Le Spectre de la rue du Puits [Melchior l’Apothicaire 02] : Indrek Hargla

Titre : Le Spectre de la rue du Puits [Melchior l’Apothicaire 02]

Auteur : Indrek Hargla
Édition : Babel Noir (2015)
Édition Originale : Rataskaevu viirastus (2010)
Traducteur : Jean-Pascal Ollivry

Résumé :
Tallinn, 1419. Le gardien d’une tour est retrouvé mort alors qu’il avait, la veille, déclaré avoir vu un spectre.

Quelque temps plus tôt, une prostituée était découverte noyée dans un puits après avoir rapporté le même témoignage.

Rue du Puits, une maison qu’on dit hantée concentre des haines ancestrales, à deux pas de la boutique de Melchior l’apothicaire.

Ce dernier arpente les ruelles de la Vieille Ville jusqu’au cimetière des dominicains, à la recherche de la vérité.

Critique :
— Je s’appelle Grote…

Désolé, mais c’était trop tentant, surtout lorsqu’on a un mort qui se prénomme Tobias Grote et qu’à chaque fois qu’on lit son nom dans le roman, on a envie de pouffer de rire, repensant au personnage des gardiens de la galaxie.

Je vais direct éliminer ce que j’ai sur le cœur au sujet de ce polar historique : un mort que l’on retrouve avec, sur le visage, une expression de terreur indicible.

Il me semblait que lors de la mort, tous les muscles se relâchaient et que donc, hormis la rigor mortis qui commencera quelques heures plus tard, le visage du décédé ne pouvait donner qu’une impression d’apaisement et pas de terreur.

— Je n’ai jamais vu pareille expression sur un mort. D’habitude, ils ont un visage apaisé, et un peu figé, tu vois ce que je veux dire. Mais Grote… c’était comme s’il avait vu un spectre.

— Il avait le visage raidi par la peur, et ce n’était pas l’effet de la douleur, j’en suis certain. Quand quelqu’un fait une chute pareille, la douleur est si intense qu’elle est impossible à supporter. Mais là, cette tête, cette bouche ouverte, ces yeux écarquillés de peur… quelle horreur ! Dieu miséricordieux !

Nous sommes en 1419, à Tallin, en Estonie et si les voyages forment la jeunesse, vu mes lectures dépaysantes, je n’aurai jamais besoin de crème anti-rides.

L’auteur prend le temps de planter le décor, même si c’est le deuxième tome, ce qui fait qu’un lecteur qui, comme moi, prendrait la série à rebrousse-poil, n’aura pas l’impression de tomber comme un cheveu dans la soupe et pourra découvrir le petit monde où Dieu et le diable sont très présents dans les esprits des gens et où la médecine en est encore à ses humeurs.

Melchior est un apothicaire qui est compétent et s’il n’a pas le niveau d’un Sherlock Holmes, il a tout de même su dénouer la pelote de nœud qu’étaient ses morts un peu étranges et comprendre aussi ce que les morts avaient voulu dire par le fait qu’ils avaient vu un spectre.

Étant en 1419, les gens étaient fort susceptibles de croire à de telles calembredaines que celles d’histoires de spectre ou de personnes mortes revenant hanter le lieu où elles avaient perdu la vie et notre apothicaire Melchior va voir son enquête s’emberlificoter dans des racontars dont on ne saura plus trop où est la vérité et où est le mensonge.

Parce qu’entre les morts de maintenant, ceux d’il y a quelque temps et ceux d’il y a septante ans (70), il y a moyen d’y perdre son latin… Ou sa vertu, sachant qu’un moine était monté comme Rocco Siffredi… Son spectre reviendrait-il nous hanter car cet homme n’a pas trouvé la paix ? Est-ce que Satan l’habite encore ?

— C’est ainsi que le récit de ses fautes anciennes s’était répandu parmi les frères ; sans doute ces histoires avaient-elles aussi pris leur essor lorsque les frères avaient vu, quand ils étaient au sauna, que le membre viril du jeune Adelbertus était long et épais, du genre dont les femmes raffolent, de sorte que tous les frères qui le voyaient détournaient le regard et disaient en pensée une prière de remerciement, eux qui, plus modestement équipés, risquaient moins d’être en permanence induits en tentation.

— On dit que ce qu’elle vit alors la réjouit fort, et que toutes les histoires qui circulaient à propos d’Abelardus étaient véridiques. C’était comme un arbre gigantesque qui s’était mis à pousser sous son habit de moine, et en voyant cela la femme l’avait saisi entre ses mains

Si le diable n’est pas responsable des morts, il se cachera dans les petits détails qui m’ont échappés et l’explication finale aura des relents d’ignominie pure et d’horreur, mais l’élément fantastique n’y sera pas.

Je ne conseillerai pas les enquêtes de Melchior à des amateurs de thriller car le rythme est assez lent au départ, l’auteur nous expliquant, aux travers des récits ou des pensées de ses personnages, une partie de l’histoire de la ville et du pays, ce qui donnera à la lecture un air de leçon d’histoire sans que cela ne devienne saoulant.

Une enquête plaisante, un dépaysement certain, une société médiévale que l’on découvre avec avidité (ce qui me permettra de me coucher moins bête au soir) avec la religion omniprésente, la politique aussi, la torture, les exécutions et des personnages aux caractères bien détaillés, restants réalistes dans leurs paroles, bien que je ne me sois pas trouvée dans cette ville à cette époque.

