne partie des problèmes rencontrés par les femmes dans le Monde et au fil du Temps.

Bizarrement, nous sommes souvent réduites à notre utérus et à notre condition de femme. Trump a attaqué Hillary sur sa condition de femme, se gaussant d’elle lorsqu’elle devait aller aux toilettes (Trump ne doit jamais pisser ou chier, lui !)…

Encore de nos jours, certains hommes ont souvent tendance à nous proposer, avec cynisme, de retourner à nos casseroles et à nos gosses. Et surtout, de nous occuper de notre mari ! Oui, la femme n’est bonne qu’au ménage, à s’occuper des autres (et de son mari) et à pondre.

Parce que la femme, pour être épanouie, doit faire des gosses ! Seule la maternité en fera une vraie femme et gare à elle si un jour elle ose dire à voix haute qu’elle regrette d’avoir eu des enfants, que ça lui a gâché sa vie. Tout le monde lui tombera sur le râble.

Idem avec les femmes qui veulent vivre seules, indépendantes, sans homme, sans enfants… Nous sommes en 2021 et c’est toujours mal vu. Il faut s’en justifier sans arrêt et tout le monde vous dira qu’un jour, vous le regretterez de ne pas vous être mariée ou d’avoir refusé d’avoir des enfants.

Moi, je suis pour être une tata, pas une maman. Je suis une super tata (je me jette des fleurs) et j’en ai ma claque aussi de devoir me justifier parce que n’ai rien voulu faire grandir dans mon utérus. M’envoyer en l’air, oui, prendre du plaisir, oui. Pour les gosses, je laisse ça aux autres. Ça en défrise toujours certaines ou certains…

Pour conclure (dans le foin), cette étude qui nous parle de la place des femmes dans la société, du féminisme, de nos droits obtenus de haute lutte (une dure lutte), du fait que certains ne veulent pas partager le pouvoir avec la moitié de l’humanité, que certaines femmes, elles-mêmes, préfèrent rester dans le rang, ne se lit pas d’une seule traite.

Les sujets sont vastes, denses et il vaut mieux être au calme pour en apprécier toutes les informations données. C’est 230 pages d’un condensé qui ne se boit pas d’un coup, tant on a envie aussi de grimper au mur devant toutes les injustices dont nous furent les victimes, nous les femmes. Et dont nous sommes toujours victimes !

Le plafond de verre est toujours sur nos têtes et nos droits, chèrement acquis, peuvent disparaître du jour au lendemain, sans que nous nous en rendions compte.

Gare à nous, les sorcières des temps modernes, qui refusons le maquillage, la teinture pour nos cheveux et qui, lorsque nous vieillissons, ne bénéficions pas de la sagesse que les mecs acquièrent, eux, avec les cheveux gris !

Putain, on s’est quand même bien fait baiser durant tout ce temps ! Parce que même sans être une petite chose fragile, même sans vivre avec un homme castrateur, même en possédant une grande liberté d’action, même en ayant fait mes propres choix, on s’en prendra tout de même plein la gueule du fait de notre sexe féminin.

Une étude sociologique à lire et à faire découvrir.

Merci à Bianca pour celle LC hautement instructive ! Hormis quelques points de détail sur lesquels nous avons des avis différents, pour tout le reste, nous avons appris des choses et nous sommes au diapason.

Le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde (Sorcières).

Sacrées sorcières (BD) : Pénélope Bagieu et Roald Dahl

Titre : Sacrées sorcières (BD)

Scénariste : Pénélope Bagieu (d’après l’oeuvre de Roald Dahl)
Dessinateur : Pénélope Bagieu

Édition : Gallimard Jeunesse (29/01/2020)

Résumé :
Les enfants sont répugnants!
Ils puent! Ils empestent!
Ils sentent le caca de chien!
Rien que d’y penser, j’ai envie de vomir!
Il faut les écrabouiller!
Les pulvériser!
Écoutez le plan que j’ai élaboré pour nettoyer l’Angleterre de toute cette vermine…

Attention ! Les vraies sorcières sont habillées de façon ordinaire et ressemblent à n’importe qui. Mais elles ne sont pas ordinaires. Elles passent leur temps à dresser les plans les plus démoniaques et elles détestent les enfants.

La Grandissime Sorcière compte bien les faire tous disparaître. Seuls un jeune garçon et son extravagante grand-mère semblent capables de l’en empêcher…

Critique :
La version roman m’avait bien plu et j’ai voulu tester la version graphique. Il m’a fallu du temps avant de pouvoir le faire, mais c’est chose faite.

Si les graphismes, au départ, m’ont un peu déstabilisées, surtout celui de la grand-mère, toute petite, après, je m’y suis habituée et j’ai particulièrement apprécié les dessins des souris.

Le côté dramatique est particulièrement bien rendu : un petit garçon a perdu ses parents, el voici orphelin, avec pour seule famille sa grand-mère, déjà âgée, aux manières peu orthodoxes (elle fume le cigare et joue au casino). La vie est injuste, dès les premières pages, on nous le rappelle.

