Impact : Olivier Norek

Titre : Impact

Auteur : Olivier Norek
Édition : Michel Lafon (22/10/2020)

Résumé :
Face au mal qui se propage et qui a tué sa fille

Pour les millions de victimes passées et les millions de victimes à venir

Virgil Solal entre en guerre, seul, contre des géants.

Critique :
Impact, le dernier roman de Norek, fait l’effet d’un missile reçu sur la gueule…

Problème c’est qu’en recevoir un sur la tronche m’aurait empêché de lire, je vais donc le comparer à une douche glacée (2.000 litres) reçue sur soi un jour de grand froid. Ça te glace jusqu’au tréfonds des os.

Après, une fois que tu es bien trempée, on te mettra les doigts dans une prise de courant, histoire de te coller un électrochoc. Lire Norek, ce n’est jamais synonyme de lecture douce mais toujours de lectures violentes, justes, dures, noires, sombres, réalistes… La vérité noir sur blanc.

J’attends impatiemment le jour où l’auteur écrira un roman minouche, style Père Castor racontant une histoire gentille aux Bisounours.

Et j’apprécierais aussi qu’il arrête de s’en prendre aux chats ! Là, dans un des chapitres, le chat est aux prises avec un autre animal qui « l’accoste » (jeu de mot uniquement compréhensibles pour ceux qui ont lu le roman).

Comment arriver à vous donner de l’empathie pour un assassin ? C’est chose faite ! Je ne devrais pas, mais tant pis ! Virgil Solal a tout de même moins de sang sur les mains que certains grands patrons d’entreprises qui tuent avec notre consentement tacite puisque nous regardons ailleurs ou pire, nous nous en foutons royalement tant que nous avons du carburant à la pompe, de l’eau au robinet, des batteries lithium qui tiennent le coup, de la bouffe plein les supermarchés et nos armoires.

Non, je ne vais pas me faire plus catholique que le pape ou plus vierge que Marie elle-même… J’ai beau essayer de faire attention, je pollue comme tout le monde.

Le dernier roman de Norek est engagé, une fois de plus et cette fois-ci, il dénonce les grandes entreprises pollueuses, tueuses qui ne veulent pas changer leur fusil d’épaule avant 50 ans et tant pis si on va droit dans le mur (on y est déjà).

Moi même j’ai parfois l’impression d’être devant les écuries d’Augias à nettoyer : le truc est tellement énorme que l’on ne sait pas trop par quoi commencer et à la fin, on se décourage et on va s’asseoir, refilant le boulot à un (des) autre(s).

L’auteur tire à boulets rouges sur les pollueurs et les chiffres font froid dans le dos. Hélas, l’auteur leur fait un procès à charge et nulle part ne cite une décharge. Les industriels et grands patrons ne sont pas des anges et n’ont que le profit à la bouche, je le sais. Si l’un d’entre eux veut changer, il ira changer tout seul ailleurs.

Bon sang, ça doit quand même exister des industries à taille humaine qui font en sorte que leur empreinte soit la plus petite possible, non ? Qui essaient au moins ? Ils sont en voie de disparition eux aussi ?

Sans oublier d’autres coupables qu’il faudrait citer à comparaître : les cons-sommateurs.

Nous avons créé la Bête, nous avions des demandes qui ont été exaucées, on nous a créé des besoins inutiles, nous n’avons pas dit non, nous avons con-sommé et nous nous sommes doucement déconnecté de la Nature et de la réalité qui veut que le steak ne pousse pas sur les arbres. Nous voulons tout pas cher, tout de suite, en toute saison et éthique, si possible, ce qui est impossible.

Anybref, je ne me ferai pas l’avocate du diable mais un peu moins de dichotomie aurait rendu le récit moins à charge et équilibré les torts tout en lui donnant un meilleur équilibre.

Une chose est sûre, c’est que les personnages sont directement adoptés, même si j’aurais aimé en apprendre un peu plus sur eux, ce qui est impossible en 322 pages. Par contre, si on veut qu’un récit percute fort, faut le faire au plus court.

La partie plaidoirie m’a énormément plu, mais j’ai toujours eu un faible pour les prétoires et les grands avocats qui savent défendre l’indéfendable en mettant le nez de tout le monde dans leur propre merde. Parfois, le coupable n’est pas que celui qui se trouve dans le box des accusés.

L’écriture de Norek fait toujours mouche, elle est comme une balle qui te traverse de part en part, ses dires sont étayés par des articles cités dans les références et son roman donne à réfléchir (en plus de donner des sueurs froides).

A-t-on maintenant les cojones de changer, ça, c’est une autre histoire ! Je n’y crois pas, l’Homme restera sur sa ligne de conduite jusqu’au boutisme. Quelques uns le feront, l’ont déjà fait, mais ça reste trop peu, hélas.

Un roman de la puissance d’un missile pris sur le coin de la tronche, une douche glacée en plein hiver, un électrochoc puissant, le tout porté par des personnages sympathiques, réalistes, et un assassin qu’on a du mal à détester, même s’il a tué.

Un thriller écologique qui fait réfléchir, qui donne des sueurs froides car on touché l’iceberg et il n’y a pas de canots de sauvetage pour tout le monde… Juste pour les passagers de la première classe, celle des trèèèès riches. ♫ Comme d’habitude ♪

Et nous ? On coulera (ou on crèvera de soif, de faim, de fatigue,…).

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°119].

