Hel’Blar – Tome 1 – Les chasseurs de Draugar : Sergio A. Sierra et Alex Sierra

Titre : Hel’Blar – Tome 1 – Les chasseurs de Draugar

Scénariste : Sergio A. Sierra
Dessinateur : Alex Sierra

Édition : Sandawe (2017)

Résumé :
Norvège, an 910. Quel ennemi peut être assez fou pour s’attaquer aux terribles Vikings ?

C’est la question que se pose le groupe de guerriers et guerrières lancé à la poursuite de deux guerriers apparemment invincibles qui ont attaqué leur village et enlevé leurs enfants.

Ils ne trouveront la réponse qu’au terme d’une traque aussi angoissante que sanglante…

Critique :
Voilà une bédé qui déménage ! Il y a tous les éléments réunis pour donner une histoire géniale : de l’action, des guerriers vikings, des massacres de villages, des créatures sorties tout droit de l’enfer…

Les dessins sont très bien exécutés, les ambiances sont sombres à souhait, le mystère est bien présent, le suspense est utilisé à bon escient, les causeries aussi et les créatures foutent encore plus la trouille dessinées en ombre.

Ok, ça sent le scénario classique, déjà vu mais vous savez aussi que le plus important est la manière dont on raconte l’histoire. Une vieille blague connue bien racontée me fera toujours de l’effet.

Bingo ! Les frères Sierra ont réussi à me raconter une histoire qui m’a prise directement dans ce premier tome, sorte de mélange d’histoire de vampires, de morts-vivants, de marcheurs blancs à la G.R.R Martin ou de 13ème guerrier, film avec Antonio Banderas où des saloperies surgissaient d’une brume plus épaisse que celle de Londres au temps du smog (oui, j’adore ce film).

Maintenant, je ne sais pas si les vikings, à cette époque, utilisaient des mots comme « tarlouzes » ou « machos décérébrés », ? Je n’ai pas suivi un cours sur leur langage, mais je doute que ces mots soient parfaitement A.O.C.

Comme dans tout bon scénario, faut monter un groupe pour tenter de récupérer les enfants enlevés par cette horrible engeance que sont les Draugars (connus aussi sous les noms de Hel’blar, de mort noire ou de guerrier non-morts).

Nous avons beau être dans un univers de testostérone, de guerriers qui pillent pour subsister, de types qui fêtent le premier guerrier ennemi qu’ils ont tué ou qui jouent à celui qui pisse le plus loin (ou celui qui a la plus grosse), les femmes ne seront pas laissées de côté dans cette expédition puisque deux les accompagneront et que ce sont de sacrées guerrières.

Un album fantastique (dans les deux sens du terme) dont le scénario, même s’il est classique, est bien mis en scène, dont le suspense est bien équilibré, ainsi que les passages action ou blabla, sans que l’un prenne le pas sur l’autre.

Franchement, une belle découvert et vu le final, je ne vais pas attendre plus longtemps pour lire le second et dernier tome.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°242], le Challenge « Les textes courts » chez Mes Promenades Culturelles II (Lydia B) – 56 pages et le Mois Espagnol chez Sharon – Mai 2021.

Rien ne t’efface : Michel Bussi

Titre : Rien ne t’efface

Auteur : Michel Bussi
Édition : Presses De La Cite (04/02/2021)

Résumé :
Par amour pour un enfant, que seriez-vous prêt à faire ? Maddi, elle, ira jusqu’au bout…

2010. Maddi est médecin généraliste à Saint-Jean-de-Luz, une vie comblée avec Esteban, son fils de 10 ans.

Ce jour d’été là, elle le laisse quelques minutes seul sur la plage. Quand elle revient, Esteban a disparu.

2020. Maddi a refait sa vie, et revient sur cette plage en pèlerinage. Au bord de l’eau, un enfant est là. Même maillot de bain, même taille, même corpulence, même coupe de cheveux. Elle s’approche. Le temps se fige. C’est Esteban, ou son jumeau parfait.

Maddi n’a plus qu’une obsession, savoir qui est cet enfant. Il s’appelle Tom, il vit à Murol en Auvergne. Elle prend la décision de s’y installer.

Plus Maddi espionne Tom, et plus les ressemblances avec Esteban paraissent inexplicables : mêmes passions, mêmes peurs… même tache de naissance.

Jusqu’où sera-t-elle prête à aller pour découvrir la vérité, et sauver son enfant ? Ou ce garçon qui lui ressemble tant.

Ce qu’elle ressent profondément, c’est que Tom est en danger. Et qu’elle seule peut le protéger.

Critique :
♫ Quoi que je fasse ♪ Où que je sois ♫ Rien ne t’efface, je pense à toi ♪ Et quoi que j’apprenne ♪ Je ne sais pas ♫ Pourquoi je saigne ♪ Et pas toi ♫

Michel Bussi doit avoir, planqué chez lui, un manuel qui donne toutes les recettes afin de produire un roman addictif !

Pas possible autrement, il doit avoir piqué à Agatha Christie LE manuel qui permet de bais** son lectorat, de l’enfumer, de jouer avec et de lui faire lire ce qu’il veut lui faire lire afin qu’il ne lise pas entre les lignes.

Ajoute-t-il ensuite de l’ammoniaque, comme les cigarettiers pour nous rendre accro dès la première ligne lue ? Du sucre, comme les industriels de la malbouffe afin que l’on ne puisse plus s’empêcher de reprendre une bouchée de son récit ?

En tout cas, ce bougre de petit salopiaud (c’est dit gentiment, hein !) a encore réussi à me jouer cinq lignes et pourtant, lorsque je j’ouvre un de ses romans, je suis doublement attentive car j’ai l’habitude de me faire entub**, heu, ,enfumer !

Mon cerveau à fumé, tentant de trouver une réponse logique à ces mystères, ces coïncidences étranges, une réponse scientifique, sans les trucs de la réincarnation ou une théorie propre à Fox Mulder et ses enlèvement par extra-terrestres. Bordel de Dieu, j’ai jamais trouvé !

Mon léger bémol sera pour le personnage principal, Maddi Libéri, médecin de son état, à laquelle je n’ai jamais vraiment sympathisé, ni accroché (son comportement est réaliste, néanmoins), alors que j’ai kiffé grave les personnages secondaires comme Savine Laroche, l’assistante sociale et Nectaire Paturin, le secrétaire de mairie (Miss Marple et Hercule Poirot).

Leurs dialogues étaient plein d’humour, de bonne entente, de petites piques, de vannes et ce qui m’a le plus amusé, c’est la manière dont a Nectaire d’utiliser la phrase de Blondin (The good, the bad and the ugly) : « Le monde se divise en deux catégories » et d’y ajouter ensuite la réflexion de son cru. Ça ne vaut pas les proverbes sur les chameaux d’Assad (Département V) mais c’était bien drôle.