Sa mamy va alors lui raconter une drôle d’histoire avec des sorcières, mais des vraies, pas comme celles accusées injustement d’en être. Là, j’ai retrouvé les explications que je venais de lire dans le livre de Mona Chollet « Sorcières » et en fin d’ouvrage, Pénélope Bagieu remercie justement Mona Cholet…

Bien vu d’avoir ajouté ces explications afin de bien discerner les pauvres femmes accusées de sorcelleries parce qu’elles vivaient de manière indépendante et les vraies sorcières qui ne sont que des espèces de femmes déguisées en femmes : perruques pour cacher leurs crânes chauves, gants pour cacher les doigts crochus, souliers à talons pour masquer leurs pieds sans orteils.

L’adaptation en bédé est réussie ! Les personnages sont touchants, plein de justesse, sans jamais sombrer dans le pathos et l’autrice a juste remplacé le gamin grassouillet qu’était Bruno Jenkins par une jeune fille intrépide et pleine de verve. Bien vu, le duo marche bien, il se complète et la jeune fille est plus dynamique que le gosse du roman (qui était raillé à cause de son poids et de sa gourmandise).

En 300 pages, l’autrice arrive à replacer tout ce qui était important dans le roman, à commencer son histoire doucement, à poser les décors, avant d’envoyer le gamin et sa mamy dans un hôtel anglais, au bord de la plage de Brighton, où notre jeune garçon va rencontrer son destin et faire basculer celui d’autres personnes.

C’est enlevé, dynamique, les dessins sont parfaits pour cet album, on s’attache à cette petite grand-mère au lunettes énormes, à l’épaisse chevelure mauve, qui n’arrête pas de palabrer et d’appeler son petit-fils par toute sorte de petits noms d’animaux.

Attention, le récit est noir ! Déjà que nous avons un orphelin, une grand-mère qu’il a peur de perdre (elle est âgée, mais ne le dites pas devant elle), qu’il a peur des sorcières et que ces dernières ne veulent pas moins éradiquer tous les enfants de la surface de la planète !

et le Haunted reading bingo du Challenge Halloween 2021 chez Lou & Hilde (Sorcières).

Hel’Blar – Tome 1 – Les chasseurs de Draugar : Sergio A. Sierra et Alex Sierra

Titre : Hel’Blar – Tome 1 – Les chasseurs de Draugar

Scénariste : Sergio A. Sierra
Dessinateur : Alex Sierra

Édition : Sandawe (2017)

Résumé :
Norvège, an 910. Quel ennemi peut être assez fou pour s’attaquer aux terribles Vikings ?

C’est la question que se pose le groupe de guerriers et guerrières lancé à la poursuite de deux guerriers apparemment invincibles qui ont attaqué leur village et enlevé leurs enfants.

Ils ne trouveront la réponse qu’au terme d’une traque aussi angoissante que sanglante…

Critique :
Voilà une bédé qui déménage ! Il y a tous les éléments réunis pour donner une histoire géniale : de l’action, des guerriers vikings, des massacres de villages, des créatures sorties tout droit de l’enfer…

Les dessins sont très bien exécutés, les ambiances sont sombres à souhait, le mystère est bien présent, le suspense est utilisé à bon escient, les causeries aussi et les créatures foutent encore plus la trouille dessinées en ombre.

Ok, ça sent le scénario classique, déjà vu mais vous savez aussi que le plus important est la manière dont on raconte l’histoire. Une vieille blague connue bien racontée me fera toujours de l’effet.

Bingo ! Les frères Sierra ont réussi à me raconter une histoire qui m’a prise directement dans ce premier tome, sorte de mélange d’histoire de vampires, de morts-vivants, de marcheurs blancs à la G.R.R Martin ou de 13ème guerrier, film avec Antonio Banderas où des saloperies surgissaient d’une brume plus épaisse que celle de Londres au temps du smog (oui, j’adore ce film).

Maintenant, je ne sais pas si les vikings, à cette époque, utilisaient des mots comme « tarlouzes » ou « machos décérébrés », ? Je n’ai pas suivi un cours sur leur langage, mais je doute que ces mots soient parfaitement A.O.C.

Comme dans tout bon scénario, faut monter un groupe pour tenter de récupérer les enfants enlevés par cette horrible engeance que sont les Draugars (connus aussi sous les noms de Hel’blar, de mort noire ou de guerrier non-morts).

Nous avons beau être dans un univers de testostérone, de guerriers qui pillent pour subsister, de types qui fêtent le premier guerrier ennemi qu’ils ont tué ou qui jouent à celui qui pisse le plus loin (ou celui qui a la plus grosse), les femmes ne seront pas laissées de côté dans cette expédition puisque deux les accompagneront et que ce sont de sacrées guerrières.

Un album fantastique (dans les deux sens du terme) dont le scénario, même s’il est classique, est bien mis en scène, dont le suspense est bien équilibré, ainsi que les passages action ou blabla, sans que l’un prenne le pas sur l’autre.