Le sang ne suffit pas : Alex Taylor

Titre : Le sang ne suffit pas

Auteur : Alex Taylor
Édition : Gallmeister Americana (28/05/2020)
Édition Originale : Blood speeds the traveler
Traduction : Anatole Pons-Reumaux

Résumé :
1748. Dans les montagnes enneigées de l’Ouest de la Virginie, un voyageur affamé arrive près d’une cabane isolée. Reathel erre depuis des mois, flanqué d’un dogue féroce.

Mais l’entrée lui est refusée par un colon hostile qu’il n’hésite pas à tuer. Il découvre alors à l’intérieur une jeune femme, Della, sur le point d’accoucher. L’enfant naît dans cette solitude glaciale.

Pourtant, le froid, la faim et l’ourse qui rôde dans les parages ne sont pas les seuls dangers pour la mère et le nouveau-né.

Car ce dernier a été promis à la tribu Shawnee : c’est le prix à payer pour que Blacktooth, leur chef, laisse les Blancs du village environnant en paix.

Alors que les Shawnees se font de plus en plus impatients, le village envoie deux frères à la poursuite de Della, désormais prête à tout pour sauver son bébé.

Critique :
Mais pourquoi est-ce que je lis des romans qui se déroulent dans le froid quand dehors il fait gris, sombre et humide au lieu de les garder pour un jour de canicule ?

Sans doute parce que le sensations ne seront pas les mêmes et que le roman perdra une partie de sa force évocatrice.

Il y a des romans qui commencent leur récit pépère, de manière pantouflarde, sorte de vieux diesel essoufflé qui nous laisse le temps de prendre la température du roman et de prendre nos aises… Avec le dernier de Alex Taylor, on saute directement à poil dans la neige !

Enfin, c’est la sensation que j’ai eue car l’auteur ne chipote pas et te dépose directement au cœur du problème et donc, des emmerdes.

Des emmerdes de l’ordre de celles qui volent en escadrille très très « groupir » ! Tu pensais être tiré d’affaire des emmerdes que d’autres arrivent par paquet de 10 avec les poches d’hémoglobine pour bien saloper la neige blanche qui n’est pas immaculée (par surprise).

Ceci n’est pas un roman feel good, pour ceux ou celles qui en douteraient encore malgré le résumé. Nous sommes en 1748, dans les Cumberland Mountains, en Virginie, à l’Ouest, et la vie des premiers colons n’est pas de tout repos.

On crève de faim, de froid, de maladie, dans un accouchement et la proximité des Shawnee rajoute une couche au stress ambiant puisque, tous les ans, il faut leur donner un nouveau-né… Si vous ne le faites pas, ils n’iront pas se plaindre au syndicat du coin mais vous extermineront purement et simplement. Bref, de quoi se faire des ulcères à l’estomac dès le réveil.

Ce roman noir est violent, extrêmement violent et certaines scènes m’ont soulevées le coeur (vu ce que certains mangent, évitez de grignoter durant votre lecture), révulsées mais sans que jamais cela ne soit surjoué ou surfait. On était dans le réalisme le plus total, même si c’est glauque. Rappelons que nous sommes en 1748, dans le trou du cul du trou du cul de l’anus de la Virginie !

L’auteur joue avec les émotions des lecteurs, leur oppose le froid glacial avec des entrailles fumantes, la mort avec la vie et niveau descriptions, il fait fort car j’avais envie de me tapir sous un plaid bien chaud (ce que j’ai fait ensuite, il n’y avait pas de raison de s’en priver).

Ce qu’il aura manqué au récit, ce n’est pas de l’action, ce n’est pas non plus de la tension, mais c’était de l’empathie avec certains personnages : je ne me suis attachée à personne de particulier, ce qui m’a fait passer un peu à côté du roman (une fois de plus, oui, la malédiction recommence). Un chouia, guère plus.

Malgré ce manque d’empathie avec les personnages, j’ai aimé le voyage éprouvant que ce roman m’a fait vivre, j’ai aimé les différents points de vue, d’observer les vies difficiles des colons, la folie du chef Shawnee, Black Tooth, et le final grandiose que l’auteur nous offre.

Amateurs de Bisounours ou de café au lait bourré de sucre, passez votre chemin car ce roman est à réserver pour les amateurs de café noir ultra serré.

Le récit est sombre, violent, les dialogues percutants comme des carabines et certaines choses vous mettrons le cœur au bord des lèvres. Heureusement que je ne mange pas quand je lis des romans noirs.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°112] et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°33].

Marshal Bass – Tome 2 – Meurtres en famille : Darko Macan & Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 2 – Meurtres en famille

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey

Édition : Delcourt Néopolis (04/10/2017)

Résumé :
Pour sa deuxième enquête, notre héros est confronté à une famille pratiquant le meurtre… en famille ! Bébés momifiés, course à pied dans des étendues arides et moult coups de feu dans cette aventure haute en couleur !

La vie dans le western était impitoyable pour beaucoup, à tel point que le meurtre y était considéré comme un business comme un autre.

Sur la piste d’un tueur en série, Marshal Bass y est alors confronté et se met en tête qu’il faut éradiquer le crime.

Cependant ce qui aurait dû être un cas plutôt simple va très mal tourner. Car quoi de pire que de tomber amoureux de la fille des assassins…

Critique :
Quoi de plus merveilleux que le travail en famille ? Papa, maman et les deux enfants, garçon et fille, travaillent de concert et de conserve.

La vie est bourrée d’ironie et comme elle a envie de se marrer de temps en temps, elle place un tueur en série sur le chemin de notre sympathique famille qui se coupe en quatre pour… assassiner des gens et les détrousser !