Résumer les romans de Michel Bussi à des romans qui se jouent de nous serait réducteur. L’auteur sait aussi monter un récit, nous le rendre addictif au possible (lu en même pas 2 jours), nous emporter ailleurs (Biarritz et l’Auvergne) tout en nous mettant le cerveau sens dessus dessous avec des choses, qui, certes, relèvent des croyances de chacun (réincarnation) mais en nous les présentant avec tellement de logique que l’on en vient à douter de sa non-croyance.

Ce que j’apprécie aussi, c’est que l’auteur ne se plante pas dans son final, qui ne fait jamais « pchhiiittttt » (le fameux tout ça pour ça) et qu’il reste toujours dans le réaliste et ne sombre pas dans le fantastique, celui qui explique tout, sans que l’on doive se casser le cul pour que tout le récit et les mystères s’expliquent.

Un roman dont les personnages sont réalistes, où les actions de Maddi Libéri sont logiques car elles sont celles d’une mère qui a perdu un enfant il y a 10 ans et qui est prête à s’accrocher à tout afin de prouver que l’âme de son enfant s’est réincarnée dans un autre, même à perdre son côté cartésien dû à son métier de médecin.

Un roman où les personnages secondaires ne sont pas laissés en plan mais sont travaillés aussi, un récit addictif, un roman policier qui nous tient en haleine, qui joue avec nous, mais sans jamais nous mentit (on n’a qu’à savoir lire, nom d’une pipe) et nous emmène aux frontières du réel, mais sans jamais dépasser la ligne rouge.

Addictif et bien écrit, j’ai dévoré ce roman et échafaudé un millier de théories toutes plus loufoques l’une que l’autre alors que si j’avais éliminé l’impossible, ce qui serait resté, même improbable, aurait été la vérité.

Pas un problème, j’adore me faire mener en bateau par un écrivain.

PS : il y a un an, en Belgique, le Confinement 1 commençait et me dévastait le moral… Nous sommes 1 an plus tard, le moral va bien et nous n’avons à déploré aucune perte dans la famille ou les proches. Je n’aurais pas espéré ça il y a 1 an, quand tout le monde se mettait sur la tronche pour du PQ (j’y ai échappé aussi !).

Par contre, il y a 2 ans, Minou faisait son entrée chez nous (ok, un peu avant le 13) et je n’aurais jamais espéré en être là deux ans après. Comme quoi, tout est possible, autant dans l’adversité que dans l’apprivoisement d’un chat sauvage ;-))

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°215].

Sacrées sorcières : Roald Dahl

Titre : Sacrées sorcières

Auteur : Roald Dahl
Édition : Folio Junior (1997/2011/2013/2016)
Édition Originale : The Witches
Traduction : Marie-Raymond Farré

Résumé :
Ce livre n’est pas un conte de fées, mais une histoire de vraies sorcières. Vous n’y trouverez ni stupides chapeaux noirs, ni balais volants.

La vérité est beaucoup plus épouvantable. Les vraies sorcières sont habillées de façon ordinaire. En fait, elles ressemblent à n’importe qui.

Il faut savoir qu’une sorcière peut très bien être votre voisine ou la meilleure amie de votre mère et si on ajoute à cela qu’elle passe son temps à dresser les plans les plus démoniaques pour attirer les enfants dans ses filets, il y a de quoi se méfier et vous comprenez pourquoi ce livre vous est indispensable !

Critique :
Une fois de plus, c’est à cause de La Grande Librairie que j’ai eu envie de découvrir cette lecture jeunesse, suite à la venue sur le plateau de Pénélope Bagieu qui présentait ce livre qu’elle avait mis en bande dessinée.

N’étant pas hermétique à la littérature jeunesse et apprenant que Roald Dahl était un maître dans ce domaine là, je me suis dis « pourquoi pas ».

Mais que j’ai eu raison ! Mille fois raison, même, de lire ce livre jeunesse bourré d’humour, de tendresse, d’aventure, d’action, de frisson et d’un style d’écriture qui donne envie de lire (même si chez moi, il n’a jamais trop fallu me pousser à lire mais plutôt me freiner).

Quelle riche idée que d’avoir ôté aux sorcières leurs balais, leurs chapeaux pointus et leurs nez crochus et d’en avoir fait des gens comme vous et moi, presque… Presque ?

Oui, ici, les sorcières n’ont rien à voir avec la sympathique Hermione Granger, même si, de prime abord, on ne les distingue pas. Ne vous inquiétez pas, mamy va vous expliquer comment on peut les reconnaître car ces furieuses femmes pourraient être votre voisine, votre cheffe de bureau, la représentante qui sonne à votre porte.

Le jeune héros, sans nom, commence mal dans la vie puisqu’il perd ses parents et part vivre chez sa grand-mère en Norvège, avant de revenir en Angleterre pour les vacances.

Les moments de complicité entre la grand-mère et l’enfant sont très touchants et notre jeune ami est un garçon débrouillard, bien dans sa tête, intrépide et avec une bonne dose d’intelligence et de maturité.

Sous le couvert de son aventure, l’auteur aborde des sujets assez tabous face à des enfants : la mort et les parents indignes. Sans oublier le fait qu’il ne faut pas faire confiance aux adultes que l’on ne connait pas.

Le tout est jubilatoire ! Ça se lit vite, trop vite et une fois la dernière page tournée, on se retrouve orphelin(ne) des personnages alors qu’on aurait adoré continuer à vivre des aventures avec eux.

Une très belle découverte, comme quoi, malgré les tonnes de livres lus, on a la certitude qu’il nous en reste encore des tonnes d’autres généralissimes à lire.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°255, Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°15] et Le Mois Anglais chez Lou, Titine et Lamousmé (Juin 2020 – Saison 9).

 

La Saga des Sorcières – Tome 1 – Le lien maléfique : Anne Rice [Par Dame Ida]


Titre : La Saga des Sorcières – Tome 1 – Le lien maléfique

Auteur : Anne Rice
Édition : Pocket (2002/2012)
Édition Originale : The Witching Hour (1990)
Traducteur : Annick Granger de Scriba

Introduction Babélio :
Sous le porche d’une vieille demeure à l’abandon de La Nouvelle-Orléans, une femme frêle et muette se balance dans un rocking-chair : Deirdre Mayfair est devenue folle depuis qu’on lui a retiré, à la naissance, sa fille Rowan pour l’envoyer vivre à San Francisco.

Et derrière la grille du jardin, un homme, Aaron Lighter, surveille inlassablement Deirdre, comme d’autres avant lui, pendant des siècles, ont secrètement surveillé la famille Mayfair.

Car ils savent que, de génération en génération, les femmes du clan se transmettent leurs maléfiques pouvoirs et que la terrifiante et fabuleuse histoire de cette lignée de sorcières ne fait que commencer…

Résumé :
Résumer un tel pavé (entre près de 800 et 900 pages selon les éditions) n’est pas chose aisée tant il entremêle tant d’histoires différentes qui n’en forment qu’une.