Franchement, une belle découvert et vu le final, je ne vais pas attendre plus longtemps pour lire le second et dernier tome.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°242], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 56 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Rien ne t’efface : Michel Bussi

Titre : Rien ne t’efface

Auteur : Michel Bussi
Édition : Presses De La Cite (04/02/2021)

Résumé :
Par amour pour un enfant, que seriez-vous prêt à faire ? Maddi, elle, ira jusqu’au bout…

2010. Maddi est médecin généraliste à Saint-Jean-de-Luz, une vie comblée avec Esteban, son fils de 10 ans.

Ce jour d’été là, elle le laisse quelques minutes seul sur la plage. Quand elle revient, Esteban a disparu.

2020. Maddi a refait sa vie, et revient sur cette plage en pèlerinage. Au bord de l’eau, un enfant est là. Même maillot de bain, même taille, même corpulence, même coupe de cheveux. Elle s’approche. Le temps se fige. C’est Esteban, ou son jumeau parfait.

Maddi n’a plus qu’une obsession, savoir qui est cet enfant. Il s’appelle Tom, il vit à Murol en Auvergne. Elle prend la décision de s’y installer.

Plus Maddi espionne Tom, et plus les ressemblances avec Esteban paraissent inexplicables : mêmes passions, mêmes peurs… même tache de naissance.

Jusqu’où sera-t-elle prête à aller pour découvrir la vérité, et sauver son enfant ? Ou ce garçon qui lui ressemble tant.

Ce qu’elle ressent profondément, c’est que Tom est en danger. Et qu’elle seule peut le protéger.

Critique :
♫ Quoi que je fasse ♪ Où que je sois ♫ Rien ne t’efface, je pense à toi ♪ Et quoi que j’apprenne ♪ Je ne sais pas ♫ Pourquoi je saigne ♪ Et pas toi ♫

Michel Bussi doit avoir, planqué chez lui, un manuel qui donne toutes les recettes afin de produire un roman addictif !

Pas possible autrement, il doit avoir piqué à Agatha Christie LE manuel qui permet de bais** son lectorat, de l’enfumer, de jouer avec et de lui faire lire ce qu’il veut lui faire lire afin qu’il ne lise pas entre les lignes.

Ajoute-t-il ensuite de l’ammoniaque, comme les cigarettiers pour nous rendre accro dès la première ligne lue ? Du sucre, comme les industriels de la malbouffe afin que l’on ne puisse plus s’empêcher de reprendre une bouchée de son récit ?

En tout cas, ce bougre de petit salopiaud (c’est dit gentiment, hein !) a encore réussi à me jouer cinq lignes et pourtant, lorsque je j’ouvre un de ses romans, je suis doublement attentive car j’ai l’habitude de me faire entub**, heu, ,enfumer !

Mon cerveau à fumé, tentant de trouver une réponse logique à ces mystères, ces coïncidences étranges, une réponse scientifique, sans les trucs de la réincarnation ou une théorie propre à Fox Mulder et ses enlèvement par extra-terrestres. Bordel de Dieu, j’ai jamais trouvé !

Mon léger bémol sera pour le personnage principal, Maddi Libéri, médecin de son état, à laquelle je n’ai jamais vraiment sympathisé, ni accroché (son comportement est réaliste, néanmoins), alors que j’ai kiffé grave les personnages secondaires comme Savine Laroche, l’assistante sociale et Nectaire Paturin, le secrétaire de mairie (Miss Marple et Hercule Poirot).

Leurs dialogues étaient plein d’humour, de bonne entente, de petites piques, de vannes et ce qui m’a le plus amusé, c’est la manière dont a Nectaire d’utiliser la phrase de Blondin (The good, the bad and the ugly) : « Le monde se divise en deux catégories » et d’y ajouter ensuite la réflexion de son cru. Ça ne vaut pas les proverbes sur les chameaux d’Assad (Département V) mais c’était bien drôle.

Résumer les romans de Michel Bussi à des romans qui se jouent de nous serait réducteur. L’auteur sait aussi monter un récit, nous le rendre addictif au possible (lu en même pas 2 jours), nous emporter ailleurs (Biarritz et l’Auvergne) tout en nous mettant le cerveau sens dessus dessous avec des choses, qui, certes, relèvent des croyances de chacun (réincarnation) mais en nous les présentant avec tellement de logique que l’on en vient à douter de sa non-croyance.

Ce que j’apprécie aussi, c’est que l’auteur ne se plante pas dans son final, qui ne fait jamais « pchhiiittttt » (le fameux tout ça pour ça) et qu’il reste toujours dans le réaliste et ne sombre pas dans le fantastique, celui qui explique tout, sans que l’on doive se casser le cul pour que tout le récit et les mystères s’expliquent.

Un roman dont les personnages sont réalistes, où les actions de Maddi Libéri sont logiques car elles sont celles d’une mère qui a perdu un enfant il y a 10 ans et qui est prête à s’accrocher à tout afin de prouver que l’âme de son enfant s’est réincarnée dans un autre, même à perdre son côté cartésien dû à son métier de médecin.