Si vous aimez La Petite Maison Dans La Prairie, passez votre chemin, c’est L’Auberge Rouge version far-west.

Une fois de plus, nous sommes plongés dans un western qui ne fait pas dans la dentelle car il explore la noirceur des Hommes (et des Femmes). Et pas que celle des assassins détrousseurs.

Même notre Marshal River Bass monte en puissance dans ce tome puisqu’il retire sa veste de bon père de famille qui a accepté ce boulot de marshal pour nourrir ses gosses…

Ah, notre personnage principal n’est pas aussi bon qu’on a essayé de nous faire croire, et c’est tant mieux. De plus, Bass aussi envie de se taper la jeune fille qu’il pourchasse pour meurtres, qui elle-même était désirée par son frère… Ça devient cochon, là !

Mais bon, les chats ne font pas des chiens et là, seuls ceux qui ont lu l’album comprendront mon insinuation. On patauge dans le glauque. Yes !

Je ne suis toujours pas fan des dessins des visages, mais les décors sont magnifiques, grandeurs nature, plein de couleurs et comme dans le premier tome, la double page vaut le coup d’œil poussé afin de remarquer tous les petits détails.

Le scénario est grinçant, ironique, noir, violent et le croque-mort va avoir du boulot. J’espère qu’il fait des prix de groupe…

Pour les enfants, privilégiez les aventures de Lucky Luke et pour les adultes à qui on ne la fait plus, présentez-leur les deux premiers tomes du Marshal River Bass. C’est violent, en effet, mais moins que le premier tome de la série Bouncer (Jodorowsky).

Heureusement qu’il y a un peu d’humour, ce qui fait diminuer la tension artérielle après quelques scènes macabres et violentes.

Les albums du Marshal River Bass ont du punch, de bons scénarios, de la violence, des flingues, des morts violentes, des lynchages, bref, ce qui fait que l’Ouest est l’Ouest et pas un monde de Bisounours.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°64] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Marshal Bass – Tome 1 – Black & White : Darko Macan & Igor Kordey

Titre : Marshal Bass – Tome 1 – Black & White

Scénariste : Darko Macan
Dessinateur : Igor Kordey
Coloriste : Desko

Édition : Delcourt Néopolis (07/06/2017)

Résumé :
Arizona, 1875. Un gang d’esclaves affranchis, dirigé par un mystérieux Milord, terrorise tout un état.

River Bass, premier afro-américain de l’US Marshal Service, est le seul à pouvoir l’infiltrer. Il a accepté l’étoile pour le respect et l’égalité, mais il ne sera confronté qu’à la cruauté du monde.

Bass sera démasqué par le gang infiltré et son combat pour la justice s’arrête là. Commence alors celui pour sa vie…

Critique :
Le western est revenu à la mode, tant mieux pour ceux et celles qui adorent ça, dont moi…

Depuis sa sortie, je lorgnais sur cette nouvelle série et puis, je suis passée à autre chose parce que je ne peux pas tout acheter en neuf. Là, ayant pu les acheter en seconde main et je ne me suis pas privée.

Le pitch est pour le moins original puisqu’il met en scène un U.S Marshall Noir, à une époque où les Noirs n’avaient aucun droits et étaient toujours susceptibles de se faire pendre à toute branche d’arbre.

Sa mission, s’il l’accepte ? Infiltrer un gang de Noirs qui braquent les banques et tuent.

Quand on met en scène un tel personnage, il faut tout de même lui donner un peu d’épaisseur et faire en sorte que le lecteur en sache un peu plus sur ce nouveau personnage.

Là, on ne peut pas dire que les auteurs nous ait donné du grain à moudre et on termine l’album en sachant peu de choses sur River Bass, sinon qu’il est marié, a une sacrée marmaille et aime faire l’amour à sa femme. Ah oui, j’oubliais, il tire vite et bien aussi.

À mon humble avis (même si on ne me demande pas), cette histoire aurait mérité de s’étaler sur deux albums afin de lui donner plus de corps, plus de profondeur et ne pas se retrouver avec un récit qui se termine en bain de sang et de manière un peu trop simple, trop facile.

Il aurait été intéressant de suivre plus longtemps Bass dans sa mission d’infiltration afin de savoir si le chef de gang avaient d’autres motivations que celle de se faire plein de fric (il aurait pu vouloir déstabiliser une ville, un réseau de banques, le pays,…).

Les dessins sont spéciaux, j’ai eu un peu de mal au départ et ensuite, je m’y suis faite. Certaines couleurs sont très belles pour les yeux et la double planche du braquage est très réaliste et bourré de détails entre le gang qui s’enfui et les braves gens qui s’interposent pour les stopper.

Quant aux dialogues, ils ne sont pas dépourvus d’humour et d’un brin de cynisme.

Un western violent, sanglant, rempli de cadavres qui n’est pas pour les amateurs de western version Petite Maison Dans La Prairie. Si vous cherchez de la tendresse et des bonnes actions, va falloir changer de saloon.

J’aurais aimé plus de profondeurs, moins de manichéisme, plus de détails sur le passé de Bass mais comme j’ai apprécié ma lecture, je vais continuer la série. Qui sait, j’en saurais peut-être plus sur le Marshall dans les tomes suivants.

Une bande dessinée inspirée d’une histoire vraie.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°61] et le Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc.