C’est tout le problème des sagas ! Vous savez certainement l’étymologie de ce terme scandinave qui désigne une œuvre racontant l’histoire de toute une lignée à travers les générations qui se suivent… Sauf que la vie de chaque personnage est une histoire en soi. Alors ? On fait comment ?

Et ben on jette l’éponge, le bouquin, on s’assoie et on pleure ! Surtout quand on doit recommencer sa fiche une deuxième fois parce que le texte dont on a gardé un simple brouillon s’est perdu avant d’arriver jusque dans la boîte de Dame Belette, notre Bienfaitrice à toutes et à tous.

Entre les trajectoires de Michael Curry, l’entrepreneur en bâtiment en vue de San Francisco presque quinqua revenu des morts et devant composer avec le don étrange qu’il a rapporté de l’au-delà, celle de Rowan Mayfair, brillante neurochirurgienne trentenaire, jeune femme adoptée qui doit découvrir le secret sulfureux de ses origines, et le manège étrange qui se joue dans cette jolie demeure de la Nouvelle Orléans dont l’héritière aussi souffreteuse que dérangée, maintenue sous couverture neuroleptique en permanence au point de ne plus pouvoir prononcer une parole par les bons soins de ses grand-tantes assez inquiétantes, le puzzle se met doucement en place…

Pour au bout d’un moment nous plonger dans les archives qu’un étrange anglais, membre d’une organisation encore plus étrange, soumet à la lecture de Michael qui s’est mis en tête de sauver Rowan des périls qui la menacent puisqu’il est devenu entre-temps son chevalier servant.

Et si je vous dis que les dites archives qu’il doit consulter et qui représentent une partie non négligeable du volume, vous dévoilent l’histoire de plusieurs générations de sorcières de la famille Mayfair observées depuis des siècles par le très secret Talamasca ?

Et ben oui, ça en fait des personnages et des histoires ! D’ailleurs, ça n’est pas pour rien que ce livre est épais comme un bottin !

Mon avis :
Je vais réitérer l’avis que j’avais déjà exprimé sur le précédent Anne Rice dans lequel je me suis lancée.

Un gros boulot de documentation historique, géographique (tapez sur Google Earth « First Street » à la Nouvelle Orléans et regardez les baraques qui s’y trouvent près de Garden District, et vous verrez effectivement le genre de maisons dans lequel évolue la famille Mayfair) qu’elle sait faire sentir mine de rien, en l’introduisant judicieusement et en l’intégrant parfaitement à l’action…

Une thématique très bien développée…

Un univers original sachant se détacher des images d’Epinal concernant la sorcellerie, tout en s’appuyant sur des données solides…

De très bonnes idées d’intrigues… L’affaire s’engageait plutôt bien.

En outre, comme je vous l’ai déjà dit : j’aime quand les auteurs de fantastique distillent le surnaturel peu à peu par petite touche en prenant leur temps, nous laissant croire aussi longtemps que possible que nous sommes bien dans les réalités du monde que nous connaissons avant de nous emmener dans des contrées plus incroyables.

Dans mon billet sur le « Don du Loup » d’Anne Rice, je lui avais reproché de n’avoir pas pris ce temps en nous faisant basculer dans le fantastique dès le premier chapitre ou presque en balançant la grosse artillerie avec ses gros sabots.

Et bien là, elle prend son temps. Et c’est très bien…

En même temps en huit ou neuf cents pages elle avait de quoi prendre son temps… Et un tel pavé ça peu fatiguer au bout d’un moment, sauf quand le rythme de l’action reste soutenu et qu’on sait éviter les longueurs…

Et des longueurs… Mon Dieu ! Comme il y en a eu !!! C’est maintenant que débute la litanie de mes reproches…

Ce n’est pas tant le nombre de personnages qui se croisent dans le roman qui soit un problème (quoi que… mon pote Al Zheimer s’est bien fichu de moi pendant ma lecture), ou le déroulé de l’histoire singulière de chacun d’entre eux…

Le problème c’est qu’on a parfois l’impression que Rice a voulu écrire un soap opéra…

Certains passages sont dignes des télénovelas brésiliennes ou certains dialogues ou tergiversations introspectives n’en finissent pas et traînent en longueur, tournant en rond de façon répétitive comme si l’auteur voulait vraiment être certaine que le lecteur ait bien compris quels tourments ou contradictions internes déchiraient certains personnages.

Faudra-t-il qu’un jour quelqu’un lui explique que le lecteur n’est pas un abruti et qu’on peut lui dire les choses une fois… ou peut être une deuxième fois autrement pour ajouter de la nuance… mais qu’on n’est pas obligé d’y revenir encore et encore pour que le lecteur comprenne ?

Et puis… Comment dire… Pourquoi Anne Rice s’obstine-t-elle à vouloir nous présenter des héros toujours tellement exceptionnels dès le départ qu’ils n’en sont pas crédibles ?

L’entrepreneur en bâtiment parti de rien mais plusieurs fois millionnaire, qui en plus de bosser comme une brute 100 heures par semaines est parvenu à se forger une culture littéraire, historique, musicale etc… de grand érudit.

Wahou ! Le voilà le mec parfait qui la fait fondre : le grand mec baraqué, un peu rustre et prolo (combien de fois appuie-t-elle sur ces termes pour parler de Michael ! C’en est indécent !) qui serait doublé d’un puits de science tout en sachant se montrer tendre et délicat ? Le mec parfait qui n’existe pas quoi ! Ah si ! Il est alcoolique… Mais rassurez-vous… Même bourré il sait se tenir et il décroche comme il veut sans aide et sans faire de delirium tremens bien qu’imbibé depuis un moment…

Et attention petit spoiler… Figurez-vous que par une heureuse coïncidence, Rowan, notre brillante neurochirurgienne accro au boulot au diagnostic infaillible, qui a sauvé la vie de Michael avant que le relais soit pris par les secours, adoooooore les mecs un peu rustres parce qu’elle trouve que ce sont des bons coups sans complications.

Et évidemment après s’être retrouvés ils vont tomber dans les bras l’un de l’autre avec autant de facilité que Reuben et Merchent dans le « Don du Loup », c’est-à-dire en quelques heures de conversation banale, comme si ça allait de soi, sans qu’il y ait besoin de sortir l’habituelle parade amoureuse de séduction, son cortège de dates, et les rites contemporains qui ont remplacé l’antique carte du tendre des précieuses… En gros les phéromones ont fait tout le job !