Un roman où les personnages secondaires ne sont pas laissés en plan mais sont travaillés aussi, un récit addictif, un roman policier qui nous tient en haleine, qui joue avec nous, mais sans jamais nous mentit (on n’a qu’à savoir lire, nom d’une pipe) et nous emmène aux frontières du réel, mais sans jamais dépasser la ligne rouge.

Addictif et bien écrit, j’ai dévoré ce roman et échafaudé un millier de théories toutes plus loufoques l’une que l’autre alors que si j’avais éliminé l’impossible, ce qui serait resté, même improbable, aurait été la vérité.

Pas un problème, j’adore me faire mener en bateau par un écrivain.

PS : il y a un an, en Belgique, le Confinement 1 commençait et me dévastait le moral… Nous sommes 1 an plus tard, le moral va bien et nous n’avons à déploré aucune perte dans la famille ou les proches. Je n’aurais pas espéré ça il y a 1 an, quand tout le monde se mettait sur la tronche pour du PQ (j’y ai échappé aussi !).

Par contre, il y a 2 ans, Minou faisait son entrée chez nous (ok, un peu avant le 13) et je n’aurais jamais espéré en être là deux ans après. Comme quoi, tout est possible, autant dans l’adversité que dans l’apprivoisement d’un chat sauvage ;-))

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°215].

Sacrées sorcières : Roald Dahl

Titre : Sacrées sorcières

Auteur : Roald Dahl
Édition : Folio Junior (1997/2011/2013/2016)
Édition Originale : The Witches
Traduction : Marie-Raymond Farré

Résumé :
Ce livre n’est pas un conte de fées, mais une histoire de vraies sorcières. Vous n’y trouverez ni stupides chapeaux noirs, ni balais volants.

La vérité est beaucoup plus épouvantable. Les vraies sorcières sont habillées de façon ordinaire. En fait, elles ressemblent à n’importe qui.

Il faut savoir qu’une sorcière peut très bien être votre voisine ou la meilleure amie de votre mère et si on ajoute à cela qu’elle passe son temps à dresser les plans les plus démoniaques pour attirer les enfants dans ses filets, il y a de quoi se méfier et vous comprenez pourquoi ce livre vous est indispensable !

Critique :
Une fois de plus, c’est à cause de La Grande Librairie que j’ai eu envie de découvrir cette lecture jeunesse, suite à la venue sur le plateau de Pénélope Bagieu qui présentait ce livre qu’elle avait mis en bande dessinée.

N’étant pas hermétique à la littérature jeunesse et apprenant que Roald Dahl était un maître dans ce domaine là, je me suis dis « pourquoi pas ».

Mais que j’ai eu raison ! Mille fois raison, même, de lire ce livre jeunesse bourré d’humour, de tendresse, d’aventure, d’action, de frisson et d’un style d’écriture qui donne envie de lire (même si chez moi, il n’a jamais trop fallu me pousser à lire mais plutôt me freiner).

Quelle riche idée que d’avoir ôté aux sorcières leurs balais, leurs chapeaux pointus et leurs nez crochus et d’en avoir fait des gens comme vous et moi, presque… Presque ?

Oui, ici, les sorcières n’ont rien à voir avec la sympathique Hermione Granger, même si, de prime abord, on ne les distingue pas. Ne vous inquiétez pas, mamy va vous expliquer comment on peut les reconnaître car ces furieuses femmes pourraient être votre voisine, votre cheffe de bureau, la représentante qui sonne à votre porte.

Le jeune héros, sans nom, commence mal dans la vie puisqu’il perd ses parents et part vivre chez sa grand-mère en Norvège, avant de revenir en Angleterre pour les vacances.

Les moments de complicité entre la grand-mère et l’enfant sont très touchants et notre jeune ami est un garçon débrouillard, bien dans sa tête, intrépide et avec une bonne dose d’intelligence et de maturité.

Sous le couvert de son aventure, l’auteur aborde des sujets assez tabous face à des enfants : la mort et les parents indignes. Sans oublier le fait qu’il ne faut pas faire confiance aux adultes que l’on ne connait pas.

Le tout est jubilatoire ! Ça se lit vite, trop vite et une fois la dernière page tournée, on se retrouve orphelin(ne) des personnages alors qu’on aurait adoré continuer à vivre des aventures avec eux.

Une très belle découverte, comme quoi, malgré les tonnes de livres lus, on a la certitude qu’il nous en reste encore des tonnes d’autres généralissimes à lire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°255, Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°15] et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

La Saga des Sorcières – Tome 1 – Le lien maléfique : Anne Rice [Par Dame Ida]


Titre : La Saga des Sorcières – Tome 1 – Le lien maléfique

Auteur : Anne Rice
Édition : Pocket (2002/2012)
Édition Originale : The Witching Hour (1990)
Traducteur : Annick Granger de Scriba

Introduction Babélio :
Sous le porche d’une vieille demeure à l’abandon de La Nouvelle-Orléans, une femme frêle et muette se balance dans un rocking-chair : Deirdre Mayfair est devenue folle depuis qu’on lui a retiré, à la naissance, sa fille Rowan pour l’envoyer vivre à San Francisco.