Un polar médiéval qui prend son temps et dont le final aura plus tendance à choquer le lecteur par son côté glauque au lieu de lui donner une bonne claque de par son inventivité, à la manière d’un roman de la mère Agatha Christie. Il reste assez classique dans son mobile, même si on a une pointe d’inventivité qui aurait pu être exploitée un peu plus.

Une découverte que je ne regrette pas, mais je ne pense pas avoir le temps de revenir à Melchior l’apothicaire, ou alors, d’ici quelques années.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (2018-2019).

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Un vampire menace l’empire – Les enquêtes réservées de Sir John Fox – Tome 1 : Gérard Dôle

Titre : Un vampire menace l’empire – Les enquêtes réservées de Sir John Fox – Tome 1

Auteur : Gérard Dôle
Édition :Terre de brume (2011)

Résumé :
Vous qui aimez les détectives des Ténèbres en charge d’affaires relevant de l’étrange et du surnaturel, Un Vampire menace l’Empire de Gérard Dôle vous séduira assurément car ce recueil propose quatre enquêtes fantastiques tirées des archives secrètes de Sir John Fox, Grand Assistant Commissioner de Scotland Yard.

Lorsque le comte Dragomyr, vampire vomi par la nuit… et tombé d’un ballon dirigeable, fait des siennes dans un petit port anglais, Sir John pense que la personne la mieux à même de résoudre ce problème est Lord Syfret, un aristocrate excentrique et providentiel, né il y a bien longtemps de l’imagination de la romancière Arabella Kenealy.

L’enquête suivante, « Le Fantôme de Sherwood », est confiée au détective de l’occulte Flaxman Low, figure singulière des « Real Ghost Stones » publiées en 1898 dans un magazine londonien.

« L’Enfant sauvage de Whitechapel » oblige Sir John à faire intervenir plusieurs détectives, plus complémentaires que concurrents : d’abord Sherlock Holmes et son élève Harry Taxon, ensuite l’énigmatique Dr M.L.W. qui servit de modèle au John Silence de Blackwood.

Il nous faut aussi signaler que Carnacki, l’illustre « ghost finder », se réserve le mot de la fin dans cette hallucinante aventure.

La dernière affaire au titre joliment inquiétant, « Rampements de spectres et frôlements d’âmes », voit, quant à elle, le retour de Lord Syfret.

Critique : 
— Vous aimez les détectives des Ténèbres en charge d’affaires relevant de l’étrange et du surnaturel ?
— OUIIIIII !! Du surnaturel, du surnaturel !!
— Assurément, ma p’tite dame, ce recueil de nouvelles vous séduira car il vous propose quatre enquêtes fantastiques tirées des archives secrètes de Sir John Fox, Grand Assistant Commissioner de Scotland Yard.
— On croisera la route de Sherlock Holmes et des vampires ?
— Of course ! Vous aurez tout ça puisque les éditions Terre de brume sont spécialisées dans la littérature fantastique.

Vous emballez pas, les gars et les filles, car ceci est une chronique qui ne vous fera pas débourser un euro !

Je me suis ennuyée, mais ennuyée à le lire… Vous pouvez pas imaginer. Moi qui voulait du fantastique qui m’emporte, je suis restée sagement assise dans mon canapé, des soupirs d’ennui au bords des lèvres.

Certes, Sherlock Holmes est bien présent, en effet, mais pas assez à mon goût et, une fois de plus, il est affublé de sa deerstalker et de son macfarlane et son assistant se trouve être Harry Taxon, qui le nomme « maître » et dont je n’ai jamais apprécié la présence.

Pour que vous vous couchiez moins bête au soir, sachez que le Harry Taxon sera le futur Harry Dickson créé par Jean Ray.

Les nouvelles sont lentes à démarrer, pas passionnantes pour deux sous, j’avais les yeux qui se fermaient ou l’esprit qui vagabondait ailleurs.

Même la nouvelle intitulée « L’enfant sauvage de Whitechapel » et mettant en scène Sherlock Holmes ne m’a pas passionnée, alors qu’elle avait tout pour, puisqu’elle débutait dans l’East End de mon cher Jack l’éventreur (oui, je devrais consulter)…

Elle eut beau se terminer au cœur d’un monastère fortifié dans les confins de l’Himalaya, dans le refuge de la lamaserie des morts-vivants, j’ai soupiré d’ennui et j’ai sauté des paragraphes.

Moi qui voulait passer un peu de bon temps avec ce recueil de nouvelles dédié aux amateurs de littérature gothique et peuplé de créatures démoniaques et vampiresques loin de la nouvelle mode qui veut que ces abominations soient sensuelles, sentent bon le savon et ne suce pas le sang des humains…

Sûr que les suceurs de sang présents dans ses pages étaient horribles et tenaient plus des habitants des caves sombres et humides que de ceux des belles villas… Nous étions loin de Twoilet et plus dans la véritable légende.

Et en effet, les spectres étaient bien les entités démoniaques des châteaux et manoirs austères, paumés dans les landes battues par les vents…

Mais bon sang, qu’est-ce que je me suis embêtée durant ma lecture !!

Je dois avoir une malédiction qui pèse sur mes épaules en ce mois de juin 2017 ! Pas possible autrement… Juste au moment où je me mets – enfin – à lire mes romans victoriens ou holmésiens, bardaf, que des déceptions ou des « je suis passée à côté du livre ».

Challenge« Thrillers et polars » de Sharon (2016-2017), le Challenge « Polar Historique » de Sharon, le Challenge « Sherlock Holmes » de Lavinia sur Livraddict et le Challenge « XIXème siècle » chez Netherfield Park et Le Mois Anglais (Juin 2017 – Saison 6) chez Lou et Cryssilda.