Butcher’s crossing : John Edward Williams

Titre : Butcher’s crossing

Auteur : John Edward Williams
Édition : PIranha (2016) / 10/18 Littérature étrangère (2018)
Édition Originale : Butcher’s Crossing (1960)
Traduction : Jessica Shapiro

Résumé :
Dans les années 1870, persuadé que seul un rapprochement avec la nature peut donner un sens à sa vie, le jeune Will décide de quitter le confort d’Harvard pour tenter la grande aventure dans l’Ouest sauvage.

Parvenu à Butcher’s Crossing, une bourgade du Kansas, il se lie d’amitié avec un chasseur qui lui confie son secret : il est le seul à savoir où se trouve un des derniers troupeaux de bisons, caché dans une vallée inexplorée des montagnes du Colorado.

Will accepte de participer à l’expédition, convaincu de toucher au but de sa quête.

Le lent voyage, semé d’embûches, est éprouvant et périlleux mais la vallée ressemble effectivement à un paradis plein de promesses.

Jusqu’à ce que les quatre hommes se retrouvent piégés par l’hiver…

« Butcher’s Crossing démonte le mythe du Grand Ouest américain avec une histoire de survie qui tourne à l’horreur. Un lyrisme superbe et tout en retenue. La prose simple et élégante de Williams est enfin reconnue à sa juste valeur ».
Bret Easton Ellis.

Critique :
Voilà un western qui en est un sans vraiment en être un car tous les codes sont absents et ce n’est pas le saloon, les poivrots et la prostituée que l’on croise au début du roman qui feront l’atmosphère western du roman.

Même les Amérindiens sont absents ! Pas d’attaques, pas besoin de faire le cercle, pas de vengeance pour la tuerie des bisons.

Non, juste Will Andrews; un jeune homme frais émoulu de Harvard qui veut découvrir l’Ouest sauvage en participant à une chasse aux bisons.

Miller, le chasseur, connait justement un coin secret où ces grands herbivores pullulent, un coin connu de lui seul qu’il n’a jamais su exploiter parce que le nerf de la guerre c’est l’argent. Là, il a un bleu-bite qui a du fric et qui veut vivre à la dure.

Si en plus Miller lui promet une chasse de dingue, avec des milliers de peaux à vendre et du pognon à se faire, notre gamin est encore plus tenté et deux autres hommes se joindront à eux, Charley Hodge le conducteur de char à bœufs et Schneider, l’écorcheur.

Le baptême sera violent car notre jeune homme verra un fier bison mâle passer de la noblesse de sa masse en marche à une carcasse vide de vie. Hé oui, on croit que…

On souhaite voir la vie sauvage, mais quand tu la prends dans la gueule, la vie sauvage, dans le sang, les viscères et ensuite la puanteur, tu rigoles moins, petit homme des villes. La réalité est dure et cruelle. L’apprentissage se fera dans la douleur.

On ne lit pas Butcher’s crossing pour avoir de l’action, oubliez les courses-poursuites, d’ailleurs, le char à boeufs ne se prête pas à la chose et le relief non plus.

On ne lit pas non plus ce roman pour s’extasier sur les paysages et la nature, ici, elle est indomptée, le relief est montagneux, encaissé, le soleil tape dur et si tu traînes trop et que tu te prends l’hiver dans la gueule, tu vas geler sur place.

Et nos quatre hommes vont devoir rester des mois, coincé là-haut, à attendre que le printemps revienne et que la neige fonde… Survivalistes, ils vont devoir l’être.

Entre un jeune homme qui a fantasmé cette chasse au bison, cet Ouest sauvage, cette nature libre de tout et un chasseur qui ne rêve que de flinguer, jusqu’à plus soif, des milliers de têtes de bisons, ça ne pouvait que mal tourner.

La gabegie de ce massacre est superbement retranscrite, on voit les carcasses pourrissantes sous le soleil, juste dépouillées de leur pelisses, la scène du film « Danse avec les loups » est gravée dans la mémoire et ça fait mal au bide un tel gaspillage.

L’écriture est belle, lente, descriptive et évocatrice. Vous aurez chaud, soif, faim et froid avec les personnages. Le confinement fut long et dur ? Imaginez un de plusieurs mois, enfermé dans une cabane en peaux de bisons, avec le froid qui s’infiltre et les mêmes vêtements à garder sur le dos…

Vanité, tout n’est que vanité… À force de vouloir gagner un max de fric, d’être celui qui a le plus abattu de bisons, Miller oublie une chose importante : une leçon sur la loi du marché que l’on a apprise avec Caius Saugrenus, dans « Obélix et compagnie »… Une loi basée sur l’offre et la demande. Bardaf, c’est l’embardée.

Un roman d’aventure qui va au rythme du pas des boeufs, un western qui n’en possède que peu de codes, un nature writing beau et violent, qui se déroule au milieu des grands espaces, une réflexion sur la vanité des Hommes et la vacuité de certaines choses, comme ces chasses aux bisons juste pour leurs peaux alors que dans le bison, tout est bon.

L’Homme Blanc aime gaspiller ce qu’il pense avoir en quantité, mais à tant va la cruche à l’eau qu’à la fin le puits est vide (oui, j’invente des expressions).

À méditer…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°56], Mois Américain – Septembre 2020 chez Titine et sur Fesse Bouc. et Le Challenge Animaux du monde 2020 chez Sharon [Lecture N°29]

Fais-moi danser beau gosse : Tim Gautreaux

Titre : Fais-moi danser beau gosse

Auteur : Tim Gautreaux
Édition : Seuil (17/03/2016) / Points (02/03/2017)
Édition Originale : The Next Step in the Dance (1998)
Traduction : Marc Amfreville

Résumé :
Paul, dit Beau Gosse, aime la bagarre et danser le jitterbug ? trop souvent avec d’autres femmes que la sienne, Colette, la plus jolie fille de Tiger Island ; la plus maligne, aussi.