Et derrière la grille du jardin, un homme, Aaron Lighter, surveille inlassablement Deirdre, comme d’autres avant lui, pendant des siècles, ont secrètement surveillé la famille Mayfair.

Car ils savent que, de génération en génération, les femmes du clan se transmettent leurs maléfiques pouvoirs et que la terrifiante et fabuleuse histoire de cette lignée de sorcières ne fait que commencer…

Résumé :
Résumer un tel pavé (entre près de 800 et 900 pages selon les éditions) n’est pas chose aisée tant il entremêle tant d’histoires différentes qui n’en forment qu’une.

C’est tout le problème des sagas ! Vous savez certainement l’étymologie de ce terme scandinave qui désigne une œuvre racontant l’histoire de toute une lignée à travers les générations qui se suivent… Sauf que la vie de chaque personnage est une histoire en soi. Alors ? On fait comment ?

Et ben on jette l’éponge, le bouquin, on s’assoie et on pleure ! Surtout quand on doit recommencer sa fiche une deuxième fois parce que le texte dont on a gardé un simple brouillon s’est perdu avant d’arriver jusque dans la boîte de Dame Belette, notre Bienfaitrice à toutes et à tous.

Entre les trajectoires de Michael Curry, l’entrepreneur en bâtiment en vue de San Francisco presque quinqua revenu des morts et devant composer avec le don étrange qu’il a rapporté de l’au-delà, celle de Rowan Mayfair, brillante neurochirurgienne trentenaire, jeune femme adoptée qui doit découvrir le secret sulfureux de ses origines, et le manège étrange qui se joue dans cette jolie demeure de la Nouvelle Orléans dont l’héritière aussi souffreteuse que dérangée, maintenue sous couverture neuroleptique en permanence au point de ne plus pouvoir prononcer une parole par les bons soins de ses grand-tantes assez inquiétantes, le puzzle se met doucement en place…

Pour au bout d’un moment nous plonger dans les archives qu’un étrange anglais, membre d’une organisation encore plus étrange, soumet à la lecture de Michael qui s’est mis en tête de sauver Rowan des périls qui la menacent puisqu’il est devenu entre-temps son chevalier servant.

Et si je vous dis que les dites archives qu’il doit consulter et qui représentent une partie non négligeable du volume, vous dévoilent l’histoire de plusieurs générations de sorcières de la famille Mayfair observées depuis des siècles par le très secret Talamasca ?

Et ben oui, ça en fait des personnages et des histoires ! D’ailleurs, ça n’est pas pour rien que ce livre est épais comme un bottin !

Mon avis :
Je vais réitérer l’avis que j’avais déjà exprimé sur le précédent Anne Rice dans lequel je me suis lancée.

Un gros boulot de documentation historique, géographique (tapez sur Google Earth « First Street » à la Nouvelle Orléans et regardez les baraques qui s’y trouvent près de Garden District, et vous verrez effectivement le genre de maisons dans lequel évolue la famille Mayfair) qu’elle sait faire sentir mine de rien, en l’introduisant judicieusement et en l’intégrant parfaitement à l’action…

Une thématique très bien développée…

Un univers original sachant se détacher des images d’Epinal concernant la sorcellerie, tout en s’appuyant sur des données solides…

De très bonnes idées d’intrigues… L’affaire s’engageait plutôt bien.

En outre, comme je vous l’ai déjà dit : j’aime quand les auteurs de fantastique distillent le surnaturel peu à peu par petite touche en prenant leur temps, nous laissant croire aussi longtemps que possible que nous sommes bien dans les réalités du monde que nous connaissons avant de nous emmener dans des contrées plus incroyables.

Dans mon billet sur le « Don du Loup » d’Anne Rice, je lui avais reproché de n’avoir pas pris ce temps en nous faisant basculer dans le fantastique dès le premier chapitre ou presque en balançant la grosse artillerie avec ses gros sabots.

Et bien là, elle prend son temps. Et c’est très bien…

En même temps en huit ou neuf cents pages elle avait de quoi prendre son temps… Et un tel pavé ça peu fatiguer au bout d’un moment, sauf quand le rythme de l’action reste soutenu et qu’on sait éviter les longueurs…

Et des longueurs… Mon Dieu ! Comme il y en a eu !!! C’est maintenant que débute la litanie de mes reproches…

Ce n’est pas tant le nombre de personnages qui se croisent dans le roman qui soit un problème (quoi que… mon pote Al Zheimer s’est bien fichu de moi pendant ma lecture), ou le déroulé de l’histoire singulière de chacun d’entre eux…

Le problème c’est qu’on a parfois l’impression que Rice a voulu écrire un soap opéra…

Certains passages sont dignes des télénovelas brésiliennes ou certains dialogues ou tergiversations introspectives n’en finissent pas et traînent en longueur, tournant en rond de façon répétitive comme si l’auteur voulait vraiment être certaine que le lecteur ait bien compris quels tourments ou contradictions internes déchiraient certains personnages.