Non seulement cette incapacité chronique (au bout de la deuxième série, le travers se répétant… j’envisage une chronicisation*) à introduire ou à décrire un processus de séduction mutuelle est surprenante pour un auteur qui envisage de caser des histoires d’amour dans ses romans, mais en plus le rapport à la sexualité qu’elle dévoile livre après livre me sidère…

Dans le « Don du Loup » (excusez-moi d’y revenir encore mais quand on retrouve les mêmes tics d’écritures on tique justement…), le rapport entre animalité brute et sexualité était systématique…

Et là on a une chirurgienne super topissime issue des meilleurs milieux, cultivée et toussa toussa, pleine de fric, qui préfère coucher avec des « prolétaires », de préférences brutes épaisses, incultes et pas compliquées…

J’avoue que cette vision des rapports hommes/femmes d’Anne Rice m’irrite au plus haut point.

Avec elle c’est la Belle et la Bête roman après roman… et le mot Bête s’appliquant systématiquement aux hommes et devant être pris dans les deux sens : animal et stupide…

Enfin Michael n’est pas stupide… C’est ce qui en fait une exception par rapport aux autres hommes aux yeux de Rice.  Même s’il garde de mauvaises manières à table.

Ok… les auteurs masculins ont aussi parfois tendance à nous réduire à des stéréotypes découlant de leurs fantasmes… La femme fragile, sensible, forcément bien roulée… et si elle est un peu godiche on ne lui en voudra pas si elle fait bien la blanquette et les turluttes…

Mais ces clichés sexistes me sont aussi insupportables dans un sens que dans l’autre. C’est d’un maladroit… D’un convenu… Que de poncifs !

Et puis… derrière les clichés sexistes posant les rapports hommes/femmes comme des rapports de domination, j’ai tout de même perçu comme une sorte de mépris de classe…

Comme si le « prolétaire » (en gros, ceux qui ont des jobs ingrats mal payés et un accès réduit à la culture des classes dominantes) ne devait pas être doté de la moindre capacité de réflexion, de la moindre sensibilité, de la moindre attente d’attachement… Et n’était pas autre chose qu’un objet sexuel facile à consommer et à jeter…

J’avoue… Je trouve ça assez choquant. Surtout quand l’auteur écrit ça sans aucune once critique par rapport au positionnement de son personnage ou comme si ça ne posait aucun problème moral.

Je passe sur le fait que le sexe est aussi souvent associé à des trucs bien glauques dans l’histoire de la famille Mayfair ! Incestes à répétition, perversions, viol, domination, paternités incertaines, voire pédophilie…

Toute la panoplie s’y déploie de façon d’autant plus lassante que ça se répète de génération en génération. Cela pourrait faire la joie d’un psychogénéalogiste mais pour la lectrice lambda il y a un moment où ça devient too mutch !

Ajoutons que lorsque Rice s’essaie au dialogue amoureux entre ses personnages ça devient vite insupportable. Elle est aussi mauvaise pour décrire le processus de séduction (qu’elle préfère éviter) que pour faire dialoguer deux personnages amoureux qui se balancent des mots doux sirupeux à tout bout de champ.

C’est d’un guimauve écœurant à souhait qui n’apporte strictement rien à l’action mais occupe du papier comme si elle était payée à la page et qui vous donnerait presque envie de vous faire pousser la moustache, de prendre 30 kg en plus de vos 10kg de trop, de ne plus vous laver ou vous coiffer et de vous habiller en sac à patates, pour être certaine que personne ne viendra vous parler plus jamais comme ça !

Purée ! Même dans la collection Arlequin les histoires d’amours sont mieux écrites et plus crédibles !!!

Et puis… Si ce livre est si énorme c’est qu’il part d’une histoire contemporaine dont le déroulement est coupé en deux par la lecture par un personnage de toute l’histoire de la famille Mayfair…

Et ces archives représentent pratiquement le tiers du livre, ce qui est quelque peu déséquilibré puisque quand on retrouve nos personnages contemporains on en est désorienté, et il nous faut quelques minutes pour se souvenir de qui est qui et où on en était avant de les quitter.

La construction est de ce fait un peu maladroite. Et ce n’est pas le premier livre de cet auteur que je trouve mal construit.

Pourquoi n’a-t-elle pas plutôt écrit cette saga en commençant dès le début ? Consacrant un volume pour deux générations, en prenant bien son temps ? Un peu comme avec sa saga des Vampires si réussie !

Parce que là franchement ce résumé sur plusieurs générations de Mayfair en quelques centaines de pages sous forme de récit ou rapports un peu brouillons et dont la chronologie semble parfois se perdre, c’est carrément très fastidieux à lire.

Malgré tout… On se laisse prendre par l’histoire qui a quelques relents lovecraftiens avec cette thématique des malédictions familiales, qui a son univers particulier original bien campé, et aux descriptions envoûtantes de l’atmosphère de la Nouvelle Orléans et de son petit monde feutré de la bourgeoisie locale…

En regrettant juste le déséquilibre dans la construction, les longueurs, et la façon dont Anne Rice semble perdue quand il s’agit de parler d’amour, des hommes et des femmes…

Au point d’en devenir irritante parfois. Il faut donc que l’histoire soit sacrément bonne pour qu’on en arrive à passer outre tous ces défauts d’écriture.

Je lirai peut-être la suite…

* Pour les Nuls (comme moi) : Se chroniciser décrit le comportement d’une chose ou d’une personne qui adopterait un rythme régulier et constant dans ses actes ou son attitude, de façon presque mécanique, à l’instar d’une machine.

 

Elfes – Tome 22 – Le gardien des racines : Nicolas Jarry & Gianluca Maconi

Titre : Elfes – Tome 22 – Le gardien des racines

Scénariste : Nicolas Jarry
Dessinateur : Gianluca Maconi

Édition : Soleil (24/10/2018)

Résumé :
Bëloenn, le maître des Écorces irascible, veille sur les arbres anciens. Il vit en ermite jusqu’au jour où Laëdyss, une chasseuse dont le clan a été massacré, vient lui demander son aide.

Partout sur les Terres d’Arran, les créatures des bois deviennent folles et attaquent les elfes Sylvains…

L’origine du mal plonge ses racines au plus profond de la forêt de Duhann, dans le sanctuaire de la reine Ora, gardienne du cristal vert…

Critique :
Comment rebondir après la guerre des goules ? Pas facile car ce cycle était addictif et maintenant, on a l’impression que plus rien n’est comme avant. Il reste les cicatrices, les séquelles, et les auteurs continuent de nous en parler dans leurs histoires.

Pourtant, je ne vais pas me plaindre, ni demander l’arrêt de la série car si cet album est en deçà de certains, je l’ai trouvé intéressant dans son pitch.

Laëdyss, une jeune elfe qui a retrouvé tout son village massacré par une entité va se lancer sur ses traces et tomber sur le druide de service, sorte de vieil écolo portant un masque et qui ne veut pas d’apprentie. C’est Bëloenn, le maître des Écorces.

Oui, la relation maître-apprenti, c’est du connu, surtout si le maître ne veut pas de l’apprentie et vice-versa et qu’à la fin, ils s’apprécient.