Lasse des frasques de son mari autant que de son job de caissière à la banque, Colette part tenter sa chance en Californie.

Jaloux, Paul la suit. Ils reviendront vite fait, ayant découvert là-bas, elle, le harcèlement sexuel, lui, les pratiques malhonnêtes de la côte Ouest.

À leur retour au pays, la crise pétrolière se résume à deux mots : chômage généralisé. Tandis que Paul tente de reconquérir sa belle, celle-ci retrousse ses manches et se lance dans diverses aventures pour assurer la survie de sa famille : chasse au ragondin et pêche à la crevette en haute mer.

Critique :
Comme d’autres auteurs américains, Tim Gautreaux est un conteur, il prend son temps, dresse ses personnages, ses décors, ses ambiances, son atmosphère qui est celle des bayous puisque nous sommes en Louisiane chez les cajuns.

Comparé aux deux autres romans que j’ai lu de lui, celui-ci avait moins de force, moins de puissance mais il n’en reste pas moins que c’est un grand roman américain.

Colette et Pau, dit Beau gosse, sont mariés mais Colette n’en peut plus des défauts de son homme qui aime la mécanique, danser, ainsi que se bagarrer.

Oui, elle nous fait un gros caprice, la Colette, quand elle le houspille, lui cherche des poux et fini par le quitter pour partir en Californie, à la recherche d’une autre vie et d’autres gens. Envie de quitter Tiger Island, son bled rempli de cajuns un peu red-neck, bouseux, où tout le monde sait tout sur tout le monde, envie de sortir de ce carcan.

Pourtant, malgré son côté gamine capricieuse qui ne remarque pas qu’elle a une perle pour mari, jamais on n’est exaspéré par le personnage et c’est pareil pour Paul à qui on ne peut pas reprocher grand-chose, même si on comprend que la Colette, elle en a marre de lui et de toute la Louisiane.

Au travers de son couple attachant, l’auteur nous transporte dans la moiteur de la Louisiane, nous invitant à la table de ses habitants, nous montrant leur société, leurs codes, leurs côtés bouseux au grand-coeur.

Mais c’est aussi un certain portrait de l’Amérique qu’il dresse en nous les faisant émigrer en Californie où tout n’est pas aussi chouette que l’on pourrait le penser, notamment avec le harcèlement sexuel (main au cul) où la coupable est la femme et d’un autre côté, avec les magouilles de certains pour vous faire changer de chaudière.

Ce que Colette n’a pas vu tout de suite, c’est qu’en Californie, tout est basé sur le fric, sur le tape-à-l’oeil, sur l’égoïsme, où tout est superficiel alors qu’en Louisiane, c’est l’entraide, la solidarité, les liens humains et surtout familiaux où personne ne vous laisse en plan quand vous avez besoin d’un coup de main.

La Louisiane est bien mise en valeur avec sa culture, sa cuisine, son langage et le fait que tout le monde ne vit que grâce aux sociétés pétrolières…

Oui, mais quand les sociétés de l’or noir foutent le camp, c’est tout une région qui crève sous le chômage et Colette aura l’impression d’être partie dix ans tant quand elle revient sa ville natale a changée, les magasins, les bars ayant tous fermés l’un après l’autre.

Ce roman noir, c’est un aller-simple pour la Louisiane, sa faune, sa flore, son climat et le diable que l’on tire par la queue, les vieux qui n’ont plus de pension, les crédits dans tous les magasins, la misère, le médecin ou l’hôpital qu’on ne sait pas payer…

Si la première moitié du roman donne l’impression d’assister à la débâcle d’un couple, il ne faut pas croire que la seconde moitié sera la reconquête du couple… Non, là, il est question de survie et de faire n’importe quoi pour bouffer au soir, quitte à aller tuer des ragondins pour toucher la prime.

Malgré quelques longueurs, le récit est prenant, amusant (au départ) avant de virer au drame de ceux qui ont tout perdu et sont prêt à tout pour bosser, quitte à prendre des risques.

Un roman noir tout en nuance, autant dans son récit que dans ses personnages qui vont évoluer, grandir, devenir adulte et comprendre enfin qu’on n’est jamais aussi bien que chez soi car ce qu’on voyait comme un carcan étant aussi un cocon.

Un roman noir qui parle d’amour, de société, de crise économique, de misère, de chômage, de fraternité, d’entraide. Un roman d’aventure qui peut avoir des airs de western, le tout prenant vie sous la belle plume de Tim Gautreaux.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°41] et Le Mois Américain – Septembre 2020 – Chez Titine et sur Fesse Bouc.

Les archives de Roshar – Tome 1 – La voie des rois (partie 1) : Brandon Sanderson

Titre : Les archives de Roshar – Tome 1 – La voie des rois (partie 1)

Auteur : Brandon Sanderson
Édition : Le Livre de Poche (2017)
Édition Originale : The Stormlight Archive, book 1: The Way of Kings, part 1 (2010)
Traduction : Mélanie Fazi

Résumé :
Sur les traces des grands maîtres. Roshar, monde de pierres et d’orages. D’étranges tempêtes de pouvoirs balaient les terres accidentées tellement souvent, qu’elles ont influencé l’écologie et la civilisation.