Faudra-t-il qu’un jour quelqu’un lui explique que le lecteur n’est pas un abruti et qu’on peut lui dire les choses une fois… ou peut être une deuxième fois autrement pour ajouter de la nuance… mais qu’on n’est pas obligé d’y revenir encore et encore pour que le lecteur comprenne ?

Et puis… Comment dire… Pourquoi Anne Rice s’obstine-t-elle à vouloir nous présenter des héros toujours tellement exceptionnels dès le départ qu’ils n’en sont pas crédibles ?

L’entrepreneur en bâtiment parti de rien mais plusieurs fois millionnaire, qui en plus de bosser comme une brute 100 heures par semaines est parvenu à se forger une culture littéraire, historique, musicale etc… de grand érudit.

Wahou ! Le voilà le mec parfait qui la fait fondre : le grand mec baraqué, un peu rustre et prolo (combien de fois appuie-t-elle sur ces termes pour parler de Michael ! C’en est indécent !) qui serait doublé d’un puits de science tout en sachant se montrer tendre et délicat ? Le mec parfait qui n’existe pas quoi ! Ah si ! Il est alcoolique… Mais rassurez-vous… Même bourré il sait se tenir et il décroche comme il veut sans aide et sans faire de delirium tremens bien qu’imbibé depuis un moment…

Et attention petit spoiler… Figurez-vous que par une heureuse coïncidence, Rowan, notre brillante neurochirurgienne accro au boulot au diagnostic infaillible, qui a sauvé la vie de Michael avant que le relais soit pris par les secours, adoooooore les mecs un peu rustres parce qu’elle trouve que ce sont des bons coups sans complications.

Et évidemment après s’être retrouvés ils vont tomber dans les bras l’un de l’autre avec autant de facilité que Reuben et Merchent dans le « Don du Loup », c’est-à-dire en quelques heures de conversation banale, comme si ça allait de soi, sans qu’il y ait besoin de sortir l’habituelle parade amoureuse de séduction, son cortège de dates, et les rites contemporains qui ont remplacé l’antique carte du tendre des précieuses… En gros les phéromones ont fait tout le job !

Non seulement cette incapacité chronique (au bout de la deuxième série, le travers se répétant… j’envisage une chronicisation*) à introduire ou à décrire un processus de séduction mutuelle est surprenante pour un auteur qui envisage de caser des histoires d’amour dans ses romans, mais en plus le rapport à la sexualité qu’elle dévoile livre après livre me sidère…

Dans le « Don du Loup » (excusez-moi d’y revenir encore mais quand on retrouve les mêmes tics d’écritures on tique justement…), le rapport entre animalité brute et sexualité était systématique…

Et là on a une chirurgienne super topissime issue des meilleurs milieux, cultivée et toussa toussa, pleine de fric, qui préfère coucher avec des « prolétaires », de préférences brutes épaisses, incultes et pas compliquées…

J’avoue que cette vision des rapports hommes/femmes d’Anne Rice m’irrite au plus haut point.

Avec elle c’est la Belle et la Bête roman après roman… et le mot Bête s’appliquant systématiquement aux hommes et devant être pris dans les deux sens : animal et stupide…

Enfin Michael n’est pas stupide… C’est ce qui en fait une exception par rapport aux autres hommes aux yeux de Rice.  Même s’il garde de mauvaises manières à table.

Ok… les auteurs masculins ont aussi parfois tendance à nous réduire à des stéréotypes découlant de leurs fantasmes… La femme fragile, sensible, forcément bien roulée… et si elle est un peu godiche on ne lui en voudra pas si elle fait bien la blanquette et les turluttes…

Mais ces clichés sexistes me sont aussi insupportables dans un sens que dans l’autre. C’est d’un maladroit… D’un convenu… Que de poncifs !

Et puis… derrière les clichés sexistes posant les rapports hommes/femmes comme des rapports de domination, j’ai tout de même perçu comme une sorte de mépris de classe…

Comme si le « prolétaire » (en gros, ceux qui ont des jobs ingrats mal payés et un accès réduit à la culture des classes dominantes) ne devait pas être doté de la moindre capacité de réflexion, de la moindre sensibilité, de la moindre attente d’attachement… Et n’était pas autre chose qu’un objet sexuel facile à consommer et à jeter…

J’avoue… Je trouve ça assez choquant. Surtout quand l’auteur écrit ça sans aucune once critique par rapport au positionnement de son personnage ou comme si ça ne posait aucun problème moral.

Je passe sur le fait que le sexe est aussi souvent associé à des trucs bien glauques dans l’histoire de la famille Mayfair ! Incestes à répétition, perversions, viol, domination, paternités incertaines, voire pédophilie…

Toute la panoplie s’y déploie de façon d’autant plus lassante que ça se répète de génération en génération. Cela pourrait faire la joie d’un psychogénéalogiste mais pour la lectrice lambda il y a un moment où ça devient too mutch !

Ajoutons que lorsque Rice s’essaie au dialogue amoureux entre ses personnages ça devient vite insupportable. Elle est aussi mauvaise pour décrire le processus de séduction (qu’elle préfère éviter) que pour faire dialoguer deux personnages amoureux qui se balancent des mots doux sirupeux à tout bout de champ.