Une fois de plus, on est face à un personnage qui a souffert jeune, qui traîne ses traumatismes et on aura une quête entre l’elfe gardien des racines, son pote Nain (Kadra) et la jeune Laëdyss.

De l’ultra classique, on vous dit. Malgré tout, la manière dont c’est raconté vaut bien un album et j’ai trouvé le maître des Écorces touchant à certains moments. J’ai fortement apprécié son ami le Nain.

Le premier bémol sera pour la lenteur du démarrage. On tourne un peu en rond avant de se mettre en route et là encore, on prendra du temps. Cela nous permettra de mieux connaître nos deux lascars, mais bon, niveau action, c’est du diesel.

Le second bémol, plus pire, lui, sera pour les dessins qui ne m’ont pas transcendés et pour le manque de détails dans certains visages, certaines cases. J’ai été habituée à mieux, je dois dire.

Pour le reste, j’ai apprécié les évolutions des personnages entre une qui doit accepter ce qu’elle est (N’oublie pas qui tu es – classique) et un vieux ronchon qui doit accepter la rédemption. Bref, faut mûrir pour tous les deux.

Alors, malgré un départ un peu lent, malgré une quête éculée, malgré des dessins un peu moins chouettes que d’habitude et manquant de détails, j’ai apprécié cet album qui parle de nature, de respect de cette dernière, de transmission d’héritage, de conflits générationnels et de personnages qui doivent évoluer, même si ça fait mal, pour y arriver.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (juillet 2019 – juillet 2020) – N°110.

 

Juste avant de mourir : S. K. Tremayne [LC avec Bianca]

Titre : Juste avant de mourir

Auteur : S. K. Tremayne
Édition : Presses de la cité (21/03/2019)
Édition Originale : Just Before I Died (2018)
Traducteur : Isabelle Maillet

Résumé :
Pourquoi tu m’as fait ça, maman ?

Kath, Adam et leur petite Lyla, intelligente mais renfermée, habitent une ancienne ferme isolée en plein milieu de la lande, dans le Devon.

Un jour, Kath se réveille aux urgences après avoir été victime d’un grave accident de voiture. Elle n’a aucun souvenir des circonstances l’ayant conduite au drame.

De retour chez elle, choquée mais heureuse de retrouver sa famille, elle déchante vite : Lyla dessine d’étranges motifs et répète qu’elle voit un homme sur la lande.

Quant à Adam, il paraît en vouloir terriblement à son épouse, pour une raison que cette dernière ne s’explique pas.

Autour de la maison, Kath tombe sur des mises en scène macabres…

Alors que le comportement de Lyla devient de plus en plus inquiétant, Kath apprend que c’est en essayant de se suicider qu’elle a fini à l’hôpital. C’est le choc. Et le début de flash-backs angoissants qui vont la conduire elle aussi vers cet inconnu qui hante la lande.

Prêtant sa plume à un drame familial qui interroge le poids de l’hérédité, les liens du couple et le mystère qui entoure les enfants atteints du syndrome d’Asperger, le maître du thriller atmosphérique revient avec un quartet brumeux qui laissera le lecteur hagard, ivre de secrets inavouables et de stupéfiantes révélations.

Critique :
♫ Dis maman, pourquoi t’as fait un plongeon ? ♪

♪ Puisqu’il faut choisir, À mots doux je peux le dire, Sans contrefaçon, Maman dans l’eau a fait un plongeon ♫ (1)

Lorsqu’on est une gamine atteinte d’un syndrome d’Asperger ou d’un autisme latent (les parents n’ont pas consulté), apprend que sa maman a voulu se suicider en fonçant en bagnole dans une retenue d’eau, ça la fout mal.

Pourtant, à bien y réfléchir, Kath, la mère de Lyla, n’avait pas de bonnes raisons de vouloir mettre fin à ses jours.

Quand vous êtes une mère que tout le monde regarde avec pitié parce que l’on pense que vous avez fait une tentative de suicide, que votre mari vous en veut pour cet acte, que votre fille, déjà en proie à des problèmes à cause de son asperger, commence à battre la campagne en pensant que vous avez voulu l’abandonner…

Et si en prime, vous avez des trous de mémoire sur la semaine précédent cet accident et sur ce qui s’est passé dans votre tête à ce moment là, pour enquêter sur ce que vous pensez ne pas être une tentative de suicide, ça va pas être facile.

Voilà un thriller psychologique comme je les aime, avec des mystères, des phénomènes bizarres, une impression d’être épiée, un mari que vous avez vu mais qui vous jure que non, il n’était pas là, je vous jure que vous avez une petite sueur froide au milieu des sueurs chaudes provoquées par la canicule et son jour le plus chaud.

Nous sommes sur la lande du Dartmoor et s’il n’y a pas le chien maudit des Baskerville, il y a tout de même un truc de pourri au Dartmoor, en plus du brouillard, des tourbières meurtrières et de l’hiver…

L’auteur a su jouer avec ses personnages, alternant des points de vues, de manière à ce qu’on l’on frissonne, que l’on se pose des questions et que l’on en suspecte certains, sans toutefois dévoiler trop, trop vite, mais en nous laissant mariner dans notre jus le plus longtemps possible avant de balancer son final.

À un moment donné, j’avais compris. C’était sordide, mais j’avais capté.

Pour son final, on a du rythme, du suspense et elle joue avec nos nerfs, d’ailleurs, je lui garde un chien de ma chienne aussi et cet auteur passe directement sur ma kill-list avec les Norek et Minier.

Un thriller psychologique qui m’a amené un peu de frissons mais pas assez que pour faire diminuer la température caniculaire de ce 25 juillet où l’on a fait exploser tous les records.

Bianca a moins apprécié, de son côté. Partie avec une avance de 12 chapitres pendant que je me liquéfiais, elle avait toujours une confortable avance avant que je ne passe les grands braquets et que je fasse tout péter et que je ne termine l’étape avec des heures d’avance.

(1) Sur l’air de « Sans contrefaçons » de Mylène Farmer.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2019-2020) – N°7.

La Nuit de Walpurgis : Gustav Meyrink

Titre : La Nuit de Walpurgis

Auteur : Gustav Meyrink
Édition : Marabout Collection Bibliothèque N°451 (1973)
Édition Originale : Walpurgisnacht (1917)
Traducteur : A. D. Sampieri

Résumé :
Selon la tradition, la nuit de Walpurgis a lieu tous les ans le 30 avril — la nuit où les fantômes sont libérés de leurs chaînes.

De loin en loin, il est des nuits de Walpurgis plus grandioses, plus décisives qui, elles, peuvent libérer l’humanité entière de son asservissement. Alors vient la « grande délivrance »…

Cette histoire cruelle, pleine de mystère, de symboles et d’horreurs, est avec « Le Golem » un des deux grands chefs-d’œuvre de Gustav Meyrink.