Les animaux se cachent dans des coquillages, les arbres rentrent leurs branches et l’herbe se rétracte dans le sol. Les cités sont construites uniquement où la topographie offre une protection.

Des siècles ont passé depuis la chute des dix ordres consacrés connus sous le nom de Chevaliers Radieux, mais leurs avatars, des épées et des armures mystiques qui transforment des hommes ordinaires en guerriers quasi invincibles, sont toujours là.

Des royaumes sont échangés contre ces objets, des guerres sont menées en leur nom et gagnées grâce à eux. Une de ces guerres se déroule sur le paysage dévasté qu’on appelle les Plaines Brisées.

Là, Kaladin, qui a abandonné ses études de médecine contre une arme pour protéger son petit frère, a été réduit en esclavage.

Dans une guerre insensée, où dix armées combattent séparément contre un unique ennemi, il lutte pour sauver ses hommes et pour apaiser les chefs qui les considèrent comme quantité négligeable.

Le Clarissime Dalinar Kholin commande une de ces armées et, comme son frère feu le roi, il est fasciné par un texte ancien appelé La Voie des Rois. Hanté par des visions des temps anciens et par les Chevaliers Radieux, il commence à douter de sa santé mentale.

De l’autre côté de l’océan, une jeune femme appelée Shallan cherche à devenir apprentie de l’éminente et hérétique Jasnah Kholin, la nièce de Dalinar.

Bien qu’elle aime apprendre, ses motivations ne sont pas pures, et alors qu’elle planifie un vol audacieux, elle commence à découvrir certains secrets des Chevaliers Radieux, et des informations sur la vraie raison de la guerre.

Critique :
Les critiques allaient toutes dans le même sens : ce roman de fantasy est génial. Moi, je tenais le tuyau de ma Fée préférée qui l’avait adoré.

990 pages, quand on rame au départ et qu’on patine à certains chapitres, ça fait long, je vous le dis.

Pourtant, il y a du bon dans ce roman car l’univers est riche et détaillé, parfois un peu trop détaillé dans les vêtements et pas assez pour d’autres choses importantes, comme les différents peuples de ces terres.

Les animaux qui peuplent le monde dévasté qu’est Roshar sont multiples, même si je me demande toujours ce que leurs montures broutent, vu qu’il n’y a que peu de végétation.

Pour les êtres fantastiques, c’est bien imaginé aussi dans le concept des Sprènes. L’auteur a vraiment créé un autre monde qui ne ressemble en rien au nôtre, puisque habité de magie.

Le côté roman choral est intelligent, cela permet au lecteur de suivre plusieurs personnages, aux antipodes l’un de l’autre : Kaladin, le jeune guerrier devenu esclave ; Shallan, jeune fille qui est envoyée chez la clarissime Jasnah dans le but de sauver sa famille ; Dalinar, un général, frère du roi assassiné ; et Szeth, un ancien assassin bien énigmatique.

Si certains récits sont fluides et se dévorent (notamment ceux consacrés à Kaladin), d’autres sont très lourd, en particulier ceux consacrés à Shallan. Là, j’ai fait du sur-place tant je n’avançais pas.

Malgré tout, à un moment donné, ça s’est débloqué et j’ai senti que j’avançais dans le récit, trouvant même dans l’histoire des similitudes avec notre Histoire à nous.

Si j’ai eu du mal avec ce premier tome, si j’ai patiné dans cet univers à cause de l’écriture un peu trop descriptive de l’auteur et qui rendait le texte lourd car pas nécessaire, je compte tout de même me pencher sur le deuxième tome car l’auteur a su développer un univers riche et détaillé et que je voudrais bien savoir ce qu’il va arriver aux différents personnages.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°XX] et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (de 17 mars au 10 mai) et saison 2 (du 20 juin au 22 septembre) chez Mez Brizées [Lecture N°08 – 987 pages LP].

Terres fauves : Patrice Gain

Titre : Terres fauves

Auteur : Patrice Gain
Édition : Le mot et le reste (2018) / Livre de Poche Policier (2020)

Résumé :
David McCae, écrivain new-yorkais en mal d’inspiration et citadin convaincu doit quitter Brooklyn pour l’Alaska dans le but de terminer les mémoires du gouverneur Kearny.

Le politicien visant la réélection, il envoie son porte-plume étoffer l’ouvrage d’un chapitre élogieux : le célèbre alpiniste Dick Carlson, ami de longue date, aurait de belles choses à raconter sur leurs aventures. Direction Valdez pour David, vers le froid, les paysages sauvages et un territoire qui l’est tout autant.

Plus adepte du lever de coude que de l’amabilité, l’alpiniste n’en est pas moins disert et David en apprend beaucoup. Trop.

Devenu gênant, la violence des hommes, et celle d’une nature qui a préservé tous ses droits, va s’abattre sur lui et l’obligera à combattre ses démons pour survivre.

Critique :
Aux premiers abords, David McCae, écrivain new-yorkais, ne donne pas envie d’aller boire un verre en sa compagnie.

Il est sans saveur, n’aime que la ville, rechigne à aller en Alaska (on ne peut pas lui en vouloir pour ça).

David est un personnage sans relief, plat, édulcoré. C’est ballot parce que ça donne envie de déposer le livre et d’aller voir ailleurs.

Comme son roman « Denali » (lu il y a 1 an pile-poil) m’avait emporté, j’ai persévéré, sans savoir où le roman allait n’emmener puisque je n’avais pas été relire le résumé.