C’est d’un guimauve écœurant à souhait qui n’apporte strictement rien à l’action mais occupe du papier comme si elle était payée à la page et qui vous donnerait presque envie de vous faire pousser la moustache, de prendre 30 kg en plus de vos 10kg de trop, de ne plus vous laver ou vous coiffer et de vous habiller en sac à patates, pour être certaine que personne ne viendra vous parler plus jamais comme ça !

Purée ! Même dans la collection Arlequin les histoires d’amours sont mieux écrites et plus crédibles !!!

Et puis… Si ce livre est si énorme c’est qu’il part d’une histoire contemporaine dont le déroulement est coupé en deux par la lecture par un personnage de toute l’histoire de la famille Mayfair…

Et ces archives représentent pratiquement le tiers du livre, ce qui est quelque peu déséquilibré puisque quand on retrouve nos personnages contemporains on en est désorienté, et il nous faut quelques minutes pour se souvenir de qui est qui et où on en était avant de les quitter.

La construction est de ce fait un peu maladroite. Et ce n’est pas le premier livre de cet auteur que je trouve mal construit.

Pourquoi n’a-t-elle pas plutôt écrit cette saga en commençant dès le début ? Consacrant un volume pour deux générations, en prenant bien son temps ? Un peu comme avec sa saga des Vampires si réussie !

Parce que là franchement ce résumé sur plusieurs générations de Mayfair en quelques centaines de pages sous forme de récit ou rapports un peu brouillons et dont la chronologie semble parfois se perdre, c’est carrément très fastidieux à lire.

Malgré tout… On se laisse prendre par l’histoire qui a quelques relents lovecraftiens avec cette thématique des malédictions familiales, qui a son univers particulier original bien campé, et aux descriptions envoûtantes de l’atmosphère de la Nouvelle Orléans et de son petit monde feutré de la bourgeoisie locale…

En regrettant juste le déséquilibre dans la construction, les longueurs, et la façon dont Anne Rice semble perdue quand il s’agit de parler d’amour, des hommes et des femmes…

Au point d’en devenir irritante parfois. Il faut donc que l’histoire soit sacrément bonne pour qu’on en arrive à passer outre tous ces défauts d’écriture.

Je lirai peut-être la suite…

* Pour les Nuls (comme moi) : Se chroniciser décrit le comportement d’une chose ou d’une personne qui adopterait un rythme régulier et constant dans ses actes ou son attitude, de façon presque mécanique, à l’instar d’une machine.

 

Elfes – Tome 22 – Le gardien des racines : Nicolas Jarry & Gianluca Maconi

Titre : Elfes – Tome 22 – Le gardien des racines

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Gianluca Maconi

Édition : Soleil (24/10/2018)

Résumé :
Bëloenn, le maître des Écorces irascible, veille sur les arbres anciens. Il vit en ermite jusqu’au jour où Laëdyss, une chasseuse dont le clan a été massacré, vient lui demander son aide.

Partout sur les Terres d’Arran, les créatures des bois deviennent folles et attaquent les elfes Sylvains…

L’origine du mal plonge ses racines au plus profond de la forêt de Duhann, dans le sanctuaire de la reine Ora, gardienne du cristal vert…

Critique :
Comment rebondir après la guerre des goules ? Pas facile car ce cycle était addictif et maintenant, on a l’impression que plus rien n’est comme avant. Il reste les cicatrices, les séquelles, et les auteurs continuent de nous en parler dans leurs histoires.

Pourtant, je ne vais pas me plaindre, ni demander l’arrêt de la série car si cet album est en deçà de certains, je l’ai trouvé intéressant dans son pitch.

Laëdyss, une jeune elfe qui a retrouvé tout son village massacré par une entité va se lancer sur ses traces et tomber sur le druide de service, sorte de vieil écolo portant un masque et qui ne veut pas d’apprentie. C’est Bëloenn, le maître des Écorces.

Oui, la relation maître-apprenti, c’est du connu, surtout si le maître ne veut pas de l’apprentie et vice-versa et qu’à la fin, ils s’apprécient.

Une fois de plus, on est face à un personnage qui a souffert jeune, qui traîne ses traumatismes et on aura une quête entre l’elfe gardien des racines, son pote Nain (Kadra) et la jeune Laëdyss.

De l’ultra classique, on vous dit. Malgré tout, la manière dont c’est raconté vaut bien un album et j’ai trouvé le maître des Écorces touchant à certains moments. J’ai fortement apprécié son ami le Nain.

Le premier bémol sera pour la lenteur du démarrage. On tourne un peu en rond avant de se mettre en route et là encore, on prendra du temps. Cela nous permettra de mieux connaître nos deux lascars, mais bon, niveau action, c’est du diesel.

Le second bémol, plus pire, lui, sera pour les dessins qui ne m’ont pas transcendés et pour le manque de détails dans certains visages, certaines cases. J’ai été habituée à mieux, je dois dire.