Critique :
Diable, ce livre avait attiré mon regard dans un rayon de la bouquinerie que je fréquente assidûment (ils me doivent une villa aux Bahamas, minimum).

Une vieille couverture avec un joli dessin de fantômes et la perspective de passer du bon temps avec un livre guère plus épais que 182 pages… (Comme le livre de Tolstoï, il est « guère épais »… *rires*).

Moi qui pensais lire ce livre cachée sous la couette, à la lueur d’une lampe de poche à la lumière tremblotante et faiblissante parce que les piles dataient de 40-45.

Ou tout simplement assise dans divan, sous les lampes et pas à la lueur d’une bougie.

Hem… Vous ai-je déjà touché un mot sur le syndrome du livre de moins de 200 pages et qu’on a du mal à terminer ? Celui pour lequel on ne retarde jamais l’heure de son coucher ? Non ?

L’auriez-vous déjà vécu, ce sentiment affreux de vous dire que ces 182 pages sont les plus longues de votre existence ??

Je vois à vos haussements de sourcils et vos hochements de têtes que oui, c’est du vécu.

Pourtant, il s’annonçait bien, ce livre !

Un mélange de l’historique et de l’occulte, sur fond de Bohème, le destin des personnages broyés par le maelström d’événements hors de contrôle : cela aurait dû fonctionner.

Où le bât a-t-il blessé ??

Qui a tout foutu en l’air cette histoire au point de me donner envie de jeter le livre par la fenêtre ?

L’ambiance du livre n’est pas coupable, car chaque description respire ♫ la Bohême ♪. De ses auberges à ses rues, tout y est baroque, vivant et agréablement gothique.

Le récit est habilement mené et bien qu’il ne soit pas rebondissant à toute les pages, cela bouge tout de même et on est entraîné dans l’aventure.

Par contre, le style et de l’écriture sont à guillotiner sur place ! Bon sang, que de longs monologues endormants et chiants ! Et cela sur le tiers du livre, ce qui les rend impossible à sauter.

Les autres personnages sont sans relief, ennuyeux à souhait et seul celui de la bohémienne tire son épingle du jeu. C’est peu.

La lecture est accablée par d’innombrables enchaînements, par des phrases trop courtes, des phrases trop longues et la ponctuation est chaotique.

Si l’expérience du livre à chier, long, lent et laborieux est pour vous encore inédite, « La nuit de Walpurgis » vous ouvre grand ses pages parce qu’une virginité pareille, cela doit se perdre sur le champ.

Si jamais j’ai d’autres titres de livres qui vous donnent envie de tout laisser tomber, si l’expérience vous a plu et que vous adorer vous emmerder dans un livre… chacun ses vices !

 

Blackwing – Tome 1 – La marque du corbeau : Ed McDonald

Titre : Blackwing – Tome 1 – La marque du corbeau

Auteur : Ed McDonald
Édition : Bragelonne (18/04/2018)
Édition Originale : Blackwing (2017)
Traducteur : Benjamin Kuntzer

Résumé :
Sous son ciel brisé, la Désolation est une vaste étendue de terre ravagée, née quand la Machine, l’arme la plus puissante du monde, fut utilisée contre les immortels Rois des profondeurs.

Au cœur de ce désert, grouillant de magie corrompue et de spectres malveillants, les Rois et leurs armées attendent leur heure…

Pour Ryhalt Galharrow, la Désolation n’a pas de secrets. Chasseur de primes aguerri, il est chargé de retrouver une femme aux pouvoirs mystérieux, qui semble avoir mis au jour un inquiétant secret. Jadis, cette femme et lui se connaissaient bien.

Voilà qu’ils se redécouvrent au milieu d’une conspiration qui menace de détruire tout ce qui leur est cher, et qui pourrait mettre un terme à la trêve fragile de la Machine…

Critique :
Alors que j’ai des piles de livres qui attendent depuis des lustres d’être lus, celui-ci n’a pas fait long feu dans mon HAL.

La couverture superbe me l’a fait sortir un peu plus vite, de plus, j’avais envie de me replonger dans de la fantasy.

Si j’en ai lu assez bien, cela faisait longtemps que je n’avais plus plongé dedans.

De plus, les critiques pour ce roman étaient plus qu’élogieuses, alors, je me suis dit que qui ne risquait rien n’avait rien.

Le voyage fut-il bon ? Non, j’ai manqué de me faire zigouiller par des tas de créatures horribles, je ne compte plus les fois où j’ai eu la trouille, où j’ai dû courir, vendre mon âme en remboursement de dette, manqué de me faire déchirer en deux par des esprits entrés dans mon corps, sans compter que je me suis faite trahir, torturée, et plus, si affinités.

Pire, j’ai même failli perdre la raison dans la Désolation, zone de non droit, terres ravagées peuplées de trucs pas nets (des slweans, des dulchers ou des gillings), le genre de paysage qui devrait naître après le largage de 10.000 bombes H…

À l’époque où je portais l’uniforme, le marshal m’avait dit que seules trois sortes de gens s’aventuraient volontairement dans ce territoire maudit : les désespérés, les imbéciles et les corrompus. Les adeptes étaient suffisamment désespérés. J’avais donc réuni une dizaine d’imbéciles corrompus pour me lancer à leurs trousses.

Je n’ai jamais compris pourquoi, mais ces pitoyables créatures aimaient encore plus leurs seigneurs que Tnota aimait la queue. C’est dire.

Pas un lieu que je recommanderais pour des vacances tranquilles ! Par contre, le bouquin, vous pouvez l’emmener avec vous en vacances pour oublier le temps qui passe ou bien le lire chez vous pour vous évader à petit prix.

Mes compagnons de voyage étaient un navigateur (Tnota) qui ne pense qu’à la bite (on s’est bien entendu tous les deux, même si on ne la met pas au même endroit), une femme acariâtre (Nenn) qui ne pense qu’à se battre et un chef, limite ivrogne et tête brûlée (Ryhalt Galharrow), sombre, rempli de blessures secrètes, sorte de chasseurs de primes et chef des Ailes Noires au ordre du Sans-Nom Corbac et une Fileuse, sorte de magicienne, la mystérieuse et bizarre Ezabeth.

— Un converti, répétai-je avec une esquisse de sourire. À l’église de la sodomie et de la fornication dépravée.
— C’est la seule putain d’église que je connaisse, capitaine. (Tnota ricana et se tourna vers Nenn.) Tu devrais essayer un jour. Il paraît que t’as une sacrée queue là-dessous.
— Si c’était le cas, je la fourrerais dans un endroit plus propre que ton fion puant, rétorqua Nenn.

Pas de doute, j’étais bien entourée ! Les chevauchées et les combats furent éprouvants mais au moins, je ne me suis pas emmerdée.