Heureux les lecteurs/trices persévérant(e)s, ils/elles seront récompensés !

Alors que David continuait de me courir sur le haricot, j’ai commencé à m’intéresser au récit et quand il a basculé totalement, il m’était impossible d’en ressortir et je suis allée jusqu’au bout d’une seule traite.

Quant une interview vire au cauchemar et se transforme en récit de survie, ça vous change un homme et le David va en sortir transfiguré. Mais seul, horriblement seul contre tout le reste puisque personne ne le croit.

Il lui faudra encore quelques embrouilles pour sortir vraiment de sa coquille et comprendre ses erreurs et puis tenter de les réparer.

Ce roman, c’est la renaissance d’un homme après un séjour sur une terre sauvage, brutale, froide, hostile où la Nature est toute puissante et les ours aussi. Pourtant, même en rogne, un ours sera toujours moins démoniaque qu’un humain quand ce dernier a décidé que vous le gêniez et que vous deviez avoir une bonne leçon.

L’inconvénient c’est que la transformation de David le-sans-saveur en David attaquant-le-Goliath-machiavélique va un peu trop vite et que cela pose la question de la vraisemblance. Dans la vie réelle, on ne galérerait bien plus longtemps et nous n’aurions pas fini de ramer. David devait avoir la baraka collée à ses basques.

Au moins, je ne pourrai pas me plaindre que le récit était trop long et qu’on a fait durer le plaisir juste pour avoir des pages de plus.

Le juste milieu qui satisfait les lecteurs n’est pas facile à atteindre et si je me permets de juger, je ne sais pas ce que je ferais, moi, à la place de l’auteur, pour rester dans le réalisme. Sans doute pire…

Un roman policier qui commence platement, avec un personnage sans saveur et qui explose à un moment donné en un roman de survie, d’aventure, de nature writing, en quête de la vérité, en forme de rédemption tout en essayant de reprendre le contrôle de sa vie qui est en train de changer de manière irrémédiable.

Malgré mon bémol sur la vraisemblance du récit et sa rapidité, c’était un bon moment de lecture, même si ce roman n’arrive pas à la cheville de « Denali » au niveau de l’intensité des émotions et de la narration.

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°26].

Le Fléau – Tome 2/2 : Stephen King

Titre : Le fléau – Tome 2/2

Auteur : Stephen King
Édition : Le Livre de Poche (2003)
Édition Originale : The stand (1978)
Traduction : Jean-Pierre Quijano

Résumé :
Il a suffi que l’ordinateur d’un laboratoire ultra-secret de l’armée américaine fasse une erreur d’une nanoseconde pour que la chaîne de la mort se mette en marche.

Le Fléau, inexorablement, se répand sur l’Amérique et, de New York à Los Angeles, transforme un bel été en cauchemar. Avec un taux de contamination de 99,4 %.

Dans ce monde d’apocalypse émerge alors une poignée de survivants hallucinés. Ils ne se connaissent pas, pourtant chacun veut rejoindre celle que, dans leurs rêves, ils appellent Mère Abigaël : une vieille Noire de cent huit ans dont dépend leur salut commun.

Mais ils savent aussi que sur cette terre dévastée rôde l’Homme sans visage, l’Homme Noir aux étranges pouvoirs, Randall Flagg. L’incarnation des fantasmes les plus diaboliques, destinée à régner sur ce monde nouveau.

C’est la fin des Temps, et le dernier combat entre le Bien et le Mal peut commencer.

Critique :
Après avoir lu le premier tome durant le confinement, j’ai eu besoin d’une pause et après 3 mois, j’ai estimé que je pouvais entamer le second tome.

Mes amis les Gentils m’attendaient sagement et ce fut avec grand plaisir que je retrouvai Nick, Stu, Ralph, Frannie, Larry, Glen, Tommy, Joe et Mère Abigaël.

Quant aux Méchants, aux ordres de l’Homme Noir, du Patron, du Promeneur, ils sont à Cibola, ou plutôt à Las Vegas…

Si le premier tome m’avait embarqué et que je n’avais pas vraiment ressenti certaines longueurs (je l’ai lu en version intégrale, sans les coupes de l’éditeur), dans ce second et dernier tome, j’ai eu plus de mal, je n’avançais plus aussi vite, comme si je devais faire la route à pied.

Rome ne s’est pas faite en un jour, je le sais, il faut du temps pour repartir après l’extermination de 90% de la population, mais le périple de La Poubelle était long et monotone. Ce fut le passage le plus chiant, avec les comptes-rendus du comité de Boulder.

Autant ou certains passages sont longs et laborieux, autant le final a été expédié d’un coup de cuillère à pot après un périple, à pied, de plus de 1.200km et de 1.500 pages.

D’accord, je râle lorsque les auteurs font traîner les affrontements finaux pour faire des pages et qu’à la fin, on tourne en rond, mais ici, je m’attendais à un affrontement Bien-Mal d’une manière différente.

Durant des centaines et des centaines de pages, le King nous parle de deux personnages étranges dont les gens rêvent : Mère Abigaël ou l’Homme Noir, représentant le Bien et le Mal et tadaaa boum, en quelques paragraphes, c’est expédié, rayé de la carte.

Je me suis sentie grugée, surtout qu’ensuite, le King prend 90 pages pour un voyage de retour qui dure, qui dure… Ça fait un sacré déséquilibre.

Un affrontement plus travaillé et un retour plus rapide aurait été plus intelligent, même s’il y a de l’ironie et du cynisme dans la manière qu’à le King de résoudre le problème de l’Homme Noir. L’arroseur arrosé par son propre tuyau.