Pour le reste, j’ai apprécié les évolutions des personnages entre une qui doit accepter ce qu’elle est (N’oublie pas qui tu es – classique) et un vieux ronchon qui doit accepter la rédemption. Bref, faut mûrir pour tous les deux.

Alors, malgré un départ un peu lent, malgré une quête éculée, malgré des dessins un peu moins chouettes que d’habitude et manquant de détails, j’ai apprécié cet album qui parle de nature, de respect de cette dernière, de transmission d’héritage, de conflits générationnels et de personnages qui doivent évoluer, même si ça fait mal, pour y arriver.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°110.

 

Juste avant de mourir : S. K. Tremayne [LC avec Bianca]

Titre : Juste avant de mourir

Auteur : S. K. Tremayne
Édition : Presses de la cité (21/03/2019)
Édition Originale : Just Before I Died (2018)
Traducteur : Isabelle Maillet

Résumé :
Pourquoi tu m’as fait ça, maman ?

Kath, Adam et leur petite Lyla, intelligente mais renfermée, habitent une ancienne ferme isolée en plein milieu de la lande, dans le Devon.

Un jour, Kath se réveille aux urgences après avoir été victime d’un grave accident de voiture. Elle n’a aucun souvenir des circonstances l’ayant conduite au drame.

De retour chez elle, choquée mais heureuse de retrouver sa famille, elle déchante vite : Lyla dessine d’étranges motifs et répète qu’elle voit un homme sur la lande.

Quant à Adam, il paraît en vouloir terriblement à son épouse, pour une raison que cette dernière ne s’explique pas.

Autour de la maison, Kath tombe sur des mises en scène macabres…

Alors que le comportement de Lyla devient de plus en plus inquiétant, Kath apprend que c’est en essayant de se suicider qu’elle a fini à l’hôpital. C’est le choc. Et le début de flash-backs angoissants qui vont la conduire elle aussi vers cet inconnu qui hante la lande.

Prêtant sa plume à un drame familial qui interroge le poids de l’hérédité, les liens du couple et le mystère qui entoure les enfants atteints du syndrome d’Asperger, le maître du thriller atmosphérique revient avec un quartet brumeux qui laissera le lecteur hagard, ivre de secrets inavouables et de stupéfiantes révélations.

Critique :
♫ Dis maman, pourquoi t’as fait un plongeon ? ♪

♪ Puisqu’il faut choisir, À mots doux je peux le dire, Sans contrefaçon, Maman dans l’eau a fait un plongeon ♫ (1)

Lorsqu’on est une gamine atteinte d’un syndrome d’Asperger ou d’un autisme latent (les parents n’ont pas consulté), apprend que sa maman a voulu se suicider en fonçant en bagnole dans une retenue d’eau, ça la fout mal.

Pourtant, à bien y réfléchir, Kath, la mère de Lyla, n’avait pas de bonnes raisons de vouloir mettre fin à ses jours.

Quand vous êtes une mère que tout le monde regarde avec pitié parce que l’on pense que vous avez fait une tentative de suicide, que votre mari vous en veut pour cet acte, que votre fille, déjà en proie à des problèmes à cause de son asperger, commence à battre la campagne en pensant que vous avez voulu l’abandonner…

Et si en prime, vous avez des trous de mémoire sur la semaine précédent cet accident et sur ce qui s’est passé dans votre tête à ce moment là, pour enquêter sur ce que vous pensez ne pas être une tentative de suicide, ça va pas être facile.

Voilà un thriller psychologique comme je les aime, avec des mystères, des phénomènes bizarres, une impression d’être épiée, un mari que vous avez vu mais qui vous jure que non, il n’était pas là, je vous jure que vous avez une petite sueur froide au milieu des sueurs chaudes provoquées par la canicule et son jour le plus chaud.

Nous sommes sur la lande du Dartmoor et s’il n’y a pas le chien maudit des Baskerville, il y a tout de même un truc de pourri au Dartmoor, en plus du brouillard, des tourbières meurtrières et de l’hiver…

L’auteur a su jouer avec ses personnages, alternant des points de vues, de manière à ce qu’on l’on frissonne, que l’on se pose des questions et que l’on en suspecte certains, sans toutefois dévoiler trop, trop vite, mais en nous laissant mariner dans notre jus le plus longtemps possible avant de balancer son final.

À un moment donné, j’avais compris. C’était sordide, mais j’avais capté.

Pour son final, on a du rythme, du suspense et elle joue avec nos nerfs, d’ailleurs, je lui garde un chien de ma chienne aussi et cet auteur passe directement sur ma kill-list avec les Norek et Minier.

Un thriller psychologique qui m’a amené un peu de frissons mais pas assez que pour faire diminuer la température caniculaire de ce 25 juillet où l’on a fait exploser tous les records.

Bianca a moins apprécié, de son côté. Partie avec une avance de 12 chapitres pendant que je me liquéfiais, elle avait toujours une confortable avance avant que je ne passe les grands braquets et que je fasse tout péter et que je ne termine l’étape avec des heures d’avance.

(1) Sur l’air de « Sans contrefaçons » de Mylène Farmer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°7.