Ambiance d’apocalypse ou de fin du monde, dans cette histoire car les Rois des Profondeurs commencent à bouger et une seule personne se demande si la Machine de Nall (une arme de destruction magique) sera capable de les repousser une fois de plus. Mais ce genre de questionnement est très mal vu par les autorités de la ville…

Bourré d’actions, de péripéties, d’enquête, de fausses-pistes, de questionnements, de doutes et de personnages épiques, ce roman vous fera planer comme un corbeau au dessus d’un champ de cadavres.

Un véritable festin sous mes yeux ! De la fantasy comme je l’aime, avec quelques personnages emblématiques et d’autres qui fraient dans leur univers sans que l’on sache qui est un traître ou pas, qui ment, qui dit la vérité, qui est fou, qui a raison, de la magie, mais utilisée avec parcimonie car il y a un contrecoup à payer…

Là où cette histoire se démarque des autres, c’est dans son final digne d’un esprit vachement retors ! On visait plus haut que certains livres de fantasy, assurément, et ce fut réussi !

Certes, ce n’est peut-être pas de la haute littérature pour certaines journalistes, mais j’ai passé un excellent moment dans ces pages, j’ai vécu une aventure qui ne m’a pas laissé le temps de savourer des mojitos et j’ai eu chaud mes fesses, croyant ma dernière heure arrivée.

Un roman de fantasy que je recommande à tous les fans du genre ou à ceux qui voudrait tâter de l’épée sans jamais en avoir fait.

Ce n’est pas du 4 Sherlock, mais on est plus haut que le 3,5 car il y a de la profondeur et de la justesse dans les dialogues, des situations de notre monde (la lutte de classe, pauvreté, exploitation de l’Homme par l’Homme, guerres, discussion sur le sexe des anges quand l’ennemi est à nos portes, croyances et extrémistes religieux), un scénario bien ficelé et une question : tout ce carnage valait-il la peine ?

Pour chaque manoir majestueux occupé par Lindrick et ses pairs, un millier d’âmes en souffrance iraient se coucher le ventre vide.

Quand on asticote la garde civile alors que la force de frappe de l’Empire dhojaran fond sur la nation, c’est que l’on n’est pas doté d’une surabondance d’intelligence ou d’ingéniosité.

— Mon âme pleure pour vous, le raillai-je. Je comprends. Ça ne peut pas me plaire. C’est la guerre, et je pige le principe. Je trouve simplement que le prix qu’on a payé était trop élevé.
— Nous ? Ou juste toi ?
— Quelle différence ça fait ?
— Dans un cas, tu pleures pour le monde. Dans l’autre, tu t’apitoies simplement sur ton sort.

Le point qui me fâche le plus, c’est la narration à la première personne. On suit les pensées de Ryhalt Galharrow et j’aurais apprécié avoir les pensées ou les actions des autres personnages. Une narration à la 3ème personne ou un changement de POV (Point Of View) aurait fait monter l’intérêt et donc, les étoiles.

— Vous êtes tombé bien bas, me lança-t-il sèchement tandis que j’actionnais la poignée de la porte. Regrettez-vous parfois vos décisions, quand vous êtes entre deux bouteilles ?
— Lorsqu’on se rend compte que la montagne qu’on gravissait n’est qu’un tas de merde, la chute paraît moins dure.

— Vous êtes une Aile noire, lâcha-t-elle avec désinvolture. Vous pouvez décider que ce sont vos affaires.
— Les gens qui abusent de leur pouvoir ont tendance à ne pas s’y accrocher longtemps. Je refuse de jeter l’ombre d’un soupçon sur la mémoire de Gleck. Il méritait mieux que ça. Il était peut-être dingue, mais il n’y avait pas plus loyal que lui.

Les hommes de son calibre ne comprenaient pas que le véritable pouvoir était silencieux. Un homme comme le marshal Venzer ne fanfaronnait pas ni ne défiait ses ennemis, il leur disait simplement ce qu’il attendait d’eux. Soit ils rentraient dans le rang, soit ils se retrouvaient écrasés, réduits en miettes par le poids de son autorité. Il ne se vantait jamais de ses victoires, ne venait pas jubiler devant les vaincus. Le véritable pouvoir se dessine dans le mépris que l’on a pour ceux qui ne le respectent pas.

— Les gens sont des moutons, assenai-je. Ils font ce qu’on leur demande. Ils croient ce qu’ils veulent, ou ce qui leur fait le plus peur. Si ça ne leur plaît pas, ils rejettent tout en bloc ou font comme s’ils n’avaient rien entendu. C’est naturel. On ne peut pas le leur reprocher. On ne peut pas non plus leur affirmer qu’ils sont stupides. Ils ne comprennent pas qu’ils sont des moutons. Comment le pourraient-ils ? Les moutons ne se rendent pas compte que le berger est plus malin qu’eux.

Il arrive souvent que des gens de bien essaient de faire ce qu’il y a de bien pour de mauvaises raisons appartenant à de mauvaises personnes. L’homme grisonnant semblait être de ceux-là.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018) et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

 

Les âges sombres : Karen Maitland [LC avec Bianca]

Titre : Les âges sombres

Auteur : Karen Maitland
Édition : Sonatine (2012) / Pocket (2014)
Édition Originale : The Owl killers (2010)
Traducteur : Pierre Demarty

Résumé :
1321. Les habitants d’Ulewic, une petite cité isolée de l’est de l’Angleterre, sont sous le joug de leur seigneur et de l’Église, celle-ci ayant supplanté, depuis quelques années, le paganisme qui régnait dans la région.

Non loin du village s’est installée une petite communauté chrétienne de femmes, des béguines originaires de Belgique.

Sous l’autorité de sœur Martha, elles ont jusqu’alors été assez bien tolérées. Mais les choses commencent à changer. Le pays connaît en effet des saisons de plus en plus rigoureuses, les récoltes sont gâchées, les troupeaux dévastés et le besoin d’un bouc émissaire se fait sentir.

Neuf hommes du village, dont on ignore l’identité, vont profiter de la tension qui commence à monter pour restaurer un ordre ancien et obscur.

Renouant avec de terribles rites païens, usant de la terreur, du meurtre et de la superstition, ils vont s’en prendre aux béguines, qui devront les démasquer et élucider les secrets du village avant que la région ne soit mise à feu et à sang.

Critique :
Anus horribilis… Voilà comment les Béguines Martha d’Ulewic, petit village perdu au fin fond du trou de cul de l’est de l’Angleterre, auraient pu résumer l’an de grâce 1321.

JDM résumera cette première journée de mai qui commença sous des auspices merdiques pour bien des gens et qui, tel une goutte d’eau tombant sur le visage, donnera ensuite naissance à un torrent dévastateur.