Malgré tout, je suis contente d’avoir ENFIN lu le Fléau car il y a une chose que je ne peux pas reprocher au King, c’est d’avoir fait preuve de manichéisme.

Certes, les Méchants ne sont pas sympas et on aimerait boire un verre avec les Gentils, mais il y a une évolution dans ses personnages car tous ont évolués, appris quelque chose, changé de caractère et même Tommy, à qui il manquait une case, a changé. Dans le camp de l’Homme Noir aussi, des consciences s’éveillent.

À Boulder, en Zone Libre, on essaie de changer, de ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’avant, mais chassez le Naturel, il revient au galop… L’Homme a du mal à perdre ses mauvaises habitudes et ses peurs primales des Autres.

Une fois de plus, le King nous propose un livre dérangeant à bien des égards. La dictature chez l’Homme Noir semble plus simple que la tentative d’ébauche de démocratie en Zone Libre car quand un seul prend des décisions et donne des ordres, c’est plus rapide que de demander l’avis de tout le monde…

Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions et la démocratie de la Zone Libre est peut-être un mirage puisque le comité reprend les personnages principaux du premier tome.

Quand on réfléchit bien (et le King nous donne de quoi réfléchir), il y a du bon et du mauvais dans les deux camps et si la dictature est à proscrire, la démocratie a du plomb dans l’aile quand elle décide d’en envoyer certains au front…

Le Fléau, ce n’est pas qu’un simple roman fantastique pré et post-apo, c’est aussi une tentative de reconstruction, la méfiance des autres, mais aussi du besoin des Hommes de se regrouper puis de se séparer lorsque le groupe devient trop important et qu’on commence à se marcher sur les pieds.

En un mot, Le Fléau, c’est à lire !

Après une telle lecture, je m’en vais lire un Astérix, ça me fera du bien au moral…

PS : Stephen King, aurait-il par hasard une dent sur les belettes ? Parce que dans son roman, il cite mon animal totem au moins 36.000 fois et jamais pour leur jeter des fleurs…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°XX]et le Challenge Pavévasion – Saison 1 (17 mars – 15 avril ?) chez Mez Brizées [Lecture N°07 – 790 pages – Livre de Poche].

 

Orcs & Gobelins – Tome 8 – Renifleur : Olivier Peru et Giovanni Lorusso

Titre : Orcs & Gobelins – Tome 8 – Renifleur

Scénariste : Olivier Peru
Dessinateur : Giovanni Lorusso

Édition : Soleil (23/10/2019)

Résumé :
Le petit Renifleur aurait dû être un de ces gobelins sans histoire, sans destin. Une vermine dont la vie n’a de valeur pour personne.

Pourtant, après le massacre de sa famille, il est recueilli par le fils d’un seigneur. Le garçon veut dresser Renifleur en chien de chasse.

Ne dit-on pas que les gobelins possèdent un sacré flair ? Grandir ensemble fera naître des liens forts entre Renifleur et son maître.

Le gobelin sera-t-il un fidèle compagnon ou le chien le plus méchant du Nodrënn ?

Critique :
Quand on est un Gobelins pisteur, vaut mieux éviter de se choper un rhume qui mettrait à mal les capacités olfactives d’un nez pareil.

Pas de chance pour notre Gobelins, après que son clan ait élu domicile dans des grottes, un seigneur Homme les liquide pire que si c’était des cafards, car les cafards, on ne les torture pas.

Deux jeunes Gobelins deviennent des « animaux » de compagnie des deux fils du seigneur mais seul celui surnommé Renifleur survivra.

Considéré moins bien qu’un chien, il grandit dans une cage et est utilisé pour la chasse au gibier mais aussi à l’assassin.

Les humains se comportent comme des salopards avec le Gobelin, lui rappelant sans cesse qu’il est moins qu’un animal. Seul Nyrrad, son propriétaire, le traite correctement, même s’il ne veut jamais lui rendre sa liberté.

Noir c’est noir… Pas d’espoir, pas de morale, pas de happy end. Quand on rabaisse un être vivant plus bas que terre, faut pas s’étonner si un jour il montre les dents. Mais Renifleur ne les montre pas, ou si peu.

Dans les autres sagas de la série, on tendance à détester les Gobelins mais dans leur série, on leur trouve toujours un petit quelque chose qui fait qu’on les apprécie et Renifleur en fait partie. Il est le dernier de son clan, de sa race, il faut ce qu’on lui demande et ne lui donne même pas un « merci ». Oui, c’est un récit fort sombre.

Olivier Peru est un sadique de la pire espèce, un petit Machiavel et qu’il continue ainsi, car c’est là que ses histoires prennent tout leur goût. Non, je ne me suis pas faite avoir, je l’ai senti venir, mais j’aurais espéré une autre issue pour deux personnages (Nyrrad & Gallens) qui avaient un peu plus d’humanité que les autres.

Parfois, on crée sois-même ce qui nous fera trébucher. Faudrait réfléchir avant de rabaisser les autres car cette personne pourrait se montrer plus cruelle que ceux qui l’ont mise au sol.

Les dessins sont très agréables pour les yeux, heureusement car un bon scénario avec des moches dessins, ça la fout toujours mal.

Un bon album qui parle de noirceur humaine mais pas que…

Challenge Thrillers et Polars de Sharon (du 11 Juillet 2020 au 11 Juillet 2021) [Lecture N°17].