Voilà une brique que je viens de m’enfiler en même pas trois jours, dévorant chaque page comme une affamée, m’attachant à certains personnages ou ayant envie d’en trucider certains…

Dieu mais qu’ils n’étaient pas très malins, en 1321 ! Dieu qu’ils étaient crédules, ces bonnes gens du fin fond de l’Angleterre profonde. Dieu qu’ils étaient manipulables ! On en faisait ce qu’on voulait…

À la moindre chose qui ne tournait pas rond, que ce soit des changements climatiques, des épidémies, des maladies, il fallait de suite trouver un bouc émissaire et les étrangers de tout poils étaient tout trouvés pour se voir accuser de moult crimes qu’ils n’avaient pas commis.

Vu l’époque, je leur pardonnerai leur imbécilité et leur manque de réflexion : ils n’étaient pas instruit, ils étaient crédules, qu’ils soient païens ou religieux, ne savaient pas vérifier les dire des uns ou des autres, l’Église et les nobles avaient encore tout pouvoir sur eux et pouvaient leur servir des fake à volonté puisque eux-mêmes y croyaient, bien souvent…

De nos jours, ils n’ont plus ce pouvoir, ils l’ont délégué à d’autres, mais j’ai l’impression que ♫ non, non, rien n’a changé ♪ tout tout à continué ♪ car l’Homme est toujours prompt à s’enflammer pour des futilités ou à gober ce qu’à brait l’âne du coin ou dans la télé. En 1321, ils avaient des circonstances atténuantes, eux.

Nous avions beau être dans l’Histoire, puisque le roman s’appuie sur des faits réels et une part des légendes, mais je l’ai trouvé très contemporain, moi.

Ce polar historique donnera la voix à plusieurs narrateurs, ce qui nous permet de nous balader dans le récit en suivant des personnages différents, de suivre leurs pensées, d’en apprendre plus sur eux. Ils sont humains, réalistes, avec des pensées et des actions bien de leur époque.

Pas de dichotomie dans les personnes qui gravitent dans ce roman, ils sont travaillés et si je pensais que Philip D’Acaster allait avoir un grand rôle en tant que salaud tout comme les Maîtres-Huants, ils sont resté, au final, plus en retrait que je ne l’aurais pensé. On peut toujours me surprendre, donc.

Impossible de s’embêter, je le suis gorgée des faits historiques, je me suis plongée dans le passé, me suis baladée dans les temps obscurs et tout en me gavant de l’histoire, je suis arrivée à la conclusion que cette époque n’aurait pas été faite pour moi car certaines questions sur la religion n’était pas bonnes à poser à voix haute.

L’auteure a fait aussi un super travail au niveau de l’écriture, la rendant accessible, même dans les descriptions qui, sans cela, aurait pu rendre le récit lourd. Pas de soucis, il est d’une fluidité tout en évitant un style plat.

Un polar historique qui parle de croyances, de foi, d’acceptation de la différence de l’autre, de la place de la femme en cette époque (derrière les fourneaux, évidemment, avec autant de droit qu’un animal), de crédulité, de propagande, de manipulations des foules, de fourberie (et pas de Scapin) et de jalousie.

Une LC réussie ou, une fois n’est pas coutume, Bianca et moi sommes sur la même longueur d’onde pour dire que nous avons aimé !

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2017-2018)  et Le Mois anglais saison 7 chez Lou et Cryssilda (juin 2018).

L’obscure clarté de l’air : David Vann

Titre : L’obscure clarté de l’air

Auteur : David Vann
Édition : Gallmeister (05/10/2017)
Édition Originale : Bright Air Black (2017)
Traducteur : Laura Derajinski

Résumé :
« Née pour détruire les rois, née pour remodeler le monde, née pour horrifier et briser et recréer, née pour endurer et n’être jamais effacée. Hécate-Médée, plus qu’une déesse et plus qu’une femme, désormais vivante, aux temps des origines”.

Ainsi est Médée, femme libre et enchanteresse, qui bravera tous les interdits pour maîtriser son destin. Magicienne impitoyable assoiffée de pouvoir ou princesse amoureuse trahie par son mari Jason ?

Animée par un insatiable désir de vengeance, Médée est l’incarnation même, dans la littérature occidentale, de la prise de conscience de soi, de ses actes et de sa responsabilité.

Dans une langue sublime et féroce, David Vann fait une relecture moderne du mythe de Médée dans toute sa complexe et terrifiante beauté.

Le portrait d’une femme exceptionnelle qui allie noirceur et passion dévorante.

Critique :
Qui pourrait Médée à terminer ce livre ? Parce que là, je n’ai pas réussi à dépasser la fatidique page 30.

La panne… Non pas sexuelle mais textuelle ! La panne non pas de la chair (ni de la chaire), mais la panne littéraire.

Bloquée, comme si les rameurs de ma galère avaient tous décidé de partir en grève sans prévenir la direction.

Il est des livres dans lesquels on n’arrive pas à entrer.

Certains n’étaient sans doute pas fait pour nous, ou alors, ce n’était pas le bon moment pour le lire.

Vous serez tenté de me dire, afin de me rassurer « Ce n’est pas grave, pense à toutes les fois où tu y es arrivée sans problème, ça va passer », mais moi, je ne verrai que ce moment où je n’ai pas su alors que j’avais grande envie.

Avec des livres merdiques, on se venge en se déchaînant sur son clavier afin de pondre une chronique pas piquée des vers.

Mais dans ce cas-ci, l’écriture n’était pas merdique, le scénario n’était pas à chier et j’avais vraiment envie de lire la relecture moderne du mythe de Médée, celle qui a pour patronne la sombre Hécate (tout le monde sait que quatre Hécate font huit).

Médée, qui tomba amoureuse de Jason (pas Donovan !), celui qui a piqué la Toison d’Or (pas la station de métro bruxelloise !) au papounet de Médée, qui était Roi.

Cette Médée, qui veut ♫ être une femme libérée (tu sais, c’est pas si facile ♪), qui fichu le camp avec le bô Jason et qui, pour ralentir la barque de son père, jeta à l’eau les morceaux de son frère qu’elle avait démembré… Puzzle grandeur nature. Ludique occupation, non ?

Puis, paraît que le Jason va la trahir… J’aurais aimé lire la vengeance qu’elle lui avait réservée, à ce crétin qui osa défier cette femme qui était « Née pour détruire les rois, née pour remodeler le monde, née pour  horrifier et briser et recréer, née pour endurer et n’être jamais  effacée. Hécate-Médée, plus qu’une déesse et plus qu’une femme, désormais vivante, aux temps des origines ». Ça en jette, non ?? Et moi je loupe tout ça.

M’est avis que ça a dû chier grave pour le Jason et que le gars en a bavé… Fini de mettre ses mains pleines de doigts dans la Toison d’Or de la Médée !

Vu le palmarès sanglant, on va éviter de signaler à cette Médée que je n’ai pas réussi à entrer dans son histoire et que j’ai abandonné ce livre en disant, à voix haute « Homère d’alors ! ».

Il y a des romans, comme ça…